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Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy
Cette fanfic compte déjà 126 paragraphes
Flashback
Mai 1971 : Los Angeles
- Maggie, regarde !
La voix émerveillée de son époux tira la jeune femme de sa rêverie. Elle releva son regard du livre qu’elle ne lisait pas et le porta sur le bébé qui se tenait debout, accroché au canapé sur lequel était assis Alan. Elle sourit :
- Il s’est encore levé tout seul ?
- Oui… Tu te rends compte qu’il a tout juste dix mois ! s’extasia le père.
- Je te rappelle que c’est moi qui l’aie mis au monde, alors oui, j’ai une petite idée de son âge, sourit-elle en retour en regardant le bébé avec amour.
Il était tellement beau leur petit garçon, avec ses boucles brunes, ses grands yeux marron qui étudiaient le monde avec une sorte de gravité que démentaient les grands sourires qu’il leur faisait. Une fois de plus elle adressa une courte prière à tous les dieux qui pouvaient être à l’écoute pour que la vie lui soit douce et qu’il soit heureux.
Au son de la voix de sa mère, le bébé tourna la tête vers elle puis lui sourit et soudain, tendant ses petits bras en avant, il fit un pas chancelant vers elle.
Les deux parents retinrent leur souffle tout en ressentant, au même moment, le même pincement au cœur : déjà les tentatives de premiers pas, bientôt le jardin d’enfant, puis l’école, les premiers flirts, la première voiture et un jour leur bébé passerait la porte en les embrassant négligemment pour aller vivre sa propre vie…
Mais pour le moment, tout ce que voulait le bébé en question, c’était de traverser les trois mètres qui le séparaient de sa maman adorée. Bien sûr, il aurait pu se déplacer à quatre pattes comme il le faisait depuis quatre mois maintenant, mais la station debout lui plaisait. Il n’avait nulle envie de se retrouver à nouveau le nez au niveau du sol : c’était tellement mieux de dominer la situation ainsi ! Alors il devait bien y avoir moyen d’aller du point « Papa » au point « Maman » sans passer par la case tapis !
Il fit un premier pas, souriant aux anges tandis qu’il chancelait comme un roseau sous le vent, puis un second et soudain la loi de la gravité s’abattit sur lui, et il tomba sur les fesses, sa couche absorbant fort heureusement le choc. Avant que ses parents n’aient pu s’inquiéter, il avait roulé sur lui-même pour se retrouver à quatre pattes et regagner son point de départ puis, s’agrippant au canapé, il se hissa de nouveau en position verticale, jeta un regard de défi à l’étendue entre lui et sa mère et entreprit de nouveau la traversée. Un pas… deux pas… le corps commença à osciller d’avant en arrière… trois pas… et les petites fesses allèrent de nouveau rebondir au sol.
Et de nouveau le bébé retourna au canapé, se releva et repartit à l’assaut de sa destinée : un pas après l’autre… jusqu’à ce qu’il s’écrase à nouveau au sol, mais cette fois-ci en heurtant la table basse au passage et un même cri d’inquiétude passa les lèvres des parents qui jusque là regardaient les efforts de leur fils en souriant.
Margaret fut la plus rapide pour récupérer son fils au creux de ses bras, embrasser la bosse qui commençait à se former sur son front et sur laquelle Alan vint déposer un linge froid avant de s’asseoir sur le bras du fauteuil où sa femme berçait leur petit en larmes.
- Chut… Ca va aller mon ange… Ca va aller mon Donnie… Mon cœur… Mon petit amour…
L’enfant cessa de pleurer, regarda son père qui lui souriait et sourit en retour et comme à chaque fois le cœur d’Alan se remplit d’amour pour ce bébé, la huitième merveille du monde, toujours agréable, facile à vivre et beau comme un cœur ! Lui qui avait eu peur de devenir père, il serait capable d’en avoir une dizaine des enfants comme celui-ci ! Mais Margaret, elle, ne serait sans doute pas de cet avis ! Il se souvenait encore de la manière dont, lorsqu’il l’avait rejointe dans la chambre pour voir son fils, elle lui avait asséné :
- Plus jamais Alan Eppes ! Je te promets que plus jamais tu ne me toucheras !
Heureusement, depuis dix mois, elle avait changé d’avis. Mais il valait sans doute mieux ne pas tenter de lui demander si elle était prête à donner un petit frère ou une petite sœur à leur Donnie… Pas pour le moment en tout cas.
Le bambin commença à s’agiter entre les bras maternels, repoussant le gant posé sur sa bosse et se tortillant pour qu’on le pose à terre. Encore quelque chose qui les épatait : pour un enfant de son âge, leur fils n’était vraiment pas douillet ! Comprenant qu’elle ne parviendrait pas à le garder plus longtemps contre elle, et regrettant déjà le temps où il se contentait de se lover sur sa poitrine en la fixant de ses grands yeux bruns, Margaret posa le bébé à terre. Aussitôt, il crapahuta sur les genoux et les mains jusqu’au canapé où il se redressa :
- Mais… Il ne va pas…, proféra la mère médusée.
Bien sûr que si il allait ! Et pas plus tard que maintenant décida le tout petit, avec cet air d’intense concentration et de détermination inébranlable qu’ils arborent lorsqu’ils ont décidé qu’ils réussiraient coûte que coûte ! Il planta son regard dans le sien, comme pour la mettre au défi de l’empêcher de s’élancer, ce qui était parfaitement stupide, pensa-t-elle aussitôt : comme si un bébé de dix mois pouvait être capable de ce genre de provocation ! Elle retint son souffle tandis qu’il balançait à nouveau : jambe droite, jambe gauche… petit déséquilibre vers l’avant… jambe droite… on penche vers la droite… jambe gauche… joli déhanché à gauche… jambe droite et… les deux fesses sur le tapis !
Décidément comment voulez-vous qu’un bébé honnête puisse évoluer avec un fessier aussi large que l’Empire State Building ! Ce n’était déjà pas si facile de déjouer les lois de l’attraction, mais là c’était carrément un handicap inutile !
Alan s’avança pour saisir l’enfant avant qu’il ne se fasse à nouveau du mal, mais celui-ci lui échappa dans un gloussement et repartit à l’assaut de son Himalaya personnel sous les regards attendris et stupéfaits de ses parents.
Un… deux… trois pas… On stabilise la tour de Pise… quatre cinq six pas… regarder droit devant soi…
sept huit neuf… des bras qui se tendent, des voix qui l’appellent… Et soudain il y était, contre la poitrine de sa maman, puis dans les bras de son papa, les deux ivres de fierté : il avait réussi ! Il avait traversé !
- Mon bébé… Bravo mon ange… Bravo…, roucoulait la maman, tandis que le papa claironnait :
- Ca va être quelqu’un que ce gamin ! Dix mois ! Tu te rends compte ! Dix mois !
Quant au héros de la fête, après avoir distribué quelques grands sourires, épuisé de son exploit, il s’endormit très vite au creux des bras paternels et n’ouvrit même pas un œil quand on le déposa dans son petit lit.
- N’empêche, remarqua Alan en redescendant auprès de Margaret après avoir bordé le petit, il promet ce gamin.
- Ca c’est sûr… J’ai l’impression qu’il sera aussi têtu que son père, sourit la jeune femme.
Alan resta à la dévisager, bouche bée :
- Hé ! Je ne suis pas têtu ! finit-il par protester. Je suis pugnace, nuance… Toi tu es têtue, et on dirait que Donnie tient de toi.
- Bien sûr… monsieur le pugnace, rit-elle en l’enlaçant. N’empêche, je crois qu’il nous en fera voir des vertes et des pas mûres et que, quand il aura une idée en tête, il ne l’aura pas ailleurs…
- Tout comme sa mère…, se vengea bassement l’époux, recevant en remerciement une bourrade qui le fit rire.
Puis elle reprit d’une voix un peu triste :
- Tu te rends compte… Notre bébé vient de faire ses premiers pas. Bientôt il ne sera plus un bébé…
- On a encore du temps devant nous.
- Ca va si vite Alan ! Si vite ! J’aimerais tant qu’il reste petit pour longtemps.
- Il y a bien une autre solution, avança son mari en la prenant contre lui.
- Laquelle ?
- Fabriquons-lui un petit frère ou une petite sœur. Ainsi tu auras un autre bébé quand celui-là sera trop grand pour être bercé…
- Ben voyons… Jamais tu m’entends… Jamais plus ! Il faut te faire une raison : nous avons un fils et il restera fils unique.
- D’accord, si tu le dis…, murmura-t-il dans son cou.
Quatre ans plus tard, Margaret avait la preuve que des deux c’était bien son mari le plus entêté !
Fin du flashback
(à suivre)
Chapitre 37 : L’enlèvement
Avril 2006 - 14 h 17 : UCLA
Charlie regardait son frère dormir. On leur avait enfin permis de le voir et il s’était installé auprès de lui, le buvant du regard, s’attristant à la vue de la gouttière où reposait la jambe droite, du bandage qui entourait sa tête, du plâtre à sa jambe gauche, de son bras droit immobilisé, des fils qui le reliaient à la perfusion qui le réhydratait et apportaient les antalgiques et les médicaments nécessaires.
Mais il respirait calmement et son visage était détendu, signe que, pour le moment au moins, il ne souffrait plus.
Charlie se carra un peu plus confortablement dans le fauteuil : malgré l’insistance de son père, il avait refusé de rentrer tant que Don n’aurait pas ouvert les yeux. Et soudain il se souvint de s’être ainsi installé auprès de lui, dans un autre hôpital, dans d’autres conditions, vingt-sept ans plus tôt.
*****
Flashback
Mai 1989 – Princeton
- C’est inutile d’attendre encore, il ne viendra pas !
La voix triste de leur fils fit monter d’un cran l’irritation de Margaret et Alan contre leur aîné. Charlie s’était fait une joie de revoir son frère après tous ces mois et celui-ci n’avait pas daigné venir ! Mais qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ? se demanda, pour la énième fois le père, se jurant de faire savoir à son fils ce qu’il pensait de sa conduite.
La famille était réunie dans l’appartement qu’ils louaient à Princeton pour Margaret et Charlie, à l’occasion des quatorze ans de ce dernier. Ils n’avaient pas pu fêter l’événement à Los Angeles parce que la période des examens arrivait et que l’adolescent ne pouvait pas s’absenter du campus à cette époque, mais ils avaient tout arrangé pour être en famille, et Don s’était engagé à venir, ayant demandé et obtenu quatre jours de relâche des Stocktons Rangers, son équipe de base-ball. Même si pour lui aussi allaient bientôt se tenir les examens de fin de première année, il s’était laissé convaincre de venir assister à l’anniversaire de son cadet.
- De toute façon je le savais ! continua Charlie d’une voix dépitée qui démentait l’affirmation.
Evidemment qu’il ne le savait pas : depuis que sa mère lui avait appris que Don viendrait, il arborait un sourire ravi ! Les deux frères ne s’étaient pratiquement pas vus depuis que le plus jeune était parti pour Princeton tandis que l’aîné intégrait l’université de Californie en même temps que l’équipe professionnelle de seconde division où déjà il se faisait un nom. Quelques jours avaient réuni la famille à Noël mais même la coupure de printemps ne leur avait pas permis de se voir, Don étant parti en virée avec deux de ses coéquipiers tandis que Charlie restait à Princeton pour suivre un séminaire de mathématiques appliquées.
Alors les parents eux aussi se réjouissaient d’avoir leurs deux enfants assis ensemble à la même table et leur déception était à la mesure de leur attente. Pourquoi Don leur faisait-il ainsi faux bond ? Pourtant il avait semblé se rendre aux raisons de sa mère lorsque celle-ci lui avait dit combien c’était important pour Charlie d’avoir toute sa famille auprès de lui pour ses quatorze ans. C’était la première fois qu’il fêtait un anniversaire loin de chez lui et surtout sans son grand frère à ses côtés. Même s’il ne l’avait pas dit explicitement, trop pudique pour ça, elle savait qu’il tenait à la présence de Don. Malgré tout ce qui les avait séparés depuis trois ou quatre ans, ce dernier restait, aux yeux de son cadet, le héros de son enfance, celui grâce à qui tout paraissait plus simple, plus rassurant, ou plus beau selon les situations. Et même s’il s’était fait tirer l’oreille, la mère savait que l’aîné était flatté que son petit frère ait encore besoin de lui.
Alors soudain, plus fort que la colère, ce fut l’inquiétude qui prit place en son cœur :
- Et s’il lui était arrivé quelque chose ?
Tandis que Charlie pâlissait à cette annonce, Alan s’impatientait :
- Que veux-tu qu’il lui soit arrivé ? Il n’avait qu’à prendre l’avion et puis un taxi pour nous rejoindre. Je lui avais donné suffisamment d’argent pour ça. S’il y avait eu un problème il nous aurait appelés, et si quelque chose s’était produit, c’est la police qui l’aurait fait. Non, il a dû décider au dernier moment que ça ne valait pas la peine de venir.
Alors qu’elle ouvrait la bouche pour protester, la sonnette de la porte retentit et un grand sourire apparut sur les lèvres d’Alan tandis qu’il disait :
- Tu vois, il était inutile de s’inquiéter. C’était juste un retard.
Il se dirigea vers la porte et ouvrit. Son sourire de bienvenue s’effaça lorsqu’il aperçut sur le seuil un homme qu’il ne connaissait pas : environ trente ans, vêtu d’un jean et d’une chemisette bleue, grand, bien découplé, blond aux yeux gris. Et ce qu’il lut dans ces yeux lui glaça le sang tandis que l’homme entrait dans l’appartement, sans y être convié, tout en disant :
- Monsieur Eppes je présume.
Et, voyant Margaret et Charlie qui s’étaient levés à son entrée il enchaîna :
- Et voici madame Eppes et le fameux petit génie !
Le ton sur lequel il prononça ces mots fit se refermer encore plus le visage de la mère, qui, sèchement, s’enquit :
- Pourrais-je savoir à qui nous avons à faire et ce que vous nous voulez monsieur…
- Appelez-moi Harry, répliqua l’homme en s’asseyant à la table sans plus de façon avant de plonger sa cuillère dans le gâteau d’anniversaire et de la porter à sa bouche :
- Hummm… Fameux ! Alors comme ça tu as quatorze ans ? dit-il en se tournant vers Charlie.
- Ca suffit maintenant ! Sortez d’ici ! intervint Alan en s’approchant.
Certes il savait que s’ils devaient en venir aux mains, il avait bien peu de chance de l’emporter contre son athlétique adversaire qui faisait une bonne tête de plus que lui et semblait autrement taillé pour la bataille, mais il était hors de question qu’il laisse qui que ce soit s’imposer ainsi chez eux.
- Du calme monsieur Eppes. Vous n’avez pas intérêt à me jeter dehors. Du moins pas si vous voulez des nouvelles de votre fils…
La phrase les cloua sur place tandis que la terreur remplaçait la colère. D’une voix d’où tout agacement s’était envolé, mais désormais empreinte d’angoisse Alan questionna, tandis que Margaret s’approchait de Charlie et le serrait contre elle, comme pour le protéger :
- Que voulez-vous dire ? Vous avez des nouvelles de Don ?
- Oui… De bonnes nouvelles, rassurez-vous. Il va très bien. Et il ira bien tant que vous ferez ce que je dirai.
- Oh mon Dieu ! Que lui avez-vous fait ? s’inquiéta la mère en avançant d’un pas.
- Rien de bien méchant. Nous sommes juste allés l’attendre à la descente d’avion et nous l’avons invité chez nous de telle manière qu’il n’a pas songé à refuser. Mais je me suis dit que vous pourriez vous inquiéter de ne pas le voir arriver, donc je viens vous donner de ses nouvelles et vous apporter la preuve de ce que je dis.
En prononçant ces derniers mots, l’homme sortit trois clichés qu’il jeta négligemment sur la table. Les parents s’approchèrent et le souffle leur manqua en voyant les photos. Sur le premier, Don était étroitement ligoté sur une chaise, bâillonné et les yeux bandés. Sur le second, on lui avait ôté le bâillon et le bandeau et il arborait un hématome sur la joue droite, tandis que la gauche était ensanglantée par une entaille à l’arcade sourcilière et que le menton était lui aussi maculé du sang qui avait coulé de la lèvre inférieure éclatée.
- Oh mon Dieu ! Mon pauvre bébé ! Vous êtes un monstre ! explosa la mère à cette vue.
- Désolé : nous devions vous montrer que nous ne plaisantons pas. Votre fils sera bien traité tant que vous coopèrerez, sinon… vous avez la preuve que nous n’hésiterons pas à nous montrer disons… désagréables… envers lui.
- Je vais appeler la police ! Vous allez…
L’homme eut un geste péremptoire qui coupa net l’élan d’Alan tandis qu’il poussait vers lui le troisième cliché :
- Je ne vous le conseille vraiment pas monsieur Eppes.
Charlie poussa un cri d’horreur en voyant l’arme pointée sur la tempe de son frère et Margaret lui fit écho aussitôt tandis que, dompté, Alan murmurait d’une voix blanche :
- Que voulez-vous ? De l’argent ? S’il vous plaît… Nous vous donnerons ce que vous voulez, mais ne lui faites pas de mal.
- De l’argent ? rit l’homme. Croyez-vous que je ne sache pas qui vous êtes ? Même en vendant votre maison vous pourriez me donner combien hein ?
- Alors que voulez-vous ? pleura Margaret sans pouvoir détacher ses yeux des trois clichés.
- J’ai jute besoin de l’aide de votre petit génie, expliqua l’homme.
- Non ! Laissez Charlie en dehors de ça ! s’indigna alors le père tandis que la mère enveloppait son fils dans ses bras, comme si elle craignait qu’on ne le lui enlève aussi.
- Désolé, mais c’est la seule rançon que nous accepterons.
- Qu’attendez-vous de moi ?
La voix frêle de l’adolescent retentit pour la première fois. Depuis le début il lui semblait nager dans un mauvais cauchemar. Mais non, c’était la réalité : Donnie, son grand frère, était entre les mains de cet homme. On lui avait fait du mal… Et apparemment il était le seul qui pouvait lui venir en aide. Alors quelle que puisse être sa peur, il n’était pas question de reculer. Don n’aurait pas hésité un seul instant : si c’était lui contre son frère il était prêt.
- Ah mais je ne veux surtout pas vous arracher à votre famille, contra l’homme lorsque le jeune garçon lui fit cette proposition, balayant d’un geste les protestations angoissées de ses parents, non non… Il suffit que vous étudiiez pour nous ce dossier. Dès que vous nous aurez donné la solution votre frère vous sera rendu.
- Qui me dit que vous ne lui ferez pas de mal même si je collabore ? répliqua l’étudiant.
- Il va falloir vous en remettre à ma parole pour cela. Mais réfléchissez puisque vous êtes un génie : est-ce que j’ai intérêt à me mettre une accusation de meurtre sur les épaules ?
- Qui nous dit que notre fils est toujours en vie ? intervint alors Alan.
- Encore une fois il va falloir me croire sur parole.
- Je veux lui parler !
- Je crains que ce ne soit pas possible. Si vous voulez le revoir c’est très simple : vous laissez votre petit génie travailler sur notre dossier et…
- De quoi s’agit-il ?
Cette fois-ci c’était Margaret qui s’interposait.
- Là encore je crains de ne pas pouvoir vous le dire. Ce sont juste des calculs dont nous avons besoin et…
- Vous devez bien avoir des gens dans votre… organisation, pour vous aider ! cracha Alan.
- Nous avions quelqu’un en effet, mais il a eu un malencontreux accident. Il était un peu trop bavard, enchaîna l’homme d’un ton léger qui fit courir un frisson sur l’échine des malheureux parents. Bon… Je n’ai pas de temps à perdre, je suis quelqu’un de très occupé. Es-tu prêt à travailler pour nous ? demanda-t-il en plantant son regard acier dans les prunelles du mathématicien.
- Pas question ! cria Alan tandis que Margaret renchérissait :
- Il ne fera rien pour vous ! Laissez-le en dehors de ça !
- Non ! protesta Charlie. Vous n’avez pas compris ce qu’il a dit ? Il tient Donnie ! Si je ne fais pas ce qu’il dit…
Son regard croisa celui de l’homme pour s’assurer qu’il avait bien compris le marché qu’on lui proposait et, d’une voix plus ferme il acheva :
- Donnez-moi votre dossier, je vais faire vos calculs. Mais vous me promettez de me rendre mon frère sain et sauf ?
- Tu as ma parole petit génie. Ah… un petit détail : tu as trois jours pour me donner un résultat. Je repasserai à ce moment-là et évidemment…
A ce moment-là ses yeux quittèrent l’adolescent pour se poser sur les adultes :
- … pas de police sinon…
Sur ces derniers mots, il partit avant que les trois occupants de la pièce ne soient sortis de la transe où il les avait plongés.
S’ensuivit une joute verbale acharnée entre Alan et Margaret d’un côté qui voulaient avertir la police malgré la menace et Charlie qui avait décidé d’obéir au kidnappeur.
- Don a été enlevé à cause de moi ! finit-il par jeter. A cause de ce que je suis ! Je peux le sortir de là ! Je suis le seul qui le puisse ! Si vous alertez la police ces hommes vont le tuer, c’est sûr ! On doit jouer leur jeu ! Je ne risque rien… Et même si c’était le cas : vous seriez prêts à sacrifier Donnie pour moi ? Je ne l’accepterai jamais ! Laissez-moi le sauver ! Laissez-moi aider mon frère !
Il s’effondra en larmes dans les bras de sa mère et celle-ci échangea un regard déchiré avec son mari tout aussi démuni qu’elle. Finalement ils décidèrent, malgré leurs doutes, de jouer le jeu des malfaiteurs et Charlie se mit à étudier le dossier, incapable de comprendre vraiment de quoi il s’agissait.
Ce furent trois jours d’angoisse, chacun se demandant s’ils reverraient jamais leur fils et frère, s’interrogeant sur ce monde où on peut kidnapper des enfants pour en obliger d’autres à coopérer avec vous, des heures durant lesquelles Charlie, une fois de plus, se prit à haïr ce qu’il était, ce qui faisait qu’on s’en prenait à sa famille.
Lorsqu’Harry revint, le troisième jour, il trouva les trois occupants de l’appartement dans un état pitoyable : les yeux rougis, cernés, les mains tremblantes et la voix brisée par l’émotion lorsqu’ils lui demandèrent des nouvelles de Don.
- Il va bien et si le petit génie a bien travaillé, vous le retrouverez très vite…
Charlie, épuisé par trois jours sans sommeil, lui tendit le dossier et il le parcourut d’un œil vif, puis, il sourit :
- Vous recevrez un coup de téléphone pour vous dire où retrouver Don, dit-il en partant sans répondre à leurs questions.
Trois nouvelles heures d’angoisse s’éternisèrent et au moment où Alan s’apprêtait à appeler la police, un coup de téléphone de l’hôpital local leur apprit qu’on venait de déposer Don aux urgences.
Accourus à son chevet, ils apprirent qu’il souffrait d’une fracture du poignet gauche et d’une commotion cérébrale, mais que ses jours n’étaient pas en danger. La police, alertée par les médecins, prit leur déposition tandis qu’ils piaffaient d’impatience de retrouver Don, mais ils n’avaient pas le choix et ils durent se plier à leurs exigences. Puis enfin ils purent entrer dans la chambre :
- Désolé d’avoir loupé ton anniversaire frangin…
Ce furent les premiers mots que prononça un Don bien pâle, allongé dans le lit et qui fut bientôt enfermé dans leur étreinte étroite tandis que Charlie balbutiait :
- Pardon Donnie… Pardon…
- Pardon de quoi mon pote ?
- C’est à cause de moi que…
- Stop !
Don écarta un peu son petit frère de lui pour mieux le regarder tandis qu’il continuait :
- Je t’interdis de penser cela Charlie ! Ce n’est pas ta faute ! C’est juste la faute de ces hommes qui voulaient se servir de toi. Tu n’y es pour rien ! Pour rien du tout ! D’accord ?
- D’accord ? finit par admettre le plus jeune tout en resserrant ses bras autour de la taille de son frère et en posant sa tête sur son épaule. Je suis content que tu n’aies rien.
- Je suis content aussi, sourit l’aîné.
- Bon… Il faut laisser ton frère dormir maintenant, déclara Margaret qui ne semblait pas plus que son plus jeune vouloir laisser son premier né seul dans cette chambre.
- Pas question que je m’en aille ! déclara Charlie en s’installant dans le fauteuil qu’il avait tiré auprès du lit. Je reste là !
Et pour faire comprendre que sa décision était irrévocable, il prit la main de son frère qui se laissait couler doucement dans le sommeil, épuisé par ses trois jours de captivité et fixa son regard sur lui, comme s’il ne voulait plus jamais le laisser échapper à son attention. Les parents ne s’y trompèrent pas et prirent à leur tour une chaise pour veiller sur le sommeil de Don que Charlie ne tarda pas à rejoindre au pays des songes.
Fin du flashback
*****
Durant quelques mois Don avait fait d’horribles cauchemars mais il avait obstinément refusé de parler de ce qui était arrivé, se contentant de dire qu’on ne l’avait pas maltraité. Les kidnappeurs ne furent jamais arrêtés et Charlie ne sut jamais à quoi étaient destinés les calculs qu’il avait faits. Il pria simplement pour qu’ils n’aient pas mis la vie d’autres personnes en danger. Mais de toute façon, concluait-il toujours lorsqu’il y repensait, il aurait refait la même chose sans hésiter dans les mêmes conditions, parce que son frère comptait plus pour lui que n’importe qui d’autre, ses parents excepté, et qu’il ne laisserait jamais personne s’en prendre à lui sans réagir.
- Je serai toujours là pour toi frangin, murmura Charlie en prenant précautionneusement la main gauche dans les siennes tout en cherchant une position plus confortable.
Et comme toutes ces années auparavant, épuisé par l’épreuve subie, il finit pas s’endormir, se rassurant de la présence de son aîné : Don était là, il n’y avait rien de grave désormais.
(à suivre)
Chapitre 38 : Frères et amis
Avril 2006 – Six jours plus tard – 12 h 20 : UCLA
- C’est bon, je n’en peux plus…
- Donnie… Tu dois manger. Aucune chance qu’on te laisse sortir d’ici si tu ne t’alimentes pas correctement.
Le malade fit une grimace en direction de son père en répliquant :
- Mais je veux bien m’alimenter correctement ! Mais ça, ce n’est pas ce que j’appelle de la nourriture correcte râla-t-il.
Alan réprima un sourire en tentant de garder le visage sévère qui seyait pour convaincre sa tête de mule d’aîné de terminer la gelée qui accompagnait généreusement ce que les infirmières appelaient « soupe » et qui s’apparentait plus à un brouet infâme. Cependant pour le moment c’était tout ce que Don parvenait à conserver sans être aussitôt la proie de nausées invalidantes, c’était donc tout ce à quoi il avait le droit. Mais chaque fois qu’il se plaignait du régime auquel il était condamné depuis trois jours qu’on l’avait transféré dans cette chambre particulière après autant de temps en soins intensifs, le père voyait le signe d’une véritable amélioration de son état, presque plus que le fait qu’il restait maintenant conscient plus de trois heures d’affilée ou qu’on avait enfin pu réduire les doses d’antalgiques nécessaires à son confort, ce dernier point ayant sans aucun doute une incidence directe sur le précédent.
- Ne fais pas ta tête de mule et ouvre la bouche ! gronda-t-il, tout en songeant qu’il était bienheureux que son fils ait justement une telle tête de mule.
Sans cet entêtement qui l’avait d’abord maintenu éveillé durant les longues heures passées dans le froid et l’humidité, à attendre les secours, et qui ensuite l’avait conduit à se battre de toutes ses forces pour s’en sortir, nul doute qu’à l’heure actuelle son garçon tiendrait compagnie à son épouse et que lui et Charlie seraient anéantis par ce nouveau drame dont, peut-être, ils auraient été incapables de se relever.
- Allez chéri, reprit-il en tentant, tant que faire se pouvait, de minimiser l’accent suppliant qui se glissait dans sa voix : encore une ou deux cuillérées et je te tiens quitte du reste…
- C’est bien pour te faire plaisir soupira l’agent en ouvrant la bouche, comprenant combien il était important pour son père qu’il reprenne des forces afin d’éloigner l’angoisse ressentie durant les vingt-quatre heures ou l’infection qui s’était déclarée subitement avait bien failli l’emporter.
Puis, lorsqu’il eut réussi à avaler l’infâme mixture, alors que son père le rallongeait doucement pour qu’il puisse dormir un peu, il dit :
- En fait je te soupçonne d’être ravi de m’avoir entièrement à ta merci…
Et en effet c’était un peu comme cela qu’il se sentait, la jambe droite en extension, suspendue à un système compliqué de poulies et de contrepoids, le bras droit immobilisé dans un bandage fixé sur son torse en attendant que l’épaule soit suffisamment remise pour supporter l’utilisation d’une fronde, le bras gauche relié à deux perfusions ce qui l’empêchait de l’utiliser aussi. Pour la première fois de sa vie, Don Eppes était incapable de se prendre en charge, y compris pour ses besoins les plus basiques, et, si à son réveil il était trop groggy pour s’en apercevoir réellement, il commençait maintenant à se rendre compte de la situation et ça n’était pas sans lui poser de sérieux problèmes. Lui qui était si indépendant devait accepter l’aide des infirmières ou de sa famille pour le moindre geste et ça n’améliorait pas son humeur. Cependant il savait qu’il n’avait qu’à faire contre mauvaise fortune bon cœur : ce n’était pas en tempêtant ou en s’énervant qu’il guérirait plus vite, loin de là. Et puis, en y réfléchissant, les choses auraient pu être bien pires.
Il se souvenait de son réveil, des visages hagards de Charlie et de son père penchés sur lui, de la barbe qui mangeait leurs joues, prouvant qu’ils avaient bien peu ou pas dormi. Encore maintenant, lorsqu’un soupir douloureux lui échappait lors de certains mouvements, une lueur de panique passait dans leurs yeux et l’un ou l’autre proposait toujours d’appeler le médecin. Il comprenait qu’il était passé vraiment très près et savait ce qu’il aurait ressenti si ça avait été son père ou son frère couché dans ce lit, alors il essayait, autant que faire se pouvait, d’accepter leur sollicitude et de leur montrer sa reconnaissance. Surtout à Charlie, parce qu’il était conscient que c’était grâce à lui qu’il était encore là. Sans lui, il serait resté coincé sous le rocher, sans aucune chance de se dégager et serait mort de froid ou d’hémorragie avant que les secours ne le retrouvent.
Il se réjouissait que son petit frère n’ait pas été grièvement blessé dans l’accident : c’était l’une des premières choses qu’il avait demandée lorsqu’il avait été assez fort pour le faire et assez lucide pour assembler deux idées :
- Charlie… Tu vas bien ?
Son frère l’avait regardé comme s’il voyait un extraterrestre, abasourdi par cette question venant de quelqu’un presqu’autant couvert de bandages qu’une momie de l’antiquité égyptienne envers une personne debout à son chevet ! Puis il avait compris que le souci de son frère était réel et que, comme d’habitude, celui-ci faisait passer sa sécurité et son bien-être avant les siens, qu’il ne se détendrait que lorsqu’il serait assuré que son cadet allait bien. Alors, en quelques mots succincts, il lui avait donné un compte rendu très exact de sa propre situation, à savoir qu’il ne souffrait que d’une entorse et que pour le reste tout rentrait dans l’ordre de manière tout à fait satisfaisante, y compris sa meurtrissure au genou.
Et justement, à y bien penser…
- Où est Charlie ? questionna-t-il soudain en regardant autour de lui.
Alan releva le nez du magazine où il s’était plongé, pensant son fils endormi :
- Je l’ai envoyé faire une sieste ! Il en avait besoin.
- Oh… Ca n’a pas dû être facile, sourit Don.
Alan sourit en retour en pensant à la bataille qu’il avait livré contre son plus jeune. Depuis qu’ils étaient arrivés à l’hôpital, il n’avait pas réussi à lui faire quitter l’établissement, quoiqu’il puisse dire ou faire. A peine était-il parvenu à l’obliger à se rendre à la cafétéria à intervalles réguliers et à ingurgiter de quoi tenir le coup. Le mathématicien avait squatté la salle d’attente et les douches publiques durant cinq jours, refusant de s’éloigner de son frère jusqu’à ce que celui-ci soit totalement hors de danger. Finalement, le matin même, tandis que Don s’endormait après les soins, Alan était parvenu à lui faire entendre raison en lui prouvant qu’il pouvait sans risque rentrer prendre un vrai repos dans son lit, manger le vrai repas qu’il avait préparé en rentrant la veille au soir, puisque lui, malgré son inquiétude, s’était astreint à retourner chez eux en dehors des heures de visites où, de toute façon, il ne pouvait pas être auprès de son fils et en profiter pour une vraie douche et une séance de rasage plus que bienvenue. Le professeur avait fini par se laisser convaincre et depuis, Amita, que le père avait chargée de le raccompagner et de veiller sur lui, lui avait confirmé qu’après avoir bien mangé pour la première fois depuis leur départ pour Big Bear Montain, son fils s’était écrasé dans sa chambre et dormait comme un bienheureux si on en croyait la sonate pour ronflements en sol mineur qui résonnait à l’étage.
- Amita est passée le prendre, expliqua Alan à son aîné.
- Humm… Sieste ou sieste crapuleuse ? s’enquit alors celui-ci avec un clin d’œil.
- Je ne veux pas le savoir figure-toi ! Charlie est adulte maintenant…
- Ca c’est vite dit, rigola Don avant de tenter de se tourner, cherchant une position confortable.
- Doucement fils…
- J’en ai marre d’être sur le dos ! grommela l’agent. Je veux pouvoir me retourner dans mon lit, et puis aller pisser tout seul ! acheva-t-il soudain revenu en mode grincheux.
- Et bien la meilleure solution pour que ça arrive c’est que tu sois patient ! expliqua Alan pour la énième fois. Tu as entendu le docteur Shefort ce matin : il est satisfait du résultat et si ça continue comme ça, tu pourras être débarrassé de cet attirail à la fin de la semaine prochaine et tu pourras rentrer à la maison.
- En fauteuil, acheva Don d’un ton dépité.
- C’est mieux que rien non ? Et puis ce ne sera que le temps que ton bras soit assez remis pour que tu puisses utiliser des béquilles.
- Ce qui veut dire au moins deux à trois semaines sur roues ! râla l’agent.
- Exact ! Deux à trois semaines où tu vas être totalement à la merci de ton adorable petit frère, l’interrompit une voix venue de l’entrée de la chambre.
Arraché à ses pensées moroses, l’agent se tourna vers le nouvel arrivant avec un grand sourire :
- Hé Charlie ! Tu vas bien mon pote ?
Charlie soupira à la question, toujours la même, qui, depuis que son frère avait repris connaissance, entamait chacun de leurs entretiens, comme si Don ne pouvait pas s’empêcher de s’inquiéter pour lui.
- Oui je vais bien ! Mon genou tient le coup, mes bleus s’atténuent et ma cheville n’est plus douloureuse.
- Tant mieux.
- Les garçons, je vais me chercher un café. Tu veux quelque chose Charlie ?
- Non merci papa, j’ai dévoré tes lasagnes arrosés de ton excellent café, je n’ai besoin de rien !
- Sadique ! Je suis condamné à manger des horreurs qui n’ont de nourriture que le nom et tu viens me narguer en parlant de lasagnes et de café ! se plaignit Don amèrement. Puis, à destination de son père il demanda : un café et un beignet pour moi s’il te plaît papa.
- Désolé fils… Ce soir tu vas avoir droit à des légumes verts et si ça passe bien, demain on essaiera la viande blanche pour arriver à une alimentation normale dans les quarante-huit heures. Mais en attendant je ne vais pas compromettre ta guérison en t’apportant des aliments interdits.
- Ce qui compromets ma guérison c’est de ne pas pouvoir manger normalement, geignit Don.
- Bien… Charlie je te laisse veiller sur notre pauvre victime d’un monde cruel qui lui en veut personnellement. Attention, il est grincheux ! annonça Alan avant de déposer un baiser sur le front de son fils et de quitter la chambre.
Charlie sourit à son frère :
- Allez Donnie… Tu as entendu papa ? Dans quarante-huit heures, si tout va bien, tu vas pouvoir manger normalement.
- Si tout va bien…, grogna l’aîné.
- Et il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement, coupa le mathématicien.
- En plus, je ne suis pas sûr que ce que toi et moi appelons alimentation normale ait le même sens pour les soi-disant cuisiniers de cet hôpital de malheur !
- T’inquiète… Dès que tu arrives à garder des aliments solides, je te ferai passer des petits plats en douce, déclara Charlie.
- Promis ?
- Croix de bois, croix de fer ! affirma le mathématicien en s’asseyant dans le fauteuil abandonné par son père. Et tiens, je t’ai apporté un truc…
- Un truc ? Quoi ? Ne me dis-pas que tu m’as acheté un livre de maths !
- Hé… il y a un peu de ça, rigola le mathématicien.
Puis il fouilla dans son sac et en sortit un lapin bleu lavande, portant un tee-shirt blanc sur lequel la lettre Pi s’étalait en violet.
- Monsieur Pi ! sourit Don, tu l’as retrouvé ?
- J’ai fouillé dans les cartons. Tu as raison, maman ne jetait vraiment rien. C’est fou ce que j’y ai retrouvé.
Don sourit à la nostalgie qui perçait dans la voix de son frère.
- Alors tu as passé la matinée à faire mumuse avec tes anciens joujoux, sourit-il.
- On peut dire ça comme ça. Et je me suis dit que Monsieur Pi, qui avait si souvent été mon protecteur, saurait bien être celui de mon grand frère le temps qu’il se remette. Mais attention : c’est un prêt, pas un don !
- Egoïste, râla l’agent qui saisit la peluche, sentant une grosse boule se former dans sa gorge à la masse de souvenirs qui l’assaillit alors, ces souvenirs où son petit frère et son père, mais surtout sa mère qui lui manquait tant, avaient une si grande place.
- Elle sera toujours là Donnie, murmura Charlie en prenant la main de son frère. Je suis sûr qu’elle a veillé sur nous et que c’est pour ça que nous sommes encore là tous les deux.
- Je sais, répliqua Don, sans même s’étonner que son cadet ait su exactement à quoi il pensait. A tous les coups c’est elle qui nous a envoyé tous ces souvenirs, histoire de nous occuper un peu…
- Et de me rappeler combien tu avais toujours été là pour moi.
- Et toi pour moi frangin… Toi pour moi… Ne l’oublie jamais.
- OK, sourit Charlie.
Il grimaça lorsqu’un hématome encore douloureux sur les reins entra en contact avec le dossier et sa réaction ne passa pas inaperçue de son aîné qui s’inquiéta aussitôt :
- Charlie… Tu es sûr que tout va bien ?
- Bien sûr que tout va bien ! J’ai juste encore un peu l’impression d’être passé dans le tambour d’une machine à laver en mode essorage maximal… Je présume que tu vois de quoi je parle.
- Tout à fait, opina Don en se souvenant combien le moindre mouvement restait encore douloureux malgré les antalgiques.
- Mais tout va rentrer dans l’ordre très vite. Alors occupe-toi donc un peu de toi et arrête de me couver tu veux ! s’indigna faussement le plus jeune.
- Impossible de faire autrement Chuck… Je suis ton grand frère !
- Et arrête de m’appeler Chuck ! Combien de fois faudra-t-il que je te le dise !
Cette fois-ci un vrai sourire illumina le visage de l’agent du F.B.I. Enfin son frère avait réagi au surnom honni ! Il se souvenait d’avoir tenté d’obtenir cette réaction durant leur longue attente, sans résultat, ce qui n’avait pas laissé alors de l’inquiéter. Mais là, tout était enfin en place, normal ou presque et ce qui ne l’était pas encore ne tarderait pas à le devenir.
- Je n’en sais rien… Un certain nombre de fois peut-être.
Puis, après un instant de silence, il reprit :
- Charlie… Je voulais te dire…
- Quoi ?
- Si tu m’écoutais au lieu de m’interrompre tu le saurais, fit-il mine de s’impatienter, s’attirant une moue contrite du plus jeune qui murmura :
- Désolé… Je t’écoute Donnie.
- D’abord, arrête de m’appeler Donnie.
- Quand tu arrêteras de m’appeler Chuck, répliqua le mathématicien.
Mais il se tut quand son frère posa sa main sur la sienne :
- Charlie… Je voulais te dire… Merci frangin.
- Merci ? Mais de quoi ? s’étonna-t-il.
- D’avoir veillé sur moi là-bas… Sans toi…
- Sans moi tu n’aurais sans doute pas eu cet accident, coupa Charlie.
- Non ! Ne me dis pas que tu culpabilises encore ! s’indigna son aîné. Tu n’y es pour rien Charlie ! C’était un accident, juste un accident !
- Qui n’aurais pas eu lieu si…
- Arrête ça ! Ca va te bouffer si tu es incapable de comprendre que parfois les choses arrivent totalement par hasard. C’est pas toi qui disais une fois que le hasard est une théorie tout à fait valable mathématiquement parlant ?
- Oui mais…
- Il n’y a pas de mais Charlie ! C’est arrivé, un point c’est tout ! Si tu n’avais pas été là…, et le regard noir que Don lançai alors à son cadet le défia de lancer la moindre réplique, …je n’aurais jamais pu me dégager de sous ce rocher et…
- Mais si je n’avais pas été là les variables auraient changé et donc tu n’aurais peut-être pas fini sous ce rocher, mais cette fois-ci, le ton de Charlie n’était pas amer et Don comprit qu’il ne faisait que le provoquer.
- Impossible de parler sérieusement avec un matheux, gémit-il alors. OK… Alors on arrête de parler de ça, mais quand même : merci frangin. Merci d’avoir été là, merci d’être toi, merci d’être mon petit frère.
Charlie avala sa salive, tentant de maîtriser l’émotion qui s’emparait de lui à cette déclaration.
- De rien, répliqua-t-il lorsqu’il pensa avoir enfin sa voix sous contrôle. Puis il enchaîna : Merci à toi de t’être accroché… Je ne sais pas ce que j’aurais fait si…
- Alors inutile de te le demander puisque ce n’est pas arrivé. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement Chuck, faut te faire une raison…, ricana Don pour alléger l’atmosphère.
Ce qui devait être dit l’avait été, maintenant il fallait revenir à leurs relations habituelles et Charlie ne s’y trompa pas, en s’écriant :
- Arrête de m’appeler Chuck ou je…
- Ou tu quoi ? Tu t’en prendrais à un pauvre homme blessé ? sourit Don.
- Disons que je vais me retenir jusqu’à ce que tu sois en mon pouvoir, à la maison, ricana le professeur.
- Papa t’empêchera de me martyriser…
- Mais il ne sera pas toujours là.
- Je porterai plainte, j’ai des amis haut placés.
- Moi aussi.
- Tu profites de ce que les médicaments m’assomment, mais je te jure que je me vengerai Chuck… se plaignit Don qui sentait ses paupières s’alourdir de secondes en seconde, ce qui n’échappa pas à son cadet qui jugea qu’il était temps de mettre fin à leur joute verbale.
De toute façon ils auraient amplement l’occasion d’en entreprendre d’autres au cours des semaines à venir.
- Ne m’appelle pas Chuck ! gronda-t-il cependant pour la forme, histoire d’entrer dans le jeu de son frère, sachant que cela le rassurerait plus que n’importe quel discours.
- OK… je suis désolé… Chuck… marmonna-t-il, plongeant dans le sommeil avec un sourire heureux sur les lèvres.
Charlie le regarda longuement, heureux de le savoir en sécurité : bien sûr le chemin allait être long avant qu’il ne puisse reprendre totalement possession de sa vie, mais il était intimement persuadé que tout irait bien. Après ce qu’ils avaient traversé, il ne pouvait pas en être autrement.
Il se redressa et posa un baiser sur le front de son frère qui ne réagit pas au contact :
- Dors bien Donnie…. Je t’aime… Merci d’être encore là frangin.
Puis il se rassit et posa la main sur le bras de son frère, se contentant de le regarder dormir, comme si c’était la plus belle chose au monde qu’il ait jamais vue.
(à suivre)