HypnoFanfics

L'accident

Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy 

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Durant les deux jours qui suivirent, elle s’inquiéta de l’état de Don, lui demandant s’il se sentait bien, tâtant son front à la recherche d’un accès de fièvre. Le gamin en riait, lui répétant qu’il allait très bien, fort heureux de s’être tiré à si bon compte de sa désobéissance et rassuré sur l’état de santé de son cadet qui allait en s’améliorant de jour en jour.

Vint enfin celui où le petit fou de joie se rua hors de sa « prison » pour rejoindre son aîné contre lequel il se blottit sur le canapé pour regarder, comme promis, son premier épisode intégral de la série dont il ne comprenait pas grand-chose mais qui était forcément géniale puisqu’elle enthousiasmait son idole. Margaret regardait ses garçons en souriant, heureuse que tout rentre enfin dans l’ordre. Le cabinet d’Alan avait décroché le contrat et son mari s’était vu octroyer une semaine de congé pour contrebalancer les heures supplémentaires effectuées durant le mois précédent. La famille se réjouissait de pouvoir profiter, pour la première fois depuis ce qui semblait une éternité, d’un week-end sans obligations professionnelles, ou un gamin grognon cloué au fond de son lit. Ils avaient prévu d’aller au parc d’attraction : Charlie était guéri, même s’il restait encore des croûtes sur son visage et son torse qui amenaient ses parents et Don, qui obtenait de lui bien plus de résultats qu’eux à ce sujet, à veiller à ce qu’il ne se gratte pas même si désormais il n’avait plus de démangeaisons.

Cependant le répit fut de courte durée : dès le samedi, Margaret remarqua que Don manquait singulièrement d’entrain. Charlie, en pleine forme, sautait partout et harcelait son grand frère qui semblait avoir beaucoup de mal à suivre son rythme. Elle s’inquiéta de sa pâleur et de sa lassitude manifeste. En tout autre occasion elle aurait mis ces symptômes sur le compte de son trop plein de vitalité qui le conduisait parfois à outrepasser ses forces ou tout simplement à un petit passage à vide tout à fait normal chez un enfant de cet âge.  Mais étant donné les circonstances, elle pressentit très vite que, comme elle l’avait redouté, son fils avait été contaminé par Charlie. Elle croisa le regard d’Alan qui levait les yeux au ciel et les parents échangèrent un sourire résigné : apparemment ils allaient devoir maintenant s’occuper de l’aîné et ils anticipaient déjà les difficultés qu’ils rencontreraient à le confiner dans sa chambre, sans compter celle de devoir empêcher Charlie d’aller voir son frère… quoique de ce côté-là, il n’y aurait pas de souci puisque le gamin avait eu la varicelle, donc il ne risquait plus rien, pensèrent-ils simultanément sans pouvoir se dissimuler le soulagement à cette nouvelle : un problème de moins. Il fallait aussi espérer que Don serait un malade moins difficile que Charlie : l’enfant avait rarement été souffrant jusqu’à présent et le plus souvent juste quelques jours, ce qui ne leur avait pas vraiment permis de savoir quel genre de patient il serait. Mais à sept ans, ils pouvaient envisager qu’il soit tout de même plus facile à manier que Charlie.

Malgré les protestations de son fils, Margaret lui enjoignit d’aller se reposer, lui certifiant que, s’il se sentait mieux à son réveil, ils s’en tiendraient à leurs projets d’origine. De toute façon, argumenta-t-elle, Charlie devait faire la sieste donc qu’il en profite pour s’allonger aussi et pas de discussion ! acheva-t-elle coupant court aux protestations de l’aîné qui trouvait qu’il avait largement passé l’âge de la sieste.

- Tu crois que ça va aller ? questionna Alan quand elle redescendit après avoir bordé deux garçons aussi rebelles l’un que l’autre à son initiative.

- J’espère… C’est peut-être juste un coup de fatigue, rétorqua-t-elle d’un ton rien moins que convaincu.

- Hummm…

Deux heures plus tard ils entendirent des pas dans l’escalier et virent apparaître Charlie, parfaitement réveillé qui leur adressa un grand sourire avant de demander :

- Où est Donnie ?

- Il dort encore, répondit Margaret.

- Vais le voi’…

- Non non !!! Donnie est fatigué, laisse-le dormir.

- Mais…

- Pas de mais monsieur ! intervint Alan en saisissant le gamin et en l’envoyant en l’air, déclenchant un rire ravi du gosse qui oublia aussitôt sa demande.

Margaret profita de ce que son époux s’occupât du plus jeune pour monter prendre des nouvelles de l’aîné. Lorsqu’elle entra dans la chambre, celui-ci s’éveilla. Il lui parut encore plus pâle qu’avant et elle s’assit sur le lit pour tâter son front, inquiète de la sueur qui avait imprégné ses cheveux.

- Tu vas bien mon ange ? questionna-t-elle, se mordant la lèvre à la chaleur qui irradia sous sa paume.

- J’ai un peu mal à la tête, geignit le gamin avant de se mettre à tousser de manière irrépressible.

- Attends… Je vais t’apporter quelque chose…

Quelques minutes plus tard, ayant avalé un comprimé fébrifuge, rafraîchi et muni d’un pyjama sec, Don se rendormait, sans plus protester sur la nécessité de rester au lit et ne semblant plus se souvenir de l’après-midi dont il se faisait une joie.

- Comment va-t-il ? questionna Alan dès qu’elle posa le pied sur la dernière marche.

- Il a 39 de fièvre et il tousse beaucoup, répliqua-t-elle sans pouvoir masquer son inquiétude.

- Il tousse ? Ce n’est pas la varicelle alors…

- Je ne sais pas. Ce serait quand même une drôle de coïncidence qu’il soit malade si peu de temps après avoir été exposé.

- Mais Charlie n’a pas toussé.

- Je sais. Je crois pourtant que c’est l’un des symptômes : le médecin m’avait demandé s’il toussait quand je l’ai appelé.

- Bon… On fait quoi ?

- On attend : je lui ai donné un antipyrétique, on verra comment il se sent tout à l’heure.

- Donnie est malade ?

La voix du plus jeune les interrompit : ils n’avaient pas pris garde à leurs paroles, le pensant plongé dans son jeu de cubes.

- Un peu, répondit Alan en se tournant vers lui.

- Je peux le voi’ ?

- Non poussin, il se repose. Tu veux lire une histoire ? enchaîna Margaret pour le détourner le plus vite possible de sa demande.

- Non… veux voi’ Donnie.

Qui avait dit que le coup de l’histoire marchait systématiquement ?

- Tu le verras plus tard, intervint Alan à son tour. Et tu pourras lui raconter l’histoire, ça lui fera plaisir.

Le visage du bambin s’illumina alors et Margaret adressa un hochement de tête admiratif à son mari qui venait de désamorcer la crise qui s’attendait. Ils jouèrent avec Charlie durant les deux heures suivantes, puis, tandis que Margaret s’attaquait au dîner, Alan décida d’aller voir comment se portait Don.

Il redescendit très vite, inquiet : l’enfant semblait avoir encore  beaucoup de fièvre. Margaret monta à son tour et s’aperçut qu’en effet la température, déjà élevée, avait encore grimpée et avoisinait désormais les 40° C. Le médecin appelé tranquillisa les parents :

- Si c’est la varicelle, il arrive que la fièvre soit un peu forte. Ca disparaîtra dès que les premiers boutons apparaîtront.

Les vésicules commencèrent en effet à apparaître au cours des vingt-quatre heures qui suivirent mais, contrairement à ce qu’espéraient les parents, l’état de Don ne s’améliora pas : il toussait de plus en plus fort, ses maux de tête étaient intenses et sa fièvre ne baissait pas. Le médecin revint et sa mine tendue n’apaisa pas l’anxiété d’Alan et Margaret. Il leur expliqua alors que, dans un cas sur plusieurs milliers, la bénigne varicelle dégénère en encéphalite, cérébellite voire en pneumonie, et qu’il était plus prudent de faire hospitaliser Don.

Les deux semaines suivantes furent épouvantable tandis que les parents désarmés voyait leur petit garçon lutter pour sa survie, branché à des machines qui l’aidaient à respirer, mesuraient ses constantes vitales. Margaret ne quittait pas le chevet de son fils tandis qu’Alan s’occupait du plus jeune désemparé par l’absence de sa mère et de son frère et d’autant plus difficile à gérer : les crises d’angoisses et les terreurs nocturnes se succédaient, ajoutant à la fatigue et au désarroi du père.

Finalement les choses prirent un tournant pour le meilleur et ils purent ramener chez eux un Don bien affaibli, bien fatigué mais bien vivant et sans aucune séquelle. Et durant les jours qui suivirent, ils s’amusèrent de voir Charlie aux petits soins pour son grand frère. On lui avait expliqué que celui-ci était malade, qu’il devait se reposer, qu’il ne fallait pas faire trop de bruit et être très gentil et le gamin se tenait strictement à ces instructions. Plus d’une fois Margaret les retrouva blottis l’un contre l’autre sur le canapé profondément endormis. Bien souvent Alan, cherchant son cadet, le retrouvait dans le lit de l’aîné qu’il était allé rejoindre dès que ses parents avaient eu le dos tourné.

Et puis tout rentra dans l’ordre et Don put retourner à l’école et retrouver son équipe de base-ball, mais quelque chose avait changé : Charlie, du haut de ses deux ans, semblait avoir soudain réalisé que son grand frère aussi pouvait avoir parfois besoin de lui et ce sentiment devait rester profondément ancré en lui. Plus tard, se souvenant, vaguement, de cet épisode, le mathématicien prit aussi conscience que ça avait sans doute été la première fois où Don s’était exposé pour lui, et par la suite, il y en avait eu bien d’autres.

Fin du flashback

(à suivre)


Cissy  (19.05.2012 à 19:05)

Chapitre 15 : L’orage

Avril 2006 – 20 h 40 : Big BearMontain

- A quoi tu penses Charlie ?

La voix de Don le ramena de nouveau à la situation présente.

- A toi… Tu as toujours été là pour moi.

- C’est mon rôle ! Je suis ton grand frère…

La fin de la phrase se perdit dans un gémissement et Charlie s’affola :

- Tu as mal ? Oh mon Dieu Donnie… mais qu’est-ce que je peux faire ?

- Rien… Ca va aller…

Il lui sembla que la voix était plus faible :

- Donnie… Tu restes avec moi n’est-ce pas ?

- Où veux-tu que j’aille banane ?

Il gémit de nouveau et Charlie en eut le cœur brisé. Il aurait voulu le soulager, et il était impuissant. Et puis soudain il eut une idée. Il ne pouvait pas faire grand-chose, mais au moins il pouvait essayer de rendre la position de son frère un peu moins inconfortable :

- Attends, dit-il.

Précautionneusement, à la fois pour ne pas faire souffrir son aîné, mais aussi pour ménager sa jambe douloureuse, il se glissa entre le rocher et son frère et lui releva le torse, l’appuyant contre lui, se rassurant de sentir son cœur battre contre son torse tandis qu’il s’adossait au mur de pierre dont il s’aperçut très vite qu’il leur fournissait un abri naturel bienvenu. L’agent laissa aller sa tête sur l’épaule de son cadet et poussa un soupir de soulagement :

- Tu es mieux ? s’enquit Charlie.

- Ben… Tu n’es pas aussi confortable que Robin, mais… tu feras l’affaire pour quelque temps, plaisanta Don.

- Il faut toujours que tu fasses le clown, même dans les situations désespérées, reprocha doucement Charlie qui, pourtant, était heureux de voir que son frère avait encore l’énergie de plaisanter. Tant qu’il pouvait le faire, c’était signe que rien n’était perdu.

- Je te l’ai dit, les grands frères c’est fait pour ça…

A ce moment là un nouvel éclair monumental sillonna le ciel et Charlie sursauta violemment. Don émit un petit rire :

- Décidément, tu n’aimes toujours pas les orages hein frangin ?

- Non…, se défendit mollement le mathématicien, honteux de cette peur dont il ne parvenait pas à se débarrasser, c’est juste… euh juste…

- Juste les éclairs, le tonnerre et le reste… Juste les orages quoi…

- J’y peux rien ! C’est plus fort que moi !

- Je sais, sourit Don, ça a toujours été comme ça, je me rappelle une fois…

*****


Cissy  (27.05.2012 à 17:33)

Flashback

Janvier 1980 : Pasadena

Don se tournait et se retournait dans son lit : il n’arrivait pas à dormir, trop de choses se bousculaient dans sa tête.

Il s’était disputé violemment avec Charlie parce que le gamin voulait absolument lui montrer ses dernières recherches alors qu’Herman et lui avaient prévu de passer l’après-midi au base-ball. Pour pouvoir s’éclipser, il avait vaguement promis au petit qu’il rentrerait d’assez bonne heure pour qu’il puisse lui montrer son « truc », fermement décidé à ne revenir qu’à l’heure du repas de manière à échapper à la corvée.

C’est drôle comme les choses changent vite, pensait l’enfant étendu dans son lit : deux ans auparavant, il était très fier de traîner partout son petit frère, un peu comme un trophée qu’on aime montrer, ou plutôt comme un animal familier entièrement dévoué à sa cause, qui ne vous juge pas et vous donne systématiquement raison, quand bien même il ne comprend pas de quoi il retourne. Et puis un jour, cette capacité que son petit frère avait pour les nombres et qu’il avait vue bien longtemps avant ses parents, était aussi apparue à ceux-ci. Et comme les adultes ne font jamais les choses à moitié, du jour où ils s’étaient rendu compte que Charlie avait un « truc » avec les nombres, ils en avaient fait des tonnes à ce sujet : tests, professeurs particuliers, leçons supplémentaires et surtout, surtout, l’obligation pour Don de comprendre que son petit frère était « spécial » et qu’il devait accepter qu’on s’occupe un peu plus de lui. Don avait été tout à fait d’accord avec ça, au début du moins. Puis il s’était aperçu que non seulement ses parents étaient de moins en moins présents pour lui, en tout cas très rarement ensemble, même si son père tentait de l’être régulièrement alors que sa mère se consacrait à Charlie, mais que ce dernier, non content de passer moins de temps avec lui, prenait des habitudes qui ne lui plaisaient pas trop, comme si, désormais, le monde devait naturellement tourner autour de lui.

Alors Don avait commencé à s’éloigner un peu. Bien sûr il aimait toujours le « petit génie » comme ses copains l’appelaient parfois. Au début ça l’avait énervé ce surnom, il s’était même battu avec Billy lorsqu’il l’avait prononcé la première fois, ensuite il s’était aperçu que c’était bien le cas : son petit frère était un « génie ». Et à ceux qui pensaient que c’était « cool », il aurait bien répondu que non, pas tant que ça… Parce que c’est quoi être le grand frère d’un génie ? Vous devenez quoi, vous qui pensiez lui apprendre tellement de choses, être son modèle ? Déjà, à cinq ans, Charlie était plus avancé en calcul que lui… et il y avait bien longtemps qu’ils avaient cessé de jouer « aux nombres ». Et lorsque son cadet tentait de l’intéresser à ce sur quoi il travaillait, le plus souvent, lorsqu’il parvenait à comprendre, cela l’ennuyait considérablement. Presque toujours, lorsqu’il proposait une partie de base-ball, une sortie à la piscine, un après-midi au parc d’attractions il s’entendait répondre que ce n’était pas possible, qu’il fallait que Charlie prenne tel cours, passe telle évaluation, comprenne telle notion…

Alors non, ce n’était définitivement pas « cool » d’avoir un frère qui était un petit génie. Et parfois c’était même diablement frustrant, comme l’après-midi de la veille où il avait joué ce match auquel ses parents n’assisteraient ni l’un ni l’autre. Oh, il pourrait être le meilleur joueur de l’équipe, comme ça lui arrivait souvent, mais il n’y aurait personne pour l’en féliciter ! Bien sûr, les parents d’Herman l’avaient fait, mais ce n’était pas pareil. Il aurait tant aimé voir la fierté sur le visage de Margaret et Alan, cette fierté qu’il avait lue le soir même, lorsqu’il était rentré et qu’ils s’étaient répandus en détails sur la « conférence » qu’avait donnée Charlie pour la première fois et où tout le monde l’avait admiré. Ce n’était qu’au moment du coucher que maman avait demandé, d’un ton presque indifférent :

- Oh chéri ! Et ce match ? Vous avez gagné bien sûr ?

- Bien sûr…

Qu’aurait-il pu répondre d’autre ? Il s’était fait une joie de leur décrire le score serré, cette balle presque hors cadre qu’il avait renvoyée si bien que ce home-run marqué avait fait toute la différence, les équipiers qui l’avaient porté en triomphe, les applaudissements du public, les compliments du coach. C’était quoi tout ça face à la « conférence » du petit génie ? Mais il avait eu le cœur bien gros en s’endormant : ce n’était pas la première fois, mais l’enfant de dix ans se doutait que ce ne serait pas la dernière.

Alors non, aujourd’hui il n’avait pas eu envie de faire d’efforts. Puisque Charlie était si exceptionnel, il n’avait pas, il n’avait plus, besoin de lui. Et lorsqu’il était rentré, sur le coup de dix-huit heures trente, sachant pertinemment qu’il avait juste le temps de passer sous la douche avant que le dîner ne soit servi, il était parfaitement conscient que son frère ne pourrait pas lui montrer son expérience. C’était un juste retour des choses après tout : pourquoi lui devrait-il être le spectateur de Charlie alors qu’à cause de celui-ci, il n’avait plus de spectateurs lorsqu’il jouait, ou juste papa et que, dans ces cas-là, celui-ci semblait toujours un peu ailleurs, comme s’il aurait préféré rester avec maman et Charlie ?

Pourtant la dispute qui les avait opposés, lorsque Charlie avait compris que son frère n’avait jamais eu l’intention de regarder ce qu’il se faisait une joie de lui montrer, lui restait un peu sur le cœur. Il ne se souvenait pas avoir jamais vu son petit frère aussi en colère et finalement les parents s’en étaient mêlés et les avaient envoyés au lit sans dessert, histoire de leur permettre de se calmer. Il avait entendu Charlie renifler dans sa chambre pendant de longues minutes et quelque part il s’était senti mal, mais il ne voulait pas céder : si Charlie avait sa vie, et bien il aurait la sienne et c’était normal.

Il repoussa la couverture : il avait décidément trop chaud. Si seulement cet orage qui menaçait avait pu éclater enfin !

A peine eut-il émis ce souhait qu’un éclair zébra le ciel avant qu’un coup de tonnerre n’ébranle la maison. Il se dressa dans son lit, un peu tendu, comme toujours lorsque les orages étaient violents. Certes il n’avait pas peur : on n’a pas peur de l’orage à dix ans n’est-ce pas ? Mais quand les éclairs étaient si imposants, le fracas du tonnerre si bruyant, il valait mieux se tenir prêt au cas où… De toute façon ça ne durerait pas… Ca ne durait jamais.

Les éclairs et les  coups de tonnerre se succédaient, en rythme rapide : à peine l’un s’éteignait que l’autre roulait déjà. Et bientôt le crépitement de la pluie retentit sur le toit. Il se détendit un peu : lorsque la pluie arrivait, l’orage perdait de sa dangerosité à ses yeux d’enfant. La pluie empêcherait le feu… et puis il aimait la pluie… Il aimait aussi l’orage d’ailleurs mais… pas trop les grands éclairs et les roulements assourdissants du tonnerre.

Justement, à cet instant précis, il lui sembla que toute la maison retentissait du fracas qui résonna longtemps après qu’une lumière intense ait éclairé le ciel. Ce fut alors que la porte s’ouvrit et qu’un petit corps tremblant s’abattit contre lui.

- Charlie… qu’est-ce que tu fais là ?

- J’ai peur… le tonnerre…

- Charlie, tu sais bien qu’il n’y a pas de danger, dit-il, tentant d’éloigner le gamin qui se cramponnait à lui.

- J’ai peur.

Il soupira : comment peut-on être un génie et ne pas comprendre que, bien à l’abri dans son lit, l’orage n’est pas un danger ? A quoi cela servait-il tous les cours particuliers, les conférences, les séminaires, si on n’arrivait pas à saisir cela ?

Alors soudain il se sentit de nouveau très « grand frère » : celui qui savait, celui qui rassurait, qui protégeait… Génie ou pas, c’était Charlie, c’était son petit frère et c’était à lui de veiller sur lui.

- Allez, viens-là petit génie, dit-il en ouvrant les couvertures sous lesquelles le gamin ne se fit pas prier pour se glisser.

- J’aime pas quand tu m’appelles petit génie, protesta-t-il pourtant, le nez dans le cou de son aîné, sursautant quand un nouveau coup de tonnerre retentit.

- Je sais, rigola Don.

C’était sans doute pourquoi il le faisait d’ailleurs, parce que, la première fois qu’il l’avait appelé ainsi, alors qu’il avait découvert que le gamin avait fouillé dans le mécano offert par sa grand-mère pour son anniversaire, juste parce qu’il trouvait ça « intéressant », il s’était rendu compte que ça ne lui plaisait pas. Et ça lui faisait comprendre ce que c’était que d’avoir quelqu’un qui faisait quelque chose que vous n’appréciiez pas. Alors il avait pris l’habitude de l’appeler ainsi, parfois juste pour plaisanter, parfois d’un ton un peu moins gentil et Charlie n’omettait pas, à chaque fois, de protester haut et fort contre le surnom, ce qui lui avait déjà valu des semonces de la part de ses parents. Mais il n’allait pas se priver de l’agacer un peu tout de même ?

- Alors pourquoi tu le fais ? grogna Charlie.

- Parce que ça te fait râler à chaque fois, c’est amusant, rétorqua-t-il en passant la main dans les cheveux bouclés, déclenchant un petit rire du gamin qui sursauta encore plus fort lorsqu’à nouveau l’orage se rappela à son bon souvenir.

Oubliant définitivement son ressentiment, Don enveloppa le petit corps de ses bras. Il savait combien Charlie avait peur de l’orage et ce depuis tout petit. La première fois qu’il s’était ainsi réfugié dans son lit, il marchait à peine et il se souvenait encore de sa fierté au matin lorsque maman les avait réveillés tous les deux et l’avait félicité d’avoir si bien veillé sur son petit frère. A vrai dire, il ne s’était même pas rendu compte que celui-ci l’avait rejoint, pas plus qu’il n’avait entendu l’orage cette nuit-là, mais le fait que le bébé ait choisi de se réfugier près de lui plutôt que près de ses parents l’avait rempli d’une joie immense : il avait compris tout le sens du terme « grand frère ». C’était sans doute ce jour-là qu’il était devenu le protecteur de son cadet.

Alors non, il n’arrêterait pas de le protéger parce qu’il était un génie. D’abord ce n’était pas sa faute. Et même si c’était embêtant et que sans doute ça le deviendrait de plus en plus, il resterait toujours son grand frère, celui auprès duquel il viendrait se réfugier quand il aurait peur.

- Dors, Charlie, il n’y a pas de danger, murmura-t-il en s’allongeant confortablement pour laisser la place au gosse à se pelotonner contre son torse avant qu’il ne l’entourât de ses bras.

Oui, petit génie ou pas, lorsqu’il le tenait juste comme ça contre lui, c’était son petit frère, Charlie, et ça, personne ne pourrait jamais y changer quoi que ce soit songea l’enfant en s’endormant doucement en même temps que le petit qui, dans ces bras-là, n’avait plus peur de rien.

Fin du flashback

 


Cissy  (27.05.2012 à 17:34)

*****

Avril 2006 – 20 h 45 : Big Bear Montain

- T’inquiète, tu vois, je suis là… Les éclairs ne te mangeront pas, marmonna l’aîné d’une voix devenue plus faible.

- Donnie… parle-moi encore.

- Non… Plus tard… J’ai besoin de me reposer un peu.

Charlie savait qu’il aurait dû obliger son frère à rester réveillé, mais lui aussi se sentait petit à petit envahi par une torpeur contre laquelle il n’arrivait pas à se battre, contrecoup du choc, de la peur et du froid qui les transperçait. Au moins, depuis qu’ils étaient l’un contre l’autre, ils s’étaient un peu réchauffés.

Et puis il cessa de penser et même les éclairs suivants ne le firent pas sursauter. Les deux frères dormaient, insoucieux de leur positon précaire, blottis l’un contre l’autre, veillant mutuellement sur leur sécurité.

(à suivre)


Cissy  (27.05.2012 à 17:35)

Chapitre 16 : L’anniversaire

Avril 2006 – 00 h 30 : Pasadena

Alan se réveilla en sursaut, ne sachant ce qui l’avait arraché au sommeil, puis il grimaça en se passant la main sur le cou : ce n’était vraiment plus de son âge de s’endormir ainsi sur le fauteuil ! Pourquoi diable n’était-il pas dans son lit ?

C’est à ce moment-là que la mémoire lui revint : Charlie et Don ! Bon sang ! Il s’était endormi en attendant le retour de ses garçons, s’efforçant de trouver mille raisons à leur retard et de ne pas s’inquiéter : ils étaient grands désormais et ils n’avaient plus de compte à rendre à leur père. Son regard accrocha la pendule et son front se plissa : minuit et demi ! Cette fois-ci il était certain que quelque chose n’allait pas : plus de cinq heures de retard sans un appel, ce n’était pas le genre de ses fils, en tout cas pas celui de l’aîné, corrigea-t-il in petto en se remémorant le nombre de fois où, plongé dans ses calculs, Charlie aurait oublié l’existence de la terre entière si on ne l’avait pas ramené de temps en temps à la réalité. Mais Don aurait appelé, lui, s’angoissa le père en tentant, pour la cinquième fois de la soirée de joindre l’un de ses garçons.

Lorsqu’il tomba sur les boîtes vocales son inquiétude s’accrut. Pourtant, jusqu’à vingt heure trente il s’était efforcé de faire taire son côté papa poule : après tout les deux hommes n’avaient pas promis d’être là à 19 H 30 tapantes ! Il y avait mille raisons qui pouvaient les avoir mis en retard : ne serait-ce que parce que les trois heures sur place qu’ils avaient estimées être nécessaires s’étaient avérées insuffisantes… Et puis la route n’était pas forcément bonne : il avait écouté la météo et on annonçait qu’un violent orage avait éclaté dans le secteur de Big Bear, cela pouvait les avoir ralentis, ou même, connaissant la prudence de son aîné,  il pouvait avoir décidé de laisser passer les intempéries avant de repartir. Sauf qu’il y avait le colloque de Larry et que, connaissant Charlie, il n’allait pas laisser vraiment le choix à son frère, mais celui-ci était vraisemblablement capable de lui tenir tête, surtout s’il y avait du danger, surtout si ce danger menaçait Charlie…

Les pensées tournaient en boucle dans la tête d’Alan et, quitte à se faire charrier par ses garçons ou à les fâcher, il avait tenté de les appeler, en vain. Bon… là-bas, la réception n’était pas toujours géniale, l’orage en plus… il ne fallait surtout pas en tirer de conclusion trop hâtive.

Vers 21 h 00, il s’était demandé s’il devait appeler Calsci. Après tout, peut-être que, mis en retard, Don avait simplement déposé son frère directement au colloque avant de retourner à son bureau. Oui mais… il aurait appelé sans doute… Sauf si, pris par le temps, exaspéré par le retard alors qu’il avait tant de travail, il avait juste oublié de le faire.

Il avait donc de nouveau appelé, sans plus de résultat et à partir de ce moment-là, quoiqu’il puisse avancer comme argument, l’inquiétude s’était glissée dans son cœur, de plus en plus intense à mesure que l’heure avançait et qu’il n’arrivait toujours à joindre aucun de ses garçons. Jusqu’au moment où il s’était assis dans le fauteuil en essayant de se distraire devant une émission qu’il ne suivait pas vraiment, attentif au moindre bruit du dehors, espérant entendre le moteur du SUV de Don. Et il avait fini par s’endormir…

Minuit trente ! Il était arrivé quelque chose, c’était obligé ! Et si ce n’était pas le cas, si ses fils avaient simplement omis de le prévenir, alors il ALLAIT arriver quelque chose ! Mais son cœur désormais lui chuchotait que ses fils n’étaient pas en cause. S’ils avaient décidé de rester sur Big Bear et que la réception soit mauvaise, Don se serait arrangé pour lui faire parvenir un message en utilisant un téléphone fixe ou par le canal de la police… mais en aucun cas il ne l’aurait laissé se faire du mauvais sang comme ça !

Que devait-il faire ? Que pouvait-il faire ? se répétait le père angoissé. Et si tout cela n’était que le fruit de ce que ses fils appelaient son côté « hyperprotecteur » avec ce sourire qui lui donnait envie de leur flanquer des gifles ! Mais si seulement il avait pu voir ce même sourire à cet instant là sur leurs visages, il aurait plutôt eu envie de les prendre dans ses bras pour être sûr qu’ils allaient bien.

Il hésita longuement puis se décida à appeler Larry : l’entretien avec celui-ci fut loin de le rassurer. Non, Charlie n’était pas venu, confirma le physicien d’un ton un peu sec qui s’adoucit instantanément lorsqu’il comprit qu’il y avait quelque chose d’anormal à cette absence et qu’elle n’était pas juste le fruit de la négligence de son ami. Bien qu’il s’efforçât de rassurer le père, l’inquiétude ne tarda pas à poindre aussi dans sa voix au point qu’il proposa à Alan de venir attendre avec lui. Celui-ci commença par décliner, puis finit par accepter : après tout l’incroyable don du professeur pour parler des heures de tout et de rien lui permettrait peut-être d’oublier un peu ce qui de peur commençait à se transformer en terreur.

Lorsqu’il eut raccroché, il n’hésita guère avant de former le numéro de David : tant pis s’il le réveillait et si Don lui passait un savon pour avoir déclenché une alerte stupide ! Il n’allait pas rester les bras croisés à attendre sans rien faire. En bon professionnel, David, bien qu’arraché au sommeil, comprit aussitôt la possible gravité des faits. Il expliqua à Alan qu’il retournait au bureau pour trouver les coordonnées du Shérif que Don était allé voir : celui-ci pourrait lui indiquer si les frères étaient restés chez lui suite à la pluie diluvienne qui s’était abattue sur les lieux en milieu d’après-midi.

- Ne vous inquiétez pas Alan, je suis sûr qu’ils sont en pleine forme, tenta-t-il de le rassurer. Les portables ne passaient peut-être pas et ils n’ont pas pensé à appeler sur votre fixe.

- Si c’est le cas, je vous garantis qu’ils ne resteront pas en pleine forme longtemps ! gronda le père, voulant à tout prix croire qu’il s’agissait juste de ce cas de figure mais ne parvenant pas à s’en convaincre. David, tenez-moi au courant, demanda-t-il d’une voix qu’il se détesta d’entendre si suppliante.

- Oui, je vous rappelle dès que j’ai du nouveau !

Alors qu’il raccrochait le combiné, le regard d’Alan dévia presqu’instinctivement vers une photo où on voyait ses deux fils sous la pluie, riant à gorge déployée et il sourit faiblement : comme il aurait aimé être encore à ce temps où il pouvait les attraper par les oreilles et les faire rentrer manu-militari, leur reprochant leurs bêtises mais ravi au fond de lui d’avoir deux beaux enfants pleins de vie et de vigueur.

Pourquoi fallait-ils qu’ils grandissent ? Pourquoi fallait-il surtout qu’ils n’écoutent rien de ce qu’il leur disait ? Il leur avait pourtant bien fait savoir que c’était une mauvaise idée que Don emmène son frère avec lui !

A peine eut-il émis cette pensée qu’il se la reprocha instantanément. Comme si, s’il était arrivé quelque chose, ce serait plus grave que Charlie soit impliqué que Don ! Mais quand cesserait-il de toujours penser d’abord à son plus jeune ? Est-ce qu’il n’avait pas suffisamment laissé Don de côté pour se consacrer à Charlie durant toutes ces années ? Fallait-il encore que, systématiquement, lorsque ses deux garçons étaient impliqués, il fasse passer le plus jeune en priorité, comme si Don n’avait pas autant d’importance, comme si, lui, on pouvait le remplacer ou tout simplement l’oublier ?

- Pardon mon ange, murmura-t-il en regardant le dernier cliché de son fils, pris quelques semaines auparavant, où il souriait de ce sourire irrésistible mais trop rare, visiblement détendu et juste heureux d’être là, au point qu’il n’avait même pas râlé quand son père avait pris cette photo de lui, affalé sur un transat, les pieds nus, une bière à la main, en train de regarder les koïs nager paresseusement.

Le regard du père dériva alors sur la photo à côté et son cœur se serra en se remémorant cette époque, le treizième anniversaire de Don, l’un des plus beaux fiascos de son existence.

*****


Cissy  (28.05.2012 à 18:46)

Flashback

juillet 1983 : Pasadena

- Mais pourquoi faut-il qu’il vienne ! Il va tout gâcher !

- Donnie…

- Non ! C’est MON anniversaire ! Tu m’avais promis qu’on le passerait en camping avec mes copains et…

- Et j’ai bien l’intention de tenir ma promesse Don. Je ne vois pas en quoi la présence de Charlie changera quoi que ce soit.

- Il est trop petit ! Il va vouloir nous suivre partout ! Pourquoi il ne reste pas avec maman ?

Alan échangea un regard mi-inquiet, mi-excédé avec son épouse qui lui renvoya son regard d’un air qui disait : « Je t’avais dit que c’était une mauvaise idée, maintenant débrouille-toi ! »

Le père se serait flanqué des gifles : quelques semaines plus tôt ils avaient failli perdre Don à cause de son manque de tact, de sa réaction disproportionnée. Depuis, les choses s’étaient heureusement arrangées mais il lui semblait que les relations entre ses fils étaient empreintes de gêne, alors il s’était dit que ce week-end de camping serait l’occasion idéale pour les rapprocher. Margaret avait bien tenté de lui dire que ce n’était pas une bonne idée, il n’avait pas voulu l’écouter. Et maintenant il était coincé : céder devant Don c’était créer un précédent qu’il refusait, celui que l’adolescent croit qu’il pouvait désormais imposer sa volonté à son père, surtout si ça concernait son cadet. Maintenir sa décision, c’était prendre le risque que Don se butte…

Il tenta de prendre une voix persuasive, gommant l’irritation qu’il ressentait :

- Donnie… Ton petit frère sera ravi de nous accompagner.

- Tu parles ! Il sera surtout ravi de tout gâcher ! fut la réponse rageuse du garçon.

- Donald Alan Eppes ! Ca suffit maintenant ! Ton frère nous accompagnera que tu le veuilles ou non ! C’est ça où on reste à la maison ! s’emporta-t-il, regrettant aussitôt sa colère.

Ce n’était pas ainsi qu’il convaincrait son aîné de se rapprocher du plus jeune. D’ailleurs, la manière dont Margaret leva les yeux au ciel à ce moment-là lui fit comprendre qu’il allait à son tour entendre parler du pays lorsqu’ils seraient seuls.

Au ton employé par son père, Don courba simplement l’échine puis il monta dans sa chambre, faisant résonner les marches sous son pas pour bien faire comprendre sa révolte. Alan soupira, passa une main dans ses cheveux et se tourna vers sa femme :

- Je sais… Inutile d’en rajouter, lui dit-il d’une voix rogue.

- Mais je n’ai rien dit du  tout Alan, rien du tout, répondit-elle avec un sourire lourd d’ironie mais à la crispation de ses lèvres il pouvait voir qu’elle n’était pas contente, et il la comprenait parce que lui-même était loin d’être fier de cette démonstration de force.

C’est pourquoi, juste après le dîner, il tenta une autre approche avec son fils, lui expliquant calmement combien il était important que Charlie puisse être des leurs et lui promettant de bien s’occuper de ses amis de manière à ce qu’ils passent le meilleur week-end de leur vie :

- Toi tu te charges de ton frère, et moi de tes amis, lui proposa-t-il avec un grand sourire.

- Super ! C’est mon anniversaire, et c’est moi qui suis de corvée ! maugréa Don.

- Donnie… C’est ton petit frère… Tu pourrais faire un effort.

- Bien sûr… C’est toujours à moi de faire des efforts, conclut le garçon en se levant. Bon… Puisque tout est décidé, je peux aller me coucher ?

Alan aurait aimé discuter un peu avec lui, tenter de lui faire comprendre son point de vue, mais devant l’air buté de l’adolescent, il comprit que non seulement il n’arriverait à rien, mais qu’en plus il risquait de s’emporter de nouveau. Il se contenta donc de déposer un baiser sur son front en lui disant :

- Bien sûr Donnie. Et tu vas voir, ce sera un super week-end !

- Si tu le dis…, fut la réponse désabusé du garçon avant qu’il ne regagne sa chambre.

****


Cissy  (28.05.2012 à 18:46)

Juillet 1983 : Parc National, Los Angeles

- Donnie… Donnie… Attends-moi !

- Merde Charlie ! Pourquoi tu ne restes pas au campement avec papa ?

- Parce que je préfère être avec toi ! répliqua l’enfant en toute logique.

- Oui, et bien moi je ne préfère pas ! fut la réponse cruelle de l’aîné qui s’efforça de ne pas voir la moue qui déforma le visage de son petit frère à sa réplique.

Mais très vite l’air chagriné fit place à cette détermination que Don haïssait parce qu’il savait qu’il n’y avait rien à faire contre l’entêtement de son cadet :

- Papa a dit que tu t’occupais de moi ! indiqua celui-ci.

- Papa a dit… papa a dit… Tu ne peux pas penser tout seul ?

- Bien sûr que je pense tout seul ! Et je pense que papa a dit que…

- OK… c’est bon ! Tu n’as qu’à nous suivre ! Mais ne viens pas te plaindre si tu es fatigué ! abdiqua l’aîné, sachant qu’il n’aurait pas le dessus dans cette joute verbale.

Il fit une grimace d’excuse à ses amis qui levèrent les yeux au ciel : deux d’entre eux avaient aussi des petits frères et savaient fort bien ce qu’il endurait à ce moment précis. Quel fut celui d’entre eux qui proposa de jouer à cache-cache ? Personne ne s’en souvint après coup, pas plus qu’un des adolescents ne fut capable de dire lequel d’entre eux proposa de ne pas « trouver » le gamin, tant et si bien qu’il finirait par revenir aux tentes. Le cœur de Don lui souffla bien quelques instants que l’idée était méchante, sa raison qu’elle était mauvaise, mais il n’écouta ni l’un ni l’autre, voulant penser que la blague n’aurait aucune autre conséquence qu’un Charlie furieux, obligé de retourner vers son père et qui comprendrait peut-être enfin qu’on n’avait pas besoin de lui !

Ce ne fut qu’en revenant au camp, après deux bonnes heures passées à s’amuser comme des fous que l’inquiétude lui tomba dessus lorsqu’Alan se détourna du feu qu’il allumait en demandant :

- Où est ton frère ?

Don regarda autour de lui, s’attendant à voir le petit génie installé dans un coin avec un cahier, à aligner des chiffres, ou bien simplement à bouder en lui lançant un regard incendiaire dont il n’avait d’ailleurs que faire :

- Ben… Il n’est pas avec toi ? répliqua-t-il d’une voix qu’il aurait voulue plus ferme.

A ces mots Alan se redressa et le regarda sévèrement :

- Comment ça avec moi ? C’est toi qui étais chargé de le surveiller je te rappelle ! C’est avec toi qu’il est parti !

- Oui ben… On jouait à cache-cache… Il doit bien être quelque part…

L’inquiétude qui s’alluma dans les yeux d’Alan lui mordit le cœur et soudain la portée de son geste lui apparut, tandis que l’angoisse montait en lui. Il se détourna et repartit d’où il venait, entraînant ses amis dont les mines s’allongeaient aussi.

- Charlie… Charlie où es-tu ?

Et tandis qu’il appelait, battant le bois alentours, les larmes commençaient à piquer ses yeux. Son petit frère ! Pourquoi l’avait-il abandonné ainsi ? Et s’il lui était arrivé quelque chose ? Si...

Au bout de deux heures, épuisé et découragé, il revint au campement, affolé lorsqu’un à un ses amis revinrent aussi bredouilles que lui. Son dernier espoir résidait dans son père, mais lorsque celui-ci arriva à son tour et qu’il vit sa mine se défaire en s’apercevant qu’aucun des garçons n’avait récupéré le plus jeune, son cœur s’effondra dans sa poitrine tandis qu’un sentiment de culpabilité énorme s’emparait de lui.

Ensuite il y eut la police qui se présenta, les questions du shérif, et puis Margaret qui, à peine débarquée de voiture s’en prit à Alan. Don n’avait jamais vu ses parents se disputer avant avec cette violence. Parfois ils élevaient un peu la voix, parfois leurs mots étaient cinglants, mais jamais il ne les avait vus ainsi, comme s’ils se détestaient. Et si, à cause de lui, ses parents divorçaient ? Que deviendraient-ils lui et Charlie ? Charlie… Où était-il son merveilleux petit frère ?

Le merveilleux petit frère marchait vaillamment sur la route, à la fois triste et fier. Triste parce qu’après avoir attendu de longues minutes qu’on découvre sa cachette, son esprit logique avait fini par lui murmurer qu’il n’avait aucune chance d’être trouvé, quand bien même il se serait juste planté au milieu de la clairière où le chercheur comptait patiemment jusqu’à cent. Il n’arrivait pas à croire à la perfidie de son frère qui l’avait tout simplement abandonné là. C’était donc bien vrai qu’il ne voulait pas de lui ! En fait il en était sûr ! Il l’avait même dit à maman lorsqu’elle lui avait appris qu’il accompagnait Don en camping. Après le premier mouvement de joie, il avait demandé :

- C’est Don qui a voulu ?

L’hésitation de sa mère avait suffi pour qu’il comprenne :

- C’est vous qui avez demandé ?

- Ca n’a pas d’importance si c’est nous ou lui, avait-elle alors tenté. Le principal c’est que tu ailles là-bas et que tu t’amuses.

- Bien sûr que ça a de l’importance, avait-il contré. Il était d’accord ?

- Et bien… Il a dit qu’il s’occuperait de toi, biaisa la mère.

Mais le gamin n’avait pas été dupe et avait tenté de la convaincre de ne pas partir, en vain. Pourtant, lorsqu’il avait embarqué, il était plein de joie, se disant que finalement ça allait être une sacrée aventure, un moment à passer avec Donnie. Mais le regard glacé qu’avait attaché celui-ci sur lui, sa façon de ne pas lui adresser la parole de tout le voyage lui avaient vite fait comprendre qu’il n’était décidément pas le bienvenu. Et maintenant ils le laissaient tomber comme une vieille chaussette ! Puisque c’était comme ça, puisqu’on ne voulait pas de lui et bien il allait juste rentrer à la maison et voilà tout !

Alors oui il était triste et fier ! Fier parce qu’il savait qu’il était sur la bonne route. Il avait été un peu inquiet tant qu’il était resté sur les chemins de terre : mais il avait bien regardé la direction et il pensait être dans la bonne. Et lorsqu’il avait atteint la départementale son cœur s’était gonflé à la fois de soulagement et de joie. Evidemment il avait une bonne dizaine de miles à parcourir, mais ce n’était pas très grave ! Le seul ennui c’était qu’il devait se cacher lorsqu’il venait une voiture par peur qu’on ne s’inquiète de voir un petit garçon tout seul sur la route.

Ce n’est qu’arrivé à Pasadena qu’il prit conscience de son geste, lorsque sa mère affolée le serra contre son cœur, que Donnie dévala les escaliers en criant son prénom avant de le prendre dans ses bras et que son père le souleva de terre à son tour en lui demandant où il était passé.

Après avoir expliqué ce qu’il en était, intimidé de voir l’officier de police qui vint après l’appel de Margaret et qui l’interrogea pour savoir si quelqu’un l’avait emmené de force, Charlie prit conscience de l’anomalie : son père et Don n’auraient pas dû être là ! Et soudain il comprit que, par son geste inconsidéré, il avait irrémédiablement gâché l’anniversaire de son frère !

Ce qu’il ignorait alors, c’est que celui qui se sentait le plus coupable de cela c’était Alan qui, au cours des années qui suivirent, à chaque nouvel anniversaire de son aîné, ne pouvait pas s’empêcher de se remémorer ce fiasco sans un goût amer dans la bouche.

Fin du flashback

*****


Cissy  (28.05.2012 à 18:47)

Avril 2006- 1 h 20 : Pasadena

La sonnette de la porte d’entrée arracha le père à ses souvenirs. Il alla ouvrir pour se trouver face à un Larry aussi inquiet que lui-même qui attaqua aussitôt :

- Est-ce que vous avez des nouvelles ?

- Non… Toujours rien. J’ai appelé David.

- Ah… Alors tout va rentrer dans l’ordre, affirma le physicien avec une assurance qu’il était bien loin de ressentir.

A peine avait-il dit ces mots que le téléphone sonna et il vit Alan se décomposer en entendant la nouvelle : Don et Charlie avaient quitté le shérif vers 17 h 00. Ils auraient dû être rentrés depuis plus de cinq heures maintenant calcula le père proche du désespoir. Il était donc bien arrivé quelque chose à ses enfants. Les paroles d’encouragement de David eurent du mal à percer la carapace d’angoisse qui l’enveloppait, mais il voulait s’accrocher à cet espoir : que peut-être ses enfants s’étaient simplement arrêtés en route en attendant que les éléments se calment et que la route soit de nouveau praticable. C’était peut-être juste ça, il fallait que ce soit ça ! Avant de raccrocher, David ajouta que le shérif allait envoyer des patrouilles sur le chemin qu’avaient emprunté ses fils pour revenir, dès qu’il ferait assez jour pour ça.

Alan jeta un nouveau coup d’œil à l’horloge : 1 h 30… Il ne ferait pas jour avant encore quatre bonnes heures. Combien de temps faudrait-il ensuite pour retrouver ses fils, et dans quel état ?

Conscient de l’inquiétude du père, Larry décida de rester auprès de lui, cherchant désespérément à lui changer les idées : ils entamèrent une partie d’échecs mais il ne fallut pas bien longtemps au physicien pour se rendre compte que son adversaire n’était pas dans le jeu. L’esprit d’Alan était ailleurs, quelque part dans les Big Bear Montain.

 (à suivre)


Cissy  (28.05.2012 à 18:48)

Chapitre 17 : Deux frères et un piano

Avril 2006 – 6 h 20 : Big Bear Montain

Ce fut le froid qui éveilla Charlie. Il se sentait engourdi et, durant un instant, il se demanda comment il avait fait pour s’endormir dans la baignoire et pourquoi son père ne l’avait pas réveillé pour lui conseiller de se mettre au lit. Il voulut étendre les jambes et un cri de douleur lui échappa en même temps qu’il prenait conscience d’un poids sur son torse et de son bras ankylosé. Il ouvrit alors les yeux, stupéfait de ne pas reconnaître l’environnement familier mais de voir un ciel bleu-gris, chargé de nuages, au-dessus de sa tête. Il tenta de se déplacer et le poids sur lui émit un gémissement sourd, attirant son regard : une toison noire reposait sur sa poitrine, son bras était écrasé par un corps autour duquel il était enroulé.

Et soudain la mémoire lui revint :

- Don !

Il se redressa, gémissant à la douleur qui s’éveilla dans son corps perclus de courbatures et qui explosa dans sa jambe. Mais il n’avait pas le temps de s’apitoyer sur son sort.

- Don !!! Don, réponds-moi, parle-moi…

Il s’extirpa doucement de sous le corps qu’il avait tenu toute la nuit, comme pour l’empêcher de lui échapper et il étendit précautionneusement son frère au sol, allant automatiquement chercher un pouls, même si le geignement qui s’échappa des lèvres pâles prouvait, sans aucune hésitation possible, que Don était toujours de ce monde.

A la lueur du jour naissant, il put mieux se rendre compte de la situation dans laquelle se trouvait l’agent : une vilaine entaille déparait son front, qui saignait encore un peu, son bras droit était déformé, sans nul doute fracturé et le poignet, lui aussi devait être cassé s’il en jugeait par l’enflure noirâtre qui le gonflait. Rapidement il fit courir ses mains le long de la cage thoracique pour s’assurer de possibles dommages aux côtes mais il ne décela rien, soit qu’il ne soit pas assez expérimenté, soit que sa palpation, restée légère tant il craignait de faire souffrir son aîné, ne soit pas assez efficace. Enfin son regard s’attarda sur le bas du corps et il se mordit les lèvres : un gros rocher écrasait la jambe gauche et reposait en partie sur la droite. Fébrilement il posa les doigts sur la cheville, tentant de remonter au-dessus de la tige de la chaussure de randonnée pour trouver un pouls qu’il découvrit avec un soulagement non dissimulé, s’inquiétant tout de même qu’il soit si faible et irrégulier : visiblement la jambe était encore irriguée mais de façon insuffisante. Son  esprit se mit à calculer le temps au bout duquel les dégâts risquaient d’être irréversibles et la réponse ne lui plut pas du tout : il n’avait pas le temps d’attendre les secours, il devait faire quelque chose, libérer le membre prisonnier pour rétablir la circulation sanguine avant que les tissus ne commencent à se nécroser.

Il ramena sa main et grimaça en la voyant tachée de sang : un autre souci en perspective. Dégager la jambe était une chose, mais si le poids qui la comprimait, en même temps qu’elle la mettait en danger, sauvait aussi la vie de Don en empêchant une hémorragie artérielle, ne risquait-il pas d’aggraver la situation à vouloir à tout pris libérer son frère ?

A ce moment-là, un gémissement plus fort le tira de ses calculs enfiévrés et il revint se poster tout près de l’agent fédéral qui venait d’ouvrir des yeux embrumés par la douleur et qui restaient vagues, comme s’ils n’arrivaient pas à se positionner exactement. « Commotion cérébrale », diagnostiqua-t-il avec un frisson d’appréhension. Don était en mauvais état et il devait de toute urgence réussir à le sortir de sa position précaire.

- Charlie ?

- Oui… Je suis là Donnie… Ca va aller.

- Que s’est-il passé ?

La question le glaça jusqu’à la moelle. Se pouvait-il que les facultés de son frère soient amoindries par ses blessures à la tête ? Avait-il une hémorragie intra-crânienne qui obscurcissait son raisonnement ? Puis il se morigéna : inutile d’envisager le pire ! Il savait très bien qu’après un choc comme celui encaissé par Don, il arrivait que la victime perde la mémoire de ce qui s’était passé et même qu’elle ne la retrouve jamais sans que pour autant ses autres performances ou souvenirs s’en trouvent affectés.

- On a eu un accident.

Don posa sur lui son regard fiévreux dans lequel il lut une infinité de questions avant, soudain, qu’un éclair de lucidité ne le traverse. L’agent voulut porter la main à son front et cria sous la douleur terrible qui traversa le membre. Charlie s’empressa :

- Non ! Ne bouge surtout pas ton bras ! Je crois qu’il est cassé, au moins à deux endroits !

L’aîné se contenta d’opiner de la tête, tentant de refouler la nausée provoquée par la douleur. Quand il pensa avoir réussi à la juguler, il interrogea de nouveau :

- Et toi ? Tu vas bien ?

Charlie sentit les larmes lui venir aux yeux : son frère était gravement blessé, cloué au sol par un rocher et il s’inquiétait encore de lui !

- Oui… C’est juste ma jambe… Ca ira très bien.

- OK… Et moi ? Mes jambes…, se plaignit-il subitement en tentant de se relever pour comprendre pourquoi il n’arrivait pas à les bouger tandis que la panique s’emparait de lui.

Charlie cloua aussitôt ses épaules au sol pour l’empêcher de se faire du mal et plongea ses yeux dans les siens pour donner du poids à ses paroles :

- Chut… Du calme… Tes jambes sont peut-être cassées, l’une d’elle au moins. Mais tu es coincé sous un rocher… C’est pour ça que tu ne peux pas les bouger… Ca va aller… Cesse de t’agiter tu vas te faire mal…

Etaient-ce ces mots ou l’épuisement ? En tout cas Don cessa de lutter et se laissa aller en arrière, les yeux clos, le visage cireux. Eperdu, Charlie jeta un coup d’œil autour d’eux : ils étaient en contrebas de la route, ayant dévalé sur au moins cinquante mètres, presque à pic. A quelques dizaines de mètres d’eux se trouvait la carcasse calcinée de ce qui avait été le SUV de l’agent. Puis soudain il aperçut, sur les pentes et autour du point d’impact, différents objets qui attirèrent son attention : visiblement tout n’avait pas été détruit dans l’accident. Il y avait peut-être, sans doute même, des choses qui pourraient lui être utiles pour, sinon dégager son frère, du moins prendre soin de lui et le protéger un peu avant que le temps ne se dégrade de nouveau, même si le ciel semblait pour le moment se dégager sans pour autant que le soleil qui pointait ne les réchauffe tant il était timide. Le principal, c’était qu’il ne pleuve pas. S’il pouvait allumer un feu…, songea-t-il en captant le frisson qui secouait son frère de la tête aux pieds et lui arrachait un nouveau halètement de souffrance. Il comprenait comment il pouvait se sentir en ressentant lui-même l’état de son corps alors qu’il était bien loin d’être aussi gravement atteint que Don !


Cissy  (30.05.2012 à 19:05)

- Ecoute, lui dit-il en se penchant sur lui. Il semble qu’il y ait des trucs qui se soient échappés de la voiture et…

- Echappés ? sourit Don, tentant, par l’humour, de dédramatiser la situation et d’empêcher son petit frère de sombrer dans l’affolement.

Charlie comprit l’intention et sourit en retour :

- Oui, échappés ! Et comme tu n’es guère en état de leur courir après, je vais devoir devenir à mon tour traqueur de fugitifs !

Il se mordit la lèvre, se demandant s’il n’était pas allé trop loin : il y a un moment où l’humour peut passer pour de l’indifférence, voire de la cruauté. Mais le clin d’œil que lui adressa l’agent lui fit comprendre qu’il avait atteint son but :

- OK… Mais fais gaffe : surveille tes arrières tout de même ! Il ne faudrait pas que tu sois attaqué par une veste désespérée…

- Idiot ! maugréa Charlie en ébouriffant précautionneusement les cheveux humides de son frère.

- Et ! Mon brushing ! s’indigna celui-ci. Tu sais combien ça me coûte pour avoir des cheveux comme ça ?

- Beaucoup trop cher si j’en juge par ta coiffure ce matin, répondit le mathématicien du tac-au-tac tout en cherchant alentours s’il trouvait quelque chose sur quoi s’appuyer, sachant que sa jambe gauche ne supporterait pas son poids sans soutien.

Il avisa à environ deux mètres, une grosse branche fourchue à son extrémité et adressa une courte prière au destin qui l’avait placée juste là où elle serait utile. Il se déplaça doucement vers elle, éveillant au passage la douleur dans sa jambe, mais se refusant à laisser échapper le gémissement qui lui montait aux lèvres afin de ne pas inquiéter son frère. Celui-ci avait besoin de toutes ses forces pour se concentrer sur lui ! Pas question qu’il se laisse détourner de cela par son besoin de materner son cadet !

Prenant appui sur sa béquille de fortune, il se leva précautionneusement, réprimant difficilement le grognement à la protestation de son corps engourdi et meurtri. Lorsqu’il fut en position verticale, il testa sa capacité à avancer : bon… il ne ferait certes pas des kilomètres, mais pour explorer le périmètre autour de la carcasse et récupérer tout ce qui pourrait leur être utile, ça devrait le faire… à condition de n’être pas trop pressé, ajouta-t-il tandis que sa jambe se rappelait vicieusement à son bon souvenir. Il cala la fourche sous son bras : c’était un peu grand, mais ça ferait l’affaire tout de même !

Prêt pour l’expédition, il se retourna vers Don qui le couvait d’un air inquiet, et se mordit nerveusement la lèvre : devait-il vraiment le laisser-là ? Et si quelque chose n’allait pas ?

- Tu ne pars pas au bout du monde frangin ! murmura alors Don, le surprenant une fois de plus par sa capacité à lire dans ses pensées.

- Mais tu es sûr que ça va aller ?

- Oui… T’inquiète… Et toi ? Ta jambe ?

Il jeta un regard vers le bas, apercevant un morceau de genou meurtri par la déchirure de son jean, mais aucune trace de sang ne perçait le mouchoir qu’il avait posé sur l’entaille, donc il ne s’agissait vraisemblablement que d’une blessure superficielle. Il savait que l’articulation était enflée parce qu’elle était comprimée dans le tissu rêche du pantalon, mais pour le reste… Quant à la cheville, solidement maintenue dans ses chaussures de randonnée, il faudrait bien qu’elle tienne au moins le temps qu’il ait terminé son exploration.

- Ca va aller ! affirma-t-il d’une voix qu’il aurait aimée plus convaincue. Je peux te laisser ? Tu es sûr ?

- Certain, t’inquiète, je ne bouge pas…

Le mathématicien eut un sourire crispé à ce trait d’humour qui ne l’amusait pas vraiment, sembla sur le point de s’éloigner, puis se retourna :

- Tu veux que je te prête mon MP3 en attendant ?

- Quoi ? Il a survécu lui ?

- Je l’avais dans ma poche arrière… Et oui… Je pense qu’il est intact.

- Tu as peur que je m’ennuie ? Ou bien tu refuses que j’entende les jurons que tu risques de pousser ?

« Ou les gémissements… » compléta intérieurement l’agent auquel n’avait pas échappé la crispation des mâchoires de son frère qui indiquait qu’il devait souffrir plus qu’il ne l’admettait.

- Non… C’est juste que la musique aide à faire passer le temps.

- C’est drôle… Toi qui la détestais tellement.

Les deux frères échangèrent un regard entendu en se souvenant de cette époque où leur mère avait tenu à les mettre au piano. Charlie avait cinq ans et Don venait d’entamer sa dernière année de primaire.

*****


Cissy  (30.05.2012 à 19:05)

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