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L'accident

Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy 

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Chapitre 21 : Plus fort que la peur (partie 2)

Ce soir-là, les deux frères rentraient tranquillement après une préparation pour le match qui devait avoir lieu trois jours plus tard et Don souriait, amusé par le babil de son cadet qui, depuis qu’ils avaient quitté le terrain, s’efforçait de le convaincre de modifier sa position sur sa base :

- Tu sais, je pense que si tu te déplaçais selon un angle de 75° tu aurais plus de chance de réussir à…

- Salut Eppes !

La voix goguenarde qui les interpellait fit se figer les deux frères et Charlie se serra contre son aîné en voyant sortir de l’ombre trois silhouettes dont une le regardait avec des yeux brillants d’une joie malsaine.

Don sentit son cœur s’accélérer en reconnaissant, outre Steevy et Vince, Corey, l’aîné des frères Tennison. Il le connaissait mal, celui-ci ayant déjà dix-sept ans et étant pensionnaire dans un collège quelconque où il s’efforçait de poursuivre des études qui ne l’intéressaient guère, mais ses parents lui ayant donné le choix entre ça et du boulot, il ne lui avait pas fallu très longtemps pour comprendre où était son intérêt. Du coup, il ne rentrait chez lui qu’épisodiquement et Don n’avait que très peu eu l’occasion de le croiser : juste deux ou trois fois à l’époque où Vince faisait encore partie de l’équipe de base-ball. Et l’aîné ne lui avait pas paru plus intéressant que le cadet.

Seulement sa présence dans la rue qui se vidait de ses occupants n’était pas, mais alors pas du tout rassurante ! Contre Vince il avait ses chances, contre Corey, inutile de rêver : celui-ci avait déjà la taille et le poids d’un adulte. Sans compter que, connaissant le fair-play des frères, nul doute que, quand bien même il aurait le dessus sur l’un, l’autre viendrait à la rescousse.

Déterminé cependant à ne pas montrer sa peur, Don fit passer Charlie derrière lui en demandant :

- Qu’est-ce que tu veux Tennison ?

- Il paraît que tu t’en es pris à mon petit frère… C’est pas très courageux ça Eppes, de t’en prendre à plus petit que toi !

Don eut un rire froid qui masquait mal la colère et le mépris qui l’habitaient :

- Plus petit… Il est quasiment aussi grand que moi ton frère !

- Mais il a deux ans de moins ! corrigea Vince, qui à son tour accusa : c’est tellement facile de s’en prendre aux plus jeunes !

- Tu as raison… Tu devrais d’ailleurs en parler à ton frère qui s’en est pris au mien ! Trois ans de moins, et là il n’y a pas photo, nettement plus petit ! accusa Don.

- La belle excuse ! ricana l’aîné des trois.

- Donnie…, murmura Charlie terrorisé, tentant de disparaître derrière son frère.

- Regardez-le, il va faire dans sa culotte ! se moqua Steevy. Alors bébé… on se cache derrière son grand frère ? Mais tu sais, ton grand frère il va prendre une bonne raclée et tu vas pouvoir le regarder se faire démolir, continua-t-il, une joie mauvaise au fond des prunelles. Et ensuite je m’occuperai de toi comme je te l’ai promis ! finit-il en faisant un pas en avant.

Mal lui en prit car Don l’attendait et le cueillit par une gifle qui le fit reculer de deux pas, les larmes aux yeux, tandis qu’il portait la main à sa joue enflammée. Aussitôt, Don sut qu’il venait de se mettre dans son tort : il avait porté le premier coup. Mais de toute façon, conclut-il avant que les deux autres ne lui tombent dessus, rien n’aurait pu empêcher ce qui allait arriver. Les Tennison étaient venus pour en découdre : aussi lâches l’un que l’autre, les deux plus jeunes avaient attendu le retour de leur aîné pour venir en commando contre les deux frères et rien de ce qu’il aurait pu dire ou faire ne les détournerait de leur but.

- Charlie ! Rentre à la maison ! Cours ! ordonna-t-il en repoussant son frère avant de se jeter en avant pour barrer la route aux deux adolescents qui venaient sur lui et les empêcher de s’en prendre à son cadet. Il tourna la tête pour voir si son petit frère lui avait obéit et le vit, tétanisé sur le trottoir :

- Cours  Charlie ! File à la maison ! intima-t-il d’une voix plus forte, heureux lorsqu’il vit le gamin décoller enfin.

Sa joie fut de courte durée et un poing qui le cueillit au visage l’envoya à terre avec le goût du sang dans la bouche. Il voulut se relever mais un coup de pied vicieux l’attrapa à l’épaule, le renvoyant au sol où il s’effondra avec un cri de douleur. Ensuite les choses devinrent un peu floues : il se débattait avec l’énergie du désespoir, priant pour que Charlie ait réussi à passer et que son père arrive vite ! Et puis soudain il entendit les cris et les sanglots et il comprit, anéanti, que le plus jeune n’avait pas pu s’échapper. Alors il se débarrassa du corps qui le clouait au sol et se jeta de nouveau dans la bataille, avec l’énergie du désespoir : si ce n’était pas pour lui, il devait réussir pour Charlie ! Il le lui avait promis ! Tout ça c’était de sa faute ! Il aurait dû en parler à ses parents bien avant ! Mais non ! Il s’était cru bien trop fort, bien plus malin que tout le monde ! Il allait en payer le prix, tant pis pour lui ! Mais Charlie ne devait pas en faire les frais aussi.

Ce dernier pleurait toutes les larmes de son corps en voyant son frère aux prises avec deux garçons bien plus grands que lui. Il n’y avait nul besoin d’être un génie en mathématiques pour savoir qu’un garçon de douze ans, même sportif et agile, n’avait aucune chance contre deux adolescents de quatorze et dix-sept ans ! Steevy le maintenait dans une poigne de fer, le forçant à regarder l’horrible scène : Corey qui retenait son frère par les bras tandis que Vince s’acharnait sur lui à coups de pieds et de poings en l’invectivant, tenant enfin sa revanche sur leurs querelles lorsqu’ils faisaient partie de la même équipe.

- Tu vois ton grand frère, il ne vaut rien, murmurait le plus jeune des Tennison à son oreille. Mes frères vont lui donner la raclée de sa vie ! Et après je vais faire pareil avec toi ! Tu aurais dû m’écouter Eppes !

- Laissez mon frère ! Laissez-le, suppliait-il en pleurant.

- Ton frère n’est qu’un gros naze, se moqua Steevy. Allez, dis-le, vas-y, reprit-il en lui tordant le bras dans le dos. Dis-le : mon frère n’est qu’un gros naze.


Cissy  (07.06.2012 à 19:19)

Ce fut alors que Charlie vit rouge : envolés la peur, le chagrin, la culpabilité. La fureur qui le souleva à ce moment-là, il ne l’avait jamais connue. Avec un cri de rage, il se dégagea de l’étreinte et lança ses poings dans le visage grimaçant, voulant effacer le rictus de satisfaction qu’il y lisait. En même temps, il lança son genou, comme Don lui avait montré, juste dans les parties génitales de son adversaire qui, après avoir poussé un hurlement de douleur lorsque les poings entrèrent en contact avec son nez qui se transforma aussitôt en fontaine rouge, émit un couinement et glissa au sol en se tenant l’entrejambe tandis que des larmes coulaient de ses yeux.

Occupés à bourrer de coups de pieds Don qui était désormais recroquevillé à terre, les deux aînés n’avaient rien vu de la scène. Un instant Charlie se demanda s’il devait maintenant obéir à son frère et courir jusqu’à la maison, alerter Alan et le ramener ! Mais sa raison lui souffla que d’ici là Vince et Corey pourraient faire encore bien du mal à Don ! A ce moment-là, le gamin de sept ans n’avait plus peur de rien ! Il devait avant tout protéger son frère, son frère qui était en danger à cause de lui ! Il courut au sac de base-ball que Don avait laissé tombé sur le trottoir et il en sortit la batte que son aîné lui laissait parfois manier, sous sa haute surveillance, avec menace des pires sévices s’il osait s’en servir sans sa permission. Alors certes il ne l’avait pas cette permission, mais il ne pensait pas que Don lui en voudrait pour cette fois-ci songea-t-il avant, avec un cri terrible de foncer sur Corey et de lui administrer un coup violent dans le ventre. L’adolescent se retrouva à terre, plié en deux, le souffle coupé et Charlie abattit alors sa batte sur son dos, le couchant au sol, gémissant.

Totalement déstabilisé par cette intervention inattendue, Vince commit l’erreur de se détourner de Don qui lança alors ses jambes, lui crochetant les chevilles et l’envoyant s’étaler douloureusement au sol. L’aîné des frères Eppes arracha alors la batte des mains de son petit frère et l’appuya violemment sur la poitrine de son ennemi, plantant son regard dans le sien, un regard noir de fureur malgré la douleur et l’œil gauche qui commençait à gonfler :

- Tu mériterais que je te fracasse le crâne ! gronda-t-il d’une voix sauvage.

- Non ! Pitié ! pleurnicha le cadet des Tennison, se conduisant en lâche qu’il était : dès que la force n’était plus de son côté, il s’aplatissait totalement.

Don s’agenouilla près de lui, croisant le regard effrayé de Corey qui, à ce moment précis, devait avoir peur de ce que pourrait lui faire le garçon sur lequel il s’acharnait quelques secondes auparavant. Mais il n’était pas de la race de ceux qui se vengent et qui profitent de leur position de force, il devait simplement faire passer le message :

- Je vous préviens, tous les trois : si jamais je vous revois dans les parages, si jamais vous approchez de mon petit frère, ou de moi… Je vous massacre, c’est clair ? C’est clair ? tonna-t-il.

- Oui… C’est clair.

Il savait qu’il pouvait les croire : comme tous les lâches, les trois frères ne risquaient pas de revenir à la charge après la leçon qu’ils venaient de recevoir. Une leçon chèrement payée, maugréa-t-il en prenant soudain conscience de la douleur qui le taraudait : il lui semblait que pas une parcelle de son corps n’était indemne. Mais il n’avait pas le temps de gémir sur lui-même. Il se retourna vers Charlie, figé à ses côtés :

- Tu vas bien frangin ? lui demanda-t-il.

- Oui… Je vais bien, et toi ?

- Ca va…

- Mais tu saignes, gémit le gamin au bord des larmes.

- C’est rien je te dis, j’en ai vu d’autres.

Et pour distraire le gosse de ses pensées morbides, il ajouta :

- Tu as été fantastique Charlie ! Un vrai lion !

- C’est vrai ? Un vrai lion ? sourit le gosse avant de s’effondrer dans les bras de son frère en hoquetant : J’ai eu si peur Donnie… si peur…

- Mais tu n’as pas montré ta peur : c’est ça qui est important ! Tu t’es battu et tu as gagné ! Et je peux te dire qu’ils ne sont pas prêts d’oublier la leçon ces trois-là !

Il ébouriffa les cheveux de son frère avant de draper son bras sur ses épaules :

- Je suis fier de toi frangin, vraiment fier !

Des étoiles scintillèrent dans les prunelles du plus jeune qui se redressa un peu plus en disant :

- Appuie-toi sur moi, je vais t’aider.

- Bien sûr que tu vas m’aider ! Avec toi à mes côtés je ne risque rien !

Les deux frères prirent doucement le chemin de la maison, laissant leurs trois ennemis se ramasser comme ils le pouvaient et renter tous piteux chez eux.

Il y eut une autre bataille aussitôt que les garçons eurent franchi le seuil et que Margaret vit leur état. De nouveau Charlie mena le combat pour son frère lorsque ses parents commencèrent à lui reprocher d’avoir entraîné son cadet dans une bagarre. Et jamais Don n’oublierait les joues empourprées de son cadet qui s’indignait des reproches qu’Alan avait commencé à faire pleuvoir sur son frère, sans même l’écouter : il lui reprocha sa partialité et endossa toute la responsabilité de l’affaire. De toute façon, Margaret avait très vite mis un terme aux explications pour emmener Don à l’hôpital où on avait diagnostiqué deux côtes fêlées, un poignet démis et une légère commotion cérébrale qui cloua définitivement le bec aux parents passés alors de la colère à l’inquiétude en imaginant combien ils avaient frôlé du pire. Les deux frères, une fois revenus au calme chez eux, purent raconter tranquillement l’incident et empêcher leur père d’aller porter plainte comme il le menaça :

- T’inquiète ! Il ne nous embêterons plus, fanfaronna Charlie avec un petit air fat qui amena un sourire sur les lèvres de son aîné. Ils ont compris la leçon !

- Et bien vous allez aussi en prendre une les garçons, dès que ce jeune homme ira mieux ! rétorqua Margaret en bordant tendrement Don, épuisé, dans son lit. Je ne veux pas que mes fils se battent ! Jamais ! Quelles qu’en soient les raisons, se battre n’est pas une solution ! Est-ce clair messieurs ? insista-t-elle d’une voix qu’elle s’efforçait de rendre sévère mais dans laquelle les deux garçons entendaient surtout du soulagement et de la fierté, comparable à celle qui avait transparu dans la voix d’Alan lorsqu’il avait compris que ses fils avaient eu le dessus contre trois garçons plus âgés que Charlie et pour deux d’entre eux que Don, s’attirant un regard noir de Margaret qui ne pouvait pas le laisser montrer cette fierté à leurs enfants sous peine de les voir recommencer avec, peut-être, un résultat bien moins positif.

Lorsque Don fut totalement remis de ses blessures, les deux frères ne coupèrent donc pas à la leçon de morale qu’ils écoutèrent côte à côte, les yeux baissés pour que leurs parents ne puissent pas y lire leurs sentiments réels. Mais leurs mains, qui s’étreignaient durant tout l’entretien, leur disaient plus que les mots ce qu’ils pensaient à cet instant précis et ce lien qu’ils venaient de tisser dans ce combat commun. Jamais plus ils n’eurent à faire aux Tennison  et jamais non plus personne ne sut qui avait cassé le nez de Steevy et amoché ses deux frères : la légende courut qu’ils avaient été attaqués par un gang. Mais lorsque les frères Tennison croisaient les frères Eppes, curieusement, les premiers passaient toujours au large, comme s’il y avait eu entre eux un drôle de secret. Ni Don ni Charlie ne se vantèrent jamais de ce qu’ils avaient fait ce jour-là : ils n’étaient pas du genre à s’acharner sur des gens à terre. Eux savaient ce qu’il en était et ça leur suffisait. Ils avaient gagné chèrement leur paix et voulaient juste en profiter.

Fin du flashback

(à suivre)


Cissy  (07.06.2012 à 19:21)

Chapitre 22 : Ne pas baisser les bras

Avril 2006 – 7 h 05 : Big Bear Montain

Charlie inspira profondément, regarda son frère puis affirma :

- Tu as raison ! Je dois être capable d’y arriver !

- Voilà… C’est comme ça que j’aime mon petit frère : indomptable et conquérant… Sauf, évidemment, si c’est moi qui suis en face de lui, sourit Don, réussissant cette fois-ci à recueillir un sourire en retour où la gratitude et l’amusement se mêlaient.

- Bon… J’y vais alors…, reprit le mathématicien. Donnie…, ajouta-t-il d’une voix un peu tremblante, ça risque de faire mal.

- Je sais… T’inquiète… Je vais tenir le coup.

Bien sûr qu’il allait tenir ! pensa le plus jeune. Ne serait-ce que pour le ménager, lui ! Il serra la main de son frère en lui adressant un sourire un peu crispé puis entreprit de fixer le cric selon les conclusions apportées par ses calculs. Cela dura quelques minutes durant lesquelles il s’efforça de fermer ses oreilles et de blinder son cœur aux gémissements étouffés qui lui parvenaient par intermittence. Visiblement son aîné souffrait le martyre et s’efforçait de retenir ses manifestations de douleur pour ne pas le détourner de sa tâche. Abandonner maintenant ce serait lui avoir fait mal pour rien, s’encourageait le mathématicien en continuant sa tâche ingrate, malgré les larmes qui lui brûlaient les paupières. Enfin il se redressa, estimant que son dispositif était assez solide pour entame la délicate manœuvre qui permettrait de dégager les deux jambes.

Il se retourna vers son frère, ne s’étonnant pas de le voir encore plus pâle que quelques minutes auparavant, le visage couvert d’une sueur malsaine et les yeux obscurcis par la douleur :

- Attends… Je vais te donner à boire, déclara-t-il.

- Non Charlie ! Qu’on en finisse maintenant ! ordonna Don, et le plus jeune comprit que son frère avait mal et qu’il appréhendait plus de douleur encore.

Ils savaient bien, l’un comme l’autre, que l’afflux de sang dans le membre ankylosé allait entraîner une douleur terrible ! Don avait raison, il fallait agir au plus vite : inutile de faire traîner les choses et d’accroître la douleur par anticipation.

- D’accord. J’y vais, dit-il d’une voix tendue.

Alors qu’il se détournait, la main valide de Don agrippa son bras :

- Charlie…

- Quoi ?

- Tu dois me promettre de ne pas abandonner frangin ! Tu vas au bout ! Tu me vires ce putain de rocher, quoi que je dise ou que je fasse !

- Bien sûr… Je vais…

- Non Charlie ! Je veux ta promesse ! Même si je hurle, même si je te dis des trucs… Tu n’arrêtes pas ! Tu vas jusqu’au bout !

Charlie comprit alors l’inquiétude de son frère : que dans l’excès de souffrance il le supplie d’abandonner la procédure, qu’il l’insulte ou lui dise des choses qu’il ne pensait pas vraiment. Son cœur se serra à cette éventualité : serait-il vraiment capable de laisser souffrir son frère, de se blinder jusqu’à ce qu’il l’ait dégagé ? Oui, il le devait ! A tout prix ! Alors il prit de nouveau une profonde inspiration et il planta ses yeux dans ceux de son frère pour donner du poids à ses mots :

- Je te le promets Donnie.

Don se laissa alors aller en arrière avec un soupir de soulagement en murmurant :

- Merci Charlie. Vas-y maintenant.


Cissy  (09.06.2012 à 20:48)

Charlie se mordit la lèvre, puis il se retourna vers le rocher et commença à actionner le cric en murmurant :

- Je t’aime Donnie.

Du reste, il ne garda pas vraiment de souvenir. Au fur et à mesure que l’outil soulevait la masse rocheuse, les gémissements de Don prirent de l’ampleur jusqu’à devenir un hurlement de souffrance qui se répercuta sur les parois des montagnes environnantes au moment où le rocher bascula. Charlie resta un instant interdit, regardant alternativement la masse qui avait roulé à deux mètres et la jambe, enfoncée dans un lit de boue, qui lui avait vraisemblablement permis de n’être pas impitoyablement écrasée, pliée à un angle étrange, avant de s’exclamer :

- Donnie ! J’ai réussi ! Ca y est ! Tu es libre !

Il se retourna vers son frère et s’aperçut alors que celui-ci avait perdu connaissance ! Affolé, il chercha une impulsion au cou, poussant un profond soupir de soulagement quand il la perçut, un peu faible mais régulière. Un instant il envisagea de ranimer son aîné, puis il se fit la réflexion qu’il devait maintenant soigner la jambe et que c’était mieux si Don était inconscient durant cette opération.

Retenant à la fois la nausée et les larmes, il se pencha sur le membre blessé  et découpa le tissu du jean avant de couper les lacets pour enlever la chaussure. Du genou à la cheville, la jambe était profondément meurtrie, le plus impressionnant étant la déformation qui prouvait sans doute possible la fracture des deux os dont l’un passait à travers les chairs déchirées, provoquant le saignement qu’il avait décelé. Heureusement, même s’il était abondant, il n’était pas saccadé, prouvant par là-même que l’artère n’était pas touchée. Il fallait cependant tout faire pour arrêter la perte sanguine et replacer le membre dans l’alignement, ce que s’empressa de faire le mathématicien, remerciant le ciel que son frère soit inconscient : il n’aurait jamais pu lui occasionner une telle douleur autrement. Finalement il réussit à aligner le membre, posa le coussin hémostatique et appliqua une pression jusqu’à ce que le saignement diminue de manière significative. Ensuite, il se saisit des bandages et des attelles qu’il avait repérés dans le sac et entreprit d’immobiliser au mieux le membre blessé. Une fois la jambe droite soignée, il s’occupa de l’autre, très écorchée, enflée, préférant l’immobiliser aussi au cas où il y aurait une fracture qu’il était inutile de risquer de déplacer. Don n’ayant toujours pas repris conscience, il utilisa les derniers pansements pour maintenir son bras contre son torse et protéger la plaie du front.

Après cela, épuisé, il laissa enfin libre court à la nausée et, s’écartant de quelques mètres, il vomit son dégoût, sa peur et sa propre douleur en longs spasmes incoercibles. Puis il se secoua : il n’avait ni le temps ni le droit de s’abandonner. Don avait besoin de lui.

Il claudiqua vers son frère, se penchant pour vérifier ses constantes : son pouls restait stable et sa respiration était régulière. Mais sa peau lui apparut plus froide qu’auparavant. Bien sûr : lui bougeait depuis environ soixante-dix minutes qu’il était réveillé, mais Don restait immobile et, même si la pluie ne tombait plus, la température était d’environ 6°, ce qui représentait la température moyenne de saison pour Big Bear, mais n’arrangeait pas leurs affaires !

Faisant taire la douleur de sa jambe blessée, il s’appuya sur sa béquille de fortune et entreprit de ramasser des pierres. Bénissant son expérience de randonneur, il dégagea très vite un espace qu’il entoura de sa récolte, puis, après plusieurs voyages qui le laissèrent épuisé, il parvint à amasser une provision suffisante de brindilles et petit bois ainsi que quelques gros morceaux vraisemblablement arrachés par la chute de la voiture, qui lui permettraient d’entretenir le feu qu’il avait idéalement placé pour qu’il les réchauffe sans pour autant les enfumer. Ensuite, en prévision d’un retour de la pluie, il arrangea la toile imperméable au-dessus de leur campement de fortune, englobant le foyer, juste à la limite de la toile, de manière à ce que la fumée s’échappe tout de même mais à ce que le feu ne soit pas noyé par la pluie. Il était bien conscient toutefois que si se remettaient à tomber les trombes de la veille, il ne pourrait rien faire et que leur abri précaire ne leur serait d’aucune utilité. Il ne lui restait plus qu’à prier que le ciel ait déversé alors toute l’eau qu’il avait en stock et qu’on les retrouve avant le prochain grain.

*****


Cissy  (09.06.2012 à 20:48)

Avril 2006 - Big Bear Montain : 7 h 50

Une fois son travail terminé, il revint auprès de Don, s’inquiétant qu’il n’ait toujours pas repris connaissance. Le feu commençait à crépiter et à diffuser une chaleur qui ramenait un peu de souplesse dans ses membres roides et douloureux. Il étendit les pulls trempés, espérant qu’ainsi ils sècheraient plus vite, puis il se pencha sur son frère, tapotant son visage :

- Don… Donnie… Réveille-toi frangin.

Il fallut de longues minutes pour qu’enfin son frère ouvre des yeux ombrés par la douleur mais lucides, ce qui le réconforta quelque peu. Et ce qui le rasséréna plus encore ce fut les compliments que ne lui comptât pas son aîné en observant les efforts déployés par le professeur pour améliorer leur condition. C’était tellement bon d’avoir l’impression d’être utile à quelque chose !

Il installa confortablement son frère, le calant contre son torse, puis amena à lui la boîte de sandwiches :

- Tiens, il faut manger, dit-il.

- Charlie, je n’ai pas faim !

- Mais tu dois manger Donnie. Il faut que tu tiennes le coup !

- T’inquiète, je n’ai nullement l’intention de baisser les bras ! Je ne l’ai jamais fait, je ne vais pas commencer aujourd’hui.

Le silence de son frère à cette affirmation, là où il attendait un assentiment plein et entier, le fit se redresser et se retourner légèrement, tandis qu’il cherchait le regard de son cadet.

- A quoi tu penses Charlie ?

- A ce que tu viens de dire. Ce n’est pas complètement vrai.

- De quoi tu parles ?

- De ce qui s’est passé l’année de tes treize ans… Quand je suis tombé dans l’escalier, finit par lâcher le plus jeune.

Don se replongea instantanément dans ses souvenirs : son réveil à l’hôpital, sa mère qui pleurait en le serrant dans ses bras, son père décomposé qui l’étreignait à son tour, leurs voix bouleversées qui lui demandaient pardon, l’assuraient qu’ils l’aimaient, qu’ils n’y arriveraient pas sans lui. Il se souvenait s’être inquiété de Charlie, rassuré qu’il aille bien, ce qu’il avait vite constaté quand son petit frère était venu le voir dans la chambre où il était resté trois jours avant de pouvoir rentrer chez lui. Il se remémorait ses entretiens avec le psychologue, l’assistante sociale, l’officier de police… à chacun il avait redit qu’il ne recommencerait pas, qu’il ne savait pas vraiment ce qui lui était passé par la tête, il avait répété il ne savait combien de fois que non il n’était pas maltraité, non il n’était pas négligé, non il n’était pas malheureux dans sa famille. Soudain il prenait conscience de la portée de son geste : il aurait pu ne plus être là et ses parents auraient eu infiniment plus d’ennuis qu’ils n’en avaient déjà, par sa faute ! Son père qui avait dû s’éloigner le temps de l’enquête, sinon lui et Charlie n’auraient pas été autorisés à rentrer chez eux, sa mère tellement bouleversée qui avait du mal à le quitter des yeux et cette culpabilité dans les yeux de chacun, y compris ceux de Charlie… ah oui certes, il avait fait du beau travail en prenant ces pilules ! Et le jour où enfin la famille avait été réunie, où un grand repas de fête avait marqué la fin de l’épreuve, il s’était juré que plus jamais il ne ferait subir ça aux siens ! Il avait alors rangé cet épisode dans un coin de sa tête au rayon « bêtises d’ado » et ne l’avait plus jamais déterré depuis.

Et à cet instant, il comprenait que Charlie, lui, n’avait pas vraiment tourné la page. Il y avait tellement longtemps maintenant que cet épisode le hantait. Plusieurs fois déjà il aurait aimé en parler avec son frère, savoir ce qu’il en était exactement, tenter de se débarrasser de ce sentiment de culpabilité qui le poursuivait depuis ce jour. Mais ça n’avait jamais été le bon moment. Et là, d’un seul coup, peut-être à cause de cette proximité qu’ils avaient si rarement eue, il trouvait enfin le courage, ou l’inconscience, d’aborder les choses. Parce que qui savait ce que pourrait engendrer un retour dans cette période douloureuse où, par son attitude égoïste, il avait poussé son frère à ce geste ? En tout cas, une chose était sûre : il n’aurait jamais pensé que le « bon moment » serait un moment comme celui-ci.

Il sentit Don se raidir contre lui et un instant il se dit que, comme à son habitude, celui-ci allait détourner la conversation. Pourtant il se trompait.

Don sentit combien c’était important pour lui, combien cela empoisonnait sa vie depuis si longtemps et qu’il était temps de crever cet abcès, de lui faire comprendre qu’à treize ans, il avait, un moment, juste un petit moment, voulu s’en aller parce qu’il se sentait coupable, mais aussi qu’il avait l’impression d’être un vilain petit canard qui n’arriverait jamais à rien. Mais lui, Charlie, n’était pour rien dans tout ça, il devait s’en convaincre.

- Si je n’avais pas menti…

- Charlie ! Tu avais huit ans !

- Ce n’est pas une excuse !

- D’accord ! Tu étais un génie stupide ! C’est mieux comme excuse ?

- Sincèrement, tu ne m’en veux pas ?

- Ca fait vingt-cinq ans Charlie ! Il y a prescription tu ne crois pas ?

Charlie laissa passer quelques secondes avant de poser la question, celle qui était vraiment le fond du problème :

- Est-ce que ça t’est arrivé à d’autres occasions ?

- Quoi ? De quoi tu parles ?

- De ça… de vouloir… Tu sais, je connais les statistiques. Les membres des forces de l’ordre ont deux fois plus de chance de se suicider que le reste de la population.

- Autrement dit, tu veux savoir si j’ai déjà pensé à en finir ? demanda Don d’une voix que son frère jugea un peu tendue.

- Ben…

D’un seul coup il se demandait s’il n’avait pas tort d’aborder ce sujet. Et si Donnie lui disait que ça lui était arrivé d’autres fois, que ça lui arrivait encore ? Comment pourrait-il vivre avec ça ? Il s’inquiétait déjà à cause de la profession de son frère, de ce que les autres pourraient lui faire. Comment pourrait-il gérer la crainte de ce que Don pourrait faire à Don ?

- Charlie, regarde-moi, ordonna son aîné.

Le mathématicien se déplaça, de manière à faire face à son frère et celui-ci posa sa main valide sur son épaule, rivant ses prunelles aux siennes afin qu’il y lise la sincérité de sa déclaration :

- Jamais Charlie… Jamais plus je n’ai eu cette pulsion. Même lorsque les choses vont mal, même lorsque je suis découragé, que j’ai l’impression qu’il n’y a pas d’issue, jamais je ne pense à me suicider. Ce serait abandonner et je n’ai pas envie d’abandonner.

- Vraiment ?

- Vraiment ! Et puis il y a papa et toi… Que feriez-vous sans moi ? plaisanta-t-il pour couper court à l’émotion qui les étreignait.

- Non mais écoutez-moi ce gros vantard ! Comme si nous étions incapables de nous en sortir sans toi ! répliqua Charlie du tac au tac, sentant un poids immense s’enlever de sa poitrine.

- Exactement. Sans moi vous êtes perdus d’avance, insista le plus âgé !

Il croyait que son cadet allait lui répondre par une plaisanterie, mais Charlie lui prit la main et la serra en murmurant d’une voix convaincue :

- C’est vrai. Je ne sais pas ce que nous deviendrions sans toi Donnie.


Cissy  (09.06.2012 à 20:50)

Emu, Don lui retira sa main, un peu trop brusquement et il gémit, ce qui conduisit automatiquement Charlie à le reprendre contre lui, l’apaisant d’une caresse dans les cheveux avant d’en revenir à sa préoccupation première :

- Il faut que tu manges ! Tu dois garder tes forces !

- Je croirais entendre papa ! gémit son frère.

- Et bien, il n’a pas que tort ! répliqua Charlie.

- Je suis sûr qu’il serait ravi d’entendre cette phrase !

- Ne va surtout pas la lui répéter ! feignit de s’inquiéter le plus jeune.

- Ca dépend…

- De quoi ?

- De ce que tu me donneras en échange.

- Dans un premier temps je vais te donner un sandwich, ensuite on verra, en profita pour réattaquer le mathématicien.

- Charlie…, geignit Don.

- S’il te plaît, fais un effort, pour moi…

Charlie était conscient d’utiliser le chantage, mais il était prêt à tout pour obliger son frère à se sustenter. Finalement il parvint à lui faire avaler quelques bouchées qu’il arrachait au sandwich avant de lui donner. Puis il le fit boire et, sur l’insistance de son aîné, il finit la nourriture, Don arguant, avec raison, qu’il devait lui aussi garder ses forces et sans doute plus encore que lui-même.

Ensuite il examina les pansements, s’inquiétant de voir les taches de sang sur ceux de la jambe droite et du front s’étaler petit à petit. Le teint de son frère avait encore pâli et son pouls lui semblait un peu plus faible. Nerveusement il jeta un coup d’œil à sa montre : 8 h 35 ! Mais que faisaient les secours ?

- Ils vont arriver, t’inquiète, murmura Don d’une voix lasse alors qu’il venait se glisser de nouveau contre lui, après avoir réalimenté le feu, les enveloppant tous les deux dans la couverture afin de le garder au chaud au maximum.

- Depuis quand tu lis dans mes pensées ? tenta-t-il de plaisanter, même si le cœur n’y était pas.

- Depuis toujours Chuck, rétorqua Don, sans parvenir cette fois plus que les autres à le faire réagir à cette appellation.

Il se passa quelques instants puis l’agent reprit d’une voix ensommeillée :

- Tu sais, tu avais raison finalement.

- De quoi tu parles ?

- Cette série… Avec un prof de maths qui aurait aidé son frère… Ca marche réellement.

Durant quelques secondes le mathématicien se demanda de quoi parlait son frère, posant sa main sur son front pour vérifier si la fièvre le faisait délirer, s’inquiétant qu’il soit en train de sombrer petit à petit dans des hallucinations. Et puis il se souvint de cette soirée, vingt-trois ans plus tôt.

 (à suivre)


Cissy  (09.06.2012 à 20:51)

Chapitre 23 : Entre frères

Flashback

par Dangie

Février 1985 : Pasadena

Un vendredi soir comme un autre dans la famille Eppes, enfin pas tant que ça. Margaret et Alan s'étaient accordé une petite soirée en tête à tête avec au programme sortie au cinéma puis dîner dans un petit restaurant. Tout ce qu’il y avait de plus banal, mais pour Alan c'était un peu comme s'il avait retrouvé ses vingt ans...sauf qu'à vingt ans, il n'avait pas deux fils sans cesse en train de se chamailler...

Don, du haut de ses presque quinze ans, avait reçu la mission délicate de veiller sur son petit frère, mission qu'il avait acceptée en échange d'une journée complète seul à la maison puisqu'Alan avait décidé d'accompagner Charlie et Margaret au concours de mathématiques auquel le jeune garçon devait participer le lendemain. La seule condition pour que les deux frères Eppes restent seuls en cette soirée était que Charlie devait être au lit de bonne heure car il devait se lever tôt. Condition que Don avait acceptée de gaité de cœur, trop content que son jeune frère, avec qui il n'avait pas vraiment de points communs, le laisse tranquille.

A peine ses parents avaient-ils quittés la maison que Don avait envoyé Charlie se coucher puis il s'était préparé un immense saladier de pop-corn et s'était confortablement installé sur le divan pour savourer sa série.

- Qu'est-ce que tu regardes? demanda Charlie après s'être faufilé sans bruit jusqu'au salon

- Qu'est-ce que tu fais là? répliqua Don d'un ton dur.

- J'arrive pas à dormir...

- T'as qu'à prendre un bouquin, faire des calculs...J'sais pas moi, des choses que font les p'tits génies les vendredis soir! proposa Don moqueur.

- Je vais en faire demain des calculs et puis j'ai pas sommeil. Je peux pas regarder la télé avec toi? supplia Charlie.

Don observa son petit frère qui lui renvoyait ce regard de chien battu qui faisait toujours craquer sa mère. Don ne put pas non plus y résister.

- D'accord, mais à la fin de l'épisode tu vas te coucher, abdiqua Don.

- D'accord, affirma Charlie arborant un large sourire édenté.

Le petit garçon se précipita sur le divan pour s'assoir juste à côté de son frère et plongea une main avide dans le saladier de pop-corn. Don lui renvoya un regard noir et posa le saladier à côté de lui, loin des mains de Charlie.

- Qu'est-ce que tu regardes? demanda le jeune garçon intéressé.

- J'ai dis que tu pouvais regarder, j'ai pas dis que tu pouvais parler, répondit Don.

Charlie, déçu, ravala les questions qui lui brûlaient les lèvres et fit un effort surhumain pour se taire.

- Ca va jamais exploser! finit-il par lancer au bout d'un court instant.

- J'ai dit la ferme Charlie!

- Oui, mais ça va pas exploser et si ça explose pas, Mac Gyver pourra jamais sortir de cette pièce.

- On s'en fout Charlie, c'est lui le héros, il s'en sort toujours.

Finalement, la bombe concoctée explosa.

- C'est pas normal, s'il avait vraiment voulu que ça explose, il aurait dû mettre en plus du sulfate de...

- J'ai dis la ferme Charlie! hurla Don, c'est fait exprès!

- Comment ça "fait exprès"?

- Pour que des gamins débiles fassent pas sauter le garage de leurs parents en faisant la même chose, répondit Don exaspéré.

- Pas bête, admit Charlie après un temps de réflexion.

- Ca t'étonne hein, p'tit génie? demanda Don fier de lui.

- Non pas vraiment...Mais en fait, c'est pas vrai ce qu'ils racontent alors?

- C'est une série télé Charlie! C'est des histoires, tu vas pas croire tout ce qu'on raconte à la télé? Ca m'étonne de toi, p'tit génie!

- Arrêtes de m'appeler comme ça, tu sais que j'aime pas ça! répliqua Charlie vexé.

- Et bien, va te coucher alors ! De toute façon, c'est fini, annonça Don en jetant un œil sur l'écran où le générique de fin défilait.


Cissy  (10.06.2012 à 17:22)

- Pourquoi je peux pas regarder la suite avec toi? essaya Charlie, déçu que la soirée avec son frère se termine si vite.

- La suite c'est pas pour les gamins, assura Don en réprimant un sourire en coin.

- Je suis pas un gamin, se défendit Charlie. Dans 3 mois, 9 jours et 11 heures, j'aurais dix ans.

- Alors reviens dans 3 mois, 9 jours et 11 heures. Là c'est interdit aux moins de dix ans.

- Qu'est-ce que c'est?

- Un policier, c'est pas pour les gamins.

- T'en as pas assez des policiers? Pourquoi tu regardes que des films ou des séries avec des policiers? demanda Charlie interloqué. C'est ce que tu veux faire quand tu seras grand? Tu veux plus être joueur de base-ball?

- Toi qui sais si bien calculer, tu t'es jamais demandé combien de temps ça durait la carrière d'un sportif professionnel?

Charlie admit qu'il n'avait pas la réponse à la question de son frère.

- Alors, tu veux être policier? redemanda le jeune garçon revenant à la charge.

- J'en sais rien. Si je regarde ça, c'est juste que c'est intéressant. Les histoires de policiers, c'est ce qui intéresse les gens.

- Parce que les gens aiment quand il y a des morts, de la violence?

- Pas forcément, c'est pour l'enquête, pour résoudre le mystère, tout simplement.

- Comme quand on résout une équation?

- Si tu veux, céda Don fatigué des paroles incessantes de son frère.

- Alors, pourquoi ils font pas des séries avec des scientifiques comme héros ? demanda Charlie innocemment.

- Des rats de laboratoire! s'esclaffa Don. Où est-ce que t'as vu que ça pourrait intéresser les gens?

- La science a trouvé des réponses à plein de mystères, affirma Charlie. Y'a bien des policiers scientifiques! souligna le petit garçon triomphant.

- Si c'est des policiers, je veux bien, admit Don pour couper court aux remarques de son frère.

- Et pourquoi pas avec les maths? Le héros pourrait être un prof de maths?

- Un prof de maths? s'exclama Don hilare. Et puis quoi encore? Là faut vraiment que t'ailles te coucher, le p'tit génie est en train de débloquer!

- Arrête de m'appeler comme ça!

- P'tit génie, p'tit génie, p'tit génie, répéta Don moqueur.

- T'es vraiment pas gentil, j'le dirai à maman!

- Va te coucher, p'tit génie, p'tit génie, p'tit génie, s'amusa Don de plus en plus content de lui.

- J'vais le dire à papa! lança Charlie énervé en quittant la pièce.

Le petit garçon se précipita dans les escaliers, insistant sur chaque marche d'un pas sonore. Le sourire aux lèvres, Don saisit la télécommande pour augmenter le son et couvrir ainsi le vacarme produit par la colère de Charlie.
Satisfait de s'être enfin débarrassé de son frère, il reprit son saladier de pop-corn sur ses genoux. Il allait enfin pouvoir savourer sa série... "Columbo" qui trouvait les coupables sans avoir recours aux empreintes digitales, à l'ADN...encore moins aux maths...

- Un prof de maths comme héros d'une série télé! Et puis quoi encore? souffla Don un sourire moqueur sur les lèvres.

Fin du flashback

*****


Cissy  (10.06.2012 à 17:23)

Avril 2006 – 8 h 40 : Big Bear Montain

- Oui, un prof de math qui aide son frère agent du FBI, ça le fait vraiment, conclut Don et Charlie sentit ses yeux se mouiller de larmes : c’était sans doute l’un des plus beaux compliments que lui ait jamais fait son aîné.

- Un frère c’est fait pour ça, rétorqua-t-il platement, incapable de trouver d’autres mots pour exprimer l’intensité de ce qu’il ressentait.

- En général c’est moi qui dis ça, protesta Don. C’est moi le grand frère !

- Et moi je te rappelle qu’il n’est écrit nulle part qu’un petit frère ne peut pas veiller sur son grand frère ! renvoya le plus jeune du tac au tac.

- Certains en ont fait les frais comme le cousin Théo, sourit Don.

A ce nom, Charlie fronça les sourcils, sentant remonter en lui la colère qui l’avait alors terrassé envers ce garçon plus grand que Don et qui avait fait tant de mal à son aîné avant qu’il ne s’en mêle.

 (à suivre)


Cissy  (10.06.2012 à 17:24)

Chapitre 24 : Le mauvais génie (partie 1)

Flasbhack

Eté 1982 : Pasadena

- Les garçons, l’oncle Steve m’écrit qu’il va envoyer le cousin Théo venir passer quelques jours de vacances ici, c’est chouette non ?

Don grimaça tandis que Charlie souriait aux anges :

- Super ! On va pouvoir faire plein d’expériences ensemble.

Don plongea son nez dans son bol de chocolat sans rien dire et Margaret s’inquiéta :

- Qu’est-ce qu’il y a mon ange ? Tu n’es pas content de voir le cousin Théo ? Il est pourtant gentil.

 - Sûr ! Il est adorable avec Charlie… Avec moi…

Il ne se souvenait que trop bien d’autres vacances, deux ans plus tôt, où son petit frère, totalement ébloui par ce cousin de deux ans plus âgé que son aîné, l’avait totalement délaissé pour s’accrocher aux basques du plus grand, revenant de leurs périples la joie au cœur, les joues rouges de plaisir, négligeant totalement les tentatives de Don de l’emmener avec lui jouer au base-ball ou entreprendre l’une de ces activités qu’il aurait tout donné pour partager avec lui si Théo n’avait pas été là.

- Pfff ! Tu dis ça parce que tu es jaloux ! persifla Charlie avec un sourire !

- N’importe quoi ! s’emporta Don. Et jaloux de quoi d’abord ? De deux dégénérés qui font des expériences étranges au fond d’un garage au lieu de profiter du beau temps ?

- Don !

La voix courroucée d’Alan interrompit la diatribe de l’aîné tandis que les yeux de Charlie s’imprégnaient de larmes.

- Excuse-toi tout de suite auprès de ton frère ! ordonna le père. Ensuite tu vas me faire le plaisir de monter dans ta chambre et d’y réfléchir un peu à ton attitude ! Et j’espère que lorsque ton cousin sera là tu seras plus poli sinon je connais un garçon qui, au lieu d’aller faire son stage de base-ball, pourrait passer l’été en cours de rattrapage au collège !

- Désolé Charlie, murmura Don avant d’abandonner son petit déjeuner et de monter dans sa chambre sans demander son reste.

- Alan… Il n’a pas fini son petit déjeuner, tenta Margaret à voix basse.

Elle ne voulait pas sembler prendre partie contre son mari, mais elle pensait qu’il aurait peut-être mieux valu chercher à comprendre pourquoi Don réagissait ainsi.

- Bah… Il n’en mourra pas ! répliqua Alan à la fois en colère et inquiet de la manière dont les trois semaines de vacances de son neveu allaient bien pouvoir se dérouler si Don avait décidé de faire sa mauvaise tête ! Si on lui avait dit, lorsqu’il l’avait pris dans ses bras pour la première fois, la difficulté qu’il aurait à le comprendre douze ans plus tard, il ne se serait sans doute pas montré aussi bêtement fier de ce tout nouveau fils !

Ce dernier s’était rué dans sa chambre et jeté sur son lit, des larmes aux yeux qu’il savait en partie de rage mais aussi de tristesse. Comme toujours ses parents prenaient fait et cause pour Charlie, sans chercher plus loin ! Celui-ci pouvait dire ou faire tout ce qu’il voulait, il aurait toujours raison ! Quant à lui, il ne serait jamais que la cinquième roue du carrosse, celui qu’on gardait parce qu’on ne peut guère faire autrement, mais dont on n’avait pas vraiment besoin ! Charlie l’avait accusé d’être jaloux : bien sûr qu’il était jaloux…

Lorsque pour la première fois ce grand cousin était venu à la maison, deux ans plus tôt, c’était lui qui s’était réjoui en se disant qu’il allait avoir un camarade de jeux un peu plus grand que son frère. Et deux ans d’écart ce n’était pas grand-chose alors Théo n’allait pas manquer de passer du temps avec lui ! Ses parents pourraient s’occuper tout leur soul de Charlie, lui il aurait quelqu’un qui se soucierait de lui et avec lequel il passerait de bons moments. Il avait déjà tout planifié : le base-ball bien sûr, mais aussi la piscine, la patinoire, si papa était d’accord une journée au parc d’aventures… Bien sûr ils emmèneraient parfois Charlie, mais oui, ces vacances allaient être géniales.

Et il avait dû très vite déchanter. Au lieu d’un allié, c’est un ennemi qu’il avait trouvé ! Quelqu’un qui, dès le départ, s’était rangé dans le camp des admirateurs de Charlie ! Il avait rejeté dédaigneusement toutes ses tentatives d’approche, ayant l’air dégoûté à l’idée de faire du sport, s’adressant à lui comme s’il était une quantité négligeable. Cela Don aurait pu le supporter, après tout, il était habitué à passer pour le crétin de la famille ! Mais ce qui lui avait fait le plus de mal c’est que le cousin Théo avait totalement accaparé Charlie, le détournant de lui. Le bambin était très vite tombé en admiration devant ce grand qui ne le traitait pas comme un bébé, écoutait ses explications d’un air intéressé et lui proposait de nouvelles expériences, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Durant les deux semaines qu’avait alors duré son séjour, ils ne s’étaient pas quittés, Théo ayant demandé si, plutôt que de partager la chambre de Don, il ne pouvait pas s’installer dans celle de Charlie, ce que ses oncle et tante avaient accepté bien qu’un peu décontenancés par la demande. Mais la joie de leur plus jeune et ses yeux suppliants avaient vite eu raison de leur perplexité.

Et Don avait eu beau proposer à Charlie de l’emmener avec lui, celui-ci l’avait ignoré superbement durant deux longues semaines ; pire, parfois il le voyait regarder vers lui et ricaner comme s’il se moquait. Il l’avait même, un jour qu’en désespoir de cause il lui proposait de l’aider dans une expérience, rejeté d’un méprisant : « Tu n’y comprendrais rien ! » qui avait profondément blessé le garçon qui s’était alors résigné à passer ses vacances seul, refoulant sa peine et sa colère et se jurant de faire payer cela à Charlie lorsqu’il se retrouverait sans son fan attaché à ses basques.

Bien sûr sa résolution n’avait tenu que le temps que sa mère l’oblige à emmener Charlie avec lui au parc où il allait rejoindre ses copains et qu’il avait ressenti toute la détresse du gamin abandonné sur le bord du terrain de jeu, le regardant avec envie et besoin, se sentant totalement délaissé, parce qu’il la connaissait cette souffrance trop souvent éprouvée durant le séjour de leur cousin et il avait aussitôt pardonné à son frère : après tout il n’avait que cinq ans et pour être un génie, il était tout de même loin de tout comprendre, notamment qu’il pouvait faire du mal autrement que par des coups. Et les relations des deux frères s’étaient normalisées, d’autant plus que l’été suivant l’oncle Steve était parti avec la tante Charlène et l’horrible Théo passer plusieurs semaines à Hawaï et que l’importun n’était donc pas venu se glisser entre eux une nouvelle fois. Don se souvenait encore de la tête de ses parents lorsqu’ils lui avaient dit que l’oncle Steve était prêt à l’emmener avec eux et qu’il avait refusé avec la dernière énergie. Charlie, lui, aurait bien voulu prendre sa place mais là c’était ses parents qui avaient jugé qu’à six ans il était bien trop jeune pour s’éloigner d’eux durant cinq semaines. Cet été là, pour apaiser sa déception, Don avait été particulièrement attentif aux désirs de son jeune frère et l’avait traîné à peu près partout à sa suite, sauf quand il restait auprès de lui pour le regarder travailler, heureux, à l’occasion, de pouvoir l’aider à mener à bien certaines expériences soit en l’aidant à lire les notices, soit en faisant pour lui certains gestes que ses parents refusaient qu’il fasse comme utiliser le gaz, soit simplement en faisant office de surveillant pour éviter que le petit garçon se blesse.


Cissy  (11.06.2012 à 18:57)

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