HypnoFanfics

L'accident

Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy 

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Pendant que les parents se disputaient, le père tentant de rassurer la mère, Charlie, après avoir entendu celle-ci fermer la porte, se leva, saisit un objet caché sous son lit, et se précipita dans la chambre de son grand frère :

- Donnie ! dit-il en courant au lit où son aîné reposait.

Celui-ci se redressa et, à tâtons, alluma la lampe de chevet. Il regarda gravement le petit garçon qui se tenait devant lui, les traits bouffis par les larmes, la mine piteuse.

- Quoi… Qu’est-ce que tu veux Charlie ? murmura-t-il en bâillant.

Lorsqu’il plaça sa main devant la bouche comme sa mère le lui avait appris, Charlie vit le bandage et ses yeux se remplirent à nouveau de larmes :

- Tu as mal ? sanglota-t-il.

- Non, ça va… Ce n’est pas grave, le rassura Don en le prenant contre  lui.

- Pa’don Donnie, pa’don, pleurait le plus jeune en trempant le pyjama de son grand frère qui avait bien du mal à retenir ses propres larmes au chagrin du petit.

- Chut… ça suffit Charlie… C’est rien du tout… Le docteur a dit que je pourrai jouer la finale.

Il ne savait pas s’il aurait pu pardonner à son petit frère s’il n’avait pas pu participer à ce match dont il se faisait une joie.

Soudain Charlie se recula et lui tendit l’objet qu’il avait récupéré :

- Tiens, c’est pou’ toi, offrit-il.

Don fixa le pot de crème au chocolat que l’enfant lui présentait :

- Où as-tu pris ça Charlie ?

- J’ai demandé à papa…

- Tu ne l’as pas mangé ? Pourtant tu le voulais…

- J’ai p’is pou’ toi… Tiens, mange, insista l’enfant en lui mettant le pot dans la main.

- Non… Je n’ai pas faim…

Puis, voyant que les yeux bruns se mouillaient de nouveau, Don se ravisa :

- D’accord… Mais, on partage ?

- Non… C’est tout pou’ toi ! affirma Charlie se réjouissant de voir son frère ouvrir maladroitement le pot avec sa main gauche puis plonger la cuiller qu’il lui tendait dans la crème avant de la porter à sa bouche.

- C’est bon ? demanda le plus jeune, ravi d’avoir pu réparer son geste violent par cette offrande.

- Très bon, affirma Don. Tu veux goûter ?

- Non… c’est tout pou’ toi ! réitéra le plus jeune en reniflant de façon fort peu élégante.

Don mangea encore quelques cuillérées, heureux du regard brillant que son petit frère attachait sur lui : certes il pouvait être insupportable parfois, mais finalement il était si gentil ! pensa-t-il.

- Tiens, finis, proposa-t-il à son frère en lui tendant le pot empli encore à moitié.

- Non… toi finis, rétorqua le petit.

- J’ai plus faim Charlie… Mange… Sinon maman va la jeter, poursuivit-il devant l’hésitation du petit.

Celui-ci, avec un grand sourire, ne se fit pas plus prier et dégusta la crème de la discorde en s’en barbouillant généreusement autour de la bouche. Puis il planta un bisou sonore sur la joue de son frère, le maquillant par la même occasion, en lui murmurant :

- Je t’aime Donnie…

- Je t’aime aussi affreux petit singe, murmura Don en prenant son petit frère contre lui.

Le bambin se pelotonna contre le torse de son aîné, déposa un autre baiser sur la main bandée en disant :

- Plus mal ?

- Non… Je n’ai plus mal, répondit l’aîné. Ton bisou m’a guéri.

Heureux de cette assertion, le gamin se serra plus étroitement contre son frère qui l’entoura de son bras. Epuisés par la soirée mouvementée, les deux frères ne tardèrent pas à s’endormir.

Lorsque, tard dans la soirée, un peu rassérénée par le solide bon sens de son époux, Margaret passa pour vérifier que Don allait bien, elle sentit son cœur fondre de tendresse devant le charmant tableau de ses deux enfants enlacés, barbouillés de chocolat et dormant comme des bienheureux.

Elle s’était bien juré de punir sévèrement son plus jeune mais elle ne put tenir sa résolution devant la plaidoirie touchante de Don. Lorsque la victime devient l’avocat de l’agresseur, quel juge pourrait avoir le cœur de condamner ce dernier ? Ce jour-là, elle pensa que Don, à défaut de devenir un grand joueur de base-ball, serait peut-être un grand avocat un jour. Charlie s’en tira donc par une conversation sérieuse avec ses parents qui lui expliquèrent qu’il devait apprendre à partager et se résoudre à ne pas toujours gagner.  Et puis quelques semaines plus tard, tandis que Don faisait ses leçons, les dons de Charlie furent mis en lumière et leur vie s’en trouva définitivement bouleversée, repoussant les craintes de la mère bien loin pour les remplacer par l’angoisse d’être à la hauteur et de donner à cet enfant, effectivement très différent, tout ce qui lui permettrait de développer au mieux son formidable potentiel.

Fin du flashback

 (à suivre)


Cissy  (13.06.2012 à 17:56)

Chapitre 27 : Remise de diplôme (partie 1)

Avril 2006 – 9 h 00 : Big Bear Montain

- Et dire qu’aujourd’hui tu tuerais pour des lasagnes ! ironisa Don à la fin de ce petit rappel de leur enfance en commun.

La lassitude et la douleur perceptible dans la voix de son frère fendirent le cœur de Charlie :

- Donnie… Est-ce que ça va ?

- Pourquoi ça n’irait pas ? Parce que j’ai un poignet cassé, une jambe en miette, un mal de tête  à me cogner le crâne sur une pierre ou que je vais devoir rendre des comptes pour avoir bousillé mon véhicule de service ? Tout baigne frangin ! rétorqua l’aîné d’un ton aigre.

- Je suis désolé, balbutia Charlie, pensant entendre un reproche sous la réflexion.

- Non… Moi je suis désolé mon pote…, je crois que je suis un peu de mauvaise humeur.

- On se demande bien pourquoi, tenta piteusement de plaisanter le plus jeune.

- J’en sais rien… Pas assez dormi peut-être, pourtant le matelas était plutôt confortable.

Don fut heureux de voir le sourire qu’il espérait illuminer le visage de son cadet à ce compliment détourné. Celui-ci se disait qu’il avait au moins été utile à quelque chose, qu’il avait pu prendre soin de son frère et lui permettre de passer la nuit la moins mauvaise possible.

- Peut-être que je devrais dormir encore un peu, émit Don après quelques minutes de silence.

- Non… Il faut que tu essaies de rester éveillé, protesta Charlie.

- Pourquoi ? Tu as peur tout seul ?

- Oui, quelque chose comme ça, répondit le professeur qui ne voulait pas avouer qu’effectivement il était terrorisé, pas par la solitude que le sommeil de son frère engendrerait pour lui, mais par la possibilité que celui-ci ne se réveille pas s’il sombrait dans l’inconscience.

- D’accord… Il y a quoi à la télé ?

Un instant le mathématicien s’affola : son frère était-il en train de délirer ? Puis il perçut la note d’humour dans la voix et il comprit que celui-ci plaisantait, ce qui le rasséréna au-delà des mots qu’auraient pu lui dire Don pour le rassurer, sachant combien son aîné était dur au mal d’une part et soucieux de toujours le protéger d’autre part. S’il avait encore la force de plaisanter, c’est que la situation n’était pas aussi désespérée qu’elle le semblait et que son état restait stable malgré la tache de sang qui s’élargissait sur le bandage entourant la jambe.

- J’ai perdu la télécommande, répliqua Charlie, entrant dans le jeu de son frère.

- Ca ne m’étonne pas de toi, marmonna celui-ci en s’appuyant un peu plus sur le torse du plus jeune. Tu as toujours eu le chic pour tout perdre. Surtout ce qui n’était pas à toi, termina-t-il après un bref instant de silence.

Contrairement à ce qu’il pensait, Charlie ne protesta pas à l’accusation, se contentant de dire :

- Je suis désolé Donnie, tellement désolé…

Don tenta de se redresser un peu pour faire face à son frère et gémit à l’effort. Charlie s’empressa de le recaler convenablement, passant ses mains dans ses cheveux pour le calmer. Lorsqu’il le sentit se détendre de nouveau il reprit :

- Pour tout ça… Cet accident… Si seulement j’avais écouté le shérif…Si je t’avais écouté…

- Charlie, avec des si on mettrait Los Angeles en bouteille mon pote ! Si moi je ne t’avais pas écouté, si je ne t’avais pas emmené, si le sous-directeur ne m’avait pas envoyé remplir cette mission foireuse, si…

- OK… D’accord… Tu as raison… N’empêche, j’ai l’impression de gâcher ta vie depuis si longtemps !

- Arrête ton char Chuck !

- Non, c’est vrai : je t’ai volé l’attention de papa et maman. Ils ont toujours tout fait pour moi et toi…

- Ils ont aussi tout fait pour moi, je te signale.

- Ce n’est pas vrai. Combien de fois as-tu renoncé à quelque chose qui te tentait parce que j’avais autre chose le même jour ? Combien de fois t’es-tu retrouvé sans personne lors d’un match ou d’une manifestation qui te tenait à cœur parce qu’ils m’accompagnaient ailleurs ? Combien de fois maman a-t-elle assisté aux rencontres auxquelles tu participais ?

- Ce n’était pas grave Charlie. C’était important pour toi tous ces cours, meetings, conférences, séminaires et autres joyeusetés du genre. Et je vois mal comment tu aurais pu t’y rendre seul à l’époque. Même maintenant je m’étonne que papa ose te laisser aller de droite et de gauche sans t’accompagner.

Mais une fois encore son trait d’humour tomba à plat tandis que Charlie reprenait, comme s’il n’avait pas entendu l’interruption :

- C’était important pour toi aussi Donnie… A cause de moi les parents ont manqué pleins de rendez-vous avec toi.

- Et grâce à toi ils en ont aussi honoré d’autres. Crois-tu que j’ai oublié ma remise de diplôme à Quantico ?

*****


Cissy  (14.06.2012 à 19:14)

Flashback

Novembre 1993 : Pasadena

Margaret tournait et retournait la carte officielle qu’elle venait de recevoir et sa mine trahissait sa perplexité, mâtinée d’une profonde déception.

- Maggie ? Qu’est-ce qui se passe ? interrogea Alan en entrant dans la pièce.

- Je viens de recevoir cette carte du F.B.I.

Aussitôt son époux pâlit :

- Donnie va bien ?

- Mais oui ! Bien entendu qu’il va bien ! s’écria-t-elle aussitôt. C’est simplement l’invitation à la remise des diplômes de sa promotion.

- Oh… Et tu n’as pas très envie d’y aller, dit Alan.

- Comment peux-tu dire une chose pareille ? Bien sûr que j’ai envie d’y aller ! C’est mon petit garçon qui va être diplômé : je te rappelle que ce n’est pas rien que d’être admis au centre de formation du F.B.I !

- Non je sais mais je pensais… avec notre passé que… que tu ne serais peut-être pas à l’aise avec ça, argumenta Alan.

- Je crois que le plus mal à l’aise d’entre nous, ce serait plutôt toi non ! contra-t-elle.

- Non ! Pas du tout ! C’est juste que… Et puis tu détournes la conversation, protesta Alan en s’apercevant qu’il risquait de s’enferrer plutôt qu’autre chose s’il continuait dans cette voie.

- Je ne vois pas en quoi…

- Je te demandais ce qui se passait.

- Et je te l’ai dit : je viens de recevoir l’invitation officielle pour aller à la remise des diplômes.

- Et tu ne m’as pas dit où était le problème, insista l’époux.

- Le problème c’est que c’est le 27 novembre.

- Et alors ?

- Alan Eppes ! Le samedi 27 novembre 1993 ! Ca ne te rappelle rien ?

Alan écarquilla les yeux :

- Tu veux dire… CE samedi ?

- Exactement ! Il fallait que ça tombe juste à cette date.

- Mais c’est impossible !

- Pourtant non.

- Il y a sans doute quelque chose à faire.

- Quoi donc ? Demander aux dirigeants du F.B.I. de déplacer la cérémonie à la semaine suivante histoire que nous puissions nous libérer pour voir notre fils être diplômé de leur académie ? Je suis certaine qu’ils seront particulièrement sensibles à la demande venant de personnes impliquées dans le mouvement pacifiste il y a vingt ans, à moins que ton dossier chez eux plaide en notre faveur !

Instantanément Margaret se reprocha le ton aigre qu’elle avait pris pour répondre à son mari et, avant qu’il ne réagisse elle enchaîna :

- Désolée… Je ne devrais pas décharger ainsi ma frustration sur toi mais…

- Et sur qui donc pourrais-tu la décharger autrement ? sourit-il en posant la main sur son bras dans un geste d’apaisement avant de la prendre contre lui pour la bercer doucement, tout en pestant contre la destinée, qui, une fois de plus, les mettait dans l’obligation de faire un choix impossible.

- Pourquoi faut-il encore que ça se passe comme ça ? soupira-t-elle en se laissant aller dans les bras de son mari. Pourquoi faut-il qu’à chaque fois on doive prendre ce type de décision ?

- C’est la rançon d’avoir un enfant particulier…

- Deux enfants particuliers, contra-t-elle en s’arrachant à son étreinte, sentant remonter sa colère, comme à chaque fois qu’elle avait l’impression qu’Alan sous-estimait leur fils aîné.

- Hé ! plaida celui-ci en levant les mains en signe de reddition. Je n’ai rien dit contre Don… Juste que d’avoir un enfant comme Charlie nous a amené à faire des choix difficiles depuis dix-huit ans, et que ça continue aujourd’hui.

- Ce n’est pas juste ! gronda-t-elle.

- Je sais, mais c’est comme ça. Qu’allons-nous faire ?

- Je n’en sais rien… Peut-être que… Non, je ne sais pas !

Découragée, elle se laissa aller dans le canapé. Alan considéra la carte qu’ils avaient reçue, cherchant à son tour une solution et n’en trouvant pas. Les parents continuèrent longtemps à discuter, tentant de trouver une issue à leur dilemme, mais ils savaient par avance qu’il n’y avait pas trente-six solutions possibles et cela leur crevait le cœur.

- Bien… Il va falloir l’appeler, finit par dire Alan lorsqu’ils eurent l’impression d’avoir choisi la moins pire des options.

- Ca va être dur pour lui, énonça son épouse les larmes aux yeux.

- Je sais. Mais je suis sûr qu’il comprendra.

- Bien sûr. Ca fait quinze ans maintenant qu’il comprend, pourquoi en serait-il autrement ?

De nouveau la voix de Margaret était amère et Alan décida de ne pas en tenir compte, il savait très bien ce qu’elle ressentait à ce moment-là.

- Je vais l’appeler…

Il regarda rapidement sa montre et enchaîna :

- Il est vingt-deux heures là-bas, on devrait encore pouvoir le joindre non ?

- Oui… On peut appeler jusqu’à 23 h 00 rappela-t-elle. A moins bien sûr qu’ils ne soient en entraînement de nuit.

Alan ne savait pas trop s’il devait ou non espérer cette hypothèse : ne pas pouvoir joindre Don ce soir c’était remettre la corvée de le décevoir, une fois de plus, une fois de trop peut-être.

- Laisse, je vais l’appeler, décida soudain Margaret en lui prenant le téléphone des mains.

- Tu es sûre ?

- Oui… Je crois qu’il le prendra mieux de moi.

Elle voulait surtout éviter que les deux hommes se disputent si jamais Don acceptait mal la nouvelle, ce qui n’aurait en soi rien d’étonnant réfléchit-elle. Depuis qu’ils avaient découvert les dons incroyables de Charlie, leur aîné avait eu plus que son lot de fausses joies et de vraies déceptions, de fêtes remises et de rendez-vous annulés. Il n’avait presque jamais eu la joie d’avoir ses deux parents dans les moments qui comptaient tant pour un enfant : une exposition de dessins à l’école, un match de base-ball important, une distinction décernée par ses pairs… Même lors de la cérémonie de fin d’études universitaires, quelques mois plus tôt, seul Alan avait pu être présent pendant que Margaret assistait à celle de Charlie. Total, et malgré les films que chacun avait fait pour l’autre, les deux parents avaient été frustrés et les deux enfants déçus. Et cette fois encore les emplois du temps des deux garçons se télescopaient, et cette fois encore ils allaient devoir décevoir leur fils aîné et ce d’autant plus qu’il avait l’impression qu’ils ne comprenaient pas son choix et qu’ils étaient déçus qu’il ait abandonné le base-ball pour la carrière autrement plus dangereuse de policier. Et c’était vrai qu’elle n’arrivait pas vraiment à comprendre comment son bébé avait pu devenir cet homme qui allait en traquer d’autres, les blesser, les tuer peut-être ou être lui-même blessé ou tué en remplissant son devoir. Comment eux, des pacifistes convaincus, avaient pu mettre au monde un enfant qui porterait une arme tout le long de sa vie professionnelle et qui aurait obligatoirement à la pointer un jour sur un autre être humain ? Mais autant elle avait douté au départ, autant, les quelques fois où elle avait revu son fils durant ces dix-sept semaines de stage, elle l’avait à chaque fois senti plus serein, plus heureux, comme s’il avait enfin trouvé sa voie et cela l’avait tranquillisée. Pourtant Alan avait encore du mal à passer le cap et les relations entre lui et Don restaient un peu tendues, c’est pourquoi, si ce dernier répliquait un peu trop durement à la nouvelle, le premier risquait de s’emporter pour cacher son propre sentiment de culpabilité et les choses pourraient très vite dégénérer. Aussi il valait mieux qu’elle fasse cet appel.


Cissy  (14.06.2012 à 19:21)

Alan ne discuta pas sa décision et s’en voulut un peu de sa lâcheté : mais il était finalement soulagé de n’avoir pas à annoncer lui-même les choses à son fils aîné. Lui aussi redoutait que celui-ci s’emporte et dans ce cas il avait peur de ne pas pouvoir garder son calme et de lui dire des choses qu’il regretterait ensuite. Parce que même s’il avait beaucoup de mal à accepter la voie choisie par son fils, il restait son garçon, son premier né, et pour rien au monde il ne voulait lui faire du mal ou que quiconque lui fasse du mal, il voulait qu’il sache qu’il serait toujours chez lui sous son toit et ce quoi qu’il fasse et quoi qu’il pense.

Margaret avait formé le numéro, demandé à parler à Don et, quelques minutes plus tard, la voix claire de son fils retentit à ses oreilles :

- Maman ? Tout va bien à la maison ?

Une note d’inquiétude perçait dans le ton et elle s’émerveilla de la capacité qu’avait son fils à s’oublier au profit des autres, ce qui expliquait sans doute en grande partie son choix de carrière conclut-elle avant de le rassurer :

- Oui mon ange… Tout va parfaitement bien. Et toi ?

- Je suis en pleine forme. On termine le stage la semaine prochaine. Ensuite on aura nos affectations et le samedi suivant il y a la remise de diplôme.

Elle pouvait maintenant distinguer l’excitation dans la voix tant aimée et son cœur se serra un peu : une nouvelle vie allait s’ouvrir à son petit, une vie d’où elle serait exclue. En son fort intérieur elle pria pour qu’il ne soit pas affecté trop loin afin qu’elle puisse encore le voir assez régulièrement. Mais désormais il n’était plus son bébé, il était un homme, un agent junior du F.B.I. et elle allait devoir s’habituer à cette nouvelle donne.

- Oui… Je sais… Tu as une idée d’où on va t’envoyer ?

- Non… On ne choisit pas vraiment… C’est surtout en fonction de notre classement à l’issue du stage.

- Je suis sûre que tu seras dans les meilleurs, dit-elle d’une voix vibrante de fierté.

- J’espère ne pas vous décevoir, répliqua-t-il avec une soudaine réserve qu’elle comprit aussitôt.

- Tu ne nous as jamais déçus chéri, jamais ! assena-t-elle d’une voix forte.

- C’est vrai ?

Elle souffrit de l’incrédulité qui perçait sous la question où perçait le mal-être d’un enfant qui avait l’impression qu’il ne serait jamais aussi doué que son petit frère et qu’il ne vaudrait jamais autant que celui-ci.

- Evidemment que c’est vrai. Nous sommes fiers de toi mon ange.

- Merci maman.

Elle pouvait entendre son sourire à des milliers de kilomètres de distance et voir ses traits se détendre, adoucir cette dureté qu’elle lui avait vu deux mois auparavant lors de sa dernière visite, comme si déjà l’innocence le fuyait dans cette formation si difficile où, sur les cinquante recrues acceptées quelques mois auparavant, seules trente-deux continuaient à s’accrocher malgré la dureté des entraînements et l’horreur des cas qu’on leur présentait dans certains cours pour qu’ils sachent ce à quoi ils pourraient être confrontés dès leur sortie de l’académie pour certains d’entre eux.

- Tu avais quelque chose à me dire ? reprit Don après quelques instants de silence.

- Oui… Ecoute chéri… En fait…, elle prit une grande inspiration puis se lança : en fait nous venons de recevoir l’invitation pour ta remise de diplôme.

- Oh… Elles sont déjà arrivées… Je voulais envoyer un petit mot mais…

- Non, ne t’inquiète pas mon ange. Je sais bien que tu es très occupé.

- C’est vrai qu’on ne chôme pas, déclara son fils, puis d’un seul coup, comme s’il commençait à comprendre la raison de l’appel, sa voix se fit suspicieuse : Vous viendrez n’est-ce pas ?

Ca y était, le moment tant redouté de le décevoir  à nouveau était arrivé songea-t-elle en faisant une grimace à son mari avant de répondre d’une voix hésitante :

- Et bien… Tu sais… Ca ne tombe pas très bien parce que…

- Charlie ! le coupa alors Don d’un ton résigné, Charlie a un truc ce jour-là bien sûr !

Ce fut peut-être le bien sûr qui lui fit mal, plus mal que la déception qu’elle discernait sans peine dans la voix de son fils, comme s’il s’était attendu à leur défection dès le départ, ce qui expliquait peut-être qu’il n’ait pas pris le temps de leur envoyer un mot personnel.

- Je sais que ça tombe mal chéri. Mais… Ton frère donne une conférence à Harvard ce jour-là. Harvard tu te rends compte !

- Oui, évidemment !

Cette fois-ci l’amertume était parfaitement perceptible dans l’intonation de l’agent stagiaire tandis qu’il enchaînait :

- A côté de ça, Quantico ce n’est pas grand-chose…

- Non ! Tu ne dois pas penser comme ça ! C’est simplement que… Et bien il y a une série de conférences pour leur séminaire d’avant Noël et ils ont convié ton frère à parler justement ce samedi soir ! C’est la première fois qu’il va s’exprimer devant une telle assemblé et… et bien…

- Il a besoin de vous pour le soutenir.

Cette fois-ci il n’y avait plus aucune trace de déception ou d’amertume dans la voix, juste le ton assuré que prenait son fils lorsqu’il savait qu’il faisait ce qu’il fallait :

- Je comprends, termina-t-il. D’ailleurs ce n’est qu’une petite formalité ici tu sais… Rien de comparable à une conférence à Harvard.

- Bien sûr que ce n’est pas comparable, mais ça ne veut pas dire que c’est moins important ! contra-t-elle. Alors ton père viendra à ta cérémonie et je resterai avec Charlie. Mais j’aurais tant voulu pouvoir être avec toi mon ange ! J’espère que tu le sais.

- Bien sûr que je le sais, comme je suis sûr que papa aimerait voir Charlie prendre la parole à Harvard.

- Il aura peut-être d’autres occasions, tenta-t-elle, en songeant que pour ce qui la concernait, il n’y aurait pas de séance de rattrapage.

- Non… Ecoute, tu sais quoi ? Ce serait vraiment idiot qu’il n’assiste pas à ça. Ici ce n’est rien de plus qu’une petite cérémonie de quelques minutes. Et puis il ne serait pas à son aise entouré de tous ces agents fédéraux, tu ne crois pas ?

Malgré l’humour du propos, elle sentait la tristesse dans sa voix :

- Bah… Maintenant que son fils va être agent fédéral, il devra bien s’y habituer, répondit-elle. Autant que ce soit le plus vite possible.

- Non maman… Ce n’est pas grave, je comprends. Charlie aura bien plus besoin de vous que moi : il doit être mort de trouille le pauvre ! Alors laissez tomber.

- Non… Donnie… Ce n’est pas du tout ce que…

- Mais bien sûr que si maman !

Et cette fois-ci l’amertume était de retour, à peine masquée, tandis qu’il continuait :

- Tu m’as bien appelé pour m’entendre te dire que ça m’était égal non ? Alors voilà, je te l’ai dit : tout va bien, je comprends… D’ailleurs je ne m’attendais pas à ce que vous soyez là à dire vrai et j’ai fait des projets avec les parents de Terry pour l’après cérémonie, donc vous n’avez pas à vous en faire.

- Donnie…

- Ecoute… Il faut que j’y aille : demain on a un examen sur les techniques d’interrogatoire et j’ai plusieurs points à revoir. Je t’embrasse très fort. Embrasse papa pour moi et surtout ne vous inquiétez pas, j’ai parfaitement compris.


Cissy  (14.06.2012 à 19:22)

Et avant même qu’elle ait eu le temps de protester ou simplement de lui glisser un « je t’aime », il avait raccroché. Elle en fit autant, les larmes aux yeux, se remémorant sa dernière phrase. Elle savait très bien ce qu’il avait compris : que son père et elle favoriseraient toujours Charlie parce qu’à ses yeux il était leur préféré et que lui-même ne serait jamais que numéro deux dans leurs préoccupations et dans leurs cœurs.

- Qu’est-ce qu’il a dit ? demanda Alan.

- Qu’il comprenait, que ça ne faisait rien…

- Je le savais tu vois, tout s’arrange, sourit-il.

- Non ! Rien ne s’arrange, se fâcha-t-elle. Il se sent abandonné, une fois de plus !

- N’exagérons rien, je serai là-bas, répliqua le père.

- Il ne veut pas que tu y ailles !

- Quoi ?

Il eut l’impression d’avoir reçu un coup au plexus solaire et il se laissa tomber dans le canapé, les yeux dans le vague : son fils ne voulait pas de lui ? Son fils le rejetait ? Comprenant sa souffrance, Margaret s’assit auprès de lui et lui caressa le dos :

- Ce n’est pas contre toi Alan, murmura-t-elle.

- Ah non ? Alors explique-moi pourquoi j’ai l’impression d’avoir tout raté d’un seul coup ! lâcha-t-il en se tournant vers elle.

- Non, je t’assure. C’est simplement qu’il pense que Charlie aura besoin de nous deux et aussi que tu préfèreras être avec lui pour le voir faire sa première conférence à Harvard.

- C’est vrai que j’aimerais voir ça ! Mais je voudrais aussi pouvoir aller voir mon fils recevoir son insigne à Quantico ! C’est tellement important pour lui !

- Et qu’est-ce qui t’empêcherait de le faire ?

La voix de Charlie les fit sursauter. Plongés dans leur conversation, ils ne l’avaient pas entendu descendre du solarium où il préparait son intervention. Le jeune homme venait de mettre la dernière main à son discours d’introduction et il voulait avoir l’avis de sa mère à ce sujet : est-ce que ce n’était pas trop pompeux, pas trop gamin, pas trop abscons ? Bref, il avait besoin d’elle pour l’aider un peu, pétrifié qu’il était à l’idée de l’assemblée prestigieuse qui l’attendait où certains n’étaient sans doute pas ses amis et attendraient que le « petit prodige » s’effondre. En descendant, il avait surpris la toute dernière phrase de son père d’où sa question.

(à suivre)


Cissy  (14.06.2012 à 19:23)

Chapitre 28 : Remise de diplôme (partie 2)

- C’est vrai… Pourquoi ne pourrais-tu pas aller à la remise d’insigne de Don ? reprit-il devant le mutisme de ses parents.

- C’est un problème de date, murmura sa mère, ne sachant pas trop comment aborder la question avec lui.

Elle savait combien à la fois il espérait et il redoutait cette conférence et elle ne voulait surtout pas le troubler : si il comprenait que son frère serait seul de son côté, ça le rongerait et le rendrait moins bon. Or, avec la nervosité inhérente à l’importance de l’événement, cela pourrait tout à fait déboucher sur une catastrophe pour lui.

- Quel problème ?

Alan regarda Margaret avec un geste d’impuissance : ils auraient préféré que Charlie ne sache jamais rien de leur dilemme, mais ils n’avaient pas le choix parce que le mathématicien ne lâcherait pas le morceau tant qu’il n’aurait pas de réponse.

- Ca tombe le samedi 27 novembre.

La mâchoire de Charlie sembla se décrocher à cette nouvelle :

- Quoi tu veux dire…

- Oui… Juste l’après-midi où tu dois prendre la parole.

- Mais… Mais… C’est… Enfin ! éclata-t-il soudain en jetant les feuillets qu’il tenait à la main sur la table avant de s’avancer vers ses parents. Quelles étaient les probabilités qu’un tel événement se produise hein ? Non ! Ce n’est pas juste !

- Je sais chéri… Mais ne t’inquiète pas, nous avons résolu le problème, voulut le rassurer Margaret.

- Ah oui… et de quelle manière ? interrogea-t-il en accrochant sur eux un regard suspicieux. Tu vas venir avec moi et papa va aller à Quantico ? continua-t-il d’un ton désabusé, se souvenant que c’était bien souvent la manière dont ses parents résolvaient les problèmes de chevauchement d’emplois du temps durant leur enfance.

- A l’origine c’est ce que nous voulions faire, expliqua son père. Mais ton frère nous a dit qu’en fait ce n’était pas vraiment une grande cérémonie et que nous ferions mieux de rester avec toi…

- Il a dit ça ?

Le visage de l’étudiant s’éclaira un instant avant de s’assombrir :

- Et lui ? C’est important pour lui cette remise de diplôme : il va recevoir son insigne, devenir un agent junior du F.B.I., entrer dans la vie professionnelle… C’est une page qui se tourne et il devrait avoir sa famille avec lui pour cette occasion. Je veux dire toute sa famille, pas seulement ses parents.

- Oui, mais ce n’est pas possible Charlie, plaida sa mère, inquiète de la soudaine détermination qui s’inscrivait sur les traits encore enfantin de son plus jeune fils.

- Je ne vois pas pourquoi.

- Parce que tu as une conférence prévue quasiment à la même heure que la cérémonie à Quantico, trancha son père qui commençait à en avoir assez de tout cela.

Il se sentait déjà assez mal à devoir sans arrêt choisir entre ses deux enfants, alors puisque tout semblait arrangé pour cette fois-ci, qu’on en finisse une bonne fois pour toute, il cesserait peut-être enfin de se sentir si mal !

- Il n’y a qu’à l’annuler !


Cissy  (15.06.2012 à 21:05)

L’annonce exprimée d’une voix naturelle, comme si c’était juste une petite formalité, laissa les parents pantois avant que Margaret ne protestât :

- Voyons mon cœur ! Tu sais bien que c’est impossible ! Leur séminaire est prévu de longue date. Tu t’es engagé il y a plusieurs mois à faire cette intervention. Tu ne peux pas les planter à quinze jours ! Tu imagines la réputation que ça te ferait !

- Je me moque de ma réputation ! Je suis bien assez bon pour qu’ils me pardonnent ! D’ailleurs il paraît que les génies sont insupportables !

Quiconque aurait entendu le garçon se serait alors imaginé qu’il avait une fort haute opinion de lui-même, mais Margaret savait qu’en l’occurrence, Charlie ne faisait qu’émettre des vérités pour étayer son argumentation, aussi elle ne réagit pas, le laissant continuer :

- Je n’ai qu’un frère et il compte plus pour moi que ma réputation ! Il va se passer un événement primordial dans sa vie ce jour-là et je veux y être et vous devez y être aussi ! Il a déjà été bien souvent sacrifié pour moi, alors pas cette fois-ci ! Ca non ! Moi vivant, pas cette fois-ci !

- Charlie, tu ne peux pas faire autrement ! coupa son père d’une voix impatiente.

- Je ne vois pas pourquoi… Et d’abord, pourquoi vous décidez, une fois de plus, de venir avec moi et pas d’aller à la remise d’insigne de Don ?

La voix, accusatrice soudain, les figea :

- Mais… Tu auras besoin de nous chéri, tenta Margaret.

- Lui aussi aura besoin de vous ! Mais comme d’habitude vous ne vous en souciez pas. Ou alors vous lui en voulez toujours d’avoir abandonné le base-ball pour le F.B.I ?

- Nous ne lui en voulons pas du tout Charlie ! Ca suffit maintenant ! gronda Alan d’une voix qui, en temps ordinaire, aurait averti le jeune homme qu’il était en train de passer les bornes.

Mais lorsqu’il se battait pour son frère, Charlie avait toutes les audaces, y compris celle d’affronter le courroux de ses parents.

- Ah non ? Alors pourquoi vous refusez d’aller fêter la fin de sa formation ?

- Mais tête de bois ! Parce que tu dois être à Harvard ce jour-là et que nous tenons à t’accompagner pour ta première conférence dans ce lieu prestigieux ! tempêta Alan à bout de patience.

- Donc c’est bien ça : vous pensez que ma conférence est plus importante que sa cérémonie de remise des diplômes, que ce que je fais vaut mieux que ce qu’il fait…

- Charlie, non ce n’est pas… tenta Margaret.

Mais l’étudiant continuait :

- Savez vous qu’il n’y a environ que deux et demi pour cent des candidats qui sont admis à suivre la formation ? Savez-vous que sur les cinquante stagiaires admis à chaque début de session, plusieurs abandonnent avant la fin des dix-sept semaines ? Savez-vous combien de candidats de l’âge de Don sont admis ? Certes ils acceptent les postulants de vingt-trois à trente-sept ans, mais la grande majorité d’entre eux est âgée de trente ans lors de leur formation initiale. Ce qui veut dire que Don a environ sept ans de moins que la plupart des autres étudiants de sa classe ! A peu près comme moi, donc. Et savez vous aussi combien de postulants dont les parents ont eu maille à partir avec les autorités à cause de leurs actions passées sont reçus ? Et sachant tout ça, vous continuez à penser que sa réussite est moins éclatante que la mienne !!!

- Maintenant ça suffit Charles Edouard Eppes ! coupa Margaret d’une voix sans réplique. Tu vas m’écouter mon petit bonhomme ! Non nous ne pensons pas que ton frère vaut moins que toi ! Oui nous sommes conscients de sa valeur et de tout ce qu’il a surmonté pour être là où il est aujourd’hui, même si son choix nous a surpris ! Et oui ça nous crève le cœur de ne pas pouvoir être auprès de lui ce jour-là ! Mais en tant que parents nous avons dû faire des choix toute notre vie ! Et nous devons en faire un aujourd’hui encore ! Ce n’est pas forcément celui qui nous plaît, c’est juste ce que nous devons faire !

- D’accord, excusez-moi, dit Charlie contrit, comprenant qu’il était allé trop loin. Mais ça ne retire rien à ce que j’ai dit, reprit-il aussitôt après : je ne ferai pas cette conférence ce jour-là !

- Charlie…, tenta d’argumenter son père.

- Non ! Ils me veulent ? D’accord. Ils n’ont qu’à me déplacer à un autre jour : après tout le séminaire dure du vendredi matin au dimanche soir non ?

- Charlie…

- Non maman… Ils ont assez insisté pour que je sois là il me semble. Alors s’ils me veulent, ils changent la date où ils ne m’auront pas ! Fin de la discussion !


Cissy  (15.06.2012 à 21:06)

La soirée se poursuivit en longs pourparlers entre les trois membres de la famille, mais il fut impossible aux parents de faire entendre raison à leur fils et une fois de plus ils déplorèrent d’avoir un enfant aussi buté. En même temps, Margaret s’attendrissait de le voir mener ce combat non pas pour lui mais pour son frère. A tous leurs arguments le mathématicien répondait de manière rigoureuse, leur indiquant qu’avec une heure trente d’avion entre Boston et Washington, environ une heure de route entre Washington et Quantico, il n’était absolument pas impossible qu’ils passent le samedi après-midi auprès de Don et qu’il puisse donner sa conférence le vendredi ou le dimanche. Et à chaque objection de ses parents, que ce soit sur le prix supplémentaire du transport, il avait la même réponse assurée, conscient de sa propre valeur :

- Ils me veulent, ils font ce qu’il faut. Pour les billets je pense que ma rémunération pour cette conférence suffira. Et puis Donnie vaut bien quelques dollars supplémentaires non ?

Finalement les parents durent baisser les bras et se résoudre à laisser leur fils appeler, dès le lendemain, les organisateurs du séminaire pour leur faire savoir qu’il ne serait pas disponible le samedi ayant un impératif familial auquel il lui était absolument impossible de se soustraire. Et il s’avéra que le jeune homme avait parfaitement raison : les organisateurs du séminaire voulaient à tout prix le jeune prodige dont le nom commençait à courir dans la communauté scientifique. Ils avaient même pour projet de l’attirer dans leur corps enseignant avant qu’une autre université ne mette le grappin dessus, ignorant totalement que celle de Calsci avait déjà fait une proposition à l’étudiant qui y réfléchissait très sérieusement, ne voyant que des avantages à pouvoir travailler dans un établissement très renommé mais à taille humaine et surtout si près de sa maison d’enfance et de sa famille. Aussi, au grand étonnement des parents, non seulement la conférence de Charlie fut permutée sans difficulté avec celle d’un de leur professeur, malheureux qui lui n’aurait pas voix au chapitre pensa Alan, mais ils proposèrent aussi de se charger des billets d’avion et réservèrent même un hélicoptère pour qu’ils aillent plus vite de Washington à Quantico.

C’est ainsi qu’un Don stupéfait auquel ses parents et son frère avaient décidé de faire la surprise, eut l’immense joie de recevoir son insigne en leur présence, en même temps que les félicitations pour son rang de major de sa promotion qui fit se gonfler de fierté le cœur de sa famille heureuse d’avoir pu, pour une fois, être là lors d’un événement qui comptait tellement pour lui.

Fin du flashback

(à suivre)


Cissy  (15.06.2012 à 21:07)

Chapitre 29 : Le protecteur (partie 1)

Avril 2006 – 9 h 12 : Big Bear Montain

- Une malheureuse fois, ça ne compte pas vraiment, rétorqua le mathématicien.

- Ce n’est pas le nombre de fois qui compte Charlie, c’est aussi l’importance de l’occasion. Et celle-ci était l’une des plus importantes qui soit pour moi ! J’en étais malade lorsque j’ai appris qu’ils ne seraient pas là, que vous ne seriez pas là, reprit-il aussitôt.

- Et pourtant tu n’as rien dit, tu les as incités à m’accompagner, moi.

- Parce que je savais que c’était ce qu’ils voulaient par-dessus tout : ils étaient tellement fiers de toi !

- Ils étaient fiers de toi aussi Donnie, infiniment ! protesta le plus jeune.

Son frère sembla se plonger dans ses réflexions avant de répondre :

- Oui… Je crois que tu as raison… Mais à cette époque-là je ne m’en rendais pas vraiment compte. C’est pour ça que le fait qu’ils soient venus alors que papa désapprouvait tellement mon choix de carrière m’a tellement ému. Et je sais que c’est grâce à toi qu’ils étaient là.

- Je n’aurais manqué ta remise de diplôme pour rien au monde frangin, répondit Charlie en resserrant son étreinte en sentant son frère trembler. Moi aussi je suis tellement fier de toi.

- Et moi de toi, répondit Don.

- Tu as toujours été là pour moi… Toujours prêt à me protéger.

- C’est mon job, et puis, je n’étais pas tout seul.

- Mais papa et maman ils avaient fait ce choix.

- Moi aussi. Et puis je ne parlais pas de papa et maman.

- Ah non ? De qui ?

- Ingrat ! Tu as déjà oublié monsieur Pi ? sourit Don.

Monsieur Pi ! Depuis combien de temps n’avait-il pas pensé à lui ? se dit Charlie, replongeant instantanément dans leurs souvenirs communs.

*****


Cissy  (16.06.2012 à 19:07)

Flashback

Juillet 1988 – Pasadena

- Espèce de crétin !

- Espèce de nain !

- T’es qu’un pauv’ naze !

- Et toi une sale grosse tête !

- Je serai vraiment ravi de ne plus jamais voir ta tronche de cake !

- Et moi j’ai vraiment hâte que tu fiches le camp d’ici pour pouvoir respirer à mon aise !

- Les garçons ça suffit maintenant ! Allez donc vous calmer dans votre chambre !

La voix de Margaret interrompit la litanie d’insultes qu’échangeaient Don et Charlie depuis plus d’un quart d’heure. Les deux garçons tournèrent la tête vers leur mère et un instant elle crut qu’ils allaient la défier, mais ils haussèrent les épaules de concert et, si elle n’avait pas été aussi ulcérée par cette énième scène depuis le début de la journée, elle aurait sourit en voyant combien ils se ressemblaient à cet instant, la même lippe boudeuse, le même regard sombre dans lequel se lisait le même entêtement. Puis ils se détournèrent et montèrent les escaliers en continuant de s’insulter à mi-voix.

Lorsque les deux portes eurent claqué sur eux, elle soupira longuement se demandant, une fois de plus, ce qu’ils avaient raté pour que leurs deux enfants semblent maintenant tellement se détester, eux qui étaient tant complices quelques années auparavant. Elle et Alan n’en pouvaient plus de leurs querelles perpétuelles qui étaient allées en s’aggravant depuis le début de l’année scolaire, culminant dans cette bagarre stupide qui les avait opposés lorsque Charlie avait appris que Don serait le cavalier de Val Eng, la seule fille du lycée qui prête attention à lui.

Depuis cette soirée de fin d’études, malgré les efforts de leurs parents, les deux garçons ne s’étaient pas rapprochés et chaque fois qu’ils se trouvaient dans la même pièce, les choses ne tardaient pas à dégénérer entre eux au point que les parents étaient désormais pressés qu’arrive le jour d’aller installer Charlie à Princeton, Don devant partir pour un stage de familiarisation avec l’équipe des Rangers de Stockton qui l’avait recruté.

« Encore une journée et on aura enfin la paix ! » songea la mère épuisée.

Et puis la portée de sa pensée lui apparut brusquement et les larmes lui montèrent aux yeux : encore une journée et elle allait quitter cette maison pour des années, laissant derrière elle son fils chéri, certes déjà presque un jeune homme, mais qui était et serait toujours son bébé. Et lorsqu’elle reviendrait, d’ici trois ou quatre ans, quand Charlie aurait fini son premier cycle dans ce collège et entrerait à l’université de son choix, Don serait devenu un homme et elle aurait raté ces années-là. Alors non, elle ne pouvait pas se réjouir de partir en l’abandonnant. Bien sûr elle savait que ce ne serait pas le cas : Don reviendrait régulièrement chez eux où il retrouverait son père qui, par ailleurs, se libèrerait chaque fois qu’il le pourrait pour aller le voir jouer, mais c’est ainsi qu’elle le ressentait au plus profond d’elle-même. Evidemment elle n’avait pas le choix : Charlie était bien trop jeune pour partir seul à l’autre bout du pays, seul dans une école où tous les étudiants auraient au minimum quatre ans de plus que lui. Il avait besoin de sa mère à ses côtés et elle devait faire ce sacrifice pour lui, mais ça ne rendait pas les choses plus faciles.

Dans sa chambre, Don s’était jeté sur son lit et, un bras sous la tête, il contemplait le plafond, cherchant à retrouver l’origine de cette querelle sans y réussir. De toute façon, lui et Charlie se disputaient pour un rien. Comme le leur avait crié leur père la veille :

- Même quand vous êtes d’accord vous vous arrangez pour que ça dégénère en scène !

En y réfléchissant il n’avait pas tout à fait tort. Il avait beau chercher, il n’arrivait pas à se souvenir de vrais bons moments passés avec son petit frère depuis près de deux ans et surtout depuis le début de cette année scolaire catastrophique qui avait vu le petit génie atterrir dans la même classe que lui, le faisant passer pour un demeuré aux yeux des autres lycéens : cinq ans de plus et dans la même classe ! Mais à quoi ça rimait !

Pourtant il savait que ce n’était pas la faute de  Charlie : il n’allait tout de même pas ralentir son cerveau juste parce que son frère ne supportait pas qu’il puisse lui faire de l’ombre ! Mais c’était plus fort que lui : son cadet l’agaçait avec sa manie de vouloir faire comme s’il était de leur âge. Il avait peut-être la plus grosse tête de l’univers, mais ce n’était encore qu’un gamin et il aurait bien fallu qu’il s’en souvienne ! Enfin, le lendemain tout cela serait fini…

Et soudain, à cette pensée, sans savoir pourquoi, il sentit une boule se former au fond de sa gorge et ses yeux le picoter de manière suspecte.


Cissy  (16.06.2012 à 19:08)

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