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L'accident

Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy 

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Dans sa chambre, Charlie était pareillement étendu sur son lit, repassant en boucle dans ses pensées les mots jetés par Don auxquels il avait répondu avec usure. Quant au départ de la querelle, il aurait été bien en peine de le retrouver ! Mais de toute façon, depuis que Don le détestait, il ne se passait pas une fois sans que, quoi qu’il dise ou fasse, son frère lui lance des piques et il n’allait tout de même pas se laisser faire ? Ce n’était pas parce qu’il avait cinq ans de plus que lui qu’il fallait qu’il se croit supérieur ! Lui, Charlie, était bien plus intelligent que Don et tous ses amis ne le seraient jamais, alors qu’ils arrêtent de le traiter comme un gamin stupide ! Enfin, le lendemain il allait partir pour ce collège dont il rêvait et son idiot de frère ne serait plus qu’un souvenir désagréable !

A peine eut-il émis cette pensée qu’un long frisson le parcourut tandis que ses yeux s’embuaient soudain.

Comment Charlie était-il devenu ce sale môme prétentieux et insupportable ? se demandait Don au même moment. Pourtant quand il était petit, il était si mignon ! Et puis cette façon qu’il avait de le regarder comme un héros ! C’était parfois embarrassant mais à y repenser, tellement agréable aussi !

Pourquoi Don s’était-il ainsi éloigné de lui ? Comment l’idole de son enfance avait-elle pu devenir l’un de ses pires cauchemars ?

Son petit frère allait quitter la maison et il ne le reverrait pas avant longtemps…

Trois petits coups à sa porte arrachèrent Don à ses songes moroses. Il se redressa, mais avant qu’il ait pu répondre, la porte s’ouvrait sur Charlie et aussitôt sa mauvaise humeur réapparut :

- Tu n’as jamais appris à attendre qu’on te dise d’entrer ? dit-il d’une voix rogue.

- Je savais bien que tu étais tout seul, répliqua le jeune garçon en faisant un pas dans la chambre.

- Qu’est-ce que tu veux Charlie ?

- Rien… Je crois que c’était une mauvaise idée. Excuse-moi, dit alors le cadet en faisant demi-tour.

Don se leva prestement et le rattrapa, l’attrapant par les épaules pour le retourner vers lui :

- Non ! Attends ! Je suis désolé. Dis-moi ce que tu voulais.

Et dans les yeux qui se levèrent alors vers lui, l’espace d’un instant, Don retrouva le petit frère adorateur qui aurait fait n’importe quoi pour lui.

- Je voulais juste discuter un peu avec toi… Demain je m’en vais et…

- Viens par là mon pote, viens… Je t’écoute. Qu’est-ce qui ne va pas Charlie ?

Soudain le gamin redécouvrait le grand frère plein de sollicitude, le protecteur qu’il avait cru disparu et un pâle sourire étira ses lèvres tandis qu’il s’allongeait auprès de lui, comme ils l’avaient si souvent fait durant des années.

Les deux frères se mirent à parler, calmement, en frères, comme ils ne l’avaient plus fait depuis trop longtemps.

- Qui va s’occuper de moi ? demanda Charlie à un moment, d’une petite voix angoissée.

- Tu vas avoir maman avec toi, répliqua Don, tentant de gommer de sa voix le ressentiment qu’il ressentait à être privé de sa mère.

Bien sûr, si on lui avait demandé son avis il aurait été le premier à dire que Margaret devait accompagner Charlie, celui-ci étant bien trop jeune pour partir seul, mais pour autant il ne pouvait s’empêcher de penser à ce départ avec un pincement au cœur. Qui serait-là pour savoir quand il allait mal ? Qui le consolerait de ses peines de cœur ? Qui saurait lui faire la morale de cette manière douce et attentionnée ?

- Mais maman… C’est maman… Toi… Toi tu me protégeais. Je vais faire comment sans toi Donnie ?

C’était comme un grand cri d’angoisse en même temps qu’un cri d’amour et Don se sentit remué jusqu’au fond des tripes. Il se releva sur un coude, regardant son petit frère droit dans les yeux :

- Je serai toujours là pour toi mon pote, toujours.

- Mais tu seras si loin.

- Tu es grand maintenant Charlie. Je suis sûr que tu sauras te défendre.

- Je n’aurais plus de protecteur.

Don chercha comment rassurer celui qui finalement, il s’en apercevait soudain, n’était encore qu’un petit garçon, même s’il avait en poche son diplôme de fin d’études secondaires.

- Tu auras toujours monsieur Pi.

- Monsieur Pi ?

- Tu te souviens ? Ton lapin magique…

- Don… Je n’ai plus cinq ans ! Je ne crois plus aux lapins magiques depuis longtemps !

- Plus cinq ans ! C’est toi qui le dit ! Là tu vois, j’ai l’impression que tu n’as pas plus figure-toi !

Il n’avait pas de mauvaise intention pourtant, mais lorsqu’il vit le visage de son frère se refermer, Don comprit qu’il venait de dire une bêtise. Mais il était trop tard, déjà le petit génie se relevait :

- Charlie, attends, tenta-t-il… Je ne voulais pas dire…

- Je sais exactement ce que tu voulais dire Don. Excuse-moi de t’avoir dérangé ! Je retourne dans ma chambre ! Je dois finir ma valise !

Et avant que son aîné ne puisse dire quoi que ce soit d’autre, Charlie quitta la pièce. Don se frappa le front du plat de la main, à la fois mécontent de lui et énervé de l’hyper sensibilité de son frère : décidément on ne pouvait rien lui dire ! Il avait peut-être un super cerveau mais il aurait fallu qu’il prenne parfois deux minutes pour réfléchir !

Un instant il se demanda s’il devait aller rejoindre son cadet puis finalement il y renonça : de toute façon ils risquaient juste de se disputer, une fois de plus !

Le lendemain matin, le petit déjeuner fut contraint et une querelle éclata de nouveau entre les deux garçons, mettant Margaret au bord des larmes tandis que Charlie sortait en claquant la porte pour s’installer dans la voiture, attendant l’heure du départ, et que Don montait dans sa chambre en clamant que ce n’était pas la peine de l’appeler pour lui dire au-revoir.

Le jeune homme redescendit tout de même à l’appel de sa mère pour l’embrasser ainsi que son père qui partait pour installer sa femme et son fils, ayant pris deux semaines de vacances pour, après trois jours de voyage par la route afin de transporter leurs affaires, pouvoir passer un peu de temps avec eux et se familiariser avec le campus où désormais son fils allait vivre. Il sortit sur le trottoir pour les voir partir et les parents eurent le cœur serré en voyant leurs deux enfants refuser de s’embrasser alors qu’ils ne se retrouveraient plus avant longtemps. Charlie était assis dans la voiture, le front buté, le regard dirigé droit devant lui et Don n’avait pas pris la peine d’aller jusqu’à la portière pour tenter de le raisonner. Au moment où il démarra, Alan se demanda si un jour ses fils se réconcilieraient.

Lorsque la voiture eut fait quelques mètres, Charlie se retourna et il vit son frère, seul, debout sur le trottoir, qui levait les bras en signe d’adieu. Ses yeux se remplirent de larmes brouillant un instant son regard, rendant floue la silhouette qui rapetissait de plus en plus jusqu’à disparaître.

*****


Cissy  (16.06.2012 à 19:09)

Juillet 1988 – Princeton

- Maman !

La voix de Charlie fit se retourner sa mère qui s’étonna de le voir avec un lapin bleu lavande vêtu d’un tee-shirt blanc marqué d’un énorme π violet sur le devant. Le jeune garçon lui demanda :

- C’est toi qui a mis Monsieur Pi dans ma valise ?

- Non chéri ! Pas du tout !

- C’est papa alors ?

Celui-ci, qui était en train de disposer les livres préférés de Margaret sur une tablette se retourna :

- Non… Mais tu l’as peut-être fait sans y penser.

- Je le saurais si je l’avais fait !

- En tout cas ce n’est pas moi.

- Mais si ce n’est pas toi ni maman, c’est qui ?

Et soudain il se souvint de ce matin, trois jours plus tôt, alors qu’il revenait de la salle de bain et qu’il avait croisé Don qui sortait de sa chambre :

- Qu’est-ce que tu veux ? avait-il interrogé d’une voix déjà agressive.

- Rien… Je voulais juste voir si tu étais réveillé. On dirait que oui… et que tu t’es levé du pied gauche en plus ! avait rétorqué son aîné.

Alors c’était ça, il était entré pour glisser subrepticement monsieur Pi dans sa valise ! De nouveau ses yeux se mouillèrent : c’était comme le signe que son frère allait continuer à veiller sur lui, à près de 4 000 miles de distance, par l’intermédiaire de ce lapin qu’il avait traîné durant toute sa petite enfance.

- Maman… Est-ce que je peux appeler Donnie s’il te plaît ?

Margaret consulta rapidement sa montre :

- Il est 18 h 25, ce qui veut dire qu’à Los Angeles il est 21 h 25. Je ne pense pas que ton frère soit couché. Appelle-le, ça lui fera plaisir.

Charlie se rua sur le téléphone et les parents se regardèrent, soulagés : peut-être que finalement, tout n’était pas perdu entre leurs enfants.

Plus tard, alors que sa mère venait le border dans son lit, Charlie se retourna vers elle et elle sourit en voyant qu’il tenait Monsieur Pi contre son cœur :

- Maman… Pourquoi crois-tu que Donnie a mis monsieur Pi dans la valise ?

- Tu lui as demandé ?

- Il m’a répondu que c’était parce que j’étais un bébé qui avait encore besoin de son doudou, répondit-il d’un ton boudeur.

- Et toi, tu en penses quoi ?

- Je ne sais pas… Peut-être qu’il voulait me dire qu’il veillerait sur moi.

- Oui… Je crois que c’est ça. Il sait combien tu aimes cette peluche. C’est une manière de te dire qu’il t’aime aussi.

- Pourtant il ne le montre pas souvent.

- Donnie a dix-huit ans chéri. Ce n’est pas facile pour lui d’avoir un petit frère aussi brillant !

- Ce n’est pas ma faute si je suis brillant ! Parfois j’aimerais mieux être comme lui, comme tout le monde !

- Mais tu n’es pas comme cela. Et Don en souffre parfois. Et puis c’est un Eppes et les Eppes ont du mal à exprimer leurs sentiments…

- Comme papa…

- Comme papa… et Donnie… et toi aussi mon cœur.

- Mais tout de même, j’ai parfois l’impression qu’il me déteste.

- Non il ne te déteste pas. Mais il a du mal à trouver sa place.

- Avant on faisait des trucs ensemble et…

- Les choses changent mon cœur. Tout ne peut pas rester pareil.

Charlie sourit, serrant le lapin dans ses bras :

- C’est vrai. Je me souviens que je traînais monsieur Pi partout avec moi et que, si vous m’aviez laissé faire, je l’aurais même emporté à l’école. Et pourtant je crois bien qu’il y a au moins deux ans qu’il était sur une étagère sans que j’y prête attention !

- Exactement… Pourtant tu le retrouves avec plaisir.

- Tu crois qu’un jour je retrouverai Don aussi ?

- J’en suis persuadée mon cœur.

Charlie sourit puis attrapa la main de sa mère : il se sentait nerveux pour le lendemain où il devait aller visiter le campus et il voulait prolonger ce moment de discussion :

- Dis-moi… Il vient d’où exactement monsieur Pi ?

- Tu ne t’en souviens pas ?

- Ben… J’ai l’impression de l’avoir toujours eu. Vous me l’avez acheté quand j’étais bébé ?

- Non mon cœur. Tu as reçu monsieur Pi quand tu avais quatre ans. Et c’est Donnie qui l’a acheté pour toi.

- Donnie ? Vraiment ?

- Vraiment…

Et Margaret, tout aussi ravie de ce moment d’intimité avec son garçon qui lui faisait un instant oublier l’autre, celui qu’elle avait laissé derrière elle, commença à raconter.

(à suivre)


Cissy  (16.06.2012 à 19:10)

Chapitre 30 – Le protecteur (partie 2)

Flashback

Noël 1979 – New York

- C’est ta faute d’abord ! C’est ta faute !!!

- Charlie ! Ce n’est pas la faute de Donnie et tu le sais ! gronda Margaret ne sachant plus comment calmer son cadet en larmes. Je t’avais dit de ne pas l’emmener ! Mais tu n’as pas voulu écouter. Voilà le résultat maintenant.

- Je veux mon doudou !!! Mon doudou !!!!

Les pleurs de l’enfant crevaient le cœur de Margaret qui le berçait dans ses bras, se reprochant, une fois de plus d’avoir cédé à son caprice quelques heures plus tôt.

Ils étaient à New York depuis trois jours : Alan devait rencontrer de futurs clients du cabinet d’architecture où il travaillait et il avait décidé que cette année ils passeraient tous Noël dans la grosse pomme, appellation qui avait bien fait rire leurs petits garçons de neuf et quatre ans. En début d’après midi, tandis que son mari assistait à une réunion, Margaret avait décidé d’emmener ses deux enfants émerveillés voir les vitrines de Noël. Charlie voulait embarquer son doudou, un lapin informe, totalement aplati par les étreintes, qu’il trainait depuis ses deux mois et ne lâchait quasiment jamais. La jeune femme lui avait déconseillé d’emmener son objet fétiche, l’avertissant qu’il pourrait le perdre, mais autant discuter avec une bûche : le gamin avait décidé que Doudou devait aussi voir les vitrines de Noël et, plutôt que de risquer une scène, elle avait cédé, avertissant cependant le bambin :

- Je te préviens, si tu perds ton doudou, tu ne viendras pas pleurer !

- Je ne le perdrai pas ! avait-il assuré, avec l’aplomb qui le caractérisait et qui ne cessait de les étonner venant d’un enfant de quatre ans et demi.

Bien sûr, ils avaient découvert dix-sept mois plus tôt que leur fils étaient un génie, mais pour autant ils n’avaient pas encore pris la pleine mesure de ce que cela impliquait et peinaient encore à prendre leurs marques face à cet enfant si différent de celui qu’ils avaient imaginé.

La mère de famille avait donc passé un après-midi mémorable avec ses fils fous de joie de ce dépaysement total, émerveillés par la neige que Don n’avait quasiment jamais vue et que Charlie découvrait pour la première fois, heureux du monde autour d’eux, scotchés aux animations des vitrines, puis patinant ensemble sur la grande patinoire à ciel ouvert en riant aux éclats avant de se régaler d’un délicieux chocolat chaud accompagné de gaufres au sucre.

Ce n’était qu’en rentrant à leur hôtel, trois quarts d’heure plus tôt, que le drame avait éclaté. Charlie s’était précipité dans sa chambre puis en était revenu en demandant :

- Où est Doudou ?

- C’est toi qui l’as banane ! avait été la réponse amusée de Don qui s’était soudain figé devant la panique qui envahissait le visage du plus jeune.

- Non… C’est pas moi…

- Charlie. Tu as emmené Doudou, tu te souviens ? Où l’as-tu mis ?

- Mais…

La bouche grande ouverte, le petit garçon avait regardé alternativement sa mère et son frère, espérant que l’un des deux allait lui dire : « Tiens, le voilà ton doudou ! C’était pour rire… », mais doutant de plus en plus qu’il s’agisse d’une farce à mesure qu’il voyait leurs visages devenir plus graves.

- Essaie de te rappeler : tu l’as posé quelque part ? demanda Don tandis que Margaret interrogeait :

- Est-ce que tu l’avais encore au café ?

C’est alors que Charlie avait éclaté en sanglots. Il était fatigué de cet après-midi au grand air dans cette ville inconnue tellement bruyante et animée, bien différente du calme quartier de Pasadena où ils s’étaient installés près de deux ans plus tôt. En entrant à l’hôtel, bien que ravi de sa virée, il n’avait eu qu’une idée en tête : retrouver son doudou et se pelotonner avec lui contre sa maman pour prolonger encore le plaisir. Et voilà que Doudou avait disparu ! Doudou était perdu quelque part dans cette grande ville, sous la neige froide, parmi tous ces gens qui marchaient si vite ! Et c’était sa faute à lui si Doudou était perdu !

- Il faut aller le rechercher, pleurait-il.

- Chéri, tenta de raisonner Margaret. On ne pourra pas le retrouver… Il peut être n’importe où et la nuit commence à tomber.

Comprenant que sa mère ne cèderait pas, Charlie s’était tourné, comme toujours dans ces cas-là, vers son dernier recours, lui adressant ce regard de chiot perdu auquel il ne savait pas résister :

- Donnie… Donnie… s’il te plaît… Va chercher mon doudou… Je suis sûr que tu peux le trouver.

- Charlie…, répliqua l’aîné en jetant un regard lamentable à sa mère, on ne sait pas où tu l’as perdu… New-York est trop grand…

- Tu es méchant ! avait alors explosé le petit garçon ! Tout ça c’est ta faute ! Je te l’avais donné à garder ! C’est toi qui l’as perdu !

- Non… Charlie… Je…

Don était désarçonné. Il cherchait désespérément dans sa mémoire à se souvenir si effectivement à un moment donné son petit frère lui avait donné son doudou. Et s’il l’avait perdu ? S’il était la cause de ce chagrin qui faisait couler ces grosses larmes sur ses joues rougies ? Quelle sorte de grand frère était-il s’il ne savait pas consoler son petit frère ?

- Si ! A la patinoire ! Je te l’ai donné !

- Non Charlie ! Margaret intervenait, remettant les choses à leur place, tu as tendu ton doudou à Don mais il ne l’a pas pris parce que ce n’était pas à lui de s’en charger !

Elle revoyait le petit tendre l’objet devenu encombrant à son aîné et celui-ci jeter des coups d’œil gênés autour de lui, imaginant la réaction des badauds si on voyait un grand garçon comme lui avec une peluche à la main, mais prêt cependant à débarrasser son cadet pour qu’il puisse mieux profiter des glissades.

- Je t’ai dit que tu avais voulu le prendre, que c’était à toi d’assumer ton choix ! rappela-t-elle d’une voix ferme. Alors inutile d’accuser ton frère, il n’y est pour rien !

- Je veux mon doudou, hurla de nouveau le gamin en pleurant de plus belle. Donnie… va chercher mon doudou.

- Donnie n’ira nulle part Charlie ! coupa Margaret, il va faire nuit et on n’est pas à Pasadena ici, il pourrait se perdre.

- Il ne se perdra pas ! Donnie ne se perd jamais ! protesta Charlie en regardant son frère avec cette admiration sans bornes qui faisait chaud au cœur.

- Ici Donnie pourrait se perdre. Voilà ce qu’on va faire : on va appeler les magasins où nous sommes allés et la patinoire et leur demander s’ils ont trouvé un doudou. Et si c’est le cas j’appellerai papa pour qu’il passe le prendre avant de venir nous rejoindre.


Cissy  (17.06.2012 à 17:51)

Mais une demi-heure plus tard, force fut de constater que le doudou avait bel et bien disparu et Charlie, un instant calmé par l’espoir soulevé, retomba dans son désespoir bruyant et colérique, demandant à nouveau à sa mère puis à son frère d’aller chercher son doudou, s’emportant au refus de Margaret et finissant par proclamer d’une petite voix pointue :

- Je vous déteste ! Vous êtes méchants !

- Charlie… On peut aller au magasin racheter un doudou, proposa Don, plein de bonne volonté, désolé de ne pouvoir rien faire de plus pour son cadet.

- Non ! hurla le bambin. C’est MON doudou que je veux ! Pas un autre… Mon doudou à moi… C’est lui qui me protège la nuit. Donnie… je sais que tu peux trouver mon doudou…

- Non Charlie… On ne sait même pas où tu l’as perdu, tenta, une fois de plus, d’expliquer l’aîné.

Les yeux de l’enfant se firent plus durs tandis qu’il criait :

- Tu es content qu’il soit perdu ! Si tu l’avais pris ça ne serait pas arrivé ! C’est ta faute ! Je te déteste ! Tu n’es plus mon grand frère ! Je voudrais que ce soit toi qui sois perdu !

Margaret vit les yeux de son fils aîné se remplir de larmes. Il avait beau être un grand garçon de neuf ans, entendre son petit frère qu’il adorait lui crier qu’il le détestait était un peu plus que ce qu’il pouvait supporter après la fatigue de la journée. Aussi elle décida qu’il était temps de mettre un terme définitif à la scène et elle se leva, l’enfant sur les bras en disant :

- Ca suffit maintenant ! Tu sais bien que Don n’y est pour rien et ce n’est pas de crier sur lui qui arrangera les choses. Maintenant tu vas venir te calmer dans ta chambre !

Le gamin se débattit en hurlant de plus belle, mais la mère tenait bon et elle se dirigea avec lui vers la chambre mitoyenne où étaient installés leurs deux enfants, disant à son aîné :

- Donnie, tu peux regarder la télé si tu veux chéri. Je vais coucher ton petit frère et je reviens.

Le cœur gros, Don hocha la tête et regarda sa mère disparaître avec un Charlie rouge de colère et de chagrin qui s’étouffait à force de pleurer. Il tendit la main vers la télécommande puis la laissa retomber : il n’avait pas envie de regarder la télé. Il se dirigea vers la baie vitrée et admira la ville qui s’étendait sous ses pieds. Mais désormais toute la magie s’était envolée : le désespoir de son petit frère l’empêchait de trouver du plaisir aux milliers de lumières qui scintillaient, aux flocons de neiges qui voletaient. A travers la cloison, il entendait encore les sanglots déchirants et la voix calme de sa mère qui s’efforçait de trouver les mots pour apaiser le chagrin. Et de nouveau le remords l’assaillit : il aurait dû prendre le doudou quand Charlie le lui avait tendu. S’il n’avait pas hésité, sa mère n’aurait rien dit. Ou au moins, il aurait pu faire attention à ce que son frère ne l’oublie pas n’importe où. Charlie avait raison, c’était sa faute et à cause de lui son petit frère était plus triste qu’il n’avait jamais été : il savait combien il tenait à ce lapin qui était l’un des plus sûr moyen de le consoler et de le rassurer. Si seulement il pouvait faire quelque chose pour retrouver ce maudit fétiche ! Il se mordit la lèvre nerveusement : bien sûr il y avait bien quelque chose qu’il pouvait faire mais… De nouveau le bruit des sanglots interrompit ses pensées et soudain son visage s’apaisa : il savait ce qu’il allait faire, ce qu’il devait faire ! Il prit un papier et griffonna quelques lignes dessus puis enfila son anorak et sortit en refermant la porte doucement.

Il fallut plus d’une heure à Margaret pour réussir à calmer Charlie. Une fois de plus elle se désola que celui-ci soit tellement à fleur de peau, si sensible que lorsqu’il se mettait dans de tels états, cela prenait des proportions inquiétantes. Finalement, après avoir vomi, épuisé par la journée passée en plein air et les larmes, le petit garçon avait fini par s’endormir, même s’il continuait à renifler dans son sommeil, signe que son chagrin le hantait toujours au pays des rêves. Elle resta à le regarder dormir un long moment, sentant revenir toutes les craintes qui la dévoraient depuis qu’elle savait combien son fils était particulier : aurait-elle la ressource de gérer cette intelligence supérieure ? Ce type de crise allait-il de pair avec ce don qu’on lui avait découvert ? Puis elle se secoua : à chaque jour suffit sa peine, se rappela-t-elle. Pour le moment, il lui fallait aller voir Donnie qui devait être bouleversé par le chagrin de son petit frère et surtout les mots que celui-ci lui avait adressés et qui, même s’il ne les pensait pas, avait dû lui faire mal. Depuis que Charlie était né, Don s’était institué le protecteur officiel de ce dernier, et il faisait toujours tout ce qui était en son pouvoir pour le rassurer, calmer ses colères, tarir ses larmes. Le petit avait une foi aveugle en lui et rien n’était plus attendrissant que de les voir jouer ensemble, l’aîné toujours attentif au confort du second qui, de son côté, tentait de toutes ses forces de copier son idole. Elle espérait de toutes ses forces que cette entente entre eux durerait toujours parce qu’ensemble ils étaient forts.

- Donnie ?

Elle jeta un regard étonné autour d’elle en ne voyant pas le gamin devant la télévision.

- Donnie ? Tu es là mon ange ? appela-t-elle plus fort en approchant de la salle de bain.

Ne percevant aucune réponse, elle ouvrit la porte et son cœur se serra en voyant la pièce vide. Où était donc son fils ? Elle regarda de nouveau autour d’elle puis se dirigea vers la porte fenêtre, espérant que l’enfant n’avait pas eu l’idée d’aller sur le balcon par le froid qu’il faisait ! Mais l’issue était bouclée et la sécurité lui apprit que son fils n’était pas sorti. Soudain son regard accrocha une feuille de papier sur la table de chevet et elle se précipita :

Maman,

Ne soie pas en colerre. Je vé voir si je trouve le doudou de Charlie. Je sait ou on est allé et peutètre que je peus le retrouvé. Je reviens très vite. Je t’embrasse. Donnie.


Cissy  (17.06.2012 à 17:52)

A la lecture du petit mot, Margaret sentit son cœur s’arrêter un instant : ça ne pouvait pas être possible ! Son fils de neuf ans ne pouvait pas avoir décidé de repartir seul au centre commercial distant de plusieurs kilomètres ! Déjà l’affolement la gagnait à l’idée de tous les dangers qui pouvaient menacer un enfant si jeune seul dans une si grande ville, inconnue de surcroît. Elle s’efforça de se calmer : perdre son sang-froid ne l’aiderait pas. Elle calcula rapidement le temps écoulé depuis qu’elle avait laissé son garçon dans la pièce : une heure vingt-cinq… Peut-être qu’il n’était pas trop loin. Il suffisait qu’elle s’habille et…

Mais non ! Elle ne pouvait pas laisser Charlie seul ! Au bord des larmes, elle s’empara du téléphone et appela Alan, désespérée quand elle s’entendit répondre qu’il était indisponible pour le moment. Elle insista tant que la secrétaire finit par accepter de lui faire passer un message au plus tôt. Lorsque dix minutes plus tard le téléphone sonna de nouveau, elle était déjà à bout de nerfs et elle faillit hurler à ce son. A l’autre bout du fil, son mari, très inquiet du message reçu, s’enquit de ce qui se passait et elle perçut l’inquiétude dans sa voix lorsqu’il décida :

- Tu restes à l’hôtel avec Charlie. Dis-moi exactement où vous êtes allés, je file là-bas.

- Et s’il s’est perdu ? Alan, New York est si grand ! Il n’est jamais venu…

- Donnie est débrouillard, tenta de la rassurer le père. Tel que je le connais il a dû repérer le métro que vous avez pris. Je suis sûr qu’il se sentait tout à fait capable de retourner là-bas.

- Mais… Si quelqu’un l’a pris… Alan… Il est si petit…

- Chut ! Arrête de te mettre des idées pareilles en tête, protesta le père d’une voix soudain beaucoup moins ferme cependant. Je suis sûr que notre Donnie va bien. Je pars tout de suite.

- Mais… ta réunion…

- Au diable ma réunion ! Mon fils est plus important que tous les contrats du monde !

- Alan… Est-ce que je ne devrais pas appeler la police ? interrogea Margaret au bord des larmes.

- Attends encore un peu… Je serai à la patinoire dans vingt minutes. Si je ne vois pas Donnie je t’appelle et nous aviserons alors.

- D’accord… Alan, trouve-le, supplia-t-elle avant de raccrocher.

Les trente minutes les plus longues de sa vie s’égrenèrent avant que le téléphone ne sonnât de nouveau : la voix blanche de son époux lui apprit qu’il n’y avait aucune trace de leur fils autour de la patinoire et les larmes se mirent à rouler sur ses joues.

- J’appelle la police, décida-t-elle.

- Oui… Moi je cherche encore un peu.

Elle raccrocha et enfouit son visage dans ses mains : toutes sortes de pensées toutes plus noires les unes que les autres l’assaillaient à cet instant précis. Puis elle se redressa : ce n’était pas le moment de gémir ! Elle décrocha de nouveau le combiné et composé le 911. Moins d’un quart d’heure plus tard, un couple d’officiers était là pour prendre sa déposition. Tremblante elle leur décrivit les vêtements portés par son fils et leur donna une photo de lui. Elle aurait aimé courir elle aussi à sa recherche, mais les policiers lui conseillèrent au contraire de rester à l’hôtel : si Don retrouvait son chemin et revenait il fallait que quelqu’un soit là pour l’accueillir.

Alors qu’ils prenaient congé, un Charlie tout ensommeillé apparut sur le seuil de la seconde chambre, réveillé par le bruit. Margaret se tourna vers lui et, durant une fraction de seconde, elle sentit la colère l’envahir tandis qu’elle pensait : « C’est de ta faute tout ça ! Si tu n’avais pas fait cette scène ton frère ne serait pas parti ! » Puis, épouvantée par cette réaction, elle se baissa pour accueillir le bambin qui se jetait dans ses bras. Le petit toucha ses joues, étonné de les sentir mouillées :

- Tu pleures maman ? interrogea-t-il d’une voix déjà tremblante.

- Non, mentit-elle lamentablement.

- Pourtant tes joues sont mouillées.

Elle comprit que de toute façon il lui faudrait bien dire la vérité à son fils qui n’allait pas tarder à réclamer son frère. D’ailleurs elle voyait déjà son regard faire le tour des lieux et elle ne douta pas de la question qui allait jaillir, aussi, s’asseyant sur le lit avec l’enfant sur les genoux, elle reprit :

- Si… Je suis un peu inquiète, c’est pour ça.

- Pourquoi tu es inquiète ? A cause de Doudou ?

Elle réprima difficilement le mouvement d’humeur que lui occasionna la demande. Après tout le bambin ne savait pas ce qui se passait et il était normal, à son âge, de tout ramener à ce qui lui tenait le plus à cœur, en l’occurrence la perte de son lapin.

- Non… C’est que Donnie est parti et…

- Donnie est parti ?

Déjà la panique s’entendait dans la voix tremblante tandis que les grands cils bruns s’ourlaient d’humidité.

- Non chéri… Il n’est pas parti pour de bon, enchaîna très vite la mère. Il a voulu aller chercher ton doudou.

- Donnie est parti chercher Doudou ?

La joie dans la voix lui fit mal. Mais comment faire comprendre à un enfant de quatre ans qui voyait son aîné comme une sorte de dieu invincible, que celui-ci n’était qu’un tout petit garçon qui courait de graves dangers à déambuler seul, de nuit, dans une ville inconnue ?

- Oui… Et j’ai peur qu’il se perde.

- Donnie ne se perd jamais ! rigola le petit.

- Charlie… On n’est pas à Pasadena ici. Donnie ne connaît pas cette ville. C’est une très très grande ville où les petits garçons ne doivent pas se promener seuls. Et puis il fait nuit…

Le regard de Charlie se dirigea vers la baie vitrée, accrochant le ciel maintenant noir dans lequel brillaient quelques étoiles et sa joie tomba tout à coup tandis qu’il se rendait compte que jamais son frère n’avait été seul dehors la nuit.

- Maman, questionna-t-il d’une voix tremblante.

- Oui chéri ?

- Est-ce que Donnie est perdu aussi ? Comme Doudou ?

Et soudain les larmes se mirent à couler sur ses joues tandis qu’il se cramponnait à sa mère.

- Non poussin… Non… On va retrouver Donnie, répondit-elle en priant, du plus profond de son cœur pour que ce soit le cas.

- Tu promets ?

Et même si elle savait qu’il ne lui pardonnerait jamais complètement cette promesse si elle ne se réalisait pas, parce qu’elle en avait autant besoin que lui, Margaret dit :

- Oui, je te promets Charlie. On va retrouver Donnie.

Ensuite la longue attente commença : elle avait allumé la télévision mais aucun des deux ne la regardait, chacun plongé dans ses pensées. Plus le temps passait, plus son angoisse grandissait : pourquoi ne l’appelait-on pas ? Plus d’une fois elle eut envie de prendre le téléphone pour appeler la police, savoir où ils en étaient, mais elle savait qu’elle ne ferait que les déranger. Ils cherchaient son fils, ils allaient le retrouver.

- Maman…

La petite main de Charlie se glissant dans la sienne l’arracha à ses pensées.

- Oui chéri ?

- Tu sais… Ce n’est pas grave si Doudou reste perdu si on retrouve Don.

Elle prit le gamin dans ses bras et il mit ses bras autour de son cou. Elle le serra contre son cœur réalisant que son petit garçon venait de comprendre une des grandes leçons de la vie : rien n’est plus important que ceux que vous aimez. Elle espérait seulement qu’il n’aurait pas ensuite à apprendre à vivre sans l’être aimé.


Cissy  (17.06.2012 à 17:53)

Au fur et à mesure qu’il arpentait le centre commercial et que la fatigue se faisait de plus en plus sentir, Alan se sentait sombrer dans le désespoir. Pourquoi avait-il eu cette idée stupide d’amener sa famille à New York ? Après tout sa dernière réunion devait s’achever le 24 décembre en fin d’après-midi : il aurait très bien pu sauter directement dans un avion et rejoindre Los Angeles à temps pour réveillonner avec sa femme et ses enfants !

Et maintenant… Si jamais on ne retrouvait pas son Donnie… Il n’y aurait plus jamais de Noël pour eux. Mais non ! Il n’avait pas le droit de penser ainsi : on allait forcément retrouver son fils ! C’était Noël ! Et même si en temps que Juif il n’aurait pas dû fêter ce jour, Margaret y tenait, alors on ne pouvait pas leur reprendre leur fils à cette époque !

Soudain un attroupement attira son attention et il s’approcha, le cœur battant. Deux officiers de police se tenaient auprès d’une petite silhouette recroquevillée sur le banc.

- Donnie ! Oh mon bébé !

A son exclamation, le petit garçon leva ses yeux plein de larmes et se jeta dans ses bras qu’il referma sur lui bien fort, comme pour s’assurer qu’il ne le perdrait plus jamais.

- Donnie… Mais qu’est-ce qui t’a pris mon ange ? Tu nous as fait tellement peur ! balbutiait-il tandis que l’enfant sanglotait à n’en plus finir.

- Chut… C’est fini… Je ne suis pas en colère, tentait-il de le rassurer, le cœur déchiré de voir son chagrin.

Don ne pleurait pas souvent, que ce soit de chagrin ou de douleur, alors le voir ainsi s’abandonner le faisait se sentir démuni. Comme il aurait aimé que Margaret soit là !

- On va aller retrouver maman d’accord ? Tout va bien mon bébé… Tout va bien…

- Mais… non… Je… Je… Je ne… Je ne l’ai… pas… pas… trouvé…, réussit à articuler son fils qu’il sentait trembler dans ses bras.

- Quoi ? Qu’est-ce que tu n’as pas trouvé ? demanda-t-il en écartant un peu son garçon pour le regarder.

- Le doudou de Charlie ! Je ne l’ai pas trouvé ! éclata alors Don en se pendant au cou de son père. Il va me détester maintenant !

- Chut… Chéri… Mais non ! Ton petit frère ne te déteste pas !

- Il a dit… Il…

- Charlie était en colère, il était triste. Mais je suis sûr qu’il a déjà tout oublié, le rassura Alan.

Il sentit l’enfant se détendre un peu contre lui, comme s’il ne demandait qu’à être rassuré.
- Vous êtes son père ?

Il tourna la tête vers l’officier qui venait de poser la question.

- Oui. Je suis Alan Eppes. Mon épouse a téléphoné pour signaler la disparition de notre fils. Je le cherchais de mon côté et…

Les deux officiers souriaient : au moins une disparition d’enfant qui se terminait bien. Lorsqu’un commerçant de la galerie avait téléphoné au poste pour leur signaler un petit garçon apparemment perdu qui pleurait seul sur un banc, ils s’étaient rendus sur les lieux en espérant qu’il s’agissait de l’enfant porté disparu près de trois heures plus tôt. Quand ils étaient arrivés, un petit groupe de personnes entourait l’enfant affolé qui refusait de répondre aux adultes le pressant de questions, regardant autour de lui comme un animal pris au piège. Et puis l’homme était arrivé et en voyant le petit se jeter dans ses bras, en regardant comment l’adulte le serrait contre lui, ils avaient compris que la fin serait heureuse cette fois-ci, c’est pourquoi ils arboraient ce grand sourire en prenant d’abord la déposition du père, puis celle de l’enfant qui, rassuré par la présence d’Alan put leur raconter son périple en quelques mots.

Il avait retrouvé le centre commercial sans peine, puis il s’était mis à la recherche du doudou, bousculé par les passants pressés, finissant par sentir ses mains et ses pieds geler, petit Californien peu habitué aux températures négatives ! Finalement, il n’avait plus su vraiment par où aller pour retrouver le métro et il n’avait pas osé demander : ses parents lui avaient toujours dit de ne pas adresser la parole à des inconnus. Epuisé, il avait fini par trouver refuge sur ce banc.

- On va vous raccompagner à votre hôtel, il a besoin d’un bon bain pour se réchauffer, d’un bon repas et d’une bonne nuit de sommeil, déclara l’un des agents.

Alan ne se le fit pas dire deux fois et un Don aux anges, ayant semble-t-il oublié ses angoisses précédentes, put profiter d’une balade dans une vraie voiture de police.

- Et ne te promène plus jamais tout seul dans les rues jeune homme ! sourit le policier en lui tendant la main et en posant sur ta tête une casquette marquée du sigle NYPD. Tiens, voilà pour toi…

- Merci officier, dit Alan d’une voix émue tandis que Don, fier comme Artaban de son nouveau couvre-chef renchérissait :

- Merci officier.

Les deux hommes portèrent la main à leurs fronts et retournèrent à leur véhicule tandis qu’Alan prenait la main de Don et s’engouffrait avec lui dans l’ascenseur.

- Papa… Tu es sûr que Charlie ne va pas me détester ? questionna Don, tout sourire disparu, tandis qu’ils s’élevaient vers le trentième étage.

Il se baissa pour se mettre à sa hauteur et posa ses mains sur ses épaules :

- J’en suis sûr mon ange.

Don lui répondit par un petit rictus tendu : il n’avait pas rempli sa mission, il avait trahi son frère en quelque sorte ! Et si Charlie ne le lui pardonnait jamais ?

Mais il cessa de se poser des questions sitôt que les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et qu’une petite tornade brune vint se jeter contre lui en criant :

- Donnie !! Donnie !!! Tu n’es pas perdu ! Tu n’es pas perdu !

Puis il passa dans les bras de sa mère qui le serra longuement contre elle tout en grondant gentiment :

- Ne me fais plus jamais ça mon ange ! Plus jamais…

Les parents savaient qu’ils auraient dû gronder l’enfant de son imprudence, mais le bonheur de l’avoir retrouvé sain et sauf éclipsait le reste et puis il paraissait trop épuisé pour pouvoir faire autre chose que prendre un bain sous la surveillance de sa mère, sans même qu’il songe à protester, ce qui indiqua à celle-ci, mieux que n’importe quel discours, à quel point il était éreinté, avaler une soupe bien chaude et une compote de pomme avant de se glisser dans les draps où ses deux parents vinrent le border tandis que, dans le lit voisin, son petit frère le couvait avec des yeux brillants de joie.

Au moment où Margaret déposait un baiser sur son front, il lui murmura :

- Maman… Il faut que je te dise… Pour Charlie….

- Chut… On verra ça demain mon ange. Maintenant tu dors.

Elle n’avait pas fini sa phrase que le petit garçon était déjà au pays des rêves.

Le lendemain matin, à son réveil, Charlie regarda dans le lit voisin et en jaillit comme un diable de sa boîte en ne voyant pas son frère. Il surgit dans la chambre mitoyenne en hurlant :

- Donnie ! Donnie tu es où ?

- Donnie est parti faire une course avec maman, répliqua alors Alan. Viens prendre ton petit déjeuner.

- Mais je veux faire les courses aussi.

- Trop tard… Ils sont partis il y a un moment déjà.

- C’est quoi les courses ? Pourquoi ils ne m’ont pas emmené ? trépigna le petit garçon.

- Peut-être parce qu’ils ne voulaient pas d’un bébé avec eux ! rétorqua le père.

- Je suis pas un bébé ! hurla Charlie, cramoisi.

- Ah non ? Pourtant là tu ressembles à un gros bébé en colère ! se moqua Alan s’attirant un regard meurtrier du gamin qui se replia dans la chambre dont il ferma la porte dans un claquement qui fit sourire le père.

Quelques minutes plus tard, le bambin sortit de nouveau, habillé et débarbouillé, souriant d’un air fier :

- Tu vois, je suis pas un bébé ! J’ai tout fait tout seul !

- Je vois ça ! applaudit Alan. Alors : tu veux un petit déjeuner  maintenant mon grand garçon ?

- Oui… Ils sont partis où ? enchaîna Charlie en s’asseyant devant le bol de céréales qu’Alan venait de préparer. Pourquoi ils m’ont pas emmené ?

- Parce que je crois qu’ils voulaient te faire une surprise.

- Une surprise ? Pour moi ?

Alan hocha la tête avec un sourire, s’amusant de l’air ravi teinté d’impatience qui se peignit sur le visage de l’enfant en même temps qu’il se disait qu’il n’avait peut-être pas été très malin sur ce coup-là parce que si Don et Margaret ne rentraient pas très vite, Charlie allait se montrer insupportable.

Heureusement celui-ci avait à peine terminé la dernière cuillérée de son bol que la porte s’ouvrait devant le reste de la famille. Aussitôt le plus jeune sauta à bas de sa chaise et courut vers eux :

- Donnie ! Maman ! C’est quoi la surprise ?

Margaret jeta un regard mi-figue mi-raisin à son mari en disant :

- Je connais quelqu’un qui a eu la langue trop longue…

- Il voulait savoir pourquoi vous ne l’aviez pas emmené. Que voulais-tu que je lui dise ?

- Alors, c’est quoi la surprise ? insistait Charlie en regardant le sac que tenait son frère, sans se préoccuper de ce que disait les adultes.

- C’est un truc que j’ai vu hier en cherchant ton doudou, expliqua Don. Tu sais, je suis désolé de ne pas l’avoir retrouvé.

- C’est pas grave, répliqua Charlie. Toi tu es revenu, c’est plus important !

Les parents se sentirent émus de cette déclaration d’amour fraternel et sourirent en regardant leurs enfants tandis que l’aîné reprenait :

- C’est gentil ça Charlie. Mais en cherchant doudou je suis passé devant une boutique et… J’en ai parlé à maman ce matin, elle a été d’accord alors…

- Alors quoi !!! C’est quoi ? trépigna le petit.

- Tiens Charlie, c’est ton nouveau protecteur, déclara alors solennellement Don en sortant du sac un lapin couleur lavande, portant un tee-shirt blanc sur lequel s’affichait en violet la lettre π.

Charlie ouvrit grand ses yeux, regarda ses parents puis son frère et un immense sourire se dessina sur son visage tandis qu’il saisissait le lapin et le serrait contre son cœur :

- Tu sais… C’est Donnie qui l’a payé avec ses sous, précisa alors Margaret.

A cette nouvelle, le petit garçon se jeta dans les bras de son frère :

- Merci, merci Donnie, je l’adore !!!!

- Avec lui, tu n’auras plus jamais à avoir peur, sourit l’aîné. C’est ton protecteur.

- Mon protecteur….

- Il te plaît ?

- Beaucoup ! Beaucoup !

- Comment vas-tu l’appeler, questionna le père.

- Ben c’est évident ! rétorqua le gamin en haussant les épaules. C’est Monsieur Pi.

- Ben oui papa, c’est évident ! appuya Don en clignant de l’œil.

Puis soudain deux petits bras se refermèrent autour de sa taille tandis que Charlie disait :

- Mais tu sais Don, mon vrai protecteur, c’est toi ! Je t’aime très fort !

L’aîné s’accroupit auprès de son petit frère et le serra dans ses bras en disant d’une voix émue :

- Je t’aime aussi affreux petit singe !

Les parents regardaient la scène, l’œil pas tout à fait sec, heureux de voir leurs enfants si unis et si complices.

Ce Noël à New York, où monsieur Pi fit son entrée dans  leur vie, fut finalement l’un des meilleurs qu’ils aient jamais connu.

*****


Cissy  (17.06.2012 à 17:55)

Juillet 1988 – Princeton

- Je me souviens de ce Noël, mais j’avais oublié que c’était à cette occasion que j’avais eu monsieur Pi. Je me rappelais surtout que j’avais eu peur de perdre Don. Ca me paraît si loin tout ça aujourd’hui.

- Mais je suis sûr que ton frère t’aime toujours autant qu’à cette époque, et toi aussi.

- On se dispute tout le temps.

- Ca n’empêche pas l’amour chéri.

Puis, après quelques instants, Margaret reprit :

- Maintenant il faut dormir. Demain tu pourras rappeler ton frère si tu veux.

- Oui… Ce serait bien, murmura Charlie à moitié endormi, serrant contre lui un monsieur Pi sorti de sa retraite pour reprendre le rôle de protecteur que Don ne pourrait dorénavant plus assumer.

Fin du flashback

 (à suivre)


Cissy  (17.06.2012 à 17:56)

Chapitre 31 : Petits drames en série pour Don Eppes

Avril 2006 – 9 h 18 : Big Bear Montain

 - Monsieur Pi… Je ne sais même pas ce qu’il est devenu, murmura Charlie comme pour lui-même.

- Il est dans un des cartons avec ton nom, rétorqua Don.

- Comment le sais-tu ?

- J’ai souvent aidé maman à faire ces cartons. C’est fou ce qu’elle a pu garder de notre enfance. Comme si elle ne pouvait rien jeter. Je l’ai vu enrouler un monsieur Pi, qui n’avait jamais été aussi propre depuis sa sortie du magasin, dans un papier de soie et le mettre avec d’autres trucs à toi dans un carton à ton nom. Je me souviens que je lui ai demandé pourquoi elle ne le jetait pas. Il y avait des lustres qu’il était abandonné sur une étagère de ta chambre et tu avais largement passé l’âge de dormir avec. Tu venais d’entrer à Calsci et j’étais venu passer quelques jours à la maison avant d’être affecté à Albuquerque.

- Je me souviens, oui, murmura Charlie, revoyant instantanément l’embarras qui avait présidé à chacune de leurs rencontres durant les cinq jours que Don avait passé chez eux. Il se souvenait aussi de la déception de sa mère lorsque son frère était parti au bout de ces cinq jours :

- En fait tu aurais dû rester plus longtemps, c’est ça ? interrogea-t-il, comprenant soudain beaucoup de choses que le gamin de vingt-deux ans qu’il était à l’époque n’avait pas pu ou pas voulu saisir.

- Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

- La réflexion que maman a eu lorsque tu es parti. L’agacement de papa aussi.

- En fait j’avais effectivement dix jours de vacances.

- Et tu es parti à cause de moi ? Parce que tu ne te sentais plus chez toi à la maison ?

- Non ! Je suis parti à cause de NOUS Charlie, de notre incapacité à nous entendre, à nous comprendre. On vivait sur deux planètes qui à mes yeux ne pourraient jamais se rejoindre. Tu étais devenu un étranger pour moi et je pense que j’en étais un à tes yeux.

- Pourtant je t’aimais.

- Et je t’aimais aussi frangin. Mais je n’ai pas su le dire alors.

Un frisson le parcourut de nouveau et Charlie s’inquiéta :

- Tu as froid ?

- Un peu, ça va aller.

- Attends, je vais raviver le feu, ça ira mieux.

Il se dégagea doucement, prenant garde à ne pas faire de mal à son frère, se mordant la lèvre pour s’empêcher de gémir tant sa cheville était désormais douloureuse après ce long moment d’immobilité. Il ne fallait surtout pas que Don s’en aperçoive sinon il allait s’agiter ! Un coup d’œil en arrière lui prouva que son frère n’avait pas perçu le son douloureux et son cœur se serra à le voir si pâle, les lèvres pincées, tentant de retenir les frissons qui se succédaient : son état s’aggravait de minute en minute ! Il fallait que les secours arrivent au plus vite désormais.

Après avoir jeté quelques branches dans le feu, il revint se glisser derrière son aîné, l’entourant de nouveau dans ses bras à la fois pour le protéger, le réchauffer et se rassurer à son contact.

- Tout va bien ? murmura Don en se laissant aller contre lui.

- Bien sûr… Et tout ira mieux encore lorsqu’ils nous auront trouvé.

- Oui… Il serait temps… Il est quelle heure maintenant ?

- Presque 9 h 25, renseigna le cadet qui venait de regarder sa montre.

- Ca commence à être long, s’inquiéta Don.

Il avait peur. Il savait que son état était sérieux et que, peut-être, il allait mourir là, dans ce ravin, avant qu’on ne les retrouve. Et il ne voulait pour rien au monde que son petit frère assiste à son agonie. Mais il savait aussi que rien ne le persuaderait de le laisser, surtout avec sa jambe blessée. Alors il s’efforçait de tenir, de ne pas se laisser entraîner dans l’obscurité tentante qui l’attirait de plus en plus. Leurs souvenirs égrenés lui permettaient de penser à autre chose, de se remémorer ces jours de joie, de tension, de colère ou de tristesse, mais où Charlie avait été là pour lui ou avec lui, ce qui faisait qu’ils étaient frères mais aussi aujourd’hui des amis et que ce lien qu’ils avaient tissé, personne ne pourrait jamais plus le rompre.

- On dirait vraiment que la série noire continue, reprit l’agent pour rompre le silence anxieux qui s’appesantissait d’un seul coup.

- Bah… Tu sais comment c’est frangin… Les tempêtes arrivent toujours par vagues, et ensuite c’est le beau temps pour longtemps.

- Oui, ben il serait vraiment temps alors, parce que je commence à en avoir ma claque figure-toi ! maugréa Don en se remémorant les événements des dernières semaines, juste avant qu’il ne reprenne le travail.

*****


Cissy  (18.06.2012 à 18:51)

Flashback

(par Orkhadia)

Mars 2006 : Pasadena

Don soupira, laissant mollement retomber sa main et la télécommande qui y était greffée sur le dossier du divan, désespéré comme la télévision ne lui proposait qu'une énième série policière : il aurait bien voulu pouvoir penser à autre chose qu'à son boulot. Las, il ne prit pas la peine de détourner son regard vers la porte lorsqu'il l'entendit s'ouvrir sur son frère ruisselant de pluie.

- Don, dit ce dernier, un peu étonné d'apercevoir son frère dans l'exacte position où il l'avait quitté le matin, tu es encore là ?

Don hocha imperceptiblement la tête, les yeux rivés sur la lucarne magique, et son cadet suivit un instant la direction de ce regard envouté, sur un défilement incohérent d'images qui s'interrompit brusquement lorsque son sérial zappeur de frère stoppa sur la chaine sportive.

« Alors que la tête de série Wilfried Tsonga.... »

- Don, râla son frère, interrompant le lyrisme extatique des commentateurs sportifs, je voulais regarder la spéciale mathématiques appliquées de « C'est Pas Sorcier... »

- Tu peux pas l'enregistrer ? maugréa Don, je regarde le tennis.

- Je te fais remarquer que c'est ma télé, s'indigna Charlie,... Va regarder le tennis sur ta télé !

- Mon appartement est toujours inhabitable, rappela Don, impassible.

- Et pourquoi t'irais pas regarder la télé de Robin ? s'exclama Charlie, agacé.
Il adorait son frère mais depuis trois jours que son appartement avait été sinistré et qu'ils cohabitaient dans leur maison d'enfance, il se demandait parfois comment ils avaient réussi à éviter le fratricide pendant la dizaine d'années où ils avaient vécu ensemble sous ce même toit.

- Robin et moi on s'est disputés, avoua Don dépité.

Pas étonnant, t'es tellement pénible pensa Charlie mais il se contenta de rétorquer :

- Et beh fais toi pardonner !

Le ton était sec, la voix crispée et la proposition irréaliste, aussi Don fit une grimace en confessant :

- Je lui ai dit que sa jupe à pois mettait en valeur ses fesses rebondies !

- Ouch, concéda Charlie, tu ferais mieux de rester discret pendant quelque temps !

Mais le petit génie revint vite à son idée et, diplomate, il tenta de négocier :

- Tu pourrais enregistrer le tennis !

- Si c'est pour regarder ton émission de matheux non merci !

- Et bien tu pourrais aller faire un tour pendant ce temps, ça te changerait les idées !

- « Pleut, mavoitureaugarage ! » marmonna mono syllabiquement Don, et Charlie dut faire un effort d'interprétation pour se rappeler que la voiture de son frère était en réparation.

- Ben tu pourrais ranger un peu la maison avant que papa ne rentre, tenta-t-il encore.

Il savait que cette proposition avait peu de chance de déclencher un enthousiasme débridé, mais, à court d'arguments, il tentait de faire diversion pendant que, sournoisement, il se rapprochait de son frère. Soudain, d'un geste vif, il tenta de lui prendre la télécommande des mains. Mais Don, plus rapide, l'en empêcha et lui agrippa fermement le bras.

- S'il te plaît Charlie ! Et la supplication ressemblait surtout à un ordre, j'ai eu une journée difficile !

- Difficile ? s'insurgea Charlie alors qu'il engageait une lutte vaine pour récupérer le sceptre du royaume télévisuel ; mais t'as passé la journée devant la télé !

- Je prends des vacances pour la première fois en trois ans et il fait un temps de chien... J'appelle ça une journée difficile !

Charlie avait réussit à se dégager et se reculait prudemment en massant son poignet douloureux. Aucune chance qu'une lutte physique contre son frère tourne en sa faveur. Et, rancunier, il décida de se venger en utilisant les récentes révélations divulguées, sous le sceau du secret absolu, par les collègues de son frère.

- T'as pris des vacances hein ? insinua-t-il, mesquin.

- Qu'est ce que tu veux dire ? demanda froidement Don.

- J'ai été appelé au FBI ce matin... j'ai croisé tes collègues... continua le cadet.

- Et ? demanda encore Don.

Mais c'était un bluff inutile car il savait que ses failles étaient dévoilées et, sans pitié, Charlie abattit sa carte maîtresse.

- Et ils m'ont demandé si tu t'ennuyais pas trop... pendant ton repos forcé !

- Je peux vraiment pas leur faire confiance, explosa Don, ça fait plaisir !

- Ne leur en veux pas, ils sont inquiets après - attends que je me rappelle les termes employés-, « ta série de pétages de plombs » de vendredi dernier.

- Ouais, concéda Don contrit, je me suis peut-être un peu emporté !

- Juste un peu ? s'enquit ironiquement Charlie.

- Ouais, juste un peu ! Mais les bureaucrates qui me servent de supérieurs sont incapables de comprendre qu'il faut parfois bousculer les gens si on veut des résultats....

- Tu veux dire en terrorisant les témoins, le coupa Charlie.

- Des menteurs....

- Les techniciens de Labo....

- Des incapables...

- Et toute ton équipe...

- Mes agents ! s'anima Don en se redressant dans le fauteuil. Mes agents ne jouent pas à la pétanque en attendant que les incapables du labo finissent leurs tests foireux. Mes agents cherchent de nouvelles pistes, d'autres...

- Peut-être, l'interrompit Charlie, mais d'après « Tes agents » c'est surtout quand tu as braqué la machine à café avec ton arme que tes supérieurs ont décidé qu'un peu de repos te ferait du bien.

Don lui lança un regard aussi noir que la boisson qu'il affectionnait tant :

- Elle m'avait servi un déca ! tonna-t-il.

Et comme son frère hochait doucement la tête sans rien ajouter, Don avoua enfin :

- J'ai peut-être un peu pété les plombs.

Il avait pris sa tête entre ses mains et semblait accablé.


Cissy  (18.06.2012 à 18:52)

- Tu te rappelles, reprit-il la voix lasse, quand tu nous as parlé de la théorie selon laquelle tout événement ayant la moindre possibilité de tourner mal le fera un jour.

- La loi de Finagle, approuva le mathématicien dont la colère s'était envolée face à l'abattement manifeste de son frère.

- Si tu veux. Moi j'appelle ça la théorie de l'emmerdement maximum ! Ben la semaine dernière je crois qu'une force surnaturelle s'est acharnée à me prouver sa véracité ! ...Et la loi des séries continue : je suis en congé et il pleut !

- Une loi des séries appliquée à la malchance n'est pas statistiquem...

- Charlie, on est à Los Angeles et en plein mois de mars !

- Ouais, s'inclina le génie, t'es peut-être dans l'épicentre d'une série noire. Mais tu sais ce qu'on dit : après la pluie...

Il ravala son optimisme enthousiaste en sentant le regard assassin de son frère peser sur lui. Et comme il lut aussi un peu de désespoir dans ses yeux sombres, Charlie posa deux mains consolantes sur les épaules lasses de son aîné.

- Bon, reprit-il, ce qu'on va faire c'est que toi tu m'enregistres mon émission et moi je vais trouver une solution pour ta poisse.

Et, s'apprêtant à sortir sous l'œil sceptique de Don, il ajouta :

- Fais-moi confiance, je reviens avant une heure.

Et c'est un Charlie triomphant qui repassa la porte trois quart d'heure plus tard, un sourire espiègle aux lèvres et un paquet cadeau dans les mains. Se plantant face à son frère il lui tendit le paquet, et son sourire s'élargit comme celui-ci, l'ayant ouvert, regardait son contenu sans comprendre.

- Un chat ! s'étouffa-t-il finalement, un chat noir...

- Tu vas pas devenir superstitieux en plus...

- Ok Charlie, qu'est ce que tu veux que je fasse de ce chaton ?

Il avait sortit la fébrile peluche de la boîte et taquinait son adorable frimousse.

- Finagle, précisa Charlie, c'est comme ça qu'il s'appelle. Tu sais, c'est pour ta théorie de l'emmerdement maximum, tenta-t-il d'expliquer : l'une de ses applications la plus connue, c'est qu'une tartine tombera toujours du côté beurré. Un sourire vint effleurer ses lèvres comme il ajoutait : Mais des experts ont tenté de résoudre ce problème en se basant sur un paradoxe : « le paradoxe de la lévitation félino-tartinique ».

Il s'interrompit un instant pour s'assurer de l'attention de son frère, et, croisant son expression abasourdie, il eut du mal à contenir son fou rire en reprenant :

- En effet, puisque la tartine tombe toujours du coté beurré, et considérant qu'un chat ne peut aérodynamiquement que retomber sur ses pattes, la nature ne peut résoudre le paradoxe d'un chat qui aurait une tartine de beurre sur le dos jeté par une fenêtre. L'hypothèse la plus probable, finit-il, hilare, serait que l'assemblage chat-tartine se mette à léviter, à une hauteur modulable en fonction de la quantité de beurre sur la tartine.

- Donc ? demanda Don, qui semblait encore hésiter entre éclater de rire et demander un internement psychiatrique immédiat pour son frère.

- Donc, puisque tu sembles victime de la loi de Finagle, je me suis dit qu'un chat pourrait te porter bonheur.

- Je me demande, plaisanta Don après un instant de réflexion, si ça n’aurait pas été plus simple de me convertir à la confiture !

Charlie eut un éclat de rire qui faisait écho au premier véritable sourire de Don depuis plusieurs jours. Ils riaient tout deux de bon cœur lorsque le plus jeune se releva brusquement pour se diriger vers la fenêtre.

- Regarde, s'exclama t'il incrédule, la pluie s'est arrêtée !

Leurs deux regards effarés contemplèrent un instant l'innocente boule de poils qui s'était timidement lovée contre les genoux de Don, et qui ronronnait dans son sommeil tranquille.

- Bon, reprit finalement Charlie, maintenant que tes problèmes sont résolus, il ne nous reste plus qu'a trouver un programme télé susceptible de nous convenir à tous les deux.
Il feuilleta rapidement le magazine télé et une lueur de malice traversa soudainement son visage ; Relevant ses yeux sur Don il hésita un instant avant de proposer :

-Sur CBS, ils diffusent un vieux polar... Série Noire !

Fin du flashback

(à suivre)


Cissy  (18.06.2012 à 18:53)

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