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Série : Torchwood
Création : 05.03.2010 à 19h50
Auteur : athenalix
Statut : Terminée
« Après la saison 2. Des weevils disparaissent.... Merci Tessa » athenalix
Cette fanfic compte déjà 56 paragraphes
Il embrassa Ianto avant de sauter. Il n’y avait aucun piège, il appela donc le jeune homme qui s’empressa de le rejoindre. Lampe de poche en main, les deux hommes avancèrent le plus silencieusement possible, longeant les tunnels obscurs et humides. Ianto était surpris de ne déceler aucune trace de piège ou quoi que ce soit montrant que MacBurn attendait leur arrivée. Jack aussi était inquiet, il s’était préparé à tomber sur un piège à chaque intersection, mais ils ne trouvaient que le silence, le vide et l’obscurité.
-Il y a quelque chose qui cloche, Jack, murmura Ianto alors qu’ils passaient devant les cages des weevils. Aucune trace de MacBurn, ce n’est pas normal.
-Je sais.
Jack était perplexe, il s’était attendu à ce que leur ennemi les attende de pied ferme, d’autant qu’il avait pas mal d’hommes à sa disposition. Si l’on prenait en compte toutes les sociétés de gardes du corps qu’il dirigeait, toutes les personnes employées pouvaient donc être considérées comme de potentiels ennemis, pourtant, il n’y avait rien ici, les locaux étaient totalement vides à l’exception des weevils.
-La porte est par là, indiqua Ianto.
Jack, toujours en tête, s’avança et, le canon de son arme pointé en avant, il posa la main sur la poignée. Un coup d’œil vers Ianto pour s’assurer que ce dernier était prêt, puis il ouvrit la porte, se plaçant dans l’encadrement, arme en avant. Il n’y avait aucune lumière hormis celle venant du couloir, et le faisceau de la lampe n’était pas assez puissant pour atteindre le mur opposé, ce qui laissa penser au capitaine que la pièce était plus grande qu’elle ne le paraissait. Il s’enfonça vers l’intérieur, suivi par Ianto, leurs deux lampes conjointes éclairant à peine davantage. Ils s’étaient pas mal avancés lorsque la porte derrière eux claqua violemment, les faisant sursauter. Reprenant ses esprits, Jack se précipita vers elle pour constater qu’elle était fermée… De l’extérieur. Furieux, il lui donna un violent coup de pied, qui n’eut d’autre effet qu’une douleur fulgurante dans le pied, puis dans la cheville et le long de la jambe. Il perdit l’équilibre et serait tombé si Ianto ne l’avait pas rattrapé de justesse.
-Ça va? Lui demanda le Gallois.
-Oui… je crois.
-A-t-on idée de shooter comme ça dans un mur! Se moqua Ianto. Tes pieds devraient servir à autre chose.
-Ah oui et quoi? Répliqua Jack furieux en se massant le pied par-dessus la chaussure.
-A nous sortir de là par exemple! J’espère au moins que tu n’as rien de cassé, pas question que je te porte!
Il avait dit ça pour plaisanter, et surtout pour détendre le capitaine qui semblait plutôt en colère.
-Excuse- moi Ianto, dit finalement Jack en voyant l’expression de son compagnon.
Il allait ajouter quelque chose lorsqu’ils entendirent grogner derrière eux. Les deux hommes firent volte-face en même temps, arme au poing, lampes de poches dirigées vers l’origine du grondement, mais les faisceaux étaient trop faibles. D’un commun accord, ils s’avancèrent, l’un couvrant l’autre. Ils progressaient à petits pas, prudemment, mais ne voyaient toujours rien. Pourtant les grognements semblaient s’intensifier. Alors que Jack pensait qu’ils allaient atteindre le mur opposé, un violent courant d’air se mit à souffler, les forçant à se tenir l’un à l’autre pour ne pas tomber, puis ils purent distinguer une lumière, faible, comme la lumière d’un soir de pleine lune. Inquiet, Jack empêcha Ianto d’aller plus loin
-C’est peut- être la sortie? Lâcha Ianto en guise de protestation.
-Ah oui? Répliqua Jack, et quand as-tu vu que la lune était pleine tout à l’heure?
Ianto se figea.
-On ne peut aller nulle part ailleurs, fit- il remarquer, et il y a dans cette pièce une créature qui n’a pas l’air très sympathique.
Ianto n’avait pas tort, Jack le savait, de plus le capitaine mourait d’envie de visiter cet endroit. Autrefois, lorsqu’il était avec le docteur, ou avant de perdre Tosh et Owen, il n’aurait pas hésité une seule seconde, il se serait précipité au devant de cette nouvelle aventure, mais il avait changé. Il ne connaissait rien de cet endroit, et il pouvait être dangereux, pas pour lui mais pour Ianto, et il n’était pas prêt à risquer la vie du Gallois.
-Ce n’est pas une bonne idée, Ianto, dit- il, nous ne savons rien de cet endroit. Je…
Jack avait bien une théorie sur ce que pouvait être ce lieu, mais il devait le visiter pour en être sûr, et il était hors de question que Ianto l’accompagne, mais jamais le jeune homme n’accepterait de l’attendre sagement, et il fallait aussi prendre en compte la créature tapie quelque part dans la pièce derrière eux.
-Jack, que tu le veuilles ou non, moi, je vais voir ce que c’est.
Le capitaine n’eut d’autre choix que de le suivre, sachant qu’au moins là il pourrait le défendre.
Ianto sourit quand il sentit la main de Jack sur sa taille.
-A ton avis, où est-on ? Demanda-t- il.
-Je dirais un monde parallèle, mais je n’en suis pas sûr. Il se peut très bien que cette ville soit, elle aussi, construite sur une faille semblable à celle de chez nous. Ou peut être n’est-ce qu’une simple porte entre deux mondes, ou vers une autre planète. Je n’ai que des suppositions…. Restons prudents.
Ils avaient définitivement quitté la pièce dans laquelle ils étaient enfermés.
C’était bien la pleine lune qui diffusait sa lumière argentée sur une immense plaine, lui donnant une teinte bleutée. Jack se retourna, et jura.
-Ianto, on est toujours à la Cité.
Le jeune homme se tourna à son tour pour contempler les murailles qu’ils avaient quittées peu de temps auparavant. Ils en étaient à peine éloignés de cent mètres
-Ce sont bien les murailles, mais rien autour n’est semblable, constata le Gallois, la ville a comme disparu.
En effet, là où auraient du se trouver des buildings et de multiples constructions, il n’y avait que des plaines et des champs cultivés, ainsi que quelques fermes isolées, manifestement de facture ancienne.
Jack observa les environs quelques minutes en silence, puis il se perdit dans la contemplation de la cité.
-Ce ne sont pas les mêmes remparts, finit-il par dire, ils sont différents, il leur manque quelque chose.
Ianto le regarda surpris, ne voyant pas où son compagnon voulait en venir.
-J’ai bien l’impression que nous sommes allés faire un petit tour dans le passé, début 13ème siècle, je dirais, pas loin de cette période en tout cas. Ce que nous voyons est l’enceinte extérieure, et elle est ``neuve`` si je peux me permettre cette expression, c’est à cette époque qu’elle a été bâtie, expliqua Jack.
-Et qu’est-ce qu’on fiche ici?
-Il y avait une faille temporelle dans cette pièce, nous l’avons fran…
Il s’arrêta net au milieu de sa phrase, le grondement qu’ils avaient déjà entendu avait repris, beaucoup plus près d’eux. Jack fit un pas vers Ianto et l’incita à se mettre derrière lui. Le son semblait proche, droit devant eux, mais ils étaient entourés de rochers, et la créature pouvait se cacher n’importe où derrière les pierres. Les deux hommes se mirent dos à dos, armes levées.
-Jack?
Le capitaine fit volte face en moins d’un quart de seconde, et ce qu’il vit le figea.
Devant eux se dressait un chien, aussi grand qu’eux, aussi large qu’une voiture. L’animal avait trois têtes, deux fixaient les deux hommes, la troisième était tournée vers la cité d’où provenait un bruit de cloche.
-Jack, qu’est-ce que c’est que ce truc?
En entendant la voix de Ianto, les deux têtes tournées vers eux montrèrent les dents, des crocs jaunâtres et effroyablement aiguisés. L’animal se mit tourner autour d’eux, lentement, sans jamais les quitter des yeux, Jack et Ianto suivaient le mouvement afin de ne pas être pris par surprise.
-A mon signal, prépare- toi à tirer, murmura Jack.
Encore une fois, au son de la voix, l’animal gronda.
Jack allait donner le signal lorsque le son d’un cor retentit depuis la cité, suivi par le bruit du pont levis qui s’abaisse, et enfin par le martèlement de sabots sur le bois puis la terre dure. Les deux hommes quittèrent des yeux la bête pour se tourner vers les remparts, l’animal oublia leur présence pour grogner en direction des cavaliers qui approchaient. Ces derniers étaient une demi –douzaine. Malgré la pénombre, Ianto s’aperçut que tous portaient une armure métallique reflétant les rayons de la lune, leurs chevaux étaient caparaçonnés de la même manière, deux cavaliers tenaient une lance, deux autres avaient un arc à la main, et les deux derniers brandissaient une torche.
-Ils sortent d’où, ceux là? Murmura Ianto.
-Ce sont des chevaliers, je pense, répondit Jack en les observant, cache ton arme, ils ne connaissent pas cette technologie et ils risquent de nous accuser de sorcellerie.
Immédiatement Ianto dissimula son arme dans sa ceinture, dans son dos, imité par le capitaine. L’animal reculait lentement, sur ses gardes alors que les cavaliers approchaient. Les deux archers tirèrent, une seule fois chacun, chaque flèche touchant une des têtes de l’animal, lui arrachant deux plaintes sourdes et un aboiement de rage.
Après un dernier regard à Jack et Ianto, puis aux cavaliers, la bête s’enfuit en courant.
-Ne dis rien, laisse- moi parler, ordonna Jack en levant les mains.
Les cavaliers arrivèrent à leur niveau, encerclant les deux hommes perchés sur leurs rochers. Instinctivement, Jack se plaça entre Ianto et les hommes qui les menaçaient de leurs armes .
-Que faites-vous en dehors des enceintes après la tombée de la nuit? Demanda l’un des cavaliers en pointant sa lance sur la poitrine de Jack.
-Nous venons du nord, et nous avons été attaqués en chemin, mentit Jack, nous n’avons pas pu atteindre la sécurité du château avant la nuit. Alors nous sommes restés ici en attendant le jour, mais ce… cette chose a décidé de faire de nous son repas.
Ianto ne disait rien, il ne comprenait même pas ce que disait le capitaine - et pour cause c’était de l’ancien français - cependant l’expression qu’affichaient les cavaliers exprimait parfaitement leur état d’esprit.
- Un grand merci pour votre intervention, Messires.
Le cavalier s’approcha plus encore, posant la pointe de sa lance sur Jack.
-Nous pensions que tout le monde était au courant pour cette menace, finit par lâcher l’homme. Venez avec nous, vous serez plus en sécurité à l’intérieur.
Il baissa son arme et tendit la main au capitaine, l’invitant à monter derrière lui, le second lancier fit de même avec Ianto, et une fois les deux hommes prêts, les chevaliers prirent la direction de la cité.
-Vous portez une bien étrange tenue, Monsieur, fit remarquer le cavalier devant Jack.
-Jacques, dit Jack, mon nom est Jacques. Nos vêtements ont été volés avec le reste de nos possessions, nous avons mis ce que nous avons trouvé, voyez le résultat, ce n’est pas fameux.
Jack éclata de rire, finissant de détendre l’atmosphère, les cavaliers s’apitoyant plutôt que se méfiant.
Les chevaux franchirent le pont levis, qui se referma derrière eux. Le lancier qui avait pris Jack en croupe, leva le poing, stoppant tous les cavaliers, Jack et Ianto mirent pied à terre.
-Qui devons- nous remercier? Demanda Jack.
-Chevalier Liam de Tyson. Et voici mes hommes. Savez-vous où aller cette nuit?
-En réalité, non, avoua Jack. Pourriez- vous nous indiquer une auberge?
-Ne m’avez-vous pas dit que vous aviez été détroussés? Fit remarquer de Tyson.
Jack baissa la tête, son expression fit éclater de rire le chevalier.
-Allez ! Venez avec nous, nous ne laisserons deux gentilshommes en détresse. Dit- il hilare. Le temps de rentrer nos chevaux.
Sans le montrer, Jack était soulagé par la proposition du chevalier, Ianto et lui risquaient beaucoup, d’autant que Ianto ne parlait que le gallois, ce qui pourrait poser pas mal de problèmes. Les deux hommes suivirent les cavaliers en silence, pourtant de Tyson essayait de les faire parler mais conformément aux ordres du capitaine, Ianto ne disait rien, et Jack contrairement à son habitude semblait à court de mots. Finalement, les six chevaliers confièrent leurs chevaux à des écuyers et conduisirent les deux hommes jusqu’à une taverne encore pleine malgré l’heure. Les chevaliers se séparèrent, seul de Tyson resta avec Ianto et Jack, et leur offrit une bière.
-Je comprends que vous ayez pu vouloir être discret devant mes hommes, finit par dire le chevalier, mais maintenant que nous sommes seuls, j’aimerais savoir qui vous êtes, et d’où vous venez.
-Je vous l’ai dit, répliqua Jack, du nord.
-C’est vaste le nord, fit remarquer l’autre homme, avant que vous ne disiez quoi que ce soit, et surtout des mensonges, sachez qu’il y a dans les geôles de ce château un homme portant une tenue semblable à la votre, il porte un nom étrange et semble venir d’ailleurs.
Ianto observa la réaction de Jack, sans comprendre la discussion, le gallois su qu’il pensait à MacBurn, rien qu‘a la lueur de haine qui éclairait son regard. Se pourrait il que l’homme se soit retrouvé lui aussi dans ce monde? Aucun d’eux ne le savait.
-Sachez aussi que si vous n’êtes pas encore allés le rejoindre, c’est que vous avez la tête d’honnêtes gens.
Il jeta à Jack un drôle de regard, et Ianto ne put s’empêcher d’enrager intérieurement. ``C’est pas possible, même au moyen âge, il y a des gens qui ne peuvent s’empêcher de le draguer!``. Jack, lui, fit mine de ne rien remarquer.
-Je suis né à Lespinassière, Jack pria intérieurement pour que le village existe aussi dans ce monde, une forteresse nichée au cœur des montagnes, mais le village était trop petit à mon goût, déjà tout enfant, je ne rêvais que d’une chose, voyager. J’étais le plus jeune, et mes parents ne possédaient pas grand-chose, si bien que je n’ai hérité de rien à leur mort si ce n’est d’un de leurs chevaux, aussi, je suis parti, j’avais enfin l’occasion de réaliser mon rêve. Je suis parti directement vers le nord et j’ai atteint la Bretagne en quelques mois, j’allais où je voulais selon mes humeurs, je savourais ma liberté et les paysages. J’avais à peine 19 ans quand je suis arrivé là- bas, et je ne suis rentré au pays que récemment, pour me retrouver ici. Je ne me rappelais pas que les routes étaient si peu sûres pour les voyageurs. Que se passe-t- il?
Il espérait que l’homme leur expliquerait d’où venait la créature qui les avait attaqués, et surtout ce qu’elle était, même s’il en avait une petite idée. La bête à laquelle il pensait n’avait pas sa place ici.
-Et lui? Demanda cependant De Tyson, en désignant Ianto qui n’avait toujours rien dit.
Ce dernier jeta un regard interrogateur à Jack, il n’avait pas compris de quoi ils parlaient, mais savait que l’on parlait de lui.
-Il ne parle pas notre langue, expliqua Jack, je l’ai rencontré lors de mon voyage, il avait une quinzaine d’années, et il m’a sauvé la vie alors que je me battais contre un animal étrange. Comme il était orphelin, je lui ai proposé de rester avec moi, et je n’ai jamais eu à le regretter, sauf qu’il est Breton, et que je n’ai jamais réussi à lui apprendre la langue d’Oc
Il fit mine de prendre l’air désespéré, ce qui eut pour effet de faire rire le chevalier méfiant.
-Quoi? Demanda Ianto à Jack en gallois.
-Heu… désolé ! Il te prend pour un crétin.
Lui aussi partit d’un fou rire, et Ianto dut se retenir de lui mettre un coup de pied sous la table. Il avait d’autres moyens de lui faire payer…
-Tu aurais mieux fait de te taire, Harkness, dit- il sachant que leur hôte ne comprenait pas ce qui se disait. J’espère que l’abstinence ne te fait pas trop peur…
Du coup Jack perdit son sourire. Bien qu’il s’empressa de reprendre contenance devant l’expression surprise de de Tyson, Ianto sut qu’il avait compris la leçon, le Gallois n’était cependant pas prêt à lui pardonner tout de suite.
-Quelle était cette créature ? demanda Jack, histoire de faire diversion. Je ne me souvenais pas avoir entendu parler de semblables bêtes avant mon départ.
Cette fois ce fut à l’homme de marquer une pause.
-Effectivement, elles sont apparues il y a bientôt deux ans, en même temps qu’une autre sorte de créature, volante, elle. Nous ne savons pas d’où elles viennent, elles sont arrivées comme ça, et elles nous ont attaqués d’un coup. Beaucoup sont morts parce que nous ne savions pas comment nous défendre, des serpents avec des ailes nous ont attaqués par le ciel tandis que les chiens forçaient les portes.
-Comment vous en êtes- vous sortis? Interrogea Jack, le visage grave.
-C’est là que ça devient étrange, on ne sait toujours pas pourquoi exactement, mais à un moment donné, au lieu de s’attaquer à nous, les deux espèces se sont attaquées l’une l’autre. Depuis, nous subissons leur guerre, certaines régions sont absolument à éviter à moins de vouloir finir dévorés. Ces monstres ont décimé une grande partie de nos bétails, les fermiers craignent de cultiver leurs champs, et quand ils le font, les reptiles volants détruisent les récoltes en se posant dessus. Ils sortent le jour ou la nuit, mais surtout après le coucher du soleil, les volants parce que leur ombre ne les trahit plus ou les chiens parce qu’ils ont une vision parfaite. D’où l’instauration d’un couvre -feu. Vous avez eu de la chance que ce soit moi qui ait été de garde ce soir, d’autres vous auraient laissés…
-Ont-elles un nom? Demanda Jack.
-Et bien pour certains, les ``volants`` seraient des descendants de Draco Magnus, tué par Saint Michel, mais je n’y crois pas trop, en tout cas, les habitants leur ont donné le nom de Dragons. Pour les chiens, certains parmi ceux qui ont voyagé disent qu’il y a loin à l’est un pays où cet animal était craint parce qu’il gardait les portes des Enfers…
Il se tut en frissonnant, refusant de continuer.
-Quel est leur nom? Insista cependant Jack.
Les deux hommes s’affrontèrent du regard, et de Tyson détourna les yeux le premier.
-Cerberes, murmura-t- il.
Le silence tomba brusquement dans la salle pourtant bruyante quelques secondes auparavant, tous les regards se tournèrent vers leur table. Jack était quelque peu surpris, et Ianto qui n’avait rien compris de la conversation questionnait son chef du regard.
-Liam, tu sais qu’il est interdit de parler d’Eux! Lança quelqu’un, ce n’est pas ton rang qui doit te dispenser d’obéir aux lois.
-Retourne cuver ton vin, Alf.
Mais les autres s’étaient levés.
-Ces étrangers ne devraient pas être là! Disait l’un.
-Ils sont étranges, tu devrais les enfermer tant que l’on ne sait pas d’où ils viennent.
- Enferme-les!
- Enferme-les!
Jack soupira, Ianto l’observait vaguement inquiet, ces cris ne lui disaient rien qui vaille. Le chevalier lança à Jack un regard implorant, le capitaine comprit la situation.
-Allez-y ! Emmenez- nous, chuchota Jack.
Après un vague sourire de gratitude, l’homme se leva, incitant Jack et Ianto à le suivre.
-C’est bon, ils vont passer la nuit dans les geôles, dit il à la foule, et demain je les interrogerai.
Cela sembla calmer les clients qui retournèrent à leurs boissons, de Tyson précéda Jack et Ianto jusqu’à la sortie.
-Je suis désolé, s’excusa-t-il une fois dans la rue, les gens ne sont pas comme ça d’habitude.
-Ne vous excusez pas, chevalier, après tout c’est vrai que nous sommes étranges.
-Appelez- moi Liam, coupa l’homme, vous êtes peut- être étranges, mais il en va de notre honneur d’être courtois, et ces hommes manquent à leurs devoirs.
Il marqua une pause, il avait vraiment l’air d’avoir honte du comportement des ses ``compatriotes``.
-Pour ce soir, je ne peux rien faire, mais demain matin je viendrai vous rechercher, je vous fournirez tout ce qu’il vous faut pour partir.
Jack le remercia chaleureusement.
-Vous n’êtes pas obligé, vous savez, laissez- nous juste partir demain matin, nous nous débrouillerons.
-Bien sûr, vu comment vous êtes habillés, et depuis le temps que vous êtes parti de la région, je parie que vous ne tiendrez pas deux jours… c’est par là.
Ils pénétraient dans la prison du château, Liam leur fit traverser un couloir bordé de cellules au sol couvert de paille et de terre battue, presque toutes étaient utilisées, la plupart par des hommes ivres, quelques- unes par des prisonniers de guerre qui devaient croupir là depuis pas mal de temps.
-Ca ne vous dérange pas si je vous mets à coté de l’autre étranger?
-Oh non! S’exclama Jack sans hésitations.
Il comptait avoir une bonne discussion avec MacBurn, et c’était l’occasion ou jamais. La réponse sembla soulager Liam.
-Encore merci pour ce que vous faites, Liam, se sentit obligé de dire Jack.
Le capitaine jeta un coup d’œil à Ianto, jamais le Gallois n’avait été aussi obéissant, ``Pourtant il doit avoir du mal à comprendre ce qui se passe`` pensa-t- il.
-Et bien, c’est ici.
Liam sortit un grand trousseau de clés et en sélectionna une, il allait ouvrir la porte lorsque de la cellule voisine s‘éleva une voix:
-Jack?!
Jack se retourna.
-Vous?!
Chapitre 8: Réapprendre.
John avait ramené Gray à son appartement. Même si le jeune homme n’avait aucune chance de se libérer, le capitaine ne voulait pas prendre de risque ; au moins, chez lui il pourrait l’avoir à l’œil. Lui montrer la chevalière de Stoyan avait été efficace, cela avait tout de suite mis Gray en confiance, lui faisant oublier son but premier (détruire la vie de Jack), et le jeune homme avait suivi John sans hésiter, pressé de retrouver son ancien mentor.
En arrivant, John conduisit Gray immédiatement à sa chambre, il lui fixa un petit bracelet métallique au poignet et actionna le système d’alarme. Il avait truffé la pièce de capteurs, qui, jumelés au bracelet, empêchaient quiconque de quitter la pièce, ainsi Gray ne pourrait pas partir, ni même le menacer, et John aurait ainsi une chance de lui parler, de lui expliquer la situation sans prendre de risque.
Sortir d’un état de cryogénisation n’est pas sans conséquences et Gray resta dans un état quasi léthargique presque toute la journée, mais le soir venu, il était parfaitement lucide et il avait compris que John l’avait trompé.
-Tu as intérêt à me libérer immédiatement, avant qu’Il ne vienne me récupérer! Disait-il à chaque fois que John entrait dans son champ de vision.
Et chaque fois, il avait droit à la même réponse:
-Il te croit mort, il ne fera rien pour toi. Il n’a d’ailleurs jamais rien fait pour toi.
Il y avait un écran dans la pièce où le jeune homme était enfermé, ainsi que des haut-parleurs disséminés ça et là, et depuis que Gray y était enfermé, John diffusait les enregistrements des caméras de surveillance de la base Torchwood. Comme il s’en était douté, Jack avait passé des heures devant le corps de son frère, lui parlant tout le temps, s’excusant, rappelant des souvenirs de leur enfance commune, ou simplement restant assis à pleurer. John avait cependant fait attention à effacer tous les passages où Ianto rejoignait son amant, ainsi Jack ne pourrait pas lui reprocher d’être celui qui avait dévoilé sa liaison avec le jeune homme.
Au début, Gray refusait d’écouter, il restait assis les mains sur les oreilles à murmurer que ce n’était que des mensonges.
Pendant tout ce temps, John essayait de savoir où en étaient Jack et Ianto, il serait bien allé leur donner un coup de main, mais il ne pouvait pas laisser Gray seul. En revanche, en poussant plus avant ses recherches dans les données informatiques personnelles de MacBurn, il trouva un fichier concernant Torchwood. En l’ouvrant, il vit un dossier au nom de chacun des membres y compris de Toshiko Sato et d’Owen Harper. Il comprit alors que l’institut était sous surveillance depuis déjà pas mal de temps, et inquiet, il ouvrit le dossier de Jack afin de le parcourir entièrement.
-Ouf, au moins aucune allusion à son immortalité, murmura-t-il.
Par acquis de conscience, il chercha encore, mais le capitaine n’était plus mentionné nulle part si ce n’est qu’en tant que chef de la branche Cardiff, ce qui le rassura partiellement. Mais que le Voleur de Planètes en sache autant au sujet de Torchwood montrait la puissance des appuis qu’il avait dans ce monde, ce qui était loin d’être rassurant. John se demandait bien qui pouvait encore soutenir cet homme pourtant dangereux et recherché, quelle personnalité connue du grand public pouvait bien, en toute connaissance de cause, mettre en péril l’humanité.
Sachant qu’il n’obtiendrait pas de réponses, il délaissa les ordinateurs et se concentra sur le jeune homme dans la chambre.
Flash back: Durant le mois passé par Gray auprès de Stoyan.
Cela faisait seulement quatre jours que le jeune homme avait rejoint Stoyan, et il avait l’impression de vivre un rêve. L’homme lui laissait piloter son vaisseau, il lui avait même appris plusieurs manœuvres à faire en cas de combat contre un autre vaisseau. Gray prenait tous ses repas en sa compagnie et très vite il se sentit suffisamment en confiance pour répondre sincèrement aux questions sur son enfance, sa vie jusque-là. Il alla même jusqu’à confier ses sentiments, ses espoirs de revoir un jour son frère, mais surtout, il avoua à Stoyan qu’au départ il avait considéré son frère comme responsable de ce qu’il avait vécu.
-Tu n’as jamais pensé qu’il t’avait lâché la main exprès?
La phrase avait été dite comme ça, sans préambules au milieu du repas. Gray avait fixé Stoyan, surpris.
-Il n’aurait jamais fait ça, réussit-il à bégayer.
L’homme avait souri de sa réaction.
-Pourtant il avait tout à y gagner.
Gray lâcha sa fourchette qui rebondit bruyamment sur la table, puis sur le sol.
- Que voulez-vous dire?
Le sourire de Stoyan s’était élargi.
-Oh franchement Gray! S’exclama-t-il, toi disparu, il aurait à nouveau eu toute l’attention de tes parents.
-Sauf que notre père est mort!
Sa colère était palpable, il s’était même levé si brusquement que sa chaise s’était renversée.
-Ton père est mort parce qu’il essayait de sauver ta mère, parce que ton frère vous a lâchement abandonné, parce qu’il a fui.
Furieux, Gray posa ses poings, si serrés qu’il en avait les jointures blanchies, de chaque coté de son assiette. Le jeune homme était maintenant légèrement penché en avant, regardant Stoyan droit dans les yeux.
-Mon… frère… n’y… est… pour… rien, dit- il en martelant chaque mot.
Et, brusquement, il tourna le dos et quitta la pièce, sans voir le léger sourire triomphant qui s’était dessiné sur les lèvres de l’homme.
Celui-ci avait perçu la colère de jeune homme, mais il avait aussi décelé autre chose dans son regard, une infime trace de doute.
La première phase était en marche.
Fin du Flash Back
La haine était profondément enracinée dans l’esprit de Gray, il fallait accorder ça à MacBurn : quand il faisait quelque chose, son travail était parfait. Pourtant John n’avait pas le choix, il devait faire entendre raison au jeune homme quoi qu’il arrive. Mais cela prendrait du temps, et il n’en disposait pas réellement. Alors John avait fait la seule chose possible pour gagner un maximum de temps: en s’aidant de son bracelet, et d’un logiciel volé lors d’un de ses voyages au 48ème siècle, il avait enfermé son appartement dans une boucle temporelle. Il pourrait ainsi se passer des semaines, des mois, voir des années dans l’appartement et seulement quelques heures à l’extérieur, la seule limite étant lui-même et sa capacité à rester enfermé. Pour le moment, cela faisait deux mois qu’il n’était pas sorti, pourtant, en piratant Torchwood, il savait qu’il ne s’était passé en réalité qu’une heure.
Au début, Gray se mettait à hurler lorsque John essayait de lui parler, refusant catégoriquement d’entendre ce qu’il avait à dire, passant son temps à exiger du capitaine qu’il le relâche et le laisse rejoindre le seul homme qui l’ait aidé. Dans ces moments- là, John retenait à grande peine sa tristesse, il se souvenait du temps passé à réconforter le jeune garçon traumatisé par des années de captivité et de tortures, et il continuait à parler, comme si de rien n’était, sans tenir compte des cris de rage du jeune homme. Il s’entêtait à raconter les mois passés auprès de Jack à le rechercher, lui, son jeune frère, depuis son enfance jusque maintenant. Et une fois son récit terminé, il recommençait, inlassablement. Le reste du temps, il passait les enregistrements vidéo de la crypte de Torchwood, en boucle.
Un troisième mois passa, de la même façon que les deux précédents, puis enfin, vers le milieu du quatrième mois, Gray commença à écouter ce que disait John. Il avait cessé de crier, il fixait simplement l’homme qui se tenait devant la porte, des larmes coulant parfois le long de ses joues. Mais il ne disait rien. Pas encore. Encouragé par ce changement d’attitude, John se faisait plus précis dans ses descriptions, insistant souvent sur ce que ressentait Jack à cette époque, sur son sentiment d’impuissance lorsque chaque piste qu’ils trouvaient se révélait une impasse.
-Est-ce qu’il m’en veut?
John sursauta, cela faisait six mois maintenant qu’ils étaient enfermés dans cet appartement, et presque deux mois et demi qu’il n’avait pas entendu la voix du jeune homme, qui n’avait plus ouvert la bouche depuis qu’il avait cessé de hurler.
-De quoi?
Le jeune homme était assis sur le lit, le dos appuyé au mur, les genoux remontés contre la poitrine, il fixait ses mains sans oser relever les yeux.
-Il a toujours du s’occuper de moi, je voulais toujours le suivre, et nos parents l’obligeaient à me prendre avec lui, ça ne lui plaisait pas mais il obéissait, et après il y a eu ces attaques, et tu me dis qu’il a passé toute sa vie à me chercher, j’ai…
Il s’était tu, le temps de relever la tête et de croiser le regard de John, toujours debout devant la porte.
-J’ai gâché toute sa vie, j’ai toujours été un poids pour lui, il a tout sacrifié pour moi et la seule chose que j’ai trouvée à faire c’est de tuer ses amis et détruire ce à quoi il tenait. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas tué? Pourquoi? Je ne mérite pas d’être là aujourd’hui, je ne devrais plus être en vie. Je ne le mérite pas.
Des larmes coulaient le long de ses joues, et il avait l’air si désemparé que John pensa le rejoindre, mais il n’était pas encore sûr que le garçon ait réellement changé, peut-être était-ce encore un piège.
-Il n’a jamais pensé que tu étais un poids pour lui, dit- il à la place. Combien de fois il m’a raconté vos promenades à tous les deux, les jeux que vous faisiez ensemble au bord de la mer, que vous inventiez lorsque vous ne pouviez pas sortir à cause du mauvais temps, il t’aimait réellement, et c’est pour ça qu’il n’a pas pu se résoudre à te tuer. Au lieu de ça, il t’a pardonné, il a cherché à comprendre ce qui te poussait à faire ça, et il t’a excusé. Le pire pour lui a été de savoir qu’il t’avait retrouvé pour te perdre à nouveau. Il passait le plus de temps possible à la crypte, pour te parler, pour à nouveau être près de toi. Sa plus grande torture a été de devoir rester là, de savoir que tu étais si près et pourtant inaccessible, il ne rêvait que d’une chose, te réveiller, mais il avait peur… oui, j’ai bien dit peur. Peur que tu ne t’en prennes à nouveau à ceux qu’il essayait de protéger, à ses amis, cette ville, cette planète…
En sachant ce que tu risquais de faire à tout ce qu’il y a autour de lui, il a du faire un choix, et il s’est sacrifié, encore, pour le bien de tous, il a encore pris sur lui et il a continué à souffrir de te savoir à nouveau perdu.
Gray continuait à le fixer, il ne disait rien, mais à son regard, John comprit qu’il réfléchissait à ce qu’il venait de dire.
``Tant mieux, peut-être finira-t-il par comprendre`` Pensa-t il.
Flash back
Gray évita Stoyan le reste de la journée ainsi que la suivante, il était troublé et ne voulait pas que l’homme s’en aperçoive.
Tant qu’il était auprès de John, il avait pris conscience que son frère n’était pour rien dans son enlèvement, que c’était la « faute à pas de chance ». Même si une parcelle de lui en voulait toujours à Jack, il avait réussi à l’enfouir au fond de lui, comprenant qu’elle représentait seulement son besoin de rendre quelqu’un responsable de son malheur.
Sauf que les mots de Stoyan avaient fait remonter ses doutes et il repensa à tout ce qu’il avait vécu, tout ce qu’il avait appris à accepter comme étant son passé, et plus il y repensait, plus il sentait croitre sa colère. Au début, il essaya de contenir cette colère, cette rage, il repensait alors à John, comment il l’avait soutenu, aidé, à ce qu’il lui avait appris.
Il était presque parvenu à retrouver son calme quand il croisa à nouveau Stoyan.
C’était le soir, bien après l’heure du repas, Gray n’avait rien avalé depuis la veille à midi et les insinuations de Stoyan, et c’est naturellement qu’il s’était dirigé vers la cuisine, ne s’attendant pas à y trouver qui que ce soit vu l’heure tardive. Pourtant l’homme était là, assis à table, un verre de vin à la main, le reste de la bouteille devant lui, il fixait son cadet sans rien dire, mettant ce dernier légèrement mal à l’aise.
Essayant d’ignorer le regard fixé sur lui, Gray se prépara une collation, puis vint s’installer face à Stoyan, à la seule place assise. Il mangea en silence, les yeux baissés sur son assiette, parfaitement conscient du regard de l’homme qui semblait le pénétrer.
-As-tu réfléchi à ce que nous nous sommes dits hier?
Gray leva enfin les yeux et fixa à son tour celui qui lui faisait face.
-Il n’y avait pas à réfléchir, Jack n’est pas en cause dans ce qui m’est arrivé, répondit le jeune homme avec assurance.
-Pourtant… Stoyan marqua une pause. Il a fallu des années avant que tu ne sois libéré, et ce n’est même pas lui qui t’a retrouvé.
-Il était occupé ailleurs, le défendit Gray, à nouveau rongé par la rage. Il…
-Il quoi? Coupa Stoyan, je croyais que sa seule préoccupation, c’était toi? Il y a pourtant un moment que tu es libre, pourquoi n’est- il jamais revenu? Ne devrait- il pas être là? Avec toi?
Quelque chose en Gray se réveilla, c’était comme s’il avait un dragon dans le corps, un dragon qui criait vengeance, qui voulait sa revanche, qui voulait que quelqu’un paye pour ce qu’il avait vécu, pour toutes les souffrances subies. Il se leva brusquement, ivre de rage, le visage figé dans une expression de haine pure. D’un grand geste de la main, il envoya voler son assiette contre le mur sur lequel elle explosa en mille morceaux.
Stoyan affichait le même sourire qu’un enfant le matin de noël, découvrant le cadeau tant espéré.
-Tu es enfin prêt, mon ami.
Fin du Flash back.
Une nouvelle semaine passa, Gray n’avait plus rien dit, mais il écoutait attentivement ce que lui disait John, et ce dernier l’avait surpris plus d’une fois à fixer l’écran, les yeux brillants de larmes.
-John?
Le capitaine Hart était à la cuisine, en train de préparer le diner, il se précipita vers la chambre. Gray avait quitté le lit, debout devant la porte, il faisait face à John.
-Qu’y a-t- il? Demanda John, cachant mal son inquiétude de le voir ainsi.
-Si ce que tu me dis est vrai… à propos de Jack… de tout ce qu’il a fait pour moi… pour me retrouver… alors ce que m’a dit Stoyan, qu’est-ce que c’était? Qu’est-ce qu’il avait à gagner en me faisant haïr mon frère ?
John se força à rester impassible, mais intérieurement il jubilait. Depuis qu’il avait passé ce mois auprès du Voleur de Planètes, Gray n’avait plus jamais appelé Jack autrement que par des mots plus vulgaires les uns que les autres, ou alors simplement Jack, et encore, le ton employé ne laissait aucun doute sur les sentiments que ce nom provoquait.
-Connais -tu seulement la réputation qu’il a à travers l’univers? Interrogea John.
S’il voulait que Gray change réellement et qu’il oublie toute la rancœur qu’il avait pour Jack, il devait se rendre compte par lui-même qu’il avait été trompé, c’était la seule façon d’éviter qu’il se retourne à nouveau contre son frère.
Gray le fixa dans les yeux, cherchant à déceler toute marque de tromperie dans le regard de John.
-Il m’a tout dit de lui, dit Gray sur un ton de défi, l’air de dire ``prouve- moi le contraire``.
John essaya de ne pas rentrer dans son jeu.
-Je veux que tu te fasses ta propre opinion de lui, après tout tu es certainement celui qui a passé le plus de temps avec lui, dit- il, mais sache aussi que les actions d’un homme n’ont pas les mêmes répercussions pour ses alliés et pour ses victimes. Il avait besoin d’un allié. Quoi de mieux qu’un jeune homme aveuglé par la haine ?
Il pouvait voir dans le regard de Gray qu’il était troublé. Pour lui laisser le temps de réfléchir à ses paroles, John le laissa, retournant à la cuisine finir de préparer le repas. Heureusement pour eux, il avait pas mal de réserves, mais il commençait à en avoir assez des plats surgelés ou en conserve. Mais il ne pouvait pas quitter l’appartement sans interrompre la boucle temporelle, ce qui était impossible tant que Gray ne serait pas revenu à la raison. En six mois, le jeune homme avait fait d’énormes progrès, plus que ce à quoi s’était attendu John. Maintenant, Gray était capable de parler de Jack sans qu’une lueur de haine pure n’allume son regard, et il s’en voulait de ce qu’il avait fait, c’était déjà un bon point si l’on prenait en compte qu’avant, il n’avait aucun remords. Par ailleurs il commençait à se poser des questions sur le Voleur de Planètes, et ce sans que John n’ait eu trop à l’influencer, le capitaine n’aurait pas pu rêver mieux.
Quand John servit le repas ce soir là, Gray était à nouveau allongé sur le lit, lui tournant le dos.
Trois autres jours passèrent sans que Gray ne dise un mot, jusqu’à un après midi (enfin à ce que John pouvait en juger sachant qu’à l’extérieur il était continuellement 15h du même jour) où le jeune homme s’approcha à nouveau de l’entrée de sa prison.
John regardait un film sur un des ordinateurs pour la troisième fois au moins. L’avantage lorsque le temps ne compte pas, c’est que l’on peut rattraper son retard sur le visionnage des programmes TV, l’inconvénient, c’est qu’ils ne se renouvellent pas et au bout d’un moment, on a tout vu.
-Tout ce qu’il m’a dit à propos de Jack, qu’il était responsable de mon enlèvement, de mes souffrances… il a su trouver les mots si justes que ça m’a paru si réel… si vrai… et maintenant, j’ai l’impression de m’être fait avoir, et en même temps, il y avait un soupçon de vérité dans ses paroles, sinon il n’aurait pas pu convaincre qui que ce soit.
John s’était rapproché et chercha à croiser le regard du jeune homme, il voulait que Gray voit qu’il était sincère dans ce qu’il disait et qu’il ne lui mentait pas.
-Lorsque vous étiez enfants, Jack et toi, tu as été enlevé par une race alien hostile à ton peuple. Ton frère était à peine plus âgé que toi, comment veux-tu qu’il soit responsable de ça?
-Il m’a lâché, murmura Gray en baissant les yeux.
-Il était aussi jeune et apeuré que toi, il n’est pas coupable, juste une autre victime qui a du subir ton enlèvement, la mort de ton père et vivre avec le poids de la culpabilité et du remords. Et crois-moi, cela le ronge toujours aujourd’hui. La seule chose dont pourrait être coupable Jack, c’est de ne pas avoir réussi à te retrouver. Comment peux-tu le lui reprocher alors qu’il était si jeune?
-Il m’a abandonné!
-Il a passé tant d’années à te chercher qu’il en a oublié de vivre, j’ai passé des journées à l’hôpital parce qu’il était tombé comme ça, d’un coup, il était tellement obsédé par l’idée de te retrouver qu’il en oubliait de manger pendant des semaines.
-Il…
-Il… rien du tout, Gray, coupa John, tu as été enlevé, tu n’as pas eu d’enfance, mais lui non plus n’en a pas eu, vous avez vécu les mêmes choses, tu as été torturé, physiquement, lui l’a été mentalement, tu ne pouvais pas manger, mais lui non plus ne le pouvait pas, trop préoccupé par ce que tu pouvais bien devenir, tu pensais à lui, lui pensait à toi. Vous êtes pareils, Gray, et quoi que Stoyan ait pu te dire, ça ne changera pas.
Gray releva enfin les yeux. Il avait compris, enfin, qu’il avait été dupé, trompé, trahi.
-Je sais qui il est, dit-il enfin. Et je sais comment l’arrêter.
Chapitre 9: Retrouvailles.
-Non, je ne peux pas le croire! S’exclama Jack, mais qu’est-ce que vous faites ici?
Sans s’en rendre compte, le capitaine s’était exprimé en anglais, Liam n’avait donc aucune idée de ce qui se disait, mais il comprit immédiatement que les deux hommes étaient de vieilles connaissances.
-Vous l’avez déjà vu? Demanda-t-il à Jack.
-Oh, excusez-moi, répondit le capitaine se rendant compte qu’il l’avait exclu de la conversation, nous avons voyagé ensemble quelque temps, mais je ne m’attendais pas à le voir ici.
-Est-ce qu’il est fiable? Je… je veux dire, si je le relâche, il ne fera pas d’histoire?
Jack regarda l’autre prisonnier.
-Qu’en dites-vous? Lui demanda-t-il, resterez-vous avec nous s’il vous libère?
-Je n’ai pas trop le choix? Si… ?
Il souriait.
-Ne vous en faites pas, dit alors Jack à Liam pour le rassurer, il ne posera aucun problème.
Le chevalier acquiesça, visiblement rassuré.
-Je reviendrai avant l’aube demain, affirma-t- il après les avoir enfermés.
Il les laissa après leur avoir jeté un dernier regard.
Sitôt l’homme disparu, Ianto se tourna vers Jack.
-Maintenant, vas-tu m’expliquer ce qui se passe? Exigea-t-il.
-Oui, moi aussi j’aimerais une explication, dirent en même temps le capitaine et l’autre prisonnier.
Les trois hommes s’esclaffèrent.
-Ianto, dit Jack une fois calmé, je te présente le Docteur, bien que tu l’ais déjà vu par l’intermédiaire des caméras de surveillance.
-Je ne vous avais pas reconnu, s’excusa le Gallois.
-Oh ! ne vous en faites pas pour ça.
-Pour ma défense, continua Ianto, c’est bien le dernier endroit où j’aurais pensé vous voir.
Il y eut un silence, que le capitaine finit par interrompre.
-Il a raison, Docteur, que faites-vous ici?
L’homme, qui s’était levé à l’entrée des membres de Torchwood se rassit, visiblement attristé.
-Je ne sais pas trop comment j’ai atterri ici, commença-t-il, j’étais à bord du TARDIS, seul, jusqu’à ce qu’il se mette à trembler et vibrer dans tous les sens, puis quelque chose l’a percuté, lui arrachant un morceau et il s’est ``écrasé`` pas loin d’ici. J’étais sorti pour évaluer les dégâts quand je me suis fait attaquer par un Cerbere, puis par des Nâga et je n’étais pas loin de leur servir de repas quand ces chevaliers sont arrivés. Évidemment, ils m’ont pris pour un fou ou je ne sais pas trop quoi et je me suis retrouvé ici.
Il marqua une pause. Jack et Ianto l’observaient: assis, les épaules voutées, la tête dans les mains, ``Il fait vraiment peine à voir`` pensa Ianto.
-Que vous arrive-t- il? S’étonna Jack qui ne l’avait jamais vu aussi sombre, sauf autrefois lorsqu’il évoquait Rose.
-J’ai bien peur que le TARDIS soit très mal en point, lâcha-t-il, il faut vraiment que je retourne là -bas et que je l’aide.
Jack n’essaya pas de masquer sa surprise, d’habitude aucune cellule ne résistait longtemps au Seigneur du Temps.
-J’ai laissé mon Tournevis à bord du TARDIS, expliqua le Docteur, je ne pensais pas en avoir besoin.
-Au fait, qu’est-ce qu’un Cerbere? Interrogea Ianto, je croyais que c’était de la mythologie, et un Nâga?... Et où est-on, parce qu’on se croirait revenu dans le passé ?
-C’est compliqué, nous sommes dans le passé de votre monde, expliqua le Docteur, mais avant que je ne m’avance à faire des hypothèses, comment avez-vous atterri ici? Je vous croyais à Cardiff.