Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Torchwood
Création : 17.03.2010 à 12h52
Auteur : chrismaz66
Statut : Terminée
« Suite de ma fic 1, mais vous pouvez lire sans avoir lue la 1. Suite des réflexions amoureuses de Jack. Début scène du baiser "soldat Thomas", hum. » chrismaz66
Cette fanfic compte déjà 29 paragraphes
Un grand merci à mes deux béta : Rhéa, B'R, et Evalyre. Ainsi qu'aux encouragements d'Arian.
A venir, très vite, les chapitres 2 & 3.
Pour ce deuxième chapitre, je tiens à remercier, ben , les mêmes: Evalyre qui a fait un travail de fouine exta, et big R et Arian, et tout le monde.
CHAPITRE TWO
Dépité, Ianto ne demanda pas son reste, il battit en retraite, le visage fermé, les poings serrés. Jack se concentra sur l’arrivée inopportune, le mot était faible, des deux comparses.
- Alors, demanda le Capitaine, quoi de neuf?
- Rien de significatif, Jack, lui répondit la jeune femme sans le regarder, elle lui en voulait encore pour sa conduite intolérable de ce matin.
Jack allait passer ses nerfs sur Gwen. Tant pis pour elle, même si c’était la dernière personne à qui il voulait s’en prendre.
- Tu peux être plus précise dans ta réponse? je ne t’ai pas demandé s’il faisait beau, Gwen!
La jeune femme ne se démonta pas. Elle était de taille à l’affronter, et même à le défier sur bien des plans.
- On n’a rien trouvé. Pas de créatures, pas de weevils, pas de signal douteux, rien, fit-elle, son regard noir dans le sien.
Owen était déjà retourné dans son labo, Jack l’admonesta sans bouger de sa chaise.
-Owen, je peux savoir ce que tu fous encore ici?
Le jeune médecin ne tiqua pas. Et ne lui répondit pas.
- Il fallait qu’il vienne avec moi, et que Ianto reste ici pour garder le Hub et …chercher à te joindre, Jack.
Gwen le fixait, revancharde, ravie de remettre les pendules à l’heure. Jack choisit de l’ignorer, et toujours assis, il harangua le jeune homme.
- Tu as contesté mon autorité, Owen Harper, tu es démis de tes fonctions au sein de Torchwood Cardiff. Ta mise à pied prend effet immédiatement. Tu as une heure pour ramasser tes cliques et tes claques.
Les yeux sur Gwen, Jack attendit une réaction venimeuse de la part de son médecin, mais le silence fit place à son sermon. Soudain, il vit Gwen se décomposer et courir vers le labo, derrière lui.
- Jack, viens m’aider, cria Gwen.
Jack se leva prestement et alla prêter main forte à la jeune femme qui tentait de relever Owen, évanoui en bas des marches.
- Qu’est-ce qu’il lui arrive, s’inquiéta Jack en le soulevant comme un sac de plumes. Il l’allongea sur la table. J’ignorais que de devoir quitter un patron aussi irrésistible que moi pouvait faire cet effet, même sur lui…
Gwen sourit malgré elle. Jack, le Jack qu’elle aimait le plus, était de retour.
- C’est pas de veine, il nous faut un médecin pour notre médecin, continua-t-il, taquin, mais réellement inquiet.
- Qu’est-ce qu’on fait Jack? S’affola Gwen.
Jack lui prit le pouls, celui-ci était lent mais régulier. Il fouilla dans la mallette du médecin inconscient, trouva le capteur de résidus magnétique et scanna le corps du jeune homme.
- Remonte à l’étage Gwen, immédiatement ! Ordonna-t-il. Il posa le capteur et chercha dans tous les placards une couverture thermique. Il enveloppa Owen , et repassa le scanner sur lui. Mauvaise pioche. Gwen le regardait s’agiter autour du corps inerte, le mitraillant de questions, auxquelles il ne répondit pas, avant de comprendre ce qui se passait. Reposant le capteur, il lui adressa un sourire triste.
- Jack, qu’est-ce qui se passe? Demanda-t-elle pour la millième fois.
- Il est exactement 12h45, je déclare solennellement Owen Harper, ex-médecin, et Jack Harkness, chef sexy en diable de Torchwood, officiellement en quarantaine.
Malgré la gravité de la situation, surtout pour le pauvre Owen, Jack ne put s’empêcher de plaisanter. Gwen n’avait pas besoin de s’angoisser davantage , elle avait atteint le paroxysme de la peur.
- Jack, accouche, nom de dieu!
- Owen est radioactif à 95%. Et je le suis presque autant, mais ce n’est pas un problème. Je parle de moi.
- Je le suis aussi? Réalisa Gwen, tétanisée.
- Non, s’empressa-t-il de la rassurer, aucun risque.
- Comment peux-tu en être certain? Tu ne m’as pas scannée!
- C’est entre moi et Owen, c’est purement chimique, plaisanta encore Jack. Voyant le visage de Gwen se durcir, à mi-chemin entre la peur et la colère, il ajouta, sérieux:
- Je l’aurais senti, je l’ai senti sur Owen dès que je l’ai touché.
- Tu es sûr?
- Certain, Gwen, ne panique pas, va plutôt chercher Ianto. Qu‘il n‘approche pas de ce périmètre, et fais sécuriser le quartier de High Street par ton pote policier. Magne-toi!
-Ok Jack, fit Gwen.
Et elle disparut sur le champ. Owen bougea sensiblement les bras. Jack le maintint allongé.
- Tout va bien , Owen, reste allongé.
Le médecin revenait à lui. Il s’accouda contre la table.
- Qu’est-ce qui m’arrive, Jack?
- Rallonge-toi, j’en ai pour une minute.
Jack sortit son portable et appela la seule personne capable de les aider à confiner cette entité radioactive, venue de nulle part. La seule personne à laquelle il put penser du moins, à cet instant précis. Alec McNeil, docteur en chimie.
Le sort s’acharnait sur le Capitaine Jack Harkness. Jack ne se savait pas aussi fataliste. Bon peut-être avait-il incidemment provoqué le dit destin en faisant appel à l’homme qu’il venait juste de quitter, à regret, mais l’urgence et la gravité de la situation l’avaient poussé à parer au plus pressé, sans s’embarrasser de digressions à caractère personnel. Il se persuada qu’il avait bien fait d’appeler Alec à la rescousse. Ne serait-ce que pour le plaisir d’entendre à nouveau la voix chaleureuse de l’expert. Owen et lui allaient être confinés ici, jusqu’à la résolution du problème. Il ne pouvait rêver d’un pire compagnon de cellule que le médecin irascible. Il devait recentrer ses forces et ses facultés intellectuelles sur la façon de les sortir de ce pétrin au plus vite pour la survie du jeune homme, mais la présence d’Alec allait polluer son sens du rationnel, et il n‘avait pas besoin de cela. Tant pis.
Jack actionna la fermeture automatique et hermétique à triple vitrage du labo. Ils n’avaient jamais eu à s’en servir depuis qu’il travaillait à Torchwood, autant dire une éternité. Priant le ciel pour que le mécanisme ne se soit pas enrayé, il condamna le labo en moins de cinq minutes. Sous le regard opaque d’Owen qui gigotait avec vigueur, Jack manipula ensuite l’interphone sur la paroi gauche en haut de l’escalier qui leur permettrait de communiquer avec les autres.
Tout était en place, sauf Owen qui avait profité d’un instant d’inattention du Capitaine pour tromper sa vigilance et se lever, en déchirant littéralement la couverture.
- Rallonge-toi immédiatement, Owen! C’est un ordre! Hurla Jack lorsqu’il eut fini ses bidouillages électriques.
- Non, refusa Owen, pas avant que tu ne me dises ce qui se passe. Pourquoi est-ce que tu nous as bloqués ici? Qu’est-ce que j’ai bon sang?
Jack leva les mains en signe d’apaisement.
- Ok Owen, tout est sous contrôle, calme-toi.
Owen respira profondément et se calma un peu, mais il resta debout, raide comme la justice.
- Pourquoi restes-tu ici avec moi? Qu’est-ce qu’on a choppé bordel?
- Rien. Seulement un résidu de la faille qui va disparaître tôt ou tard, c’est une question d’heures, mentit Jack.
Le médecin n’en crut pas un traître mot. Il aperçut le capteur posé sur le chariot, et Jack, démuni car trop loin de l’appareil, le laissa s’en emparer.
- C’est pas vrai, c’est pas vrai, s’exclama Owen, je suis radioactif. Je suis radioactif. Je vais mourir, Jack aide-moi!
- Personne ne va mourir, fit Jack en redescendant. Owen, écoute-moi.
Il lui arracha l’appareil des mains. Owen se laissa faire, Jack l’avait connu plus combatif.
- Tu viens de te faire virer et maintenant tu es contaminé, ce n’est pas ton jour, Owen , tenta de dédramatiser Jack. Mais le jeune homme lui lança un regard vitreux.
- Je vais mourir, répéta-t-il, le souffle rare.
- Non, Owen, fais-moi confiance.
Le Capitaine aperçut la silhouette de Ianto au dessus de leur tête. Il lui fit signe d’aller vers l’interphone.
- Ianto, appelle Tosh, on va avoir besoin d’elle.
Ianto s’exécuta. Jack retourna auprès d’Owen et l’obligea à se rallonger. Celui-ci protesta quand Jack lui remit la couverture sur le corps.
- Jack, qu’est-ce que tu fous, j’ai pas froid, je suis irradié !
- Tais-toi, reste tranquille. Je sais ce que je fais.
- Non, tu brasses de l’air, c’est tout ce que tu fais, ne te vexes pas mais tu n’as aucune idée de ce qu’il faut faire, pas vrai?
Jack le regarda, bouleversé par le ton du jeune homme, un ton implorant, désespéré à peine maquillé d’ironie.
- Fais-moi confiance, Owen.
Le médecin leva les yeux au ciel.
- Je ne vais quand même pas crever ici, et avec toi en plus. C’est la pire mort qu’on puisse me souhaiter!
Owen remarqua le regard légèrement embrumé de son chef. Il s’assit à nouveau sur la table, rejetant avec hargne la couverture.
- Excuse-moi, ce n’est pas ce que je voulais dire, lâcha-t-il, en fixant ses pieds.
- Aucune importance. Tu es libre de penser ce que tu veux, Owen. Lui répondit Jack, d’une voix neutre, malgré la peine qu’il ressentit en entendant ces mots durs.
Owen le détesterait jusqu’au bout. Ce dernier baissa les bras, et jeta la couverture au bout de la table.
- J’ai vraiment pas froid, Jack, fit-il pour changer de sujet.
Le Capitaine se fendit d’un sourire faiblard lorsqu’il vit Tosh et Ianto s’approcher de l’interphone. Une mission d’urgence à régler , voilà un moyen efficace pour la douce informaticienne de chasser les idées noires qui la torturaient depuis la veille. Un peu radicale et dangereuse comme solution, mais c’était la seule que Jack avait sous la main. Il retourna à l’interphone.
- Tosh, tu vas devoir enclencher le système de décontamination du labo. Je te donnerai les instructions via l’intercom. Ianto, vas ouvrir le coffre et ramène-moi le dossier TWE28, c’est un dossier jaune, ou plutôt jauni car il y est depuis des lustres. Allez-y et revenez avec.
- Jack?
Ianto l’appelait alors qu’il redescendait les marches.
- Oui, Ianto?
- Tu vas bien? Tu es contaminé aussi? S’inquiétait le jeune homme.
Jack lui sourit franchement.
- Ce n’est pas pour moi qu’il faut s’inquiéter, Ianto, lui dit-il doucement pour ne pas qu’Owen ne l’entende. Je suis immortel, souviens-toi, et tu m’auras encore dans les pattes dès que tout sera réglé.
Ianto lui rendit son sourire et alla chercher le dossier. Jack pensa à Alec, ce dernier ne devrait plus tarder à faire irruption au Hub, Jack aurait dû penser à prévenir Ianto. Les retrouvailles entre ses deux amants risquaient de faire des étincelles, même si les radiations se trouvaient de ce côté-ci de la base. Le feu d’artifice éclata plus tôt qu’il ne l’aurait cru. Depuis la vitre blindée du labo, il vit la porte hublot s’ouvrir. Son cœur battit à tout rompre. Alec apparut, une sacoche à la main. Jack se tourna vers Owen. Pour chercher la meilleure façon de lui annoncer le retour de l’expert? Pour donner l’illusion à ce dernier de ne pas s’émouvoir de le revoir, après leur rupture? Ce stratagème ne prit pas et Alec se colla contre la vitre, le regard chaviré par l’angoisse.
Jack lui indiqua l’emplacement de l’interphone.
- Jack, que se passe-t-il, vous n’avez rien? Demanda l’expert.
- Tout va bien, dit-il doucement, pour ne pas alerter Owen qui vint malheureusement le rejoindre en haut des marches.
- Qu’est-ce qu’il fait là, lui? S’étonna le médecin.
- Je l’ai appelé, il peut nous aider.
- Putain , il a fait vite !
Jack éclata d’un rire tonitruant. Owen salua Alec d’un signe de tête nerveux.
- Alec, sur l’ordinateur central vous aurez toutes les données sur l’ouverture de la faille, il faut faire vite, Owen a été sur place. Il a été contaminé.
L’expert se précipita aussitôt vers l’ordinateur. Il ne voulut rien dire devant Owen, qui n’avait pas bougé. Jack non plus ne bougea pas. Ianto allait revenir et voir Alec dans leurs murs. Il observa ce dernier qui s’était déjà installé, il aurait tout donné pour être près de lui. Pour lui parler, lui dire ce qu’il n’avait pas eu le courage de lui avouer, avant qu’ils ne se quittent. Il aurait dû parler, vider son cœur aussi facilement, aussi spontanément qu’il lui avait raconté sa vie et sa souffrance lors de leur première étreinte. Mais des mois avaient passé depuis. Et Jack s’était fait à l’idée qu’il ne le reverrait jamais. Il avait alors canalisé ses fantasmes et ses désirs sur l’autre homme qui le comblait, Ianto, la passion chevillée à leurs deux corps comme une coquille à son rocher. Et cela lui avait suffi jusqu’à ce que ce maudit poison venu du froid ne vienne à nouveau lacérer ses veines avec délectation. Un venin laiteux et si savoureux dans sa bouche. Alec l’observait aussi, depuis le Hub, un sourire pernicieux au bout des lèvres. Il semblait boire ses paroles qu’il ne disait pas, cette idylle trop tôt avortée lui avait laissé un goût d’inachevé qu’il le frustrait prodigieusement. Pourquoi se violenter ainsi à constamment souffler le chaud et le froid, quand seul le besoin d’être avec l’autre le tenaillait?
Ianto réapparut, suivi de Tosh, Jack riva ses yeux sur le dossier que le jeune homme tenait dans ses mains. Il ne voulait pas assister à ce qui allait se passer sitôt que les deux hommes auraient croisé leurs regards, à défaut de croiser le fer. Jack se sentit l’âme d’une improbable princesse que ses soupirants convoitaient avec une chevalerie certaine, car il s’en persuada à l’instant, les deux hommes étaient assez proches dans leur caractère étriqué, flegmatique mais volcanique. L’image farfelue lui arracha un sourire, qui tomba bien vite. Ianto serrait la main d’Alec, poliment. Puis deux paires d’yeux vinrent converger dans sa direction. Alec et Ianto allaient-ils se livrer bataille pour ses beaux yeux? Non, puisque ni l’un ni l’autre n’avait connaissance de la passion qui l’ animait pour chacun d’eux. Jack n’était pas du genre expansif, du moins pas verbalement. Ianto ignorait la teneur de ses sentiments pour lui comme Alec était persuadé qu’il ne ferait pas le poids face au jeune homme. Ils se trompaient. Mais seul Jack savait.
Il aurait voulu exhorter les deux hommes à s’accommoder de cette situation de vaudeville. Pourquoi choisir entre deux amants si parfaits, si complémentaires? Jack était partageur, et nullement jaloux, et, pourtant il aimait Alec avec sincérité comme il aimait Ianto avec passion. Et comble du bonheur, Alec et Ianto l’aimaient en retour. Ses divagations sentimentales l’avaient exténué. Quand Jack rassembla ses esprits, la voix d’Owen lui vrilla les tympans. Le jeune homme parlait à Ianto à travers l’interphone. Lui expliquant comment verrouiller le labo depuis l’extérieur pour commencer le processus de décontamination. Jack se pencha vers l’interphone.
- Ianto, pages 21, 22 et 23 du dossier, tout est écrit noir sur blanc.
Ianto ne le regardait pas, il ouvrit le dossier devant lui mais s’éloigna de l’interphone. Un Ianto bougon n’était pas à l’ordre du jour. Il avait d’autres chats à fouetter.
- Ianto, hurla-t-il, où est Tosh?
Le jeune Gallois se poussa légèrement sur la droite et Jack aperçut la jeune femme, assise à côté d’Alec. Il ravala sa colère et plaqua son dos contre la vitre, histoire d’oublier le regard haineux de Ianto, celui plus en demi-teinte d’Alec et Tosh qui se rongeait les ongles d’angoisse.
- Owen, va te scanner à nouveau, pour voir si le taux a changé ou pas.
Le médecin obéit.
- Alors?
- 95%. Répondit Owen, découragé.
- Pas de hausse, c’est bon signe.
- Tu trouves?
Le médecin cligna des yeux à plusieurs reprises comme pris d’un malaise.
- Qu’est-ce que t’as? Fit Jack en le rejoignant en bas.
- Je sais pas trop, j’ai envie de dégueuler.
- Tu as mal au ventre, à la tête?
- Pourquoi, t’es toubib? Ricana Owen mais son visage se crispa en une étrange grimace. Il s’effondra contre la table. Jack le retint de justesse et le força à s’allonger. Il lui toucha le front, qui était glacé, pas de fièvre, visiblement. Jack s’étonna de se sentir en pleine forme car lui aussi était irradié. Il se scanna à son tour, en parvenant tant bien que mal à maintenir Owen allongé. Aucun changement non plus sur son taux de radiation.
- Reste calme Owen.
Jack remonta vers l’interphone.
- Tosh, Tosh!
La jeune femme entendit son nom et s’approcha de lui.
- Quels sont les effets de la radiation?
- Hey, je suis médecin, je peux te répondre, cria Owen, offusqué.
- C’est bon, Tosh, vous en êtes où?
- Alec a déterminé l’endroit exact de l’impact radioactive, dans le sous-sol d’un immeuble désaffecté. Owen a dû y entrer, mais l’endroit n’est plus ouvert au public depuis des années. Cela réduit le risque de contamination à grande échelle.
- C’est mieux que rien. Mais que fait Gwen? Appelle-la, dit-il avant de redescendre.
Cette histoire allait lui faire faire pas mal de sport, toujours bon pour sa ligne svelte et impeccable. Il demanda à Owen de lui faire un topo sur les effets d’une telle radiation sur le corps humain, et son visage s’assombrit à mesure que le jeune médecin récitait les symptômes alarmants qui les menaçaient. Drôles de réjouissances.
Ianto revint vers eux.
- Jack, on est prêt pour la décontamination, lui fit-il savoir.
- Parfait, attends-moi, je reviens.
Dans une énième descente, il rejoignit Owen.
- Déshabille-toi entièrement, lui ordonna-t-il, en ôtant ses propres vêtements.
- Quoi? Fit Owen, qui savait pourtant la marche à suivre dans ce genre de situation. On va pas se mettre à poil devant tout le monde!
- Personnellement ça ne me pose aucun problème, Ils m’ont tous vu à poil, sauf Tosh, mais je pense qu’elle va apprécier, fanfaronna Jack, qui ne portait plus que son pantalon. Magne-toi, Owen.
Le jeune homme se baissa derrière la table, maugréant quelques grossièretés de son cru, et se dévêtit.
De l’autre côté de la vitre, Ianto, les yeux écarquillés, les observait, un rictus aux lèvres. Jack croisa son regard et lui fit un clin d’œil. Owen était aussi nu que lui, mais toujours caché derrière la table, accroupi, blessé dans sa pudeur.
- Tu devrais faire un peu de muscu, Owen, fit Jack pour le dérider. Il cacha son intimité avec son tee-shirt et remonta vers Ianto, qui le contemplait toujours, effrontément.
- C’est bon, on est prêt. Owen, fit-il en se retournant, gratifiant ainsi Ianto d’un spectacle fessier des plus charmants. Ferme les yeux, ça va souffler.
Quand il fit volte face, il fut surpris de voir Ianto toujours là, la mine ravie.
- Ianto, à ton poste! Le sermonna-t-il, amusé.
Le jeune homme obtempéra. Jack réalisa alors l’autre regard posé sur lui et sa nudité flagrante. Alec le fixait avec satisfaction. Jack lui sourit mais disparut vite derrière le mur. Se retrouver nu comme un ver dans le labo mortuaire d’Owen, prêt à recevoir mille jets d’un souffle glacé n’avait rien d’érotique. Torchwood était bel et bien un repère de créatures lubriques et perverses. Quel nid interlope et malsain! Jack réprima un fou rire. Il resta près de l’interphone et la voix d’Alec le fit presque dévaler une marche fatale.
- C’est tout ce que vous avez trouvé pour me retenir? Demandait l’expert, de l’autre côté.
Jack s’avança, osa un regard à travers la vitre et vit Alec tout sourire, qui continuait de le dévorer des yeux.
- Alec, ce n’est pas le moment, marmonna Jack.
- J’avoue que vous avez sorti les grands moyens, le taquina Alec, toujours admiratif.
Jack ferma les yeux, il entendit une déflagration à l’arrière du labo, la décontamination avait commencé.
- É loignez-vous, Alec, cria-t-il les yeux fermés, vous me le paierez cher, je vous le garantis!
La salle d’autopsie fut bientôt la proie de violentes secousses sismiques, elles engrangèrent des ondes puissantes et assourdissantes qui allaient précéder la tempête glaciale à présent inéluctable. Collé à la paroi, en haut des marches, Jack ferma les yeux et la bouche, il plaqua ses mains sur ses oreilles et attendit la fin du cyclone. Impossible pour lui de savoir si Owen ne s’était pas encore effondré, aucune voix humaine n’aurait pu couvrir ce vacarme de tous les diables. Ses oreilles se mirent à bourdonner, elles se bouchèrent. La poitrine oppressée, il eut du mal à respirer. Une douleur nauséeuse lui fit perdre l’équilibre. Jack ouvrit les yeux mais ne vit rien d’autre qu’un épais brouillard verdâtre zébré de gris, avant de s’évanouir, se cognant au passage la tête contre la rampe de l’estrade qui surplombait le labo.
Lorsque Jack reprit connaissance, il était allongé sur la table, une couverture relevée jusqu’au cou. Owen, sa propre couverture sur le dos, était assis sur son chariot à roulettes. Maintenant il avait froid et gardait le tissu près du corps. Jack s’accouda sur la table, et jeta un oeil vers la vitre. Elle était toujours là. Il aurait aimé se réveiller et découvrir que tout était redevenu normal ou que tout n’avait été qu’un mauvais rêve. Il soupira.
- Rien de neuf durant mon absence? Demanda-t-il au médecin qui accusait la fatigue et rageait de devoir rester ainsi à attendre, sans pouvoir agir, sans connaître la suite des « dégâts » qui les menaçaient.
- Rien, fit Owen, très faiblement.
Jack rejeta la couverture à ses pieds mais il s’aperçut qu’il était encore nu, d’un geste vif il ramena le linge blanc sur ses hanches, et s’assit sur le bord de la table. Il sentit une bosse sur son front.
- Comment te sens-tu Owen, toujours des malaises?
- Pardi, on n’a pas attrapé la grippe, Jack, les lésions sont irréversibles. Je vais crever et si on ne trouve pas de solution, tu seras condamné à vie, à rester ici. J’espère que tu auras la patience de vivre ça.
Le jeune homme n’avait plus de force, et encore moins de raison d’espérer un hypothétique miracle.
- Je pourrais toujours te manger pour éviter de crever de faim. Quoique sec et coriace comme je te connais, ton cuir ne doit pas être tendre sous la dent.
- Tu peux parler, ta viande à toi elle est rance, vieille et avariée.
Jack rit à la boutade. Owen n’avait pas tort, et pourtant il connaissait bien des créatures amatrices de sa chair. Deux d’entre elles ne se trouvaient pas si loin d’eux. Il se leva et piocha une pince chirurgicale parmi les « outils » du médecin et agrafa la couverture autour de sa taille avec. Owen ne bougea pas. Jack remonta vers l’interphone. Il aperçut Ianto qui mangeait un sandwich sur le pouce. Seul. Owen aussi devait avoir faim. Il se sentit démotivé, inutile, et cela lui faisait mal.
- Ianto! Cria-t-il.
Le jeune homme sursauta, la voix de Jack le réveillerait du sommeil des morts! Il accourut.
- Alors, où en êtes-vous? Où est Alec, où est Tosh?
- Ils sont allés sur place , ils sont avec Gwen, Alec pense qu’il faut qu’Owen retourne au sous-sol du bâtiment…, dit Ianto, en admirant les muscles du Capitaine, louchant sur ses abdos fermes et imberbes.
- Pourquoi faire?
- Je crois avoir compris que ce ne sont pas des radiations comme on les connaît ici, je veux dire sur Terre. Ce sont des impulsions alien, un concentré chimique inconnu qui aurait croupi dans ce local plein de moisissures et de cochonneries de toutes sortes.
Jack applaudit des deux mains. (car d’une seule main, c’est impossible ^^blague du jour))
- Excellent ! C’est excellent! Je reviens.
Il redescendit, une fois de plus, souleva Owen, car le jeune homme était trop faible pour rester debout, ses yeux étaient mi- clos. Il l’allongea et ramassa les vêtements du médecin. Il le rhabilla, en commençant par lui remettre sa chemise. Owen protesta.
- Hey qu’est-ce que tu fous? Bordel, il n’y a vraiment qu’ici où on voit des trucs pareil, un employé et son boss à poil, mais pourquoi tu me rhabilles?
- Tu crois ça, les histoires de cul au bureau sont légions, à ce que j’en sais.
Jack eut un mal fou à lui faire enfiler son pantalon.
- Pas touche Harkness, je ne suis pas Ianto, enlève tes mains de mon falzar!
Jack lui sourit de toutes ses blanches dents.
- Magne-toi, alors. Remet tes fringues, notre cohabitation naturiste touche à sa fin, mais tu ne sais pas ce que tu perds, ricana-t-il, triomphant.
Owen se remit sur pattes et se dépêcha de s’habiller.
- Tu m’expliques? Tu me fais chier, Jack, avec tes devinettes!
Le Capitaine ne répondit pas, comme à son habitude, il se rhabilla à son tour. Puis il appela Alec avec son portable. L’expert lui confirma ce que Ianto lui avait expliqué à l’instant. Ils les attendait, lui et Owen, en face du bâtiment. Il rangea le capteur dans la mallette d’Owen et grimpa les marches, d’un pas léger. Ils étaient sauvés, et Alec était encore là.
- Ianto, fit-il à l’interphone, sors de la base, on va prendre la stèle pour remonter, même si rien n’est radioactif dans le sens habituel, mieux vaut ne pas prendre de risques. Rejoins-nous là bas.
Le jeune homme acquiesça.
- Allez Owen.
Jack déverrouilla la fermeture du labo, la vitre coulissa sur elle-même et disparut dans la cloison.
Jack et Owen sortirent du labo, s‘éclipsèrent comme des voleurs par la stèle, avant de sortir du Hub.
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
Durant la longue route qui les menait à Sage Street, Owen ne parla pas. Jack lui demanda si tout allait bien.
- Oui ça va, Jack.
Le jeune homme cherchait pourtant à lui dire quelque chose mais n’y parvenait visiblement pas, se dit Jack. Le choc d’avoir envisagé une mort certaine dans d’atroces souffrances? Sans doute. Cela en aurait traumatisé plus d’un et Owen n’était pas prêt. Personne ne l’était, même en travaillant pour Torchwood.
- Tu es sûr que ça va? Insista Jack, inquiet. Tu n’as probablement rien de grave, tu sais.
- C’est pas ça…
- Alors quoi?
Owen se racla la gorge.
- C’est à propos d’hier, tu as été dur avec Tosh, la pauvre…
-Tu ne vas pas remettre ça sur le tapis, Owen.
- Laisse-moi parler, bon sang!
Jack se ravisa, malgré la colère, et riva son regard sur la route.
- Je t’écoute.
- Moi aussi j’ai été nul hier, je me suis torché avec Gwen pour ne pas avoir à la soutenir. J’ai choisi de fuir.
Jack le regarda, décontenancé.
- On peut dire ça oui, mais ce n’est pas à toi de soulager les peines de tes camarades.
- Si justement. Tosh est bien plus qu’une camarade pour moi. Je me suis conduit comme un goujat. On n’a pas arrêté de rire devant elle, tu te rends compte, on a été aussi nuls que toi!
Jack rit.
- Tu marques un point. Mais tu peux encore te racheter, c’est humain de choisir la fuite, c’est normal, tu as bu car tu étais triste pour Tosh.
- Peut-être, mais ce que je veux dire c’est que je n’ai pas été non plus très cool avec toi, avoua Owen, en détournant les yeux vers la route.
- Tu n’as pas à être cool avec moi, Owen, tu es payé pour faire ton boulot, le reste n’a aucune importance.
Owen le fixa, sceptique.
- Ne me dis pas que ce que je t’ai dit dans le labo ne t’a pas fait mal, je ne te crois pas Jack.
- Tu ne le pensais pas, tu avais peur et tu étais en colère, on dit tous des horreurs quand on pense que la Grande Faucheuse est à notre porte.
- On ne peut pas discuter avec toi, t’es vraiment merdique comme boss.
- Owen?
Le jeune homme souriait, il avait vidé son sac mais Jack voulait savoir autre chose.
- Quoi?
- Comme boss je suis nul, c’est un fait, mais comme ami, je suis comment?
- On n’est pas amis, Jack, fit Owen sans sourciller. Tu es mon boss. Et puis…
- Et puis quoi?
- Je ne sais pas, on ne se connaît pas bien , finalement.
- Tu as raison, ça te dit de faire plus ample connaissance, une fois qu’on aura éradiqué la fusion chimique qui nous unit?
Owen ouvrit des yeux gros comme des boules de billard.
- Qu’est-ce que tu me chantes là, c’est de me voir à poil qui t’a monté au cerveau? Jappa Owen, remonté comme un coucou.
- Non, calme-toi, j’ai de quoi me contenter de ce côté-ci, je suis sérieux, Owen, je pensais juste à prendre un verre de temps en temps tous ensemble, plus souvent.
- Ah, picoler tous ensemble, évidemment , si tu me prends par les sentiments.
Jack lui ébouriffa les cheveux, d’un geste paternel et généreux.
- Vendu.
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
Jack gara le SUV en travers de la rue ascendante de Sage Street, et les deux hommes sortirent du véhicule. Ils furent accueillis par Gwen qui courut vers eux, le sourire aux lèvres. Jack l’empêcha de les approcher en levant un bras vers elle.
- hey, qu’est-ce qui te prend? Ne nous approche pas! La prévint-il, tout en sortant la mallette d’Owen du siège arrière.
Gwen était radieuse, elle haussa les épaules, et se jeta dans les bras d’Owen.
- Gwen, lâche-moi, tu es folle! Protesta Owen, à qui la situation ne sembla pas déplaire.
Jack les sépara d’une main ferme.
- C’est bon Jack, vous n’êtes pas dangereux, Alec est un génie, expliqua enfin la jeune femme, en désignant l’expert qui bricolait sur le capot de sa voiture une sorte d’appareil de sa propre confection que personne ne put décrire avec détails. L’usage qu’Alec en ferait était tout aussi mystérieux.
- Hey, il est pas mal ce chimiste. Un peu coincé mais il a du charme, caqueta Gwen, en se dandinant joyeusement. Et quelle classe!
- Un peu comme moi, fit Jack.
- Oh non, bien plus que toi. Depuis quand as-tu de la classe? Se moqua Gwen.
Owen pouffa, les deux acolytes se tapotèrent le bras l’un l’autre sous le regard défaitiste du chef.
- Bon au boulot, Et pas de cris de victoire avant de s’être vraiment débarrassés de cette cochonnerie, Owen viens avec moi.
Alec était assisté de Tosh, indispensable petite main du génie informatique. Plus Jack s’approchait du chantier indéfini qui recouvrait le capot de la voiture, moins il comprenait ce que les deux experts concoctaient. Il pressa le pas, curieux de savoir le fin mot de l’histoire. Et impatient de reparler à Alec, bien entendu.
- Jack, quelle bonne surprise, s’exclama l’expert en le dévisageant de pied en cape, sans toutefois lâcher le bidule électronique qu’il rafistolait entre ses mains. Tosh lui sourit, ses fines lunettes juchées sur le bout de son petit nez.
- Vous pouvez nous expliquer ce que vous faîtes et ce qui est censé se trouver à l’intérieur de cette bâtisse? Demanda Jack en levant les yeux vers l’édifice vétuste mais impressionnant qui dominait la petite rue.
- Ce n’est pas en l’air que ça se passe, Jack, dit Alec, moqueur, c’est au sous-sol.
Les deux hommes échangèrent un regard ambigu.
- En fait, il s’agit bien d’une entité alien, déposée là il doit bien y avoir des années de cela, je dirais à vue de nez, 15 ans, et ensemencée par les moisissures et autres putréfactions de corps d’animaux en décomposition.
Alec parla ensuite sur un ton exagérément péremptoire.
- C’est un peu comme un aimant qui attirerait à lui toutes les bactéries putrides, souillées et surtout humides qui prolifèrent dans ce genre de coin, la faille a activé le processus d’amalgame chimique. Une chance pour nous, cet immeuble est désert et ce qui nous intéresse se trouve au sous-sol. Aucune particule volatile détectée en dehors du périmètre très restreint que nous allons visiter, vous verrez, c’est presque un jeu d’enfant.
Alec n’avait pas levé la tête durant tout son exposé fort clair et rassurant. Jack admirait ses mains, qu’il imaginait ailleurs que sur ces bouts de métal sans vie. Il les voulait sur lui. C’est d’une oreille relativement distraite qu’il avait écouté les détails techniques et ennuyeux, la mélodie de ces mots finement articulés, et la chaleur de la voix l’enchantaient.
- Je suis en train de créer à la va-vite, avec l’aide de Mademoiselle Sato, une espèce de réducteur de particules amalgamées. Si nous parvenons à respecter les polarités, tout devrait aller comme sur des roulettes, n’est-ce pas Toshiko?
- Absolument, Alec, c’est fou, lui répondit Tosh en riant.
- Où avez-vous trouvé ce matériel?
Jack n’aima pas la complicité évidente entre Tosh et Alec. Se seraient-il rapprochés en si peu de temps? Alec aimait les femmes, avait-il le béguin pour la belle Japonaise? Il devinait les tensions sexuelles de quiconque et il en était persuadé, ces deux-là étaient tendus.
- Un peu de votre base, un peu de ma collection itinérante qui ne me quitte jamais. Un gadget que Sir Allistair Gaynor m’a offert à mon arrivée à Torchwood. C’est un reliquat de quelque lointaine galaxie, complètement obsolète dans la galaxie en question mais révolutionnaire pour nous autres , simples humains. C’est à la fois un réducteur de particules, un système condensé d’amalgame chimiques ou physiques, mais cela peut aussi servir de couteau suisse haute technologie. C’est pourquoi il ne me quitte jamais, je parle du plan technique de son élaboration car le vrai spécimen est gardé en lieu sûr. Je m’en voudrais à vie de le perdre, de me le faire voler ou de le casser tout bêtement.
Owen commençait à trouver le temps long.
- Bon, si vous n’êtes pas encore prêts , j’aimerais bien grailler un morceau, je crève de faim, avoua-t-il en se frottant les mains. Il est où notre préposé au miam-miam? Ianto? Fit-il en branchant son intercom.
Alec leva la tête vers Owen, puis sentant les yeux de Jack sur lui, il retourna à ses fils et tubes d’acier. La poitrine serrée de Jack s’oxygéna . Alec avait tressailli, il avait réagi au prénom qui le mettrait définitivement sur la touche, un jour ou l’autre. Requinqué dans sa fierté de mâle, Jack énonça la suite des évènements.
- Gwen, accompagne Owen, trouvez de quoi manger, Owen tu ne rentre nulle part, tu attends dehors comme un bon chien-chien. Tosh, Alec, essayez de faire vite, j’en ai ma claque de cette sensation électrique qui me vrille les sens.
Il s’éloigna pour appeler Ianto, resté à la base, sous l’impulsion de quel commandement, allez savoir. Il ne vit pas Alec le détailler discrètement dans son dos.
- Ianto? Tu peux me dire pourquoi tu n’es pas avec nous?
- C’est Alec qui m’a dit de rester ici, fit la voix désolée du jeune homme.
- Quoi? Tu te moques de moi?
- Un peu, oui, vous êtes assez nombreux, et puis j’ai du ménage.
Jack éclata de rire, il croisa involontairement le regard sinistre de l’expert. Mais pour une raison inconnue et soudaine, il voulut lui en mettre plein les mirettes. Il exhiba son plus beau sourire, celui qui ferait fondre la banquise en deux jours, et continua sa petite discussion avec sa fée du logis.
- Sérieusement, Ianto, pourquoi es-tu resté à la base? Tu sais bien que je te veux avec moi, avec nous, à l’extérieur.
- Je suis sérieux, je range le bordel que vous avez laissé au labo.
- Quel bordel? Et puis je n’ai pas envie de palabrer pendant des heures, tu te ramènes ici illico, c’est un ordre.
- Non, Jack, c’est trop loin.
- Vous vous êtes donnés le mot pour vous liguer tous contre moi, c’est ça? Fit un Jack incendiaire.
Mais ce qu’il entendit dans son oreillette le brisa.
- S’il te plait, épargne-moi ton petit manège, je sais que tu veux me voir en face de lui, je n’en ai ni la force ni l’envie.
- Tant pis pour toi, si je reviens bardé de mycoses c’est le black-out sexuel qui te guette, ricana-t-il, sans trouver sa blague si drôle.
- Pas grave, j’irais voir ailleurs, comme toi.
Jack crut s’étrangler. Il mit fin à cette conversation gênante et retourna auprès des deux bidouilleurs.
- On a terminé, entonna fièrement Tosh.
- Parfait. Il brancha son intercom : Gwen, revenez, nous sommes prêts.
- Nous allons inaugurer notre petit bijou, dit Alec qui tenait dans ses mains un engin bizarre fait de métal et de fils entourés tout autour d’un tube long d’une vingtaine de centimètres, et dont les extrémités faisaient penser aux antennes d’escargots.
- Et ce machin a un nom? Fit Jack, railleur.
- Disons que ça s’appelle « réducteur de particules qui ne sentent pas la rose », proposa Alec.
- Je suis sûr que Ianto lui trouvera un meilleur surnom, dit Jack platement.
L’expert ne broncha, son visage demeura de marbre.
- Quelle est votre idée, Alec? Demanda le Capitaine, penaud.
- Il nous suffit de retourner à l’intérieur, l’endroit est étroit, nous ne pourrons pas tous y entrer, mais il y a de la place pour trois personnes, Mr Harper, Toshiko et moi nous irons sur place et actionner le magnifique appareil que vous voyez là. Le magnétisme fera le reste , en démultipliant les bactéries pour ensuite les réduire dans un amalgame de synthèse qui sera aspiré par les petits lasers qui se trouvent sur les extrémités ici, fit Alec en indiquant les antennes bleues de l’escargot.
- Prodigieux, Alec, je suis époustouflé. J’ignorais tout de vos dons de bricoleur. Avoua Jack, sincèrement bluffé.
- J’ai toujours été habile de mes mains, je suis un inconditionnel des maquettes d’ailleurs. J’aime manipuler tout ce qui passe entre mes mains.
L’allusion était on ne peut plus claire. Jack sourit. Voyant Gwen et Owen, qui dévorait un hamburger, revenir d’un pas rapide, il aida Alec à ranger tout son matériel dans sa sacoche.
- Tout le monde est là? Allons-y.
- Jack, vous n’avez pas besoin de venir, objecta l’expert.
- Quoi?
- Je vous l’ai dit, la cave est trop étroite et il est plus prudent de commencer par votre ami, il est prioritaire vous êtes d’accord? Dit-il, intimidé.
Jack se résigna.
- Je peux quand même vous accompagner jusqu’à la cave?
- Si vous voulez.
Le soufflet retomba instantanément lorsque l’expert se pencha vers lui et lui dit:
- Nous y retournerons une fois que Mr Harper sera délesté de cette chose, juste vous et moi.
- Entrons, nous aviserons plus tard.
L’atmosphère pestilentielle de l’endroit les firent suffoquer dès qu’ils entrèrent dans le hall. Jack, Tosh, Gwen et Owen éclairèrent les pièces de leur torche. Owen, Alec et Gwen ouvraient la marche, ils connaissaient l’endroit et firent signe à Jack et Tosh de les suivre. Ils empruntèrent un escalier miteux, rouillé, et brinquebalant pour arriver au sous-sol, où l’air rare et infect se fit encore plus lourd et irrespirable.
- Quelle horreur ! Dit Tosh en se couvrant le nez et la bouche.
- C’est ici, Owen. Tosh. Si vous voulez bien entrer, dit Alec en les précédant.
Les trois entrèrent dans une cave sordide, idéale pour un weevil mais franchement déconseillée pour le tête à tête amoureux auquel avait fait allusion Alec dans le creux de son oreille. Pas question de flirter dans cette cachette nauséabonde. Jack et Gwen restèrent devant la porte en bois de la cave, éclairant l‘endroit de leur torche. Alec demanda à Owen de s’agenouiller dans un angle de la pièce, recouverte d’immondices et de cadavres de tout ordre : rats, oiseaux, cannettes, bouteilles, journaux… Une véritable déchetterie à ciel fermée. Autant dire l’enfer. Le médecin s’allongea presque sur les détritus, le cœur soulevé de dégoût. Alec et Tosh s’accroupirent face à lui et au mur suintant derrière lui.
- Vous êtes prêt, Mr Harper?
- Oui, mais vous êtes sûr de ce que vous faîtes , Alec? S’angoissa Owen.
- Ce système est fiable à 100% et absolument inoffensif pour l’homme, je l’ai déjà testé, enfin le prototype, à plusieurs reprises, une fois à…
-Alec, on verra plus tard pour les anecdotes, le pressa Jack, nerveux.
- Veuillez m’excuser, je m’égare. Tosh, si vous voulez bien me tenir ça bien en face au dessus de la tête de Mr Harper, que je calcule l’endroit exact de la source.
Tosh fit ce qu’ Alec lui dit de faire, poliment.
L’expert se leva, tâtonna la paroi dégoûtante, méticuleusement, et sa main gauche ripa sur un léger enfoncement à environ 1 mètre 20 des pieds d’Owen.
- Mr Harper, je vais vous demander de positionner votre tête ici, en dessous de ma main.
- C’est vous qui savez, fit Owen en se calant contre le mur à l’emplacement voulu.
Le jeune homme n’en menait pas large, ses lèvres tremblaient, le bout de ses doigts posés sur les papiers dégueulasses sur lesquels il était assis.
- Bien, parfait.
Alec reprit son appareil dans ses mains et visa la paroi comme pour tirer un ballon de baudruche à la foire du coin. Un éclair bleu jaillit des antennes de l’escargot et alla se ficher sur le mur au dessus à mi-chemin entre la tête d’Owen et l’enfoncement. Un bruit grinçant s’échappa de l’engin, écorchant les oreilles de tous, puis le mur se mit à s’écailler de mille parcelles, grouillant tels des vers de terre dans la besace d’un pêcheur à la ligne, Jack crut même entendre ces bactéries agressées crier leur douleur, et la lumière s’intensifia un court instant avant de s’éteindre.
- Aie, cria Owen, grimaçant.
Le bruit de crotale cessa.
- Vous m’aviez dit que c’était inoffensif, gémit Owen.
- Inoffensif ne veut pas dire indolore, je suis désolé mais la charge bactérienne est plus forte que je ne l’aurais cru, toutes mes excuses, Mr Harper.
- Vous voulez dire que c’est terminé? s’étonna Jack.
L’expert se tourna vers lui, satisfait.
- Affirmatif.
- C’est mon tour, alors? Fit Jack en entrant dans la cave pour aider Owen à se relever. Owen, comment tu te sens?
- Moyen, on dirait qu’un rouleau compresseur m’est passé dessus mais sinon c’est bon.
Jack était déjà pratiquement assis à la place du médecin, au beau milieu de cette mélasse quand Alec s’énerva sur son appareil..
- Bon sang, mais …
- Qu’y a-t-il?
- Il n’a plus l’air de marcher, je ne comprends pas, grogna Alec, examinant sa création dans tous les sens. Il tapota rageusement sur le tube dont les antennes ne brillaient plus, effectivement. Alec se tourna vers les deux collègues restés dehors.
- J’ai besoin de mes outils, Toshiko, il me faut l’ampèremètre, lui dit-il d’une voix désolée.
Gwen, Owen et Tosh firent demi tour. Jack leva sa torche sur Alec. Un sourire polisson se dessina sur le visage de celui-ci..
- Vous n’êtes pas sérieux Alec, je refuse de faire quoi que ce soit dans cet endroit immonde. J’ai déjà du mal à respirer, pas vous?
- Si, mais à l’impossible nul n’est tenu, dit-il en s’approchant de Jack.
- Un pas de plus et je vous arrache les tripes avec votre engin de malheur! L’avertit Jack, revêche.
- Vous n’êtes pas drôle, Jack, vous savez, ce n’était pas nécessaire de vous mettre tout nu, vous n’avez pas à user de si grosses ficelles pour me rendre fou.
Jack se détendit. Il aveuglait Alec avec sa torche mais l’expert trouva où poser ses mains, et se pencha vers lui.
- Mais j’y pense, peut-être aurais-je dû user de cette manœuvre éculée pour vous conquérir? Fit Alec l’œil rieur.
- Me conquérir? Mais c’est déjà fait, confessa Jack, sans même se rendre compte de ce qu’il disait. Il avait mal aux fesses, il avait froid, il n’y voyait goutte.
- Non, je ne crois pas, Jack, Ianto sait pour vous et moi, n’est-ce pas? Demanda Alec, hésitant.
- Oui, il sait ce que j’ai fait avec vous, oui. Pas ce que je ressens…
Alec le regarda presque cliniquement, comme s’il voulait sonder ses pensées.
- Et que ressentez-vous pour moi? Puis-je savoir? Fit-il, animé d’une flamme encore vive.
Jack soupira, il garda la main qui tenait la torche près du sol. L’obscurité lui donna le courage nécessaire. Il sentait la respiration rapide, chaude d’Alec sur sa joue. Son désir étourdissant se greffait à celui de l’expert, d’une façon quasi chirurgicale, limbe après limbe, chair contre chair, symbiose parfaite et harmonieuse. Nichés au plus profond de son âme, les mots trouvèrent enfin le souffle d’air qui les fit renaître au grand jour. Jack lui murmura à l’oreille ces mots rarement prodigués durant sa longue vie.
- Je vous aime.
Jack ne vit pas la réaction de l’autre, c’est peut-être pour cette raison qu’il avait finalement prononcé ces mots précieux mais risqués. Alec resta sans voix. Mais l’homme avait de la ressource, il prit acte de la déclaration inouïe et tant désirée, sans se soucier du retour imminent de l‘équipe qu‘il avait envoyée paître avec tact. Il embrassa Jack, sa tête heurta le mur pouilleux. Alec l’envoûta d’un baiser vénéneux, un baiser à rendre l’âme. Des pas résonnèrent dans le couloir étroit, Jack aperçut les volutes des torches mais n’arrivait pas à se soustraire à ce baiser qui lui vola le peu de souffle qui lui restait. Jack serra sa torche fort dans sa main et leva le bras pour assommer l’homme avec. Unique moyen pour arrêter ce serpent fou de désir. Mais Alec avait des antennes, pas seulement sur son appareil loufoque. Il lâcha les lèvres de Jack au moment où ce dernier allait lui assener le coup fatal. Voyant et réalisant ce que Jack se préparait à faire, Alec le regarda, incrédule, et se mit à rire.
- Relevez-vous, Alec, vite.
- Vous vouliez vraiment m’assommer, Jack? demandait l’expert entre deux éclats de rire. Il se releva avec la vélocité d’une gazelle. Hilare.
Les trois jeunes gens déboulèrent devant la porte. Alec saisit la sacoche que Tosh lui tendait, et fit mine de chercher l’ampèremètre.
- On n’a pas été trop long? S’excusa Gwen.
Jack se mordit la lèvre pour ne pas rire, il secoua la tête, sans regarder Alec qui s’était caché derrière la porte pour simuler une fouille inutile. Son appareil n’était en rien défectueux, pas plus que son audace.
- C’est bon, je crois qu’on va pouvoir travailler, fit-il après avoir retrouvé son sérieux. Tosh, s’il vous plait.
La jeune femme entra dans la cave et répéta le geste qui permettrait à nouveau à Alec de trouver l’enfoncement.
- Parfait, nous y sommes, Jack, vous êtes pile au bon endroit, comme toujours.
Le Capitaine lui colla sa torche en pleine figure, histoire de le calmer.
- J’ai besoin d’y voir clair, Jack, si vous me brûlez la rétine, vous serez bien avancé.
Déçu, Jack baissa son arme à double usage. Il ne désirait plus qu’une chose. Deux choses : sortir de cette crasse et rendre la monnaie de sa pièce à cet impertinent adorable.
Alec se colla à nouveau contre la paroi, il avait repéré l’enfoncement depuis longtemps mais ne résista pas à l’envie de frotter sa hanche contre son oreille et le dessus de son visage, le décoiffant, le paralysant de honte. Jack décida de mettre un terme à ses extravagances que lui seul comprenait.
- Vous avez trouvé? Demanda-t-il sèchement.
- Oui.
Alec recula et recommença l’expérience. Le bruit grinçant, crissant, la lumière à fragmentations soniques, les lucioles crépitantes et vaporeuses. Jack ressentit une sourde série de spasmes l’envahir totalement des pieds jusqu’au crâne. Puis le silence et la pénombre.
- Jack, je vous déclare officiellement libre.
Gwen et Owen se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, Tosh ramassa la sacoche de l’expert, soulagée.
Alec aida Jack à se relever, avec un détachement inhabituel.
- Merci, Alec, une chance de vous avoir eu sous la main, le remercia Jack.
- Plus de peur que de mal. Lui rétorqua-t-il avec déférence. Toshiko, j’aimerais effectuer quelques prélèvements sur le site, je suppose que vous aussi, nous pourrions nous y atteler, à présent que tout est rentré dans l’ordre?
- Avec plaisir Alec.
Jack, Gwen et Owen se hâtèrent de sortir de cette puanteur. Les deux jeunes gens remontaient les marches devant lui. Jack eut comme une hésitation à laisser Tosh et Alec seuls. Ils ne craignaient plus rien mais il réfuta l’idée d’une quelconque idylle naissante entre les deux génies. Alec ne pouvait pas s’être entiché de la jolie jeune femme, pas après ce baiser du condamné. Ou bien c’était à ne plus rien comprendre de la complexité humaine. Il remonta très lentement l’escalier branlant, perdu dans ses pensées anarchiques. Il vivait bien en ce moment précis un amour en kit, un amour en deux actes, pourquoi Alec ne le vivrait-il pas aussi? Il chassa cette ineptie de son esprit et sortit au grand air, heureux, léger. Gwen et Owen bavassaient contre le capot du SUV, heureux aussi. Il les rejoignit, faisant valser son manteau sous l’air plus sain que celui confiné dans cet immeuble puant.
- En forme, Owen? Lança-t-il à son jeune subalterne.
- Impec. A part la peur, et la honte de me retrouver tout nu avec toi.
Gwen écarquilla ses yeux noirs.
- Quoi?
Les deux hommes rirent de bon cœur et Owen raconta ce que la pauvre femme avait raté.
- Merde, alors. Jack, en amateur éclairé que tu es, tu le trouves comment ton docteur? Fit-elle espiègle
- Pas mal, mais ce n’est plus mon docteur, il est viré, je te rappelle.
Jack ne riait plus. Une ombre vint ternir son regard azur.
- Tu es sérieux, bredouilla Owen, tu me vires?
- Je l’ai déjà fait, je ne reviens jamais sur une décision. Par principe.
Gwen le fusilla du regard.
- Tu n’as pas le droit…
Jack la stoppa net en plaquant une main sur sa bouche, tout en se rapprochant d’Owen, le collant presque.
- A moins que tu n’acceptes ce que tu m’as promis dans la voiture, fit-il séducteur.
Owen joua le jeu, pour le fun, et le plaisir de voir Gwen se complaire dans les pensées coquines qui l’assaillirent.
- D’accord, Jack, avec joie, ce soir?
- Parfait. J’ai hâte d’y être.
- Moi aussi, Jack, tu ne peux pas savoir à quel point j’ai hâte.
Les deux hommes se fixèrent. Jack, sensuel et jubilant, Owen plus fébrile. Ce fut lui qui craqua le premier, couru d’avance. Il explosa de rire. Jack fut déçu.
- Tu es nul, Owen, elle a failli marcher.
Gwen comprit qu’elle avait été le dindon de leur farce. Le sourire grincheux, elle les gratifia l’un après l’autre d’une gifle bien sentie.
- Vous êtes pitoyables, franchement, je n’y ai pas cru une seconde, mentit la jeune femme, riant avec eux.
Alec et Tosh pointèrent le bout de leur nez. Jack tapa des mains.
- Allez on rentre à la maison.
Owen grimpa dans le SUV, tandis que Tosh et Gwen reconduisirent Alec avec la voiture personnelle de celle-ci.
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
Jack était content de retourner au Hub, il était fatigué, il avait faim, et le fait d’imaginer Tosh et Alec ensemble le déconcertait. Pourquoi Tosh n’était-elle pas rentrée avec eux dans le SUV? Tosh ou bien Alec? Il n’oublia pas d’inscrire dans ce tableau déjà alambiqué la réaction de Ianto, qui promettait d’achever sa solide constitution. Il ne désirait plus qu’une seule chose. Dormir. Se remettre de toutes ces émotions.
La facilité avec laquelle il avait dit son amour à Alec l’intriguait au plus haut point. Cependant, ce qui le minait davantage, c’était l’endroit insalubre et les conditions peu idylliques qu’il avait choisis pour dire à Alec ce qu’il éprouvait pour lui : un lieu sordide, morbide, asphyxiant, lugubre, comme si ses sentiments ne méritaient que l’obscurité et la souillure, comme si son amour ne renvoyait qu’une image de honte, de décrépitude, de toxicité. Un amour voué à la disgrâce, à la putréfaction des cœurs, à l’intolérable. Une déclaration tue, à l’image de la trahison qu’elle représentait à ses yeux, vis-à-vis de Ianto, de Claire McNeil, de son intégrité personnelle. Avait-il honte de lui-même, ou de ses émotions? Alec ne le méritait pas. Il était bon, généreux, sincère et assumait totalement son amour pour Jack. Il semblait le vivre sans se défiler, sans se renier. Tandis que Jack se vautrait dans son refus d’admettre la vérité. Alec le transcendait avec délice et confiance. Cet homme avait tous les dons, toutes les audaces. Il formait avec lui un binôme des plus singuliers. Qu’allait-il se passer à présent entre eux, entre lui et Ianto, entre Alec et sa famille? Il ne voulait pas briser ce mariage, il n’en avait pas le droit. Son instinct lui dictait de renier sa déclaration. Mais Alec, quoique bon perdant, selon son propre aveu, avait désormais plus de cartes en main que n’en avait Ianto. A lui, Jack, de biaiser le jeu, et vaincre ce challenger délicieusement dévergondé et malin.
L’ambiance feutrée du Hub, calma les esprits. Chacun retrouva ses marques. Jack avait prévenu Ianto de leur retour et un arôme familier et savoureux vint les attirer autour de la machine à café enchanteresse. Ianto avait millimétré à la seconde près l’arrivée de l’équipe pour que son café soit aussi chaud que son regard vers Jack. Ce dernier le félicita pour son timing, et alla s’avachir sur le sofa, une tasse dans les mains. Alec ne tarda pas à le rejoindre, et s’installa à côté de lui.
- J’aurais besoin de vous pour mon rapport Alec, c’est votre mission après tout. Dit-il sans le regarder. Mais si vous devez repartir ce soir, vous n’aurez qu’à me l’envoyer par email.
- Mon billet de retour n’est que pour demain, autant en profiter pour me rendre utile avant de partir.
Alec était décidé à partir, malgré ce que lui avait avoué Jack dans ce sinistre nid sombre et répugnant.
- Merci pour votre aide.
- Ce fut un plaisir, Jack, comme toujours.
Le Capitaine prit le taureau par les cornes. La vie est un rodéo.
- Il faut que je vous dise, ce que je vous ai dit dans la cave, cela ne doit rien changer à votre décision, n’est-ce pas?
Alec le regarda enfin, calme.
- Ne vous en faîtes pas pour ça, je le savais déjà, mais cette situation n’est saine ni pour moi ni pour vous.
L’expert se renfrogna.
- Je serais bientôt le chef de Torchwood Glasgow, nous nous devons d’avoir des rapports purement professionnels. Le droit de cuissage n’est pas de mise entre patrons, non?
Jack sourit mais le souvenir du corps d’Alec sur lui le conduisit une nouvelle fois à l’incohérence la plus manifeste, la plus débridée.
- Disons que nous jouons dans une cour plus grande et plus fermée que celle de nos employés. Et si nous sommes les seuls à y jouer, où est le mal?
Voilà qu’il recommençait ses frasques. Incapable de lâcher prise. Irrésolu.
- Je vais rentrer chez moi, Jack, retrouver Claire et Dot. Ma vie est là-bas comme la vôtre est ici, avec Ianto et votre fine équipe. Vous m’avez personnellement assuré que je faisais le meilleur choix possible en repartant. C’est ce que je compte faire.
Les deux hommes n’échangèrent plus de paroles. Jack écoutait les rires et les éclats de voix qui venaient de la cuisine pour ne pas entendre ses cris intérieurs. Il entendit Ianto raconter à Gwen la façon dont Owen s’était caché nu derrière la table, et cela le fit rire. Il se leva et offrit à Alec un ultime regard ardent avant de partir.
- Soit. Si c’est votre décision, je la respecte. Je tiens à vous remercier pour tout. Et je vous souhaite un bon retour. Je suis heureux de vous avoir connu, Alec.
- Pas autant que moi, Jack, dit l’expert, ému. Je…je vous enverrai mon rapport très vite.
Jack hocha la tête, il alla reposer sa tasse, et donna quartier libre à ses employés. Sauf à Ianto.
- Ianto, tu m’as désobéi, il faut qu’on parle.
Le jeune homme hocha la tête avec respect, une lueur mutine dans les yeux. Jack trouva le temps anormalement long jusqu’à ce que tous, y compris Alec, aient enfin quitté le Hub. Il se réjouissait de se retrouver seul avec Ianto. Il avait bien des choses à lui dire. Bien des fautes à se faire pardonner. Le temps de la pénitence avait sonné. Il pria pour que Ianto sache le pousser à la confession et absoudre ses écarts indignes de l’amour que le jeune homme lui portait.
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
La première chose à laquelle Jack pensa, lorsque enfin il se retrouvèrent seuls, assis sur le sofa, ce fut de proposer à Ianto de rester au Hub pour la nuit. Qu’il avait des choses à lui dire, et qu’il avait hâte de faire amende honorable. Mais à sa grande surprise, ce fut Ianto qui prit les devants. Le jeune homme enveloppa sa main dans les siennes, qui étaient chaudes, et la caressa tendrement.
- Enlève ton bracelet, dit-il doucement mais sur un ton ferme.
- Quoi? Pour quoi faire? Tu sais bien que je ne m’en sépare jamais, lui affirma Jack, intrigué.
- Enlève-le, s’il te plait, juste un instant.
Ianto continuait ses caresses, les yeux rivés sur les doigts immenses de Jack.
Le Capitaine céda. Il dégrafa son bracelet de cuir et baissa la tête pour croiser le regard toujours baissé de Ianto, qui ne releva pas son visage. Il se mit à lui masser le poignet blanc, fripé, presque flétri d’être constamment engoncé dans son lien de cuir. Les doigts courraient sur sa peau ainsi libérée, avec une infinie douceur, leur chaleur l’irradiait, le soulageait. Ianto ne renforça pas sa pression , il le massait avec délicatesse, sans jamais le regarder. Il lui dit doucement.
- Lui, il ne te connaît pas suffisamment pour savoir comment te calmer, comment te faire du bien. Moi je sais, et je suis là. Jamais il ne penserait à cette parcelle de ta peau qui a autant besoin de caresses que le reste de ton corps. Moi je pense à chaque parcelle de ta peau.
Les yeux de Jack se mirent à brûler, il laissa quelques larmes timides lui couler sur les joues. Il avait tellement honte. Il était tellement désolé.
- Ianto…
- Non, je ne veux pas t’entendre, je veux juste…
Ianto vit les larmes, il lâcha son poignet et apposa ses doigts amoureux sur ses joues, mêlant sa peau à l’eau salée, séchant méticuleusement la moindre parcelle de peau humide. Jack lui sourit.
- Tu l’aimes vraiment ma peau, n’est-ce pas? Parvint-il à dire entre deux spasmes.
Ianto ne répondit pas. Il plongea son doux regard dans celui de Jack.
- Pardonne-moi si je t’aime, Jack.
Les larmes inondèrent les yeux et le cœur de Jack.
- Non, Ianto. Pardonne-moi.
Jack pleurait encore, il embrassa le jeune amant, le laissant goûter à sa peine, au contact de ses larmes nombreuses, brouillonnes, qui coulaient sur leurs lèvres, comme un aveu, une preuve silencieuse de l’amour du Capitaine pour son compagnon aimant et dévoué.
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
FIN DU CHAPITRE 2