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Un Capitaine à bout de souffle

Série : Torchwood
Création : 15.05.2010 à 10h32
Auteur : chrismaz66 
Statut : Terminée

« Fin de la trilogie sur Jack. Début : fin de l'épisode "dernier souffle" » chrismaz66 

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Jack n’était sûr que d’une seule chose, quoique devrait être l’issue de ce rêve. Il se réveillerait auprès de Ianto. Il aurait volontiers parié son immortalité là-dessus. Ianto demeurait la seule constante de ses délires. Ianto restait le seul sur qui Jack puisse compter, et Ianto fut sa dernière pensée lorsqu’il s’écroula par terre, le nez dans la mare.

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Jack se releva en riant, la figure et le cou trempés et maculés de vase. Le haut de son manteau ayant subi le même sort: un petit tour dans la mare sinueuse du Hub. Il eut l’impression de peser le double de son poids habituel, associé à celui du lourd uniforme, et s’octroya quelques larges secondes pour se remettre sur pied. Il secoua la tête, gesticula comme s’il était infesté de puces, puis ouvrit les yeux.

Devant lui d’énormes boyaux prenaient racine dans le sol métallique pour traverser la pièce en hauteur et percer le plafond oblong. Au beau milieu de cet amas de tuyaux, une station de commande à six postes, des manettes partout, et des boutons lumineux et clignotants aussi. Les murs art-déco formaient un ovale imparfait. La pièce dans laquelle il se trouvait n’était pas carrée et ne figurait sur aucun des plans de Torchwood. Mais elle était si familière et reconnaissable entre mille. Le Tardis !!!!!

Jack ne put s’empêcher de rire aux éclats. Partagé entre l’envie de crier et celle de pleurer. Les larmes montaient mais n’arrivaient pas à traverser l’humeur de ses yeux. Alors qu’il était persuadé d’avoir trouvé un embryon de réponse à ses questions; qu’il avait conclu après moult réflexions que le sperme alien était à l’origine de tous ses rêves érotiques et émotionnels, sa belle théorie tombait à l’eau, à son tour.

Un bruit de porte grinçant attira son attention. Peut-être pas si incohérente comme théorie, puisque le Docteur en personne vint se jeter dans ses bras, son long manteau volant derrière sa fine silhouette de héros modeste et intouchable.

 

- Capitaine, que je suis content de vous revoir !!! Claironna le Docteur .

- Pareil pour moi, Docteur.

Les deux amis se congratulèrent joyeusement. Pour quel exploit? Aucune idée. Même s’il se réjouissait de revoir son ancien partenaire d’aventures et brillantes et folles, Jack n’était pas en état de cumuler les errances mentales qui le fatiguaient physiquement.

- Docteur? Je peux savoir ce que vous faîtes dans mon rêve?

Le pétillant Seigneur du Temps considéra la question sous un autre angle. Celui de la distorsion du temps.

- Qui vous dit que vous êtes en train de rêver? Ce pourrait être un monde parallèle? Une confusion du temps qui aurait détraqué la chronologie de vos évènements? Ou bien encore la somme concentrée des moments forts de vos vies, Jack!

Jack secouait la tête et attendait que le Docteur arrêtât de parler - ce qui était du domaine de l’impensable.

- Ou encore un choc psychotrope de votre cerveau bouillonnant? Ou…

- Non, c’est d’origine alien, Docteur. Une substance que j’ai dénichée à Cardiff sous la Faille, le coupa Jack, impatient d’en finir avec les divagations inutiles de son ami.

- Comment cela? Racontez-moi.

Les deux hommes s’adossèrent à la rampe de l’entrée du Tardis.

- C’est un sperme alien…

- Un sperme? Fit le Docteur, étonné et intéressé.

- Oui. Il doit avoir des propriétés chimiques qui influent sur mon inconscient ou que sais-je? Je passe d’un rêve…spécial à un autre, sans pouvoir distinguer les rares passages où la réalité reprend le dessus.

- Qu’entendez-vous par rêve spécial?

Jack noya le poisson.

- Un rêve comme celui-ci, où vous apparaissez alors que vous êtes ailleurs, en train de sauver le monde. Et qui ne colle pas avec le reste.

- Cela n’a rien de spécial, Jack. Je vous manque et je vous comprends !

- Non, tous mes rêves sont liés à…

Jack ne trouvait pas le courage de préciser la nature de ses rêves.

- Sont liés à quoi, Jack? L’encouragea le Docteur avec son sourire inimitable.

- À ma sexualité.

Jack se redressa pour lui faire face.

- Je suis avec mes anciens amants…et j’assouvis mes pulsions sexuelles à leur contact.

- J’avais oublié que la disette sexuelle ne vous avait jamais concerné. Problème typiquement Jack!

Le Docteur lui décocha un clin d’œil malicieux.

- Donc, reprit-il avant que Jack ne put répondre, vous êtes en plein chaos hormonal à cause d’un sperme alien? C’est bien cela?

Jack entrouvrit la bouche pour parler.

- Et selon vous, je n’ai pas ma place dans votre chaos?

Le Docteur souriait, nullement offensé.

- Exactement.

Le Docteur enleva son manteau qu’il jeta par-dessus la rampe et se mit à marcher de long en large à travers le Tardis.

- Vous êtes certain que je n’ai pas ma place dans ce chaos, Jack?

- Absolument, affirma Jack en riant.

Mais rien n’était moins sûr, pensa-t-il.

- Je vois cela comme un tournant symbolique dans votre…dans vos vies affectives, déclara-t-il, satisfait.

Jack pencha la tête, dubitatif devant l’enthousiasme de l’autre.

- Vous voulez bien développer?

- Avec joie. Comme votre vie entière défile, dit-on, à l’heure de votre dernier soupir, vos vies passées se rappellent à votre bon souvenir comme s’il était temps pour vous de faire le deuil de l’une d’entre elles. Oui mais laquelle? Réfléchissons un peu. Une vie pleine d’amours contrariées, rudoyées, dénigrées, et, pour certaines, tuées dans l’œuf qui demanderaient à déserter votre âme définitivement.

- Vous êtes trop cérébral, Docteur. Cela n’a pas de sens. Je ne suis pas sur le point de mourir.

- Non. Je suis bien placé pour le savoir. Et je ne suis pas plus cérébral que vous, Jack. Réfléchissez. Il s’agit de faire le deuil d’une vie amoureuse.

Pas si grotesque comme déduction, pensa Jack, soudain confiant.

- Oui mais vous êtes quoi dans cette histoire?

- Je vous aide à résoudre le problème. C’est mon domaine de prédilection, la résolution des problèmes alambiqués, Non?

- Tout à fait d’accord. Mais nous nous éloignons de la sauvegarde de la planète !

- Pas du tout ! Au contraire. Que deviendrait votre belle planète sans le Capitaine Jack Harkness?

- Effectivement. Dit comme ça…mais quelle vie dois-je enterrer?

Le Docteur le saisit par les épaules.

- Sur ce plan, je ne peux rien vous apprendre. Vous seul êtes la solution.

Jack acquiesça.

- Sans doute. Mais je persiste à dire que votre place n’est pas ici, Doc, dit-il, taquin.

- Oh, avec vous, il faut s’attendre à tout.

- C’est vrai, avoua Jack, vous avez toujours été là pour moi. Et malgré votre allure de gringalet anorexique, je vous trouve un certain charme.

- Et c’est reparti ! Vous êtes impossible, Jack !

Les deux amis partagèrent une nouvelle accolade et Jack salua le Docteur avant de se diriger vers la sortie.

- À votre avis, Doc? Que vais-je trouver derrière cette porte? Lui demanda-t-il en posant la main sur la poignée.

Le Docteur, tout sourire, leva un bras d’encouragement.

- L’aventure, Jack. L’aventure !

Jack soupira, et espéra de tout son être que Ianto l’accueillerait, de l’autre côté de la porte - et de son rêve- avec son inséparable corps de braise.

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Quittant le Tardis, Jack referma la porte en bois derrière lui, les yeux mi-clos. Il n’était pas pressé de connaître la suite de son tourment. Le Docteur, le charmant héros éternellement espiègle, l’avait conforté dans son malheur. Mais la tâche qui l’attendait à présent n’était pas de tout repos. Au cours de sa longue, très longue vie, Jack avait charrié des tonnes d’aventures sentimentales et sexuelles sur son dos fourbu. Comment décrypter sans se tromper le message du Docteur et les indices disséminés ça et là dans ses rêves? De quelle vie parlait-il? Et pourquoi Jack devait -il faire le deuil de quoi que ce fut de si futile? Seuls les êtres chers que la mort lui arrachait méritaient qu’il fasse ce travail de deuil. Mais ses amours?

Il devait faire face à des impératifs bien plus justifiés. Il avait un poste à haute responsabilité et se serait prêté de bonne grâce à ce petit jeu de devinettes s’il avait été rentier à vie ou même un simple livreur de pizzas.

- Jack?

Contraint de lever la tête vers celui qui l’apostrophait, Jack réalisa qu’il était sur les docks à l’entrée du Hub. Owen et Gwen venaient vers lui. Jack rabattit son col car un vent glacial lui fouettait le visage. Il reconnaissait ce froid typique de Cardiff, mais cela ne prouvait rien.

- Jack, on vient de trouver des restes d’un engin non identifié qui vient de s’écraser au sud, à 10 miles de la baie.

Owen souleva sa lourde mallette. Gwen lui montra un sac rempli de ferrailles..

- On a tous les échantillons ce coup-ci, ajouta le médecin.

- Ce coup-ci? Qu’est-ce que tu veux dire?

Owen le regarda, surpris.

- Ben tu sais bien, les bris de fer qu’on a ramené hier, ils proviennent tous du même site.

Jack hocha la tête pour signifier à son employé qu’il avait compris. Mais il n’avait rien compris.

- Magne-toi, je me les gèle, rouspéta Gwen en entrant en vitesse au Hub, talonnée par le jeune homme qui laissa le passage ouvert pour Jack.

- C’est bon, allez-y. leur dit -il. Je reviens !

Une fois seul, Jack réfléchissait plus efficacement. C’était quoi cette histoire de fer retrouvé hier? Une lueur lui traversa l’esprit. Les fragments de fer de la fiole ! Ces morceaux de ferraille qu’Owen avait étalés sur sa table après avoir raconté à son auditoire favori sa folle nuit sportive avec une certaine tigresse. Ces bris de fer n’avaient donc rien à voir avec la fiole. Jack fouilla dans ses poches et sortit la fiole dorée, la seule qui existait vraiment et que Jack n’avait jamais cassée. Par conséquent, Owen n’avait pas succombé à son charme enivrant, enfin pas encore. Jack sourit de son plus beau sourire. Il avait envie de voir Ianto. Maintenant que le cas Owen était éclairci et hors de propos, il plancherait volontiers sur le cas Ianto, avec une motivation saine mais des arguments moins avouables.

Jack Harkness revint au bercail, soulagé d’un poids, et décidé à sauter à pieds joints sur son étourdissant tea-boy.

Seulement dans l’ivresse retrouvée, Jack perdit à nouveau le sens des réalités. Et si ce qui venait de se passer, la découverte de cette ferraille et le retour de mission de ses deux jeunes subalternes, si tout cela n’était pas réel? Une seule façon d’en avoir la certitude. Faire parler son corps et faire en sorte que Ianto y réponde comme précédemment. A moitié groggy par le froid et par ses doutes, Jack se réfugia dans la chaleur du bâtiment. Il allait laisser agir ses hormones. Comment être sûr en ce cas que le sperme alien n’entrait pas encore en ligne de compte dans sa décision?

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chrismaz66  (30.05.2010 à 16:32)

La journée de travail s’écoula tranquillement. L’équipe procéda à toutes sortes d’analyses sur les kilos de fer ramenés du crash. L’esprit vagabond, Jack assura le minimum syndical. Son histoire de fiole en métal était bien plus importante à ses yeux. Il avait remis l’objet en question dans le coffre. Il n’y toucherait plus et espérait qu’ainsi les effets s’estomperaient progressivement.

Il se réjouissait à l’idée de passer la nuit avec Ianto, quelque soit l’humeur parfois lunatique de ce dernier. Jack exercerait toute sa force de séduction pour le persuader de rester si par malheur, Ianto avait prévu autre chose pour la soirée. Heureusement, et pas vraiment étonnant, le jeune homme, encore sous l’effet de la séance bureau, ne tourna pas longtemps autour du pot, ni autour de Jack.

Owen, Tosh et Gwen à peine partis, Ianto se rua sur Jack, les yeux brillants, le ton exagérément

osbquieux. Il chevaucha Jack qui était assis devant le poste de travail de Tosh, à relire les résultats d’analyses.

- Jack, aurais-tu l’immense bonté de me redire que tu m’aimes, comme ce matin? J’apprécierai grandement, lui dit-il en enfouissant la tête dans le cou de son amant.

- Mais de quoi tu me parles?

Ianto se redressa, comme si le cou de Jack était soudain un no man’s land déclaré.

- Tu te paies ma tête?

Jack semblait sérieux, et intrigué.

- Je ne comprends rien à ce que tu me dis, Ianto.

Le jeune homme retira ses bras des épaules de Jack et prit appui sur sa jambe droite pour quitter les cuisses fermes de son en-cas préféré. Jack posa une main de fer sur la jambe et l’immobilisa.

- Tu ne bouges pas d’ici, Ianto. Je te taquinais.

Jack, ravi de son effet, sourit et embrassa le jeune homme.

- Et je dois te demander une faveur, ajouta-t-il, aguicheur.

- La même que ce matin?

Jack, satisfait car il avait anticipé cette réponse, secoua la tête.

- Non. J’aimerais que tu me dises tout ce qui s’est passé depuis notre conversation de l’autre soir, je ne me rappelle plus quel soir…Bref, quand je t’ai raconté ma vie au sein de la troupe de bohémiens, tu te souviens?

Déçu, Ianto fit oui de la tête. Il se trémoussa délicieusement contre lui, pour l’exciter mais Jack ne cèderait pas. Pas tout de suite.

- Arrête. Je suis sérieux, Ianto. J’ai besoin de comprendre ce qui m’arrive. Et tu es le seul à pouvoir m’aider. J’ignore pourquoi mais dès que tu es là je sais que je ne suis pas en train de rêver, alors aide-moi, tu veux bien?

-Tout ce que tu veux, si tu me le redis d’abord.

Son expression changea subitement. Il passa du loup en rut au chien obéissant et aimant. Il fixa Jack, puis posa ses mains sous ses yeux, des mains caressantes et chaudes.

- Tu as des cernes énormes, Jack. Tu n’es pas beau à voir.

- Comment ça je ne suis pas beau?

Jack voulut l’enguirlander.

- Et tu as des petites pattes d’oie. Tu es vraiment fatigué, ajouta le jeune amant.

La voix de Ianto était douce et pleine d’inquiétude.

- Oui, tu as raison, soupira Jack. C’est pour cela qu’il faut que tu me racontes tout, tu veux bien?

- Tout ce que tu veux, si tu me le redis.

Obstiné, le Ianto. Il ne lâcherait pas sa proie.

- Je t’aime.

- Encore.

- Tu as fini ton manège ? Dis-moi pourquoi tu as été particulièrement éprouvé par notre mission à l’Electro.

- Tu connais mon amour pour le cinéma. Ces acteurs sortis pour se réincarner, ça m’a fait un choc.

- Et c’est tout?

- Oui. Pourquoi?

- Peu importe. Qu’est-ce qui s’est passé quand tu es parti? Le lendemain?

- Quand je suis parti? Mais je ne suis allé nulle part, Jack. On est allé se coucher.

Première fausse note dans la symphonie onirique.

- Quoi?

- On a été très sage. Je me suis écroulé de sommeil. Je t’ai entendu te lever en pleine nuit, et à mon réveil, tu étais à côté de moi, endormi comme un bébé. Je t’ai regardé dormir. Je le fais souvent, tu sais. Tu es si paisible quand tu dors. Et tu souris souvent. C’est…magique.

Ianto parlait en lui caressant les cheveux.

- Continue.

- Après, je faisais le café quand tu t’es mis à crier « reviens! » ou quelque chose comme ça, alors que je partais juste pour éteindre la machine et préparer les tasses.

- Je m’en souviens, oui. Oui, et après?

- Après tu es parti en vrille. Tu avais l’air absent, préoccupé, ailleurs.

Ianto amorça une nouvelle tentative de séduction. Il lui lécha le cou, et frotta son entrejambe sur celle de Jack, l’air innocent.

- Ensuite? Demanda Jack en le repoussant gentiment.

Ianto ronchonna.

- J’en ai marre. Tu veux pas qu’on en discute plus tard?

La tentation était grande. Jack dut se faire violence pour résister à cet air d’enfant penaud.

- S’il te plait. Continue.

- Que je continue quoi? De parler ou de te secouer un peu?

- S’il te plait.

Jack implorait. Tel un mendiant quémandant une petite pièce pour survivre. Ianto recula légèrement pour refroidir ses ardeurs.

- Après, tu as brisé une tasse et tu t’es confondu en excuses. Ensuite, on a rédigé le rapport sur l’Electro. Ensuite…Je ne sais plus.

- Fais un effort, bon sang !… Excuse-moi…

Ianto ne sembla pas s’émouvoir par le ton énervé du Capitaine. Fidèle à lui-même et à son immense commisération, il fouilla dans ses souvenirs.

- Ah oui. On a pas mal déliré sur le sperme alien, avec Owen.

- La fiole, oui. Je me souviens de ça. Elle existe alors?

- Oui. Après on a fait l’amour. C’était bien, tu t’en souviens?

Jack n’en avait pas le moindre souvenir.

- Bien sûr. Pour qui tu me prends?

- Pour moi.

- Quoi?

- Quand je te prends, je le fais pour moi ! ( gimme five, Denis Maréchal, humoriste génial, note de l’auteur ^^^).

Jack rit de bon cœur.

- Très spirituel ! Et égoïste !

- Bref, le coupa Ianto qui voulait en finir avec cette requête peu palpitante et désireux surtout d’évoquer le plus doux passage d’entre tous. Le lendemain matin, tu étais surpris que je sois déjà là avant que tu ne te réveilles - vexant pour moi - puis tu as commencé à me harceler de questions au sujet de tes rêves et de la fiole. Tu avais définitivement perdu la raison. C’est pour ça que tu m’as dit « je t’aime » des tonnes de fois et que les autres ont failli s’étrangler de rire en nous entendant crier depuis ton bureau. Tu te souviens?

Les yeux de Ianto lui perçaient le crâne. Spirituel et rusé, le Ianto. Et drôlement tenace. Irrésistiblement adorable.

- Je me souviens de tout ça. Comment oublier?

Il le fit mariner un peu dans son jus avant de lâcher, sur un ton emphatique, la phrase fatidique.

- Et je ne t’ai pas dit que je t’aimais parce que je perdais la raison. Je te l’ai dit parce que je le pense.

Et Jack l’embrassa sauvagement. Passionnément. Il était soulagé, en paix avec ses nerfs. Tout ce que lui avait raconté Ianto était la seule et unique réalité. Tout le reste appartenait à ses délires. Owen, Alec, Jack, John et le Docteur, tous avaient été un pur produit de son imagination. Il en était certain, à présent. Il continuait d’embrasser et d’être embrassé, la fièvre montait en lui. Il s’occuperait plus tard de la fiole, et de comprendre à laquelle de ses vies amoureuses le Docteur lui avait conseillé de dire adieu. Béni soit le Docteur!

Son cerveau se verrouilla. Son corps prit les commandes. Il était grand temps pour lui de faire parler ses hormones et de remercier chaleureusement le jeune homme qui venait de le libérer d’un joug redoutable. Il se nourrissait de l’odeur affolante de son amant, respirant le parfum de son excitation grandissante entre ses jambes. Très vite déshabillés, ils hésitèrent à s’accomplir sur la chaise de Tosh. Jack prit la main de Ianto et l’entraîna sur le sofa, qui en avait vu des vertes et des pas mûres. Ils se perdirent totalement dans les bras l’un de l’autre, leur peau mêlées, leurs plaintes unies.

- Je t’aime, Jack.

- Je t’aime aussi.

- Je vais tout quitter pour toi. Claire n’a plus le moindre charme à mes yeux. Vous m’ensorcelez, Jack.

Le Capitaine s’étouffa presque. Il remonta vers le visage haletant et son monde merveilleux vola en éclats.

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chrismaz66  (30.05.2010 à 16:34)

CHAPITRE FIVE

- Alec?

- Jack?

Le Capitaine se redressa sur les genoux, à cheval sur son amant allongé qui le dévorait des yeux. Alec l’attira à lui par la nuque.

- Pardon, Jack. Pardon, j’ai le don de vous déstabiliser au moment le moins bien choisi

Il l’embrassa tendrement et le força à se rallonger sur lui.

- Mais comprenez-moi. Je deviens fou. Je suis capable de tout quitter pour vous. Et dans le feu de ma passion, je ne me contrôle plus. Je déblatère sans aucune raison.

Jack n’avait pas la berlue. Il était bel et bien dans les bras d’Alec, alors qu’une minute plus tôt, il s’apprêtait à faire l’amour à Ianto!

- Lâchez-moi, Alec ! Vous n’êtes pas réel !!!!

Jack se dégagea de son emprise et se leva pour se rhabiller. Ses vêtements traînaient au pied de la chaise de Tosh. Il alla les récupérer, et en se baissant, il sentit dans son dos le corps nu et vigoureux d’Alec qui vint se coller contre lui, l‘emprisonnant dans ses bras solides, son désir flagrant contre ses cuisses.

- Lâchez-moi! Hurla Jack en se débattant mais l’autre avait une poigne de fer.

Alec le garda serré contre lui. Jack ferma les yeux et laissa tomber sa chemise, sur le tas d’habits amassés près de la chaise. Un tas d’habits? Il rouvrit les yeux et vit entre sa chemise, son tee-shirt et son pantalon, les vêtements de Ianto !

Alec se frottait contre lui, anxieux de le posséder, sans succès. Malgré son envie et la raison qui le fuyait, Jack se maîtrisa.

- Je vous ai dit de me lâcher !!! Vous n’existez pas ! Aucune chance de me baiser ce coup-ci !!!!

Alec obéit. Jack se retourna vers lui. L’homme était perdu, désarçonné.

- Jack, je ne comprends pas…

- Comment vous faire partir? Demanda Jack, plus à lui-même qu’à l’autre.

- Que vous arrive-t-il, Jack?

- Pourquoi vous? Pourquoi vous? Répétait Jack, admirant malgré lui la nudité de cet homme si séduisant.

- Ai-je dit quelque chose de déplacé? Ne tenez pas compte de mon emportement, vous voulez bien? S’enquit Alec, qui profita du regard charmé que portait Jack sur son corps excité pour se rapprocher et le prendre dans ses bras.

- Pourquoi me rejetez-vous ainsi, Jack?

Alec, enjôleur, lui chatouilla le bas du dos. Alec adorait le dos de Jack.

- Lâchez-moi!

Jack criait mais il n’opposa aucune résistance et laissa Alec le dompter à nouveau. Il cherchait une réponse dans ses yeux gris-vert, et impuissant, sentit les mains de l’autre monopoliser tout son corps, peu à peu.

- Jack, laissez-vous aller, lui murmura Alec, de plus en plus entreprenant. Je vous aime mais je ne vous oblige à rien. Je veux juste que vous le sachiez et qu’à aucun moment vous ne puissiez en douter.

Ses doigts glissaient sur les muscles tendus, le contact de sa peau lui procura des soubresauts de plaisir. Les lèvres sur les siennes, entrouvertes, demandeuses, perlées de désir, l’asservirent totalement. Après tout, ce n’était qu’un rêve et dieu qu’Alec pouvait se montrer persuasif.

Les deux amants, nus et enlacés, firent l’amour intensément. Jamais auparavant, ils ne se s’étaient aimés aussi fort. Aussi passionnément.

Les sens hérissés de plaisir, Jack en oublia que ce n’était qu’un rêve.

L’ouragan Alec lui étant passé sur le corps, Jack se remit difficilement de ce cataclysme pernicieux, lui qui d’habitude se montrait endurant et plein de ressources à chaque fois renouvelées. Il comprit, sous les courbatures qui le tiraillaient déjà, que sa fatigue était la conséquence de son bric-à-brac psychologique, plus que des exigences sexuelles de son amant. Incapable de se relever, il demanda à Alec de quitter le sofa. L’expert jura dans un accent rocailleux, ulcéré de se voir ainsi congédié après une telle communion sensuelle. Mais il finit par se lever, et alla se rhabiller en grommelant.

Jack resta allongé, sans bouger, silencieux, les yeux fermés. Et nu. Son esprit l’avait déconnecté de la réalité. Il sursauta quand Alec revint se pencher vers lui pour l’embrasser.

- Ne me touchez pas ! Je vous croyais parti…

- Pas sans un dernier baiser, Jack. Je suis discipliné.

Alec savait prodiguer de belles paroles mais son regard insistant sur le corps de Jack trahissait son incroyable addiction au sexe.

- Alors posez vos yeux ailleurs ! Grogna Jack, qui ne fit rien pour cacher sa nudité.

Alec se rebiffa.

- Je suis libre de regarder ce que je veux. Et c’est vous que je veux! Vous comprenez?

Jack le saisit par la cravate et lui vola un baiser.

- Vous avez eu votre dernier baiser. Partez, s’il vous plait.

- Pourquoi? Je ne désire qu’une chose, Jack. Rester avec vous jusqu’à ma mort…

Jack soupira. Comment le faire partir de son rêve de damné? Alec était le plus résistant des fantasmes qu’il ait vécu depuis des lustres. Comment le faire partir?

Il parvint à s’asseoir sur le sofa et attrapa un dossier qui traînait là pour se couvrir les cuisses.

- J’aime Ianto. Et je le lui ai dit. Oh, oui. Je suis désolé mais vous n’avez plus de place dans mon cœur. Alors, partez. Je vous en supplie. Cessez de me persécuter, vous n’obtiendrez rien de plus.

Jack avait conscience qu’il parlait à une entité abstraite. Mais tout avait été si vrai pour lui, extraordinairement vivace et excitant. Il pensa que la solution se trouvait dans l’auto persuasion. A force de matraquage acharné, il réussirait à se convaincre de la véracité de ses sentiments.

Sinon il était bon pour finir dans un sanatorium.

- J’aime Ianto Jones. Depuis que je l’ai rencontré. Je l’aime. Je l’ai engagé pour son corps. Pour son joli minois. Pour ses lèvres si douces. Je l’ai harcelé jusqu’à ce qu’il me cède. Je n’ai pas eu à attendre bien longtemps. Mais s’il avait fallu, je l’aurais attendu toute l’éternité. J’aime Ianto. J’aime Ianto Jones.

Le sourire narquois sur le visage serein d’Alec l’énerva franchement. Il se leva, jeta le dossier par terre et s’avança vers l’homme.

- Vous trouvez cela drôle ? Hurla-t-il, vous pouvez me dire ce que vous trouvez de drôle dans ce que je vous dis?

- Vous ambitionnez sincèrement de vivre avec Ianto, Jack?

Trop las pour faire des ronds de jambe, Jack alla ramasser ses vêtements. On perd en crédibilité et en sérieux quand on veut faire valoir ses arguments, nu comme un ver. Une fois rhabillé, Jack fit claquer ses bretelles et réalisant qu’Alec était encore là, il manoeuvra autrement. Persuasion toute en séduction. Son arme imparable.

- Alec, dit-il en se rapprochant jusqu’à ce que son corps frôle celui de l’intrus obstiné. C’est vrai, je vous ai aimé. Follement. Vous n’en doutez pas. Mais soyez lucide, vous êtes un homme de bon sens. Tout cela ne nous mènera nulle part, n’ai-je pas raison?

- Je suis prêt à aller nulle part si c’est avec vous.

- Ne vous faîtes pas plus crédule que vous ne l’êtes, murmura Jack, calmement.

- Montrez-vous plus hardi, Jack…c’est à vous de choisir. Vous n’avez toujours rien dit à Ianto propos de votre fille, Alice?

Découragé par ses nombreuses tentatives infructueuses, Jack fomenta une ultime offensive. Il passa devant Alec et sortit son portable.

- Qui appelez-vous? Fit la voix derrière lui, passablement soucieuse.

Jack ne répondit pas et s’éloigna encore plus loin.

- Vous ne pouvez m’échapper, Jack. Vous ne pouvez échapper à vos sentiments. Ils sont votre essence, ils font partie de vous.

Le ton était sentencieux. Et convaincant. Jack n’était pas fait pour la monogamie. Jack était un électron libre. Cette fiole de malheur l’avait transformé en petit mouton docile et il devait se battre contre lui-même, pour éviter de se retrouver mélangé à la masse. Accepter les codes et les devoirs établis par quelque technocratie rigide et étriquée. Très peu pour lui. Il comprenait mieux à présent son désir inflexible de garder Alec comme garde-fou. Celui-ci symbolisait le dernier rempart avant la normalisation de son existence sur Terre. Jack abhorrait l’ostracisme et toutes formes de corruption. Il ne se soumettrait jamais à cet incompressible penchant qu’avaient les humains à tout vouloir cataloguer, à vouloir étiqueter chaque être vivant, humain ou animal, d’un sceau officiel et indélébile.


chrismaz66  (31.05.2010 à 12:27)

Très peu pour lui. Jack n’appartenait à aucune de ces espèces. Il était libre, et seul. Pourquoi se torturer de la sorte s’il voulait garder sa spécificité pour lui seul? Pour Ianto?

Incontestablement, pensa Jack, puisque c’est à Ianto qu’il téléphonait. Mais ce dernier ne répondait pas. Son unique échappatoire l’abandonnait aussi. Dépité, Jack raccrocha. Alec, beau comme une statue grecque, n’avait pas bougé. Il lui souriait, confiant dans sa légitime provocation. Jack se pinça les lèvres et revint vers lui.

- Soit. Mais je vous évincerai, tôt ou tard, Alec McNeil. Je vous détruirai ! Je ferai de votre souvenir un déchet mental que je me ferais un plaisir d’incinérer dès que possible.

- Veuillez pondérer vos menaces, Jack! Vous n’êtes pas en mesure de me reléguer si facilement.

Les deux hommes se fixèrent avec dureté. Ou avec une envie qui ne disait pas son nom.

- Vous allez disparaître, et ce n’est pas négociable !

Quiconque aurait tremblé devant la colère du Capitaine. Alec, nullement troublé, plongea les mains dans les poches de son pantalon.

- Certes, Jack. Mais quand comptez-vous m’évincer? Demanda-t-il, affable.

Jack recula et détourna les yeux.

- Quand? Insista Alec

- Plus tôt que vous ne le pensez, faîtes-moi confiance.

- Vous voulez que je parte, Jack?

Jack fut surpris de ce changement d’attitude. Alec avait parlé doucement, avec une tristesse soudaine dans la voix.

- Oui..

- Vous êtes certain?

- Il le faut, Alec.

- Pourquoi? Je vous croyais libre comme l’air. Insoumis. Autonome. Indépendant. Libre, quoi.

- Je ne sais pas pourquoi, bégaya Jack. Mais il le faut. Alec, Je vous ai…

Son portable sonna. Expirant profondément, un souffle libérateur et revigorant, Jack ouvrit le portable et sourit de toutes ses dents quand il lut le nom de l’appelant. Ianto. Adorable Ianto. Ianto, indissociable de son bonheur.

- Oui, mon cher Ianto? Dit-il, les yeux rivés sur Alec.

- Jack, on a un problème. Reviens au Hub dès que tu peux, d’accord?

- Mais j’y suis déj…Hum, j’arrive.

En raccrochant, Jack ferma les yeux, attendant patiemment de s’écrouler une nouvelle fois. Il commençait à prendre le pli. Il espéra qu’Alec et sa maudite pugnacité auraient disparu à son réveil.

Mais Jack ne s’effondra pas. Encore un coup inédit de sa folie souveraine.

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Quand il ouvrit les yeux, Jack frissonna de panique. Alec était toujours là à l’admirer. Mais des voix résonnèrent à sa droite. Des pas qui faisaient trembler les dalles branlantes du Hub. Jack aperçut sa petite équipe au grand complet qui marchait vers lui.

- Vous ne voulez pas partir? Demanda-t-il à Alec.

Ce dernier secoua la tête, souriant et détendu.

- Aucune importance ! Vous n’existez que pour moi…dit Jack en allant à la rencontre des autres.

- Je me tue à vous le dire, Jack. Entendit-il dans son dos.

Faisant mine de ne pas avoir entendu, Jack rassembla ses esprits.

- Alors quel est le problème?

- La fiole, Jack. Répondit Owen, essoufflé. Elle n’est plus dans le coffre. Tosh et moi devions l’analyser pour suivre tes ordres mais oups plus de fiole !

Son sang ne fit qu’un tour.

- C’est une blague????

- Je ne vois pas le côté comique de cette blague, si c’en est bien une, fit remarquer le médecin caustique.

- Tu l’avais bien remise au coffre tout à l’heure?

- Oui, Ianto. Je ne suis pas encore sénile, malgré mon âge!

- Calme-toi, tu as peut-être oublié de…

- Non, Gwen, je n’oublie jamais rien!

L’ambiance devenait bileuse. D’ordinaire, Jack savait se montrer magnanime et attendre d’être sûr des faits pour distribuer ses sermons à qui de droit. Seulement, si fautif il y avait, cela ne pouvait être que lui. La fiole avait voyagé dans sa poche et nulle part ailleurs avant de regagner le coffre. Alors où l’avait-il mise? Et il sentait encore le regard de l’expert derrière lui. Il était sur la corde raide. Entre deux dimensions. Deux mondes distincts et si proches à la fois. II ordonna à tous de le suivre dans la salle des coffres, espérant que sa simple présence ferait ressurgir la fiole démoniaque, comme par magie incantatoire. Le coffre, ouvert, était vide, comme la tête de Jack devant le fait accompli. Il plongea machinalement la main dans sa poche et sentit le métal froid lui coller les doigts. La fiole était dans sa poche ! Il s’accouda à la porte du coffre pour ne pas tomber, les genoux brisés par l’angoisse. Il s’arrangea pour que personne autour de lui ne perçoive son malaise et déclara, sur son ton d’orateur préféré.

- Ce fluide n’a rien de toxique. On finira par mettre la main dessus. Retournez bosser.

Tous acquiescèrent…sauf Ianto. Celui-ce ne quitta pas la salle des coffres et lança un regard bizarre à son supérieur.

- Quoi? Tu as un autre problème, Ianto?

Ianto secoua la tête.

- Alors qu’est-ce que tu attends?

- Que tu me dises ce qu’il fiche ici…

- Qui ça…?

Jack comprit. Ianto avait vu Alec. Donc, Jack était en plein rêve. Tout devint limpide et agréablement rassurant. Il avançait à pas de loup dans ses méandres oniriques et réalisa qu’il n’était plus très loin de la vérité. Ianto était revenu s’immiscer dans son rêve avec Alec car Ianto était la solution à son problème. Ou le problème à sa solution? Maudit soit l’ordre établi sur cette planète de dégénérés. Jack devait choisir entre ses deux amants. Entre le serpent venimeux et dominateur et l’agneau doux mais intrépide. Quel savoureux dilemme. Quelle dualité étrange et vaine. Typiquement humaine.

- Tu le vois aussi? Demanda Jack en lâchant le coffre pour venir se cramponner aux hanches de Ianto.

- Réponds-moi, Jack.

- Tu te trompes de cible, mon jeune ami. Il n’est pas là. Il n’y a que toi et moi dans ce monde parfait.

Jack effleura des lèvres la bouche crispée du jeune homme, le forçant doucement à accepter le passage de sa langue empressée et chaude sur la sienne. Jack fit tournoyer sa langue autour de sa camarade, la faisant glisser sous puis à nouveau sur la langue de l’autre qui était redevenu l’élève assidu et fébrile de leurs jeux délurés. C’était presque trop simple, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire … Mais c’était toujours aussi excitant. Les mains de Ianto s’agrippèrent au manteau, leur langue jouèrent un peu plus frénétiquement quand celle de Ianto prit la poudre d’escampette, sous le regard intrigué du Capitaine.


chrismaz66  (31.05.2010 à 12:28)

- La fiole, elle est dans ta poche ! S’écria le jeune homme incrédule qui recula contre la table.

Jack manqua de tomber pour de bon cette fois-ci.

- Pourquoi nous as-tu menti, Jack? Qu’est-ce qui t’arrive?

- Je n’ai pas menti…mais cela n’a plus aucune importance. J’ai tout compris. Je suis clairvoyant, tu sais. Tu es dans mon rêve et je fais ce que je veux de toi, dit-il en se rapprochant, mielleux et séducteur. Il le saisit par la taille. Tu as une objection à formuler? Une demande en particulier? Mais réfléchis avant de parler, je pourrais me fâcher contre toi et te priver de mes charmes.

- Tu es en plein délire, Jack ! Donne-moi la fiole !

Ianto avait enfoui la main dans la poche du manteau, il pouvait lui aussi toucher le petit flacon de métal mais Jack ne se séparerait pas de son bien - de son mal?- si facilement.

- Lâche-la, Ianto !!

- Non !

- C’est un ordre !

Le jeune homme se redressa et flanqua un coup de tête à Jack qui, sous l’effet de la surprise, bascula en arrière, sonné. Ianto s’excusa et partit avec la fiole.

- Je commence à en avoir ma claque de cette fiole !!!! Regimba Le Capitaine, hors de lui.

Il coursa Ianto à travers le hub, bousculant Tosh et Gwen sur son passage, renversant une masse de dossiers posés à l’extrême bord d’un des bureaux de l’informaticienne, sommant Ianto de lui obéir sur le champ. Lorsqu’il se retrouva nez à nez avec Alec, à la même place et le même sourire perfide sur les lèvres, il tenta de repérer Ianto mais ses yeux étaient irrémédiablement attirés sur ceux de l’expert.

- Ok. C’est quoi le message? Qu’on en finisse une bonne fois pour toutes !

- Ianto vous fuit. Je suis là. Je ne vous fuis pas.

Jack gloussa.

- Quelle réplique de bazar ! Vous me décevez, Alec McNeil. Vous m’avez habitué à mieux.

- C’est pourtant le constat que vous feriez si vous n’étiez pas aussi obtus. Il vous désobéit. Il vous espionne. Il vous demande des comptes…

- Parce qu’il m’aime. Et je l’aime.

L’expert, rusé , releva l’accroc dans la voix du Capitaine.

- Au point de me sacrifier? De nous sacrifier, Jack?

Jack avait la réponse idéale à cette sempiternelle question.

- J’ai passé ma vie à me sacrifier, à sacrifier ceux qui m’ont entouré. Ceux qui m’ont épaulé. Ceux qui m’ont aimé. Vous ne serez pas l’exception, Alec. Je suis désolé mais c’est ma croix. Et la vôtre, par ricochet.

- Alors, pourquoi ne pas le sacrifier, lui au lieu de moi?

Alec n’était plus le conquérant que Jack avait eu en face de lui un peu plus tôt dans son rêve. Encore moins l’amant carnassier et attentionné qu’il avait dévoyé quelques mois en arrière.

- Ianto a besoin de moi, plus que vous n’avez besoin de moi. Il est de mon devoir de veiller sur lui et de lui offrir ce que j’ai de meilleur en moi. Sans restriction.

- Soit. Si tel est votre conception de l’amour, je vais docilement m’éclipser et vous laisser en paix. Veuillez souligner la ténacité avec laquelle je me suis battu, Jack. Ajouta-t-il en souriant faiblement. Vous ne pourrez pas dire que je n’aurais pas tout tenté, n’est-ce pas?

- C’est à porter à votre crédit, je vous assure, Alec. J’ignore si c’est ma conception de l’amour que je viens de vous donner mais…c’est l’idée que je me fais de ce que doit être ma vie ici, sur Terre, à Torchwood. Vous…vous allez disparaître à présent?

- Oui, Jack. Je me soumets à vos désirs. Aussi insensés soient-ils! Aussi peu cohérents avec ce que je sais de vous mais je respecte votre choix.

- Attendez, je… balbutia Jack, nerveux. Ce n’est pas un choix, c’est une décision. Je…Il faut….

- Cessez de vous torturer, Jack. Je vous ai parfaitement compris. Je dois m’en aller…

- Non, attendez !

Le Capitaine posa un bras sur son épaule et regarda autour de lui. Son équipe vaquait à ses occupations routinières sans se soucier de leur conversation. Impossible de savoir où Ianto se cachait. Le chaos mental de Jack comptait autant de zones secrètes que ce satané Hub aux allures de labyrinthe.

- Jack?

- Non, je voulais juste…

Jack déposa un baiser chaste sur les lèvres de l’expert.

- Adieu, Alec. Je suis désolé.

- Soyez heureux, Capitaine. Vous méritez d’être heureux. Adieu.

Luttant contre l’envie irrépressible de fermer les yeux, Jack fixa le visage d’Alec. Il ne voulait pas perdre une miette de l’ultime apparition de son amant inestimable. Et, paradoxalement, il voulait le voir disparaître sous ses yeux. Une tape violente dans son dos le fit déraper sur une dalle, maudite dalle. Cherchant à garder l’équilibre, Jack dut détourner le regard un quart de seconde trop tôt et ne put assister à l’évaporation d’Alec. Fou de rage, il se retourna et vit Ianto qui le narguait, la fiole dans la main. En temps normal, Jack adorait le sourire pincé de Ianto mais le moment était mal choisi. Pas question de tailler le bout de gras avec lui. Jack était indigné, à la limite de l’implosion.

- Rends-moi la fiole !!!!

Contre toute attente, Ianto obtempéra et lui rendit l’objet. Cette soudaine attitude résultait sans doute du fait que Jack venait à l’instant de mettre un terme à ses atermoiements intimes. Ou peut-être pas.

- Tu peux la garder. Elle est vide. Comme toi. Owen l’a analysée. Tosh vient de sortir le compte-rendu.

Ianto jubilait. Jack ne lui en tint pas rigueur. Il n’était pas du tout amer, car il savait qu’il rêvait toujours. Ianto ne pourrait jamais oser lui dire qu’il était vide. Pas depuis Lisa.

- Et quel est le verdict? Si bien sûr elle ne s’est pas plantée comme la première fois!

- Elle ne s’était pas trompée, Jack. Ce machin est inoffensif. Et non toxique. C’est juste du sperme.

- Vous n’êtes qu’une bande d’incapables ! S’énerva Jack en courant vers Tosh.

- Tosh ! Tu as quoi dans le crâne? Ce truc a forcément un effet néfaste qui t’a encore échappé !

- Tu te perds en conjectures, Jack, lui rétorqua la jeune femme sans émoi. A défaut de perdre la vie, tu risques d’y perdre la raison.

Jack la regarda, médusé. Même dans son rêve Tosh n’était pas censée lui parler ainsi. Quel toupet! Persuadé qu’il n’obtiendrait rien de bon de cette gabegie intellectuelle, il préféra tourner les talons et s’isoler sur le toit. Histoire de prendre l’air. Et de se remettre du tour pendable que son cerveau en lambeaux venait de lui jouer.

Etait-il possible de rêver que l’on rêve? C’était peut-être une particularité humaine, et Jack, à force de côtoyer les hommes et les femmes de cette planète avait réussi à leur ressembler jusque dans leur façon d’utiliser leur cerveau complexe et étonnamment ombrageux. Il devrait se renseigner à ce sujet. Freud, grand spécialiste des rêves n’avait jamais évoqué les risques liés au rêve imbriqué dans un autre rêve. Cet obsédé textuel ignorait peut-être même tout de ce cas de figure mental.

Jack ne médita pas longtemps sur ce problème. Il était strictement incapable de penser à quoi ce soit de logique. Le bon Docteur était le seul à avoir compris mais Jack persistait à craindre une prochaine apparition de quelque amant ou amante et la seule chose que, lui, était certain d’avoir comprise, c’était qu’il n’y avait plus rien à comprendre. Que tout s’effondrait devant lui dès qu’il réussissait à construire un semblant de suite logique. Fondamentalement, il avait fait le bon choix. Non, il avait pris la bonne décision. Car on ne choisit pas d’être ce que l’on est, et croire que l’on pouvait choisir la personne avec laquelle on voulait vivre était une idée erronée. Une idée reçue qui avait la peau dure. Même pour Jack.

Peu après, Il regagna le Hub. Sans la moindre idée de ce qui l’attendait mais il était las et à bout de souffle. Il ne lutterait plus.

Tête baissée, il traversa en silence le Hub central pour se faire un café. Rêve ou réalité, aucune importance, il avait envie d’un café. Il ne fut pas surpris de s’apercevoir qu’il était seul dans le bâtiment. Cela le soulagea. Il n’avait rien contre un peu de repos. Qui allait venir le déranger cette fois-ci? Il n’eut pas longtemps à attendre. Il entendit des pas au dessus de sa tête. Quelqu’un se promenait dans la serre. On aurait dit que cette personne déplaçait des meubles ou des pots de fleurs. Owen? Le médecin affectionnait le jardin du Hub, et pensait toujours à l’entretenir entre deux dissections. Jack monta pour en avoir le coeur net. Quand il ouvrit la porte de verre, il voulut faire demi tour. Il avait reconnu le joli cul qui était coincé entre deux plantes vertes. Ianto se redressa en l’entendant entrer.

- Jack, tu peux venir m’aider à pousser ce pot? Il pèse une tonne, lui dit-il, calmement.

Jack ne pouvait rien lui refuser. Il vint lui prêter main forte, sans dire un mot.

- Je te remercie. Depuis le temps que je voulais aménager la serre…

Ianto continua son ménage. Il avait ciré le parquet, déplacé plusieurs pots pur les agencer de façon plus harmonieuse , les petits avec les petits. Les grands dans le coin, formant un parterre carré et verdoyant. Ianto avait un compas dans l’œil mais aussi, visiblement, un goût sûr et prononcé pour la déco. Jack s’était assis sur le bord du guéridon et le regardait se démener comme un -super- beau diable. Le jeune homme sifflotait en époussetant soigneusement chaque feuille verte. Jack reconnut l’air qu’il fredonnait. « sweet dreams » d’Eurythmics, une mélodie entraînante et …de circonstance ! Jack se leva et se mit à chanter à son tour cette chanson célèbre des années 80, tout en se rapprochant de l’élu. Il se colla à lui, par derrière, et respira les effluves mêlées des fleurs avoisinantes et de son parfum aux notes musquées.

- Tu ne crois pas que tu as mieux à faire que de martyriser ces pauvres herbes? Lui dit-il dans le cou.

Ianto se cambra sous la caresse de son souffle chaud et caféï né. Il renversa la tête en arrière et jeta son plumeau par-dessus leurs épaules.

- Comme quoi, par exemple?

- T’occuper de moi. Me désherber le corps.

Ianto se retourna, surpris.

- Tu n’as pas de mauvaises herbes sur le corps , Jack. Tu es glabre comme une statue et les rares pissenlits que tu as ici sont doux.

La main de Ianto était sous son pantalon, caressant les pissenlits en question. Jack cherchait un remarque pertinente pour indiquer que la comparaison entre ses poils intimes et les végétaux jaunâtres ne lui plaisait guère mais la main chatouilleuse lui procura des sensations immédiates. Une flopée de métaphores bas de gamme lui traversait l’esprit mais il les oublia vite à mesure que la caresse s’intensifiait autour de son membre. Jack avait attiré Ianto contre lui et essayait de glisser sa main dans le caleçon de celui-ci. Ianto l’en empêcha en saisissant son bras fouineur pour le maintenir loin de son corps.

- C’est moi qui fais le ménage et le vide dans ta tête, Jack, murmura le jeune homme.

- Alors tu disais la vérité. Je suis bien vide? Dit Jack, haletant et proche de la jouissance.

- Pas tout à fait…

Jack se libéra dans un cri sourd.

- Maintenant tu es vide !

Ianto retira sa main, et le fixa bizarrement.

- Tu es vidé. Corps et âme, n’est-ce pas?

Jack soutint son regard narquois.

- Tu te surestimes, Ianto. Tu n’es pas capable de venir à bout d’un gaillard comme moi. Persifla-t-il en resserrant sa ceinture.

- Tu en es certain? Ne suis-je pas ton plus beau trophée?

Il était clair que le rêve continuait.

- Un trophée, ça se mérite. Je ne suis pas sûr de te mériter. Tu es sans doute un de mes plus beaux gibiers…

- Une espèce de gibier qui se laisse attraper?

- Exactement. Ces gibiers couards qui renoncent à tout effort de survie.

- Tu veux dire que je n’ai pas survécu?

Ianto parlait sérieusement. Pas Jack. Il mit un terme à ces allégories sans queue ni tête.

- Assez bavasser, Ianto. Rentre te coucher.

Jack sortit sans un mot de plus. Il désirait ardemment aller se coucher lui aussi. Ou se réveiller, selon le bon vouloir de son esprit malmené.

- J’ai survécu grâce à toi, Jack !!! Cria Ianto depuis la serre. J’ai survécu pour toi. Uniquement pour toi…Et je ne suis pas lâche !

Jack ne résista pas à cette plainte déchirante. Il remonta le rejoindre. En ouvrant la porte, il vit le jeune homme assis par terre, en chien de fusil, et courut vers lui.

- Excuse-moi, Ianto, le supplia Jack en le serrant dans ses bras. Ianto se balançait d’avant en arrière, les bras autour des genoux.

- Je ne suis pas un lâche, Jack !!!

- Je sais, Ianto. Je parlais d’amour. Je suis désolé mais tu l’es. Tu l’es en amour. Tu m’as choisi car tu savais que je resterai indépendant. Libre. Que jamais je ne m’engagerai dans une relation sérieuse et durable. Tu as recherché la protection auprès de moi. Et aussi le sexe sans conséquences. Tu as choisi la facilité, l’illusion de l’amour. Je suis désolé Ianto, tu n’obtiendras pas plus de moi et tu le sais.

Les larmes qui avaient coulé sur les joues pourpres de Ianto se tarirent instantanément. Il lança un regard noir à Jack qui l’enlaçait toujours.

- L’illusion? Tu dis ça parce que tu te considères comme une illusion? Un illogisme?

- Quoi? Qu’est-ce que tu viens de dire? Redis-le-moi !!!

Ces mots résonnèrent dans son crâne lourd. Il les avait dits à Ianto quand ce dernier lui avait demandé de lui parler des voyageurs de la nuit. Jack s’en souvenait comme s’il venait de les prononcer à la seconde.

- Redis-le, Ianto je t’en supplie !

- Excuse-moi, je n’aime pas quand tu parles de toi ainsi. Tu n’es pas une curiosité, ni une erreur de la nature. Je n’ai jamais vu des erreurs aussi réussies.

Jack embrassa Ianto, son sauveur, sur le front et l’aida à se relever.

- Oh, Ianto. Cher et adorable Ianto Jones. Tu es mon plus beau trophée. Et j’ose espérer te mériter un jour. Je te le promets. Tu as confiance en moi, n’est-ce pas?

Le sourire qu’il lui adressa sembla à Ianto capable d’illuminer le Hub entier, des geôles jusqu’aux toits.

- Oui, Jack. J’ai confiance en toi. Je t’aime. Je t’aime tellement Jack, avoua Ianto en pleurant de plus belle.

- Non, ne pleure pas. S’il te plait, ne pleure pas.

- Je t’aime, Jack, répéta Ianto qui avait enfoui la tête dans le creux de son épaule.

- Je sais. Je sais.

Tout en berçant tendrement ce jeune homme fragile mais brave, Jack sentit un spasme de bien-être parcourir tout son corps. Jack savait l’amour de Ianto. Ce ne fut pas l’aveu troublant qu’il l’apaisa. Non. Jack fut bercé, quant à lui, par une pensée cathartique et soudaine.

Jack avait cessé de rêver.

Il en eut la preuve définitive. Il avait fermé les yeux quand le spasme électrique l’avait discrètement envahi. Et lorsque Jack ouvrit les yeux, il était assis sur le sofa, avec la tête de Ianto posée au creux de son épaule, les bras autour de sa taille. Et Jack était sur le point de lui raconter son idylle avec une jeune et jolie contorsionniste prénommée Elizabeth. Tout devint aussi clair que les yeux azur de Ianto. Ce dernier venait de lui parler d’enfant, de père, de mère, bref , de mariage et de ses conséquences naturelles.

Le cerveau de Jack avait dû faire un blocage et le Capitaine était parti faire le ménage - et le vide - dans ses vies antérieures pour libérer le plus d’espace possible à Ianto. À Ianto? Non, c’était absurde. Impensable. Et puéril. Mais l’amour ne rend-il pas puéril et passablement déconnecté?

Jack secoua la tête, partagé entre le rire et l’incompréhension. Combien de temps avait duré son errance mentale? Et Ianto avait-il remarqué l’absence de son compagnon? Il hésita avant de lui poser la question.

La réponse du jeune homme à moitié somnolent dans ses bras risquait de ruiner son enthousiasme retrouvé.

- Ianto?

- Oui ?

- Je t’ai déjà parlé d’une certaine Elizabeth?

Ianto se redressa pour le regarder.

- Non, qui est-ce?

- Et est-ce que je t’ai parlé du surnom auquel j’ai pensé et qui me résumerait assez bien?

- Qu’est-ce que tu me racontes, Jack? Demanda Ianto, agacé. Tu viens de t’endormir au beau milieu de ton histoire, tu te ne souviens pas?

- Bien sûr, je m’en souviens. Mais je viens de faire un rêve dément. En plein voyage au pays des saltimbanques, je me suis perdu si loin…Je ne comprends pas.

- Tu veux m’en parler?

- Une autre fois, si tu veux bien. La journée a été longue et mouvementée. Et si on allait se coucher?

- D’accord, j’avoue que je tombe de sommeil.

Les deux amants se levèrent, main dans la main, et descendirent dans leur refuge intime. Jack était de retour dans la réalité. Dès le lendemain il s’occuperait de faire disparaître la fiole et il raconterait son périple insensé à Ianto. Car comme dans ses rêves, Ianto restait le seul élément permanent et, surtout, le responsable direct de cette profusion de remises en question.

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chrismaz66  (31.05.2010 à 12:36)

CHAPITRE SIX

 

 A son réveil plutôt matinal, Jack trouva le lit vide. Il avait la tête lourde mais le cœur léger. Débarrassé d’un poids mort qui avait bien failli lui faire perdre la raison. À près sa douche et son café il était déjà trop tard pour s’entretenir seul à seul avec Ianto. Tout le monde était arrivé et le travail avait repris ses droits.

Jack remarqua que Ianto avait l’air serein. C’était en tous les cas l’impression qu’il donnait. Tant mieux. Il éprouvait tant de tendresse pour ce jeune homme. Tellement d’affection mêlée à un besoin obstiné à le savoir près de lui, prêt pour lui, et prêt à tout comme il l’était et le serait aussi longtemps que Ianto voudrait de lui, en tant que chef et amant.

Tosh portait une robe drôlement sexy et Jack l’apprécia ouvertement et sans pudeur. Elle cherchait un code spécial pour pirater White Hall. Jack comprit qu’elle travaillait sur l’engin volant non identifié qui s’était écrasé la veille à dix miles de la Baie. Gwen et Owen sélectionnaient avec soin échantillons sur les kilos de bouts de fer retrouvés sur le site du crash. Ianto passait derrière eux, avec une pelle et un balai , pour débarrasser la limaille du sol. Une véritable auxiliaire de ménage, pensa Jack, amusé.

Quant au Capitaine, une seule et entêtante pensée tournait en boucle dans sa tête. La fiole. Il s’isola dans la salle des coffres et ouvrit le casier supérieur pour en sortir le précieux flacon. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand il aperçut l’objet. Il n’avait rien de rutilant, aucune nervure dorée. Pas la moindre sculpture faite main. Le vulgaire flacon n’était fait que de métal brut et passablement terni par le temps, son éclat avait passé. Jack réalisa qu’il tenait dans la main une simple fiole en fer, une fiole quelconque. Comme celle qu’Owen avait dans les mains lors de son rêve où le médecin avait été frappé de Jack Harknessite aigü e ! Il entendit au loin les rires familiers de Gwen et d’Owen. Tout était normal, à part cette fiole grise.

Jack s’installa au bureau, songeur. Il réfléchit intensément. Il se leva et alla ouvrir la porte de la salle des coffres, pour se nourrir de l’agitation qui faisait vivre le Hub, pour se donner l’impression d’être à la fois seul, ici, et entouré de son équipe, en bas. Il avait besoin de réfléchir sans se déconnecter de la réalité car il n’avait pas pensé à se prémunir contre une nouvelle descente aux enfers. Pas question!

Il repensa à toutes ces douces apparitions qui appartenaient à son passé. Parfois avec le sourire, comme quand il avait parlé au Docteur. Parfois avec tristesse, comme quand il s’était retrouvé dans les bras de Jack Harkness. Plus mitigé fut le souvenir du Capitaine John Hart, qui était revenu pour récupérer une fiole imaginaire et qui n’avait pas hésité à le tuer. John Hart, si prévisible.

Le rire franc de Ianto l’arracha à ses évocations. Ce rire le remplit de bien-être. Il aurait voulu descendre le rejoindre et rire avec lui mais il n’en ferait rien tant que cette fiole n’aurait pas craché son secret malsain. Soudain, le Capitaine entendit clairement dans un coin de son âme la réponse à cet imbroglio sentimental. Il reposa la fiole sur le bureau dans un claquement métallique et la regarda, satisfait.

Cette fiole n’avait jamais contenu de sperme alien, ni quoique que ce fut d’autre. Cette fiole était vide. Pas comme le lui avait dit Ianto dans son rêve. Elle était vide car son unique contenu avait servi à redonner la vie à un pauvre enfant. Jack avait sous les yeux la fiole qu’ils avaient volée aux voyageurs de la nuit et dans laquelle ils avaient réussi à récupérer le souffle de vie du bambin.

C’était cette maudite fiole que Jack avait placée dans le coffre, la veille, avant de surprendre Ianto tard dans la soirée en pleine recherche google. Et avant de partager avec lui quelques souvenirs du temps passé. Se pouvait-il que Jack Harkness se soit ainsi fourvoyé dans une fuite aussi ordinaire? Ianto avait-il pu le prendre en traître pour l’amener à se poser les bonnes questions? Celles que le jeune homme se posait sans doute aussi au sujet de leur relation ? La fiole renfermait ses doutes, mais également ses espoirs. Le souffle de vie symboliserait donc la source fertile et la force indéfectible de son attachement à Ianto Jones?

Ils avaient sauvé un enfant, ensemble. Lui redonnant la vie, ensemble. Puis Ianto avait évoqué ses parents, et aussi les possibles rejetons de Jack, l’immortel. Ils avaient plaisanté sur le mariage houleux de Gwen. Et pour finir, Jack avait fait une déclaration à peine maquillée d’humour à Ianto en se désignant d’un surnom aussi nul que « Monsieur-je-veux-mon-Ianto- pour le meilleur et pour le pire » !!!!

Seul dans la salle des coffres, Jack était hilare.. Soulagé et dépité de s’être fait manipuler de la sorte par Ianto et par ses propres digressions mentales.

Tout redevint limpide et logique. Dans l’ivresse da la joie, Jack appela Ianto aussi fort qu’il le put.

Il prit la fiole et l’ouvrit pour sentir son odeur, ou son absence d’odeur, et attendit. Le jeune homme ne tarda pas à poindre le bout de son nez sur le pas de la porte et Jack l’invita à entrer d’un geste ample de la main.

- Regarde, Ianto. La fiole.

Ianto entra à pas de loup dans la salle des coffres. Il s’arrêta devant le bureau où Jack était toujours assis.

- Oui, je vois bien. Et alors?

Jack leva vers lui des yeux brillants, on aurait vraiment dit qu’il était ivre.

- C’est cette fiole de malheur qui m’a baladé pendant tout ce temps, tu comprends?

- De quoi tu parles?

- De mes rêves, Ianto.

Jack s’empara de la fiole et se leva pour faire le tour du bureau et prendre Ianto dans ses bras.

- Ah, Ianto Jones. Tu sais que tu m’as donné pas mal de fil à retordre.

Il fixa le jeune homme abasourdi.

- Et tu sais que je t’aime?

- Quoi?


chrismaz66  (04.06.2010 à 10:54)

Malgré son engouement, Jack put lire mille choses dans le regard de Ianto. De la surprise. De l’incrédulité. De la méfiance. De l’énervement voire de la colère. Et même de la peur.

- Calme-toi, Ianto. Tout va bien. Et je suis sincère.

- Tu …peux répéter s’il te plait? Dit Ianto en déglutissant bruyamment.

Jack lui sourit et se pencha à son oreille.

- Je t’aime, Ianto, murmura-t-il.

Il recula son visage pour voir l’effet que sa déclaration avait produit . Ce qu’il vit le transporta de bonheur. Ianto était cramoisi mais ses yeux riaient et ses lèvres dessinaient un ravissant sourire indescriptible.

- Oui, je t’aime. Et tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement.

Ianto, toujours sous le choc, et toujours pourpre, passa les bras autour de la taille de son Capitaine adoré.

- Je ne comprends rien à ce qui t’arrive mais ce qui est dit est dit, Jack.

- Je t’expliquerais tout dès que nous serons seuls tous les deux, je te le jure.

- Tu as intérêt, Jack Harkness.

Ianto l’embrassa amoureusement et Jack bénit ce doux retour à la réalité. La vie pouvait parfois être si belle , et si simple à savourer.

 

Glasgow, É cosse - quelques jours plus tôt

 

Jusqu’au premier étage de l’hôtel et ce depuis qu’ils avaient traversé la Grand Rue, et furent convenus du programme de la journée, Jack précédait Alec d’un bon mètre. la main dans la sienne, il le tirait presque comme un enfant qui rechigne à quitter sa maman pour aller à l’école. Sauf que l’expert n’était plus un enfant. Et qu’il se réjouissait déjà des cours particuliers qu’il allait donner à Jack. Mais aussi robuste qu’il fut, Alec n’était pas très sportif, et la moindre course à pied lui pompait le peu de souffle qu’il lui restait, et se raréfiait dès qu’il se trouvait en compagnie de l’immortel.

Toujours est-il qu’après que ce dernier eut attrapé la clé de leur chambre et que la montée de l’escalier succéda aux pas rapides dans la rue, Alec, proche de la crise d’asthme, dépassa soudain Jack dans l’escalier. Il l’attira à lui entre deux étages, contre le mur.

- Alec, notre chambre est au-dessus!

L’expert le maintint contre le mur du palier, entre deux portes.

- Alec, qu’est-ce qui vous prend? Encore un étage et nous y sommes.

- Trop loin…

Jack rit. Mais le regard d’Alec s’assombrit.

- Quoi?

Alec ne répondit pas. Il le fixait durement. Jack voulut se décoller du mur mais l’autre le projeta en arrière, et coinça un genou entres les jambes du Capitaine.

- Oh oh ! Quelle entrée en matière ! C’est un cours anatomique qui s’annonce…

- Taisez-vous, Harkness!

- Soyons sérieux, allons dans la chambre.

- Non, aucune raison de paniquer, Jack. Cet hôtel n’est fréquenté que par des personnes qui viennent y faire la même chose que nous.

- Vous voulez dire des exhibitionnistes?

Alec ne trouva pas ça drôle du tout. Il se serra contre lui et posa une main sur sa nuque, une autre main sous le manteau, quelque part à mi-chemin entre ses reins et le haut de ses cuisses. Une authentique méduse. Tiens, après la faune sauvage, Jack visitait à présent la faune aquatique. Intéressant. Ses pensées prenaient le large tandis que la langue d’Alec prenait la sienne pour une sucette aux mille parfums.

Deux hommes s’embrassant, sur un palier désert, entre deux chambres closes. L’un des deux hommes drôlement tactile et gourmand. L’autre, se demandant s’il n’avait pas eu un frère caché, dans une de ses vies, et si oui, il pouvait d’ores et déjà ajouter l’inceste à la longue liste de ses méfaits sexuels. Jack ferma les yeux, et se laissa domestiquer par cette pieuvre électrique. Il tenait Alec par les épaules et fit rouler ses grandes mains jusqu‘en bas des reins, galbant au passage les muscles dorsaux de cet homme incroyablement bien charpenté, pour s’agripper à ses hanches solides. Pendant ce temps, Alec ne gâchait pas une seconde. Entre deux lichettes à la sucette, il faisait courir ses lèvres humides sur la peau de Jack. Sur ses lèvres, évidemment. Dans son cou, délicieusement. Sur le bout des oreilles, chatouilleusement. Puis sur son nez, bizarrement. Ses doigts pressés et pressants n’étaient pas en reste. Jack était pris en main, ce fut le cas de le dire, par un seul homme, mais il eut la sensation troublante que Shiva avait visité cet homme, tant ses mains se promenaient avec une vitesse et un savoir faire impeccable sur tout son corps.

D’abord dans son dos, puis sous le boxer, sur ses fesses, et pour finir, toujours sous le boxer, sur son sexe palpitant.

L’excitation de plus en plus forte poussa Jack à refroidir son amant de braises.

- Alec, dans la chambre !!!!

- Non. Ici.

- Alec !!!

- Jack !!!!

Le Capitaine entendit un bruit dans une des chambres. Celle à sa droite. La panique s’empara de lui, enfin du peu que l’expert ne tenait pas sous sa coupe.

- Au viol !!!! Cria Jack, le plus sérieusement et le plus fort possible. Au viol !!!!!!!

Une façon efficace de lui couper l’herbe sous le pied, pensa-t-il. Mais Alec sourit et amplifia son mouvement de va-et-vient sur son membre. Quand la porte de la chambre s’ouvrit dans un crissement sec, Jack, incapable de se dérober, tant par le plaisir que par la poigne de l’autre, ferma les yeux. Entendre ce qui allait suivre suffirait à le tétaniser de honte.

- Que se passe-t-il, messieu…? Fit une voix de femme fluette et d’un certain âge.

- Tout va bien , ma bonne dame, la rassura Alec en retirant sa main. Je suis de la Police. Cet homme est en état d’arrestation et la fouille au corps est de rigueur pour ce genre d’individu.

Jack garda les yeux fermés, mais détourna son visage en refermant sa braguette.

- Quel genre d’individu est-il, monsieur l’agent?

- Un exhibitionniste. Il écume tous les hôtels pour effrayer les honorables dames, comme vous ma chère, en …

- Oh, mais ce bel homme n’a rien d’effrayant, monsieur l’agent. Il est même d’une beauté à couper le souffle.

Jack, enorgueilli par le compliment, recouvra ses esprits et sa verve habituelle. Il s’approcha du seuil de la porte, et adressa un sourire séducteur à la ravissante sexagénaire qui le détaillait sans pudeur aucune.

- Je suis le Capitaine Jack Harkness, et vous êtes…?

- Miss Susan McDougall, jeune homme.

- Enchanté de faire votre connaissance, Susan.

La minuscule Susan rougit mais ne perdait pas une miette du spectacle attrayant qui s’offrait à elle. Deux hommes charmants, tout sourire, courtois, dont un était agent de police. Et l’autre? L’autre aussi?

- Capitaine? Vous êtes de la police alors? Quel est votre grade, jeune homme? Demanda-t-elle à Alec qui rapetissait à vue d’œil derrière Jack.

- C’est mon subordonné, chère Susan. Je lui apprends les ficelles du métier. Dit Jack, trop heureux de reprendre le dessus sur Alec.

- Oh, je vois. C’était une fouille au corps assez poussée, me semble-t-il. Dommage qu’elle soit terminée.

Jack et Alec échangèrent un regard incrédule.

- Mais que cachiez-vous en réalité sous votre manteau? S’enquit la vieille dame, intéressée.

Alec attira Jack vers lui par le manteau et le prit dans ses bras.

- Des trésors de perversité, madame McDougall. Mais il est à moi, vous ne risquez plus rien. Vous avez ma parole.

- C’est bien dommage, oh oui, cela est fort regrettable, chuchota-t-elle en refermant doucement la porte.

Les deux hommes pouffèrent.

- Vous croyez qu’elle serait partante pour une partie à trois?

Alec le regarda, sidéré.

- Vous êtes monstrueux, Jack !!!

- Alors , monsieur l’agent? Dois-je être puni pour mes délits?

- Absolument. Contraint de me vous soumettre à mon jugement personnel. Car si vous devez attendre celui de Dieu, cela risque d’être un peu long à mon goût.


chrismaz66  (04.06.2010 à 10:57)

 Passages "hot"...

Ils montèrent finalement à l’étage.

- Tout de même, quel manque de savoir vivre, lâcha Jack en précédant Alec.

- Vous ne disiez pas ça une minute plus tôt, lui fit remarquer l’expert qui le saisit par la jambe et le fit tomber de tout son long sur l’escalier, à deux marches de leur palier. Alec remonta jusqu’à lui et le retourna pour coller son visage sur le sien.

- Quelle mauvaise foi, Jack !

Ils s’embrassèrent. Jack pria pour que personne ne sorte et ne le force à rejouer au policier exécrable et peu crédible.

- Stop. Vous allez vous calmer, oui?

Il parvint à repousser le serpent et à se relever.

- Vous êtes fou à lier, McNeil, rouspéta-t-il en ouvrant la porte de leur chambre.

Alec le rejoignit vite.

- Alors ligotez-moi, Jack. Implora-t-il en le poussant violemment à l’intérieur de la chambre, qu’il ferma d’un coup de pied.

Jack enleva son manteau, et secoua la tête.

- Vous êtes pire que moi. Je n’arrive pas à comprendre ce qui vous met dans un état pareil.

Alec ôta sa veste et la jeta sur le lit.

- Je l’ignore aussi. Avoua-t-il, en se rapprochant de Jack. Mais c’est ça qui est excitant. Être à la merci de je ne sais quelle impulsion barbare et terriblement charnelle. C’est comme un coup de foudre permanent. Un brasier intérieur qui ne s’éteint jamais et qui prend de l’ampleur dès que votre étincelle s’en approche. Vous êtes la mèche de la bombe qui dort en moi et qui ne demande qu’à exploser.

Tout en parlant, Alec avait enlacé Jack et gratifiait sa peau de baisers vivaces.

- C’est de la littérature au rabais que vous me délivrez.

Vexé, Alec cessa ses papouilles.

- Je vous trouve injuste, Harkness! Pourriez-vous me faire une plus belle déclaration? Allez-y, je vous écoute.

- Je vous taquinais, ne prenez pas la mouche…

- Je vous écoute, épatez-moi !

Les deux amants se dévisageaient, avec envie. Jack n’avait pas pour habitude de déclarer sa flamme de manière si appuyée, comme il n’avait pas non plus le souvenir d’en avoir entendu d’aussi agréablement désuète. Il ignorait totalement ce qui l’attirait vraiment chez Alec. Le sexe n’était qu’une des nombreuses pièces de ce puzzle complexe.

- Si vous avez une bombe prête à exploser ici, dit-il en posant une main sur le ventre d’Alec. Vous en êtes le détonateur, pas moi.

- Je ne comprends pas.

- C’est vous qui me rendez ainsi. Vous me faîtes dépasser mes propres limites et dieu sait qu’elles sont hautes. Mais je ne sais pas pourquoi ni comment, vous me rendez meilleur.

- L’amour rend beau.

- J’ai dit meilleur, Alec.

- Vraiment? Fit Alec, ému.

- Vraiment. Et c’est juste…motivant. Agréable et rare, pour moi.

L’expert sembla cloué au sol. Le regard soudain fuyant.

- C’est…je trouve que vous vous en tirez bien sur ce coup, Jack, bredouilla-t-il.

Il se racla la gorge et se dirigea vers le lit, faisant mine de chercher quelque chose, sous les draps, sous l’oreiller. Entre le lit et le mur. Jack réalisa qu’il dissimulait simplement son trouble. Le serpent s’était changé en écureuil. Incapable de se souvenir comment réagir à ce genre d’offensive. Car Alec avait perdu de son audace. Jack vint à son secours. Il l’attrapa par derrière et le renversa sur le lit.

- Et si nous reprenions cette fouille au corps, inspecteur?

- Excellente idée. On vous a déjà fait le coup du mouton écossais?

- C’est quoi? Une position du Kama-Sutra?

Alec secoua la tête.

- Pas du tout. Dit-il en déshabillant Jack. Ces positions ne sont que des cabrioles d’enfants comparées à mon mouton.

Jack gloussa et délesta Alec de sa chemise puis de son pantalon. L’expert manoeuvrait plus rapidement. Jack ne portait plus que son boxer quand il réussit à faire valser le pantalon de l’autre au pied du lit. Alec le chevaucha, se redressa et baissa le dernier bout de tissu qui le séparait de la salle des fêtes. Il regarda Jack intensément.

- Nos moutons sont réputés pour leur docilité, en plus de leur lainage abondant.

Alec se pencha sur lui, et sa langue se mit à lécher le torse nu. Parsemant ses sillons humides et chauds de quelques mordillages indolores, pour une fois, Alec enveloppa son sexe dans ses mains et commença un ballet de caresses timides. Jack inspira profondément.

- Quel rapport entre les moutons et nous?

- Aucune idée. Je ne connais pas de « coup du mouton », avoua Alec sans s’interrompre ni sur le torse ni sur le membre affolé.

- Mais je vais trouver, ne vous inquiétez pas.

- Je ne m’inquiète pas. Je me renseigne.

- Je sais, vous êtes d’une curiosité insensée, Jack, dit Alec en quittant son torse pour ses lèvres. Sa langue échaudée par son parcours de santé brûla celle de Jack. Le brasier avait repris de son ampleur, pensa Jack, qui ressentit un besoin impérieux de jouir, déjà. Il était temps de freiner le mouton qui n’avait rien de docile. Il lui attrapa les deux mains et les posa sur le lit de chaque côté de son corps. Dans un nouveau baiser, il balada ses mains sur le dos de son amant.

- On a tout notre temps, Alec. Lui murmura-t-il. Votre bombe n’a-t-elle pas de minuteur?

- Excellent. J’adore nos conversations.

- J’adore votre corps. Et votre fumet unique

Intrigué, Alec se redressa pour le regarder.

- Mon fumet? Vous me prenez pour un sanglier en civet?

Jack éclata de rire.

- Absolument. Vous êtes un zoo à vous seul. Vous possédez la hargne d’une hyène. L’audace d’un aigle. La sauvagerie d’un lion. L’élégance d’un pur-sang….

- Continuez, Jack. Continuez…

- Vous avez la douceur d’un agneau. La perversité d’un greffier. Les courbes affolantes d’une gazelle. La vélocité d’un guépard. Et l’appétit sexuel d’un bonobo.

Alec l’écoutait religieusement mais la fin le laissa sur sa faim.

- Et quoi? Je n’ai rien d’un serpent? Vous avez oublié? Demanda-t-il, déçu.

- Non, dit Jack en riant. Je ne risque pas d’oublier. Je suis certain que vous êtes la réincarnation du serpent qui a forcé Ève à manger cette maudite pomme ! Votre charme est incontestable et dangereux.

- J’aime autant.

Alec reprit ses caresses sur le torse.

- J’ai trouvé ! S’exclama-t-il, les yeux pétillants.

- Quoi?

- Le coup du mouton ! Docile mouton rompu aux hivers les plus rudes.

Une lueur d’inquiétude traversa le regard bleu de Jack.

- Et cela consiste en quoi?

En guise de réponse, Alec se leva et alla ouvrir la fenêtre en grand. Il revint sur Jack, après lui avoir ôté le boxer et le regarda, ravi.

- Le grand froid de Glasgow va vous congeler et je n’aurais plus qu’à vous réchauffer, sans vous toucher. Sans les mains, pour être précis.

- Vaguement périlleuse comme mission, se moqua Jack, qui s’était attendu à une trouvaille plus rocambolesque.

- Vous avez raison, concéda Alec. Sans les mains et sans la bouche.

Jack leva un sourcil. Mais il comprit vite.

- Toujours aussi petit joueur.

- Retournez-vous.

- Pas question.

- Soit. J’attendrai. Nous avons tout notre temps, déclara Alec en s’asseyant sur les genoux de Jack.

Il enfila sa chemise et croisa les bras. Jack commença à sentir l’air glacial pénétrer dans la chambre, aidé d’une bise franchement agitée.

- Personne n’est irremplaçable mon cher ami, déclara Jack au bout d’un moment. Je sais très bien remédier aux intempéries les plus folles.

Jack renversa Alec au pied du lit et se prit en main, sous les yeux mi-amusés mi-outragés de l’expert.

- Vous faites…quoi là? Bégaya-t-il, happé par l’entrain avec lequel Jack se consolait.

- Je me réchauffe.

Alec hésita. Le spectacle était excitant. Mais il n’était pas partageur et détestait être exclu des festivités. Il enleva son caleçon et se jeta sur Jack, fou de désir.

- Je suis la brebis égarée de cette bande de moutons décérébrés. Laissez-moi faire, vous n‘êtes qu‘un amateur !!

Alec le prit en bouche et Jack ferma les yeux, les mains dans la chevelure moite de son amant aux méthodes dissolues mais exquises. Les mouvements rapides d’Alec et de sa bouche avide risquaient de submerger Jack d’un plaisir précoce, et il n’en voulait pas. Pas si vite. Il attrapa son amant par les aisselles et le fit remonter face à lui pour l’embrasser. Alec répondit au baiser mais ses mains décidément incontrôlables retournèrent subrepticement en bas. Jack renversa Alec sur le côté, et lui plaqua les mains au dessus de sa tête, contre l’oreiller.

- Mais à quoi vous jouez, Jack? Vous n’avez pas envie que je vous fasse crier?

- Pas tout de suite. On a tout le temps, soupira Jack qui descendit à son tour. Et vous n’avez peut-être pas ce qu’il faut pour me faire crier…

- Il ne s’agit plus de temps, Jack. Mais de devoir. Et j‘ai tout ce qu‘il faut pour vous faire hurler, insolent !

Jack ne répondit pas. Difficile de parler dans une pareille situation. Il entendit des gémissements qui le firent frémir.

Il avait chaud de la tête jusqu’aux hanches mais il avait froid aux jambes. Les mains de son amant sur le dessus de son crâne exerçaient une pression forte mais il parvint à relever la tête, au grand dam d’Alec qui le foudroya du regard.

- Oi, continuez ! Qui vous a dit d’arrêter ? Nom d’un cornet à clochettes!

- Nom d’un quoi?

- Continuez, Harkness!

Jack sourit, sardonique, et se leva sans un mot.

- Hey, veuillez revenir immédiatement ou je vous tue !

Silencieux et ravi de l’état de frustration dans lequel il avait plongé Alec, Jack alla fermer la fenêtre. Il se retourna à temps pour voir l’expert soupirer.

- La fenêtre, bien sûr…

Jack s’allongea sur lui, l’écrasant encore sous son poids.

- Vous êtes peut-être habitué à ce froid impossible mais pas moi…murmura-t-il avant de l’embrasser.

- Non. Je suis d’une nature frileuse. Mais je vous respire trop et votre chaleur m’étouffe, Jack. Et votre corps aussi.

Le Capitaine n’avait pas l’intention de le ménager. Il garda le corps de l’autre prisonnier du sien, non sans une certaine perversité.

- Je vous ferais du bouche à bouche si vous tomber dans les pommes. J’ai mon brevet de secourisme.

Les mains de Jack caressaient ses cheveux. Les mains d’Alec lui massaient les cuisses.

- Vous avez moins froid, à présent? Peut-on reprendre?

- Affirmatif, inspecteur. Dites-moi quelque chose de grossier.

- Encore ? C’est une obsession chez vous! Fit Alec, agacé.

- Insultez-moi !

- Non, je viens d’une bonne famille où la grossièreté est bannie.

Jack, déçu, fit marcher ses méninges.

- Alors c’est moi qui vais vous insulter, qu’en pensez-vous?

- Rien de ce que vous pourriez me dire ne saurait m’offenser, Jack. Quand on vous offre un cadeau c’est d’abord l’écrin que l’on voit.

- Je croyais pourtant vous avoir dit que derrière cet écrin se cachait des horreurs sans nom.

- C’est vrai. Mais si elles sont sans nom, vous ne pouvez les nommer.

Alec souriait. Et profita de la discussion de comptoir pour tromper la vigilance de Jack et le renverser à son tour.

- Ah, quelle spiritualité ! Vous êtes brillant !

- C’est vous qui me faites briller.

- Oh non, pas encore votre poésie de midinette ! Vous n’êtes qu’un crotale. Un bulot écervelé ! Un docteur Mabuse du dimanche ! Un chimiste qui a trop joué avec ses éprouvettes ! Un…

Alec rit aux éclats.

- C’est donc ça votre maximum? Sachez qu’il m’en faut plus pour m’intimider.

- Je ne veux pas vous intimider, sombre crétin ! Je veux vous blesser dans votre chair.

- Pourquoi? S’étonna Alec en se redressant. Je croyais que je vous rendais meilleur ?

- Touché ! Avoua Jack.

Il souleva sa tête de l’oreiller pour atteindre les lèvres de son amant mais celui-ci recula. Jack se recoucha sur le coussin.

- Seulement, il vous faut savoir que je suis un bien meilleur amant quand ma proie se démène pour m’échapper. Dans ces cas-la, je suis capable de tout.

Alec inclina la tête, rassuré.

- Parfait. J’aime mieux cela, en effet.

- Je n’en ai jamais douté. Vous êtes de la trempe des traîtres, des obsédés sexuels vils et pleutres.

- Tiens, vous connaissez ce mot? Se moqua Alec.

- Je connais tous les mots.

- Je vous crois, chuchota Alec en revenant sur lui, mais je me fiche de votre vocabulaire Tout ce qui m‘intéresse c‘est votre corps et votre ferveur légendaire.

- Alors taisez-vous et baisons !

Jack l’attira contre lui et passa en mode manuel. Alec l’imita avec le sourire.

- C’est cela, Jack. Faisons l’amour, maintenant.

Les rires, les souffles, les chuchotements s’évaporèrent sous les caresses, les baisers et les gémissements sourds. Alec orchestra leurs ébats. Cet homme était un puits de sensualité et de douceur qui agrémentait admirablement ses caresses d’une once de sauvagerie héritée de ses ancêtres, les barbares. Un parfait cocktail de tendresse et de voracité. Tout ce que Jack aimait dans le sexe. Et en amour.

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- Vous n’éprouvez aucun remords, Alec?

Alec, étendu de tout son long, nu, avachi, exalté, ne répondit pas.

- Alec?

Jack dut le secouer pour l’obliger à revenir à la surface.

- Oui?

- J’avoue que je ne comprends pas. Vous aimez votre femme, n’est-ce pas?

- Oui, j’aime Claire et j’aime Dot. Dit Alec sans force.

- Alors, que faites-vous là, ici, avec moi?

Alec émergea doucement, et remonta jusqu’à l’oreiller moelleux.

- Que voulez-vous dire?

- Ce n’est pas très catholique ce que vous faites avec moi, le raisonna Jack, soucieux.

- vous êtes croyant? Voilà qui est nouveau pour moi!

- Je suis sérieux , Alec !

L’expert vint enrober son torse de ses bras nus.

- Ce sont mes problèmes, Jack. Pas les vôtres. Je suis bien avec vous. Je me sens libre. Si libre. J’ai toutes les audaces qui me font défaut quand je vis ma petite vie misérable de professeur de chimie. Je me sens pousser des ailes qui me font voyager au -delà de mes espérances les plus inavouables. Pourquoi vous creuser la cervelle de la sorte , Jack? Vous êtes mon havre de paix. Et non, je n’éprouve aucun remords.

Jack bien que fébrile et heureux secoua la tête.

- Tout de même. Vous avez une vie à vous. Quelle est la signification de tout cela?

- Vous aussi, vous avez une vie à vous, avec Ianto.

- C’est différent.

- En quoi est-ce différent, j’aimerais savoir?

- Je ne sais pas. Ianto est jeune, il fera sa vie un jour ou l’autre…

- Avec quelque un d’autre que vous? C’est cela que vous pensez?

- J’imagine.

- Pourquoi? Qu’est-ce qui vous persuade de cela? N’avez-vous pas confiance en vous?

- Si. Pas toujours. Mais quelle importance?

- Ce jeune homme vous aime. Comme je vous aime. Et croyez-moi, s’il n’existait pas, je vous aurais choisi pour moi seul depuis notre première rencontre. Oh oui. Vous ne seriez qu’à moi. Peu me chaut si j’ai femme et enfant. Je vous veux comme jamais je n’ai voulu quelque un. Mais Ianto Jones vous veut également, et je ne peux décemment pas lutter contre lui.

- Pourquoi? Demanda Jack en le basculant sur l’oreiller.

- Parce que vous l’aimez. C’est fou et difficile à croire mais vous l’aimez aussi fort que vous semblez m’aimer, n’est-ce pas, Jack?

Le Capitaine embrassa Alec, passionnément.

- Vous avez raison, je le crains. Je brûle de désir pour vous, Alec. Je vous aime, vraiment. Vous me rendez léger, insouciant. Ianto ne me fait pas cet effet-la, mais je dois vous l’avouer, j’en mourrais si je devais le perdre. Vous comprenez?

- Oui, je comprends et je ne vous blâme pas, Jack. Vous avez assez d’amour en vous pour irradier le monde entier.

Jack enfouit son visage dans l’épaule de son amant.

- Merci, Alec. Merci de me comprendre.

Il l’embrassa encore.

- Ce n’est pas toujours facile pour moi non plus. Je vous aime.

- Je vous aime aussi, Jack.

- Je suis désolé. Alec. Je suis vraiment désolé.

Les deux hommes restèrent ainsi enlacés, Alec avait fermé les yeux. Jack redoutait le réveil qui s’annonçait brutal et imminent.

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chrismaz66  (04.06.2010 à 11:01)

CHAPITRE SEVEN

Chapitre récréation, pour souffler un peu ^^^^

Merci à Evalyre , ma bêta en chef !

 

Le réveil fut calme. La séparation avec Alec aussi. Ce qui le fut nettement moins c'était le retour de Jack à Cardiff. Le retour à Torchwood et à sa vie de chef besogneux et rebelle. Paradoxe singulier. Sur le chemin du retour, Jack dressa la liste de ses obligations. Il devait avoir une discussion privée avec Ianto. Il devait fournir à ses employés une explication sensée sur cette journée passée ailleurs que "chez" lui et, plus dur, il devait faire le deuil de sa liberté.

Pas moins.

Maintenant.

Ou plus tard dans la journée.

Mais Jack fut de retour tôt dans la matinée et personne ne se risqua à lui demander quoi que ce fut, pas même Gwen. Soulagé, fatigué et déprimé, le Capitaine reporta à plus tard ses bonnes résolutions et s'autorisa une petite récréation avant les épreuves. Une minuscule chimère de fantaisie avant l'adoption d'une nouvelle vie règlementée et corsetée.

Une vie rangée avec quelqu'un qui l'aimait et qu'il aimait, à sa façon.

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Jack sursauta quand il entendit le rire de hyène du jeune médecin qui racontait, pour la quatrième fois, comment il avait « levé » une poulette la veille au soir et avec laquelle il avait picoré les fruits du plaisir jusqu’à l’aube. Un rien mégalomane que cet olibrius.

Il descendit le rejoindre et l’aperçut en train de perforer sa belle blouse blanche immaculée d’un énième badge coloré et délicieusement ridicule. Owen avait étalé des morceaux de fer gris et noircis sur la table d’autopsie.

- Le crash, Jack, lui expliqua-t-il dès qu’il vit son patron en haut de la balustrade.

Jack hocha la tête et après un coup d’œil vers le reste de son équipe relativement occupée, il descendit au labo et s’approcha d’Owen, un sourire canaille sur les lèvres.

- J’ai rêvé de toi Owen, cette nuit, ou la nuit d’avant, lui chuchota-t-il dans l’oreille en lui faisant comprendre tacitement que cela devait rester entre eux.

Le médecin recula.

- Ah oui? Et j’imagine que tu en trembles encore, dit Owen, avec son mordant habituel.

- Oh que oui, soupira Jack en se rapprochant à nouveau.

- Arrête tes conneries, Harkness. Je bosse, moi!

- Tu ne veux pas que je te raconte? Demanda le Capitaine, feignant la déception.

- J’aime autant pas. Va le raconter à Ianto.

- Ce n’est pas une bonne idée ça. Il risquerait de me faire une crise de jalousie.

Owen lâcha sa ferraille et soupira.

- Sérieux, Jack. Tu n’as rien à faire que de venir me déranger? Trouve-toi une occupation de chef, je sais pas moi. Va fouetter ton tea-boy. Passe un savon à Tosh ! Va parler chiffons avec Gwen. Mais laisse-moi bosser !

Owen leva les yeux au ciel.

- C’est un comble ! Il n’y a qu’ici où c’est l’employé qui demande au patron de le laisser travailler pas vrai?

Jack ne se démonta pas. Il dévisageait Owen avec une impudeur arrogante.

- On était là tous les deux, seuls, dans ce labo et tu as passé ta main sur ma joue. Puis tu m’as murmuré que tu voulais que je me confie à toi, avant d’essayer de m’embrasser.

Owen réprima un fou rire.

- Dans tes rêves, Jack!

- Précisément. C’est mon rêve que je te raconte, dans le but de te donner des idées. Ou le courage nécessaire.

- Le courage pour quoi faire?

- D’aller au bout de tes envies, Owen. C’est vrai, tu es un garçon ouvert d’esprit, intelligent, vif. Fatalement, tu m’admires.

- Tu peux me la refaire sans trembler des genoux celle-la?

- Tu n’as jamais eu envie de moi, ne serait-ce qu’en pensée, une fraction de seconde? Continuait Jack, toujours mielleux et collant.

- Qu’est-ce qui te prend? Ianto t’a privé de sexe cette nuit? Pourtant avec la mine que tu as ce matin j’aurais pensé le contraire. On dirait que tu n’as fermé ni l’œil, ni ton pantalon, de la nuit!

- Si, puisque j’ai rêvé de toi, Owen.

Jack passa les mains autour de la taille du médecin qui se laissa faire, à sa grande surprise. Agréable surprise.

- Tu aimes tripoter les corps. Ok, il sont toujours morts, osseux ou grillés. Mais tu aimes balader tes fines mains d’expert, et je suis un beau spécimen à étudier, non?

Owen ne bougeait plus, raide comme la justice. Jack aurait volontiers vérifié sa rigidité plus en détail, et plus bas que la taille enlacée dans ses bras tentateurs. Le regard indécis d’Owen le mit dans tous ses états. La proie était acculée. A sa merci.

- Tu as perdu ta langue? J’espère que non, ça peut nous servir.

- Lâche-moi, Jack, supplia Owen, sans se débattre.

- Pas avant que tu ne me donnes un baiser digne de moi.

Jack remonta une main jusqu’à son visage pour le forcer à le regarder en face. Owen leva vers lui des yeux hagards..

- Tu en as envie, n’est-ce pas? Dis-le moi !

- Oui, avoua Owen.

- Pourquoi?

- Parce que tout le monde y a goûté. Je veux ma part.

- Alors prends-la.


chrismaz66  (05.06.2010 à 14:39)

Owen, le regard soudain dilué et embué, releva la tête pour approcher les lèvres charnues du Capitaine irrésistible. Jack baissa le visage et l’accueillit joyeusement dans un baiser doux et appuyé. Leurs langues se frôlèrent d’abord timidement puis sauvagement. Elles trouvèrent leur propre rythme au bout de quelques secondes et le baiser s’intensifia. Owen avait pris dans ses mains le visage de Jack qui mettait un entrain certain à ne pas décevoir son jeune chien fou. Il le serrait fort contre sa poitrine virile et la silhouette chétive du jeune homme lui sembla si fine, si vulnérable qu’il desserra aussitôt son étreinte pour une accolade plus souple et délicate. Owen embrassait comme il parlait. Vite, mais bien. Efficace. Et direct. Droit à l’essentiel. Contraints de reprendre leur souffle les deux hommes se séparèrent. Silencieux, souriants, abrutis.

- Alors? Demanda Jack, après plusieurs inspirations.

- Pas mal pour un mec. Pas mal pour un mec de ton âge. Conclut Owen, sans rire.

- Je te remercie et je te retourne le compliment. Pour le mec, pas pour l’allusion à ton âge. Tu ne mourras pas idiot au moins, pas vrai?

Owen réajusta sa blouse et vérifia que tous ses badges répondaient encore à l’appel.

- En même temps, un baiser, ce n’est pas grand-chose, marmonna-t-il.

Jack posa une main sur la table, l’autre sur la hanche et lança un coup d’œil rapide vers le Hub.

- Tu es sérieux?

- Je ne vois pas ce qui t‘étonne, clama Owen , le regard soudain rieur. Tu crois que tu es le premier mec à qui je roule une pelle?

- Non……!? Tu me fais marcher. Je ne te crois pas!

- Au lycée. Et à la fac. Que tu crois, je sais m’amuser aussi.

Jack ne savait plus sur quel pied danser. Owen lui montait-il un flan ou pas? Difficile, voire impossible de trancher dans ses yeux pétillants et ce sourire savamment dosé entre l’ironie et la vantardise.

- Et , si tu dis vrai, tu me situes à quel niveau, à titre de comparaison?

- Ah….Jack Harkness et son immense…orgueil. Désolé, comme je viens de te le dire, pour pouvoir comparer, il nous faudrait pousser un peu plus loin dans l’intimité.

- Quoi? Non, je ne te crois pas ! Répéta Jack, vraiment abasourdi.

- Tant pis, la mise en bouche était sympa. Mais si tu changes d’avis…

Owen se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser furtif sur ses lèvres avant de remonter, tout sourire, rejoindre les autres, sur un dernier petit clin d’œil à son patron, incrédule. Son patron vaincu sur son propre terrain de jeux préféré.

Mais Jack savait se montrer bon perdant, surtout après une joute aussi « amicale et bon enfant».

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

La journée passa, calmement. Jusqu’à ce que la veine vint sourire à Jack sous la forme d’un pic presque visible à l’œil nu et qui obligea Gwen et Tosh à se rendre sur place pour recalculer les données affolées de la Faille. Excité, Jack profita de l’aubaine pour ordonner à Ianto d’accompagner les deux jeunes femmes, histoire de lui faire prendre l’air et d’aller voir ailleurs s’il y était. Jack mit les formes dans cette injonction inhabituelle et, devant le consentement de son réceptionniste à mi-temps, il ourdit un plan d’attaque pour chasser le Owen sauvage.

La distance que ce dernier avait mise entre lui et Jack, depuis leur baiser torride, n’était pas un obstacle incontournable pour le Capitaine en chaleur. Au contraire, la difficulté le stimulait autant dans le travail que pour la bagatelle. Sous des aspects trompeurs de chef indomptable, Jack accordait autant de place à la réflexion qu’à l’action. Parfois même il s’étonnait de privilégier la première quand tout autour de lui exigeait de l’action, des prouesses physiques et sportives. Comme s’engouffrer dans les égouts de la ville. Courser un weevil indiscipliné. Réparer le caprices d’un Hub haute technologique. Déshabiller un Ianto peu consentant. Oui, cela lui était déjà arrivé, surtout après Lisa. Regagner la confiance du jeune homme déchiré n’avait pas été une mince affaire. Pas évidente non plus, celle de lui allouer sa clémence à l’issue de cette trahison douloureuse.

Mais Jack pardonnait aux plus faibles. Il avait été à bonne école pour cela. Le pardon ouvrait bien des portes que Jack adorait franchir, la curiosité vissée au corps.


chrismaz66  (05.06.2010 à 14:40)

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