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Série : Torchwood
Création : 15.05.2010 à 10h32
Auteur : chrismaz66
Statut : Terminée
« Fin de la trilogie sur Jack. Début : fin de l'épisode "dernier souffle" » chrismaz66
Cette fanfic compte déjà 39 paragraphes
L’heure était donc à la chasse. Jack se transforma en courtisan dès que ses trois employés eurent franchi la porte hublot du Hub. Il avait déclaré au médecin qu’il devait continuer ses analyses sur les fragments de métal tant que les autres ne savaient pas à quoi s’en tenir au sujet du nouveau pic de la Faille. Inutile de se disperser sans motif valable. Owen avait accepté d’être exceptionnellement retenu à l’intérieur, ce qu’il n’aimait pas beaucoup, mais Jack crut que cette décision lui plaisait, bizarrement.
Il alla préparer deux cafés bien noirs et échafauda une amorce de séduction qui adoucirait la mise en demeure provisoire du médecin bougon. Il l’invita à le rejoindre pour une pausé café méritée et Owen ne se le fit pas dire deux fois. Jack le vit enlever sa blouse et remonter l’escalier en courant. Le manque de caféine ou un petit arrière-goût de Jack?
- Beurk ! Je comprends mieux pourquoi tu as embauché Ianto, râla Owen en buvant le café particulièrement infect. Il sait faire du café, lui.
Vaguement vexé, Jack goûta son jus de chaussette.
- Tu as raison. Ianto sait faire du café. Mais là où tu te trompes, c’est sur la raison de sa présence dans l’équipe.
- Oh mais aurais-je raté un épisode? fit Owen, feignant l’incrédulité.
- Non. Enfin, personnellement tu rates pas mal de choses, se moqua Jack.
- Et quoi donc? J’aimerais bien savoir?
Owen but le reste du café en grimaçant.
- Eh bien, pour commencer, ta relation avec Tosh. Pas brillant !
- De quoi tu te mêles Jack? Tout va très bien entre Tosh et moi. On s’apprécie beaucoup! Rouspéta Owen.
- Ce n’est pas l’impression que vous donnez, en tous les cas…
Jack savoura le rouge qui montait au visage d’Owen et ses mains qui se mirent à tripoter la tasse vide.
- Occupe-toi de tes fesses !!!
- Mais je m’en occupe très bien. Et je ne suis jamais seul dans cette agréable activité.
- Justement, fit Owen, soudain calmé, ou simplement allumé de l’intérieur comme ses yeux brillants semblaient le laisser paraître. Vous faites quoi au juste tous les deux?
- Qui? Moi et Ianto? Demanda un Jack tout guilleret.
- Qui d’autre? Le Saint-Esprit? Oui, toi et Ianto jones. Teaboy de son état.
- Non, je t’interdis de l‘appeler ainsi !! Crois-moi, il est bien plus qu’un teaboy. Il est parfait.
- En quoi, par exemple?
- Tu t’imagines que je vais te donner des détails? Non, je suis nul pour décrire les jeux auxquels on s’adonne. Par contre, ajouta-t-il en se rapprochant d’Owen, je sais les répéter, car plus je m’exerce, meilleur je suis. Tu veux que je te montre un jeu que j’aime bien?
Le médecin ne tiqua pas. Mais fit non de la tête. Jack fit la moue mais lui jura qu’il s’agissait d’un jeu tout bête et très correct.
- Je vais te croire, Harkness. Tu sais ton teaboy se confie parfois aux filles et comme je suis dans les parages, il m’arrive d’entendre des trucs pas jolis. Je me demandais même au début, quand tu lui a mis le grappin dessus, s’il n’en rajoutait pas juste pour se faire mousser. Mais non , tu es un monstre au lit.
- Ne juge pas sans savoir , Owen. Ce n’est pas dans tes habitudes de croire aux rumeurs. Tu es un scientifique. Seuls les faits devraient te convaincre. Non? Alors, je te montre?
Jack s’était encore avancé. Un pas de plus et Owen serait bon pour la démonstration ludique des excès du Capitaine.
Devant le silence crispé du jeune homme, Jack sortit un chronomètre de sa poche et demanda à Owen de mettre les mains dans le dos. Voir ce dernier s’exécuter sans ronchonner déboussola Jack, qui se maîtrisa et expliqua les règles du jeu.
- C’est simple. Tu te laisses faire et je compte.
- Tu comptes quoi?
- Tu verras. Et je te dirais ce que tu vaux par rapport à …Ianto, par exemple.
- Je sais ce que je vaux, Jack.
- La ferme ! Prêt?
Owen hocha la tête. Jack se pencha et embrassa le jeune homme, impunément. Sans aucune retenue. Il avait enclenché le chronomètre dès que ses lèvres avaient touché celles d’Owen. La main sur la taille de celui-ci, il continuait son petit jeu buccal. Lorsqu’il sentit une main timide sur sa hanche il mit fin au baiser et stoppa le chrono. Ce qu’il y lut le dérouta, agréablement.
- 19 secondes et 2 dixièmes ! Pressé comme garçon !
- Quoi?
- Ianto arrive à rester sans me toucher pendant 48 secondes ! Moi je suis moins fort à ce jeu, au bout de 10 secondes j’abdique. Avec Ianto, en tout cas.
- C’est ça ton jeu stupide? Fit Owen, à moitié déçu. L’autre moitié visiblement encore sous l’onde de plaisir qu’il venait de ressentir.
- Quoi? C’est sympa comme jeu ! Et puis tu as vu, c’est très chaste. Tu veux qu’on essaie l’inverse?
- Oui. Dit Owen avant même que Jack n’ait pu finir sa phrase. Je suis certain que tu vas faire exploser ton record minable de dix secondes avec moi.
- J’aime quand tu fais le fier comme ça, Owen.
Jack lui donna le chrono et plaça ses mains dans le dos.
- Je suis prêt.
Owen hésita un quart de seconde. Jack calculait tout, c’était de circonstance. Le jeune homme lui fit signe de se pencher et le jeu reprit. Jack sentit des lèvres humides sur les siennes, puis une langue agressive qui lui chatouilla presque les amygdales. Sacrément doué, le docteur es-alien. Mais Jack était maître en toute situation et sa résistance se comptait non pas en secondes mais en minutes, contrairement à ce qu’il avait avoué, en mentant outrageusement. C’était Owen qui s’agrippait à lui, sans parvenir à lui faire décoller les bras du dos. Au bout d’une bonne minute d’échanges de muqueuses, selon les calculs de Jack, Owen le repoussa violemment. Dépité. Blessé dans son orgueil de mâle.
- Ce jeu est aussi stupide que le duo de clowns que tu fais avec ton teaboy ! S’énerva le médecin en lui rendant le chrono. Il déguerpit de l’espace détente, sous le regard désolé de son supérieur.
Mais le fringuant jeune homme aux moeurs équivoques avait agité le spectre de l’excitation sous son nez et devait assumer son acte. Jack l’invectiva depuis la balustrade.
- Hey, c’est encore moi le chef ici, non? Et je viens de penser à un autre jeu bien plus chouette auquel on pourrait jouer. Amène-toi!
Owen le défia du regard.
- C’est un ordre !
Agacé, Owen secoua la tête. Toujours sans répondre.
- Owen Harper !
Owen se replongea dans ses manipulations méticuleuses.
- Parfait ! Tant pis pour toi !
Sincèrement déçu, le capitaine tourna les talons mais la voix d’Owen, pleine d’allégresse lui fit rebrousser chemin .
- C’est quoi ce nouveau jeu chouette?
Owen le fixait derrière ses fines lunettes à montures écaillées.
- Amène -toi et je te montre.
Reposant son fatras et ses lunettes sur la table, Owen grimpa l’escalier d’un pas alerte. Face à Jack, il répéta.
- Alors? C’est quoi ton chouette jeu?
Jack n’avait aucune idée du jeu qu’il pouvait proposer. Il avait lancé la proposition sans réfléchir, et pour faire une belle sortie nonchalante, sachant qu’Owen ne cèderait pas. Juste pour le fun. Seulement Owen était en train de céder. Partagé entre la fierté de pouvoir dévoyer un tel adepte des courbes féminines comme l’était Owen et son appréhension certes ténue mais réelle de le décevoir, Jack gratifia le médecin d’une réplique à l’emporte-pièce.
- A quel jeu veux-tu jouer toi?
- Au tien. Accouche !
Pris au dépourvu, Jack inventa un jeu bidon.
- C’est le jeu du …plus…gros.
Owen ouvrit des yeux comme des billes d’enfants. Rondes et colorées.
- Du plus gros quoi?
- Devine. Dit Jack en levant les yeux au ciel.
- Développe un peu tu veux.
- Celui qui a le plus gros pénis…
- Rhooo, Harkness. Tu es lourd.
- Attends, qu’est-ce que tu en sais? Plaisanta Jack, follement amusé. Ah, je vois, Monsieur a déjà louché sur mes attributs en dépit de mes pantalons à pinces, c’est ça?
Owen secoua la tête négativement.
- Pas besoin d’user mes prunelles sur tes parties, Jack. Tu as des mains immenses. Et c’est ce qu’on dit sur les mecs qui ont des grandes mains…
- Je l’ignorais ! Mais alors, fit Jack, faussement terrorisé, alors le tien est tout petit, tout fin et tout…
- Va prendre une douche froide, Jack. Je retourne bosser. Tu m’as assez fait perdre mon temps.
Jack minauda encore.
- Tu viens la prendre avec moi?
- sans façon.
- Mouais, tout compte fait, je pense que c’est mieux ainsi. C’est plus sûr. J’aurais peur de te le casser.
Le Capitaine était aux anges, Owen piaffait intérieurement mais lui résistait toujours.
- Tant pis. Tant pis pour toi. Remets-toi au boulot, Owen Harper.
Déconcerté, Jack laissa tomber. Le spray sexuel alien qu’il avait discrètement utilisé pour arriver à ses fins n’avait pas opéré sur son jeune médecin. Peut-être ne s’était-il pas assez aspergé du fluide magique? Ou peut-être, et Jack préféra croire à cette seconde éventualité, peut-être que le fluide avait perdu de son pouvoir? Tout bêtement.
Cependant le résultat peu probant confirma ses allégations : Owen n’avait jamais tenté de l’embrasser. Jack avait pourtant rêvé de lui en chien lubrique alors qu’il errait sans fin dans les méandres de ses lubies érotiques. Alors qu’est-ce qui pouvait expliquer la présence d’Owen dans l’un de ses rêves? Le mystère resterait entier. Soit. Inutile de s’appesantir sur ce cas.
Jack rappela ses sbires partis en mission à l’extérieur. Il avait besoin de tester cette nouvelle hypothèse. Celle du fluide périmé. Il allait vaporiser le reste du flacon sur Ianto et voir ce qui se passerait. Mais il ne fallait pas qu’il traînât lui aussi autour de Ianto car la partie serait biaisée dès le départ. Il trouverait le moyen de laisser les deux jeunes gens seuls, ensemble, et il les surveillerait via les caméras. Jack était d’humeur à jouer.
Le reste de l’équipe revint au bout de quelques longues minutes durant lesquelles Jack, concentré sur sa mission d’encanaillage, n’échangea aucun mot avec Owen. Il devait manœuvrer en finesse et le plus subtilement possible pour humidifier le visage de Ianto sans que celui-ci ne s’en rende compte. Il saisit le jeune homme à peine arrivé, par le bras, et l’éloigna du groupe, prétextant une affaire urgente à régler avec lui.
- Qu’est-ce que tu as sur le visage? Lui demanda-t-il en frottant la joue de l’autre avec obstination. Tu as des marques noires là sur toute la joue. Viens plus près. Approche.
Jack sortit un tube de gel nettoyant qu’il avait au préalable rempli de fluide sexuel et s’appliqua à débarrasser Ianto de ces marques imaginaires.
- C’est quoi qu’il y a dans ce tube? C’est infect comme odeur?
Jack lui montra l’étiquette, l’air abruti.
- Tu ne sais pas lire? C’est du gel antibactérien ! Que veux-tu que ce soit? Je ne vais pas te nettoyer avec de la flotte toute plate !
Ianto reculait à chaque vaporisation mais le Capitaine avait vite fait de vider le spray sur le visage poupon et tout propre de son amant.
- Voilà ! Tu es beau comme un bébé ! Lui dit-il en l’embrassant rapidement sur la joue avant de disparaître, lui, son tube magique et son mouchoir dans la poche.
Le spectacle pouvait commencer. Il s’isola le plus loin possible des deux cobayes et s’installa devant les caméras. Owen devisait avec Tosh et Gwen sur les données récoltées par les jeunes femmes mais Ianto n’était pas de la partie. Il s’était isolé, lui aussi, mais où? Jack balaya le Hub via ses caméras et ne le trouva nulle part. Il changea de plans séquences, sur la kitchenette. Pas de Ianto. Dans l’office du tourisme. Rien. Sous les douches? Hélas, personne! Il sursauta littéralement sur sa chaise quand il entendit la voix chaude du jeune homme derrière lui qui lui demandait pourquoi il était en train de surveiller la base de fond en comble.
- Simple inspection de routine, Ianto. Lui rétorqua Jack sans se retourner. Va donc aider Owen et les filles, tu veux bien?
- Non. Il n’ont pas besoin de moi, Jack. Il sont jamais besoin de moi pour ça.
La voix s’était rapprochée et adoucie. Elle lui caressait la nuque d’un souffle chaud, brûlant, bouillant. Il fallait éloigner l’agneau à tout prix, se dit Jack.
- C’est encore moi qui décide, Non? Alors fais ce que je te dis !
La voix s’était tue. Mais Jack n’osa pas se retourner car il n’avait pas entendu les pas du jeune homme s‘éloigner. En revanche, il sentit parfaitement deux mains câlines qui vinrent l’enlacer par derrière et une bouche pleine de chuchotements et de bisous sur sa nuque découverte..
- Ianto! Arrête immédiatement et obéis à mes ordres !!!
Jack connaissait l’effet foudroyant du fluide mais ignorait jusqu'alors qu'il pouvait agir dans le sens inverse. Il regretta de ne pas être tout bonnement sorti du Hub. Ianto n’écoutait déjà plus. Il n’entendait déjà plus rien sinon son propre désir inextinguible et Jack eut beau chercher une solution pour le diriger vers une autre cible que lui, mais fit chou blanc.
- Ianto!!!
Jack lui fit face et se leva pour gagner en puissance d‘appui. C’est que le jeune homme avait de la poigne quand ses actes étaient dictés par ses sens, Jack en savait quelque chose. Il le saisit par les épaules et le fixa durement.
- Qu’est-ce qui te prend? Ce n’est ni le lieu ni le moment. On a du boulot.
Ianto souriait bêtement, ivre de désir, et tentait par tous les moyens d’attraper les lèvres du Capitaine qui finit par le gifler violemment.
- Désolé, mais tu ne l’as pas volée. On est d’accord? Alors au boulot !
Ianto ne réagit ni à la claque ni à l’ordre.
- Owen !!! Owen !!! Magne-toi, On a un problème avec Ianto!
Pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt au lieu d'avoir eu à violenter le pauvre garçon?
Le médecin accourut et adressa un regard interrogateur à son patron. Rien ne détonnait dans ce qu’il voyait devant lui. Son chef et le tea-boy enlacés, RAS.
- Il a un regard qui ne me dit rien qui vaille, regarde!
Jack posa une main sur l’épaule d’Owen pour l’inciter à approcher et jeta Ianto dans les bras du médecin hébété. Puis il fila à l’anglaise. Depuis son bureau, il aurait tout le loisir d’étudier l’espèce Torchwoodienne en rut dans son milieu naturel.
A peine installé, il sourit d' anticipation. Voir Owen répondre aux pulsions artificiellement ravivées sur un autre que lui allait être un pur moment de détente insolite. Mais ce qu’il vit sur la caméra le cloua sur son siège. Owen arrachait des baisers de condamné à un Ianto fortement récalcitrant et proche de l'apoplexie! Le jeune Gallois se débattait de toutes ses forces sous les yeux médusés et impuissants des jeunes femmes et du chef malicieux.
Jack en perdit son latin - car il connaissait et parlait couramment cette langue morte - en voyant la langue autrement plus vivante d’Owen lécher les lèvres, les joues, les oreilles de Ianto. Mais le spectacle en bas, bien qu'excitant, entérina les dernières interrogations qu'il se posait encore sur son rêve avec Owen. Soulagé, Jack fut confronté alors à une nouvelle énigme. Pourquoi Ianto résistait-il au jeune homme? Malgré le fluide que le médecin était en train d'inhaler à plein nez sur la peau rose de son amant! Inhaler? La situation tournait au vinaigre! Mais dans quelle incroyable galère les frasques du Capitaine l'avaient-elles précipité?
Il était urgent d'agir, pensa Jack, en voyant Gwen et Tosh maintenir Owen loin de Ianto, sans grand succès. Le chien fou et malingre les repoussait avec force pour se ruer sur le jeune homme qui s'éloignait à reculons, en réajustant sa cravate. Jack descendit en vitesse, sépara les deux collègues et ordonna aux filles d'en éloigner l'un des deux. Mais lequel?
Tosh et Gwen firent le choix à sa place. Elles agrippèrent Owen chacune par le bras et l'emmenèrent prendre l'air.
Owen rageait, les injuriait, mais il finit par se calmer et se laissa guider vers l'ascenseur. La main sur l'épaule de Ianto, Jack le toisa, inquiet. Le choc semblait avoir remplacé la pulsion sexuelle dans les yeux du jeune homme.
Mais comment en être sûr face à un Ianto dans un tel état?
- Comment tu te sens? demanda-t-il.
- Très bien, Jack. Pourquoi?
- Pourquoi ?
- Owen est fou de moi et ce n'est pas le fluide sexuel qui risque d'arranger les choses, pas vrai?
Le Capitaine, épaté, baissa le bras et sourit.
- Comment as-tu su?
- Tout le monde ici a "goûté" à ce fluide, Jack, et son odeur te reste dans le nez très longtemps tellement elle pue. C'est d'ailleurs un vrai mystère pour moi : comment une odeur aussi immonde peut induire des comportements si ...agréables?
Jack hocha la tête en souriant. Il partageait l'avis de Ianto. Mais lorsqu'il croisa le regard de celui-ci, son beau sourire disparut.
- Pourquoi as-tu fait cela, Jack? Dans quel but? Je te savais joueur mais pas pervers à ce point...
- Non, non, non, ce n'est pas par perversion, Ianto, je te le jure. S'empressa de dire le Capitaine en l'entourant dans ses bras. C'est que j'ai des choses à te dire. Des secrets que j'aimerais te confier. Si tu acceptes de les entendre, évidemment.
Ianto était perplexe.
- Je ne comprends pas.
- J'ai fait des rêves fous ces derniers temps, et je voudrais te les raconter. C'est important pour moi... mais si tu n'es pas intéressé, je te laisse tranquille.
Les mains câlines retrouvèrent leur place autour de la taille de Jack.
- Tu veux me raconter tes rêves et tu me demandes si je suis d'accord pour les écouter?
Ianto était moins perplexe et plus acide.
- Et en quoi tes rêves pourraient-ils m'intéresser? Et quel est le rapport avec le spray et ton expérience puérile?
Jack adorait l'âpreté de ce regard si doux. Elle ne le blessait pas. Elle le rendait au contraire plus vivant, plus important aux yeux de Ianto. C'était la façon délicieuse qu'avait le jeune homme de le défier, de le provoquer, car il savait que Jack était un homme à relever tous les défis, quels qu'ils soient.
- Ils t'intéressent forcément puisqu'ils te concernent directement. Tu en es la cause principale. Alors?
- Une question d'abord, objecta Ianto en lorgnant sur les caméras extérieures. J'ai fait semblant tout à l'heure. Et les filles n'ont plus n'ont rien ressenti. Ton fluide est périmé. Comment expliques-tu qu'il ait eu de l'effet sur Owen?
Jack lui fit un clin d'oeil.
- D'abord, ce n'est pas "mon" fluide " et ensuite, tu l'as dit toi-même. Owen est fou de toi. Et il n'est pas le seul...
Ianto approuva la réponse pertinente et se laissa charmer par son Capitaine, pour de bon.
- Gwen, Tosh, ramenez Owen et remettez-vous au travail. Ordonna Jack via son intercom. Ianto et moi, on va s'absenter un moment. Que personne ne nous dérange, compris?
Il entendit les marmonnements du médecin, qui était revenu à de meilleures et plus sages dispositions. Rassuré, Jack invita à Ianto à le suivre dans son bureau.
Tout était clair dans son esprit à présent. Mais la complexité de ses délires - bien que logiques et terriblement humains- était telle qu'il se demanda comment lui faire comprendre ce qu'il désirait lui confier. La tâche s'annonçait délicate et pénible
FIN DU CHAT-PITRE 7
CHAPITRE EIGHT
Un énorme MERCI à ma bêta Evalyre qui a bataillé dur contre le temps ( elle comprendra^^^).
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- Tu te souviens de ce que je t'ai raconté sur les voyageurs de la nuit? C'était quel jour déjà?
- Avant-hier.
- C'est ça. Eh bien, après mon histoire, on est allés se coucher?
- Oui.
- On a fait l'amour?
Ianto jusque là assis en face de Jack, se leva et alla ranger une pile de dossiers qui tenait miraculeusement en équilibre sur un coin du bureau. Jack le regarda faire, en souriant.
- Non, finit par répondre Ianto. On a rien fait. On a juste fait dodo.
- Et pourquoi?
Le jeune homme sembla surpris.
- Parce qu'on était tous les deux exténués. Et parce que tu t'endormais déjà sur le sofa.
Jack se frotta les mains et demanda à sa fée du logis de se rasseoir en face. Il avait à lui parler sérieusement et le ménage attendrait.
- Parfait. C'est là que les choses se sont compliquées pour moi...
- Tu étais où hier?
- Quoi?
- Hier, tu étais où? Dans ce sens là tu comprends mieux?
Le ton était un rien acide mais Jack s'y était préparé et la lui dire la stricte vérité ne changerait pas grand chose à son désarroi immensément grand.
- J'ai repris contact avec une vieille connaissance qui habite assez loin. Pourquoi?
Ianto ne répondit pas. Il savait que son Jack de malheur mentait. Jack ne mentait pas vraiment, ou si peu, par omission. Alec était réellement une de ses connaissances et il habitait fichtrement loin.
- Bref. C'est moi qui parle. Sinon on sera encore là quand tu auras des cheveux blancs.
- J'espère bien. dit Ianto très vite.
Jack lui sourit mais le malaise en lui grandissait.
- J'ai dit : c'est moi qui parle, Ianto.
- Je te prie de bien vouloir m'excuser. Je t'écoute.
Jack lui adressa un regard mitigé. Entre le reproche, l'agacement feint et le remords.
- J'ai perdu pied ce soir-là, il y a deux jours donc.
Ianto acquiesça.
- J'ai fait une tonne de rêves que ne je comprenais pas du tout au début...
- Parce que tu comprends tes rêves, en général? Tu me diras comment tu fais.
Un nouveau regard sévère de Jack et Ianto posa un doigt sur sa bouche, promesse qu’il allait tenir sa bouche fermée
- Chut. Se dit-il, un peu moqueur.
- Contrairement à ce que tu pourrais imaginer, mon jeune ami, je suis un homme essentiellement cérébral. Si tu ris je t'étripe !
Le jeune amant ne rit pas mais la grimace sur son visage bouffi ressembla fort à un sourire refoulé.
- Comment crois-tu que je suis devenu le chef de Torchwood? Le recrutement est des plus rigoureux, tu sais. Voire rigoriste. Élitiste...
Jack attendait une réplique acerbe du jeune homme concernant par exemple, au débotté, son embauche personnelle après la capture de Myfawny et le choc frontal de leurs corps déjà pétris de désirs. Mais Ianto demeura muet.
Jack se pencha vers lui pour lui parler dans un murmure charmeur. Le vaste bureau les séparait mais il sentait la chaleur et le parfum de son amant le baigner dans un état de bien-être absolu. Dieu que c’ était bon de le retrouver après une escapade mémorable dans le corps et le coeur d'Alec.
- J'ai rêvé de toi. J'ai rêvé d'Owen aussi, qui me faisait des avances. Arrête!
Ianto avait pouffé sur le nom du médecin.
- Je reprends. Cela prendra le temps qu'il faudra mais tu vas m'écouter jusqu'au bout, Ianto Jones !
Le gallois opina du chef, poliment.
- J'ai rêvé de ... de plusieurs personnes qui ont beaucoup compté dans mes vies. Comme le Docteur. Et ce satané John.
- Hart?
- Affirmatif.
Ianto roula des yeux.
- Je te l'ai dit, des rêves insensés qui n'avaient ni queue ni tête. Puis les choses se sont mises en place, et j'ai compris. Ah oui j'ai rêvé de la fiole aussi. Mais la mienne était remplie de sperme alien.
Cette fois, Ianto éclata de rire. les nerfs à vif, Jack attendit en pianotant sur le bureau.
- C'est bon? Tu veux un verre d'eau? Ou bien...
- Jack, le coupa Ianto, et si tu me disais simplement ce que tu cherches à me dire?
- Si c'était si simple, tu penses que je perdrais un temps précieux à tourner autour du pot ?
Ianto secoua la tête.
- C'est si difficile que ça à dire? Tu me fais peur tu sais? Tu veux me virer de Torchwood? Me virer de ton lit?
L'angoisse se lisait sur le visage du jeune homme. Passés l'amusement et l'étonnement, Ianto commençait à vraiment craindre le pire.
- Rien de tout ça, je t'assure.
La poitrine de Ianto s'affaissa. Il réajusta machinalement sa cravate.
- C'est tout le contraire que j'essaie de te dire, Ianto, avoua le Capitaine, aidé par le soulagement du jeune homme.
- Je ne te demande rien, Jack. Tu n'as pas de compte à me rendre. Tu es libre. Tu peux rêver de qui tu veux, quand tu veux et autant de fois que tu le veux.
- J'ai rêvé d'Alec et de quelqu'un d'autre qui a une place particulière dans mon cœur, dans ma vie.
- Qui? demanda Ianto sans réagir à l'aveu concernant l'expert démoniaque.
- Tu ne le connais pas. Enfin ...peu importe. Tu veux que je te racontes mes rêves avec Alec?
- Non.
- Tu vas quand même m'écouter.
- Pourquoi?
Ianto avait le masque de la colère sur le visage et Jack, meurtri de le voir ainsi, dut se faire violence pour continuer. Il devait crever l'abcès.
- Parce que j'ai aimé cet homme. Follement.
- Je le sais. Que cherches-tu à me dire? Tu veux m'énerver, c'est ça? Tu veux me faire du mal?
- Non, non et non. Bon sang, tu vas m'écouter oui?
Devant la rage à peine lisible sur le visage de Ianto; devant ses mains tremblantes; devant son air de chien battu mais encore hargneux, Jack se noya dans ses douleurs. Il avait en face de lui l'artisan unique et doué de son état de délabrement mental et affectif. Et, pourtant, il ne pouvait se résoudre à lui détailler les rêves qui l'avaient mené jusqu'à lui. Qui l'avaient mené au bout de sa liberté d'immortel. Il se leva et prit la main de Ianto, l'obligeant à se lever lui aussi.
- Après tout, tu as raison. Je suis libre.
Il ouvrit en grand la porte du bureau et fit face au jeune homme, le gratifiant d'un de ses plus beaux sourires.
- Et je t'adore comme tu es. Et comme je suis.
- Je t'aime aussi, Jack. Et ce qui est dit est dit, souviens-toi. Même si je ne comprends toujours rien à ce qui t'arrive.
- Aucune importance. Oublie tout ça et va donc nous faire ton meilleur café !
- A vos ordres. Mais j'aimerais tout de même savoir ce que tu cherchais à faire avec le spray sexuel.
- Aucun intérêt. Je t'assure. Je te raconterai plus tard. Allez au boulot!
Jack lui claqua les fesses et se dit que quelque part durant son éternité, il trouverait bien une heure ou deux à consacrer au jeune homme indispensable pour lui confier avec les mots justes le secret de la fiole imaginaire. Celle qui renfermait ses sentiments les plus vrais. Ceux qu’il croyait être les plus indomptables.
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Ce que Jack n'avait pas prémédité, par contre, ce fut la conversation qu'il entendit par inadvertance, et aussi par curiosité, en espionnant carrément le Hub depuis son bureau, entre Gwen et Ianto qu'il venait de quitter après la pause café. Les paroles du jeune homme lui serrèrent le coeur.
- Pourquoi dis-tu une chose pareille, Ianto? demandait la jeune femme émue.
- Il me fait tourner en bourrique. Il se croit tout permis parce qu'il est le chef. Mais je ne suis pas assez solide pour tout encaisser.
- De quoi tu parles?
- Il a revu Alec McNeil, hier, c'est avec lui qu'il a passé la soirée.
- Quoi? Tu es sûr?
- Certain. Il vient de me reparler de lui et des rêves qu'il a fait ces derniers jours. Je n'y ai rien compris sauf une chose : il se sent coupable et il veut mon pardon.
- Il t'a vraiment dit qu'il avait passé la soirée avec ce type?
La jeune femme et Ianto étaient assis sur le sofa et elle avait passé les bras autour de ses épaules, en signe d'écoute et de réconfort. Jack sentit sa poitrine se comprimer.
- Non, mais je le sais. Et puis qu'est-ce que ça change? Je sais bien ce que je représente pour lui. C'est à dire, pas grand chose.
- Tu te trompes, lui assura Gwen, qui, elle, ne se trompait pas, pensa Jack. Il tient à toi.
- Comme il tient à toi et à chacun de vous.
- Non, Ianto. Je suis certaine que tu comptes un peu plus pour lui.
- Pourquoi? Parce que je couche avec lui? C'est pas une preuve ça. Il coucherait avec n'importe qui qui veuille bien de lui et le choix est large.
Gwen recula un peu et retira ses bras des épaules de Ianto pour ronger un peu ses ongles vernis. Elle aurait volontiers couché avec ce patron insatiable si elle n'avait pas eu Rhys dans sa vie et dans son coeur. Jack se félicita de n'avoir jamais cédé à la tentation de flirter avec la jolie brune piquante et sexy. Et il réalisait que Ianto l'avait beaucoup aidé à ne pas dépasser la ligne blanche.
- Ok, Jack est incontrôlable. Ok, il est libre. Mais tu sais, Ianto, depuis que je suis ici, je l'ai vu changer. Et tu y es pour quelque chose. Tu n'as pas remarqué qu'il est moins dragueur, moins cabotin depuis quelques mois?
Ianto secoua la tête, qu'il gardait baissée. Jack préférait ne pas voir ses yeux vides.
- Et.... hésita Gwen. Comment ça se passe entre vous? Je veux dire... enfin tu vois?
Ianto releva la tête et Jack ferma les yeux à moitié.
- Au lit?
- Au lit ou ailleurs... plaisanta Gwen.
- C'est surréaliste.
Gwen gloussa mais Ianto était sérieux.
- Excuse-moi. C'est à dire?
- Ce type est fou dès qu'il entre en mode sexuel. Parfois il me fait peur.
- Oui, tu m'as déjà raconté le coup de la ceinture. Mais en ce moment, tout va bien?
- Oui, à part ses lubies sado-maso, c'est super. Mais je ne te parle pas de sexe, Gwen. J'ai des sentiments pour lui, tu comprends? Je crois que je l'aime. J'en suis sûr.
Jack, les yeux mi-clos, inspira profondément.
- Je l'aime mais je suis persuadé qu'il ne m'aime pas autant.
Les larmes perlaient sur les joues roses de Ianto qui voulut se lever. Gwen l'en empêcha.
- Reste avec moi, et dis-moi pourquoi tu penses qu'il ne t'aime pas. Moi je sais qu'il t'aime. Même s'il ne te l'a jamais dit, tu sais comment il est...
- Justement. Je commence à douter. Je ne suis plus aussi sûr de le connaître.
Gwen essuya le visage du jeune homme d'un geste tendre de la main.
- Au contraire. Il a beau jouer au héros énigmatique et libre, il est comme tous les mecs et crois en mon expérience des hommes. Tu es novice en la matière!
La boutade arracha un timide sourire à Ianto qui hocha la tête.
- Ils sont tous pareils, tu peux me croire. S'il en avait assez de toi pour la baise, il t'aurait remplacé depuis longtemps. Le tact, c'est une denrée rare chez les mecs. Sauf chez toi, mon Ianto.
Un deuxième sourire et Jack rouvrit complètement les yeux.
- Alors pourquoi est-il retourné voir ce type, hein?
- Ianto. J'aime Rhys. Je l'aime plus que tout. Et je l'ai trompé avec Owen. Tu vois, pour une femme c'est une faiblesse que l'on pardonne difficilement mais pour un homme, surtout un homme comme Jack, cela ne prouve rien...
- Il m'a dit mot pour mot "qu'il avait aimé Alec, follement". Que dois-je comprendre à cet aveu?
Gwen fronça les sourcils.
- Il t'a dit ça??
- A l'instant.
- Alors.. tout est normal.
- Tu peux répéter?
- Tu avais raison. Il cherche ton pardon et c'est la preuve qu'il t'aime. Sinon il n'aurait que faire de ta jalousie, il ne t'en aurait même pas parlé! Bingo !
La jeune femme s'applaudit elle-même, ravie de sa conclusion toute féminine.
- Ce n'est pas idiot comme raisonnement, avoua Ianto, en se redressant.
Jack pouvait à présent l'observer dans toute sa splendeur. Il aurait voulu embrasser Gwen pour sa fine psychologie. Elle était en train de dire à Ianto ce que lui, Jack Harkness, amant immortel et incorruptible, n'arrivait pas à lui dire avec ses mots à lui.
- Que je veux! Ianto Jones, si tu as des questions au sujet de ton mec, viens demander à tata Gwen! D'accord?
Ianto lui prit la main et l'embrassa sur la joue. Un bisou bien mérité que Jack partagea en silence et en cachette.
- C'est pas facile d'aimer, hein? Merci Gwen. Je vais d'abord lui poser mes questions et s'il persiste dans son mutisme je reviens te harceler.
Le jeune homme se leva et offrit une main galante à Gwen pour l'aider à se lever.
- C'est quand tu veux et surtout, Ianto, assume-toi, fais-toi désirer, bouscule le un peu. Il va ramper à tes pieds en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. On parie?
- Tope-là!
- Vendu!
Jack était prévenu. Toujours une longueur d'avance sur tout le monde, noblesse oblige. Et filouterie oblige.
Il fit tourner sa chaise et posa les pieds sur le bord du bureau. Il commença à écrémer la masse dense et ombrageuse de ses pensées. cuillerée après cuillerée. En démarrant par le voile lourd et épais qui recouvrait l'intérieur de son être. Le premier rêve.
Au début était une fiole, une fiole toute simple mais au symbolisme édifiant. Une fiole de vie, de renaissance, tributaire d'un certain nombre de sacrifices. Jack et son équipe avaient sauvé un enfant grâce à cette fiole, sans pouvoir empêcher dans le même temps la disparition définitive de plusieurs autres victimes.
Ensuite, tard dans la soirée, Jack et Ianto avaient papoté, dans les bras l'un de l'autre, et Ianto avait évoqué, pêle-mêle, le mariage récent de Gwen, le physique replet de son père, le goût exécrable de sa mère pour les hommes, l'éventualité d'un Jack papa, et il n'avait guère réagi à la demande en mariage mâtinée d'humour de son Capitaine.
Sur ce, se souvint Jack, Ianto était parti bouder chez lui et les ennuis avaient commencé. Après le départ du jeune homme courbatu, Jack s'était senti un peu coupable de n'avoir pas cherché à apaiser les angoisses de Ianto. Mais il avait été envahi par un sentiment indéniable et insidieux de bien-être. De sérénité. Il n'avait pas souvenir d'avoir connu un tel calme intérieur depuis fort longtemps. Une impression de tranquillité absolue et de liberté affective qui ne rimait pas avec sa situation actuelle. Celle d'un homme constamment suivi par une ombre fine et attentionnée qui répondait - toujours- au doux nom de Ianto Jones.
Quelque chose de l’ordre de la dévotion inconditionnelle avait uni les deux hommes, après cette mission, et surtout,après la soirée qu’ils venaient de passer ensemble. Quelque chose avait changé, définitivement.
Depuis des lustres, les amants de passage n'avaient cessé de graviter autour du Capitaine insoumis et affranchi. Depuis des décennies, le sexe régulait sa vie de solitaire éternel. Rarement ponctuée de coups de coeur, dans un sens comme dans l'autre.
Jack ne s'attachait à personne et ne s'attardait chez personne. Peu de personnes avait tenté de l'apprivoiser. Jack Harkness était expert en livraison, et nul pour le service après vente. Un représentant free lance qui carburait au défraiements purement physiques.
Puis un jour, il avait rencontré Ianto Jones. Ce dernier lui ayant fait du rentre-dedans pendant des jours, Jack avait fini par céder et avait recruté le jeune gallois têtu et indiscutablement sexy.
Une nouvelle proie à accrocher à son tableau de chasse, avait pensé Jack au début. Un partenaire de plus pour agrémenter l'ordinaire de sa vie longue et répétitive.
La parade de séduction avait été brève, comme l'avait prédit le Capitaine qui avait suspecté, à raison, une intéressante inclination chez Ianto à baisser sa résistance jour après jour, clin d'oeil après clin d'oeil, face à un patron entreprenant et acharné.
Dès le départ, Jack avait été attiré, sexuellement, par ce jeune employé modèle. Et dès leur premier regard, son sixième sens lui avait confirmé la réciprocité de cette douce sensation. Ianto, bien que réservé et revêche, avait observé son chef avec une lueur coquine dans le regard. Le détaillant sans pudeur dès que l'occasion se présentait, c'est à dire, à chacune de leur présence dans une même pièce. Rougissant, hésitant, sur la défensive, mais toujours flatté de l'intérêt peu professionnel que lui portait l'immortel. Flatté et progressivement réactif.
Le sexe avec Ianto avait d'abord été laborieux. Le jeune homme n'avait visiblement jamais répondu aux avances d'un autre homme avant Jack. Il était désespérément hétérosexuel. Mais ouvert à la nouveauté, ce que Jack n’avait pas mis longtemps à comprendre.
Il ne rouspétait pas quand son chef le collait d'un peu trop près. Ou quand il sentait une main baladeuse sur son dos, sur ses reins, voire plus bas. Il restait immobile, attendant sagement que le patron daigne s'éloigner, une fois certain de s'être fait comprendre.
Et Ianto était intelligent et vif d'esprit. Il avait vite compris. La riposte n‘avait pas tardé. Ce fut à celui qui réussirait à draguer impunément l'autre sous les regards faussement aveugles du reste de l'équipe. Jack fut bientôt lui-même collé de très près. Il sentit rapidement un souffle chaud sur sa nuque, ou une main égarée sur le bout de ses doigts, sous la table, sur le clavier d'un ordinateur, ou plus souvent quand Ianto lui donnait sa tasse de café magique. Jack adorait les pauses café. Les regards langoureux, les caresses furtives, les sourires expressifs, les gazouillis à peine audibles quand Jack lui parlait à l'oreille, tout n'était qu'encouragements tacites et précurseurs d'une entente plus qu'amicale.
Un soir, enfin, Jack avait demandé à Ianto de rester avec lui, après le départ des intrus, euh…de l'équipe, pour lui confier la responsabilité des coffres et de la sécurité de la base. Raison officielle. Raison officieuse : il voulut être fixé quant au retour sur investissements de ses approches corporelles. Savoir jusqu'à quel point Ianto était prêt à aller dans cette drague affichée. Il n’avait pas été déçu.
- La combinaison des coffres change tous les jours. C'est impératif. Elle n'est pas comme moi... lui avait expliqué Jack en lui donnant un feuillet contenant les directives à suivre à la lettre.
- Vous ne changez pas souvent, monsieur?
- Tu vois bien. Je porte encore des fringues de l'avant-guerre. J'ai du mal à me renouveler. Faut croire que je suis de la vieille école, un peu obsolète.
Jack s'était rapproché de Ianto qui n’avait pas bougé.
- Elles vous vont bien. Vous avez une certaine classe dedans. Avait-il dit sans rougir, pour la première fois depuis que Jack avait jeté son dévolu sur lui.
- Venant d'un jeune homme aussi élégant que toi, je prends cette confidence pour un joli compliment, soupira Jack en se rapprochant encore.
- Vous pouvez.
- Bien. Je pense avoir fait le tour des tâches qui te sont désormais attribuées...
- Je vous remercie de votre confiance. Je suis honoré.
- Vraiment? Tu n'as pas à l'être. Tu es fiable, sérieux, méthodique et de toute façon il nous fallait un responsable de la sécurité, alors...
- Oui, monsieur. Je peux disposer?
- Si tu es si pressé de partir, rien ne t'en empêche. Bonne nuit. A demain.
Désappointé, Jack le précéda pour sortir de la salle des coffres.
- Ce n'est pas que je sois pressé, monsieur. Si vous avez autre chose à me montrer, j'ai tout mon temps.
Jack avait fait volte face et Ianto avait failli lui rentrer dedans. Reculant à temps pour éviter le choc, il s’était hélas arrêté nez à nez avec Jack. Le Capitaine avait souri mais n’avait rien trouvé à lui montrer. Les yeux clairs de l'autre noyés dans les siens, il avait ressenti une faible décharge électrique lui parcourir l'échine. Ianto n’avait pas reculé.
- Vous avez autre chose à me dire? Avait-il demandé, la voix légèrement chevrotante.
Ne trouvant aucun mot, Jack opta pour une réponse gestuelle. Il avait posé les mains sur la taille de Ianto et l'avait attiré contre lui. Le rouge monta aux joues rondes du jeune gallois. Ses yeux s’étaient mis à cligner nerveusement et ses lèvres adorables s’étaient crispées. Tout indiquait à Jack que Ianto appréhendait ce qui risquait de se passer entre eux, mais sans pouvoir dire pourquoi ni comment, le Capitaine n'eut pas l'impression de brusquer son jeune promu responsable de la sécurité. Quelque chose dans son regard l'incitait à poursuivre son dessein de conquête. Jack n'avait jamais forcé personne, et Ianto ne serait pas l'exception. Il savait reconnaître le désir chez n'importe qui et Ianto Jones le désirait furieusement. Sinon, pourquoi se laisserait-il faire de la sorte? Pourquoi Jack sentait-il son corps tremblant mais ravi de cette proximité soudaine? Car oui, le corps de Ianto était ravi et le lui fit savoir. La nature fait bien les choses et Jack adorait le naturel de Ianto, sous des dehors guindés, cet homme répondait à son invite.
Jack avait souri puis avait effleuré ses lèvres, respirant son souffle court et brûlant. Contournant sa bouche fébrile, il avait déposé un baiser léger sur sa joue. Sentant contre lui le corps de Ianto toujours ravi, Jack était revenu sur ses lèvres et avait glissé une langue avide dans la fente qu'un soupir venait d'ouvrir. Sa langue avait fait la connaissance de sa partenaire et Jack avait appris à Ianto pourquoi il ne fallait jamais dire "fontaine...".
Le baiser fut doux, chaud, humide, réjouissant. Le jeune homme se laissa faire un court instant avant de répondre avec empressement à l'appel de la chair. Jack avait senti deux mains se cramponner à ses hanches, et le parfum charnel de Ianto se fixer sur ses lèvres gourmandes. Il fit remonter ses mains sous la veste, caressant le dos musclé, et se perdit dans le plaisir de cet échange nouveau et prometteur. Contraints de reprendre leur souffle, les deux hommes avaient séparé leurs lèvres rougies et déjà en manque de leurs camarades de jeux. Ianto avait ouvert les yeux et les avait posé sur la bouche de Jack, comme pour lui intimer de recommencer. Jack lui avait encore souri. Malgré l'ardeur de ce premier baiser, et le calme relatif de Ianto, il n’avait pas voulu profiter de la situation. Il retira ses mains et les plongea dans ses poches.
- Les choses sont très claires pour moi, lui avait-il dit dans un murmure. Si elles ne le sont pas pour toi, ou si elles ne le sont pas encore tout à fait, j'attendrais. C'est à toi de décider. Toi seul. Je ne veux rien exiger que tu ne veuilles m'offrir, d'accord?
Ianto avait hoché la tête.
- Tu ferais mieux de rentrer chez toi. On se voit demain, et n'oublie pas. Coffres, sécurité, combinaison, et ça.
Jack l'embrassa chastement du bout des lèvres.
Ianto avait hoché la tête.
- A demain, monsieur.
- Jack.
- A demain... Jack.
Jack avait regardé Ianto partir, d'un pas mal assuré, les mains tripotant les pans de sa veste et la tête baissée. Le Capitaine venait de faire une nouvelle victime. Mais il était sûr d'une chose : cette victime ne ressemblait pas aux autres. Elle était spéciale. Elle portait sur elle le sceau de la sincérité. Il était allé se coucher sur une dernière pensée entêtante. De lui ou de Ianto, qui était la victime, en vérité?
Après ce premier contact rapproché, Jack avait multiplié les avances. Certes, il lui avait promis d'attendre le temps qu'il faudrait mais le corps avait ses exigences et il passa à la vitesse supérieure. Les soirs où Jack invitait Ianto à traîner un peu plus tard dans le Hub s’étaient faits plus fréquents.
Les attouchements timides devinrent des caresses insistantes. Les baisers économes du début doublèrent d'intensité et de fréquence. Les prémices de l'acte sexuel s'annonçaient sous les meilleurs auspices. Ianto se laissait charmer avec une aisance étonnante et même quand Jack lisait parfois de la panique dans ses yeux, il s'évertuait à le mettre en le confiance et refrénait aussitôt ses ardeurs.
Quand, dans la journée, l'un et l'autre se parlaient, se frôlaient ou s'admiraient en silence, la tension montait d'un cran et chacun attendait patiemment le soir où ils pourraient se livrer à des échanges plus poussés. Mais Jack ne rudoya pas la timidité de Ianto. Dès qu'il s'aventurait sur un terrain trop intime, il observait la réaction du jeune homme et agissait en conséquence. Certains soirs, Ianto sembla plus disponible que d'autres. Jack en avait profité au maximum. Cela lui avait pris de longues semaines avant de pouvoir explorer les zones pudiques qui pimenteraient un peu plus leur ébats. A ce stade de leur relation, Jack perdit de son assurance car Ianto était d'humeur lunatique. Un soir, il passait outre les politesses d'usage et volait un baiser à son patron, le rouge aux joues mais le sang chaud. Un autre soir, il se faisait désirer en jouant les vierges effarouchées; en avouant qu'il n'était pas encore prêt pour une étreinte si nouvelle pour lui. Ce fut lors d'un soir négatif que Jack, impatient, lui avait demandé de bute en blanc s'il ne se fichait pas un peu de sa fiole!
La fiole! (hum, note de l’auteur^^^)
- Je veux bien attendre mais cela fait des semaines qu'on se tourne autour, et je déteste rester dans l'expectative aussi longtemps.
Jack avait commencé par un baiser sulfureux et des caresses sous la chemise, depuis la nuque de Ianto jusqu'en bas du dos, freiné dans son élan par la ceinture en cuir du pantalon.
Ianto s'était alors reculé pour lui signifier que cela lui suffisait pour l'instant.
- Je suis désolé. Je ne sais pas trop, je ferais mieux de rentrer... avait bégayé le jeune homme.
- Tu as envie ou pas? De quoi as-tu peur?
- A votre avis?
- Réponds-moi, tu en as envie ou pas?
Le regard de Ianto s’était assombri. Jack resta à distance et enfouit ses mains dans les poches.
- Alors?
- J'ai envie de partager des choses avec vous mais je ne sais pas trop quoi...
Jack inclina la tête, dubitatif.
- Partager. Tu veux dire juste flirter? Des papouilles et des caresses sages? Pas au-delà?
- Je n'en sais rien. C'est la première fois que ça m'arrive...
- Je le sais. Mais on a eu le temps de faire connaissance depuis, non? J'aimerais seulement savoir si tu as dans l'idée de vivre cette nouvelle expérience un jour ou l'autre, et avec moi de préférence.
- Par expérience, vous voulez parler de ...sexe?
- Absolument. C'est bien ce qu'on est censé faire quand on se plait mutuellement et qu'on se coince entre deux couloirs pour s'embrasser et se tripoter. Tu l'as déjà fait?
La carnation laiteuse de Ianto s’était empourprée et Jack avait eut une subite envie de lait grenadine. C’était exactement à cela que le teint rouge/rose lui avait fait penser. Comiquement. Il avait eu pitié de sa détresse.
- Très bien, je ne te retiens pas. Tu n'es peut-être pas fait pour l'exotisme après tout. Tant pis.
Jack avait fait demi-tour et s'était éloigné, furieusement frustré. Mais Ianto méritait le temps de la réflexion, aussi longtemps que cela puisse durer. La victime n'était décidément pas celle à qui l'on pensait.
- Jack, attendez !
Ianto l’avait rattrapé au beau milieu du Hub devant la tour d'eau. Moins pourpre et les yeux brillants.
- Oui, je sais que je veux vivre... ça avec vous. C'est vous qui me troublez, vraiment. Seulement, c'est nouveau pour moi.
- Ianto, il y a des tas de façons de s'amuser entre personnes adultes et consentantes. Je ne te demande pas la permission de te violer là sur le sol ! Nous ne sommes pas des animaux. Je veux que tu me dises si je peux espérer un peu plus que tes câlins, délicieux, j'en conviens, mais pas très nourrissants si tu vois ce que je veux dire.
- Oui, oui, je vois très bien et oui vous pouvez espérer. Avait dit Ianto très vite. Par exemple, si cela vous tente je peux...
- Oui?
Le rouge sur le visage vira cette fois au violet. Jack s’était retenu de rire. Ianto pouvait quoi?
- Je t'écoute.
- Vous ...enfin vous voyez. Une chose que nous les hommes aimons bien qu'on nous fasse.
Le violet remonta jusqu'au front plissé du jeune homme. Jack n’avait pu s'empêcher de rire.
- une petite gâterie? Non, mauvaise idée. Tu n'es pas encore prêt. Moi si par contre.
Les yeux rieurs, Jack s'approcha de Ianto et s'agenouilla devant lui.
- Vous êtes sûr?
Ianto se cambra en avant, affolé.
- Du calme, Ianto. C'est une idée pertinente qui va m'offrir l'occasion de te montrer toute la douceur et le savoir-faire dont je suis capable. Après cela, tu seras beaucoup moins indécis. Fais-moi confiance.
- D'accord.
La voix s’était faite bizarrement claire. Jack défit la ceinture et baissa doucement le pantalon puis le joli caleçon à fleurs jusqu'aux genoux et après un dernier regard vers Ianto, il s‘exécuta. Ianto sentit la bouche chaude engloutir tout son membre et son corps se contracta. Il posa sa tête contre la paroi vitrée de la tour d'eau et son cou devint mou, à mesure que son sexe se raidissait sous les caresses buccales. Jack l'amena vite au nirvana. La décharge de plaisir lui coupant les jambes, Ianto tomba à genoux, face à son patron satisfait de son effet quasi immédiat. Comblé devant l'extase qui allumait les yeux du jeune homme.
Jack avait ri et l'avait aidé à se relever et à se rhabiller, d'un geste presque maternel, prévenant, délicat.
- Alors?
- C'était rapide, je suis désolé. Vous... vous faites ça bien, très bien même.
Ravi, Jack avait accepté le compliment sans dire un mot.
- Vaudrait mieux que je rentre maintenant?
- D'accord, je t'ai assez embêté pour aujourd'hui. À demain, Ianto.
- Vous ne m'embêtez pas, Jack. C'était bien. Vraiment bien.
- Je sais. Allez au dodo, jeune homme.
Ianto avait poliment hoché la tête et s'en était allé, marchant à petits pas vers la sortie, la main sur le mur pour ne pas vaciller sous le regard tentateur qu'il sentait dans son dos.
CHAPITRE NINE
Big merci à ma bêta Evalyre, et à tous ceux et toutes celles qui me suivent avec patience et courage.
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Jack avait été surpris par le changement de comportement radical de Ianto après cette première expérience intime. Contrairement à ce qu’il aurait espéré, Ianto prit ses distances avec son chef. Il était soudain devenu taciturne, réticent, et constamment fuyant. Jack avait peut-être trop brusqué les choses. Il se devait de lui laisser encore le temps de digérer la main mise de Jack Harkness sur son corps.
C’est donc avec regret qu’il avait abandonné la chasse, mais la promiscuité permanente avec jeune homme ne l’avait pas aidé pas à faire le deuil , même provisoire, de cette ébauche d’histoire. Prenant sur lui, il avait accordé à Ianto le temps de la réflexion, priant qu’elle finirait pas le faire revenir vers lui. Mais Ianto était comme une anguille prise dans un filet, il lui glissait des mains. Et lui glissait sous le nez. Il affichait une attitude désinvolte et délestée de toute connotation sexuelle. Ianto le repoussait, poliment mais fermement.
Suzie et Tosh, intuitives jusqu’au bout des ongles, avaient parfaitement repéré la valse hésitation entre les deux hommes. Owen, quant à lui, n’y voyait que du feu.
Jack avait continué malgré tout à lui tourner autour sans le relancer. Il avait certes très envie de lui mais il était trop fier pour supplier quiconque sur un terrain qu’il fréquentait avec une science et une habileté exemplaires.
Il avait rapidement eu l’explication de ce retournement de situation. Lisa. A cette époque, le jeune homme équivoque avait été démasqué en même temps que sa trahison aux conséquences dramatiques.
Bafoué, meurtri, Jack lui avait pourtant pardonné à la seconde où les risques encourus par lui et son équipe, sans parler de la race humaine, avaient été écartés. Il comprit le déchirement intérieur de Ianto et probablement la raison de son échec à vouloir le séduire. Ianto avait porté un fardeau trop lourd pour un seul homme. Jack lui avait pardonné d’autant plus facilement qu’il se souvenait des mots durs du jeune homme. Des mots de haine qui n’avaient visé que son Capitaine, sans aucun doute possible. Ianto lui avait reproché de ne s’être jamais intéressé à sa vie en dehors de Torchwood. Il lui avait reproché de ne voir en lui qu’un objet de désir et non un être humain seul, ligué contre tous. Ianto avait raison. Mais il n’était pas l’exception. Jack ne demandait jamais rien à ses employés, hormis ce qui concernait leur travail à Torchwood.
Il aurait peut-être gagné la confiance de Ianto en commençant par là. Le questionner sur sa vie, sa famille, ses amours passés. Sur ce dernier point, le voile avait été levé lorsque Lisa avait été découverte dans les sous sols de la base.
Plusieurs semaines s’étaient écoulées sans que ni Jack ni Ianto ne se parlent en privé. Après leur affrontements contre les cannibales, Jack déjà ébranlé par l’horreur, n’avait pas estimé utile de jouer au psychologue du dimanche. Laissant à chacun le soin d’exorciser ses peurs profondes à sa manière. Il ne s’était autorisé aucune ingérence dans leur vie privée. Il ne l’avait jamais fait auparavant et ne se sentait pas la force de remettre en cause la neutralité de son commandement.
L’ambiance sinistre dans le Hub avait pesé lourd sur les consciences esseulées. Et le travail avait été le meilleur exutoire possible pour tous.
A sa grande et oh combien agréable surprise, ce fut Ianto qui brisa la glace, le soir où Suzie, ressuscitée, avait dû regagner sa place de morte définitive dans la morgue de la base. Ianto rédigeait le rapport de décès de la jeune femme quand il avait évoqué, sans crier gare, les nombreuses utilisations coquines qu’un chronomètre pouvait offrir. Le regard de Jack s’était allumé derechef et, n’écoutant que son corps, il avait invité Ianto à venir développer cette théorie dans son bureau.
- C’est fou, mais j’en ai fait toute une liste et je continue à en trouver de nouvelles chaque jour…avait expliqué Ianto, une fois seul avec Jack dans le bureau, en jouant joyeusement avec le chrono.
- Et tu penses à qui quand tu cherches ces usages détournés ? Lui avait demandé un Jack tout feu tout flamme, assis à sa place fétiche, face à lui.
Ianto avait levé les yeux vers lui, drôlement réjoui par la question.
- Cela dépend. La première idée qui m’est venue à l’esprit, je vous la dois.
- Vraiment? Tu attises ma curiosité, tu le sais?
- Combien de temps pouvez-vous rester sans me toucher? Avait-il lancé sur un ton provocateur.
- Des semaines entières. Je ne t’ai pas touché depuis des semaines, lui avait rappelé Jack en riant.
Ianto avait acquiescé et s’était levé pour venir s’asseoir sur le bord du bureau, tout près de lui.
- Je le sais. Ce n’est pas comme ça que j’aurais dû poser la question. Je voulais dire combien de temps sans me toucher si je fais ça?
Ianto s’était penché et l’avait embrassé sauvagement, tenant le visage de Jack dans ses mains après avoir posé le chrono sur le bureau. La sensation de n’avoir jamais quitté les lèvres douces du jeune homme avait submergé Jack de bonheur. Il s’était langui de cette délicieuse langue sucrée depuis si longtemps. Il avait attrapé Ianto par la nuque pour approfondir l’échange mais ce dernier s’était dérobé et avait stoppé le chrono.
Jack avait soupiré de dépit.
- 8 secondes et 6 dixièmes, avait clamé Ianto, fier de lui.
- Ce n’est pas juste, je n’étais pas prêt. Je peux me contrôler plus que ça, je te jure !
Ianto avait fait la moue, nullement convaincu.
- Tu n’es pas aussi irrésistible que tu ne le penses, jeune effronté, s’était moqué Jack en se levant et en l’attirant à lui.
- Je n’en crois pas un mot. Vous me trouvez à votre goût, j’ignore pourquoi, mais c’est un fait.
- C’est vrai, j’avoue. Et j‘ignore aussi pourquoi !
- Monsieur mufle !
- Alors?
- Quoi?
- Tu as pris une décision?
- Je dirais plutôt qu’elle s’est prise toute seule. Je sais que je vous ai fait beaucoup de tort à vous et aux autres, seulement…
- Seulement quoi, Ianto? Avait demandé Jack qui voulait une réponse claire et nette.
- Vous m’avez gardé. Et pardonné. J’ignore aussi pourquoi mais je vous en remercie.
- Et ceci est ta façon de me remercier?
Jack était déçu. Il ne voulait pas de la résignation du jeune homme. Il voulait de la passion. Ou de l’attirance assumée. Il n’en demandait pas plus.
- Non, j’ai eu le temps de réfléchir. Même si c’est difficile de réfléchir honnêtement quand je pense à vous.
Le visage de Jack s’était illuminé.
- Continue.
- J’aime apprendre. Je serais un apprenti motivé. Si vous êtes toujours d’accord pour m’aider à prendre une décision?
- Tu es déjà très doué, Ianto Jones. Je suis certain que tu sauras me surprendre.
- Alors on refait une partie?
Jack avait ri et avait serré son nouveau partenaire attitré, un peu plus fort.
- Avec plaisir. Teste-moi, Ianto Jones.
- C’est parti. Top chrono.
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Le chemin avait été tout tracé après cet accord de principe. Les œillades et les sourires avaient abondé dans les deux sens. Naturellement, Ianto restait sur ses gardes, il valait mieux se méfier d’un Jack aussi porté sur la chose. Mais Ianto avait également dû réfréner ses élans car il était visiblement chaviré par le tournant inédit que sa vie prenait et par sa future place au sein de l’équipe, que les autres n’allaient pas tarder à découvrir. Certains allaient en proftier pour le chambrer. Prévisible Owen. D’autres allaient le cuisiner sur les aspects méconnus de leur chef, ceux qui colonisaient son intimité. Coquines Gwen… et Tosh.
Ianto trouva ses marques peu à peu. Jack le ménagea sans pour autant se priver de ce dessert incroyablement appétissant. Il estimait que les choses allaient bon train, et qu’il avait encore énormément à offrir au jeune homme de moins en moins insensible à son charme, à force de l’abrutir de tendresse et de petits jeux raisonnablement sulfureux pour le maintenir à la bonne température.
Lorsque Jack sombra dans une mort étonnement longue, après l’ouverture provoquée de la Faille et son face à face avec le Grand Dévoreur, le jeune homme réalisa à quel point le Capitaine comptait pour lui. Il ne s’était pas offert à lui par soumission, ou par curiosité, comme il l’avait pensé au début. Non, il avait cédé à ses avances parce que l’évidence de son attirance pour lui s’était imposée d’elle-même. Et parce que l’attirance physique cachait autre chose de plus noble, de plus profond. Ianto n’aimait pas les hommes. En dehors de ses fichues phéromones infernales, il éprouvait pour Jack un sentiment qui ne lui était pas étranger. Cet homme le troublait autant par son audace que par sa grande humanité. Il avait décelé dans la façon qu’avait Jack de le draguer, un authentique respect, une réelle faiblesse affective de la part de son chef. Ce dernier ratissait large, toujours gagnant, et s’il rôdait encore autour de lui, après des mois de flirt approfondi, c’est qu’il y trouvait son compte, et pas seulement sur le plan sexuel. Jack aimait la diversité, alors pourquoi persistait-il à étoffer leur relation, jour après jour, sans relâche, avec une inventivité qui ne connaissait aucune limite?
Ianto crut que sa vie à lui s’était tout simplement arrêtée et que sitôt la mort de Jack déclarée, il n’aurait plus sa place à Torchwood, ni ailleurs. Il retournerait à Londres et se laisserait probablement dévoré par le chagrin d’avoir perdu les deux personnes qui auraient peuplé sa courte vie amoureuse. Car Ianto était amoureux de Jack et le voir revenir d’entre les morts L’avait fait véritablement basculer dans le bonheur. Bonheur partagé et scellé par un baiser de pardon et de douce déclaration officielle.
La propension au pardon de Jack l’étonnait considérablement. Après tous les coups bas, les injures, les désobéissances, les attentas contre sa personne, comment cet homme pouvait-il occulter de tels agissements inqualifiables d’une simple phrase « je te pardonne » ou d’un baiser chaste et sincère?
Il y avait tellement de qualités à admirer chez ce patron indispensable, que Ianto n’avait pas une seule fois culpabilisé d’avoir viré sa cuti. Pour Jack, il était capable de tout. Capable de prêter le flanc aux simagrées de son entourage proche. Prêt à accuser les coups de griffes verbales du médecin plein de gouaille. Prêt à accepter les sobriquets les plus offensants, comme « chewing-gum », dernier surnom en date sorti de la caboche d’Owen qui le comparait à un vieux chewing-gum collé à la semelle du Capitaine. Tout, Ianto acceptait tout. Et Jack lui avait brisé le cœur, le jour même de sa résurrection, en disparaissant sans autre forme de procès. Sans un au revoir. Comme le casse-cou libre et irréductible qu’il avait toujours été et qu’il resterait. Avec ou sans son chewing-gum.
Seulement Jack n’était pas parti sur un coup de tête, et Ianto l‘ignorait. Comme les autres, il avait dû se résoudre à vivre sans ses ordres. Sans lui pour continuer à travailler, bon gré mal gré.
Lorsque Jack était revenu, après une année d’absence, Ianto était trop heureux pour lui en vouloir vraiment. Jack avait retrouvé son Docteur et peut-être avait-il enfin eu les réponses qu’il avait attendues si longtemps?
La relation provisoirement suspendue avait repris de plus belle. Avec une invitation à dîner et plus car affinités. Ianto s’était plongé corps et âme dans le boulot. Il n’avait fréquenté personne durant cette longue disette sentimentale. Il ne voulait que Jack, il ne pensait qu’à Jack, certain qu’un jour il reviendrait. Jack était trop bienveillant, trop charitable, trop secourable pour les abandonner définitivement.
Jack s’était assuré dès son retour que Ianto était resté le même. À savoir, Pénélope attendant son Ulysse, et il avait été ravi de constater que rien n’avait altéré son intérêt pour lui.
Le Capitaine avait mis les bouchées doubles et le coup porté à la fidélité de Ianto, quand un certain expert É cossais était venu jeter le trouble dans la vie de Jack, n’avait pas entamé la force de ses sentiments pour son amant inconstant. Comme Jack, Ianto avait fini par lui pardonner. La clémence en amour devait exister dans les deux camps. Puisqu’il ne s’agissait plus de sexe, on ne devient pas abstinent du jour au lendemain par orgueil, ni par lassitude. On choisit de le devenir si on aime et si on s’accroche à l’espoir fou de retrouver tôt ou tard l’être aimé.
Ianto l’avait retrouvé tel qu’il l’avait quitté. Flamboyant, impertinent et toujours épris de son réceptionniste. La vie vous jouait parfois de mauvais tours pleins de cruauté, mais elle n’en était que plus belle quand elle décidait de calmer le jeu.
Jack avait eu le temps de réfléchir, entre autres choses, lors de son emprisonnement par le Seigneur du Temps, avec lequel, en dehors du Docteur lui-même, il partageait malgré lui la même solitude destructrice, le même objectif indéfini et hors d’atteinte.
Quand il était revenu de la mission « sauver le monde encore une fois, avec le Doc et ses compagnons », et après avoir renvoyé John Hart, un démon de son passé, dans une autre dimension lointaine et, espérait-il, nuisible aux trublions de son espèce, Jack était résolument conscient de ce qu’il l’attendait et surtout de ce que lui désirait vivre à cette période. Du calme, voire de l’ennui, quelques visites sportives pour entretenir sa ligne, et puis courir après les weevils. Ne pas avoir à assumer trop de pertes humaines ni même alien, et commencer quelque chose de concret, quelque chose qui incarnait à ses yeux le sésame pour une nouvelle vie ordinaire, relativement ordinaire.
Ianto n’était pas si ordinaire que cela , après réflexion.
Facile de synthétiser de tels projets dans sa tête. Moins facile de les mettre en pratique. D’une part, Jack était tributaire de la Faille, et d’autre part, il était loin d’avoir assiégé le cœur de Ianto, mais c’était en bonne voie. Le jeune amant, fidèle et patient, avait facilement amené Jack à la confession. Ce dernier lui avait dit tout ce qu’il avait appris du Docteur et de sa condition d’aberration éternelle.
Au fil des mois, Jack avouait même à demi mots son attachement sincère et inconditionnel pour son équipe, et pour Ianto en particulier.
Les mots tant galvaudés ne sortaient jamais de sa bouche, et restaient aussi coincés dans la gorge du jeune homme. Pour le plus grand plaisir du Capitaine qui bourgeonnait d’idées plus ludiques pour se faire comprendre.
Le sexe avec Ianto devint simple, évident, réconfortant.