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Un Capitaine à bout de souffle

Série : Torchwood
Création : 15.05.2010 à 10h32
Auteur : chrismaz66 
Statut : Terminée

« Fin de la trilogie sur Jack. Début : fin de l'épisode "dernier souffle" » chrismaz66 

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Quelques fois, néanmoins, Ianto semblait vouloir entendre ces mots magiques. Par surprise il venait tâter le terrain et demandait à savoir à quel point son Jack était honnête quand il lui jurait que pour rien au monde il ne quitterait ni Torchwood ni Ianto. Un regard de lui, un sourire nourri et le jeune amant repartait satisfait et revigoré.

Ianto avait de la suite dans les idées.

Jack avait rêvé d’Alec McNeil, qui l’avait humilié en le ligotant au lit de leur chambre d’hôtel. Devant la figure allongée de la jeune réceptionniste imaginaire, Jack avait accusé Alec de vouloir le découper pour une expérience secrète et peu scientifique. Alec lui avait répliqué que non, il ne cherchait pas à le découper, et qu’il le préférait entier et tout à lui.

C’est exactement ce que Ianto recherchait dans sa relation avec Jack. Il le voulait entier, pour lui seul. Il refuserait de devoir le partager avec qui que ce soit. Bercé par la voix chaude de son amant magnifique, lorsque celui-ci lui avait raconté ses souvenirs, Ianto avait parlé si posément, si ouvertement que Jack, terrassé par sa propre fatigue et sa soudaine prise de conscience, avait coulé à pic dans la nébuleuse onirique qui venait de l’envoyer en enfer.

Comme dans ce premier rêve avec Alec, son amant bouillonnant mais marié, Jack avait crié haut et fort qu’il lui serait fort simple de se partager entre Glasgow et Ianto. Rien de plus normal. Mais la réalité primait sur l’excentricité.

Soit. Alec McNeil, mari jusque là modèle et père de famille comblé, ressemblait trop à Jack. Leurs points communs étaient pléthoriques. Son rêve émouvant avec le vrai Capitaine Jack Harkness le lui avait rappelé, judicieusement. Jack n’avait pas besoin d’un alter ego physique et intellectuel, ni même sexuel. Du moins, un tel partenaire ne sublimerait pas le meilleur de Jack, à long terme. Jack était destiné à protéger, à secourir les faibles, à écarter les dangers, à faire en sorte que tout autour de lui soit calme et en sécurité. Tout et tout le monde. Alec McNeil était un grand gaillard, fantasque, inoubliable, mais il était en passe de venir le chef de Torchwood Glasgow et Jack le savait téméraire et professionnel, à l’image de ses performances au lit.

Un Jack Harkness à l’accent effrité et à la situation sociale et matrimoniale bien enracinée. L’heure était venue pour Jack d’en faire autant. Aussi abracadabrant que cela lui parut.

Consterné au moment du rêve qui l’avait opposé à John Hart, venu récupérer une fiole fictive remplie d’un sperme allégorique, Jack eut la confirmation de ses récentes déductions. John Hart symbolisait l’alter ego parfait du Jack d’avant Torchwood. Escroc manipulateur, aventurier intrépide et séducteur dans l’âme, ce Capitaine-là lui renvoyait son propre reflet d’ex-solitaire funeste et peu recommandable. La profusion de sperme gâché et supposé appartenir à un peuple fabuleusement lubrique devait impérativement disparaître de sa vie en même temps que John Hart.

Ianto et ses questions sur sa progéniture !

Jack sourit en repensant à son rêve avec le Docteur. Ce dernier, ami indéfectible et d’une intelligence foudroyante, s’était bel et bien planté dans son brillant exposé. Jack ne devait pas faire le deuil d’une de ses vies amoureuses, ni même celui de toutes ses vies amoureuses. Dans quel but? Non. L’explication était somme toute enfantine mais dix fois plus dure à entendre. D’où la présence rassurante du Docteur dans ce rêve détonnant. Jack était face à son avenir, et dans cet avenir proche, il n’y aurait plus autant de liberté qu’auparavant. Contrairement au loup solitaire mais libre qu’était le Docteur, Jack allait sacrifier sa liberté séculaire d’amant papillon pour le repos de l’esprit, du corps et celui de Ianto.

Bizarre attitude de devoir mettre toutes ses billes dans le même sac, non? Peu à peu, Jack s’y était habitué, et y prenait un certain goût. Il s’appliquait à ne pas fanfaronner autant qu’avant dès qu’une jolie silhouette se présentait à lui. Féminine ou masculine. Il pensait boulot au boulot et Ianto avec Ianto, et au boulot. Insidieusement la silhouette de Ianto le suivait comme son ombre, puis elle le devança légèrement avant de dessiner le profil idéal qui, superposée à sa propre silhouette, formait un parfait calque de velours. Leurs destinées étaient unies pour le meilleur et pour le pire.

C’est Ianto qui l’écoutait, attentivement, s’épancher soir après soir. C’est Ianto qui le secondait dans des missions délicates comme le sauvetage des rescapés de la Faille sur l’île de Flat Holm. C’est Ianto qui lui racontait des films au charme désuet qui le faisait rire ou au contraire méditer sur tel ou tel sujet de fond. C’est Ianto qui lui faisait un café magique et lui concoctait des douceurs diverses et variées. Bref, C’est Ianto qui le complétait le mieux et le plus naturellement possible.

C’est Ianto Jones qui le menottait à lui. Et Jack adorait son geôlier. Après ses rêves d’une fuite inutile, Il ne chercherait plus à s’évader de la cellule la plus fermée et la plus intransigeante que la base Torchwood n’ait jamais comptée.

Ianto et sa prison de l’amour?

Deux seuls points obscurs dans toute cette pagaille onirique. Owen Harper, risiblement excité. Et sa rupture douloureuse d’avec Alec.

Jack ne s’attarda pas sur le premier, son expérience infructueuse du spray l’en avait découragé. Et il penchait pour quelques fantaisies longtemps confinées dans son esprit parfois malsain qui se seraient invitées au ballet dansant de ses songes névrosés.

Alec McNeil. Dans son rêve, la rupture avait été déchirante. Alec avait fait valoir ses arguments avec ardeur et ténacité. Lui enjoignant de sacrifier Ianto plutôt que lui, en dépit de sa vie de famille respectable et enrichissante. Comme toutes les vies de famille. Le suppliant de voir la vérité - sa vérité - en face et lui rappelant la formidable fragrance de la liberté. Torturé et déchiré, Jack avait pourtant trouvé la force de l’évincer de sa vie. Avec l’énergie du désespoir sans doute. Il s’était ensuite heurté aux attaques cyniques de Ianto qui l’avait vidé pour mieux l‘envahir. Et le malin gibier, devenu prédateur, la fausse victime, désormais affranchie, avait réussi son curieux manège.

Jack lui avait dit des tonnes de « je t’aime » dans ses rêves, et la ligne intangible entre rêve et réalité s’était réduite à presque rien, sur un soupir d’assentiment qui parlait pour eux. Le contrat était signé, estampillé, archivé.

Ianto était expert en archivage.


chrismaz66  (23.06.2010 à 11:56)

Jack était à deux doigts de trancher la question de la vie d’Alec que celui-ci lui avait racontée à l’hôtel. Sa mère courageuse, son père décédé, et Fiona, la jolie blonde initiatrice des premiers émois de l’expert. Vrai ou faux? Vrai, car Alec lui avait tout raconté, lors de leur première rencontre à Cardiff. Seul le lieu, pertinemment choisi, une chambre d’hôtel, appartenait aux fantasmes du Capitaine.

Ianto et son père plein de soupe. Jack, papa d’une kyrielle d’enfants jamais croisés. Alec, papa poule d’une ravissante Dorothy. Le père de Gwen et celui de Rhys, rencontrés lors d’un mariage épique. Jack se surprit en train de rire tout seul quand Ianto toqua à la porte.

- Oui, Ianto Jones? Entonna-t-il joyeusement, en s’asseyant correctement à son bureau.

Quand bien même ce jeune renard l’aurait attaché à ses pattes pour le reste de sa vie, Jack restait Jack. Prestige. Prestance. Presque parfait.

- On a besoin de toi en bas, dit Ianto sans franchir le pas de porte.

- Quel est le problème? Demanda Jack, d’une voix lasse.

Ses divagations mentales l’avaient épuisé.

- L’O.P.N.I.

- L’Opquoi?

- L’objet planant non identifié de la baie de Cardiff.

Jack se leva et sortit du bureau, précédé du jeune homme.

- Tu es désopilant, tu sais? Se moqua Jack, sans chercher à le séduire.

Ianto le remarqua et s’arrêta au milieu de l’escalier.

- Tu es resté un moment dans ton bureau. Tout va bien?

L’inquiétude sur le visage de Ianto, et la déception devant son amant sobre et détaché, transporta Jack d’aise.

- Parfaitement bien, Ianto. Je te remercie. Allons rejoindre les autres.

Ianto obtempéra en serrant les lèvres, ce qui, bien sûr, arracha un sourire de vive suffisance au Capitaine affectivement harnaché. Il fallait bien s’amuser un peu, vue que la partie s’était terminée sur un fameux revirement de situation. L’élève avait surpassé le mentor. Le jeune avait entraîné l’ancien au pinacle d’une existence sagement ordinaire. Le novice avait acquis ses galons de partenaire émérite et consciencieux. Le citadin avait subtilement déclaré que l’herbe était plus verte ici qu’ailleurs. Le jeune menait l’autre par le bout du nez. Jusqu’à l’asphyxier dans des délires sans fins. L’ancien avait jugé bon de tout lui accorder, par amour.

Ianto portait la culotte ?

Sur cette pensée extravagante, Jack descendit les dernières marches et, d’un geste de la main, indiqua à Ianto que l’heure de la pause café numéro six était venue.

Non mais quoi? C’était encore lui le chef ! Au moins dans le travail.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤

- Alors qu’est-ce qu’on a ici?

- Tiens , tu daignes enfin t’intéresser à cette enquête? Ironisa le médecin, qui s’essuyait les mains noires de cambouis à l’aide d’un chiffon tout aussi sale.

Jack sentit sur lui les regards étonnés de ses trois employés. Tosh et Gwen devant leur écran. Owen, près de Tosh, respirant avec difficulté.

- Je sais , je n’ai pas été très à l’écoute ces jours-ci. Je…je m’en excuse. Owen, pourquoi as-tu du mal à respirer? S’enquit Jack, tant pour changer de sujet que par véritable inquiétude. Owen toussotait et ses poumons semblaient engorgés. Un léger sifflement accompagnait chacune de ses inspirations.

- C’est cette merde, je fais de l’allergie. Le rassura Owen. Ou alors c’est le nouveau spray que je me suis acheté hier soir. Un après-rasage qui laisse la peau douce et fraîche toute la journée. Les filles adorent ça !

Jack s’était arrêté au …spray.

Il vit vaguement les sourires curieux que les jeunes gens échangèrent, assortis de quelques clins d’œil coquins. Il fit demi tour et alla retrouver son point d’ancrage.

- Alors, Ianto. Il est fait ce café?

Ianto lui lança un regard que Jack put traduire par « hey, tu vas t’asseoir bien sagement et tu attends que j’aie fini. Sinon , privé de dessert » . Jack bascula sensiblement en arrière et bénit la cloison qui vint accueillir son dos, et sa confusion. Il s’adossa au mur et croisa les bras. Il attendait sagement.

- Il faut que je te parle, Ianto, dit-il plus doucement.

Le jeune homme préparait les tasses et le mug rayé de Jack sur le plateau.

- Je t’écoute, lui répondit-il sans le regarder, occupé à poser les cuillers et le sucrier à côté des tasses.

- J’ai revu Alec Neil, il y a une semaine. Samedi dernier. Et hier soir.

Jack ne prit pas de gants. Il devait tester une dernière théorie pour être certain du choix qu’il allait faire. Ianto ne tiqua pas, en apparence. Les tasses, quant à elles, semblèrent accuser le coup plus difficilement. Elles se mirent à s’entrechoquer, sous les doigts agités du jeune homme.

- Je sais que ce n’est ni le lieu ni le moment mais si tu me laisses parler tu vas comprendre.

Leurs regards se croisèrent. Les doigts de Ianto s’immobilisèrent au dessus du plateau.

- Je t’écoute.

La voix était calme, forte et chaude. Jack se dégonfla. Ou plutôt il ne ressentit plus l’urgence de lui parler d’Alec et de ce que son infidélité avait fait naître en lui.

- Oublie. Cela n’a pas d’importance tout compte fait.

Les pupilles de Ianto se changèrent en torpilles.

- J’en ai marre, Jack ! Marre de toi, de tes grands airs, de ta lâcheté, de tes provocations !

- Tu n’en penses pas un seul mot, dit Jack posément.

- C’est exact. Mais ça me fait du bien de le dire. Tu cherches quoi au juste? Peux-tu seulement me répondre avec sincérité, une fois dans ta vie?

- Je suis toujours sincère avec toi, Ianto Jones. C’est pour cela qu’il faut qu’on en parle.

Jack n’avait pas bougé de place, les bras toujours croisés, le visage fermé.

- J’ai une longue vie à remplir. Ta vie est si courte.

Ianto rangea ses torpilles et remplit les tasses.

- Tu es comme ce café que tu es en train de verser. Tu remplis ma vie et je n’ai pas le droit de te décevoir. Tant que tu seras en vie et avec moi.

Ianto renversa du café sur le plateau. Il pesta en silence.

- Je sais que ce sont de belles paroles qui ne veulent rien dire. Mais c’est vrai, Alec ne remplit pas ma vie.

- Il est trop loin pour ça. Railla Ianto en épongeant le trop plein de café.

- Non, rien à voir. Il est prêt à tout quitter pour moi. Il me l’a dit.

- Sérieux?

- Oui.

- Et que lui as-tu répondu? Demanda Ianto, d’une voix faible et angoissée.

- Qu’il n’aura pas à le faire car je ne suis pas prêt à tout quitter pour lui.

- Tu l’as lourdé?

- Disons qu’on s’est comportés en parfaits gentlemen. Mais que ce soit bien clair dans ta tête, Ianto, dit Jack en s’approchant. Tu peux me mener à la baguette tant que tu veux, je reste ton patron et au moindre écart de ta part, je t’expulse manu militari.

- Tu ne manques pas de souffle !

- Oh que si. Je suis resté en apnée un bon bout de temps mais tout est terminé.

- Ne change pas de conversation. Tu es allé voir ailleurs, pourquoi n’en aurais-je pas le droit?

- Je suis allé très loin, mais je suis revenu. C’est assez pour te convaincre?

- Me convaincre de quoi?

Jack sourit et arracha le chiffon imbibé des mains moites du jeune homme.

- Que je veux mon Ianto, pour le meilleur et pour le pire.

Le sourire de Jack illumina le Hub mais pas le cœur de Ianto.

- Il t’a lourdé? C’est ça qui s’est passé? Fit-il avec mordant.

- Quoi? Qu’est-ce que tu vas chercher? Personne ne m’a jamais lourdé, Jones junior ! Ne t’avise pas de créer un précédent !

- Sinon quoi?

- Sinon je te tue ! Et je t’enterre avec ta cafetière !

Les deux hommes pouffèrent et Jack s’écarta pour laisser passer Ianto et son plateau.

- Et pour ta gouverne, je vais revoir Alec dans deux jours.

Le plateau ne tomba pas des mains du jeune homme adroit, mais il pencha dangereusement sur la gauche avec toutes ses tasses qui firent un vol plané avant de s’écraser au sol.

- Oi, c’est quoi ce vacarme? Cria Owen depuis son labo.

Ianto se retourna vers son diable au corps et les torpilles brillèrent d’un éclat effrayant.

- Je suis sérieux. Nous avons rendez-vous après demain ici même! Ajouta Jack, proche de l’euphorie.

Ianto ne dit rien. Owen et Gwen approchaient pour constater les dégâts. Jack jonglait entre le remords et l’envie folle de prendre Ianto dans ses bras et l’embrasser. Jack adorait le taquiner pour mieux le consoler. Chassez le naturel…

- Bon sang , Ianto, t’as pas les yeux en face des trous ce matin !

- La ferme , Owen. Aide-nous à nettoyer! Lui lança Gwen.

Jack les observa faire, souriant et affable. Ses yeux étaient rivés sur le visage de Ianto, hermétique et triste. Honteux, Jack se précipita vers eux.

- Laissez-moi ranger. Ordonna-t-il sur un ton autoritaire. C’est de ma faute. Allez! Retournez bosser. Je m’occupe de refaire du café.

- Non, surtout pas ! Par pitié, Jack ! Le supplia Gwen.

- Au boulot!

Gwen et Owen se relevèrent et quittèrent la cuisine en courrant.

- Je suis désolé, Ianto. Laisse-moi réparer le mal.

- Tu parles des tasses?

Ianto continuait de ramasser les bris de vaisselle sans le regarder.

- J’ai voulu te taquiner. Alec vient pour régler une affaire personnelle. Il m’a promis de passer vous dire bonjour, c’est tout. Je te jure. Laisse-moi ranger je te dis!

Ianto se leva, les mains pleines de café et regarda son patron entasser les fragments sur le plateau. Jack gardait la tête baissée mais il sentait le regard noir de Ianto sur sa nuque.

- Quelle affaire personnelle peut-il bien avoir à régler à Cardiff? Demanda Ianto quand son chef se releva enfin avec le plateau dans les mains.

- Comment le saurais-je? C’est personnel! Je t’assure, je ne sais rien de plus.

- Il vient te relancer, puisqu’il est prêt à tout quitter pour toi. Et je l’en crois capable.

Jack alla poser le plateau et prit le chiffon pour s’essuyer.

- Non. Nous avons déjà réglé « cette » affaire. Crois-moi. Je pense plutôt qu’il aime bien notre région et qu’il vient en éclaireur, pour trouver un petit pied-à-terre quelque part par ici.

- Tu plaisantes?

- Non. Il a très envie que je rencontre sa femme et sa fille. Tu crois qu’il serait assez tordu pour me présenter à sa femme s’il ambitionnait de vivre avec moi? Ce n’est pas sérieux.

- Et tu as envie de les rencontrer?

- Oui, pourquoi pas? J’avoue que quelques mois plus tôt, j’aurais hésité mais à présent je m’en réjouis à l’avance.

- Pourquoi aurais-tu hésité?

- Parce que j’avais de la peine pour sa femme, je suppose.

- C’est uniquement pour ça?

- Affirmatif. Et à présent j’ai hâte de les rencontrer.

- Pourquoi? Répéta Ianto, machinalement.

- Parce que je vais faire la connaissance de sa famille et ils vont faire connaissance avec ma…famille.

Jack avait pris la taille de Ianto dans ses bras.

- « Ta » famille?

- Mmh. Tu veux que je te déclame un poème de Byron dans la foulée?

Les lèvres de Ianto lui caressaient la joue.

- Tu vas me rendre fou, Jack Harkness!

- Comment cela? Parce que ce n’est pas encore le cas? Insolent !

- C’est indispensable que je voie Alec et sa famille?

- Je pense que oui. Pour que tu vois qu’il n’est pas un rival, que tu n’as rien à lui envier. Tu veux bien?

- Je vais essayer, Jack.

- Merci. Et si on ne veut pas entendre Owen brailler d’une seconde à l’autre, on ferait mieux de refaire du café, non?

- Laisse. Je m’en occupe. Proposa Ianto en se dégageant à contre cœur des bras de Jack.

- Que serions-nous sans toi?

Jack l’embrassa sur la joue.

- Que serais-je sans toi?

- Un homme libre.

Jack, qui prenait la direction du Hub, fit demi tour.

- Non, Ianto. Je suis libre, libre d’aimer qui je veux.

Un nouveau bisou sur la même joue et Jack le laissa préparer le café, un soupçon de culpabilité au creux de l‘estomac.


chrismaz66  (23.06.2010 à 11:58)

Le jour fatidique arriva beaucoup trop vite pour Jack. Aussi heureux de revoir Alec que sauvagement angoissé à l’idée de mettre un visage sur la femme qu’il trompait depuis des mois. Sans scrupules, dans le feu de l’action mais soudain frappé de malaises. Cette situation handicapante allait lui faire perdre tous ses moyens. Claire McNeil allait rencontrer un chef aux antipodes de ce que son dévoué de mari lui avait sans doute raconté.

Mais Jack Harkness possédait deux atouts inaltérables : son charisme naturel et la classe d’un parfait dandy intemporel.

Il était relativement tôt, ce matin-là, lorsque le Capitaine et son équipe furent alertés par l’arrivée de la tribu McNeil. Depuis son réveil, Jack avait préparé son speech de bienvenue à la virgule près. Mais il oublia tout dès qu’il vit Alec et sa femme, main dans la main. Jack se concentra sur les mains de tout le monde. Claire tenait la main de Dorothy, et Alec portait une valise à roulettes dans son autre main. L’image d’É pinal d’une famille unie et soudée. Les images sont parfois trompeuses.

Ianto et Owen faisaient un brin de ménage dans le labo. Tosh et Gwen finissaient leur café. Soulagé, Jack leur ordonna de continuer ce qu’ils étaient en train de faire et alla accueillir les invités, une boule au ventre et une barre entre les tempes.

De ce qu’il avait eu le temps de voir sur les caméras, Claire était blonde, assez grande et d’une peau de craie. Jack se dit qu’Alec avait décidément beaucoup de goût. La jeune Dorothy avait les cheveux châtains, ondulés et mi-longs. Elle portait une robe bleue d’un tissu mixte, entre le tweed et le coton. Claire arborait une robe noire qui avantageait ses formes généreuses. Et un chignon improvisé d’un bel effet. Jack n’avait pas regardé une seule fois le visage d’Alec. Il poussa la porte d’entrée et les invita à entrer à la hâte se réchauffer à l’intérieur de l’office de tourisme. Il referma la porte derrière lui et se présenta, un sourire des plus charmeurs sur les lèvres.

- Je suis le Capitaine Jack Harkness. Je suis enchanté de faire votre connaissance, Claire, lui dit-il en lui offrant une main chaleureuse qu’elle serra délicatement.

- Enchantée, Monsieur Harkness…

- Jack, appelez-moi Jack. Et tu es Dorothy? Ravi de te connaître. Ton père t’a-t-il dit que je vivais dans un endroit magique?

La petite fille, intimidée par cet immense soldat, rougit en hochant la tête. Alec écourta les politesses.

- Jack, vous n’êtes pas le meilleur guide pour faire visiter votre musée à Dot, vous marchez trop vite. Peut-être que Ianto pourrait s’en occuper?

Jack évita tout contact visuel avec l’expert. Il déclina la proposition et répondit directement à Dot en se baissant vers elle.

- Non, je travaille avec deux filles géniales, Dorothy. Tu vas voir, l’une d’elles est très bavarde mais rigolote et l’autre a fait le plein de friandises rien que pour toi. Elles te feront visiter Torchwood. Ç a te dit?

Dot fit oui de la tête.

- Elle est très timide, Jack. S’excusa Alec.

- Pas de problème. Le rassura Jack, sans le regarder. Si vous voulez bien me suivre. Je vais vous présenter ma petite équipe.

- Avec plaisir, dit Claire, détendue par le naturel du Capitaine.

Jack ouvrit la marche dans le couloir souterrain. Alec était à l’autre bout de la file. Mais ils durent se serrer dans l’ascenseur et Jack retint sa respiration et verrouilla ses méninges affolées. Quand ils entrèrent par la porte hublot, Jack inspira profondément.

- Claire, Dot, je vous présente ma famille.

D’un grand geste de la main Il fit signe aux autres d’approcher et fit les présentations.

- Claire et Dorothy McNeil. Voici Gwen notre fouine domestiquée, enfin la plupart du temps. Tosh, notre génie de l‘informatique. Owen, notre docteur bobo, et Ianto, notre chargé de la sécurité.

Puis à l’oreille de Dot:

- La bavarde c’est la brune avec le jeans.

Il lui fit un clin d’œil et osa un regard vers Alec qui serrait la main de Tosh, l’air heureux de revoir sa ravissante collègue..

Tous échangèrent les politesses d’usage, puis Ianto annonça le menu.

- Un petit café et des sushis pour ce midi? Cela vous convient-il?

Il s’empressa d’ajouter à l’attention de Dot, et d’Owen.

- Et des pizzas à volonté.

La petite fille sourit.

- Je veux! Clama Owen.

- Dorothy, tu veux venir voir nos machines? Demanda Gwen, déjà conquise par la jolie frimousse.

Les filles s’éloignèrent et Jack s’adressa à Claire qui admirait la vaste pièce futuriste qui s’offrait devant elle.

- C’est impressionnant, n’est-ce pas?

- C’est extraordinaire, Jack. Je suis abasourdie et j’imagine les rêves que Dot va faire une fois qu’on sera rentrées.

Jack sourit. Il tournait le dos à Alec mais sentait son regard sur lui.

- Et que nous vaut le plaisir de votre visite? S’enquit-il toujours auprès de Claire.

- C’est assez embarrassant, Jack, fit Alec en lui prenant le bras pour l’obliger à se retourner vers lui.

- Claire et moi, nous allons…divorcer.

Jack se noya dans les yeux clairs de son amant, qu’il trouva encore plus irrésistible qu’avant, si tant est que cela fut possible. Il eut le souffle coupé et Claire vint accélérer sa chute intérieure..

- Alec veut s’installer ici. Il est tombé amoureux de votre ville.

Les yeux vides, Jack resta silencieux et amorphe.

- Oh que oui , je suis fou amoureux de votre ville, Jack. Vous le saviez déjà?

L’odeur du café n’arrangea pas son malaise : elle lui rappela Ianto. Cependant il s’en servit pour dévier la conversation plus que gênante.

- Le café est prêt, je crois. Allons rejoindre les autres.

Claire le précéda et Jack attendit qu’Alec daigna avancer pour reprendre ses esprits. Mais Alec ne bougea pas et lui barra la route.

- Jack.

- Je sais que j’aurais dû vous prévenir mais j’ai eu peur que vous nous refusiez l’hospitalité Galloise que j’ai tant appréciée lors de ma première visite.

- Vous êtes fou Alec ! Qu’est-ce qui vous prend? Pourquoi allez-vous vous séparer? Pour moi?

Jack fulminait.

- Ne vous emballez pas, je vous prie. Vous n’êtes pas le centre du monde, Jack. C’est Claire qui veut divorcer. Notre amour n’est plus ce qu’il était. Je la soupçonne d’avoir un amant.

- Sans blague? Je rêve encore? Vous êtes sérieux?

- Hélas, oui.

- Et vous comptez venir vivre ici, à Cardiff?

- Absolument. Je dois visiter un petit appartement dans le centre à 14 heures.

- Pourquoi ici? Demanda Jack, irrité.

- Devinez !

Vexé, Alec alla rejoindre sa femme auprès de la famille de Jack qui s’était morcelée à l’instant où ce dernier avait entendu le mot « divorcer ».

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Épilogue à venir…


chrismaz66  (23.06.2010 à 11:59)

CHAPITRE TEN

Merci : à Rhéa pour le tout début du chapitre (elle comprendra mon « emprunt » ). Et une ovation pour ma bêta Evalyre inspiratrice et franchement indispensable : cette fin lui doit beaucoup, alors si vous avez des reproches à faire ^^^Non , j’assume la totalité de mes prises de risque sans minimiser son formidable boulot bénévole, et pas du tout intéressé (ou si peu !) .

Merci à tous mes lecteurs/rices. Merci à Alec, merci à Jack…..

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- Tu veux encore des ours en chocolat? Pour tremper dans ton chocolat?

- Oui.

- Qui veut du lait?

- Moi je veux bien…je vous remercie, jeune homme.

- Moi c’est Ianto.

- Merci Ianto. Appelez-moi Claire.

- Dot, arrête de manger ces sucreries, tu vas avoir mal au ventre!

- Encore, encore, encore…allez, Ianto, remplis-moi ce mug !

- Jack, ton café est prêt…

- C’est une peinture qui est là depuis des décennies, personne ne sait ce qu’elle fait ici à Torchwood…

- C’est vraiment surprenant !

- Hier, nous avons eu un temps radieux, un jour à marquer d’une pierre blanche. Comme si mon pays voulait me garder auprès de lui, c’est fou, non?

- Je te jure, il a failli rentrer dans un camion-citerne.

- Jack? Ton café !

- Vous n’avez jamais mal à la tête après une journée passée au milieu de toutes ces radiations?

- Claire est physicienne.

- Moi j’ai souvent les yeux qui piquent à cause des ordinateurs.

- Encore du lait, Dorothy?

- Jack?

- …aucun geste inconsidéré, mon ami, c’est à manier avec la plus grande précision..

- Il reste des brioches?

- Jack…

- Oui, Gwen?

- Jack, c’est la cinquième fois que je t’appelle. Ton café est servi!

- Pardon, je…veuillez m’excuser un instant , je reviens.

Jack n’avait pas pris place dans la salle de conférence où le petit déjeuner improvisé avait été servi. Il était resté debout, dans le dos de la famille McNeil, face à son équipe, le regard éteint sur un point fixe de la table, entre les tasses et les viennoiseries. Il tourna les talons et disparut, les mains dans les poches.

Son bonheur retrouvé s’était fissuré en quelques minutes. Il ne s’était pas du tout préparé à une telle annonce. Si Alec avait décidé de s’installer dans la même ville que lui, pourquoi avait-il amené sa famille? Pourquoi revenait-il à la charge, après leur rupture que Jack pensait définitive et acceptée par les deux parties? Pourquoi insister de la sorte?

« Claire et moi, nous allons divorcer »

Jack était-il encore en plein rêve? Non, malheureusement. Tout était réel, douloureusement réel. Intolérable. Alec McNeil n’avait pas le droit de lui infliger une telle épreuve. Il l‘en dissuaderait par tous les moyens, légaux ou pas. Il n’y avait pas de place pour un double de Jack Harkness à Cardiff.

Jack se réfugia sur les toits. Même à l’autre bout de la galaxie, son trouble l’aurait accompagné. Il aurait voulu entraîner Alec avec lui sur les hauteurs et le précipiter en bas pour en finir avec ce serpent increvable.

Lorsqu’il redescendit, le spectacle sous ses yeux le fit presque rire. Ianto faisait la vaisselle avec Claire. La jolie femme essuyait des tasses et discutait vivement avec le jeune homme.

Owen, Gwen et Dot jouaient à des jeux vidéos pour enfants de 6 ans qui consistaient à faire tomber des coeurs dans un panier rose!

Alec s’entretenait ,plus en retrait, avec Tosh, assis devant le poste de travail de la jeune femme. Elle semblait lui montrer des équations à vous faire dévisser le crâne!

Jack resta un moment, caché dans un coin sombre, à les épier. Il ne savait plus à quel Saint se vouer. Il était égaré dans sa propre maison.

- Jack?

Il reconnut la voix redoutée de l’expert qui l’appelait depuis le Hub central. Il fit mine de ne pas entendre.

- Jack !!

Tosh l‘appelait à son tour. Mais de quoi se mêlait-elle?

- J’arrive.

Jack arpenta les dalles aussi lentement qu’il put. Il réalisa à mesure qu’il avançait que l’écran de l’ordinateur affichait le plan des rues de Cardiff.

- Alec doit visiter un appartement au 12 Wood street. Tu connais ce quartier?

- Non, fit Jack, laconique.

- C’est pratiquement dans le centre ville, le loyer est un peu cher mais c’est le centre. Murmura Alec, sans le regarder.

- En effet.

- C’est assez grand pour vous trois? Demanda une Tosh ingénue.

- C’est assez grand pour moi, Toshiko. Je vais y habiter seul…

Jack guetta la réaction de l’un comme de l’autre.

- Oh, j’ignorais…bredouilla Tosh.

- Comme je le disais à Jack, Claire et moi allons nous séparer.

Jack croisa le regard sombre de la jeune femme qui avait parfaitement compris la situation épineuse qui se profilait à l‘orée d‘une telle annonce. Fatalement. « Et Ianto? «  semblait dire ce regard triste. Quant à Alec, il avait gardé les yeux sur l’écran, ne désirant pas assister au duel tacite qu’il venait de déclencher. « Mauvais joueur » , pensa Jack.

Un silence pesant s’installa dans ce coin du Hub. Jack ne tenta rien pour le briser. Il n’était pas responsable, selon l’expert, c’était Claire qui avait demandé le divorce. Cela ne le concernait pas. Il leur tourna le dos et partit rejoindre Ianto et Claire.

- Jack, il faudra que je vous parle quand vous aurez un instant à m’accorder.

Alec avait attendu pour lui parler dans le dos. « Petit joueur ». Jack leva une main distraite et continua à marcher vers son jeune amant.

- Alors, tout se passe bien de votre côté? Demanda-t-il à Claire.

- Magnifiquement, Jack. Cet endroit est extraordinaire. Ianto m’a proposé de nous le faire visiter après le déjeuner. Dot va avoir des étoiles plein les yeux.

- Sans aucun doute. Ianto, tout va bien?

- Oui, Jack. Pourquoi n’irais-je pas bien?

Jack sentit l’amertume dans la voix du jeune homme.

- Tu as raison! Il m’arrive de poser des questions idiotes, Claire, surtout à mon dévoué Ianto. Il a une place particulière ici, vous savez?

Ianto le transperça de ses yeux clairs.

- Ah, c’est-à-dire? Si c’est pour le café, j’ai eu l’occasion de juger sur pièce. Il est délicieux.

- Pas seulement son café…

- Jack!

- Quoi? En fait, ma chère Claire, il est un peu mon…

- Jack, je ne pense pas que Claire soit intéressée de savoir ce que je suis.

- Mais si !

- Je vous en prie, messieurs, vous me mettez mal à l’aise, s’excusa Claire, dont le teint pale virait au rose.

- Mais pas du tout, Claire. Ianto est mon bras droit. Des pieds à la tête…

Jack fit demi-tour et ajouta très doucement:

- Et la main droite est pratique pour bien des choses…

Puisque l’expert était venu jusqu’à lui pour le provoquer, Jack allait lui rendre la monnaie de sa pièce. Et tout le monde, exceptée Dot, allait en prendre pour son grade. Même la femme bafouée d’Alec qui aurait, soit disant, un amant allait tâter de son courroux.. Jack la comptait déjà parmi les renégats de sa cour au prestige réduit en cendres. Tous dans le même bateau et un seul Capitaine déchaîné pour voguer à la dérive des sentiments les plus traîtres..


chrismaz66  (26.06.2010 à 12:09)

- Hey, Hansel et Gretel ! Vous vous croyez à la fête foraine ? Cria-t-il à Owen et à Gwen qui bataillaient dur contre une petite fille sautillante devant des écrans roses et des cœurs bondissants autour d’un panier virtuel.

- Une minute, Jack. On peut se détendre une minute ou bien? Râla Owen qui donna un coude de coude à Dot pour qu’elle reprenne la partie avec eux.

- Owen ! Gwen ! Laissez Dot jouer seule et remettez-vous au boulot!

Jack se tenait debout derrière le trio rebelle.

- Allez, Jack, ce n’est pas marrant de jouer tout seul, on n’est pas aux pièces, se plaignit Gwen.

Le Capitaine croisa le regard triste de la petite fille et partit chercher une autre tête de turc.

- Tosh !!!

- Jack? Fit la jeune femme en sursautant.

Alec écrivait sur un carnet des informations piochées sur l’écran.

- Tu fais dans l’immobilier maintenant? Dit-il cyniquement.

- Donne-nous cinq minutes et c’est bon. Le pria-t-elle car elle l’avait bien entendu vociférer ses diatribes aux collègues, une minute plus tôt.

Jack cherchait un bouc émissaire et Tosh savait parfaitement pourquoi. Elle discutait avec la raison principale de cette excès de rage depuis le petit-déjeuner.

Elle avait du mal à en vouloir à Alec. elle voyait l’amour de cet homme. Le même regard indescriptible comme quand Ianto lui parlait de son Capitaine. Tour à tour amusé, complice et conquis. Voilà que cet homme allait être libre, aussi libre que l’était Jack, malgré sa relation pérenne avec le jeune gallois.

Jack n’était pas commode lorsqu’il perdait le contrôle de ses émotions. Et s’il existait un domaine dans lequel il pataugeait fréquemment avec difficulté, c’était bien celui de l’amour. L’amour qu’il portait à son équipe. L’amour qu’il portait à la race humaine. L’amour qu’il éprouvait pour les personnes, rares, qui répondaient à ses aspirations. Alec devait représenter bien plus qu’elle ne l’aurait pensé. Il rendait Jack complètement enragé, agressif, sans aucune raison valable.

Ianto ne ferait pas le poids face à cet homme, pensa Tosh, bouleversée. Elle observait Alec depuis quelques minutes, alors que Jack déambulait à droite puis à gauche, sans but, comme un vagabond. L’expert notait toujours des noms de rues, des chiffres, des sommes d’argent, sur son calepin. Seulement, à chaque mot, il louchait maladroitement vers le Capitaine, tentant de le localiser, ni vu ni connu, pour se préparer à tout éventuel coup de massue de la part du maître des lieux. Alec croisait parfois le regard de Tosh et lui répondait avec un petit sourire timide. Les deux scientifiques étaient sur la même longueur d’onde. Elle rougissait de le voir si timoré. Il pâlissait de la savoir au courant pour lui et Jack.

Ce dernier savait ce que Tosh et Alec pensaient à cet instant, d’un seul regard. Il avait eu le loisir d’analyser les turpitudes des sentiments humains et les connaissait par cœur. Il possédait toutes les réponses existantes pour décrypter la masse mystérieuse qui obsédait les scientifiques et neurologues du monde entier. Toutes les réponses possibles, du moment qu’ elles ne le concernaient pas directement.

Nul n’est prophète en son pays…

Tosh le regardait marcher, de long en large, tête baissée, les mains tambourinant sur ses cuisses. Ruminant en silence. Elle attendait que l’orage passe. Elle n’était pas bien brave, ou plutôt beaucoup moins inconsciente que Gwen, dès qu’il s’agissait de tenir tête à son patron. Elle ne fut qu’à moitié surprise mais totalement admirative devant une Gwen irréfléchie qui se dirigeait vers Jack, décidée, l’air sévère.

- Jack, tu fais quoi là? Qu’est-ce que tu cherches à montrer? Il faut qu’on parle…

- Laisse-moi tranquille Gwen, dit-il durement. Et si tu veux te rendre utile, va te remettre au boulot au lieu de te mêler de ce qui ne te concerne pas!

Jack savait de quoi elle voulait lui parler. Il était bien placé pour le savoir, après avoir épié, en catimini, la conversation de la jeune femme avec Ianto, seul dans son bureau.

- Tu es méprisable, Jack. Parfois je me demande si tu as vraiment un cœur.

La jeune femme le fixait avec dédain. Jack n’apprit rien de neuf. Il se mit à rire, avec ironie.

- Va jouer avec les cœurs rose bonbon d’Owen et de Dot. Laisse le mien en paix.

Jack passa devant elle et disparut par la porte hublot.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

L’heure du déjeuner approchait. Jack était parti prendre l’air puis, de retour au Hub, il s’était assuré que le travail avait repris. Ianto jouait les guides éclairés pour le plus grand bonheur de Claire et de Dot.

Seul Alec était désoeuvré. Il connaissait déjà la base. Il avait ses renseignements immobiliers. Il regardait donc les autres travailler, lançant de temps en temps un regard furtif vers la prison de verre de Jack. Le Capitaine s’était assis de façon à ne pas être vu depuis le Hub central. Il suivait à la trace Ianto et les deux touristes McNeil, en souriant, parfois. Jack avait fait son choix et ne reviendrait pas en arrière. Rien ni personne ne l’obligerait à régresser. Plus maintenant. Il allait en découdre avec l’expert mais il en sortirait gagnant. Divorcé, marié, acharné, Alec n’aurait plus le dessus. Et Jack se chargerait de le renvoyer dans sa bruyère. Il ne reculerait pas d’une semelle.

Il passa plus d’une heure dans son bureau. Alec s’était occupé du mieux qu’il avait pu, en aidant parfois Tosh ou Owen, ou en passant quelques coups de téléphones. Jack l’observait s’échiner à trouver un logement près de la Base et réprima un petit rire diabolique en sachant que les McNeil rentreraient tous les trois au bercail. Si Alec comptait le relancer, il n’allait pas être déçu du voyage.

A l’heure du déjeuner, Jack avait changé de chemise. Il descendit enfin de son donjon, contraint de partager le repas avec ses invités. Mais l’appétit lui fit faux bond. Il se contenterait d’un café, qu’il ferait lui-même.

- Tu m’as pris quoi comme pizza? Demanda Owen.

- Viande.

- Ah super. Cool.

Ianto prenait toujours une pizza à la viande pour Owen. La question était idiote. Tout le monde s’installa à sa place habituelle, sauf Jack qui s’isola pour faire son café. Quand il retourna vers eux, la tasse à la main, il vit avec amusement que Dot était assise à sa place de chef. Les sourires et les bruits de verres lui donnèrent assez de courage pour s’approcher de la tablée et prendre part aux discussions.

- Bon appétit à tous.

- Merci, Jack.

- Merci.

- Tu n’as pas faim?

- Non, Tosh. Merci.

- Tu n’as pris de petit déjeuner non plus, lui fit remarquer Gwen, revêche.

- C’est bon. Ne vous occupez pas de moi.

- Comme tu veux, boss!

Il n’était pas le seul à manquer d’appétit. Alec picorait dans son assiette de tout petits morceaux de sushis qu’il avalait sans grand enthousiasme. Jack ne remarquait que lui et son regard voilé. Ianto lui tournait le dos, ou plus précisément, Jack s’était posté dans son dos.

« Petit joueur » , se dit-il.

- Alors, osa-t-il au bout de quelques minutes, ça donne quoi ces recherches sur l’objet planant non identifié, l’OPNI?

Il vit le dos de Ianto se redresser légèrement.

- Vous avancez ou vous faites semblant?

- On avance, Jack. On avance toujours. Lui affirma Owen, la bouche pleine.

- Mais encore?

- C’est arrivé par la faille…

- Oh vraiment? Dit-il caustique.

- Tu me laisses parler ou pas?

Gwen le défia du regard.

- Je veux des résultats. Pas des réponses idiotes!

- Il semblerait que ce soit une sorte de moyen de transport individuel genre voiture. Pas la moindre trace d’un ou plusieurs passagers. Qu’une carcasse cramée, rien de plus.

- Les passagers se sont peut-être téléportés avant le crash? Suggéra Ianto.

- En tout cas, cette matière n’est pas toxique. Aucun danger pour nous. Ajouta Tosh.

- Bien. Pas de témoin du crash?

- Non, tout est dans le rapport, Jack.

Gwen avait la dent dure. Et la rancune tenace.

- Il est terminé ce rapport?

- Pas tout à fait, hésita Tosh. Il me reste à rédiger les dernières évaluations biométriques.

- Alors, je le lirai quand il sera complet, asséna Jack, en venant piocher un sushi au saumon dans l’assiette de Ianto qui se poussa poliment pour le laisser se servir.

Jack fut touché par cette attention.

- Il sont bons ceux-là? Lui demanda-t-il à l’oreille.

- Oui mais ceux au rouget ne sont pas mal non plus.

- Je te fais confiance, chuchota-t-il en engloutissant le sushi. Fameux.

- Tu veux goûter le mien?

- Avec plaisir.

Jack saisit le sushi planté dans la fourchette que lui tendait Ianto et regarda Alec fixement.

- Alors?

- Excellent. Très bon traiteur.

Emporté par son petit jeu de séduction, Jack n’avait pas remarqué le silence qui s’était installé autour de la table. Il recula aussitôt quand il s’en rendit compte. La discussion reprit de plus belle. Alec avait les yeux rivés sur l’assiette presque vide de Ianto. Il semblait jalouser le contenu qui avait titillé les papilles de Jack, au lieu d’envier le « propriétaire » de cette assiette. Jack gloussa en silence. Puis, légèrement mal à l’aise, il s’éloigna du groupe. Ianto se leva et alla le rejoindre dans la cuisine. Jack était ravi de la tournure que prenaient les évènements et c’est d’un regard satisfait qu’il foudroya l’expert sur sa chaise de torture.

- Il en reste quelques uns, si ça te dit, lui proposait le jeune homme en jetant les restes de son assiette dans la poubelle.

- Non, merci, Ianto. Je n’y ai goûté que par pure gourmandise, dit-il assez fort pour être entendu de tous.

- Comme tu voudras.

Ianto paraissait à mille lieux du conflit tacite entre Jack et Alec, ou alors il s’évertuait avec talent à ne rien filtrer de sa jalousie. Il incarnait les Candide à la perfection. Jack était aux anges. Presque.

Un autre regard sur Alec et le remords le saisit. Sale temps pour les experts en instance de divorce.


chrismaz66  (26.06.2010 à 12:10)

Alec et sa famille s’était ensuite réunis autour d’un thé. Les membres de Torchwood avaient repris le travail. Jack trouva cette réunion attendrissante. Il resta en retrait, les observant malgré lui depuis sa place attitrée dans le Hub central, entre les postes de Tosh et de Gwen.

Alec, Claire et leur petite fille étaient restés attablés dans le coin cuisine. Jack profita de ce que la mère et la fille s’amusaient à compter les bonbons que Tosh avait achetés par kilos la veille, pour écouter ce que lui dictait son cœur.

Ianto étant parti régler le traiteur japonais, ou bien prendre l’air, Jack se dirigea vers Alec qui buvait son thé, sans soif ni gourmandise. Il évitait d’égarer son regard vers l’immortel, et gardait la tête baissée sur sa tasse. Jack vit l’expression sur le visage de l’expert changer du tout au tout dès qu’il se rendit compte que le Capitaine s’approchait de lui.

Alec afficha une froideur toute celtique, le regard gris-vert sur lui se fit perçant et impassible. Jack ne pouvait plus faire marche arrière. Question d’orgueil. Lui aussi savait comment prendre l’ascendant mental et physique sur à peu près tout le monde. L’amant inoxydable venu du froid allait retourner tutoyer les anges. Le regard bleu et le demi sourire désarmant du Capitaine affinerait sa mise à mort à sa façon, cynique et irrévocable.

Alec leva les yeux vers lui, calmement. Claire lui adressa un sourire éclair et continua de discuter avec Dot, lui conseillant de ralentir sa consommation effrénée de sucreries, et d’aller demander aux filles de quoi faire un joli dessin à offrir à l’équipe si accueillante de Torchwood.

- Vous vouliez me parler, je crois? Demanda Jack, debout, face à Alec.

- Cela peut attendre. Fit ce dernier, sans s’émouvoir.

- Sans doute, mais qui sait si je serais disponible dans une heure, peut-être moins? C’est plutôt calme en ce moment, autant en finir maintenant.

- En finir avec quoi, Jack? demanda Alec.

Jack fut surpris de l’aplomb dans le ton et la question de l’expert.

- Je ne sais pas. C’est à vous de me le dire…rétorqua-t-il, avec assurance.

Alec se leva, caressa les cheveux de sa fille et invita Jack à se mettre à l‘écart.

- Où pourrait-on discuter?

- Ici, nous serons à l’aise, dit Jack en désignant le bureau central.

- Il n’est pas tout à fait 14 heures, mais j’ai les clés de l’appartement sur Wood Str. Que diriez-vous de m’y accompagner?

Jack partit dans un rire canaille.

- Vous me prenez pour un débutant? Pas question, si vous avez à me parler, vous le faites ici, et nulle part ailleurs, répondit le Capitaine en s’installant à son bureau.

Alec ne s’assit pas. Son refus de discuter avec lui en public était manifeste. Il tourna les talons sans dire un mot. Jack se leva et le rattrapa. Le gros œuvre risquait de durer un peu plus longtemps que prévu, pensa-t-il.

- Très bien, vous avez gagné la première manche, avoua Jack en le retenant par le bras. Mais soyez prévenu, je n’ai plus rien à vous dire et je ne cèderai pas. Tout est terminé, clos, oublié, balayé…

- J’ai compris, Jack, je sais que vous possédez un vocabulaire fourni. Et cela tombe à point nommé car c’est moi qui parlerai. En route?

L’expert modéra son enthousiasme mais Jack n’était pas dupe. Il avait baissé sa garde, une fois de plus et redoutait déjà l’intimité que leur procurerait cette visite arrangée.

 


chrismaz66  (26.06.2010 à 12:12)

Jack resta planté, debout, sur le seuil de l’appartement. D’un seul regard panoramique, il eut un aperçu quasi complet du logement du 12 Wood st. Un séjour aux proportions ridicules, attenant à une kitchenette sommairement équipée.

La chambre, dont la porte était ouverte, semblait être la pièce principale. Plus grande, et lumineuse, des placards en bois ajourés face au grand matelas sur sommier recouvert d’une simple alèze.

- Ne restez pas là comme un Garde Royal, Jack. Entrez, je saurai me tenir. Et veuillez claquer la porte derrière vous, lui dit Alec en ouvrant les fenêtres du salon. Il respira profondément et jeta un coup d’œil à l’extérieur. Le salon donnait sur une petite cour calme et propre.

- Je vais être comme un coq en pâte ici. Je ne suis pas mécontent de moi, se réjouit-il-il , après avoir rabattu les rideaux.

Pendant ce temps, Jack avait franchi la porte qu’il avait refermée mais il ne bougea pas au-delà de la patère murale de l’entrée. Il ne bougerait pas d’un poil et ne dirait rien qui puisse le confondre. De toute manière, il ne dirait rien.

- Entrez, vous dis-je ! Je ne vais pas vous violer. J’ai parfaitement compris, Jack, insista Alec. Allez, venez vous asseoir.

Jack ignora l’invitation.

- Si vous n’avez pas l’intention de me relancer, qu’êtes-vous venu faire ici?

L’expert était déjà assis et tripotait son jeu de clés.

- C’ est relativement simple, Jack. Quand Claire a demandé le divorce, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai jugé préférable de m’éloigner d’elle. Le temps que les choses se tassent entre nous, voilà tout.

- Vous « éloigner », c’est ça? Se moqua Jack en secouant la tête. Mais vous me prenez vraiment pour un idiot fini !

- Non, vous vous méprenez, Jack. Je suis sérieux. Bien sûr, j’aurais pu m’éloigner moins loin, dit-il en riant presque de l’absurdité de sa phrase. Il se trouve que j’aime cette ville, et que le froid de Glasgow commence à me rendre irascible. Et autre point non négligeable…

Il laissa sa phrase en suspens, comme pour permettre à Jack de la terminer dans sa tête. Alec le fixa, souriant.

- J’ai trouvé un poste d’enseignant à l’université de Cardiff. Je commence la semaine prochaine.

Jack sortit les mains de ses poches et se pinça les lèvres.

- Vous ne travaillez plus pour Torchwood?

- Non, Jack, la filière de Glasgow va être fermée, faute de subventions. Vous n’étiez pas au courant?

Jack secoua la tête.

- Sir Allistair Gaynor, mon vénéré patron, s’est démené comme il a pu. Seulement voilà, son grand âge et mon manque d’ambition ont eu raison de nous. L’annexe n’offre plus aucun attrait pour les hautes sphères de ce pays. Rideau.

- Pourquoi n’avez-vous pas cherché à convaincre les décideurs?

- Parce que cette vie ne me convient plus. J’ai consacré quinze ans de mon existence à Torchwood et voilà comment je suis remercié ! Je n’ai pas vu ma fille grandir. J’ai été aveugle face à Claire. Elle a un amant depuis plus d’un an et moi je n’ai rien remarqué !!

- Vous étiez aussi occupé de votre côté, question infidélité, lui rappela Jack, sur un ton blessant.

Alec ne réagit pas à la remarque.

- Et après tout, ce monde, ou, devrais-je dire, « ces » mondes me terrifient sincèrement et je réalise que je n’ai personne à qui parler. Sir Allistair Gaynor devient un peu sénile je le crains et même avant cela, il ne vivait que pour les créatures venues d’ailleurs.

Alec se redressa et joignit les mains sur ses genoux.

- Vous savez, parfois je vous envie de travailler en équipe, comme vous le faites. Vous êtes ensemble. Vous avez des affinités avec au minimum l’un d’entre vous et vous pouvez vous confier, soulager votre conscience.

- Détrompez-vous, être entouré ne signifie pas automatiquement être écouté.

Jack regretta d’avoir parlé si vite. Alec l’avait doucement attiré dans ses filets. Il se leva mais resta à distance.

- Que voulez-vous dire, Jack? Vous vous sentez seul, malgré tout?

Jack se mit à rire, exagérément.

- Bien tenté ! Balle perdue !

Alec soupira, un début de sourire défait sur les lèvres.

- Jack, venez donc vous asseoir. J’ai l’impression d’être en prison face à mon gardien. Mieux mon bourreau. Je suis chez moi tout de même.

- Justement, à ce propos, je me dois de vous signaler la présence démesurément massive de weevils à 12 pieds au dessous des nôtres. C’est quasiment le QG des weevils par ici. Vous qui désiriez quitter Torchwood pour une vie plus calme…

- Ah vraiment? Je l’ignorais.

- Vous l’ignoriez? Vous m’en direz tant…

- Je vous le jure, Jack ! Mais c’est en effet une excellente nouvelle ! Cela implique que vous viendrez souvent dans le coin pourchasser ces créatures de l’ombre.

- Alec !

- Désolé. C’est plus fort que moi. Alec baissa les yeux mais un sourire, aussi espiègle que les pensées qui lui traversaient sans doute l’esprit à cet instant précis, trahissait ses intentions.

- Je croyais que vous vouliez me parler? Si vous en veniez au fait au lieu de prendre des détours qui ne vous mèneront nulle part? Dit Jack, de plus en plus irrité.

- En effet, Jack. Et puisque vous tenez tant à rester debout, je vais en faire autant.

Alec se dirigea vers la fenêtre et s’adossa contre le rideau pourpre.

- Je voulais savoir, si, en toute amitié, et en dilettante, je pourrais vous assister lors de vos missions? Histoire pour moi de ne pas perdre la main. Car malgré tout, ce que nous vivons grâce à Torchwood est souvent grisant. Et j’avoue qu’un sevrage progressif s’impose. Je resterais sage et j’obéirais au doigt et à l’œil sans renâcler, je vous en donne ma parole.

- Vous n’êtes pas sérieux?

- Je n’ai jamais été aussi sérieux, Jack. C’est une demande uniquement professionnelle, n’y voyez rien de plus.

- Je n’en crois pas un traître mot. Je ne vous crois plus, de toute façon.

- Ah bon? Et depuis quand avez-vous cessé de me croire?

- Depuis notre rencontre. Alec, me serais-je mal fait comprendre quand je suis venu vous voir à Glasgow, ou bien est-ce vous qui n’écoutez pas? Vous avez tendance à trop vous écouter, il me semble.

Le visage de l’expert se rembrunit.

- Vraiment? Alors pourquoi avoir fait le déplacement jusque chez moi pour me dire que tout était fini entre vous et moi? Un simple coup de fil aurait suffi, vous savez. Ce n’est pas élégant, j’en conviens, mais vous n’avez que faire des bonnes manières, et vous êtes un homme très occupé. N’est-ce pas?

- Je suis un gentlemen, Alec McNeil, n’en doutez jamais !

- Vous êtes surtout faible et égocentrique, non?

Les deux hommes se dévisagèrent durement.

- Pensez ce qui vous plaira, cela n’a aucune importance. J’ai des principes et je les honore toujours.

- Vous m’avez relégué dans vos souvenirs, Jack?

- Absolument.

- Et c’est pour cette raison que vous êtes venu à Glasgow la semaine dernière?

- Mais que voulez-vous entendre à la fin?

- Que vous avez cessé de m’aimer. Dites-le et je vous laisse en paix avec votre majordome.

Le ton était grinçant. Pas assez, cependant, pour Jack.

- Je ne peux pas vous le dire. J’ai comme principe de ne mentir que par nécessité. Ce n’est pas le cas, en ce qui me concerne.

- J’en étais sûr. Alors vous m’aimez encore?

Jack préféra ne pas répondre.

- Moi non plus, je n’ai jamais cessé de vous aimer.

Alec se décolla du rideau et tenta une approche timide. Arrivé au milieu du minuscule salon, Jack l’avertit.

- Si vous faites un pas de plus, je m’en vais.

- Et après? Vous seriez débarrassé de moi? Vous êtes bien naïf, Jack, dit l’expert sans ralentir le pas.

- Très bien, comme vous voudrez!

Alec stoppa net, attendant la suite. Jack n’avait pas bougé, encourageant même l’autre à avancer. Ce dernier ne se fit pas prier et avança, confiant.

- Maintenant, qu’allez-vous faire? Demanda Jack, toujours immobile.

Plutôt immobilisé. Paralysé par ses sens en éveil. Les deux hommes se faisaient face.

- Je vais faire ce que je meurs d’envie de faire depuis que je vous ai revu, Jack, murmura Alec.

- Développez.

- Avec joie. Je vais vous embrasser. Et vous ne m’en empêcherez pas car vous en mourez d’envie aussi.

Alec posa les mains sur les manches du manteau et sourit, avec malice.

- Essayez pour voir…le défia Jack, d’une voix faible.

Alec se rengorgea et allia le geste à la parole. Ses lèvres vinrent caresser celles de Jack, qui ferma les yeux et n’opposa pas la moindre résistance. Alec fit remonter ses mains sur les épaules du Capitaine et approfondit le baiser, d’une langue décidée à forcer tous les barrages. Une langue intrusive et chaude. Jack exhala un souffle de désir et étreignit la taille de l’expert, brutalement. Il répondit au baiser avec sa déraison habituelle et ne se lamenta pas davantage. Tous ces efforts pour arriver à tenir Alec hors d’atteinte. Pure perte. Il n’avait pas su lui résister une seule fois. Comment lui résister, alors que tout chez ce diable d’expert le rendait fou?

- On peut se servir des rideaux en velours comme couverture pour le lit, qu’en dites-vous? Proposa Alec sans prendre le temps de respirer, de peur que Jack ne change d’avis.

Jack l’embrassa à nouveau.

- Qu’en dites-vous? Répéta l’expert.

- Taisez-vous, McNeil !

Les deux hommes se retrouvèrent vite torse nu. Sans quitter ses lèvres, Alec entreprit ensuite de défaire la ceinture de Jack. Ce dernier, naturellement vif, avait déjà sa main dans le pantalon de l’expert.

- Nous pourrions au moins aller sur le lit? Insista Alec, baissant le pantalon de Jack jusqu’aux genoux.

- Vous pensez trop, Alec. Vous parlez et pensez beaucoup trop!

Jack sourit et parcourut de sa main le membre de l’autre qui l’imita. Le regard trouble baigné dans celui de l’autre, ils se soulagèrent mutuellement, sans précipiter le geste de trop. Ils prirent le temps de s’admirer sur le chemin de l’exaltation sexuelle, se nourrissant de leurs réactions conjointes et abruties de plaisir pour mener l’autre vers la jouissance. Jack ne fut guère surpris de se libérer avant Alec. Ce dernier avait acquis une habileté certaine à le satisfaire rapidement. Un véritable maestro de la débauche. Mais il ne fut pas long à le rejoindre dans un râle sourd et adorablement interminable. Maestro et comédien de talent.

- Le lit, Jack ! Parvint-il à dire en lui remontant le pantalon pour l’obliger à marcher jusqu’à la chambre qui n’attendait qu’eux.

- Non, Alec. Vous pouvez utiliser vos rideaux pour signaler la fin de l’entracte, objecta Jack en rebouclant sa ceinture sous le regard contrit de son amant. Je dirais même la fin de la représentation, Mmh?

- Quoi?

- C’est tout ce que vous aurez de moi, et c’est la dernière fois. Vous avez abusé de ma faiblesse mais c’est la dernière fois.

- Je ne vous crois plus, Jack. Je n’ai abusé de rien du tout ! Cessez vos simagrées et venez!

Alec le tirait par les bras, le pantalon sur les chevilles. Jack s’amusa du spectacle. Alec marchait à petits pas, ne voulant pas le lâcher, ne serait-ce que pour se débarrasser du vêtement encombrant.

- Allez, bon sang. Encore quelques pas et nous y sommes!

Jack ne put s’empêcher de rire.

- N’insistez pas. Vous êtes grotesque.

- Peu me chaut. Ne soyez pas petit joueur, Jack Harkness. Vous savez très bien pourquoi nous en sommes là.

Jack le repoussa et ramassa son manteau.

- Inutile, Alec. Je vais m’en aller et nous en resterons là. C’est compris?

- Vous êtes décidemment trop bête. Je ne suis pas le petit esclave que l’on sonne quand on le décide, Jack. Vous pensez sincèrement que je vais me contenter de si peu? Je ne suis pas votre deuxième larbin sexuel ! Votre suppléant de chair ! Je vais être votre pire cauchemar, votre parasite virulent, votre croix ! Je vous aurai à l’usure !

- Modérez vos menaces, Alec McNeil. Je n’ai jamais été la propriété de personne ! Je ne le serais jamais.

- Vraiment? Ce n’est pas l’impression que j’ai lorsque je vous observe avec votre jeune éphèbe. Il vous mène par le bout du nez, et vous vous sclérosez sous sa domination. Vous régressez, Jack.

- Ne mêlez pas Ianto à tout ceci. Domination…? Vous avez une drôle d’opinion de l’amour…

- Au moins j’en ai une.

Jack rit encore.

- Je connaîtrai d’autres amants comme vous, Alec. Comme j’en ai déjà connus.

- Vous êtes d’un égoï sme ! Je n’en ai jamais douté mais là…Quelle abjection !

- pourquoi me persécuter de la sorte si je vous rebute à ce point?

- Ne jouez pas au plus malin avec moi. N’avez-vous pas donc pas assez d’une vie à me consacrer? Après tout ce que nous avons partagé?

La voix brisée, Alec se rhabilla, les mains tremblantes.

- Alec...

- Taisez-vous ! J’aime autant pas entendre une de vos excuses emphatiques!

Jack remballa ses arguments. Arguments pompeux, comme l’avait pressenti Alec.

- Alec, écoutez-moi. Je vous demande d’être raisonnable.

- Pourquoi le serais-je? Râla l’expert d’une voix forte. Vous ne l’êtes pas! Sinon vous assumeriez votre amour pour moi.

La détresse d’Alec troubla Jack. Il enfila son manteau et secoua la tête, complètement désarmé.

- Alec, je suis désolé. Vraiment désolé.

L’expert eut un rictus de mépris.

- Oh ! Pour vous excuser, vous vous posez là ! Mais ce n’est pas assez, et vous le savez. Je n’ai que faire de vos regrets, Jack.

Alec détourna son visage.

- Je sais la valeur des mots. La valeur toute relative et malléable des mots. Seuls les actes comptent, vous vous souvenez? Beau parleur, mais vos salves verbales me laissent de marbre. Vous avez l’éternité et vous me refusez une vie, pourquoi?

Jack fit un pas vers Alec et l’attira à lui par la nuque. Il l’embrassa tendrement, longuement. Les larmes ondulèrent sur les lèvres réunies.

- Je vous aime, Alec. Mais j’aime Ianto et pour lui je dois renoncer à vous. Je n’ai jamais eu à choisir avant vous, de toute ma longue vie. Mais c’est une question de loyauté envers vous, envers Ianto. Envers moi-même. S’il vous plait, Alec. Par pitié.

- Loyauté dites-vous? Loyauté? Pitié? Que de bien belles paroles déculpabilisantes. Je vous reconnais dans ce discours huilé mais creux. Bien, si c’est ce qui prime pour vous, je ne vois pas comment lutter contre des notions aussi abstraites. Aussi insipides. Et emphatiques, je vous l’avais dit. Mais j‘ai compris. Je vous croyais plus digne de moi.

Alec essuya ses yeux d’un revers de la main.

- Digne ? Je ne le suis pas, Alec. Je ne le suis pour personne, surtout pas pour vous.

- Au diable la sémantique ! C’est …Tout ceci n’est que du vent. Que la tempête m’emporte !

Jack lui prit les mains.

- Il n’est peut-être pas trop tard pour vous réconcilier avec Claire? Qu’en pensez-vous? Vous avez une fille adorable ensemble…

- Non, notre histoire est derrière nous. Mais je ne regrette rien, j’ai été heureux.

- Et vous le serez encore, j’en suis sûr.

Jack lui caressa les cheveux avec douceur.

- Embrassez-moi encore, Jack. Une dernière fois. S’il vous plait.

Jack sourit et céda, encore une fois. Alec gémit dans ses bras, lui dévorant les lèvres avec une force inouï e. Comme pour les lui arracher et les emporter avec lui dans son malheur. Jack se laissa manger. Il voulait lui aussi forger l’empreinte de sa bouche, fixer le parfum de sa peau, frémir sous les caresses, tout lui voler et tout loger dans son âme déchirée.

Un temps.

- Il faut que je m’en aille, Alec.

- Bien.

- Je vous laisse…

- Je viens avec vous, dit Alec calmement. J’ai une femme et une fille à récupérer, vous aviez oublié?

Jack le regarda un instant. Alec reprit les clés et le rejoignit à l’entrée. Jack lui barra la route en levant le bras.

- D’ailleurs, pourquoi avoir amené votre famille jusqu’ici? Je ne comprends pas bien votre démarche.

- Disons que j’ai eu envie de lui montrer ce qui m’a plu ici, sans qu’elle le sache. Cette ville agréable, chaude, comparée à la nôtre et ses citoyens pleins de charme et si, comment dire, si excitants.

- Que comptez-vous faire à présent? Vivre seul dans cette cabane primitive? Dit Jack sans sourciller.

- Ce n’est pas une cabane, Jack, dit Alec, vexé, c’est une cachette idéale.

- Alec !!

- Non, c‘est vrai. Je pourrais sympathiser avec les weevils et vous les servir tous chauds…

- Arrêtez de délirer.

- Nous en reparlerons. Dépêchons-nous de rentrer à la Base, je dois rendre les clés avant 15 heures.

- Vous allez prendre cet appartement? demanda Jack en sortant.

- Un appartement à deux pas de la pire espèce que je connaisse, c‘est tentant.

Jack le fixa, incertain.

- Je parle des weevils, Jack, sourit l’expert.

- Vous venez d’éviter la potence. Allez, en route !


chrismaz66  (26.06.2010 à 12:17)

Les deux hommes furent de retour à Torchwood. Jack n’eut pas le temps d’enlever son manteau que l’alerte retentissait. Dans un grondement anormalement assourdissant aux oreilles du Capitaine.

- Pic de Faille détecté dans le centre, Jack. Rue principale, au numéro 56. Jack! Cria Tosh avec diligence.

- Ok, Tosh. Gwen, Owen , avec moi !

- Jack , laissez-moi vous accompagner et vous offrir mon concours. Si je peux me rendre utile… insista Alec tout aussi rapidement.

- Très bien. Ianto, Tosh, je vous confie Claire et Dorothy. Allez en route !

L’équipe fut sur place, rue St Carolina, en moins de 6 minutes. La rue était déserte, bizarrement, et un énorme cratère jouxtait la rue principale. Il mesurait au bas mot 5 mètres de long pour près de deux mètres de profondeur. Tout autour du cratère gisaient des carcasses grises et métalliques, similaires à celles récupérées lors du premier crash.

- Il sont du genre « récidivistes » ces visiteurs invisibles, fit Owen en ouvrant sa mallette, déjà accroupi au bord du fossé rempli de cendres.

- Toujours pas de présence vivante? Demanda Jack en laissant Gwen et Owen examiner les premières traces.

- Je ne crois pas. On est devant le même cas de figure que celui d’il y a 4 jours, conclut la jeune femme.

Elle prit des photos de la scène avec le savoir faire d’un policier chevronné. Alec faisait le tour du cratère, à petits pas, les yeux plissés et l’air absorbé. Jack ressentit le besoin de l‘asticoter un peu.

- J’ignore en quoi votre présence nous est indispensable, Alec. Rien n’est chimique dans ce trou, je le crains.

- Détrompez-vous, Jack, répliqua l’expert sans lever la tête. La chimie est partout. Sans elle , nous ne serions pas. Ni vous, ni moi, ni ce trou, comme vous dites.

Jack prit la mouche.

- Peut-être, mais avez-vous apporté vos éprouvettes?

Alec le fusilla du regard.

- Non, mais je porte toujours sur moi ma science et mon expérience reconnues et approuvées par mes pairs. Vous n’êtes pas d’accord avec moi?

Jack préféra ignorer le ton acerbe de l’homme.

- Alors, Owen?

Dérangé dans ses prélèvements, le médecin répondit sèchement.

- Alors quoi, Jack? Tu veux bien me laisser terminer? On vient d’arriver.

- Personne ne semble avoir assisté au crash, dit Jack, pensif. Cette ruelle est déserte.

- Et si proche du centre, qui plus est. C’est troublant, ajouta Alec.

- Vous êtes toujours décidé à venir vous installer dans le coin? Fit Jack, moqueur.

- Pourquoi cette question, Jack? Absolument décidé. Vous pensez que je prends une mauvaise décision?

- C’est à vous de voir. Mais je reste convaincu que votre place n’est plus ici.

Le dialogue sous-jacent n’échappa pas à Gwen qui fixa son patron durement.

- Ne vous inquiétez pas pour moi, Jack, je suis certain d’y faire mon trou!

Owen approuva le jeu de mot minable.

- Excellent, Alec. Bien dit!

Jack leva les yeux au ciel, consterné.

- En toute franchise, je ne vois pas ce qui pourrait me dissuader de vivre ici…

- Je connais quelqu’un qui saurait vous convaincre.

Alec s’était furtivement rapproché de Jack, lui frôlant presque l’épaule.

- Ah oui? Murmura-t-il pour ne faire se faire entendre des deux jeunes gens. Qui donc? Vous?

Jack lui prit le bras et l’éloigna du cratère et des oreilles affûtées de Gwen.

- Vous avez perdu la tête, Alec. Je croyais que nous étions arrivés à un accord, vous et moi. C’est terminé.

- Il faut être deux pour tomber d’accord, Jack. Je ne me suis pas prononcé.

- Arrêtez ce petit jeu, c’est fini. Retournez auprès de votre femme et votre fille, dit Jack, agacé.

- Pourquoi? Claire ne m’aime plus. Je ne vois plus l’amour dans ses yeux. Par contre je le vois en ce moment dans les vôtres, ne le niez pas!

- Allez au diable!

- Je suis face à lui, Jack. Et Dieu m’est témoin : je suis un abominable pécheur.

Jack lui lâcha le bras et revint vers Owen. Alec le regarda un instant puis reprit son inspection.

- Owen? Toujours rien de neuf?

- Tout m’a l’air diablement identique au crash de la baie. C’est fou, qu’est-ce que cela peut être?

- C’est étonnant, surenchérit Alec, calmement. On dirait que le bitume a fondu juste au milieu, vous voyez? Il forme une sorte d’ovale et me semble être parfaitement symétrique.

- Vous avez raison, Alec, approuva Gwen en se rapprochant du centre. Alec se poussa pour la laisser prendre d’autres photos plus précises. Il dérapa sur des gravillons entassés et dégringola vers l’avant. Il tomba dans le trou. Gwen n’eut pas le temps de le rattraper. Le bitume encore chaud dégagea des chapes de fumées asphyxiantes et grisâtres qui montèrent assez haut dans l’air pour empêcher Jack et Gwen de voir où Alec avait atterri. Gwen s’éloigna du cratère en toussant, suivie par Owen. Jack avança à l’aveuglette vers le fossé.

- Alec! Alec! Vous m’entendez? Alec ! Hurla le Capitaine, les mains devant les yeux.

- Jack! N’avance plus ! L’avertit Gwen en lui prenant la manche du manteau. Tu vas tomber toi aussi!

Revenant à la raison, Jack obéit.

- Alec McNeil !!!!!

Peu à peu la fumée se dissipa et ce que Jack vit - ou plutôt ce qu’il ne vit pas - le glaça d‘horreur. Il sentit ses jambes se dérober. Le cerveau embrasé, les yeux brûlant atrocement. La rage l’envahit. La douleur lui pilonna la poitrine. L’incompréhension le terrassa.

- Où est-il passé? Mais qu’est-ce qui s’est passé? S’exclama Owen en s’approchant du cratère.

- Il a disparu. Jack, comment est-ce possible? Il ne reste aucune trace !

Jack resta pantois, inerte, sous le choc. Alec McNeil avait fondu dans le bitume.

- Jack!

- Bordel c’est pas vrai ! Cria Gwen. Jack !!!

Jack glissa lentement un pied dans le cratère, ignorant les avertissements de ses employés.

- Jack, reviens, bon sang !

Gwen et Owen lui empoignèrent chacun un bras et le hissèrent de force vers le sol plat.

- Tu es fou ou quoi? Qu’est-ce qui te prend?

- Laisse-moi y aller, Gwen. C’est un ordre !

- Pas question, Jack! La Faille l’a aspiré. On ne peut plus rien faire.

- Non. Non. Non. Ce n’est pas possible. Il existe sûrement un moyen! Appelle Tosh ! Qu’elle nous dise si elle a tout enregistré, vite!

- Ok, ok , calme-toi., grogna Gwen en s’éloignant. Owen, retiens-le !

- Owen, lâche-moi !!!

Le jeune homme le lâcha sans le quitter des yeux.

- Bordel, Jack, ça expliquerait pourquoi il n’y a personne dans le coin. Et s’ils ont tous été aspirés comme ce pauvre Alec.

Le professionnalisme à toute épreuve du médecin apaisa Jack.

- En effet, c’est une explication possible, fit Jack, en reprenant une respiration régulière - mais il parlait comme un robot, son cerveau avait des ratés - Ce n’est pas vrai? Il a disparu ! Impossible…Pas question! Non !

- Comment annoncer la nouvelle à sa famille? Enfin, si Tosh a eu la bonne idée de les éloigner des écrans…

Owen pensait pour Jack. Avec pragmatisme et bon sens. Deux qualités mentales qui l’avaient fui lorsqu’Alec était tombé. Jack avait voulu se débarrasser de son amant merveilleux. Le ciel l’avait exaucé. Il eut un haut-le-cœur en imaginant l’état dans lequel Alec allait se retrouver pour l’éternité. Une souffrance que personne au monde ne méritait de vivre. Une douleur permanente et insoutenable. Inhumaine. Jack suffoqua de terreur. Il ferma les yeux et tenta de chasser cette idée de son esprit mais à nouveau ses jambes le lâchèrent et il s’effondra sous les yeux abasourdis d’Owen.

- Gwen ! Gwen ! Viens m’aider ! Vite, ça urge!

Owen prit Jack par la taille et le traîna un peu plus loin, incapable de le porter. Gwen accourut.

- Qu’est-ce qu’il a ? S’enquit-elle, angoissée.

- Aucune idée, il est tombé dans les pommes, dit Owen, lapidaire en prenant le pouls de son chef. C’est bon, rythme régulier.

- Qui aurait cru que Jack Harkness s’évanouirait un jour comme une princesse? Sourit-elle malgré elle.

- Qu’est-ce que tu racontes? Ronchonna le médecin qui plaça Jack en position latérale de sécurité.

- Ne fais pas celui qui débarque de Mars, Owen. Jack et Alec…tu veux un dessin?

- Dans tes rêves, ma belle, se moqua Owen.

- Tu es idiot ou tu me fais marcher?

- Je te fais marcher. Mais de là à s’évanouir …

- Comment ça? Dis-moi? Depuis combien de temps n’es-tu pas tombé amoureux, toi?

- C’est toi qui me pose la question? Fit Owen, un sourire mitigé aux lèvres. Bon, il émerge ou quoi?

Puis il ajouta, pour changer de sujet :

- Bon sang, quelle journée pour les McNeil !

- C’est vrai, putain !!!

Jack s’extirpa de son néant, inspirant profondément. Il vit deux paires d’yeux sur lui. Le drame lui revint aussitôt à l‘esprit.

- Gwen ! Que t’a dit Tosh ? Cria-t-il en se redressant.

- Les fumées ont tout caché, mais elle expérimente une définition de l’image segmentée pour obtenir un visionnage plus parlant. On ferait mieux de rentrer.

- Ok.

Jack épousseta son manteau et sans un regard vers le cratère, il se dirigea vers la voiture. L’air anéanti.

Durant le trajet du retour, personne à l’intérieur du véhicule ne desserra les dents.


chrismaz66  (26.06.2010 à 12:20)

- Jack, c’est horrible !

- Tosh, est-ce qu’elles ont vu ce qui s’est passé?

- Non, Gwen. Une chance. Ianto leur fait faire un tour supplémentaire à l‘extérieur. Heureusement que vous êtes revenus, je ne me sentais pas de devoir leur annoncer la nouvelle. C’est horrible, répéta l’informaticienne aux yeux rougis.

Jack s’était installé à son poste de travail et interpella la jeune femme.

- Tosh, où est ton enregistrement miracle? Amène-toi !

La voix était cassante, et cassée. Curieux mélange entre colère et détresse. Tosh le rejoignit.

- C’est là, s’empressa-t-elle de dire en pianotant quelques touches de son clavier. Je n’ai pas eu le temps de tout visionner, s’excusa-t-elle doucement.

L’équipe réunie autour du Capitaine étudia soigneusement chaque image. Alec McNeil était tombé presque dans l‘axe du cratère Le bitume avait répondu à son contact en se matérialisant à une vitesse folle. La matière noire l’avait alors enseveli, prenant la forme de son corps avant de s’affaisser, comme aspirée par une bouche vorace et invisible tapie dans le sol. L’asphalte s’était immédiatement durcie après sa métamorphose sidérante et fugace. Plus aucune trace visible. Pas le moindre souvenir de l’homme. Disparu de la réalité. Disparu ,quelque part, ailleurs. Pour toujours.

Jack avait du mal à respirer. Gwen étouffa un cri d’horreur et d’incrédulité. Owen proféra un juron bien senti. Tosh observa son chef dévasté. Elle enleva ses fines lunettes pour essuyer quelques larmes. Elle avait mal pour Claire et Dot. Elle avait encore plus mal pour Jack.

Ce dernier ne dit rien. Il ne bougea pas. Il avait les yeux rivés sur l’écran qui grésillait encore. Le film était terminé depuis quelques secondes. La parenthèse Alec s’était refermée aussi discrètement que l’amour de Jack pour cet homme avait été époustouflant de force et de liberté. Un amour vertigineux désormais enterré dans la noirceur du crash, semblable à la couardise du Capitaine. Pareille à son manque d’indépendance sentimentale, son vide affectif. Aussi noir et poisseux que sa lâcheté face à l’engagement. Jack n’avait pas su, n’avait pas pu se résoudre à prendre sa vie en main. Et il mettrait des années à se maudire avant que la douleur et le remords ne s’estompent grâce au temps, allié implacable et fidèle. Jack se voûta sur sa chaise, passant une main dans ses cheveux, les yeux clos, au bord des larmes.

Alec McNeil n’était plus. Et il fallait à présent l’annoncer à sa femme et son adorable petite fille gourmande.

- Où sont-elles? Demanda-t-il dans un murmure.

- Quoi? Osa Gwen qui n’avait pas entendu, pas plus que les autres.

- Où sont-elles? Répéta Jack en criant presque.

- Sur les quais, Jack. Elles sont sur les quais, avec Ianto, balbutia Tosh, qui venait de vérifier sur les caméras de surveillance.

Jack inspira profondément et se leva.

- Jack, si tu veux, je peux m’en charger, proposa Gwen.

- C’est à moi de le faire. C’est de ma faute… Mais c’est gentil de ta part, dit-il en lui souriant faiblement.

Jack les regarda tous les trois d’un air triste.

- Allez, trouvez-moi ce qui a bien pu se passer, d’accord? Je m’occupe du reste.

- D’accord, Jack, firent Owen et Tosh.

- Je te jure qu’on va trouver, Jack, promit Gwen, bouleversée. Fidèle à son grand coeur.

Jack hocha la tête et sortit par l’entrée clandestine.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Trois jours plus tard

 

Tout était plus ou moins rentré dans l’ordre à Torchwood, Cardiff. Hormis le silence de morgue du Capitaine et l’ambiance morose qui régnait à la Base.

Ianto n’avait rien dit après la disparition d’Alec, sinon présenter ses condoléances à sa famille dévastée. Rien à Jack. Aucune parole. Aucun geste d’empathie ou de compassion.

Jack n’exigea rien de lui. Ni de personne d’ailleurs. Il avait décidé de laisser faire le temps. Le temps, une denrée dont il ne serait jamais à court.

Ce soir-là, pourtant, Jack demanda à Ianto de rester. Le jeune homme accepta. Il alla faire briller sa machine à café, qui étincelait déjà de mille feux.

- Ianto, tu veux bien arrêter ton nettoyage et t’occuper de moi?

Le jeune homme, hésitant, posa son chiffon et acquiesça. Il vint vers le bureau central où son patron était assis, les pieds sur le bord du meuble.

- Tu vas bien? Demanda Ianto pour la première fois depuis trois jours.

Jack se redressa.

- Je vais bien, Ianto. C’est gentil de t’en inquiéter.

- C’est normal.

Le Capitaine se grattait la paume de la main, les yeux baissés.

- Et toi comment vas-tu?

- Bien. Les beaux jours reviennent.

Les deux amants se fixèrent un moment sans rien ajouter à leur discussion de comptoir. Puis Jack se mit à sourire.

- Je n’ai pas été d’une compagnie folle ces derniers temps, pas vrai?

Ianto hocha la tête.

- Je m’en excuse. Sincèrement. Et j’espère me racheter bien vite.

- Je te fais confiance pour ça.

- Vraiment? Tu le penses vraiment?

Ianto soupira et vint s’asseoir sur le bord du bureau , près de son chef.

- Tu serais avec lui à l’heure qu’il est, s’il n’était pas…

- Pas du tout ! C’est avec toi que je serais, avoua Jack, sérieux.

- Il se peut qu’un jour on comprenne ce qui s’est passé et on pourrait le ramener?

Jack se leva et se colla contre le jeune homme. Les bras autour de ses hanches.

- Avec des si…Pourquoi? C’est ce que tu veux?

- Tu poses vraiment des questions idiotes, parfois!

- Quand je suis excité? Toujours. Et puisque tu me le demandes, moi, ce que je veux là tout de suite, c’est que tu me prennes dans tes petits bras et que tu me serres très fort. Tu peux faire ça pour moi? Murmura Jack, toujours très sérieux.

Ianto hocha la tête. Il enlaça le Capitaine dans ses petits bras et posa la joue contre la sienne.

- Tu m’as manqué , Jack.

Ce dernier ferma les yeux et sourit.

- Toi aussi, Ianto. Ne me laisse plus tomber, d’accord?

- D’accord, Jack.

FIN FINALE.

 


chrismaz66  (26.06.2010 à 12:22)

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