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No Matter What

Série : The Mentalist
Création : 19.08.2010 à 10h12
Auteur : LAurore 
Statut : Abandonnée

"No matter what, I’ll be there for you. I will." (Jane to Lisbon, 1.17) C’est le moment de tenir sa promesse. Spécial Jisbon ! Bonne lecture ! ;)

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NO MATTER WHAT

 

     Le parking du CBI était encore désert. Pas étonnant, il n’était même pas sept heures du matin. Jane gara sa DS à son emplacement habituel puis rejoignit le bâtiment. Cela faisait seulement quelques heures qu’il avait quitté les bureaux en compagnie de Lisbon. Parfois, pour ne pas dire la plupart du temps, il passait la nuit entière sur son canapé fétiche. La nuit dernière, il avait décidé de rentrer chez lui, non pas pour dormir - dormir ? Ce mot lui était devenu presque étranger ces dernières années, depuis Red John en fait, depuis que cet affreux smiley était peint sur le mur de sa chambre pour lui remémorer sans arrêt l’horrible double meurtre qui s’y était déroulé - mais pour prendre une bonne douche et se changer. Il haussa les sourcils en constatant l’emplacement vide où Lisbon garait habituellement sa Mustang. Elle ne devrait pas tarder, pensa-t-il. Car, même si Lisbon était la dernière personne à quitter les bureaux, mise à part lui bien évidemment, elle était aussi la première à y réapparaître le lendemain ! Jane sourit à cette pensée. Et elle osait dire qu’elle n’était pas mordue de travail ? Franchement.

     Quelques instants plus tard, un ding retentit et les portes de l’ascenseur s’ouvrirent. Jane se retrouva alors nez à nez avec un homme du service de nettoyage. Ils se saluèrent brièvement puis le gars prit place dans l’ascenseur tandis que Jane se dirigea vers l’espace de travail. Comme à son habitude, il jeta machinalement un petit coup d’œil vers le bureau de Lisbon. Pas de lumière, rien. Elle n’était bel et bien pas encore arrivée. Jane ôta sa veste, la posa sur le dossier d’une chaise, puis s’allongea confortablement sur son canapé. Il est temps de faire un petit somme... se dit-il en lâchant un long soupir de fatigue, puis ses paupières se fermèrent naturellement.

     Quand il rouvrit les yeux, le bureau était devenu beaucoup plus bruyant. Il entendit des éclats de voix, parmi lesquelles il reconnut celles de ses collègues, Cho et Rigsby. Il grommela, puis s’étira nonchalamment, avant de se redresser et de laisser échapper un bâillement.

     — Hey Jane ! s’exclama Rigsby quand il le vit réveillé.

     — Hey, répondit Jane, encore un peu groggy. Lisbon est arrivée ?

     Cho et Rigsby se regardèrent, et haussèrent les épaules.

     — On ne l’a pas encore vue, non, répondit Grace.

     La jeune femme venait d’apparaître dans l’espace de travail, une tasse de café fumante dans les mains. Jane fronça les sourcils à sa réponse. Bizarre… Elle n’arrive jamais la dernière…

     — Il est quelle heure ? s’enquit Jane.

     Grace but une gorgée de son café avant de répondre :

     — Huit heures et demie.

     — Eh, t’en fait pas, lança Cho devinant les pensées du mentaliste. Elle va arriver.

     — Mmm.

     Jane se leva alors de son canapé et fila dans la kitchenette se préparer un thé. Pourvu que Cho ait raison...


LAurore  (19.08.2010 à 10:18)

     La pièce était plongée dans la pénombre. Les quelques rayons de soleil qui parvenaient à passer à travers les rideaux permettaient de distinguer une silhouette allongée dans un lit. Posé sur la table de chevet, un radio-réveil diffusait continuellement de la musique quand l’animateur radio annonça :

     — Bonjour ! Il est neuf heures, place au journal…

     A cette annonce, la jeune femme endormie émergea lentement, puis prenant soudain conscience de l’heure, elle se redressa vivement. Elle s’empressa d’éteindre son radio-réveil puis resta immobile un moment, le front plissé, les yeux à peine ouverts, éblouie par la luminosité. Elle porta ensuite une main à son front et soupira. Sa tête lui tournait un peu. Elle n’avait pourtant pas fait de folie la nuit dernière. Au contraire. Elle était restée au CBI jusque tard dans la nuit à finir de remplir ses papiers… Elle aimait son boulot, elle ne pouvait pas dire le contraire, mais la partie administrative était ce qu’elle préférait le moins, surtout depuis que Jane avait intégré son équipe. Avec ses combines, il ne lui donnait que plus de paperasse à faire ! Elle soupira de nouveau et se retourna vers son réveil qui affichait désormais 9 : 03. Il est peut-être temps que je me lève ! se dit-elle en réalisant que son réveil avait dû sonner plusieurs heures avant qu’elle ne se réveille. Mais tellement épuisée qu’elle était, elle n’avait rien entendu… Lisbon souleva ses draps et posa un pied par terre. Soudain, une grimace déforma son visage et elle fonça dans la salle de bains. Elle en ressortit quelques instants plus tard, le visage encore plus pâle qu’à l’habitude. Un gargouillis se rappela à elle et elle vint se rasseoir, toute chancelante, sur le bord du lit. Elle poussa un profond soupir, puis se rallongea. Elle posa ses deux mains sur son ventre et ferma les yeux.


LAurore  (19.08.2010 à 10:28)

     Jane était allongé sur son canapé, le regard fixé au plafond.

     — Il est quelle heure Grace ?

     — Dix heures.

     Jane serra la mâchoire. Cela faisait deux heures qu’elle aurait dû être arrivée. Deux heures. Il lui était forcément arrivé quelque chose. Jane prit une profonde inspiration pour contrôler l’inquiétude qui commençait à le gagner, quand soudain, le ding de l’ascenseur retentit. Il se redressa brusquement et scruta le hall espérant enfin voir apparaître Lisbon. Mais la jeune femme ne se présenta pas et il se laissa retomber dans son canapé en soupirant.

     — Arrête un peu, mec, lança Rigsby. Tu me stresses à te redresser comme ça d’un coup à chaque fois que t’entend l’ascenseur.

     — Il a raison Jane, approuva Grace. Arrête de te faire du mauvais sang. Lisbon va arriver.

     — Elle a sans doute eu une panne de réveil, supposa Cho.

     — Depuis quand Lisbon a des pannes de réveil !? s’exclama Jane, un poil agressif.

     — Ça peut arriver à tout le monde des pannes de réveil, plaida Rigsby en mordant timidement dans sa barre de céréales.

     Cette mésaventure lui serait-elle déjà arrivée ?

      — Surtout qu’elle bosse comme une dingue, ajouta Cho.

     — Lisbon n’a pas eu de panne de réveil, affirma Jane. Il lui est arrivé quelque chose. Je le sens.

     — Ne te mets pas de telles choses dans la tête ! Lisbon va bien, j’en suis sure.

     — Peut-être qu’elle est malade ? proposa Rigsby, la bouche pleine.

     — Et elle n’aurait prévenu aucun d’entre nous !? s’exclama Jane, pas convaincu du tout. Et elle était en pleine forme hier !

     A cette remarque, il réfléchit. En pleine forme ? Mouais… Peut-être pas tant que ça finalement. Même si elle avait essayé de ne rien laisser paraître, le mentaliste qu’il était avait remarqué qu’elle était beaucoup moins souriante que d’habitude. Elle avait l’air fatiguée, et, surtout, elle prenait tout juste la peine de riposter à ses petits pics affectueux. Et cela, depuis quelques jours quand il y repensait. Il fronça les sourcils. Qu’est-ce qui pouvait bien se passer ? Il ne pouvait pas croire qu’elle était “simplement” malade, car même malade, il était certain que la Lisbon qu’il connaissait viendrait au travail ! Alors, qu’est-ce qui se passait ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Un accident ? Ou peut-être était-ce lié à l’un de ses frères ? Peut-être avait-elle appris une mauvaise nouvelle ?

     — Agents !

     La voix d’Hightower le fit soudain sortir de ses pensées, tandis que les trois agents se tournèrent illico vers leur supérieure.

     — La police d’Oakland vient de m’appeler. Un homme a été retrouvé sans vie dans un parc. Vous êtes chargés de l’affaire.

     — Mais… euh… On n’attend pas Lisbon ? demanda Rigsby.

     — Non, elle arrivera un peu plus tard.

     — Il y a un problème avec Lisbon ? s’inquiéta Jane.

     Pour toute réponse, Hightower tourna les yeux vers lui. Elle ne lâcha pas un mot puis revint à ses agents.

     — Vous pouvez commencer sans elle, non ?

     — Bien sûr Ma’am, répondit Rigsby.

     — Bon, la victime s’appelle Carl Markinson, 24 ans, déclara-t-elle en tendant une photo du jeune homme  à Cho. Il a été retrouvé ce matin…

     Hightower leur livrait les détails de la nouvelle affaire, mais déjà, Jane n’écoutait plus. Le bref regard qu’il avait échangé avec Hightower et le semblant de réponse qu’elle leur avait donné laissaient penser qu’elle n’en savait pas plus qu’eux concernant l’absence de Lisbon. Et ceci, l’inquiétait encore davantage… Ou alors, ou alors, et c’est ce qu’il espérait, d’un certain côté, elle savait pourquoi elle n’était pas là, mais elle ne pouvait, ou ne voulait, pas le leur dire… Oui, il préférait ça. Mais de quoi s’agissait-il dans ce cas ?


LAurore  (20.08.2010 à 10:33)

     Lisbon était assise sur une chaise. Elle se tenait droite, visiblement pas très à l’aise. Ses grands yeux verts scrutaient la pièce dans laquelle elle se trouvait. Des murs blancs, quelques tableaux rappelant le continent africain accrochés aux côtés d’affiches de prévention sur la grippe, entre autre. Malgré les couleurs chaudes de ces tableaux, cet univers demeurait froid. Si froid qu’un frisson la traversa. Autour d’elle, d’autres personnes, hommes, femmes, enfants, patientaient comme elle. Certains paisiblement, d’autres étaient un peu plus angoissés. Comme elle. Lisbon tordait ses doigts sans s’en rendre compte. Elle observait les autres “patients”, quand son regard se posa sur la femme enceinte qui feuilletait une revue que l’équipe médicale laissait à disposition. Les yeux fixés sur le ventre rond de la jeune femme, elle sentit sa respiration s’accélérer. Elle inspira profondément, puis la voix d’une autre femme demandant à sa petite fille qui chahutait de se calmer attira son attention. Lisbon sourit en observant fillette. De jolies boucles blondes descendaient jusque dans le milieu de son dos, et ses yeux bleus… Oh quels jolis yeux… L’image de Jane lui vint alors à l’esprit et elle ferma les yeux, sentant les battements de son cœur s’intensifier… Qu’allait-il penser ? Puis une voix résonna :

     — Teresa Lisbon ?

     Elle rouvrit les yeux et découvrit une jeune femme en blouse blanche dans l’encadrement de la porte de la salle d’attente.

     — Oui.

     — C’est à vous.

     Lisbon avala sa salive puis se leva de sa chaise, rassembla ses affaires, et suivit l’infirmière. Son cœur cognait fort dans sa poitrine, comme s’il était prêt à exploser. J’ai jamais autant angoissé pour une prise de sang… pensa-t-elle, et c’était sûrement vrai.


LAurore  (23.08.2010 à 16:40)

     — On n’avancera à rien en restant ici ! s’exclama soudain Rigsby en levant le nez de la paperasse à quoi se résumait pour le moment le dossier de l’affaire que venait de leur remettre Hightower. On devrait plutôt aller à Oakland et interroger les proches.

     — Je suis d’accord, mais on attend Lisbon, répondit Cho, qui venait de réapparaître dans l’espace de travail avec un fax. C’est le rapport du légiste ! Notre Carl Markinson a la nuque brisée.

     — Tu veux dire qu’il serait tombé accidentellement sur un banc et se serait tué !? s’étonna Rigsby. Dans ce cas, pourquoi on nous demande d’enquêter !?

     — Parce qu’il porte des traces de coups.

     — Oh.

     — Oui, oh, confirma Cho.

     — Mmm Grace ?

     — Bientôt onze heures Jane, répondit la jeune agente qui pianotait sur son ordinateur, devinant sa question avant même qui la lui pose.

     Il faut dire qu’il posait la même question toutes les dix minutes… Jane soupira. Mais où est-elle passée ? Et qu’est-ce qu’elle fabrique ? Elle n’est jamais arrivée si tard… Y a un truc de pas normal, y a un truc de pas normal…

     — Arrête de t’en faire comme ça Jane, dit Cho, le coupant dans ses pensées. Je suis sûr qu’elle va bien.

     — C’est clair ! s’exclama Rigsby. C’est Lisbon quoi ! Il ne peut rien lui arriver.

     Grace ne put s’empêcher de tiquer à cette réponse.

     — Elle n’est pas invincible non plus…

     — Hightower l’a dit elle-même, elle aura un peu de retard, tempéra Cho.

     — Peut-être qu’elle avait un rendez-vous ? supposa Grace, cherchant encore des excuses à l’absence de leur patronne.

     — Un rendez-vous !? Quel rendez-vous ? Elle me l’aurait dit.

     — Pourquoi elle te l’aurait dit ? C’était peut-être personnel…

     Un énième ding retentit alors et les trois agents et Jane se tournèrent vers le couloir. Alléluia !! Pour la première fois de la journée, un immense sourire se dessina sur le visage de Jane au moment où il découvrit enfin Lisbon, saine et sauve, marcher vers eux.


LAurore  (24.08.2010 à 14:38)

     Tous la suivaient du regard tandis qu’elle s’approchait. Elle était pâle, avait l’air fatigué, même si elle marchait d’un pas dynamique. Pour brouiller les pistes, sans doute…  Alors qu’ils s’attendaient à ce qu’elle vienne les saluer dans l’espace de travail et s’excuser de son retard, Lisbon se contenta d’un bref :

     — Bonjour les gars !

     Et elle s’empressa de rejoindre son bureau et s’y enferma. Trop dur… Les trois agents se regardèrent, interloqués par le comportement de leur supérieure. Jane, quant à lui, se leva et n’attendit pas plus longtemps pour se diriger vers son bureau. Il fallait qu’elle lui explique….

     Jane se tenait devant la porte, incertain de la façon dont elle allait l’accueillir. Il prit alors une profonde inspiration et frappa - oui, frappa, lui, Patrick Jane - et attendit une réponse, qui ne tarda pas à venir.

     — Oui.

     Jane ouvrit alors la porte et passa sa tête dans l’embrasure.

     — Je peux ?

     Assise derrière son bureau, Lisbon esquissa un sourire, ce qui réconforta Jane. Peut-être qu’elle ne va pas si mal que ça finalement ? se laissa-t-il espérer.

     — Y a du progrès, lâcha Lisbon.

     — Pardon ?

     — Tu as frappé, lui fit-elle remarquer.

     Jane se retourna et observa la porte. En effet, il avait frappé. Comme quoi il était bien perturbé…

     — Qu’est-ce qui t’amène ? lui demanda-t-elle alors.

     Jane haussa les sourcils. Comment ça, qu’est-ce qui m’amène !? Tu te pointes à onze heures et tu me demandes ce qui m’amène ? Mais t’étais passée où ? Jane étouffa ses réflexions et se contenta de l’observer, de chercher à comprendre ce qui se passait, ce qui ne tarda pas à mettre mal à l’aise Lisbon.

     — Qu’est-ce que t’as à me regarder comme ça ?

     Jane avait les yeux ancrés dans les siens, visiblement concerné, quand il demanda :

     — Ça va ?

     Lisbon sembla surprise par sa question. Ou prise au dépourvu. Plutôt prise au dépourvu…

     — Oui, répondit-elle tout en allumant son ordinateur.

     — Tu es sûre ? insista-t-il.

     — Oui.

     — Pourquoi tu arrives si tard ?

     Et boom, la question ! Allait-elle lui répondre ? Pas sûr, voire même pas sûr du tout, mais au moins, il aurait tenté le coup.

     Lisbon avala sa salive. Comment allait-elle se sortir de là ? Jane allait-il deviner ? Ou peut-être était-ce déjà fait ? Finalement, elle délaissa l’écran de son ordinateur et plongea ses yeux verts dans ceux de son consultant.

     — Ce n’est pas tes oignons.

     Je m’en doutais.

     — Il est arrivé quelque chose à un de tes frères ?

     — Non !

     — Ne me dit pas que tu as eu une panne de réveil, parce que je ne te croirais pas !

     Lisbon allait pour répliquer quand on frappa de nouveau à sa porte.

     — Entrez !

     La porte s’ouvrit alors sur Cho.

     — Excusez-moi patron, mais Hightower nous a confié une nouvelle affaire et on aimerait faire un petit débrief avant de partir sur la scène de crime. Si vous pouvez venir.

     — D’accord, j’arrive.

     Sur ce, Cho referma la porte. Lisbon se leva de son fauteuil et s’apprêtait à rejoindre ses agents quand elle remarqua que Jane ne bougeait pas.

     — Tu vas rester planter là longtemps ? lui demanda-t-elle.

     Jane sortit alors de ses pensées et se tourna vers elle.

     — Hein ?

     — On a une nouvelle affaire ! Au boulot !

     — Oui, souffla Jane, l’air absent.

     Lisbon fronça les sourcils. Elle le trouvait bizarre tout à coup, vraiment bizarre. Mais c’était Jane après tout ! Pourquoi aller chercher plus loin ? Elle le laissa passer devant elle et allait refermer la porte derrière elle quand il se retourna sans prévenir et posa subitement ses deux mains sur les épaules de Lisbon.

     — Jane, qu’est-ce qu…

     — Si tu as un problème, tu peux compter sur moi, Lisbon, déclara-t-il alors, d’un ton le plus sérieux du monde. Tu le sais, ça ?

     Lisbon hocha la tête, un peu troublée par le comportement de Jane, puis rajouta, un petit sourire en coin, histoire de détendre un peu l’atmosphère soudainement devenue grave :

     — C’est noté…

     — Je suis sérieux.

     — Moi aussi.

     Le consultant et sa supérieure se dévisagèrent un moment, puis Jane finit par enlever ses mains des épaules de Lisbon et regagna l’espace de travail. Lisbon resta immobile un instant, comme sous le choc. Son cœur battait fort de nouveau. Elle prit alors une profonde inspiration pour reprendre le contrôle d’elle-même, puis rejoignit ses agents, bien décidée à ne rien laisser paraître, tant qu’elle le pouvait…


LAurore  (24.08.2010 à 14:42)

     Après le débriefing, les agents du CBI s’étaient aussitôt mis en route pour Oakland, à l’exception de Van Pelt, restée aux bureaux pour effectuer des recherches. Au cas où ils auraient été amenés à se séparer une fois à Oakland, l’équipe avait pris deux véhicules, et bien évidemment, Jane avait insisté pour aller avec Lisbon…

     Les yeux rivés sur la route, la jeune femme était silencieuse. Elle n’avait pas décroché un mot depuis qu’ils avaient quitté Sacramento et ce silence commençait à peser au goût Jane, qui décida d’allumer la radio.

     — Eteint ça, tu veux ? protesta aussitôt Lisbon.

     — Pourquoi ?

     — Parce que. Eteint la radio.

     Jane sourit. Il avait atteint son but : faire réagir Lisbon.

     — Jane…

     — Je vois pas en quoi ça te dérange, objecta-t-il, tel un enfant.

     Lisbon serra les dents. Pourquoi ne pouvait-il pas juste éteindre cette fichue radio ?

     — Ça me dérange, point. Maintenant éteint.

     L’agacement commençait à la gagner. Mais Jane s’en fichait pas mal. Ses yeux bleus dévisageaient Lisbon. Il essayait de lire en elle, de deviner ses pensées… En vain, il fallait l’avouer. Il avait beau voir que quelque chose n’allait pas, il n’arrivait pas à mettre la main dessus. Pas encore, précisa-t-il pour lui-même. Mais il y parviendrait. Qui pouvait résister à Patrick Jane ?

     — Jane, t’es sourd où quoi !? s’énerva Lisbon. Je t’ai dit…

     Juste au moment où elle s’apprêtait à éteindre elle-même la radio, sa main heurta celle de Jane, qui appuya sur le bouton avant elle. Le mentaliste en profita pour saisir son poignet, et plongea ses yeux bleus dans les siens.

    — Parle-moi Teresa.

    Lisbon se dégagea aussitôt de son emprise et rétorqua :

    — Mêle-toi de tes affaires !

    — Non.

   Lisbon le fusilla du regard. Mais pourquoi voulait-il toujours tout savoir quand il s’agissait d’elle ? Ne pouvait-il pas la laisser tranquille pour une fois ?

    — Ça ne te regarde pas, Jane !

    Il commençait sérieusement à l’énerver.

    — C’est ma vie ! Et je vois pas ce que ça peut te faire !

    — Je m’inquiète, c’est tout, répondit-il en toute sincérité. C’est pas dans ton habitude d’arriver si tard… Alors je me demande ce qui se passe…

    — Il ne se passe RIEN, ok !!? Alors fiche-moi la paix !!!

    Jane haussa les sourcils, surpris de voir Lisbon sortir ainsi de ses gonds.

    — Ok…

   Lisbon se concentra de nouveau sur la route. Ou du moins, elle essayait. Ses yeux verts fixaient la route, mais sa tête était ailleurs. Elle repensait aux derniers évènements de la matinée. Son rendez-vous, les résultats qu’elle attendait… Ou pas. Elle avait peur. Elle avait peur, parce que tout à coup, elle ne maîtrisait plus rien. Elle, qui pourtant ne supportait pas de ne plus contrôler les choses, ne maîtrisait plus rien. Sa vie pouvait changer du tout au tout, et elle n’y pouvait plus rien. Elle allait devoir faire avec. Elle allait devoir assumer. Mais était-elle prête ? Non… Les larmes lui montaient aux yeux. Elle avait envie de craquer, de laisser ses larmes couler, mais elle ne pouvait pas. Pas là, pas maintenant, pas devant Jane. Elle était forte, courageuse, elle ne pouvait pas pleurer comme ça.

    Assis sur le siège passager, Jane l’observait et n’avait aucun mal à deviner son angoisse, sa détresse, sa colère envers elle-même plus qu’envers lui finalement. Ses mains moites serraient le volant, sa mâchoire était crispée, et il percevait son pouls s’accélérer au niveau de son cou. Si seulement elle pouvait lui parler…


LAurore  (26.08.2010 à 11:16)

     Cela faisait maintenant un petit moment qu’ils étaient murés dans le silence. Cela avait laissé le temps à Lisbon de se calmer. Elle s’était reprise, Jane avait pu le constater. Elle tenait de nouveau fermement le volant dans ses mains et était attentive à la route. De même, sa respiration était redevenue normale. Jane l’observait du coin de l’œil. Il semblait mal à l’aise. Il ne savait pas trop comment se comporter. Devait-il faire perdurer ce silence ? Ou au contraire, devait-il enfin le briser et s’excuser ? Il n’aurait peut-être pas dû insister autant auprès de Lisbon… En même temps, il n’avait rien fait de mal. Il était juste curieux. Et inquiet. Vraiment inquiet. Lisbon s’était emportée, et ça ne lui ressemblait pas. La Lisbon qu’il connaissait restait toujours maître d’elle-même. Pourquoi s’était-elle énervée tout à coup ? Parce que j’ai touché une corde sensible… Mais que pouvait-il bien se passer pour qu’elle soit tant sur la défensive ? Quel secret tentait-elle de lui cacher ? Jane scrutait maintenant le visage de Lisbon. Il ferait mieux de s’excuser… Après tout, elle avait raison, ce n’était pas ses affaires. Mais il ne pouvait pas s’en empêcher. C’était plus fort que lui. Ne lui avait-il pas dit la fois où ils s’étaient retrouvés coincés dans un container qu’il serait toujours là pour l’aider, qu’elle le veuille ou non ? Même si bien souvent, il se cachait derrière ses enfantillages et ses coups tordus, cette fois-ci, il avait été sincère et le pensait vraiment. Il ne pouvait vraiment l’expliquer, mais quelque chose les liait Lisbon et lui. Quelque chose de puissant. Une alchimie opérait. Personne ne pouvait le nier. Le regard inquiet qu’il portait sur la jeune femme quelques instants plus tôt était devenu plein de tendresse. Il l’aimait. Etait-ce une révélation ? Bien sûr que non. Il l’aimait depuis longtemps, depuis qu’ils s’étaient rencontrés sans doute. Mais d’un amour fraternel. Vraiment ? Jane secoua la tête. Il ne souhaitait pas se laisser aller sur ce terrain. Encore moins en présence de Lisbon. Il tourna la tête et regarda le paysage défiler à travers la vitre. Ses yeux s’arrêtèrent sur une forêt qu’il apercevait au loin, ce qui lui fit repenser à l’enquête. Mieux valait parler de l’enquête que de Lisbon. Enfin, c’est ce qu’il pensait… Jane prit alors une profonde inspiration et se lança, croisant les doigts :

     — On peut passer à la morgue ?

     Lisbon détacha ses yeux de la route pour les tourner vers son consultant. Elle le voyait bien, il redoutait sa réaction. L’aurait-elle effrayé tout à l’heure ? Cette idée l’amusa et elle esquissa un sourire. Ce qui n’échappa pas à Jane, qui sourit à son tour. Visiblement, il avait pris la bonne décision : oublier ce qui s’était passé.

     — Pourquoi tu veux aller à la morgue ? demanda Lisbon.

     Il avait raison. Elle préférait de loin ce sujet de conversation.

     — Le légiste nous a déjà transmis son rapport.

     — Je sais, mais j’aimerais quand même voir le corps.

     Lisbon lui lança un regard suspicieux.

     — Patrick Jane, aurais-tu une idée derrière la tête ?

     — Aucune ma chère, sourit-il, ravi de voir qu’elle était prête à badiner de nouveau avec lui. Juste une intuition.

     — Du genre ?

     — Du genre je pense que le corps de la victime nous livrera le coupable.

     — Mais bien sûr ! s’exclama Lisbon, ironique.

     Un sourire malicieux se dessina sur les lèvres de Jane. Lisbon le regardait, sceptique. En même temps, quand elle y repensait, ses intuitions n’avaient pas été trop mauvaises jusqu’à présent - mis à part avec ce diamant que Jane avait cru en toc et qu’ils avaient dû chercher à quatre pattes dans les bureaux pendant des heures après qu’il ait tenté de l’écraser avec un extincteur… Du grand Jane quoi ! Lisbon sourit en repensant à cette scène. La tête de Jane quand il s’était rendu compte que le diamant n’était effectivement pas en toc… Lisbon croisa justement le regard bleuté de son consultant. Elle secoua la tête et leva les yeux.

     — Ok, on y va, accepta-t-elle finalement.

     Après tout, il avait peut-être raison… Jane esquissa un sourire victorieux. Il le sentait, cette affaire serait vite bouclée… Et c’était tant mieux ! Il pourrait de cette façon se consacrer davantage à Lisbon et la supporter, quelque soit le secret qu’elle tentait de cacher…


LAurore  (26.08.2010 à 11:18)

     Quelques instants plus tard, Jane et Lisbon se retrouvaient à la morgue. Lisbon détestait cet endroit. L'atmosphère y était froide, et voir ses pauvres gens sans vie parfois dans un si mauvais état lui donnait des nausées… Pourtant, elle savait qu'elle ne pouvait pas éviter ce genre d'endroits en devenant flic…

     — Je ne comprends pas Agent Lisbon, déclara le médecin légiste en les conduisant vers la pièce où se trouvait le corps de leur victime. Je vous ai envoyé le rapport…

     — Je sais, mais nous aimerions voir le corps.

     Le légiste tourna les yeux vers Jane, qui se contenta de sourire, comme d'habitude. Il sait qui je suis, devina Jane. En même temps, qui ne le savait pas ? « Un faux médium vient prêter main forte au CBI ! » On ne pouvait pas passer à côté, surtout compte tenu de son passé… Tout le monde ou presque, savait ce que John le Rouge lui avait fait endurer. Et puis, ses petites combines pour démasquer les coupables avaient fait le tour de la Californie !

     — Voilà Carl Markinson, annonça le légiste en s'arrêtant devant le cadavre d'un jeune homme brun à moitié recouvert d'un drap, et étendu sur une table.

     Jane s'approcha et observa minutieusement la dépouille tandis que le légiste récapitula ce qu'il avait écrit dans son rapport.

     — Il porte des traces de coups sur le buste, les bras et les jambes, ce qui laisse penser qu'il s'est battu avec quelqu'un. Je dirais que son agresseur est un homme, assez corpulent, qui s'y connaît en arts martiaux.

     Lisbon lança un regard interrogateur au légiste. Qui s'y connaît en arts martiaux ?

     — Les coups ont été donnés à des endroits stratégiques, Lisbon, expliqua Jane. Regardez, il n'a pas été frappé au visage.

     Effectivement, le visage de la victime était dépourvu d'ecchymoses.

     — Si son « agresseur » avait voulu le tuer, continua Jane en mimant les guillemets, il l'aurait directement frappé au visage et mis K-O. Mais il ne l'a pas fait.

     — Carl Markinson a dû être déséquilibré durant la bagarre, confia le légiste. Et il s'est brisé la nuque en heurtant le banc. Mais je doute que ça ait été volontaire. Comme dit monsieur Jane, si son agresseur avait voulu le tuer, il savait comment s'y prendre.

     Lisbon regarda tour à tour Jane et le légiste, dubitative. Qu'est-ce que tout ça voulait dire ? Qu'il ne s'agissait finalement qu'un accident ? Deux hommes s'étaient battus, quoi, pour le plaisir et l'un était mal retombé et s'était tué ? Mouais… Elle n'était vraiment convaincue…

     Finalement, Lisbon secoua la tête, laissant toutes ces questions de côté et demanda :

     — Autre chose ?

     — Non, répondit le légiste.

     — Humm, souffla alors Jane, qui, les mains dans les poches de son veston, était encore en train d'ausculter le corps du pauvre gars…

     Lisbon et le légiste se tournèrent vers lui, attendant qu'il développe sa pensée.

     — Humm, répéta-t-il en relevant la tête, un petit sourire au coin des lèvres.

     Qu'il aimait faire mariner ses collègues !

     — Mais encore ? s'impatienta la jeune femme.

     Jane se pencha sur le cadavre, puis recula.

     — Dites-moi, c'est pas un suçon, ça ?

     Lisbon s'approcha de la victime et regarda là où Jane pointait son doigt. Elle releva la tête et lâcha, un brin d'agacement dans la voix :

     — On dirait oui.

     Jane haussa les sourcils, songeur, mais se fit un plaisir de garder le silence, au grand dam de Lisbon, qui leva les yeux au ciel. Je suis pas d'humeur à jouer aux devinettes, Jane. Accouche !

     — Il avait une petite amie, et alors ? soupira l'Agent. Où tu veux en venir ?

     — D'après vous, qu'est-ce que Carl Markinson faisait dans ce parc à cette heure matinale, en plein mois de décembre de surcroît ?

     Lisbon haussa les épaules.

     — J'en sais rien ! Il avait peut-être un rendez-vous !

     Jane hocha la tête.

     — Avec une femme, rajouta-t-il. Il avait un rendez-vous secret avec une femme.

     Lisbon ouvrit la bouche pour protester quand son téléphone portable se mit à sonner. Elle plongea la main dans la poche de sa veste et en ressortit aussitôt le mobile. Son visage se figea alors quand elle découvrit le numéro affiché sur l'écran. Soudain, le rythme de son cœur s'accéléra et sa respiration devint plus difficile. Elle déglutit avec peine, tandis qu'elle sentait les larmes lui monter aux yeux. C'était le coup de téléphone qu'elle redoutait, le coup de téléphone qui allait peut-être changer sa vie… Ses yeux verts fixaient le portable, incapable de décrocher. Perdue dans ses pensées, elle n'avait même pas remarqué Jane et le légiste qui la regardaient curieusement, se demandant pourquoi elle ne décrochait pas…

     — Lisbon ? murmura Jane.

     La jeune femme sortit alors de sa transe et croisa le regard empli d'inquiétude de son consultant. Les deux amis se dévisagèrent intensément un court instant, rendant mal à l'aise le légiste qui sentait quelque chose passer entre eux. Il n'avait pas tord. Ses yeux bleus ancrés dans les siens avaient permis à Jane de lire le désarroi de Lisbon. Encore quelques secondes, et il aurait presque pu savoir pourquoi, mais la jeune femme brisa le contact et reporta son attention à l'écran de son portable. Son cœur battait encore fort contre sa poitrine, l'angoisse. Mais elle décida d'oublier. Plus tard… Le moment était mal choisi. L'endroit était mal choisi. Elle était à la morgue ! Lisbon ferma les yeux un bref instant, les rouvrit, prit une profonde inspiration et appuya enfin sur la touche rouge. Un soupir s'échappa d'entre ses lèvres, comme de soulagement. Même si ce n'est que repousser l'échéance, réalisa-t-elle.

     Le légiste se racla la gorge, rappelant à la fois à Lisbon sa présence et aussi la raison de sa propre présence dans ces locaux.

     — Euh… excusez-moi, souffla-t-elle en ramassant son portable. Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'on disait ?

     Elle fronça les sourcils, et soupira fortement. Elle avait chaud tout à coup. Elle porta la main à son front et chassa les mèches de cheveux qui envahissaient son visage. Elle soupira de nouveau, et s'appuya contra la table sur laquelle était étendu le corps de leur victime. La tête lui tournait maintenant. Manquait plus que ça…

     — Lisbon, ça va ? s'inquiéta Jane en la voyant se cramponner ainsi.

     Lisbon hocha la tête. Pourtant, son visage extrêmement pâle disait tout le contraire… Pas bon signe, ça, pensa Jane en son for intérieur.

     — Lisbon, assis-toi.

     Le ton de sa voix s'était voulu ferme. La jeune femme était affreusement pâle et tenait apparemment difficilement sur ses deux jambes. Il ne voulait pas prendre le risque qu'elle s'évanouisse sur le carrelage froid de l'institut médico-légal… Jane passa alors ses bras autour de sa taille pour la soutenir et la guida vers une chaise.

     — Ça va aller Jane, insista Lisbon, dont pourtant la voix s'affaiblissait.

     — Oui, oui, mais je préfère que tu t'assoies, répondit Jane qui la tenait fermement jusqu'à ce qu'ils atteignent la fameuse chaise.

     — Je vais chercher un verre d'eau, déclara le légiste pour se rendre utile.

     — Là, assis-toi, commanda Jane en la faisant s'asseoir doucement.

     Lisbon se laissa faire. Normal, elle était en état de semi-conscience. Ses paupières s'abaissaient, puis se rouvraient péniblement.

     — Lisbon, reste avec moi, dit-il en tapotant gentiment sur ses joues. Lisbon…

     Elle entendait le son de sa voix, mêlée aux bourdonnements d'oreille.

     — Lisbon, parle-moi.

     Elle aurait aimé lui répondre mais aucun son ne sortait de sa bouche.

     — Garde les yeux ouverts, je t'en prie.

     Mais ses paupières étaient si lourdes… Et elle était si fatiguée… Elle ne pouvait lutter plus longtemps…


LAurore  (13.09.2010 à 20:28)

     — Lisbon ?

     La voix de Jane était moins certaine, trahissant par là son inquiétude grandissante.

     — Teresa, tu m'entends ? Eh, réveille-toi. S'il te plait.

     Tu peux pas me lâcher !

     Jane continuait de tapoter ses joues, mais plus énergiquement cette fois.

     — Lisbon, s'il te plait, insista-t-il.

     Les lèvres de la jeune femme qui avaient tout à coup pris une teinte violacée s'entrouvrirent alors progressivement et un son en sortit.

     — Elle revient ! Elle revient ! s'écria Jane qui reprenait confiance, au moment-même où le légiste réapparaissait avec un verre d'eau.

     Ça y est ! Il le voyait, elle reprenait peu à peu des couleurs.

     — Lisbon ? Lisbon, ouvre les yeux.

     Un nouveau gémissement s'échappa d'entre ses lèvres.

     — Allez Teresa, l'encouragea-t-il impatiemment. Reviens.

     Les cils de la jeune femme papillonnèrent alors. Et Jane ne put retenir un soupir de soulagement quand elle ouvrit enfin complètement les yeux.

     — Oh punaise, Lisbon, tu m'as fait une des ces frayeurs !

     La jeune femme esquissa un sourire en découvrant la tête affolée de Jane.

     — C'est pas drôle ! Me refait plus jamais ça !

     Lisbon avala sa salive avec difficulté. Dieu que sa gorge était sèche…

     — Tenez, buvez un peu.

     Lisbon releva la tête et croisa le regard du légiste qui lui tendait un verre d'eau.

     — Merci.

     Lisbon saisit le verre et but quelques gorgées, tout en scrutant la pièce. Elle était un peu paumée… Puis elle aperçut le corps sans vie de Carl Markinson sur une des tables et les souvenirs lui revinrent en mémoire. L'enquête, la victime qui se serait livrée à une bagarre… Le coup de fil. Elle baissa la tête et ferma les yeux de nouveau, mais volontairement cette fois. Comme pour oublier. Mais comment oublier ? Elle n'avait même pas encore eu les résultats, et pourtant elle savait. Elle savait…

     — Teresa ?

     La voix de Jane la fit sortir de ses pensées.

     — Ça va ?

     Lisbon hocha la tête et se redressa un peu.

    — Non non, reste allongée, lui dit-il en appuyant sa main sur son avant-bras.

    — C'est bon, Jane, ça va mieux. C'est passé.

    — Oui oui, y a deux minutes tu disais que ça allait aussi et pourtant t'es tombée dans les pommes !

    Lisbon leva les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'il peut être protecteur des fois !

    — Je vais t'emmener à l'hôpital.

    Lisbon tourna vivement sa tête vers Jane et lui lança un regard ahuri.

    — J'ai pas besoin qu'on m'emmène à l'hôpital ! protesta-t-elle.

    — Discute pas ! Tu t'es évanouie, je t'emmène à l'hôpital.

    — C'est pas la peine je te dis !

    Ah, têtue celle-là ! s'exclama Jane pour lui-même.

    — Femme, pour une fois, tu vas m'écouter ! T'as eu un malaise, c'est pas à prendre à la légère.

    — C'est toi qui dit ça ! La fois où tu t'es pris cette balle de baseball dans la tronche, et qui t'as mis K-O un petit moment, tu as refusé d'aller voir un médecin !

    — C'est pas pareil.

    — Bien sûr que si c'est pareil !

    — Lisbon, s'il te plait.

    — Jane, fiche-moi la paix, répliqua-t-elle en se relevant doucement.

    Le légiste qui assistait à ce qui pouvait se comparer à une scène de ménage ne savait plus où se mettre… Il avait bien envie d'intervenir mais bon…

    — Vous devriez quand même passer des examens Agent Lisbon, déclara-t-il alors. Histoire de vérifier que tout va bien…

    — Vous, mêlez-vous de vos affaires !

    Le légiste baissa la tête. J'aurais dû m'y attendre…

    — Ça va. Je vais bien, assura Lisbon qui se tenait maintenant debout sur ses deux jambes, parfaitement stable. J'ai juste eu un petit malaise ! C'est rien.

    — Lisbon…

    — Non, Jane. J'ai eu un étourdissement parce que j'ai sauté mon petit déj', c'est tout.

    En plus c'est vrai ! se dit-elle.

    — Va pas chercher midi à quatorze heures, d'accord ?

    Elle secoua la tête. Pourquoi avait-il toujours besoin d'être sur son dos ? Ne pouvait-il pas simplement la laisser tranquille ?

    — Prends au moins un café, négocia-t-il. Je vais te cherche un café !

    — Non merci !

    — Mange quelque chose. Un sucre, du chocolat ?

    Sans attendre sa réponse, Jane se tourna alors vers le légiste.

    — Vous avez du chocolat ? C'est bon pour le moral !

    — Euh, je vais voir ça…

    Et le légiste disparut. Jane en profita pour s'approcher d'elle.

    — Teresa…

    — Non, tais-toi ! On oublie ce malaise et on s'en va !

    — Ok, approuva-t-il de suite.

    Humm, pourquoi cède-t-il si facilement ? suspecta Lisbon.

    — Mais laisse-moi juste t'emmener voir un médecin ! continua-t-il. T'es bizarre depuis ce matin.

    Lisbon serra les dents et les poings. Bordel de bordel ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle fasse un malaise ici !? Elle ne pouvait pas attendre d'être chez elle ? Ou du moins pas en présence de Jane !

    Lisbon soupira, sérieusement exaspérée. Elle s'apprêtait à riposter pour la énième fois, quand ils entendirent :

    — Hey boss !

    L'agent et son consultant se retournèrent et découvrirent alors Cho et Rigsby. Lisbon lança aussitôt un regard menaçant à Jane qui voulait dire : pas un mot du malaise, compris ?

    Jane baissa les yeux et fourra ses mains dans les poches de sa veste. Lisbon l'aurait-elle intimidée ?

    — Qu'est-ce qui se passe ? demanda Rigsby sentant l'atmosphère lourde dans la pièce.

    — Rien, répondit Lisbon un brin d'agressivité dans la voix.

    Cho et Rigsby s'interrogèrent du regard, puis se tournèrent vers Jane, qui resta muet.

    — J'ai trouvé ça !

    Tout le monde se tourna vers le légiste qui venait de réapparaître avec une barre de chocolat. Rigsby fronça les sourcils quand il la tendit à Lisbon.

    — Merci, répondit-elle en la lui arrachant presque des mains. On a tout ce qu'il nous faut, on y va.

    Sur ce, Lisbon passa la porte et s'éloigna, sous les regards curieux de ses agents. Cho se tourna alors vers Jane et lui demanda :

    — Qu'est-ce que t'a encore fait ?

    — Rien ! répondit Jane en levant les mains innocemment. Je vous jure.

    Il baissa la tête, hésitant à continuer. En même temps, ils avaient le droit de savoir… Il inspira alors profondément et avoua :

    — Lisbon a fait un malaise…


LAurore  (14.09.2010 à 19:29)

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