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Série : The Mentalist
Création : 13.04.2011 à 14h58
Auteur : sdamons
Statut : Terminée
« L'idée est venue en voyant Lisbon et Jane courir sous la pluie dans la saison 1. Je me suis demandée ce qui se passerait si Lisbon n'ouvrait pas la porte... » sdamons
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Affaire d’Etat
-Enfin Lisbon, arrêtez de bouder, c’était une plaisanterie ! supplia Jane pour la troisième fois consécutive.
Il enleva sa veste pour la mettre sur sa tête, se protégeant au mieux de la pluie qui commençait à s’infiltrer dans son cou après avoir inondé ses cheveux. Il donna un autre coup sur le carreau du SUV de Lisbon mais elle ne prit même pas la peine de tourner la tête vers lui. Elle lisait un dossier sans sourciller, seul le fait qu’elle n’ait pas changé de feuille en dix minutes indiquait qu’elle ne lisait pas vraiment.
Elle avait les traits tirés, comme à chaque fois qu’elle était contrariée par son agaçant consultant. Ses cheveux longs entravaient un peu la vue de son visage, mais Jane aurait juré la voir sourire.
-Vous n’allez tout de même pas en faire une affaire d’Etat ? tenta-t-il encore. Ouvrez-moi, je vais être malade et vous serez obligée d’être mon infirmière personnelle !
Il la vit secouer la tête à travers la vitre, signifiant clairement ce qu’elle pensait de ses menaces.
-Vous êtes vraiment mal lunée quand vous vous y mettez ! pesta-t-il.
Cette fois elle tourna la tête vers lui pour le fusiller du regard. Il se contenta de lui faire une légère grimace. Elle détourna le regard et retourna à son dossier.
-Lisbon ! Il fait froid ! se désespéra le blond. J’aurai bien pris un taxi mais à une heure du matin, en banlieue, c’est rare, et mon téléphone est à l’intérieur. ... Lisbon !
Il soupira, maudissant la jeune femme. Il tourna les talons pour observer les alentours mais les maisons étaient toutes éteintes et Lisbon ne le laisserait jamais aller déranger les habitants, il alerterait le suspect qui comprendrait qu’il était surveillé. Elle serait capable de le menacer, il en était sûr. Elle était rarement en colère à ce point, il avait battu un record de plus.
Tout de même, il n’aurait jamais imaginé qu’elle ouvre la porte et le pousse dehors juste pour une remarque de travers. En plus, il avait mal à la cuisse sur laquelle il s’était réceptionné, il soupçonnait qu’un bleu se soit formé, et puis, il avait affreusement froid et il détestait la sensation de la pluie glissant le long de son dos, détrempant sa chemise.
-Je vous présente mes excuses Lisbon, je suis désolé, se résigna-t-il finalement.
Elle fit un geste de la main lui signifiant au combien elle se fichait de ses pseudos-excuses.
-Oh allez, où est votre sens de l’humour ? reprit-il. Je ne disais pas que vous étiez frigide, je faisais remarquer que vous aviez une légère tendance à évincer les avances de tous… Il y a une nuance.
Elle se tourna vers lui, lui offrant un magnifique regard noir. Malgré la pluie et son agacement, il trouvait fascinant qu’elle puisse avoir une conversation avec lui sans dire un mot. Il comprenait tout de son langage corporel, comme s’il avait un décodeur intégré.
-Vous êtes quelqu’un d’adorable Lisbon –enfin, en ce moment non, vous êtes plutôt une peste– mais en temps normal, vous êtes vraiment sympathique, et pas du tout frigide.
Il sut à l’instant même où il la vit se crisper qu’il n’aurait pas dû préciser ce qu’il pensait de son attitude, et il comprit vite son erreur lorsqu’il se prit la portière dans le ventre. Il se plia en deux et fut donc incapable de retenir la porte avant que la brune ne la referme.
-Lisbooon ! se plaignit-il. Je suis blessé en plus d’être malade maintenant, c’est de la non-assistance à personne en danger !
Elle secoua la tête, se moquant éperdument de son état.
-Vous allez me laisser ici jusqu’à ce que l’équipe de relève arrive ?
Elle ne bougea pas, il fut pris d’un doute.
-Vous ne comptez tout de même pas me laisser dehors toute la nuit en repartant sans moi ?
Elle sourit, ravie d’entendre une profonde appréhension dans sa voix.
-Ok Lisbon, je ferai ce que vous voudrez si vous me laissez rentrer dans la voiture, je rajoute la lune si vous montez le chauffage à fond, marchanda-t-il.
Elle leva les yeux au ciel mais se pencha pour lui ouvrir la porte. Il soupira de soulagement et sauta sur le siège passager en fermant rapidement la porte, frigorifié. Lisbon ne fit d’abord aucun commentaire, mettant le contact le temps d'activer le chauffage, puis elle remarqua qu’il dégoulinait.
-Vous mettez de l’eau partout, lui reprocha-t-elle.
-A qui la faute ? rétorqua-t-il dans un regard mauvais.
Elle ne put s’empêcher de rire, fière d’elle.
-Ne vous plaignez pas, j’étais à deux doigts de vous laisser ici.
-On ne me dira plus jamais que l’orgueil d’une femme n’est pas dangereux, grommela-t-il. Vous n'auriez pas une serviette ?
-Si si dans mon sac, avec mon sèche-cheveux et ma douche, ironisa-t-elle.
-Vous auriez pu prévoir que vous me alliez me jeter dehors.
Elle préféra ne pas répondre à l’attaque. Il soupira et enleva son pardessus avant de le jeter à l’arrière avec sa veste.
-Eh ! protesta-t-elle, vous allez ruiner mes sièges !
-Vous m’avez ruiné la santé, ce n’est que justice, répliqua-t-il.
-Non ça s’appelle de la vengeance !
-Il y a une différence ?
Elle le détestait quand il était aussi sournois, et elle le lui fit savoir d’un regard noir.
-Il y a des jours où je me demande vraiment pourquoi je vous garde dans mon équipe, grommela-t-elle en croisant les bras.
-Oh pitié, rétorqua-t-il avec de la moquerie mêlée à de l’exaspération dans la voix, vous savez très bien pourquoi, tout le monde le sait.
-Vous résolvez des affaires, et après ? Vous tuez mes nerfs.
Il roula des yeux tout en se penchant pour retirer ses chaussures puis ses chaussettes, trempées.
-Vous comptez vous déshabiller entièrement ? le railla-t-elle.
-Nous en venons donc à ce fameux pourquoi, répondit-il, un sourire ravageur aux lèvres.
-Pardon ?
Elle haussa un sourcil, sceptique, alors qu’il riait légèrement.
-Oh allez Lisbon, vous pouvez le dire maintenant plutôt que de vous cacher derrière votre excuse habituelle du « vous résolvez des affaires ».
-Pourquoi j’ai l’impression que ça ne va pas me plaire ? soupira-t-elle en attrapant le reste de son café, le finissant au passage.
-Vous me gardez parce que je vous plais, tout le monde le sait.
Elle s’étouffa avec sa dernière gorgée de café puis le dévisagea. Elle finit par éclater de rire.
-Honnêtement, c’est votre meilleure plaisanterie ? dit-elle lorsqu’elle se fut calmée.
-Je ne plaisantais pas, et votre rire m’offense profondément.
Ce fut à son tour de rouler des yeux alors qu’elle jetait un coup d’œil à sa montre.
-Rappelez-moi de ne plus jamais accepter que vous m’accompagniez pour une planque.
-Si c’est un jour de pluie, je n’y manquerai pas, rétorqua-t-il, acide.
Elle se contenta de rire légèrement puis reprit son dosser alors que Jane se recroquevillait sur lui-même pour gagner un peu de chaleur, toujours trempé et frigorifié.
Une bonne demi-heure de silence passa, Jane s’était un peu détendu malgré le froid et Lisbon avait fini par reposer son dossier pour observer le quartier désert.
Le silence fut rompu par un éternuement de Jane.
-Génial, pesta-t-il.
Elle se tourna vers lui et accueillit d’un léger sourire le regard mauvais qu’il lui lança.
-C’est votre faute et vous souriez ?
-… On dirait que je vous ai refroidi vous aussi, se contenta-t-elle de lancer, revancharde.
-Et après ça vous venez me faire la leçon sur la vengeance, marmonna-t-il dans une grimace.
-Vous n’êtes pas mort, s’exaspéra-t-elle.
-Mais je suis en bonne voie grâce à vous !
-Je vous paierai un médecin.
-Hors de question que j’aille voir un médecin, se buta-t-il.
-Bien, restez malade.
-Vous êtes sans cœur.
-Vous voulez retourner dehors peut-être ?
Elle eut droit à un nouveau regard noir, mais la joie d’avoir remporté la joute était bien trop forte pour qu’elle s’en formalise.
Le silence revint, ponctué par quelques rares éternuements de Jane. Il finit par ouvrir la boite à gants, à la recherche de mouchoirs. Lorsqu’il eut fini son premier paquet, Lisbon commença à se sentir un peu coupable. Elle se tordit la bouche, lui jetant un regard désolé, mais il ne le vit pas, bien trop occupé à se retenir d’éternuer.
-Je m’arrêterai chez moi avant de vous ramener au CBI, l’informa-t-elle sans le regarder, un peu gênée.
-Pourquoi ça ? répondit-il d’une voix où la fatigue commençait à poindre.
-J’ai un médoc contre le rhume dans ma pharmacie, très efficace.
-On sent les remords hein ? triompha-t-il.
-Je peux aussi oublier de m’arrêter chez moi, coupa-t-elle sans le regarder.
Il ne put s’empêcher de sourire légèrement, il savait qu’elle ne le ferait pas. Le laisser dehors sous la pluie, oui, mais le laisser tomber sévèrement malade par sa faute, jamais.
Il l’observa un instant, elle était concentrée sur la maison du suspect, comme toujours sérieuse dans son travail. Il allait retourner à sa tentative de gagner un peu de chaleur lorsqu’il remarqua un détail qui le gênait.
-Lisbon ? l’appela-t-il d’une voix peu sûre.
Elle se tourna vers lui, surprise qu’il l’appelle pour lui parler alors même qu’ils étaient dans la même voiture, seuls.
-Vous… Votre… Vous avez des boutons de défaits, marmotta-t-il en pointant sa poitrine tout en regardant ailleurs.
Elle rougit légèrement et s’affaira à reboutonner les fautifs. Elle fronça finalement les sourcils.
-Dîtes-moi Jane, comment avez-vous remarqué ? s’enquit-elle, suspicieuse et beaucoup moins rouge.
-Comment j’ai remarqué quoi ?
-Mes boutons, comment avez-vous remarqué qu’ils étaient défaits ?
Il soutint son regard avec la même aisance habituelle, et pourtant, elle le sentit se tendre presque imperceptiblement.
-Je n’y crois pas, sourit-elle, le visage illuminé. Ça vous arrive souvent de me dévorer du regard ? se réjouit-t-elle.
-N’exagérons pas, répliqua-t-il en levant les yeux au ciel, un peu embarrassé.
-Ne niez pas, vous n’auriez pas pu le remarquer si vous n’étiez pas en train de m’observer, insista-t-elle, moqueuse.
Pour une fois, elle avait une occasion de se moquer de Jane, c’était ça ou être vraiment gênée… Ce qu’elle serait probablement, à la réflexion, une fois seule. Mieux valait profiter de la situation pendant qu’elle le pouvait encore.
-Vous n’aviez qu’à ne pas porter un soutien-gorge rouge, ça attire le regard, on ne voit que ça, rétorqua-t-il, aussi bougon que de mauvaise foi.
Elle rougit légèrement, mais la tentation était trop forte.
-Vous vous enfoncez en disant ça, vous en êtes conscient ?
-Le rouge est criard, ça attire le regard, se buta-t-il.
-Faire des rimes ne changera pas la situation, vous m’observez souvent ?
-Vous êtes insupportable ce soir vous le savez ?
Elle se prit à rire, c’était de l’inversion de rôles où elle ne s’y connaissait pas. Ça lui plaisait, beaucoup. La sensation de contrôler la situation plus que Jane c’était… grisant.
Il éternua bruyamment, pestant au passage, puis adressa un regard courroucé à l’horloge numérique de la voiture.
-La relève devrait être là depuis un quart d’heure, ils dorment ou quoi ?
-Il est trois heures du matin Jane, pour une minute de plus ou une de moins, nous ne sommes pas pressés.
-Vous non, moi si, je dois me soigner parce que vous avez eu la brillante idée de me laisser dehors sous une pluie battante, répondit-il avec humeur.
-Mais où est donc passé l’enthousiasme de Patrick Jane ? le railla-t-elle. Je ne vous ai pas demandé de venir, ni de m’insulter.
-Je ne vous ai pas insultée.
-Mais oui, vous n’avez pas non plus observé mon décolleté.
Il croisa les bras, buté, et préféra ne pas répondre.
-Patrick Jane se tait… Vous avez conscience que je ne vous laisserai jamais oublier ce moment ?
Il se tourna vers elle, un léger sourire amusé.
-Vous êtes une maniaque du contrôle, lui fit-il remarquer.
-Vous n’êtes pas le mieux placé pour dire ça.
-Je suis malade, c’est ma meilleure attaque.
Elle allait rétorquer avec humour lorsqu’une voiture s’arrêta à leur hauteur. Lisbon mit le contact pour ouvrir la vitre et saluer les agents. Elle leur fit un rapide rapport, leur souhaita bien du courage, puis les laissa se garder devant son SUV.
-Réjouissez-vous, on rentre, annonça-t-elle à Jane en passant la marche arrière.
-Vous n’oubliez pas de vous arrêter chez vous hein ? s’inquiéta-t-il alors qu’elle prenait la route du retour.
-Mais non je n’oublie pas.
-Bien, sourit-il, ravi à l’idée de rejoindre un endroit chaud. Je pourrai dormir sur votre canapé ? ajouta-t-il.
-Vous avez une maison, signala-t-elle.
-J’ai aussi de la fièvre, c’est généralement ce qui arrive quand on se retrouve dehors, sous la pluie, dans le froid, coincé, gelé…
-J’ai compris c’est bon, coupa-t-elle, je vous trouverai un duvet.
Jane sourit, ravi, et bascula sa tête contre le siège, fermant les yeux.
-Merci Lisbon, je me sens déjà mieux, murmura-t-il.
Elle lui jeta un rapide coup d’œil, quittant la route des yeux le temps d’observer son sourire malicieux. Elle regarda à nouveau la route et un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Elle savait par avance qu’il se vengerait, il se vengeait toujours, mais ce bref instant où elle avait été en contrôle… Elle y avait pris goût.
Elle inscrivit dans un coin de sa tête que faire mine de prendre mal les remarques de Jane pour le mettre dans une position d’infériorité était définitivement un bon plan.
A l’avenir, elle ferait de la moindre allusion… une affaire d’Etat.
Fin