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Série : The Mentalist
Création : 01.07.2011 à 01h30
Auteur : domibleue
Statut : Terminée
« Inspirée d’un spoiler lâché par Bruno Heller , cette fic propose une « suite alternative ». Lisbon et son équipe vont user des méthodes peu orthodoxes de Jane pour le sortir de prison ... » domibleue
Cette fanfic compte déjà 17 paragraphes
Chapitre 1 – Dingue.
Sacramento. Prison du comté. 72 heures après le drame
Jane pénètre dans le hall réservé aux visites réglementées du quartier de Haute Sécurité, escorté de près par un gardien qui le pousse par intermittence, sans ménagement.
Ils suivent le couloir qui longe les boxes équipés de vitres blindées, qui sépare les prisonniers de leurs visiteurs. La pièce paraît plus étendue quand elle est vide, comme maintenant. Il a droit à une « session personnelle ».
Sous étroite surveillance étant donné son état « d’ex-évadé », même s’il a été légalement libéré depuis, il porte la combinaison orange des prisonniers spéciaux. Les plus dangereux, les plus sensibles, ceux sur qui on doit toujours avoir l’œil. Menotté, pieds et poings, et enchaîné, il bénéficie définitivement du régime de sûreté maximale. La tête basse, il marche lentement. Pas seulement à cause de ses entraves, semble-t-il. Il a le souffle court, comme si respirer lui était douloureux.
« Il a une mine terrible ! » se dit Lisbon en le voyant passer la porte.
Il a maigri. La blondeur de sa fine barbe de trois jours ne masque pas l’estafilade qui surmonte sa pommette tuméfiée. Sa lèvre inférieure est éclatée à la commissure. Il a pris des coups.
Une ride barre le front de Teresa. Elle souffre pour lui. Elle qui allait plutôt bien en arrivant, en dépit de son bras en écharpe et de son épaule endolorie. Un frisson lui parcourt le dos. Il n’est là que depuis hier !
Elle peste intérieurement contre LaRoche qui lui fait endurer un traitement injuste et démesurément sévère depuis trois jours. Deux jours d’une garde à vue musclée au CBI et d’un interminable interrogatoire, à répéter son histoire, menotté à sa chaise, sans dormir ; sans presque rien à manger ni à boire, qu’un paquet de chips et une canette de soda. Lui qui aurait tant aimé une bonne tasse de thé pour se réconforter. Il en a été privé jusqu’à ce matin, à la prison, où on lui a donné le choix, au petit déjeuner.
Et maintenant ça. Elle réprime une grimace de dégoût. Soupire à la recherche de la meilleure contenance à prendre, pour qu’il ne se rende pas compte à quel point elle se sent coupable de l’avoir laissé se fourrer dans le pétrin, à ce point.
Il relève la tête et aperçoit la jeune femme, qui lui sourit, l’air désolé. Il lui renvoie un pauvre sourire, entre étonnement et soulagement. Lisbon, enfin !
Il ne l’a pas vue depuis les évènements. Même pas parlé.
Il prend une profonde inspiration et exhale un soupir douloureux en s’asseyant face à son interlocutrice, qui s’est déjà emparée du téléphone.
Installé, il prend le temps de la regarder droit dans les yeux et lui adresse cette fois un sincère sourire de contentement. Il décroche le combiné et souffle :
- Lisbon, comme je suis heureux de vous voir. Comment ça va ?
- Mieux que vous on dirait.
Rétorque Teresa du tac au tac en hochant la tête, une moue significative aux lèvres.
Qu’est qui vous est arrivé ? Je croyais que vous entreteniez de bons rapports avec vos codétenus.Tente-t-elle avec ironie.
Mais le cœur n’y est pas. Son inquiétude retenue derrière ses lèvres pincées déborde par ses yeux, braqués sur le visage de son ami, abîmé par la fatigue et les mauvais traitements.
- Oh, les détenus ça va. Répond-il en haussant une épaule.
- Quoi ? Vous voulez dire que c’est un gardien qui vous a fait ça ? s’indigne sa boss, qui redevient tout à coup un flic pur et dur.
Ils n’ont pas le droit de faire ça ! Il faut …
Patrick l’interrompt d’un léger signe de tête, en esquissant un « chut » discret. Ce n’est pas très pratique avec les menottes, il doit tenir le téléphone à deux mains. Il les tient assez haut sur sa poitrine, ce qui semble le gêner par moment. Il porte le combiné tout près de sa bouche et chuchote :
- … ce que je veux dire, c’est que le sol est glissant ici, et que les portes sont très lourdes. Calmez vous Lisbon, laissez-moi gérer ça … Ne vous inquiétez pas.
- Ne vous inquiétez pas. Vous en avez de bonnes ! Vous vous êtes regardé !
Elle lance un regard furibond au gardien qui se tient dix pas derrière le prisonnier, l’air détaché.
- … ça n’est pas grave. Insiste-t-il.
Il y a plus sérieux en ce moment …
Il hésite un instant, puis sourit.
L’important c’est que vous soyez là. J’avais peur que vous ne vouliez plus me parler.
- Vous aviez ?...
Lisbon hausse les épaules et le regrette immédiatement. L’effet des anti douleur arrive à son terme. Elle va avoir besoin d’une nouvelle dose. Elle hoche la tête.
Non, explique-t-elle.
Si je ne suis pas venue au CBI, c’est parce qu’on me l’a interdit. Personne de l’équipe n’a été autorisé à vous voir, ni même à vous contacter, avant d’avoir été entendu. Ils ont tenu à tous nous interroger.
- Ah … et ça y est ? C’est fait ? s’inquiète-t-il.
C’est vrai qu’il a été étonné de ne voir ni Cho, ni les autres lui rendre visite, ni même l’appeler. Au moins pour le rassurer sur l’état de santé de Teresa. Encore un coup bas de LaRoche.
- Mouais … maugrée Lisbon.
Et l’équipe est toujours consignée. Je suis ici uniquement parce que j’ai promis à LaRoche de vous convaincre de lui parler. … Mais de quoi ? Il a dit que vous comprendrez.
Elle s’approche de la vitre et scrute le regard bleu de Jane, épargné de justesse par un œil au beurre noir.
- Qu’est- ce qui se passe entre vous ? cherche-t-elle à comprendre.
Pourquoi a-t-il fait durer votre interrogatoire aussi longtemps ? Vous aviez pourtant tout avoué, non ? C’est quoi ce manège ???
Jane détourne le regard et tente d’échapper à l’inquisition. Il baisse les yeux, mais sent que ceux de Lisbon restent obstinément pointés sur lui. Elle jauge sa blessure à la joue, estime sa souffrance au rictus que lui tire chaque respiration un peu appuyée. Osant à peine imaginer les circonstances exactes de l’agression.
- C’est … c’est un peu compliqué, Lisbon.
Souffle-t-il en se rappelant les heures passées à se faire harceler par LaRoche cherchant à lui extirper à tout prix des informations sur ce qu’il savait de « son secret ». « Je saurai vous faire craquer ! » avait-il promis, alors qu’il n’avait rien à lui dire.
Son coup de bluff à propos du « fameux tupperware » avait coûté cher à Jane. Des heures de supplice dans la froide cellule du CBI, dont il refuse de se plaindre, pour les avoir supportées avec son flegme légendaire. Pourtant encore en état de choc après ce qu’il venait de commettre.
Tout cela s’était passé comme dans un film. A la limite de l’hystérie, LaRoche s’était bien gardé de le toucher, mais son agressivité, ses menaces, et sa façon de l’interroger l’avait affecté plus qu’il ne voulait l’admettre.
- Mais je suis rassuré. C’était dur de ne pas savoir … On ne m’a rien dit … pendant tout ce temps … dit-t-il gravement.
Histoire de changer de conversation. Pourtant, il entend encore LaRoche refuser de lui répondre quand il le suppliait de lui donner des nouvelles de la blessée. Il a tout essayé pour le fragiliser. L’humiliation, l’épuisement …
Je n’avais aucune idée de votre état. J’étais inquiet.
Reconnaît-t-il.
Je ne savais pas si vous étiez gravement blessée ou si vous m’en vouliez …
Lisbon dodeline de la tête un « Non » désabusé.
- Parce que, croyez-le ou non, la seule chose que je regrette dans tout ça … c’est de vous avoir déçue. Confesse-t-il.
Elle lâche un soupir bruyant pour le détromper.
- Déçue. Répète-t-elle.
Ah ça c’est sûr. Ce que vous avez fait était complètement dingue ! Et oui j’étais en colère quand je l’ai su. Et oui, je suis triste de vous voir derrière les barreaux. Et dans un tel état …
Elle le toise de bas en haut, croise son regard penaud et s’arrête sur ses menottes trop serrées. On lui fait décidemment subir un régime particulièrement dur.
Mais si vous pensez que je vous en veux d’avoir tué cette ordure … et que je vais vous laisser tomber pour ça, alors là oui, vous me décevez ! Comment avez-vous pu croire un instant qu’on allait vous lâcher ? Cho est dans tous ses états de vous avoir laissé tout seul avec ce … monstre.
Vous avez débarrassé la planète d’un épouvantable fléau. On devrait vous donner une médaille !
La remarque lui extorque un sourire. Jane relève les yeux vers elle.
- Je ne peux même pas invoquer la légitime défense. Lâche-t-il avec sérieux.
Ils n’ont pas retrouvé son arme. Pourtant je vous le jure Lisbon, il avait un flingue !
- Je sais. J’ai lu votre déposition. Souligne-t-elle.
Je vous crois. Ils n’ont pas trouvé trace de mon appel dans son téléphone, non plus. Pourtant je l’ai entendu.
- A moins que ce ne soit quelqu’un d’autre … Vous étiez blessée … vous avez pu être abusée par les propos entendus … LaRoche et Bertram prétendent que je cherche juste à me couvrir. Ils vont vous crucifier. Dire que vous feriez n’importe quoi pour m’aider. Le procureur se fera un plaisir de les suivre. Pour eux, je suis un meurtrier, rien d’autre. Ils ne sont même pas sûrs qu’il s’agisse bien de John Le Rouge.
Il serre les dents. Se remémore avec horreur les dernières secondes de leur conversation. Dire qu’il a été le dernier à les toucher. A les sentir … en vie. Les larmes lui montent aux yeux.
- Quelqu’un a forcément échangé les téléphones et récupérer l’arme. Lance Lisbon pour le sortir de ce souvenir abominable.
Quelqu’un est forcément derrière tout ça. Affirme-t-elle avec conviction.
On cherche à vous piéger. Il y en a plus d’un que ça arrangerait de vous voir pourrir derrière les barreaux !
- Ou alors, ils ont raison … j’ai halluciné.
Dit-il, comme dans un nuage.
Je n’ai pas menti Lisbon, je le promets. Mais … si j’avais imaginé tout ça …
- Vous n’avez rien imaginé Jane. Tente-t-elle de le rassurer.
Jane ! Elle hausse le ton en le voyant partir, les yeux dans le vague.
Il se ressaisit. Soupire en hochant la tête.
- J’ai l’impression de devenir fou, Lisbon. Lâche-t-il.
- C’est vrai que tout le monde se pose la question. … Après tout, c’est peut-être un bon système de défense qu’en pensez-vous ? c’est évident que vous n’étiez pas dans votre état normal. … ça se plaide un truc comme ça, non ? Vous y avez réfléchi ? L’audience préliminaire a lieu demain. Vous devez réagir!
Ils se regardent en silence pendant une minute.
- On ne vous laissera pas tomber, Jane. Réaffirme-t-elle.
Je vous assure qu’on sera là pour vous soutenir. On a déjà été trop absent. On vous a laissé tout seul au pire moment. Je m’en veux pour ça.
Finit-elle par avouer.
On fera tout ce qu’il faut. On va vous sortir de là ! C’est promis.
On va vous trouver le meilleur avocat de la ville. Du pays même.
Quelques heures plus tard, au fond de sa cellule, Jane est allongé sur sa paillasse. Les mains croisées derrière la tête. Ses poignets portent la marque des menottes qu’on lui inflige à chaque déplacement. Il respire doucement, pour ne pas trop solliciter les côtes qu’on lui a chatouillées. Il y a bien longtemps qu’il n’avait passé de pire moment.
Les yeux rivés au plafond. Il se repasse en boucle les paroles de Teresa.
« On fera tout ce qu’il faut ! On va vous sortir de là ! »
C’est un tel réconfort qu’il en oublierait presque les heures graves qui ont précédé.
Il espère que ce doux mantra et la voix de Lisbon dans son oreille vont lui permettre de s’endormir. C’est peine perdue. Le film des dernières soixante douze heures écoulées va se dérouler à nouveau dans sa tête. Et le maintenir éveillé toute la nuit.
Le quartier sécurisé est plus silencieux que le reste de la prison. Les gars enfermés là sont tous silencieux et pensifs. Les murs des cellules plus épais. Seule résonne dans sa tête la détonation des trois coups de feu qu’il a tirés. Impossible de revenir en arrière. Il va devoir affronter son destin. Il est entre les mains du Juge Hildred s’est empressé de lui annoncer son gardien avec un plaisir non dissimulé. Un juge avec qui il a déjà eu maille à partir, un procureur qui a une dent contre l’équipe. La journée du lendemain s’annonce difficile pour tout le monde.
A suivre … Chapitre 2 – Le Choc
Chapitre 2 – Le choc
72 heures auparavant.
Centre commercial Pinewood. Sacramento.
Californie
Cho et Rigsby quittent le parking du centre commercial sur les chapeaux de roues. Le quatre-quatre fonce à vive allure pour rejoindre la voie rapide. Dans leurs oreillettes ils captent Jane qui envoie balader Bertram et se met à parler au téléphone. Au volant Kimball prête une attention modérée aux chuchotements de Patrick dans son oreille. Il a compris qu’il tentait de joindre Lisbon pour la prévenir du danger.
« Tant qu’il parle avec le parton, c’est qu’elle va bien. » pense-t-il.
Rigsby se débarrasse vigoureusement de son écouteur qui rebondit sur son épaule et se met à pendouiller. Les grésillements indiquent qu’ils ne tarderont pas à perdre le signal.
- J’appelle Grace.
Il attrape son téléphone et recherche nerveusement le numéro enregistré. Le temps de réponse leur paraît une éternité. Finalement Grace décroche et explique brièvement la situation à ses collègues. O’Laughlin est mort, il a assassiné les deux adjoints du sheriff et Lisbon est blessée, mais ça va aller. Elle a appelé les secours. Hightower et les enfants n’ont rien.
En moins de dix minutes ils ont rejoint la grande route.
- On sera là très vite.
La rassure Rigsby, tandis que chuinte à leur oreille la conversation saccadée de Jane avec John Le Rouge, sans qu’ils en aient la moindre idée. Tout à coup, les crépitements se font plus sonores. Comme une pétarade.
- Qu’est que c’était que ça ? s’inquiète Cho, l’écouteur toujours au fond de l’oreille.
On aurait dit des coups de feu.
Il se tourne vers Rigsby qui interprète les sons de la même manière. Cho fait une embardée. Et stoppe la voiture sur le bas côté.
- Jane qu’est-ce qui se passe ? Lance-t-il dans son micro.
Jane, tu m’entends !!!
Trop loin, le contact est rompu. Les deux hommes restent interdits une minute. Tendant l’oreille au cas où …
- Rappelle le patron. Décide Cho.
Au centre commercial, c’est la panique. Des gens courent en tous sens en hurlant, d’autres se couchent par terre ou se mettent à l’abri derrière des plantes. Patrick sort doucement le revolver de sa poche encore fumante et le dépose délicatement sur la table, avant de s’asseoir calmement.
D’un geste lent il reprend sa tasse et finit de déguster son thé. Il avise la serveuse et lui demande la note. Mais elle s’enfuit terrifiée. Qui pourrait la blâmer. Sans se démonter, il tire quelques billets de la poche de son gilet et paye sa dette. Il prend une ultime gorgée de thé, sa dernière d’homme libre. Et toujours lentement met ses mains derrière la tête, en apercevant les deux gardiens du centre, armes au poing, qui l’encerclent avec affolement et le mettent en joue.
- Pas un geste! hurle le plus nerveux.
- Je ne bouge pas. Soupire Jane.
Restez calme. Je n’ai pas l’intention de résister.
- C’est ça reste tranquille !
- Je vais coopérer. Assure Patrick sans se départir de son calme.
- Fais pas le malin ! rétorque le gardien.
C’est son premier meurtre. Il ne s’attendait pas à un truc pareil.
- Ecoutez. Je sais de quoi ça a l’air. Mais c’est plus compliqué que ça … tente Jane.
- Silence ! Tu n’as pas d’autre arme ? Interroge le gars, limite en panique.
Lève-toi … en douceur …
Fouille-le! Adresse-t-il à son équipier.
Jane s’exécute lentement. Sans geste brusque, il veut mettre ses mains en l’air.
- Laisse tes mains comme ça ! ordonne le pseudo flic en prenant de l’assurance.
Le second larron passe derrière lui et fouille Patrick au corps.
- Pas d’arme. Rend-il compte.
- Non, je n’ai pas d’autre flingue. Mais vous trouverez ma carte dans cette poche.
Indique-t-il de la pointe du menton.
Je vous le dis. Ca n’est pas ce que vous croyez. Ce type est un tueur.
Il y a encore quelques minutes, il faisait l’objet d’une opération de
police. Je suis du CBI. Vous pouvez vérifier.
Tandis qu’il s’explique le gardien dans son dos lui attrape les poignets et le menotte avec brutalité. Il manifeste un sursaut de douleur, tandis que celui-ci continue sa fouille. Il extirpe la carte du gilet de Jane.
- C’est vrai. C’est un flic.
Confirme-t-il en tendant le badge à son collègue, qui l’avise en brandissant toujours son arme sous le nez de son prisonnier. Le gardien continue sa palpation et découvre le système d’écoute. Il lui retire son micro. Et l’écouteur qui va avec.
- Consultant. Précise Patrick, en hochant la tête un sourire crispé aux lèvres.
Bien sûr, vous pouvez me laisser les menottes si vous y tenez. Grimace-t-il.
Mais je vous assure, je ne vais pas chercher à fuir.
Les deux hommes, interloqués, échangent un regard circonspect. Ils n’en reviennent pas du calme de ce gars-là. Ah les flics, quel sang froid !
Sur la grand-route du comté. A quelques kilomètres de là.
Cho écoute attentivement les ordres de sa patronne au téléphone. L’air grave il encaisse les reproches. Lisbon est furieuse.
- Bon dieu mais qu’est-ce qui vous a pris de le laisser seul, sans couverture ! Retournez vite voir ce qui se passe ! Et ne le laissez plus seul ! Rendez-moi compte au plus vite !
A l’autre bout du fil, Lisbon à demi allongée sur un brancard est transportée dans l’ambulance. Elle raccroche en soupirant et tend le téléphone à Grace.
- C’est la merde. Souffle-t-elle. J’espère qu’il n’est pas blessé.
- Ou pire. Renchérit Grace avec appréhension.
Les deux jeunes femmes échangent un regard égaré. Ça devait finir comme ça.
Au Centre Commercial, l’heure suivante.
Rigsby et Cho se précipitent sur le cordon de police en brandissant leur insigne. Le planton les laisse passer mais un officier vient leur barrer la route.
- Vous ne pouvez pas passer. Les invective-t-il.
- Nous sommes du CBI. Objecte Cho. Cet homme est notre collègue.
Soulagé de voir Jane debout, même menotté, il laisse échapper un soupir. Il contient son impatience. Et observe son ami à cent mètres de là, près d’une voiture de patrouille gyro tournant, encadré par deux solides gaillards, faisant face à JJ LaRoche, visiblement satisfait.
- Vous êtes les agents Cho et Rigsby. Continue le policier, la main levée au niveau de la poitrine de Kimball.
Ces messieurs aimeraient vous parler …
Il désigne deux hommes en costume qui ont tout l’air d’être du FBI ou bien des affaires internes.
Wayne et Kimball comprennent qu’ils ne pourront pas lui parler. Apprendre de sa bouche ce qui vient de se passer. Ils vont devoir se contenter de la version officielle.Probablement bidon !
Ils répriment tous les deux un sentiment de colère. Regardent impuissants Jane se faire embarquer, après une courte conversation devant la voiture, durant laquelle ils voient le visage de leur ami se décomposer, à l’écoute de ce qui semble être une menace sérieuse. Le sourire de LaRoche glace le sang, tandis que le regard de Patrick en dit long sur ce qui l’attend.
Un des gorilles, un chauve à barbichette, empoigne Jane par le coude et le pousse vers la porte arrière. Il pose la main sur sa tête et l’assoit dans le véhicule. Il le pousse vers le milieu tandis que son binôme les rejoint de l’autre côté. Cerné de la sorte, il ne risque pas de s’enfuir. LaRoche monte à l’avant.
- Vous allez devoir nous suivre. Leur dit un des hommes pour toute forme de salut.
L’épreuve est rude pour toute l’équipe dans les heures qui suivent.
Interrogés, Rigsby et Cho sont suspendus et sommés de rester à la disposition des affaires internes, qui attendent l’agent Van Pelt avec impatience. Celle-ci a accompagné sa supérieure à l’hôpital, et doit se présenter incessamment ; tandis qu’Hightower, encore sous le coup d’un mandat d’amener était placée, elle aussi en garde à vue.
Tous vont devoir s’expliquer sur l’étrange stratagème qui a conduit à un tel désastre.
Bertram arrive au service, où Wayne et Kimball sont restés aux ordres. Wayne déglutit bruyamment à son entrée. Appuyé contre un classeur, il se redresse, presque au garde à vous. Assis derrière son bureau Cho lève les yeux vers le grand patron qui anticipe sa réaction.
- Vous ne pourrez pas le voir ! réplique-t-il à sa question silencieuse.
Nous devons tirer tout ça au clair avant. Vous êtes tous suspects dans cette affaire ! Vous avez usé de méthodes non réglementaires et je ne veux pas prendre le risque de vous voir couvrir un meurtrier !
Les deux hommes n’ont pas de réponse censée à opposer à cette accusation, somme toute fondée. Ils préfèrent garder le silence. Baisser les yeux et soupirer.
- Vous êtes libres, néanmoins. Se radoucit Bertram. L’agent Lisbon a émis le souhait de vous voir. Et ça, je ne peux l’interdire. Mais prévenez-là. Elle sera elle aussi entendue. Et c’est un préambule…
- Oui Monsieur. Acquiesce Cho en se levant.
Il empoigne sa veste sur le dossier de la chaise et sort promptement de la pièce suivi par Wayne, qui jette un regard furtif à Bertram avant de le rattraper dans le couloir.
Hôpital Général de Sacramento. Chambre 19.
Sous l’effet des médicaments Lisbon semble calme mais elle laisse tout de même échapper sa colère et en remet une couche, sur la pitoyable prestation de ses hommes. Elle leur en veut terriblement d’avoir laissé ainsi Jane se débrouiller seul face au danger. Elle ne comprend pas ! Sincèrement désolés, les deux hommes encaissent sans broncher. Ils ne comprennent pas plus. Cet enchaînement des circonstances n’aurait jamais dû se produire.
- Ce qui est fait est fait. Conclut-t-elle
Maintenant, il va falloir assumer. Où est-il ?
- Ils l’ont enfermé dans une cellule en bas. C’est LaRoche qui se charge de l’interrogatoire. Je le sens pas. S’inquiète Cho.
- Ils sont tous hyper nerveux. Intervient Rigsby en parlant des affaires internes.
Et sacrément agressifs ! Grace va passer un sale quart d’heure.
- Elle vient d’y aller. Se désole Teresa, le regard anxieux.
Il n’a pas demandé un avocat ? reprend-elle, en cherchant le moyen de sortir Jane du pétrin.
- On ne sait pas. Répond Cho, affligé.
On ne sait rien. Ils l’ont embarqué manu militari, sans qu’on ait eu le temps de rien. Ils le gardent au secret. Je ne sais pas ce qu’il a demandé ou pas. J’ai peur qu’ils ne respectent pas ses droits … mais je ne peux pas le prouver. Et dans notre situation …
- Ça va, ça va … l’interrompt Lisbon, agitant sa main valide en un geste d’apaisement.
C’est certain, nos cartes sont plutôt mauvaises … mais on va trouver un moyen … même si on doit se la jouer à la Jane …
Pendant ce temps, au CBI, Grace Van Pelt passe effectivement l’un des plus mauvais moments de sa vie. Loin de se préoccuper de sa carrière, elle esquive les menaces des enquêteurs qui comptent bien ne pas la lâcher à propos de ses rapports avec l’agent O’Laughlin, qui s’avère en fait, ne pas être celui qu’il prétendait.
Il existe bien un agent O’Laughlin sur les listes du FBI mais, âgé de quatre-vingt six ans, celui-ci coule une paisible retraite en Floride.
Jane quant à lui est traité comme l’ennemi numéro un. Les hommes de LaRoche sont de véritables brutes. Ils ne l’ont pas frappé, mais chaque fois qu’ils le touchent, c’est avec une extrême rudesse. Ils serrent si fort les menottes qui le tiennent attaché à sa chaise, qu’il ne sent bientôt plus ses mains. Il résiste tant bien que mal en usant de son pouvoir de relaxation. Mais c’est difficile. Ils ne lui laissent pas une minute de répit. LaRoche est bien décidé à lui faire dire tout ce qu’il sait. Malheureusement pour lui, il ne sait pas grand-chose. Il va leur paraître courageux, bien malgré lui. Car il ne saura pas répondre, en dépit de l’épouvantable pression.
Pendant des heures, Lisbon, Cho et Rigsby échafaudent des plans susceptibles de les sortir de l’ornière. Ils n’ont rien d’autre à faire. Ils ont les mains liées. Les garçons brûlent d’agir, mais leurs possibilités sont réduites. Et ils ont plus d’un problème !
Lisbon craint que le choc de sa confrontation avec John Le Rouge, et le point final qu’il vient de mettre à leur tragique destin commun, n’enlève à Jane toute velléité de se défendre. Toute volonté, tout court. Il pourrait bien se saborder ! Accepter de passer le reste de sa vie en prison, pire même, faire en sorte d’être condamné à mort.
Le pessimisme de Teresa effraye ses subalternes qui l’encouragent à se ressaisir. Jane a besoin d’elle. Ils ont besoin d’elle !
Quand le téléphone sonne, elle sort de son délire maniacodépressif et leur adresse un sourire un peu piteux. Cho décroche le combiné et lui tend. Elle se rengorge avant de répondre.
- Teresa ! Comment ça va ? lance Mashburn à l’autre bout du fil, d’une voix blanche.
Je viens d’apprendre ce qui s’est passé. Vous allez bien ?
- Walter … souffle-t-elle, un peu décontenancée.
Elle lance un regard gêné à ses amis, qui comprennent qu’il est temps de la laisser. Ils prennent silencieusement congé tandis qu’elle leur sourit, le visage plus clair.
Leur conversation ravive l’espoir en elle. Mashburn lui est très attaché. Certes, il ne peut pas rentrer d’Europe dans l’instant. Il n’est pas sûr d’ailleurs que cela aurait le meilleur effet. Mais il lui assure tout son soutien. Il va lui envoyer son meilleur avocat. Il a bien l’intention d’épauler Jane.
- Je sais à quel point il compte pour vous. Je ne suis pas jaloux. Tente-t-il avec ironie.
Je l’aime bien moi aussi, vous le savez. Ce qu’il a fait … hésite-t-il …
Un léger silence ponctue une petite minute de réflexion pour tous les deux. Teresa se mord la lèvre. Les larmes aux yeux.
Ce qu’il a fait … répète-t-il, est extrêmement courageux.
Complètement aberrent mais sacrément gonflé. Je l’en croyait capable,
mais sincèrement, je pensais que vous l’aviez convaincu que la
vengeance n’était pas la meilleure option.
C’est un choc pour tout le monde. On va le sortir de là, Teresa.
Je vous le promets. On en a les moyens je vous rassure.
J’en ai les moyens ! Et je ne vous laisserai pas
tomber, ni l’un ni l’autre …
à suivre : Chapitre 3 - La Défense
Chapitre 3 – La défense
Prison du Comté. Sacramento.
- Alex Caldridge est un pénaliste hors pair. Le meilleur avocat que je connaisse. Et c’est un ami. Il prendra bien soin de Patrick, je vous assure.
Pourtant très loin de ses amis Walter Mashburn s’investit à cent pour cent dans la résolution de « leur problème ». Au téléphone avec Lisbon, il imagine sa triste mine.
- L’audition préliminaire est programmée demain à 16 heures.
S’inquiète-t-elle, en passant le portail, saluée par la sentinelle, à qui elle répond d’un signe de tête courtois.
Votre homme sera prêt ?
- Alex est très compétent. Il a déjà pris connaissance de quelques éléments du dossier. Il verra Jane demain matin. Pour le préparer. Et vous, vous l’avez vu ? Comment va-t-il ?
- J’en sors à l’instant. Il n’a pas le moral. Se désole Lisbon.
Il croit qu’il a perdu la tête.
- Hum … Elle l’entend pouffer discrètement.
… En fait, il l’a bel et bien perdue ! Raille-t-il.
Mais rassurez-vous Teresa, Caldridge lui, a la tête bien sur les épaules. Et il va se charger de lui remettre les idées en place. Faites-moi confiance.
Elle soupire bruyamment en rejoignant Cho à la voiture. Sans le moindre commentaire, il lui ouvre la portière et l’aide à s’installer, effleurant à peine son bras meurtri. Teresa grimace, ajuste son atèle en remuant l’épaule.
Elle le laisse monter avant de lui désigner du menton son flacon de pilules, sur la plage avant. Cho acquiesce, s’empare d’une petite bouteille d’eau et lui prépare une dose de calmants.
- Attendez une minute. Adresse-t-elle à Mashburn en posant son téléphone sur le tableau de bord.
Elle pique les deux cachets dans la main de Kimball qui lui tend la bouteille. Elle les gobe, boit une gorgée, avale et reprend son portable. Cho esquisse un sourire discret, rebouche la bouteille, la range et démarre.
- L’important c’est qu’il joue le jeu. Reprend Walter à l’autre bout du fil. Je sais ce que vous craignez. Alex est un pro. Il va le convaincre de se laisser défendre. Il est déprimé pour le moment et c’est bien normal. Mais quand il verra à quel point vous vous démenez tous pour lui … Il reprendra courage, croyez moi.… C’est un garçon solide. Il est passé par tellement d’épreuves …
Il va y arriver. Vous verrez ! Il faut la jouer stratégique …
- J’ai bien tenté quelque chose … soupire Lisbon.
… Pour le motiver. Mais je regrette. J’ai peur que cela ne fonctionne pas. Il est vraiment mal.
Elle jette un regard embarrassé à Cho. Qui lui renvoie une moue déconfite. Il fait mine de ne pas écouter et se concentre sur sa conduite.
Walter réfléchit un instant. Il est à bout d’argument pour la rassurer.
- Quoi que vous fassiez Teresa, il saura que vous l’avez fait pour son bien. Ça devrait lui mettre du baume au cœur. Dit-t-il d’une voix douce.
- Merci. Répond Lisbon, un peu réconfortée.
Merci pour tout ce que vous faîtes Walter.
- Hey ! C’est mon ami à moi aussi ! C’est bien normal. Après tout, vous m’avez bien aidé vous aussi, tous les deux. C’est un juste retour des choses. Vous n’avez pas à me remercier Teresa. Je le fais pour Patrick, parce que je l’apprécie. Vous savez à quel point. … Ce gars-là, il vaut mieux l’avoir dans son camp !
Il perçoit le souffle de son amie au bord du sanglot.
Faîtes-moi plaisir Teresa. La prochaine fois que vous verrez Patrick, si vous le pouvez, embrassez-le. Et dîtes lui bien que cette accolade est de ma part. Vous voulez bien ? Faîtes lui comprendre à quel point il est important qu’il vive et combien de personnes comptent encore sur lui. Il n’osera pas mourir de chagrin, encore une fois.
Teresa est touchée. Ce que Walter vient de dire est si gentil. Ce gars est aussi barré que Jane a-t-elle toujours pensé. C’est pour ça qu’ils s’entendent si bien, au fond.
- Teresa ? Walter s’inquiète de son silence.
- Oui. Elle sort de son absence, un peu troublée.
Oui, je lui dirai. Répond-elle.
Je dois vous laisser maintenant. S’excuse-t-elle.
Merci encore Walter.
Elle l’entend soupirer en signe de désapprobation.
Non, sincèrement. Je vous remercie.
- … ça n’est rien Teresa. Je voudrais tant pouvoir faire plus. Etre là …
- Merci. Au revoir.
Elle ne lui laisse pas le temps de s’épancher. Elle a eu son lot d’émotion pour la journée.
Prison du Comté de Sacramento. Le lendemain matin.
- Debout Jane !
Allongé sur son lit, les mains posées sur sa poitrine douloureuse, Jane sursaute. Il a encore en mémoire l’accueil violent qu’il a reçu l’avant-veille, et se demande à chaque instant ce qu’on lui réserve.
Il soupire. Cherche à gagner un peu de temps en faisant semblant de dormir. Mais derrière ses paupières closes, il se remémore son arrivée.
Ça avait plutôt bien commencé. Après deux jours et demi entre les griffes de LaRoche et ses sbires, il pensait que rien ne pouvait lui arriver de pire. Après la traditionnelle et minutieuse fouille, il avait revêtu la combinaison orange des prisonniers à surveiller de près. Il avait été conduit en salle commune le temps de lui attribuer une place. Et avait eu le plaisir d’y retrouver Beau, son ancien compagnon de cellule. Un répit de courte durée.
- Hé un revenant ! L’avait même salué le caïd qu’il avait aidé à arrêter la colle.
Ils ont fini par te remettre la main dessus, on dirait. Avait-il blagué.
Qu’est-ce que t’as fait cette fois, t’as pissé sur les pompes de ton patron ?
- Déconne pas. Avait soufflé Beau, avec un air conspirateur.
Il vient de flinguer le psychopathe qui a buté sa famille.
- Wouah, avait répondu l’autre admiratif.
Je t’aurais pas cru capable de faire le coup.
- Qui sait ce qu’on est capable de faire … avant de se trouver au pied du mur. Avait répondu Jane avec philosophie.
- Prisonnier Jane ! La voix du gardien avait claqué dans son dos comme un coup de fouet.
La main sur la crosse de son arme, il avait congédié les deux détenus.
- Barrez vous !
Les mains dans le dos ! Commanda-t-il fermement. Avant de le menotter, de manière particulièrement brutale.
Vous n’avez rien à faire ici. Vous êtes à l’isolement.
Je vais vous expliquer … On va faire petit un tour.
Il l’avait poussé sans ménagement jusque dans le couloir en lui intimant l’ordre de se taire. Et conduit jusqu’au quartier de sécurité où il avait fait ouvrir une cellule.
- Je vais t’expliquer comment ça se passe.
Avait-t-il murmuré sur un ton équivoque, en lui ôtant les menottes. Incroyable, même dans ce geste, il s’était arrangé pour lui faire mal. Il lui arracha presque l’épaule en le tournant pour lui faire face. Jane reconnut tout de suite le gardien qu’il avait floué, lors de son évasion. Il soupira, pas vraiment fier.
Tu me reconnais, hein ? Susurra le bonhomme, un petit sourire sadique aux lèvres.
L’isolement ça veut dire que tu seras fouillé à chaque fois que tu rentreras dans ta cellule.
Explique-t-il en le bousculant au fond. Il le retourne et plaque ses mains contre le mur. Lui écarte les jambes à coups de pieds. Et le fouille avec précaution avant de lui mettre un coup de poing dans le dos, qui le cloue au mur et lui arrache cri. Il l’étouffe en lui collant une main sur la bouche, tandis qu’il maintient fermement de l’autre, ses poignets rassemblés au dessus de sa tête. Il se tient tout près de son oreille et lui souffle :
Ça veut dire aussi que tu seras fouillé et menotté chaque fois que tu en sortiras. Tu as compris ?
Il le retourne et le plaque à nouveau contre le mur. Sa tête heurte le revêtement de béton, lisse et froid. L’abject personnage dégaine son bâton de défense et lui colle sous le menton. Il lui écrase la trachée en prenant soin de lui laisser juste assez d’air pour bien apprécier l’instant.
Tu as compris? Répète-t-il, fou de rage.
- Oui. Répond Jane en suffoquant.
- Oui Chef ! Explose son tortionnaire. On dit : Oui Chef ! Tu as compris ?!
- Oui … chef … souffle Jane alors que l’autre relâche un peu la pression.
- C’est bien. Sourit-il.
Il lui balance le tonfa dans les côtes. Jane s’écroule. Il glisse le long du mur en gémissant.
Ça c’est pour le blâme que m’a valu ton escapade.
Jane lève les yeux pour voir s’abattre son poing sur son visage.
Ça, c’est pour les primes annulées pendant un an !
Son bourreau est un spécialiste, il porte au doigt une lourde chevalière qui lui entaille la joue.
Il ne s’en tient pas là. Alors qu’il est à terre et sans défense, l’homme en colère s’approche doucement de lui, tourne la chevalière vers l’intérieur et lui décoche une gifle cinglante. Le sang gicle de sa lèvre qui éclate sous le coup.
Et ça, c’est pour que tu comprennes bien que t’es pas en vacances ici. Je t’aurais à l’œil. Vomit-il dans un grognement, en le prenant par le col.
Pas question que tu me rejoues la fille de l’air. C’est bien clair ?
Jane attend le prochain coup en haletant. Mais il ne vient pas. Le gardien est calmé.
C’est clair ? Répète-il plus fort.
- Oui. Répond Patrick entre deux hoquets. … Chef.
L’homme s’est écarté, l’air réjoui. Il attrape la serviette de toilette et la lui jette au visage.
- Bien. Sourit-t-il avec satisfaction.
Lave-toi la figure. Et mets-toi au lit. T’es à la diète ce soir. T’as mal au ventre.
Il rengaine son bâton et rajuste son uniforme, tandis que Jane gît sur le sol, à bout de souffle, recroquevillé dans le coin au fond de la cellule, comme un animal aux abois.
Avant de sortir il se retourne doucement.
Ah, et s’il te venait à l’idée d’aller te plaindre. Saches que quoi que tu racontes, la version officielle c’est toujours « Bagarre entre détenus ».
T’avises pas de me mettre mal à l’aise. Compris ?
Tremblant, Jane avait hoché la tête. Il avait eu son compte.
Le jour suivant, il l’avait manipulé le plus durement possible. Ne tenant pas compte de ses blessures. Ou plutôt si. Appuyant toujours là où ça fait mal. Après la visite de Lisbon, il s’était radouci. Avait même été aimable en lui apportant le repas du soir. Un classique chez les sadiques. Alterner punition et récompense. Il était mal barré.
- Aller … j’sais bien qu’tu dors pas.
Le gardien tapote les barreaux avec son bâton.
Ouvre la 13 !
La porte glisse. Il entre à pas feutrés. Jane se raidit quand il lui pose le bâton sur le ventre.
Comment ça va ce matin ?
OK. Tu connais la procédure. Assis !
Jane se relève doucement. Il déglutit avec difficulté. Et s’assoit au bord du lit, mains en avant. Il n’ose pas regarder le type, de peur de lui donner une raison de le frapper. Celui-ci le toise avec cynisme. Il laisse échapper un rire narquois en lui passant les menottes. D’abord les poignets, puis les chevilles, au bout de la chaîne. Cette fois il ne serre pas fort.
Ça va comme ça ? demande-t-il sur un ton doucereux.
Debout. Ton avocat est là.
Il le tourne vers la sortie. Le fouille, délicatement. Il lui met la main sur l’épaule, presque amicalement.
Aller, on y va. Lui murmure-t-il à l’oreille gentiment. Détends-toi.
Jane soupire. Ah, bien sûr, il ne lui fera pas de mal. Pas si bête ! Son comportement sera même exemplaire aujourd’hui. Devant son avocat, pour ce matin, il laissera tranquille.
Patrick apprécie la trêve. Et cet après-midi, il passe devant le juge. Il n’ose pas penser à ce qui se passera s’il le renvoie ici.