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Bloody Snow

Série : The Mentalist
Création : 15.12.2012 à 22h38
Auteur : zazazou 
Statut : Terminée

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Le médecin se pencha au dessus de moi, me cachant la vue. J'aurai voulu voir le visage de Lisbon.

Les secousses sous les roues du brancard étaient désagréables. Elles réveillaient des douleurs que je ne soupçonnais pas.

Ils me montèrent dans l'ambulance, et chacun s'installa à son poste.

Je fermais les yeux quelques secondes, et me revoyais des années en arrière.

Ils m'avaient sûrement sédater. Pourtant je ne m'étais pas défendu. J'étais complètement catatonique. Voir arriver des bonhommes habillés en blanc n'avait pas arrangé les choses. Ils m'avaient terrorisé.

La science croyait pouvoir tout guérir. Je refusais qu'ils me guérissent et m'enfermais très loin. Leurs armes me terrifiaient. Toutes ces piqûres ne m’aidaient pas à refaire surface.

« -Monsieur Jane, est-ce que ça va aller ? -me demanda l'infirmière »

J'ouvris les yeux. J'avais encore trouvé le moyen de me faire embarquer par les bonhommes en blancs.

« -Super. Génial. Merci beaucoup !-raillais-je
-Monsieur Jane, nous allons vous soigner. Vous vous sentirez beaucoup mieux après. Est-ce que vous avez mal ? -demanda-t-elle, gentiment »

L'infirmière avait l'air très gentille. J'aimais beaucoup la couleur foncée de sa peau et ses cheveux marrons. Cette femme est un chocolat. Est-ce qu'ils ont commencés à m'envoyer la dose d'antalgique ou je délire tout seul ?
Quoi qu'il en soit, je ne me laisserais pas amadouer.

« -Non. Pas du tout. »

Le médecin à côté de moi hocha la tête de gauche à droite.

Une secousse dans l'ambulance m'arracha un cri de douleurs. Je n'avais pas pu m'en empêcher.

Lisbon aurait pu monter avec moi... Enfin, je suppose qu'elle veuille veiller sur Eloïse...

L'infirmière m'injecta quelque chose, et je sombrais.

Je détestais tout ces docteurs et autres gens en blouse blanche. Ils prétendaient me guérir. Ils avaient toujours un produit miracle à injecter.
Et si je ne veux pas guérir hein ?
J'ai le droit de vouloir mourir avec ce qui m'est arrivé. Personne ne me comprend. Tous se croyaient surpuissant. Et voilà que j'arrivais, et détruisais toutes leurs illusions.
Mes tortionnaires essayèrent tout un tas de techniques. Sans succès. Ils ne pouvaient pas m'atteindre.

Un jour, ils m'envoyèrent une femme.

« -Vous avez vécu quelque chose de terrible. Je comprends votre douleur. Nous allons arrêter tous les traitements et vous laissez tranquille. Je viendrais vous voir tout les jours, pour parler avec vous. »

J'ai cru que j'allais pleurer.

Prrrouu... Prrrouu... Prrrouu... Prrrouuu...

Un bruit de marteau-piqueur interrompait ma petite introspection.

J'ouvris un œil et lâchais un juron.

« -Ne bougez pas Monsieur Jane, nous n'avons pas terminé l'examen.-cracha une voix dans un haut-parleur »

Je retiens mes envies de meurtres.

« -Pouvez-vous me rappeler ce que je fais ici s'il-vous-plaît ?-demandais-je, en essayant de me contrôler
-Nous vous avons expliqués l'examen pourtant. Taisez-vous et ne bougez-plus. »

L'IRM, imagerie par résonnance magnétique, avait permis de grandes avancées médicales. Le corps humain, passé sous cette machine, était censé ne plus avoir aucun secret.
Pour moi, c'était une machine à laver qui faisait un bruit horrible. Je plaignais les pauvres sardines en boite.

J'étais très à l'étroit là-dedans. Je ne pouvais pas m'enfuir. Je ne pouvais pas respirer. Est-ce que j'avais de l'air au moins ?
Et pourquoi il y a autant de blanc partout ?! Pourquoi les hôpitaux sont-ils blancs ou jaune pâle ?

Je veux sortir d'ici ! Au secours !!

Ils ne me faisaient pas sortir. L'IRM continuait de percer mes tympans. Je me sentais très seul.

« -Est-ce qu'il y a quelqu'un?-demandais-je, fatigué
-Oui. Je suis toujours là Monsieur Jane. Arrêtez de bouger s'il-vous-plaît.
-Est-ce que je peux sortir ?
-Attendez, nous n'avons pas encore fini.-répondit le haut-parleur
-J'arrive pas à respirer là-dedans.-me plaignis-je
-S'il-vous-plaît... Patientez quelques minutes encore. On a eu beaucoup de mal à démarrer l'IRM. »

Je lâchais un autre juron. Je détestais cette situation.

« -Monsieur Jane?-demanda une voix, hors du caisson.
-C'est bien moi.
-Comment vous sentez-vous ?-demanda une femme
-J'ai envie de hurler. Je peux ?
-Je vous sens anxieux. Une amie à vous attend dehors. Voulez-vous que je la fasse rentrer ?
-Oui ! Bien sûr ! »

Une porte claqua.

« -Jane ? Est-ce que ça va ?-demanda Lisbon »

J'étais tellement content de l'entendre que je l'aurai embrassé.

« -Moi, ça va toujours.
-Tant mieux. Comment te sens-tu ?
-Très bien. Où es-tu ? Je ne te vois pas. »

J'aperçus sa tête entre mes pieds.

« -Oh. Je te vois d'une manière assez drôle.-dis-je »

Elle sourit.

On me sortit enfin de l'IRM quelques temps plus tard.
Je n'attendis pas les résultats. Pas besoin d'avoir fait médecine pour savoir que j'avais pris un mauvais coup.

Ah, tiens, mon bras droit est dans une attelle. C'est nouveau ça.

« -Comment avance l'enquête ?-demandais-je à Lisbon »

Une infirmière nous raccompagnait dans ma chambre. J'ignorais le fauteuil roulant qu'elle me proposait.

« -Il a commis deux nouveaux meurtres. Le dernier nous laisse penser qu'il y a un lien avec ton kidnapping. »

Ah oui, le fameux cadavre qui me ressemblait.

Nous arrivons dans ma chambre.

« -Pas besoin de t'enfuir. Le docteur a dit que tu pouvais sortir, si quelqu'un gardait un œil sur toi. »

Quelle bonne idée. Je me prépare de ce pas.

Elle me laissa m'habiller et la rejoindre dans sa voiture.

« -On retourne au CBI ?-demandais-je
-Bien sûr. »

Lisbon était tendue et stressée. Il y avait beaucoup de circulation.

« -Quelle heure est-il ?-demandais-je
-12h. Tu me l'as déjà demandé il y a deux minutes. »

Euh... D'abord l'IRM et ensuite l'heure...

« -Tu es sûre ? -demandais-je, avec hésitation
-Oui. J'en suis sûre. »

Elle était beaucoup trop normale. Je veux dire, elle m'a assommée et menottée pour que j’aille à l'hôpital. Et elle ne dit rien alors que je présente une défaillance.
« -N'aurais-tu pas oubliée de me dire quelque chose ? -demandais-je
-Hum... Je ne vois pas... Ah si. Tu as une luxation à l'épaule. Nous nous arrêterons à la pharmacie, pour prendre tes médicaments. »

L'attelle était composée d'une bande autour de mon cou, une bande autour de mon torse et une bande qui maintenait mon bras plié en angle droit contre mon thorax. Autrement dit, je suis encore menotté.
J'ai intérêt de résoudre cette affaire très vite. Je sens que je ne vais pas apprécier cette situation très longtemps.
Lisbon non plus d'ailleurs. Quelque chose la préoccupait.

« -Quels médicaments ? -demandais-je
-Pour la douleur.
-Pas besoin. Je peux gérer la douleur.
-Tant mieux. Il y a beaucoup trop de bouchons pour moi. »

Lisbon ne souriait pas. Son visage montrait sa préoccupation. Qu'est-ce qui peut la mettre dans un état pareil ?
Il y a quelques jours, elle s'inquiétait pour moi jusqu'à me frapper pour m'envoyer à l'hôpital, et là rien... Bon, heureusement que j'ai une petite réserve de médicaments chez moi... Je dois sûrement avoir tout ce qu'il y a sur la prescription...
Qu'arrive-t-il à Lisbon ?

Un avocat : non, je n'ai pas encore porté plainte
Un témoin ne parlant pas : j'arrive pour le faire parler
Soucis familial : peut-être, son histoire est assez difficile
Moi : elle n'a pas pu retrouver le chemin que j'ai emprunté pour retourner chez elle

Enquêtons.


zazazou  (25.06.2013 à 14:01)

« -Comment vont tes frères ? -demandais-je
-Très bien. Pourquoi ? »

Concentrée sur la route, elle leva néanmoins son sourcil gauche pendant une seconde à peine. Perplexité. Ce n'était pas ça.

« -C'est bientôt Noël. Tu devrais passer un moment avec eux. Je n'ai pas envie que tu t'inquiètes pour moi.-expliquais-je »

Elle expira pendant trois secondes, le temps de réfléchir à ses paroles.

« -Je m'inquiète pour toi, c'est normal. Tu te mets toujours dans les pires ennuis. Je devrais t'attacher. -dit-elle, soucieuse
-Je te promets de rester calme pour Noël. Je te dois bien ça. -promis-je, en souriant »

Mais évidement, Lisbon penserait que chaque être humain a le droit de passer les fêtes avec les personnes qu'il aime, que ce sont des moments de célébrations où l'on ne doit pas rester seul... Blablabla...

« -Et si tu venais avec moi ? Je suis sûr que ça te ferait du bien. »

Et voilà, qu'est-ce que je disais. Ne pas crier victoire tout de suite. Il y a peut-être autre chose.

« -D'accord.-répondis-je »

Lisbon était arrêtée à un feu rouge. Il passa au vert. Ma réponse manqua de la faire caler.

« -C'est vrai ?!-s'exclama-t-elle
-Accélère au lieu de garder ton pied sur l'embrayage... »

Lisbon évita le calage, la honte suprême lorsqu'il y avait tout une file de véhicules en colère derrière soit.

« -Oui, c'est vrai. Comme ça, je te ferais un cadeau.-continuais-je, malicieux
-Un cadeau ?! Oh pitié, pas devant mes frères ! »

J'éclatais de rire. Lisbon riait aussi.

« -Quelque chose de très compromettant !-assurais-je
-Non... Tu fais ça, et je t'enferme en cellule de dégrisement !
-Je n'ai pas peur de vous, Teresa Lisbon !
-Ou pire... Je te torturerai.
-Oh non ! »

Je l'avais rendu plus joyeuse. Mais elle était toujours soucieuse. Deux options. La famille, ou moi. Peut-être avait-elle peur de réunir ses frères et de se souvenir de son passé. Dans ce cas, son angoisse serait différente... Enfin je pense. Lisbon est une femme complexe.

« -Van Pelt n'a pas réussi à tracer le chemin que j'ai emprunté pour venir chez toi, n'est-ce pas?-lançais-je
-Non. Elle n'a pas pu le faire.-avoua-t-elle
-Aucun problème. Avec un plan de la ville, je peux le retrouver.-lui assurais-je
-Ah oui ? »

Pourquoi fait-elle toujours la tête ? Famille sûrement. Et si elle m'avait demandé de venir fêter Noël avec elle parce qu'elle avait peur de quelque chose ?

« -Lisbon, je viens de penser à une surprise pour toi, pour Noël.-lâchais-je »

Ses yeux s'éclairèrent. Ah, j'ai réussi... Je l'ai rassuré.

Nous arrivons au CBI quelques temps plus tard.

Cho, Risgby et Van Pelt étaient surpris par mon retour. Ils me croyaient mort.
Lisbon décréta qu'une réunion d'équipe serait une bonne idée. Je lui proposais d'inviter les autres personnes qui collaboraient avec eux.

Chacune vint me serrer la main, en se présentant.

Le premier homme :

« -Bonjour, je suis Mark Johnson. Ravi de vous voir sain et sauf.-dit-il à voix basse »

Pendant la poignée de mains.
Costume marron foncé, aucune touche de couleurs claires : ne veut pas attirer l'attention
Ligne du regard assez basse, il ne veut pas me regarder dans les yeux
Apparence soignée : soucieux du regard des autres
Poignée de main : timide.

Après la poignée de mains.

Individu introverti. Pas la carrure assez solide pour vouloir me tuer.

Individu blanc, cheveux bruns, quarante sept ans (à peu près), visage rond et difforme (sort d'une maladie). Aucun bijou (introverti).
Il a des kilos en trop, et mesure environ un mètre soixante.
Peau et dents ternes.


Le deuxième : Alan Reyes

« -Monsieur Jane, ravi de vous rencontrer.-dit-il d'une voix assurée

Pendant la poignée de mains.

Tenue de sportif
Poignée de mains énergique
Me regarde : sûr de lui
Sourit : confiance en soi

Après.

Homme de trente cinq ans. Marié, deux enfants. Malheureux en amour mais heureux aux jeux, étant donné qu'il a de jolies bagues en or et un beau collier du même métal autour du cou. Si seulement sa femme pouvait voir la trace de rouge aux lèvres dans ses cheveux... Il a les pupilles dilatées, prouvant qu'il a eu une bouffée d'endorphines il y a peu de temps. Sa maîtresse est probablement quelqu'un du CBI.
Sa peau et ses dents sont en bons états.
Carrure athlétique.

Il semble avoir assez de force pour réussir à maîtriser quelqu'un de mon gabarit. Cette piste est à tester.

Troisième personne : carrure et voix d'un de mes kidnappeurs, le fameux Ulric Meyer.

« -Monsieur Jane, je suis heureux de vous voir en si bon état. »

Sa poignée de mains m'écrasa les doigts.

Visage constellé de cicatrices, un vrai pirate
Aspect sévère
Gros fumeur et buveur : angiomes stellaires sur les joues montrant que son foie ne supporte plus ce régime
Sûr de lui

Bon sang, j'ai un mauvais pressentiment. Cet homme n'est pas normal. Il me file la chair de poule.

Je rompis le cold-reading. J'étais épuisé mentalement. Je m'échouais sur une chaise.
Lisbon commença à parler. Je me concentrais sur elle, pour repousser la vague de fatigue.

« -Je vais résumer les évènements, afin de permettre à Jane de se situer. »

J'avais plutôt envie d'un vrai lit. Pas un simple matelas, non, un vrai lit. Je crois qu'il faut que j'aille « emprunter » celui de Lisbon.
Oh, je vais manquer son discours si je continue à penser.

« -Nous avons donc un premier cadavre. Ensuite, nouvelle affaire. Jane se fait enlever... »

Hum... Lisbon sépare les meurtres causés par John le Rouge de mon kidnapping... Erreur... Les choses n'arrivent jamais par hasard...

« -Un autre cadavre, non identifié cette fois-ci.-continua Lisbon »

Non identifié ?!

« -Que veux-tu dire par là ?-demandais-je, perplexe
-Aucune carte d'identité. Le corps est en mauvais état. Le légiste a des difficultés à l'identifier.
-C'est une femme.-dis-je »

Ce n'était pas une question. J'étais en train de suivre un fil de pensées.

« -Oui, à priori.-répondit Lisbon
-Comment ça, à priori ? -demandais-je, perplexe
-Le corps est vraiment en mauvais état.
-Est-ce vraiment John le Rouge qui la tuée ?! -demandais-je, encore plus perplexe
-Tous les indices le prouvent. »

Soit. Admettons que John le Rouge ait tué cette personne. Pour quel motif ?

Je ne pouvais pas parler ici... Ils me regardent tous...

« - Tes kidnappeurs nous ont ensuite fait savoir, par le biais d'une photo de toi, qu'ils allaient te vendre au plus offrant. »

Voilà pourquoi John le Rouge a tué quelqu'un me ressemblant. Quelque chose n'a pas fonctionné dans leurs transactions.

« -Ensuite, il y a eu le cadavre qui te ressemblait.-continua Lisbon
-Le légiste l'a-t-il identifié?-demandais-je
-Non, pas encore. »

En partant du fait que mon enlèvement et John le Rouge soit lié, je peux en déduire des choses intéressantes.
D'abord, Ulric Meyer fait partie du clan de John le Rouge. Peut-être que ses collègues aussi.
Si j'arrive à le prouver, ce serait un bond en avant formidable dans l'enquête.

« -Jane, une idée ? -demanda Lisbon »

Je réfléchis quelques secondes.

« -J'ai peu de souvenirs de ce qui m'est arrivé. Et ils sont très flous. Je n'ai pas d'idées pour l'instant.-avouais-je, d'un air désolé »

Il me faut un plan pour démasquer mon kidnappeur.


zazazou  (21.07.2013 à 14:13)

La réunion se termina quelques minutes plus tard. J'avais eu assez d'informations. En revanche, eux non. Je ne leur avais rien donné. Puis je devais admettre que mon hypothèse avec les atlas et les photographies de gens célèbres était ridicule. Aucune organisation ne revend des gens célèbres dans le monde entier... Sur le moment, elle me semblait plutôt pas mal mais avec un coup sur la tête tout semble normal.

Après réflexion, je pense plutôt qu'ils essayaient de me revendre à John le Rouge. Cela a déjà un peu plus de sens.

Je m'installais sur mon canapé, avec une bonne tasse de thé, et entrais dans une profonde réflexion. Personne ne me dérangea.

J'avais quelques idées en tête. Je devais commencer par apporter des preuves à Lisbon, et l'éloigner de cet Ulric.

Lisbon vint me voir à la fin de l'après-midi.

« -Jane, comment vas-tu ?-demanda-t-elle
-Bien et toi ?
-Est-ce que tu as des idées par rapport à notre réunion ?-murmura-t-elle »

Nous étions seuls. Je hochais la tête, de haut en bas.

« -Aucune idée. Je ne me souviens de rien.-répondis-je
-Je pense que tu devrais être placé sous surveillance. Je préfère que tu restes chez moi jusqu'à que l'on trouve tes kidnappeurs.
-Aucun problème. Moi et ton canapé, on a rendez-vous. Par contre, il faudra que je passe chercher quelque chose chez moi avant.
-Bien. »

Elle repartit dans son bureau, soucieuse.
Lisbon ne se sentait plus en sécurité ici. Lui prouver que ses collègues sont des disciples de John le Rouge ne sera pas sans conséquences sur son moral. Je me souviens encore de la mort de Sam Bosco...

Je regardais les deux équipes évoluer ensemble, de mon canapé. Les rapports sociaux étaient équilibrés, le partage des tâches équitable.
Je réfléchis à la façon dont je pouvais piéger Ulric. Hum... Il faut que j'aille faire les courses.

Je me levais, dans l'intention de rejoindre ma voiture. J'avais oublié que je ne pouvais même plus attacher ma ceinture. Je devais trouver un moyen de compenser ce handicap.
Rigsby me jetait un regard interrogateur. J'allais me faire un thé.

La fin de la journée arriva rapidement. L'enquête n'avait pas avancé. Lisbon n'arrivait pas à obtenir des indices sur mes kidnappeurs. L'autre équipe n'avançait pas sur l'affaire de John le Rouge. Je parie qu'ils ont camouflé des preuves et des indices. Je devais donc pièger Ulric, réussir à « m'éloigner » de l'affaire, prouver la culpabilité des autres et remonter jusqu'à John le Rouge. Très bien.

Lisbon vint me chercher.

« -Et bien, tu rentres tôt aujourd'hui.-lui fis-je remarquer
-La petite nous attend. Cho est passé la prendre, il devait aller interroger un témoin dans le coin.
-Est-ce qu'on peut passer chez moi ? J'ai quelque chose à récupérer. -demandais-je
-Bien sûr. »

Je suivis Lisbon jusqu'à sa voiture. Elle appela Cho, pour lui demander de nous rejoindre devant chez moi.

Lisbon démarra la voiture. Je sentais que nous allions parler. Elle allait vouloir connaître mon plan.

« -Que penses-tu des deux affaires Jane ?
-Je pense que nous allons pouvoir attraper trois disciples de John le Rouge.-répondis-je
-Il me faut des preuves. Je ne peux pas arrêter quelqu'un comme ça, surtout un collègue.
-Tu en auras demain, pas d'inquiétude.-la rassurais-je
-Quel est ton plan ?
-Ah, un magicien ne dévoile jamais ses secrets ! »

Cho nous attendait devant chez moi, avec Eloïse.
Je les laissais discuter et entrais dans ma maison. J'aurais pu l'appeler : « mon chez moi », mais ce n'était plus possible avec l'horreur qu'il y a dans une des chambres.
J'ouvrais ma porte et entrais dans mon salon. Je vérifiais d'un coup d'œil que tout était à sa place.

Ce « tout » étant parfaitement normal, je partis dans un coin de la pièce, cachant par un rideau donnant l'illusion de camoufler une vitre. En réalité, le rideau dissimulait une porte qui amenait dans mon grenier secret.
L'endroit étant peu éclairé, je me cognais à ma boite de disparition avant de trouver l'interrupteur de la lumière.
Je regardais l'état de la pièce. Mon matériel de travail était rangé n'importe comment. Je ne l'utilisais presque plus, depuis que je me suis converti à 100% au mentalisme. L'endroit commençait à prendre la poussière.

Je pris un sac à dos et y glissais plusieurs petites choses. Puis j'attrapais mon manteau, pendu dans une armoire.
Je regardais une dernière fois la pièce, presque nostalgique, puis quittais la « magie », après avoir éteint la lumière.

Je rejoignis Lisbon et Eloïse. Elles avaient l'air surprises.

« -Jane, qu'est-ce que tu as fait ?!-s'étonna Lisbon »

J'étais couvert de poussières et d'autres matières que j'utilisais pour mes tours. C'est salissant le mentalisme, mine de rien.

« -Un petit peu d'archéologie.-répondis-je en souriant »

Je posais mes affaires et secouais mes vêtements. Mon pauvre costume était grisâtre.

Lisbon nous conduisit chez elle. Je passais la soirée à leur faire des petits tours de magie et à hypnotiser Eloïse.
Je devais faire le point avec Lisbon sur les avancées de l'enquête. Mais je suppose qu'elle s'en chargera demain. Van Pelt, Rigsby et Cho n'avaient pas eu de résultats aujourd'hui.
Je ne savais même pas ce qu'ils cherchaient. Tout ce que je voulais, c'était démasquer les complices de John le Rouge.
Je ne dormis pas cette nuit là.
Le lendemain, nous retournons au CBI.
Je laissais Lisbon pour aller faire une petite course, très importante pour la suite des événements.
Puis je montais rejoindre les deux équipes.

Celle d'Ulric faisait son rapport.

« -Le légiste examinant les victimes a établit qu'il manquait des éléments du mode opératoire de John le Rouge. Nous n'avons pas la seringue hypodermique, et les cadavres ne subissent pas les mêmes traitements. L'assassin les tue rapidement et ne s'attarde pas à les mettre en scène. Nous n'avons pas de preuves concrètes indiquant qu'il s'agisse de John le Rouge.-expliqua Ulric
-Et le smiley ? -s'étonna Lisbon
-Il est tout à fait réaliste, mais exécuté avec des gants en cuir usés. Les fibres du cuir se retrouvent sur plusieurs objets dans la scène de crime.-répondit Reyes
-Cela n'a aucun sens...-répondit Van Pelt »

Ils partirent sur des discussions sans queue ni tête pour savoir s’il s'agissait vraiment de John le Rouge ou pas.
Je trouvais cette discussion inintéressante. Je m'installais sur mon canapé et travaillais mentalement mon plan en place. J'étais quasiment prêt. Je passerai à l'action quand je trouverai le moment opportun.

Je l'attendais avec hâte, en m'aidant d'une énième tasse de thé.
Lisbon me prit la main dans le sac, en plein délit.

« -Jane ?! Combien de tasses de thé bois-tu par jour ?! »

Elle semblait soucieuse. Décidemment. Que lui arrive-t-il ?

« -Lisbon, j'en ai besoin !-avouais-je, d'un air théâtral
-Quoi ?!
-Et bien oui... Dans le thé, tu mets du sucre. Et moi, étant donné que je réfléchis beaucoup trop, j'ai besoin de plus de sucre ! »

Elle hocha la tête, comme si j'avais sorti une bêtise.
Le grand patron l'appela. Elle le rejoint dans son bureau. Peut-être la raison de son mal-être. Il faudrait que je cherche de ce côté là.

Je me réinstallais sur mon canapé. Ulric, ma cible n°1, travaillais sur un poste. Tous les autres étaient de sortie.
J'attendis que Lisbon rejoigne son bureau. Enfin... Le moment tant attendu...
Je me levais, attrapais un carnet, et retournais m'assoir. J'essayais péniblement d'en arracher un morceau de feuille, avec ma seule main valide.
Ulric assistait à mon manège. Je l'ignorais et notais quelque chose sur mon bout de papier. Ensuite, je le pliais plusieurs fois, pour stresser ma victime.
Puis j'interpellais Ulric.

« -S'il-vous-plaît. J'ai besoin de votre aide...-murmurais-je, effrayé
-Quoi ?! -s'exclama-t-il
-J'ai besoin de votre aide. »

Nous nous rapprochons. Il ne m'entendait pas très bien, il devait s'approcher. Et moi, je me mettais en scène.

« -Je me souviens. Je me souviens d'un indice capital.-repris-je »

J'avais piqué sa curiosité. Lisbon, qui travaillait dans son bureau, leva la tête de ses papiers. Oups...

« -Je connais le nom de mon kidnappeur. Je l'ai noté sur ce bout de papier. Il faut que vous m'aidiez à le faire tomber...-continuais-je, effrayé »

Il ouvrit le papier et lut le nom. Son visage changea d'expression. Il me haïssait maintenant.

Ulric sortit son pistolet et me tira dessus. Trois fois. Du liquide rouge alla tâcher le sol.

Je me sentis tomber à terre, et glisser dans un état de semi-conscience. La douleur m'emprisonnais et m'entraînais vers le fond. Je me laissais emporter, comme attiré par un aimant.

« -Jane ! Jane ! »

Je ne peux même pas sombrer tranquillement ...

« -Jane ! »

Hum... Je ferais peut-être mieux d'ouvrir les yeux avant de recevoir une gifle.

Lisbon se tenait au dessus de moi. J'imagine l'état dans lequel elle doit être.
Un violent étau me maintenait au sol. Je ne pouvais plus respirer. Des étoiles scintillaient devant mes yeux.
Des voix indistinctes m’appelaient. Désolé, je ne peux pas. Je ne peux vraiment pas.

Quelqu'un me délivra de mes entraves. Cho avait découpé les lanières de mon gilet pare balles. Je pouvais à nouveau respirer. Décidemment, il me sauvait toujours la mise.

« -Merci...-murmurais-je »

Je fermais les yeux, soulagé. J'inspirais et expirais lentement, plusieurs fois, afin de reprendre le contrôle de mon corps.
Mon pauvre cœur tambourinait comme un fou. Le peu d'oxygène que je lui apportais l'obligea à se calmer.

Quelques temps plus tard, je sortis un dictaphone de ma poche, appuyais sur « stop », et le tendis à Lisbon. Il était ensanglanté, mais ce n'est pas grave. C'était de l'art. Le comble de la magnificience. Et comestible en plus. Mon faux sang avait un bon goût sucré.


zazazou  (01.08.2013 à 18:42)

« -Tu as assez de preuves pour arrêter ce type...-murmurais-je »

Elle le prit, d'un air rageur. Lisbon m'en voulais de lui avoir fait si peur.

« -Ce n'est pas toujours Van Pelt, Risgby et Cho qui doivent prendre des risques pour moi...-murmurais-je, d'un air désolé »

Lisbon avait l'air moins en colère. J'espère qu'elle ne s'en voudra pas de m'avoir laissé me mettre en danger.

Van Pelt m'aida à me relever et à m'installer sur mon canapé.
Cela faisait tellement mal. Je n'ose imaginer le résultat sans gilet par balles. Je comprends l'état de Van Pelt lorsqu'elle s'était fait tiré dessus.

Cette dernière retourna à son poste de travail, non sans m'assurer que si j'avais besoin de quelque chose, elle me l'apporterait.

« -Tu n'essaierais pas de m'envoyer à l'hôpital ?-demandais-je, avec un petit sourire
-Non. Tu te rendras compte par toi même à quel point la douleur est horrible.
-Aucune chance. La douleur, c'est dans la tête. »

Elle sourit et retourna à son travail.
Je m'hypnotisais, afin de diminuer la douleur.
Quelques personnes tentèrent de me parler pendant l'après-midi. Peine perdue tant qu'ils ne savent pas comment me faire sortir de ma transe.
Lisbon réussit à me « réveiller » en fin d'après-midi. Elle m'avait pincé le nez pour que je ne puisse plus respirer.

« -Pourquoi tant de violence Lisbon ?!-m'exclamais-je
-Nous avons de nouveaux éléments pour l'enquête. Viens avec nous.
-Pars devant, je vous rejoins. »

Je me levais lentement. Toute l'équipe s'était réunie autour de la grande table circulaire.
Alan Reyes et Mark Johnson étaient là, le visage neutre.

« -Le légiste m'a envoyé les rapports concernant les trois corps de notre enquête.-commença Lisbon »

Elle posa les dossiers sur la table, devant elle. Je remarquais qu'elle les avait positionnés par ordre chronologique.

« -Nous avons donc Mary King. La cause de la mort est bien l'arme à feu. Nous n'avons pas de traces de lutte. Il semblerait qu'elle ait vue quelqu'un avant de mourir... »

Elle avait prononcé ces derniers mots avec précaution.

« -Pas d'ADN.-devina Van Pelt
-Non.-confirma Lisbon »

Il y eu un instant de silence.

« -Le mode opératoire de John le Rouge est quasiment complet. Il n'a pas utilisé le pistolet hypodermique par contre.-dévoila Lisbon »

Mary fréquentait donc John le Rouge...

« -La deuxième victime est une femme. Elle n'a pas été identifié...-continua Lisbon »

Je la coupais.

« - Fais-moi voir la photographie ?-demandais-je »

Elle me la montra.
« -C'est une serveuse travaillant à la pizzeria. Elle y travaille de temps en temps, pour gagner de l'argent afin de payer ses études.-expliquais-je »

Van Pelt me demanda le nom et le prénom. Je lui donnais.

« -Je me demande ce qu'il s'est passé dans ce restaurant.-dit Rigsby, d'un air songeur »

Ce restaurant a un lien avec John le Rouge. Peut-être que tous les employés peuvent me donner des indices. Ou alors, John le Rouge fait partie de l'équipe.

« -Je n'ai pas trouvé de déficit financier. Ils font un bénéfice correct.-précisa Van Pelt
-Quel est le mobile, si ce n'est pas l'argent alors ?-demanda Lisbon
-La drogue. J'ai trouvé deux grammes de cannabis dans la réserve, où Mary King a été tué.-annonça Reyes
-Pourquoi ne pas nous l'avoir dit plus tôt ?!-s'étonna Lisbon
-Je... Je l'ai trouvé aujourd'hui...-bafouilla-t-il »

Menteur.

« -Le restaurant n'est pas situé dans un territoire de dealers pourtant.-fit remarquer Cho »

Je savais que Mary ne touchait pas à la drogue. Et Antonio avait eu un problème dans son ancien restaurant à cause de ça. Je ne sais pas s'il accepterait que ses employés utilisent ces substances.
De plus, Alan Reyes ment.

« -Monsieur Reyes, Alan, si je peux me permettre...-commençais-je
-Oui, bien sûr, allez-y.
-Vous avez une femme, Alan.-constatais-je
-Oui. Comment le savez-vous ? Ah oui, mon alliance.
-Vous avez des enfants. -continuais-je, en jaugeant par rapport à son âge
-Bien sûr. »

Je notais ses paramètres « normaux », c'est à dire : « sans mensonges ».

« -Que connaissez-vous de John le Rouge ?-demandais-je
-Moins que vous.-répondit-il, en deux secondes »

Ah, je peux tenter un petit coup.

« -Pourquoi avoir camouflé des preuves ?-demandais-je
-Quoi ?! Mais ?! Je n'ai pas dissimulé de preuves.
-L'enquête est bancale !-rétorquais-je »

Le pauvre homme commençait à rougir. L'artère de son cou vibrait. Je souriais pour l'énerver encore plus.
Lisbon me coupa dans mon élan.

« -Jane, ça suffit ! »

Elle prit le dossier suivant.

« -Nous avons ensuite le cadavre qui ressemblait à Jane. Nous l'avons découvert après la réception du message indiquant que Jane était mort. Il s'agit d'un banquier. Nous n'avons pas trouvé de lien avec le restaurant.-expliqua Lisbon »

Et s'il avait un lien avec les suspects ? Ou alors, John le Rouge a pris cet homme uniquement parce qu'il avait besoin de quelqu'un me ressemblant.

« -J'ai exploré ses six comptes bancaires. Il est totalement à sec.-dévoila Van Pelt
-Un banquier qui a des dettes.-fit Rigsby, avec un sourire
-Les banquiers se droguent.-généralisa Cho
-Pas tous.-nuança Lisbon
-Tous ceux que j'ai arrêté.-ajouta Cho »

Cho n'avait peut-être pas tort. Il connaissait tous les rouages du commerce de la drogue. Peut-être ce banquier était-il dans ce trafic.

« -J'ai un peu de mal à croire que la drogue soit le motif de ce massacre.-dis-je »

Reyes se raidit imperceptiblement, enfin, croyait-il l'être.

« -Peut-être pas le motif. Mais elle est là.-me répondit Cho »

Beaucoup trop de suppositions.

Voyant que plus personne ne parlait, Lisbon enchaîna avec la distribution des tâches.

« -Van Pelt, comptes en banque de toutes les victimes, assurances et tout ce qui concerne l'argent. Rigsby, trouve moi des infos compromettantes sur les victimes. Cho, des éléments supplémentaires sur l'usage de la drogue dans ce restaurant. Reyes, retrouvez les balles perdues. Johnson, interrogez les employés du restaurant pour connaître leur opinion sur la drogue. »

Tous allèrent vaquer à leurs occupations.

« -Et moi ? -demandais-je à Lisbon »

Elle me fit un signe de tête, et alla dans son bureau. Je la suivis, curieux.

Lisbon se tourna face à moi, en s'appuyant sur son bureau. Était-elle fatiguée ?

« -Quel est ton plan ?-demanda-t-elle
-Quel plan ?-répondis-je
-Je veux t'aider Jane.
-Alors il faut arrêter les deux autres, Reyer et Johnson.
-Pas sans preuves. Mais on peut en chercher ensemble. »

Elle n'a pas apprécié que je me fasse tirer dessus volontairement je crois.

« -Je ne sais pas par où commencer pour l'instant.-avouais-je
-Je vais regarder leur dossier et voir ce que je peux apprendre d'intéressant.-proposa Lisbon
-Bonne idée.
-Et toi ?-demanda Lisbon
-Je vais continuer à servir d'appât. Ils m'ont kidnappé et je suis là, devant eux, à les provoquer. Ils pourraient faire des erreurs.
-Très bien. »

Elle a accepté. Mince. Pourquoi a-t-elle accepté si facilement ?!

La conversation était terminée. Elle allait se mettre à travailler.
Je quittais la pièce, perplexe.


zazazou  (09.08.2013 à 18:08)

Reyes était encore là. Il cherchait le téléphone qu'il avait fait tomber par mégarde, et que j'avais « malencontreusement » poussé en dessous un meuble, sans faire attention.

« -Vous cherchez quelque chose ?-lançais-je, avec un petit sourire
-Non.
-Je peux vous aider peut-être.
-Non.-répéta Reyes
-Vous cherchez la preuve que vous avez fait tombé ?-demandais-je
-Quelle preuve ?
-Drogue ? »

Aucune réaction.

« -Balle ? »

Aucune réaction.

« -Sang ? »

Léger tic.
Il continua de chercher son téléphone. Reyes s'accroupit à terre pour voir sous les bureaux.

« -Vous n'avez pourtant pas la carrure pour ça.-murmurais-je
-Quoi ?
-Vous n'avez pas la carrure et la force mentale pour ça.-répétais-je, plus fort
-Pour quoi ?
-Pour être un disciple de John le Rouge. »

La tristesse et la haine envahirent ses yeux. Il aurait tellement aimé avoir la même puissance que John le Rouge !
Je parie qu'il était la risée de sa classe, plus jeune.

« -Jamais vous n'arriverez à sa cheville...-marmonnais-je »

Il trouva son téléphone, le récupéra, et quitta la pièce en hâte.
Je le regardais partir, satisfait. Je devais probablement m'attendre à me faire à nouveau kidnapper. Mais si je restais dans le champ de vision de Lisbon, il ne devrait pas y avoir de problème. L'affaire devait se dérouler rapidement, si je voulais mettre la main sur John le Rouge.

Bon... Je n'ai plus rien à faire maintenant qu'il est parti.

Il n'y avait plus personne à l'étage. J'avoue que cela me faisait un peu peur.

Tiens, je vais aller embêter Lisbon.

J'entrais dans son bureau et m'installais sur son canapé. Elle me regarda d'un air interrogateur.

« -Je reste dans ton champ de vision. Il faut bien que tu me protèges !-expliquais-je, moqueur »

Elle me jeta un regard assassin, qui céda bien vite face à mon sourire charmeur.

« -Je te déteste.-clama-t-elle
-Moi aussi je t'aime.-répliquais-je »

Elle regarda en l'air, agacée. Puis elle remit le nez dans ses papiers. Le message était clair : laisse-moi bossé ou je t'étrangle.

Je m'allongeais sur son canapé. Je crois que je suis fatigué. Je ne dors plus la nuit depuis mon enlèvement. Cela ne me surprend pas. Je dors vraiment peu. Heureusement que le thé existe.

J'eus le malheur de fermer les yeux une seconde. Il n'en fallait pas plus pour me faire sombrer.

Mes rêves furent peuplés de citrouilles souriantes et diffusant une lueur rouge. Je croyais être trop fatigué pour rêver pourtant.

Lisbon me réveilla avant que je me fasse dévorer. Je manquais de faire une crise cardiaque.

« -Lisbon, j'étais en train de rêver des numéros de la loterie !-m'exclamais-je, pour masquer mon trouble
-Quelle loterie ?-demanda-t-elle
-Je sais pas. Mais je voyais les numéros de la loterie.
-Tu pourras y retourner ce soir si tu veux. Je rentre à la maison. Tu viens avec moi ?
-Avec plaisir. Moi et ton canapé, nous ne sommes pas prêts de nous séparer. »

Il était encore tôt. Je n'avais pas l'habitude de voir Lisbon quitter le CBI lorsqu'il faisait jour.

« -Pourquoi pars-tu si tôt ? Ce n'est pas dans ton habitude. -demandais-je
-C'est mon tour de récupérer Eloïse. »

Lisbon était concentrée sur la route. La circulation était toujours dense à 17 heures. Lisbon détestait ne pas avoir d'espace pour rouler, et d'être coincé entre plusieurs voitures.

« -Oh non, pas une auto-école... Pitié...-se lamenta Lisbon »

Une auto-école, on est fichu. C'est la panique à bord.

« -Lisbon, focalises-toi sur ma voix et uniquement sur ma voix. Tu es sur une ligne droite qui file jusqu'à l'horizon
-Si seulement c'était vrai Jane.
-Oh !
-Quoi ?
-Une vache ! »

Lisbon se mit à rire.
L'auto-école cala au feu vert. Malheur.

« -Jane...
-Lisbon... Je te conseille de ne pas faire de queue de poisson à ce pauvre petit élève... »

Les jointures des doigts de Lisbon, accrochés au volant, pâlirent. J'eus un petit rire nerveux. Pourvu qu'elle ne fasse pas de queue de poisson à l'élève.

Finalement, elle réussit à se contenir.

« -Trois points pour Lisbon ! »

Elle me mit un coup de coude.

Nous arrivons bientôt devant l'école d'Eloïse.
Normalement, sa famille maternelle est censée venir la récupérer. Pourquoi n'était-elle pas là ?!

« -La petite est protégée en tant que témoin, n'est-ce pas ? -demandais-je
-Bien sûr. Tant que nous n'avons pas le mobile du meurtre de sa mère, nous devons la surveiller.
-D'accord.
-As-tu une idée pour le mobile d'ailleurs ?-demanda Lisbon
-Ce n'est pas la drogue. Dans ce cas, nous en aurions trouvé une plus grande quantité. Ensuite, ce n'est pas l'argent, le restaurant fait de bons bénéfices. D'ailleurs, ces bénéfices m'intriguent. Le restaurant est très mal localisé. La population aux alentours est plutôt adulte, active et riche. Ils ne vont pas au restaurant pour manger une pizza. J'aimerais voir les clients qui viennent aux différents services.
-Ce n'est pas la drogue, ce n'est pas l'argent, peut-être l'amour ?-proposa Lisbon »

Nous attendons avec les autres parents dans la petite allée devant l'école. Elle allait ouvrir dans peu de temps.

« -L'amour... Hum... Mary n'est pas quelqu'un de difficile. Elle se lie d'amitié facilement avec qui le souhaite. Mais je ne pense pas qu'elle accepterait que son amant soit mauvais. Si l'amoureux mystère est bien la cause de tout ça, il a été très discret et a manipulé finement les autres. »

Ma réflexion pouvait être utile.

« -John le Rouge pourrait très bien le faire.-dit Lisbon »

Je restais songeur. Je regardais pensivement devant moi. La neige reflétait la lumière du soleil, m'éblouissant un peu.

« -Mais pourquoi ? Quel intérêt de permettre à un restaurant de pouvoir gagner plus d'argent ?-continua Lisbon »

Un homme nous fixait. Ses cheveux longs étaient plaqués contre sa nuque. Quelque chose brillait en dessous.

« -L'argent finalement peut être un mobile. Pendant que nous enquêtons et fouillons partout, il peut prendre de l'argent dans les caisses.-enchaîna Lisbon
-Mais... Tuer le patron... Aurait été plus... Efficace...-murmurais-je, avec une drôle de voix »

Mon rythme cardiaque augmenta. Des frissons secouèrent mes bras. Un flux d'adrénaline fit palpiter mon cœur. J'étais prêt pour la fuite.
Je reconnaissais inconsciemment cet homme.

Je courais vers lui. Il s'enfuit. Une manifestation passa. Et ...

Lisbon m'avait suivi. Je retournais vers l'école, perturbé.

« -Qu'est-ce qui s'est passé Jane ?
-Je ne sais pas... Il était étrange...
-Pourquoi ?!
-Je ne sais pas. »

Nous récupérons Eloïse quelques minutes plus tard. La petite fille était enjouée. Je la regardais avec un pincement au cœur. Comprenait-elle ce qui allait lui arriver ? Savait-elle que sa mère était morte et que son père était peut-être l'assassin ?
Son père ?! L'assassin?! J'ai fais un rapprochement intéressant. Et effrayant. Je me rendis compte que je ne connaissais pas son père.

Nous remontons dans la voiture de Lisbon. La petite était heureuse d'être à nouveau avec « tonton Patrick » et « copine Teresa ».
Techniquement, je n'étais pas son oncle. Mais Mary aimait l'idée qu'il y ait un lien entre nous. Je pense qu'il s'agissait aussi d'une manière pour elle de me « retenir » dans la réalité, après la perte de Charlotte-Anne.

« -Qu'est-ce qu'on va faire ce soir ?-demanda-t-elle
-On pourrait regarder un film ?-proposa Lisbon
-Peu m'importe. Je vous suis.-dis-je »

Évidement, la petite était d'accord pour regarder un film.

Je participais à l'ambiance de la soirée. J'avais plutôt envie de rester au calme, mais je ne voulais pas que Lisbon m'envoie à l'hôpital encore une fois. Et il y avait quelque chose d'important à faire.

Lisbon s'absenta pour aller sauver son poulet, en proie à d'horribles souffrances dans un four trop puissant.

Je me tournais vers Eloïse, assise en tailleur sur le canapé.

« - Eloïse, je voudrais te parler...-commençais-je »


zazazou  (15.08.2013 à 16:13)

Elle tourna ses grands yeux interrogateurs vers moi.

« -Tu peux.-dit-elle
-Est-ce que tu sais où est ta mère ?
-Non. Mais elle va revenir. Elle m'a promis qu'elle reviendrait toujours.-assura la petite »

Oh non... Rien de plus terrible pour un enfant que ne pas comprendre la mort. Ils la sentent, insaisissable, assassine, horrible, dévoreuse de personnes aimées et se trouvent perpétuellement dans une insécurité terrifiante.

Je me préparais à lui expliquer qu'elle ne reverra plus sa mère. Cette discussion me renvoya des années en arrière...

« -Elle est angoissée.-m'informa Angela
-Je le pense aussi.
-Je me demande ce qu'il se passe. Il y a quelque chose.-continua-t-elle
-Je vais aller lui parler, ne t'inquiète pas. »

Le centre de toutes nos attentions se tenait assis au milieu du salon.
Charlotte-Anne, six ans, jouait calmement avec sa poupée. Tout à fait normal.

Mais en s'approchant, il était possible de voir que la poupée était habillée d'un simple tee-shirt aux couleurs délavées. Aucun jouet n'était étalé par terre. Les enfants, lorsqu'ils vivaient, mettaient toujours les choses en désordre. Ils ne rangeaient jamais.

Je m'assieds en face d'elle. Son paralangage m'alarmait, je n'avais pas besoin de réaliser un cold-reading.

« -Elle est triste ta poupée.-dis-je doucement
-Oui...-répondit-elle d'une petite voix
-Pourquoi ?
-Je sais pas.
-Je parie qu'elle est triste parce que son amoureux est triste.-avançais-je »

Elle n'avait pas sorti la poupée que lui avait offert son « namoureux ».

« -Oui...-avoua-t-elle d'une toute petite voix
-Pourquoi il est triste ?-demandais-je
-Je sais pas... »

Interroger un enfant était assez compliqué.

« -Son papa et sa maman l'ont disputés ?
-Non... Son papa est parti.-affirma-t-elle
-Il est parti dans une autre maison ? »

Le garçon serait-il attristé par le divorce de ses parents ? Probable. Mais il fallait toujours s'en assurer.

« -Non. Il est parti chez les anges. Et il vivra heureux.-expliqua Charlotte-Anne
-Et pourtant, il est triste.
-Oui... Parce que il voulait pas que son papa parte chez les anges. Et maintenant, il revient pas de chez les anges. »

La mère a donc travaillé sur l'idée des anges et de la religion. Mauvaise idée. Les enfants ne croient pas en Dieu, mais en « Papa et Maman » et leur capacité à les protéger.

« -Est-ce que toi aussi tu vas partir chez les anges et me laisser ?-demanda-t-elle, les yeux plein de larmes »

Je la pris dans mes bras et la berçais tendrement.

« -Jamais ma puce. Jamais.
-Et Maman ?
-Jamais. »

Un demi-mensonge, certes, mais elle a le temps d'appréhender la mort.

« -Son papa est mort. Cela veut dire qu'il ne reviendra plus à la maison. Il ne peut plus revenir. Son corps est encore là, mais il n'y a plus d'âme à l'intérieur, la petite chose qui fait que tu es toi.-expliquais-je
-Et bah, Jeff il est triste parce qu’il dit que son papa veut pu revenir le voir. Et il croit qu'il veut plus parce que Jeff il a pas rangé sa chambre.-dit-elle, avec une petite voix plaintive
-Ce n'est pas vrai. Son papa ne peut plus revenir. Il aime toujours Jeff, mais il ne peut plus revenir.
-Et comment je peux faire moi pour qu'il soit plus triste Jeff ?
-Tu lui expliques. »

Ses petits yeux se remplirent de larmes.

« -Et toi et maman, vous allez pas être plus là ?
-Non. Tu sais pourquoi ? Parce que tu es là. On fera tout pour te protéger, et nous protéger.»


J'entendis les pas de Lisbon, qui retournait dans sa cuisine, alors que je réconfortais Eloïse. La petite pleurait. Mais cela voulait dire qu'elle avait compris.

Je ne lui expliquais pas qu'elle allait vivre avec sa famille du côté maternel. Ma priorité était de lui permettre de comprendre la mort de sa mère.

Nous terminons la soirée autour d'un repas et nous couchons tôt. Lisbon semblait apprécier de dormir un peu plus.
Me concernant, je trouvais les nuits assez longues. Je me plaçais en état de transe hypnotique légère afin de passer le temps.

À cinq heures du matin, mon portable vibra.
Je l'ouvris, curieux.
Une fenêtre de chargement s'afficha. Je ne comprenais pas. J'étais encore légèrement sous l'effet de ma transe.

Le téléphone bipa et commença à s'affoler. J'appuyais sur n'importe quelle touche, en espérant... Je ne sais même pas ce que j'espérais de cet appareil.

Une vidéo démarra. Je regardais, médusé, une Lisbon et un Jane attendre à la sortie de l'école. Je compris pourquoi j'étais si choqué. La caméra faisait des gros plans sur le visage de Lisbon.

Un message à la fin confirma mes soupçons : « Tu as de bons goûts :) ».

Impossible de finir la nuit tranquillement.
Avant le réveil de Lisbon, je me vidais l'esprit, afin qu'elle ne voit pas mon trouble.

La journée continua sans moi. J'avais l'impression d'être déconnecté de la réalité. Mais d'une manière saine. Je réfléchissais à la façon de sauver Lisbon. J'étais capable de redescendre sur Terre si besoin.


En début d'après-midi, je quittais le CBI sans avertir Lisbon. Les autres n'avaient pas remarqué ma sortie.
J'étais arrivé à la conclusion qu'il fallait que je dévie l'attention de John Le Rouge sur moi. Je devais paraître faible et vulnérable. En bref, être une proie attirante.

J'avais pensé à des problèmes psychiatriques. Ou je pouvais avoir quitté le CBI pour aller chercher des médicaments pour mon épaule me faisant très mal. Puis me tromper de médicaments. Mais ce n'était pas assez voyant et intéressant.

L'option « accident de voiture » pouvait coller. Accident qui se produirait sur la route de la pharmacie.
Cela me permettrait ensuite d'avoir une perte de mémoire et de jouer le déséquilibré.

Je m'installais dans ma voiture. Je jetais un œil dans mon rétroviseur intérieur par hasard. Alan Reyes remontait dans les bureaux du CBI. Il n'avait pourtant rien oublié là haut.

Je décidais de remonter moi aussi.
Je retournais à notre étage. Il n'y avait plus personne, ce qui était étrange.

Un frisson me traversa.
Je reculais vers les ascenseurs. J'avais un mauvais pressentiment.

Alan Reyes sortit de nulle part et bondit sur moi. Il me mit un coup de poing au visage. Je vis rouge quelques secondes après.
Il recula, comme pour contempler son œuvre.

Je n'avais plus l'esprit clair.

J'entendis des pas, venant des bureaux. Ils se rapprochaient.

Reyes se jeta une nouvelle fois contre moi. Il m'attrapa par derrière et je me retrouvais en position d'otage.
Le sang coulait sur mon visage. J'allais m'évanouir.

Un homme vêtu de noir s'approcha. Il portait un masque vénitien blanc, qui lui couvrait tout le visage.

Reyes pointa un pistolet sur ma tempe. Le déclic de la sécurité qui saute acheva de me décomposer.

L'homme au masque se redressa, presque fièrement, et releva la tête.

Reyes me jeta dans les escaliers. Je me cognais assez fort et perdis connaissance.

Je me réveillais quelques temps plus tard.

Je ne savais plus où j'étais. Je ne me souvenais pas avoir été dans un escalier.

Je montais à l'étage, perdu.

Des traces de sang. Je les suivais, terrorisé.

Un bureau. Un smiley souriant sur la porte.

Non s'il-vous-plaît, pas ça. S'il-vous-plaît... Non...

Je l'ouvris. Un cadavre à l'intérieur, en piteux état.

Je refermais la porte et m'éloignais de trois pas.

Une décision. Vite.

Je quittais le CBI en courant, après avoir manqué de me tuer deux fois dans les escaliers. Cela ferait plus réaliste pour les caméras cela dit.
Je montais dans ma voiture avec hâte, passais la deuxième vitesse quelques mètres plus loin.
J'arrivais devant le gardien de l'entrée de l'établissement avec un air assez effondré.

« -Jane... Merde, qu'est-ce qu'il vous arrive ?!
-On s'en fout, ouvrez-moi !
-Vous êtes blessé !
-Ouvrez-moi !-criais-je, dément »

Il m'ouvrit la barrière. Je fonçais droit devant moi.
Quelques mètres plus loin, je bifurquais. Je retrouvais la maison en peu de temps.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas ouvert ma porte. Je ne considérais même plus la maison comme ma maison.

Le salon était froid et obscur. Il reflétait mon âme, quand je me laissais aller. Voilà pourquoi je retrouvais rarement mon « chez-moi ».

Je montais à l'étage, allais dans ma chambre et m'installais sur mon matelas.
Je pliais mon oreiller de façon à avoir la tête plus surélevée, et rabattis ma couverture sur mon torse.

Voilà. Maintenant, il faut attendre.


zazazou  (25.08.2013 à 11:30)

Une heure plus tard, j'entendis la voiture de Lisbon dans l'allée. Elle se gara en hâte.

J'avais laissé la porte de ma voiture et celle de ma maison ouverte, ainsi, elle pouvait rentrer. Et cela accentuait mon côté perturbé.

Elle monta à l'étage avec rapidité. J'arrangeais ma posture sur mon lit et fermais les yeux. Ma main collait une taie d'oreiller sous mon nez, afin d'absorber le sang. Le linge en était largement imbibé.

Lisbon s'arrêta sur le pas de la porte. Je l'imaginais très bien avec la mâchoire qui se décrochait. Mon visage devait faire peur à voir.

« -Jane ?-m'appela-t-elle doucement »

Je ne réagis pas. Je respirais plus vite.

« -Jane ? »

J'enlevais mon tissu de ma bouche et ouvris les yeux. J'attendais Lisbon depuis assez longtemps pour avoir très mal. Il fallait que j'accélère les choses. J'avais presque envie d'aller à l'hôpital.

Je laissais passer quelques secondes avant de répondre :

« -Sortez d'ici ! »

Le sourcil droit de Lisbon se souleva.

« -Jane, je suis désolée. Je suis tellement désolée.
-Sortez d'ici !-répétais-je
-Jane, regarde-toi. Vois dans quel état tu es. »

Très bonne idée.

Je me levais. Elle laissa une distance de sécurité entre moi et elle assez importante. Mon paralangage devait être très bon. Parfois, j'arrivais presque à me convaincre moi-même.

J'allais dans ma salle de bain, directement au dessus du lavabo. Ma tête au dessus du miroir me fit sursauter. J'ai pris des mauvais coups.
Je crois qu'il est temps pour faire une scène.

« -Jane ? »

Je tournais le dos au miroir et m'assieds par terre, en calant ma tête contre mes genoux.

Lisbon appela une ambulance et s'installa à côté de moi.

Un bon stress post-traumatique devrait divertir John le Rouge et dévier son attention sur moi.

Les urgentistes m'embarquèrent en deux minutes. Ils ne cherchèrent même pas à me dire des paroles rassurantes. Ils ont compris immédiatement après l'explication de Lisbon. Elle même avait compris que cet accident était la goutte de trop, surtout après le meurtre de Sam Bosco.

Je gardais le silence jusqu'aux urgences où un interne me prit en charge. Il me braqua son stylo- lampe dans les yeux et parla dans son langage médical à l'infirmier. J'avais juste entendu : « mydriase », « conscience fluctuente » (et oui, je ne réponds pas à toutes tes questions !), et « persécution » (je voulais juste lui faire manger son stylo). J'ajouterais même une certaine hostilité.
Malheureusement, je ne me souvenais plus de toutes mes paroles. Cette perte de mémoire hachait mon jeu, le tachait d'incohérences, et du coup, le rendait plus crédible.

« -Qu'allez-vous faire docteur ?-demanda Lisbon, avec anxiété »

Ils l'avaient laissé entrer, étant donné que j'étais instable.

« -Rien. Uniquement une radio pour sa tête. Seul le repos pourra le soulager.-répondit-il »

Elle paraissait atterrée. Sans moi, l'enquête prenait un mauvais tournant.

« -De toute façon, je ne vous sers à rien...-marmonnais-je, avec désespoir
-Patrick... Comment peux-tu dire ça ?!
-Laissez... Syndrome de stress post-traumatique.-conclu le docteur »

Ah ! Il a enfin posé son diagnostic ! Enfin ! Je vais pouvoir faire sa radio et quitter cet endroit.

« -Monsieur Jane, avez-vous quelque chose à ajouter ?-demanda-t-il »

Je répondis négativement, avec un petit tremblement anxieux.

« -Est-ce que tu as mal?-demanda Lisbon
-Á votre avis ! »

Cette fois-ci, mon désespoir n'était pas feint.

L'infirmier m'injecta un anti-douleur. Je restais sage, sans bouger, en fixant un point quelque part.
Je me demande si Lisbon a eu le temps de visionner les vidéos des caméras de surveillance. Enfin, je m'en fiche, je plane.

Ensuite, une autre blouse blanche anonyme me conduisit à l'appareil de radiologie. L'infirmière était très agréable. J'aimais la façon dont elle dirigeait la séance de radiographie.
Je ne retiens pas grand chose. J'étais fatigué.

Pour finir nous attendons sur les chaises de la salle d'attente, le temps que les médecins lisent les résultats.

Nous avons patienté pendant une heure. Je somnolais sur ma chaise. Je n'étais pas dans une position confortable.

Un médecin vint à notre rencontre et nous annonça une mauvaise nouvelle.
Je devais me faire hospitaliser. J'avais un risque de traumatisme crânien, d'embarrure, de rupture de je ne sais plus quoi. Sûrement un reste de mon vol de moto qu'ils n'arrivaient pas à interpréter.
J'acceptais, à la grande surprise de Lisbon.

Le soir même, j'avais mon lit dans un service d'urgence. J'étais « scopé » selon les termes des blouses, c'est-à-dire, surveillé par des machines. Heureusement, je n'avais pas des tuyaux partout comme les autres personnes à côté.

Je pris mon mal en patience. Les médicaments m'assommais un peu.

Même si j'avais des difficultés à rester éveillé, mes capacités cognitives fonctionnaient toujours. Je pouvais, par exemple, me représenter les meubles de mon salon en trois dimensions.

Je fis de mon mieux pour rester sage pendant quelque temps. Néanmoins, le personnel hospitalier faisait tout pour éviter ma « chambre ». Ma réputation m'aurai-t-elle précédée ?

Au bout du troisième jour, je ne pouvais plus rester dans le service. Je débranchais toutes les perfusions, après les avoir arrêter en tournant la petite manivelle ( pour avoir moins mal en l'enlevant).
J'attrapais un tube de perfusion, le décrochait et prit le sachet de compresses qui traînait sur la table de nuit. Je me confectionnais un pansement de fortune, en attachant les compresses avec le tube.

Mettre mes vêtements se révéla un peu plus compliqué. J'eus beaucoup de mal à mettre mon attelle. Mon bras gauche, précédemment perfusé, me faisais mal.

Je n'osais pas imaginer l'état dans lequel j'étais, et comment je serais à la fin de l'histoire. Á croire que Dieu, ou tout autre créateur s'amusait à me torturer. Destiné ? Fatalité ?

Tiens, j'ai faim. Je réfléchis trop.

J'ouvris la porte de ma chambre, et jetais un coup d'œil dans le couloir. Une infirmière solitaire, au bout, faisait son tour de soins.
Elle me tournait le dos. J'en profitais pour m'engager dans le couloir.
Il n'y avait personne. Je trouvais cela étrange.
Je passais devant la porte du poste de soins. Il y avait beaucoup de monde à l'intérieur. Une réunion d'équipe.
De ce fait, quitter l'hôpital était beaucoup trop facile. Rentrer chez moi allait poser problème.
J'allais devoir prendre un taxi.
Je quittais le parking de l'hôpital, afin de retourner dans la ville. Je trouvais facilement la station de taxis et attendis un véhicule libre.
Un quart d'heure plus tard, une voiture s'arrêta devant moi. Le conducteur me fis signe de monter à l'arrière.

Je m'exécutais, soulagé de pouvoir enfin m'asseoir.
Je m'attachais, et donnais l'adresse où je voulais me rendre au conducteur.

Un « clic » me fit sursauter. Les deux portières à mes côtés venaient tout juste de se verrouiller.
Une vitre me séparait de mon conducteur. Le visage de ce dernier n'était pas visible dans ces conditions.
J'essayais de ne pas stresser, de réagir normalement. C'était un taxi normal, avec un gentil conducteur.

« -Bonjour Patrick. »

Bordel.

« -Pardon ?
-Ne jouez pas à ça avec moi Patrick. Je sais très bien que vous faites semblant.
-Je ne comprends pas.-m'obstinais-je »

J'avais rêvé de me retrouver dans la voiture de John le Rouge depuis longtemps, mais peut-être pas sans Lisbon et l'équipe pour couvrir mes arrières.

« -Je dois dire que vous m'amusez beaucoup. J'aimerais voir de quoi vous êtes capable pour sauver votre entourage.
-...
-J'ai toujours trouvé étrange qu'un être humain puisse s'attacher aux autres.
-Vous savez, la psychopathie, ça se soigne.-rétorquais-je
-Vous me pensez malade Patrick ?
-Á votre avis John ?
-Je pensais que personne sur Terre ne pouvait atteindre mon génie. Sauf vous.
-J'aurais au moins guéri votre égocentrisme.
-Vous avez de la répartie aujourd'hui. Seriez-vous de bonne humeur ?
-Allez vous faire voir. Mais en toute amitié.
-Allons allons... Restez poli Patrick. Vous ne voudriez pas mourir après avoir dit un gros mot ? Que penserais votre fille au paradis ? Soit. Que diriez-vous d'un petit jeu ?
-J'aimerais jouer avec vous. Mais je ne suis pas sûr que vous acceptiez mon jeu.
-C'est pour cela que je vous propose le mien. Je tuerais une personne du CBI toutes les heures. Vous pouvez m'arrêter en découvrant mon identité.
-Les filles que vous torturez ne vous donne plus assez de plaisir c'est ça ? Vous êtes en manque d'endorphine ?
-Quelle verve... Je pense que vous passerez au registre tragique lorsque vous découvrirez la première victime. »

Le personnel médical n'avait pas fouillé ma veste et n'avais pas trouvé mon pistolet. Pendant qu'il parlait, je l'avais sorti discrètement de ma poche. Puis je tirais. La vitre se brisa, du sang gicla un peu partout, et la voiture dégringola une grosse descente.
J'essayais de détacher ma ceinture, sans succès. Il l'avait bloqué.
Je tentais d'ouvrir ma fenêtre, afin de tirer dans les roues. Je ne réussis pas.

Le taxi fonça dans une intersection, à une allure folle, aussi rapidement que mon cœur.

Je brisais la vitre avec mon pistolet et tirais dans les roues. La voiture alla s'encastrer dans une vitrine de magasin.

Des alarmes sonnaient partout.

J'ouvris la porte de la voiture par l'extérieur et sortis, sans trop savoir comment.

Je fis quelques pas, sonné. Mon cœur cognait beaucoup trop fortement dans mes côtes. Pourvu que je ne tombe pas.

« -Mains en l'air ! »

Il y avait de la fumée partout. Quelqu'un braquait un rai de lumière dans mes yeux.

Je restais sonné.

« -Police ! Mains en l'air ou je tire ! »

J'obéis.

« -Jetez votre arme ! »

Ah, c'est pas en ma faveur ça.

Le policier s'avança vers moi. Je laissais tomber mon arme au sol.

Le policier me passa les menottes. Il y a un problème là.

« -Arrêtez ! J'ai l'épaule cassée ! Vous voyez pas l'attelle ?! -hurlais-je, les larmes aux yeux »

Voyant que mon bras blessé ne pouvait bouger, il me mit les menottes à l'avant.
Puis, il m'embarqua de force à l'extérieur du magasin. En passant près du taxi, je regardais le chauffeur. C'était le gardien du parking du CBI. Il avait deux enfants. Je ne l'avais pas reconnu avant de monter dans le taxi. J'aurais pu le sauver.

Je me laissais faire, sans montrer de résistance. J'étais abattu, épuisé, sonné, choqué, et tellement d'autres choses encore. Je n'en pouvais plus.

J'entrais dans la voiture de police.


zazazou  (04.09.2013 à 14:36)

Quelques temps plus tard, nous étions au poste. Le policier qui m’avait emmené me laissa dans une salle d'interrogatoire.
Je m'assieds par terre, contre le mur du fond. Le froid m'anesthésia. Je fermais les yeux.

Trente minutes passèrent.

« -Jane. Que s'est-il passé ? »

Lisbon. Comment avait-elle fait pour arriver si vite ?

« -Je ne sais pas. Ce type me connaissait. Il voulait tuer des gens. -résumais-je, en restant dans mon personnage
-Viens avec moi. »

Je la suivis en soupirant. J'avais encore les larmes aux yeux après le mauvais traitement subit par mon épaule. Promis mon épaule, je prends soin de toi maintenant. J'avalerais tous les médicaments qu'il faut.

Les policiers me regardaient quitter le poste avec dégoût. Ils avaient sûrement suivi mes méfaits dans le journal. Ils savaient que j'avais tué un homme dans un centre commercial. Sans doute pensaient-ils me mettre derrière les barreaux.

Je montais dans la voiture de Lisbon, et collais ma tête à la vitre.
Lisbon démarra.

« -J'aimerais comprendre ce qui se passe. -fit-elle »

Je ne répondis pas.

« -Reyes est mort. Son coéquipier s'est enfui. -continua-t-elle »

Je restais muet.

« -Nous avons visionné les vidéos de surveillance. John le Rouge se moque de nous. Et il se sert de toi. Je veux t'aider Jane. »

Je ne répondis pas. J'étais déprimé.

Nous arrivons au CBI.
Pendant que Lisbon descendit de sa voiture, je regardais le message qu'il m'avait envoyé, faisant vibrer doucement ma poche.

« -Bravo. Vous êtes un homme libre. Devinez qui vais-je tuer en premier ? »

Lisbon ouvrit ma portière. J'escamotais rapidement mon portable.

« -Que faisais-tu ?
-J'essayais d'ouvrir avec ma main gauche... »

Nous remontons dans les bureaux, sans échanger de parole supplémentaire.

Le restant de l'équipe était morose. Ils m'adressaient un regard triste.

Je m'installais derrière mon bureau, pour utiliser mon téléphone discrètement. Lisbon était partie régler une affaire.
J'avais un nouveau message.

« -Alors ?-demandait John le Rouge »

Il n'allait pas tuer Lisbon. Pas tout de suite. Il garderait le meilleur pour la fin. Il allait tuer la petite d'abord.

« -Moi. -répondis-je par message
-Non... Ce ne serait pas drôle sinon... Pourquoi voudriez-vous que je vous tue ?
-Je veux dire, je vais me tuer.
- ?
-Et vous aurez perdu votre jeu stupide. »

J'attendais sa réponse. Elle arriva quelques minutes plus tard.

« -J'ai invité une certaine petite fille pour le thé. Voulez-vous venir aussi ? Je vous donnerais les coordonnées ce soir. »

Non...

Je profitais de ne plus être la cible de l'attention générale pour m'éclipser. Je retournais chez moi et attendis avec anxiété.

Plusieurs heures plus tard, John le Rouge m'envoya l'adresse sur mon téléphone.

J'attrapais mon manteau et sortis.

Je montais rapidement dans ma voiture et démarrais.

J'espère que la petite va bien. Faites qu'il ne l'ai pas tué, je vous en prie ! S'il-vous-plaît !

Lorsque j'arrivais dans la rue citée, mon cœur se serra. J'allais en finir avec John le Rouge ce soir.
Je pouvais mourir, qu'importe, si j'emportais ce psychopathe avec moi. La seule chose que je voulais était la survie d'Eloïse.

Je descendis de ma voiture et m'avançais jusqu'au perron.

Eloïse ouvrit la porte et se jeta dans mes bras.

« -Pat ! Tu arrives à l'heure pour les pop-corns !
-Eloïse, est-ce que tu saurais retourner chez Lisbon ?
-Ben oui, c'est pas loin. En plus je peux prendre le bus.
-Je veux que tu me fasses confiance. Vas chez Lisbon. Cours sans t'arrêter !
-Mais...-murmura la petite
-Fais moi confiance ma chérie, je t'en supplie ! »

Elle m'embrassa la joue et partit en courant. Je remarquais, rassuré, qu'elle prenait la bonne direction.

J'entrais dans la maison.

« -Déjà là ? Attendez-moi, je ne suis pas encore prêt. -demanda une voix à l'étage »

Bien entendu, j'empruntais l'escalier pour rejoindre cette personne.

Un homme quitta une pièce.

« -Que vous avais-je dis ? Venez, entrez, j'essaie de faire mon nœud de cravate. Je ne suis pas doué pour ces choses là. »

Je le suivis. La pièce était petite, avec une glace et un lit en face. Pendant qu'il réajustait son nœud devant la glace, je l'observais.
L'homme avait la quarantaine. Je le situerais entre quarante et quarante cinq. Difficile d'être plus précis, il avait mis du maquillage pour combler ses rides.
Il avait aussi un visage assez rond, comme l'homme que j'avais tué dans le centre commercial. Mais ses cheveux étaient plus longs, et plus clairs.
Cet homme avait lui aussi de l'embonpoint. Il ne pourra pas courir bien vite.

« -Pourquoi ?-demandais-je
-Pardon ? »

Une petite sonnerie retentit.

« -Oh, descendons, le dîner est prêt.
-Je ne suis pas là pour ça. -répondis-je »

L'homme était encore en chemise. Je fouillais sa veste, posée sur le lit, les mains dans le dos. Je pris son téléphone portable et le glissais dans ma poche arrière de manteau.

Il était surpris que je ne vienne pas pour son repas. Je devais parler pour le distraire et qu'il ne remarque pas mon manège.

« -Je viens mettre un point final à l'affaire John le Rouge, ce soir. -annonçais-je, sombre
-Que proposez-vous?-demanda-t-il, inquiet »

Ah ! Je l'ai attrapé.

« -Cela dépend... Que proposez-vous ?-murmurais-je
-Un bon poulet frit ?
-Non.
-Alors, que proposez-vous ?-demanda-t-il, avec une inquiétude non feinte, presque surprenante
-De toute évidence, vous n'êtes pas John le Rouge. Je n'ai pas à parler avec un de ses sous-fifres. John le Rouge sait très bien de quoi je veux parler. -répliquais-je, avec douleur
-Vous voulez toujours vous suicider ?!
-Cela vous surprend ? Vous feriez pareil si je tuais vos trois enfants, et votre ravissante petite femme...-lançais-je »

Je l'avais touché en plein cœur.

« -Voyons... Pourquoi autant de violence... Mais j'ai le remède à tous vos maux.
-Le pistolet ? Je l'ai déchargé. »

Je lui lançais sa veste. Il la rattrapa, pour la poser sur sa commode ensuite.

« -Pas mal. Mais je pensais à une solution non violente Patrick... Ce mal qui ronge vos entrailles... Qui vous monte au cerveau... Vos cauchemars qui vous terrorisent au moment même où vous fermez les yeux... Pouvez-vous au moins vous regarder dans le miroir Patrick ? Personne ne peut comprendre à quel point vous êtes quelqu'un d'horriblement sale... Vous avez causé la mort de votre femme et de votre fille... Vous ! Votre psychiatre elle-même ne peut comprendre... »

Touché. Salopard.

« -Ce démon... Je l'ai en moi... Je vous comprends Patrick. Nous sommes pareils... Mais j'ai vaincu la bête. Laissez-moi vous aider à construire une nouvelle vie... Vous pourrez fonder une famille à nouveau... »

Sa voix m'étreignais le cœur... Fonder une famille... Avoir une femme, un enfant... Je les avais perdus... Je ne serais pas capable de recommencer. Je ne le méritais pas.
Il veut me manipuler. Je serais curieux de voir jusqu'où il allait aller.


« -Je n'ai pas besoin de psychiatre, merci. -rétorquais-je
-J'ai brisé votre vie en mille morceaux...
-Et ça vous apporte un plaisir fou... Imaginons que j'y mette fin... Vous me suivrez dans ma chute... »

Il avait l'air surpris.

« -Quel effet cela produit-il sur vous, de vous sentir attaché à un humain, à une forme de plaisir ? Quel effet cela produit-il de se sentir humain ? -demandais-je, avec un petit sourire vicieux
-Je vois. Vous jouez au poker.
-Vous pariez combien ? »

Je sortis un petit pistolet de ma poche, et appliquais le canon contre ma tempe, avec un petit sourire.


zazazou  (11.09.2013 à 17:24)

L'homme me regardait faire.
S'il est vraiment John le Rouge, alors j'ai affaire à un psychopathe. Pour l'instant, ses manipulations tendent à le confirmer. Comment va-t-il réagir à ça ?

« -Alors ? Combien pariez-vous ? »

Son masque d'émotions tomba. Son visage devint froid. Il était l'enfant à qui on enlevait son jouet. Pourtant, il n'en ressentait aucune frustration.
Ses pupilles rétrécirent. Ses narines frémirent.

« -Seul le sang peut vous faire vibrer... Seul le sang vous fait ressentir des choses... Être humain, par le sang...-murmurais-je »

Je percevais John le Rouge sous un autre angle maintenant, si c'était bien lui. Aveuglé par la douleur qu'il m'avait causé, en tuant ma femme et ma fille, je n'avais pas imaginé une seule seconde ce qu'il pouvait être.
Il était ces meurtres sanglants et horribles, il se nourrissait du sang et du plaisir engendrés par des cadavres tués et mis en scène. L'horreur, le dégout, le sang, et le plaisir étaient devenus les seules choses qui le rattachaient à l'humanité.
Hors de ça, il était un robot.

Jamais je n'aurais dû être capable de lire cet homme et découvrir ça. Jamais.
Il devrait mourir. Il n'était pas humain. Ça n'était pas capable de vivre en société.

« -C'est un faux n'est-ce pas ?-demanda-t-il »

Un faux pistolet, oui.

« -Quel effet cela vous fait, Patrick, de me découvrir ? »

Mon dieu...

Je rangeais mon pistolet factice avec lenteur.

Au moment de le mettre dans mon manteau, j'attrapais autre chose.

Ma main se glissa le long du manche. Je ressentais la froideur du métal jusque dans mes os. Cela me faisait du bien, comme si cette sensation pouvait me rappeler que je n'étais pas le monstre en face de moi. Ironie du sort, la police croyait avoir confisqué ma seule arme.

D'un mouvement souple du poignet, je lançais mon couteau.

John le Rouge recula, surpris.
Il se retrouva bêtement coller au mur par les deux autres couteaux que j'avais lancé.

Celui retenant sa main droite n'était pas fiché dans le mur assez profondément. Une poutre porteuse devait passer à cet endroit.
Il libéra sa main et jeta quelque chose en l'air. Le briquet tomba dans le lit derrière moi et le mobilier s'enflamma.
Une flamme partit dans la bouche d'aération située juste en dessous.
Il avait mis quelque chose au four. Je l'avais senti à mon arrivée, sans y prêter attention. Il avait préparé ce moment. La maison allait prendre feu.
Je lançais deux autres couteaux pour l'immobiliser.
Je décrochais ensuite ma dague de ma ceinture. Je vis l'incendie dans le reflet de la lame, lorsque je la glissais hors du fourreau.

L'air devenait irrespirable. Mes bronches allaient brûler.
Je fermais entièrement mon manteau. Le col recouvrait ma bouche et mon nez. Maintenant, je pouvais survivre dans les flammes de l'enfer.

John le Rouge avait compris que le feu ne me tuerait pas. J'étais un magicien, un dragon. Le feu ne pouvait pas me tuer.

Je plantais ma dague dans son cœur. Elle s'y enfonça jusqu'à la garde.
Je la retirais. Le sang fut éjecté par un ultime battement. Mon manteau en était éclaboussé.

La maison partait littéralement en fumée. Les murs fondaient.
L'escalier était tombé. J'étais bloqué.

Je regardais le visage de John le Rouge. La chair commençait déjà à se consumer. Son sourire vainqueur me rappelait sa signature macabre.

Je ne pourrai pas survivre bien longtemps là-dedans.
Passer par la fenêtre était la dernière solution. Mais, lorsque je briserai la vitre, cela créera un appel d'air. Autrement dit, la maison va exploser.

Soit je meure là, soit dehors à cause de l'explosion.

Je me jetais par la fenêtre. Puis plus rien.

Entre rêve et réalité. Je trouvais ce moment agréable. Voyager dans le monde des rêves, où la conscience flouée nous emporte, où tout est encore possible. Un monde où je me dispute avec ma fille parce qu'elle veut mettre des strings, comme toutes les filles de son âge. Un monde où ma femme se moque de moi parce que j'ai l'air d'un père vieux jeu.
Puis la réalité revient, peu à peu. Mais pas encore totalement. Il reste un moment où la conscience ne sait vraiment plus quoi faire. Devait-elle remettre le cerveau en marche, ou attendre encore ?
Certains peuvent avoir peur de quitter le monde des rêves. D'autres peuvent surfer sur la vague, et se prendre pour les maîtres du monde.
Et moi ? Je me réveille.
Courte chute. Je plongeais dans une eau glacée, avant d'ouvrir les yeux et d'inspirer profondément.

Une chambre d'hôpital. Encore.
Je suis en vie. Cool. « One coin to start ».

Attend... Mais ?!
Les affaires sur cette chaise ne sont pas à moi. Elles sont à …

« -Lisbon ?! »

J'aperçus le bandage tâché de sang.

« -Merde...-lâchais-je, paniqué »

La terreur m'envahis. Je me ressaisissais. Je n'étais pas dans une unité de réanimation. Lisbon non plus.

Je tentais de bouger. Ma jambe gauche refusait de m'obéir. Bien... Après le bras droit dans une attelle, ce sera la jambe gauche dans un plâtre ! Je ne vais pas pouvoir marcher dans cet état.
Et Lisbon était à côté de moi.

J'aimerais bien savoir ce qui se passe, et ce qui est arrivé à Lisbon.

Je pris ma sonnette et appelais quelqu'un.

Une infirmière entra dans la chambre cinq minutes plus tard.

« -Monsieur Jane, vous êtes enfin réveillé.-dit-elle »

J'allais lui répondre que son père allait enfin arrêter de se comporter comme un... Enfin, voilà... Je devrais arrêter de lire tout le monde.

« -Qu'est-ce qui se passe ?-demandais-je
-Et bien... »

Ses yeux bougeaient vers le coin supérieur droit de leurs orbites. Elle se remémore les transmissions du matin, qui disaient sûrement que je suis le plus mauvais patient de la Terre.

« -Vous avez fait une chute du deuxième étage, approximativement... Vous avez échappé à une maison en flammes. Votre patron, juste à côté vous a retrouvé et a appelé les secours.-résuma-t-elle, à voix basse
-Elle est blessée.
-Elle a reçut une balle dans le bras. Peu de signes de gravité, mais nous lui avons donné des antidouleurs puissants. Lisbon a été opérée, pour remettre ses os en place. Tout s'est bien passé. »

L'infirmière m'informa qu'elle allait revenir dans quelques temps, et quitta la pièce.

Il ne me restait plus qu'à attendre.

Lisbon se réveilla dans la matinée. Elle ressentait encore les effets de l'anesthésie, mais semblait heureuse de me voir. Je pensais qu'elle allait me frapper pour ce que j'avais fais. Je n'allais pas m'en plaindre cela dit.

« -Comment te sens-tu Lisbon ?
-Hum... Ce nuage est trop beau... »

J'éclatais de rire.

« -Mouche-toi bien.-lui conseillais-je
-Pourquoi ?
-Fais-le. »

Elle s'exécuta avec le drap sous la couette. Oups...

« -Tu devais sûrement avoir encore un peu d'anesthésiant dans le nez.-expliquais-je
-Comment le sais-tu ?
-Une expérience perso...-répondis-je, vague
-Je ne sais pas comment tu fais pour savoir autant de choses.-avoua Lisbon »

Cela me surpris fortement. Elle devait être encore perturbée par l'anesthésie. Je ne voulais pas qu'elle dise des choses qu'elle n'aurait pas voulut dire. Je devais embrayer sur un autre sujet.

« -Lisbon... Ton épaule...-murmurais-je, avec inquiétude
-Ne t'inquiète pas. Ce n'est pas grave.
-Que s'est-il passé ?
-Rien de bien important.
-Lisbon, on est enfermé dans une petite chambre pour encore quelques jours. J'ai des moyens de te faire parler.
-Tu n'oserais pas.
-Tu penses ?-demandais-je »

Elle avait le regard vague. Je ne voulais pas qu'elle fasse quelque chose qu'elle regrette, et pourtant, j'étais en train de la forcer à parler.

« -Lisbon, pourquoi es-tu dans la même chambre que moi ? Normalement, dans les chambres doubles, il y a deux personnes du même sexe.
-Par ce que je ne te lâcherais pas cette fois. »

Lisbon avait promis de me protéger, de veiller sur moi.

Un sanglot étreignit mon cœur. La peine assaillit mon esprit.


zazazou  (16.09.2013 à 18:38)

Mon pouce gauche se plia nerveusement, entraînant un spasme dans tout mon bras. Je cachais l'ensemble sous ma couette et m'enfermais dans le mutisme.

La nuit arriva rapidement. Lisbon commençait à retrouver ses esprits.
Je fis semblant de dormir.
Elle m'appela plusieurs fois. Je ne répondis pas.

Une infirmière vient nous apporter des médicaments. J'étais obligé de me réveiller. Je les pris sans réfléchir.
Lisbon me regardait, mais ne dit rien.

Je tombais dans un profond sommeil.

John le Rouge revint. Une farandole de cadavres dansait autour de lui. Et cerise sur le gâteau, je revis la découverte de leur... Leur...
D'habitude, cela suffisait à me réveiller. Pas cette nuit. J'avais accumulé beaucoup trop de fatigue, la repoussant éternellement, pour éloigner les cauchemars. Mais elle avait contre-attaqué, profitant d'un moment de faiblesse, et sûrement des médicaments donnés par l'infirmière.

Je ne pouvais pas me réveiller. J'étais condamné à subir mes mauvais rêves.

« -Monsieur Jane... Réveillez-vous !
-Quoi ?!-marmonais-je, surpris
-Il fait beau dehors, profitez-en ! »

La joie de cette jeune fille en blouse blanche pouvait presque me contaminer. J'oubliais un instant le sujet de mon rêve. C'est si beau la jeunesse...

« -De toute façon, je ne sors pas tout de suite...-marmonnais-je, morose
-C'est vrai que le temps peut paraître long à l'hôpital. Rassurez-vous, nous allons vous remettre sur pieds. »

Elle me faisait face, souriante.

Lisbon se réveilla.

« -Bonjour Madame, comment allez-vous ?-demanda-t-elle, dans un anglais quasiment français
-Bien...
-Je viens vous embêter avec mes machines pour prendre les constantes. Je n'en ai pas pour très longtemps, ne vous inquiétez pas. »

La petite quitta notre chambre, pour revenir avec la machine en question, constituée d'un brassard et d'une épingle à mettre au bout du doigt.
Je fus sa première victime.

« -Vous avez la perfusion à gauche, et l'attelle à droite. Mince. Comment je fais ?! »

Elle s'approcha de la porte de la chambre, pour chercher l'infirmière du regard.

« -Met le brassard à la cheville !-s'exclama quelqu'un, qui avait compris son problème »

La jeune fille revient vers moi, puis s'arrêta, perplexe.

« -Le brassard à la cheville ?! Quoi ?!
-J'ai des artères dans la cheville aussi.-lui fis-je remarquer
-C'est vrai. »

Elle put enfin prendre ses chiffres, amusée de la situation.

« -Je dois vraiment partir faire un stage aux urgences moi...
-Je suis sûr que vous y arriverez très bien...-répondis-je, perçant ses failles d'un coup d'oeil
-Patrick Jane, le grand mentaliste...-dit-elle, humblement
-Ma réputation me précède...
-Et oui... J'ai appris le cold-reading en psychiatrie.
-Ah, très bien ! Comment vous appelez vous ?
-Elisabeth, pour vous servir ! »

Elisabeth s'attarda quelques instants sur mon visage, et ses yeux se voilèrent de tristesse. Les ravages de la nuit passée étaient encore présent.
Elle partit récolter des chiffres sur Lisbon, en souriant toujours.

Enfin, elle s'excusa et quitta la pièce. En passant devant moi, elle me lança un petit sourire peiné.

Le lendemain, nous étions autorisés à sortir. Je ne revis pas la jeune fille qui riait tellement. Peut-être que, si j'en ai le courage, je retournerais dans le service.

Je discutais avec Lisbon de sujets normaux. Elle semblait s'appliquer à éviter certaines choses.

Risgby nous attendait, dans la voiture.

Pendant le voyage, je repensais à l'épaule de Lisbon. Cela me chagrinait, sans que je puisse comprendre la raison.
Je serrais le poing, pour camoufler le TOC qui agitait mon pouce. Curieux.

« -Lisbon, comment m'as-tu retrouvé ?-demandais-je
-Eloïse. »

Cette réponse me rendit immensément triste. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivais.

Nous retournons au CBI.
L'ascenseur est en panne. Van pelt arriva au devant de nous, avec une lampe électrique. La panne touchait tous les systèmes consommant de l'électricité.
Nous grimpions les marches, dans la pénombre. L'obscurité me convenait, je ressentais les affres de la dépression.

« -Où en est l'enquête ?-demanda Lisbon, à Van Pelt
-Le téléphone retrouvé dans la poche de Jane comporte des photographies des cadavres et du smiley de John le Rouge. »

D'un seul coup, les deux femmes s'envolèrent.

Ah. D'accord. Il fait tout noir. Qu'est-ce qui se passe ?

« -Il y a quelqu'un ?-lançais-je »

Seulement l'écho de ma voix.
J'avais peur.

Je continuais de monter les marches. Personne. Toujours cette pénombre écrasante.

Je laissais mes pas m'emmener vers le bureau de Lisbon. Un smiley rouge souriant.

Lisbon était derrière, j'en étais certain.
Mon dieu, mon dieu, mon dieu... S'il-vous-plaît, pas ça !!

Attends deux minutes, je suis dans ma tête là. J'hallucine. C'est mon esprit qui m'envois une séquence de ce genre. Une suggestion post-hypnotique.
Cela signifie que, si je ne veux pas trouver Lisbon derrière cette porte, alors elle n'y sera pas.

J'ouvrais la porte, et me retrouvais parachuté dans la maison en flamme.

La chair de l'homme commençait à se consummer. Je regardais son œil fondre et fus pris d'une envie de vomir.

La fenêtre. Mon unique solution. La seule qui était aussi mortelle que le fait de ne pas l'appliquer.
Je sautais.

L'explosion me propulsa très loin.

Je pris feu. Mon manteau me protégeait des flammes.

Mais pas de la chute.

Je perdis connaissance.

Quelqu'un était sur moi. Un homme tentait d'implanter des suggestions dans mon esprit. C'est fou n'empêche...

J'étais trop faible pour me défendre.

Je sortis mon pistolet de ma poche et tirais.

Il s'échappa.

Je me relevais, agonisant à moitié.

Une forme se tenait dans la fumée qui se dégageait de la maison.

Je fis quelques pas pour m'approcher et tirais sur cette forme.

L'autre est touché. Je pense avoir râté mon coup.

Je poussais un cri de désespoir et laissais mon corps m'entraîner dans un puit sans fond.

Pour me réveiller.

Une forme se penchait sur moi.

Je me levais d'un bond, pour mettre de la distance. Le mur dans mon dos m'arrêta.

L'image mit du temps pour se stabiliser. Mon cœur menaçait d'exploser.

« -Jane... Jane...-appela quelqu'un »

Lisbon. En vie.

Je la serrais fort dans mes bras.

« -Comment m'as-tu retrouvé Lisbon ?
-Je te l'ai dis.
-Et après, qu'as-tu fais ? »

Je sentais les battements de son cœur s'intensifier.

« -S'il-te-plaît.-l'implorais-je, bouleversé
-J'ai filé vers la maison où tu te trouvais. Il y a eu une explosion. Un oiseau de feu s'est échappé d'une fenêtre. C'était magnifique. Je suis sortis, pour aller voir de plus près. La fumée m'empêchait de me repérer. J'avais peur de ne pas pouvoir te retrouver là-dedans. Une forme s'est approché et j'ai reçu une balle dans l'épaule. Je t'ai retrouvé un peu plus tard. »

Je fouillais dans ma poche, de ma main « valide » (celle qui pouvait encore bouger un petit peu) et en sortis les balles de mon pistolet.
J'écartais doucement Lisbon pour lui montrer.

« -C'était moi. John le Rouge est encore vivant. Je croyais l'avoir tué dans la maison, mais ce n'était pas lui. Il m'a hypnotisé pendant que j'étais à terre. J'ai tiré, croyant que c'était lui. Pardonne-moi Lisbon... »

J'aperçus l'escalier dans lequel j'étais tombé. Un vertige me saisis.

« -Ce n'est pas de ta faute Jane...-murmura Lisbon »

Van Pelt nous regardait avec un air douleureux. Elle pensait le contraire.

« -J'aurais pu te tuer. »

Elle me prit dans ses bras.

« -Ne pense pas ça. Ne pense jamais ça. »

Lisbon me lâcha et nous reprîmmes le chemin de nos bureaux. Elle s'enferma dans le sien.
Je m'allongeais sur mon canapé et ne bougeais plus d'un pouce pendant plusieurs heures.

« -Jane.-m'appela Van Pelt »

Je sursautais.

« -Vas-lui parler !-ordonna-t-elle, en désignant le bureau de Lisbon de la tête
-Quoi ?
-Vas-lui parler ! Jane, tu l'as manipulé en faisant lui faisant croire que tu n'allais pas bien. Elle s'est inquiété pour toi !
-C'était pour son bien...
-Ose lui dire ça en face !-s'énerva Grace
-Mêle-toi de tes affaires !-répliquais-je
-Mes affaires ?! Je devrais te descendre Jane ! Je ne le fais pas pour Lisbon. Elle te déteste de lui avoir fait ça !
-Elle ne m'a rien dis à l'hôpital...-lui signalais-je
-Parce que tu lui faisais pitié. »

Comment peut-elle penser de telles choses ? Est-ce que Lisbon me déteste vraiment ?! Le franc parlé de ma collègue me donna des frissons.

J'allais à son bureau. Incertain de la démarche à suivre, je tapais et entrais ensuite.

Lisbon leva la tête.

« -Je veux te parler.-annonçais-je »

Je fermais la porte et les rideaux puis m'approchais du bureau.

« -Je suis désolé de t'avoir fait de la peine...-commençais-je
-Je t'en veux. Pourquoi ne peux-tu pas me faire confiance ?!-s'énerva Lisbon
-Je...
-Ne t'excuse pas ! Je ne suis qu'un objet que tu manipules ! Sors d'ici Jane ! »

Elle était vraiment très en colère contre moi. Ses yeux pouvaient me tuer.
Sa peine me blessait plus durement que sa furie.

Je sortis mon téléphone et enclencha la vidéo. Je passais l'appareil à Lisbon.

Elle le découvrait avec stupéfaction.

« -Pourquoi ne m'as-tu pas prévenue ?
-Il allait te tuer !
-Je suis capable de me défendre toute seule !
-Il allait te tuer !
-Je suis armé !
-Il allait te tuer !-répétais-je
-Jane !-coupa Lisbon »

Elle ne comprenait pas.

« -Tu ne comprends pas ! Tu ne comprendras jamais !-m'énervais-je
-Et je ne veux pas. Tu ne me fais pas confiance alors que je croyais en toi !
-Je ne veux pas ouvrir cette foutue porte et te retrouver derrière ! Je ne veux pas ouvrir à nouveau cette porte, avec une lettre de John le Rouge heureux de détruire ma vie. Je ne veux pas voir ton cadavre sous le smiley et me demander pendant le restant de mon existence comment il t'a tuer et s'il y a pris du plaisir ! »

Je m'arrêtais quelques secondes pour reprendre mon souffle.
Le bureau me gênait et ma canne m'handicapait. Lisbon s'en rendit compte et s'approcha de moi.

« -Jane... Je veux que tu me fasses confiance...-murmura-t-elle
-Tu ne comprends pas... »

Je lui faisais trop confiance. Elle comptait beaucoup trop pour moi.
Lisbon inclina légèrement sa tête sur la droite, perplexe. Elle ne comprenait vraiment pas

Je posais ma canne contre le bureau. Ma main libre effleura doucement la joue de Lisbon. J'étais incapable de réfléchir. J'étais un petit radeau perdu au milieu d'une tempête.
J'approchais doucement mes lèvres des siennes, lui donnant le temps de s'esquiver. Elle ne le fit pas.

Je l'embrassais enfin.
Mon cerveau explosa en un million de feux d'artifices. Je visionnais des tranches de souvenirs. Je me rappelais lorsque nous avions été surpris en train de s'embrasser, Angela et moi, par Charlotte-Anne. Nous avions tellement rit ce jour là.
Je me souviens de sa robe si légère qu'on ne la sentait pas sous les doigts.
Je me rappelais du bonheur.

Je reculais de quelques pas, surpris. Je ne pensais pas être capable de revoir ces bons souvenirs sans pleurer.
Perturbé, je quittais la pièce.


zazazou  (26.09.2013 à 11:10)

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