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Série : Torchwood
Création : 08.06.2010 à 12h34
Auteur : evalyre
Statut : Terminée
« Après COE... Crossover TW et DW. Et merci à ma superbêta Chris... Sans toi... bref...^^ » evalyre
Cette fanfic compte déjà 29 paragraphes
Lors du trajet du retour, Ianto avait tout naturellement pris place au volant. Et le silence qui suivit leur départ de chez sa sœur s'expliquait par le fait que Jack savourait presque ce moment de tranquillité, si rare dans son boulot. De son côté, Ianto se demandait comment il allait l'interroger sur ce qu'il pensait de sa sœur.
– Ah! J'y pense...
– Jack, tu sais, je...
Ils rirent ensemble d'avoir parlé en même temps. Ianto déclara:
– Vas-y, toi d'abord.
– Non, toi... De mon côté, rien de bien urgent.
– Moi non plus, je t'assure...
– Mais je sais ce que tu vas me demander...
– Je voudrais bien voir ça, fit Ianto en souriant.
– Tu voudrais savoir si ta sœur n'est pas tombée amoureuse de moi, hm?
Ianto éclata de rire.
– Jack!
– Et je réponds par l'affirmative: ta charmante sœur est raide dingue de moi.
– Mais ceux qui te rencontrent ne peuvent pas faire autrement...
– De quoi?
– De tomber amoureux de toi, Jack.
Ianto se mordit la lèvre. Quel triple idiot! C'était sorti si facilement!
Sans se démonter, et sans relever le sous-entendu, Jack, souriant, affirma:
– Je t'assure que les weevils ou les poissons-lune doivent faire exception.
– Jack!
– Quoique si je compte Janet...
– Jack!
Cette fois, la protestation fut assez forte pour l'arrêter. Mais comme Ianto semblait encore chercher ses mots, Jack enfonça le clou pour s'amuser.
– Tu crois que Rhys aussi, il...
Le « Arrête ! » de Ianto, même en faible supplique, suffit à le faire taire définitivement. D'ailleurs, le jeune homme arrêta le suv sur le bas-côté de la route. Il avait l'air à la fois furieux et embarrassé.
– Pourquoi tout finit toujours en plaisanterie, Jack? Pourquoi dès qu'il s'agit de sujets importants, tu t'arranges toujours pour en rire?
Jack considéra les joues et les yeux brillants de Ianto avec un mélange d'intérêt scientifique et de tendresse.
– Je ne savais pas que nous étions déjà arrivés, murmura-t-il, l'œil gourmand et le sourire canaille aux lèvres.
– Tu vois! Tu recommences! Lança Ianto, exaspéré.
Il pianota nerveusement sur le volant, les yeux fixés sur la route. Ne pas regarder Jack ou ses sentiments lui échapperaient.
Jack ne releva pas son exaspération. Garder le silence valait mieux que de finir par avouer la vérité sur ce qu'il ressentait pour ce jeune homme dont il avait découvert, ravi, certains aspects méconnus.
Mieux valait laisser parler Ianto. Lui laisser le temps nécessaire pour exprimer ce qu'il avait besoin de dire. Mais le jeune homme reprit rapidement ses esprits.
– Je suis désolé, Jack. Je ne sais pas ce qui m'a pris... Tu as été parfait avec ma sœur... Comme toujours.
La voix s'était brisée sur ces deux derniers mots. Ianto redémarra la voiture avant d'amorcer la manœuvre pour se réinsérer dans la circulation. D'autorité, Jack éteignit le moteur sous l'œil étonné de son coéquipier.
– Dis-moi ce qui ne va pas, Ianto... Parle-moi...
Ianto capitula, mais ne livra qu'une partie de son problème:
– Cela faisait des années que je n'avais pas eu cette impression d'appartenir à une famille. Une vraie famille, comme cet après-midi. C'est une sensation étrange... Et maintenant, de pouvoir parler de ma sœur, de Mica ou de David avec toi, c'est... inédit...
Jack approuva gentiment.
– Hm... C'est une journée pas banale, hein? Ce que les autres trouvent parfaitement naturel... Et particulièrement ces sensations que tu décris, nous y renonçons pour sauvegarder tout cela pour les autres... Au point d'oublier parfois que nous sommes humains, fragiles, émotifs, avec un grand besoin de tendresse. A Torchwood, cela paraît incompatible.
– Pourtant, Gwen va avoir un bébé...
– Oh! Oui... Que veux-tu... l'exception qui confirme la règle.
Cette fois, Ianto se tourna pour faire face à son chef, l'air profondément triste.
– Alors tu crois qu'il est impossible d'associer les sentiments personnels à Torchwood?
Jack préféra choisir soigneusement ses mots. Mais il se sentait mal à l'aise sous le regard attentif de son amant. Il adopta l'idée de reporter sa réponse. S'il y en avait une...
– Je n'ai pas dit ça...
Jack ne savait plus très bien quel était le vrai sujet de conversation. Il ignorait que dans la confusion des sentiments qui l'envahissaient, Ianto non plus ne s'y retrouvait pas.
La journée avait commencé au paradis pour basculer dans l'irréel : la lettre. Puis Rhiannon plaisantant simplement avec Jack. Et à présent, Ianto devait se l'avouer, s'il y avait un réveil: il le craignait.
Il ne voulait pas d'un retour à la réalité. La lettre de Jack était encore dans sa veste, contre son cœur en déroute. Lourde d'amour, chaude de sincérité, surréaliste.
Il ne désirait que de vivre aux côtés de Jack, des moments simples comme ceux qu'ils venaient de partager. Et il savait ce vœu irréalisable. Peut-être était-ce pour cette raison qu'il se sentait nerveux et profondément triste.
Sans chercher à répliquer, il reprit la route vers le Hub, remerciant mentalement Jack de ne pas rompre le silence. Ianto en avait besoin pour s'éclaircir les idées. Il avait toujours eu besoin d'un minimum d'ordre, autant dans ses affaires que dans sa tête. Tout le contraire de Jack, beaucoup moins cérébral.
De son côté, Jack préféra ne plus rien dire, de peur de blesser involontairement son jeune amant tellement ses idées étaient confuses. Il attendrait leur arrivée au hub si Ianto se décidait à garder le silence.
Lorsqu'ils retrouvèrent la base, Jack monta allègrement à son bureau en s'exclamant, l'air enjoué:
– Cette fois, c'est moi qui commande le repas. Chinois, ça te va?
Ianto, lui, se retrouvait dans la salle centrale avec un air un peu perdu. D'un grognement, il approuva vaguement la proposition de Jack qui disparut aussitôt dans son antre.
Le jeune homme pensait à tant de choses à la fois. Tant de sensations contradictoires se bousculaient dans son cœur... Bon sang! Il fallait que ça cesse. Et il n'y avait, hélas, qu'une seule solution...
Jack fit sa commande avec l'alléchante perspective de passer à nouveau une soirée en tête-à-tête amoureux avec son jeune équipier, avec la sensation si rare d'être en vacances.
Dès le lendemain, il faudrait reprendre le cours normal de la vie à Torchwood. Le travail avant tout. Car oui, il était difficile, voire impossible de combiner une vie privée épanouie avec ce boulot bizarre et accaparant. Jack était tout de même bien placé pour le savoir. Il travaillait pour Torchwood depuis presque 150 ans. Et ses rares relations durables n'étaient pas déplorables seulement parce qu'il avait peur d'aimer. Le travail compliquait toujours les choses. D'ailleurs, aucun couple formé par ses ex-équipiers n'avait survécu plus de deux à trois ans. Et souvent, un couple interne à Torchwood. Gwen faisait exception. Mais bon... Elle était exceptionnelle.
Jack sourit en imaginant la jeune femme, enceinte jusqu'au yeux, en train de le supplier de lui permettre de chasser les aliens, alors que Rhys, furieux, l'obligeait à rester à la maison, la menaçant de l'y attacher. Gwen avait du cran, et du cœur. Peut-être était-ce là le secret de sa personnalité originale et si attachante.
Si Ianto se décidait à s'engager, statistiquement, sa relation avait toutes les chances de prendre l'eau à cause du travail. Voilà. Au moins, pour Jack, c'était clair. Il poussa un soupir de soulagement pour retourner vers la pièce centrale. Il descendit les escaliers en déclarant, tout fier:
– Nous serons livrés dans trente minutes. Et je nous ai pris un assortiment de tout.
Il leva les yeux vers Ianto, statufié au beau milieu de la salle. Dans les mains, une lettre pliée en quatre à qui il semblait donner le pouvoir de changer le cours de son destin. Le cœur de Jack se serra. Le jeune homme devrait toujours ignorer que son destin avait été modifié. Que dans une autre dimension, si le Docteur n'était pas intervenu, à cette heure, Ianto serait sans doute mort. Peut-être dans ses bras.
Jack évacua rageusement un chagrin insidieux qui grignotait son esprit mais n'avait aucune raison d'être. Ianto était là. Encore. Plongé dans ses pensées, mais bien vivant.
– Hé! Ianto! Que t'arrive-t-il? S'exclama-t-il en descendant quelques marches.
Sans chercher à dissimuler la lettre, Ianto releva la tête, regarda Jack venir vers lui et prononça, la voix enrouée par la myriade de sensations qui l'étreignaient:
– Je t'aime, Jack.
– Qu'est-ce que tu as dit? Je n'ai pas entendu...
Et c'était vrai. Ianto répéta alors, plus fort et plus distinctement:
– Je t'aime, Jack!
Jack s'immobilisa aussitôt. Les mots tant redoutés avaient été prononcés si fort qu'ils se répercutaient, en écho, dans toute la salle et revenaient résonner durement contre son cœur.
« Oh! Non, Ianto! Non! Pas maintenant... Pas comme ça... » songeait Jack
Pourtant, une partie de lui avait violemment désiré ces mots... Il ne pouvait le nier.
Il répondit cependant, l'air parfaitement détaché, en descendant les dernières marches:
– Oh...
Le regard de Ianto était indéchiffrable. Il serrait entre ses doigts La lettre. Celle qui venait de l'obliger à se jeter à l'eau. Face à sa tempête intérieure et des sentiments contradictoires, il y avait un Jack très décontracté, mains dans les poches, avançant vers lui.
Ianto baissa les yeux sur la lettre pour se redonner du courage.
– Il fallait... Il fallait que je le dise. Peu importe ce que tu feras. Au moins, tu le sais, maintenant.
La main tremblante, Ianto rangea la lettre dans la poche de sa veste et se prépara à quitter le hub. Rester ce soir, alors qu'il venait de se livrer à un Jack impassible, lui paraissait au-dessus de ses forces.
Au moment où il esquissa son geste de retraite, une main ferme lui attrapa le bras.
– Non! Ianto... Ne pars pas... S'il te plaît.
Ianto trouva l'espoir dans le regard perdu de Jack. Son Capitaine, d'habitude si flamboyant, se montrait un peu gauche, balbutiant, et surtout, le regard profondément triste.
– Ecoute, Ianto... Je... Je ne peux rien te répondre... Rien te promettre.
– Je sais... Mais cela n'empêche pas ce que j'éprouve pour toi... J'en ai assez de ce petit jeu de chache-cache entre toi et moi, Jack... Je veux que tu saches ce que tu représentes pour moi. Je sais ce que cela implique. J'en accepte les conséquences. Toutes les conséquences...
– Oh! Ianto... Non... Non, murmurait Jack désolé, en s'approchant encore du jeune homme au bord des larmes.
– Je ne veux pas que tu souffres, chuchota Jack en le prenant tendrement par la nuque.
Ianto se laissa faire, presque dérouté par les gestes de son amant bouleversé. Il soutint son regard pour murmurer à nouveau:
– Je t'aime.
Ianto vit Jack se transformer, fondre dans ces trois petits mots prononcés avec tant de conviction. Pourtant, la raison de Jack lui fit dire doucement:
– Non, Ianto... Non...
Mais ses lèvres effleuraient déjà celles, frémissantes, d'un Ianto aux anges. Le jeune gallois entoura d'une main le cou de son amant et poussa un soupir de soulagement lorsque les lèvres de Jack rejoignirent les siennes.
***********************************PGN-13******************
Oui, Ianto s’estima heureux. Le plus heureux des hommes. Jack l’embrassait avec toute la tendresse qu’il portait en lui. Même si ce satané électron avait murmuré, à demi mots, son inquiétude, sa peur de l’engagement affectif, il était pourtant en train de répondre à Ianto et à sa déclaration enflammée. Il était en train de lui prodiguer son amour, de la plus douce des façons.
Ianto se perdit dans ce baiser qui augurait le meilleur à venir. Il sentit deux bras puissants le saisir par la taille. Les deux amants s’embrassaient encore lorsque le jeune homme se remit à penser à ce qu’il venait de dire à l’immortel. « Je t’aime, Jack ». Ça y était, les mots avaient été enfin lâchés, et Jack les avait enfin rattrapés, en silence…Et contrairement à ce qui se dit habituellement, les mots comptent parfois autant que les actes.
Une chance pour Ianto, Jack était un homme d’action assez loquace. Tandis que ses grandes mains impatientes le déshabillaient, Jack libéra la bouche de Ianto pour lui susurrer à l’oreille.
- J’ai très faim de toi.
Ianto sourit. Jack lui faisait souvent comprendre qu’il avait très envie de lui - d’un simple clin d’œil, d’un sourire, d’un regard explicite- mais il était plus rare de l’entendre prononcer ces mots. Match nul. Balle au centre.
- On dispose de trente minutes, c’est ça? Répondit Ianto, sans chemise, mais avec malice.
- On dispose de toute ta vie… si tu veux bien…
- Le livreur?
Jack ne daigna même pas répondre. Il enleva sa chemise et son tee-shirt d’un seul geste adroit et rapide. Un vrai magicien. Puis il se baissa face à Ianto et déboutonna le pantalon. Ianto s’agrippa aux cheveux courts de son amant et ferma les yeux. Toujours à genoux, au beau milieu du hub, Jack débarrassa le jeune homme de ses derniers vêtements et, le tenant par les hanches, le força à s’agenouiller contre lui.
- Ici?
- Oui.
- Mais le sol est sale et …c’est froid.
- D’ici une seconde, tu auras chaud, atrocement chaud de moi.
Jack s’allongea sans hésiter sur les dalles de métal et attira Ianto à lui. D’un regard, l’immortel l’invita à le chevaucher. Ianto obéit. Le torse nu, Jack admira la nudité excitante du jeune homme qui passait sa jambe gauche par-dessus son corps. Puis, toujours sûr de lui, tout en lui caressant les cuisses, il lui enjoignit de finir la séance d’effeuillage sur sa personne. Ianto obéit. Jack soupira. Ianto reculait à mesure qu’il baissait le pantalon et le boxer de son patron très expressif de la tête aux pieds, appréciant au passage l’effet qu’il avait déjà sur lui. Finalement, trente minutes suffiraient largement. Le temps des longs préliminaires était loin derrière eux tant ces deux êtres flirtaient avec une passion commune et grondante dès qu’ils se frôlaient.
Allongé sur le sol et à peine délivré de ses chaussures, Jack se redressa pour saisir Ianto par la taille et l’attirer à lui. Complètement nus, hormis les chaussettes que Ianto avait encore sur lui, les deux hommes échangèrent un nouveau baiser tendre et profond. Les mains de Jack sur son dos, caressantes et douces. Les mains de Ianto descendant sur les reins de Jack. Leur peau mêlées. Le regard aimanté à celui de l’autre.
Ianto se mit à caresser d’une main tremblante l’entrejambe de Jack qui émit un léger gémissement à peine exagéré. Il quitta les lèvres de ce dernier pour son torse, le couvrant de baisers sauvages. Jack se cambra, ce qui tira à Ianto un spasme de plaisir précoce. Il se dépêcha de descendre encore plus bas et prit Jack en bouche, avidement. Cette fois, les gémissements abondèrent, sans retenue. Après quelques caresses buccales, le Capitaine saisit le visage du jeune homme et l’obligea à revenir à sa hauteur, pour un autre baiser qui eut le goût de leur communion. Si suave. Excitante, comme un bon café après une nuit blanche.
Jack bascula Ianto sur le sol et se chargea de lui rendre la pareille, en suçant ça et là de fines parcelles de peau offertes et frémissantes. Ianto couina. Jack arrêta sa mise en bouche.
- Quoi?
- Rien. Continue. C’est la dalle, je me suis écorché dessus, je crois.
- Montre-moi, fit Jack, l’air anxieux.
- Pas la peine. J‘ai vu pire en me rasant. Continue.
Jack sourit de toutes ses dents et obéit. Il revint sur le bas ventre de l’autre pour le gratifier des mêmes suçons. Mais aussi agréable était-il de donner du plaisir à son amant et de sentir son propre désir grandir, il arrivait un instant T où il fallait finaliser toutes ces petites démonstrations d’affection. Le sexe de Ianto contre son ventre le rappela à l’ordre. Il revint faire face au jeune homme alangui, qui avait fermé les yeux, et fit claquer sa langue. Ianto ouvrit les yeux qui parlèrent pour lui.
Le visage affable et gourmand, Ianto priait mentalement pour que les mains de Jack le guident, une fois encore, car il n’avait plus toute sa raison et les initiatives de Jack ajoutaient à son ivresse : une flambée supplémentaire de confiance en soi. Les mains de Jack étaient grandes, pensa-t-il subitement et le reste était à l’avenant : grands pieds, grande bouche - quelle bouche appétissante- et grande gueule, par conséquent. Et surtout, surtout, grande masculinité.
Avec un sourire coquin, Jack se positionna plus confortablement entre les cuisses de Ianto, qu’il tint fermement collées à ses hanches. D’une main il souleva légèrement le bassin de Ianto , de l’autre il lui caressa la joue. Le jeune homme avait confiance en son amant. Il avait l’air serein, épanoui. Jack se pencha vers lui et l’embrassa. Noyé de plaisir, Ianto sentit la virilité de l’autre pénétrer en lui. Il réprima un petit râle de douleur et se détendit aussitôt.
Il avait compris qu’il aimait ce Jack de malheur le jour où, en plein préliminaires, il avait ressenti une sorte de bien-être, un abandon total et fulgurant qu’il n’avait jamais connu auparavant. Comme s’il n’avait jamais connu que Jack Harkness de toute sa courte vie. Lorsqu’il donnait son corps à Jack, il laissait très facilement au vestiaire son obsession des toilettes bien mises, sa coquetterie presque maladive, source d’un puits intarissable de quolibets, de railleries, depuis sa plus tendre enfance. Il n’en avait plus cure. Au diable la bienséance et les apparences apprêtées. Un homme lui faisait l’amour et rien d’autre ne semblait avoir plus de valeur à ses yeux.
Ianto souleva au maximum son bassin pour faciliter les mouvements de plus en plus rapides de Jack. Il n’avait plus mal. Il n’avait plus peur de rien. Il ne voulait qu’une chose : que Jack ne s’arrête jamais de le bousculer, corps et âme. Que Jack le ramone de son sexe grondant et conquérant jusqu‘à lui pilonner le cœur. Ce coeur en miettes que le Capitaine ramasserait aussi souvent qu‘il le faudrait, pour le reste de sa vie.
Ianto avait atrocement chaud. Jack avait toujours raison. Son sang lui brûlait les veines. Sa tête cognait de l’intérieur. Ses mains perdaient en poigne. Ses jambes autour de Jack devenaient molles, dévissées. Et comme si l’art du sexe maîtrisé de Jack ne suffisait pas, Ianto ne put s’empêcher de se nourrir des cris sourds que l’immortel laissait échapper à chaque coup de reins. Dieu que cela était bon d’autant satisfaire l’étalon en rut. D’être le centre de son appétit viscéralement insatiable.
Le dos trempé, aspiré telle une ventouse charnelle par les dalles de fer, Ianto avait vraiment très chaud. Mais il n’était pas le seul. Il reçut dans le coin de l’œil une goutte de sueur bouillante. Il cligna de l’œil que le sel piquait légèrement, puis Il regarda son amant et sourit de le voir dégoulinant, capable de vaporiser les lieux de son aura sexuelle. Jack lui rendit son sourire, et son clin d’œil. Il leva soudain les yeux en l’air, la bouche en cul de poule. Jack Harkness, excité mais toujours pragmatique, changea le programme.
- Prends appui sur tes bras, lui conseilla le Capitaine, d’une voix apaisante.
Ianto obéit et plaqua ses mains contre les dalles. Sans le brusquer, Jack passa une main ferme sous le bras de Ianto et le souleva en le tenant par le dos, avec une douceur troublante.
Ianto, d’abord étonné, se retrouva vite à califourchon sur son amant, toujours à la merci de son membre enfoui dans son intimité. Il se redressa un peu pour permettre à Jack de prendre ses marques et faciliter ses mouvements, qui reprirent de plus belle avec une frénésie assez inédite, et impressionnante pour un homme de cet âge.
Ianto avait plongé sa tête martelée dans l’épaule de Jack et son corps entier se hérissa violemment de plaisir. L’odeur de Jack, sa peau moite contre la sienne, son souffle rauque, sa grande bouche plantée dans son omoplate, ses grandes mains qui lui maintenaient les fesses à l’air. Et son sexe qui lui vrillait les entrailles avec virulence. C’était quasi certain, Ianto allait tomber dans les pommes avant la fin des joyeusetés. Mais Jack le connaissait mieux que quiconque : il le savait endurant et positivement friand des prolongations. Le Hub, pourtant vide, semblait vibrer au rythme de leurs râles. Jack faisait l’amour à la Terre entière. Ianto l’aimait tellement.
Le plaisir ultime les propulsa dans le même nirvana des sens. Ianto hurla à la vie en sentant Jack se vider en lui. Jack hoqueta et s’effondra sur le jeune amant dévasté de bonheur.
Cimentés l’un à l’autre par la sueur, autant que par l’intensité de leur orgasme et l‘impact de leurs muscles momentanément tétanisés, Jack et Ianto reprenaient paisiblement leur souffle. Le Capitaine fut le premier à refaire surface. Il se souleva péniblement et s’accouda au sol, plongeant son regard azur dans celui de Ianto.
- Allez, au lit maintenant. Je ne veux pas que tu te blesses encore.
- Encore…
- Est-ce Myfawny que j’ai cru entendre crier ?
- Non, idiot. C’est moi, rétorqua Ianto en passant les bras autour du cou du sémillant Capitaine.
- Mmh? Dans ce cas , pense à consulter pour tes cordes vocales. Allez, tu me suis?
- Sérieux?
Jack répondit par un sourire monstrueux de lubricité. Ianto n’avait jamais eu peur des monstres. Il roula des yeux et pensa au « monstre » favori de sa jeunesse : Dracula. Jack lui sucerait jusqu’à la dernière goutte de vie et Ianto se livrerait volontiers à ce délicieux «vampirisme ».
Il aimait Jack. Et, maintenant, Jack savait.
**************************** FIN de PGN - 13 ************************
Ils accueillirent le livreur à l'office du tourisme en pouffant comme des collégiens débraillés. Puis ils étaient retournés au lit pour se donner tour à tour la becquée. Le repas devint vite aphrodisiaque. Ils plongèrent plusieurs fois dans les vagues délices du désir.
Beaucoup, beaucoup plus tard, ils finirent nus, épuisés mais comblés par le corps et le cœur de l'autre. Presque serein, Jack se tourna vers son jeune amant resté sur le dos, les yeux dans le vague, et s'appuya sur le coude pour mieux le regarder. Ianto l'aimait. Pour de bon. Il le lui avait dit et venait de le lui prouver plus d'une fois. Cette confiance que le jeune homme lui offrait lors de leurs ébats ne pouvait plus l'étonner. Cela s'appelait de l'amour.
Le cœur partagé, Jack espérait avoir fait de son mieux pour exprimer ses sentiments à travers ses gestes. Il ne se sentait pas prêt à le dire à son tour... Ces mots-là lui faisaient peur.
Jack caressa tendrement le front de son amant. Ce dernier affichait un air pensif, préoccupé.
Alors que Jack s'apprêtait à lui demander ce qui le tracassait, Ianto murmura, le regard toujours au loin:
– Tu vas m'oublier... Tu m'oublieras... Hein?
Cette fois, Ianto planta son regard dans celui de Jack, à la fois surpris et attristé par la remarque. Jack lui offrit un sourire attendri.
– Je ne le pourrais jamais, Ianto. (Never could...)
– Et dans un millier d'années, tu...
Le jeune homme essaya de retenir des larmes stupides.
– Je ne t'oublierai jamais, Ianto... Je te le promets.
La solennité soudaine de Jack ému, la main aimante qui lui caressait la joue rassérénèrent bêtement Ianto qui ferma les yeux en murmurant:
– Je t'aime tellement, Jack... Pardonne-moi.
Jack le fit taire d'un baiser tendre.
– Arrête Ianto... Tu te fais du mal... Je ne pourrais jamais, jamais t'oublier... Et s'il devait t'arriver quelque chose...
Ianto ouvrit les yeux et observa son Capitaine. Ce dernier lui caressait doucement la joue et le couvait d'un regard si triste, si tendre... Ianto en eut le cœur tout retourné. Pour la première fois, Jack Harkness avait fait tomber ses dernières barrières de protection. Ni arrogance, ni suffisance, ni amusement.
Ianto posa une main tremblante sur la joue de Jack. Il recevait là, en cet instant, le plus beau serment d'amour qu'il ait pu imaginer. En cette minute, tout était possible.
Une émotion intense entre joie et soulagement l'étreignit lorsqu'il récupéra au vol une larme sur la joue de l'invincible Capitaine.
– Ianto, je...
Un doigt vint se poser sur les lèvres de Jack bouleversé de pouvoir enfin le dire...
– Chut... Maintenant, je sais, Jack... Cela me suffit... Moi aussi... De toute mon âme...
Jack resta étonné que Ianto ne veuille finalement pas entendre la vérité. Ianto lui entoura le cou de ses bras et l'attira à lui pour l'embrasser avec tout l'amour qu'il était capable de lui donner.
Jack céda avec un gémissement entre la surprise et le bonheur pur.
Longtemps plus tard, alors que Jack croyait Ianto endormi entre ses bras, il murmura tendrement:
– Je t'aime, Ianto Jones... Quoiqu'il arrive dans le futur, je ne pourrai pas t'oublier... Jamais...
Et Jack s'endormit enfin. Blotti contre lui, Ianto ouvrit les yeux. Un sourire étira ses lèvres. Il embrassa la main passée autour de lui et referma les yeux. La paix se lisait enfin sur son visage.
***
Day FIVE
– Eh Ho! Les garçons? J'ai apporté des beignets!
Gwen déposa son sachet sur la première table qu'elle trouva. Elle fit un rapide tour d'une base drôlement silencieuse en appelant Jack et Ianto. Ne les trouvant pas, elle haussa les épaules et se rendit en cuisine afin de mettre en route le café.
Elle repensa à Rhys. Il avait râlé ce matin justement parce que dans sa hâte de reprendre son boulot après 2 jours de repos forcé, elle n'avait pas pris la peine d'avaler un petit-déjeuner digne de ce nom. En mettant le percolateur en route, Gwen sourit, attendrie. Rhys allait la harceler comme ça tous les matins pendant 9 mois. Elle allait donner la vie. Et Rhys ferait un père merveilleux. Elle se souviendrait toujours de sa tête ahurie lorsqu'elle était rentrée et lui avait annoncé la nouvelle en même temps qu'elle parlait de ses 2 jours de congés. Rhys, aussitôt, avait délégué tout son boulot à des subordonnés. « Qu'ils se débrouillent! » avait-il dit. Il pouvait bien prendre deux jours pour choyer la future maman.
Gwen sortit les beignets pour les poser sur une assiette. Elle avait passé deux excellentes journées, mais elle devait le reconnaître, l'excitation et l'adrénaline de son boulot lui manquaient. Les blagues de Jack, les attentions de Ianto et même les cris de Myfawny.
Elle eut une pensée pour Owen, pour Tosh, qui hantaient le Hub en permanence. D'une certaine façon, elle leur avait dit qu'elle allait être maman. Une idée folle lui faisait même croire qu'ils veillaient sur elle.
Elle soupira en rejoignant la salle centrale. Bizarre que ses deux coéquipiers ne soient pas encore au travail. Elle les appela encore deux ou trois fois puis abandonna. Machinalement, elle se mit sur un poste de travail afin d'effectuer les dernières mises à jour. Peu après, des pas se firent entendre derrière elle.
***
La voix de Gwen traversa son esprit ensommeillé. Avec l'habitude d'un soldat toujours sur le pied de guerre, Jack se réveilla tout à fait, puis sourit.
Au corps abandonné contre le sien, il comprit que Ianto dormait encore. Jack ne résista pas à l'envie de lui caresser tendrement les cheveux et la nuque pour ensuite coller plus encore son corps contre le dos du jeune homme qui grogna un peu dans son sommeil. Jack referma son bras sur la poitrine de Ianto et pressa la joue contre l'épaule du jeune gallois.
Cela faisait des années que Jack Harkness n'avait pas connu une telle paix, un tel bien-être au réveil. Une telle sensation de plénitude en compagnie d'un être spécial qui assouvissait à la fois sa soif de sensualité mais aussi un inavouable manque d'amour et de tendresse. Il ferma les yeux. Ianto l'aimait. Le lui avait dit. Et d'une certaine manière, lui aussi.
Mais comment fallait-il reprendre le cours de la vie quotidienne? Qu'est-ce que cet aveu allait, ou devait, changer ?
Gwen les appela de nouveau. Cependant, serrant plus encore son amant contre lui, Jack n'avait aucune envie de faire face à la réalité et encore moins de quitter cet état presque hypnotique dans lequel il était plongé depuis la veille. Tant pis si la jeune équipière se posait des questions. Tant pis si le chef se dérobait à son devoir de ponctualité. Après tout, il était le chef, justement. Et s'il y avait eu un quelconque danger, son bracelet aurait bipé. Avec un petit sourire satisfait, les yeux toujours clos, il referma les doigts sur ceux de Ianto. Faire durer ce moment de paix le plus possible, voilà ce qu'il désirait en cette minute. Le reste pourrait bien attendre.
***
Ianto sentit vaguement un corps chaud et doux bouger contre lui pour se presser plus encore contre dos. Il sourit béatement sous la caresse de Jack. Il se trouvait encore à cette frontière étrange qui n'est plus tout à fait du sommeil mais pas encore un vrai réveil. Jack avait posé la joue contre son épaule et resserré son étreinte. Et le jeune homme se sentit transporté. Il ne voulait pas que cet instant de pur bonheur tout simple s'arrête. S'éveiller entre les bras du Capitaine représentait déjà une joie qu'il connaissait depuis quelques temps déjà. Mais s'éveiller dans les bras d'un homme amoureux à qui l'on vient d'avouer ses sentiments... Voilà qui rendait ce matin si spécial. Spécial et magique.
Il entendit vaguement Gwen les appeler. Pourtant, il veilla à ne donner aucun signe qui puisse faire croire à son réveil. Entouré des bras, du corps, de l'odeur de Jack, Ianto sentait son cœur devenir aussi immense que l'univers. Il se sentait vivant comme jamais auparavant. Comme jamais, hélas, il ne l'avait été avec la pauvre Lisa.
Jack avait fini par lui dire. Et même si Ianto n'était pas censé le savoir, Jack l'aimait et ne l'oublierait jamais. Il le lui avait promis.
Ianto savait ce que valait les promesses du Capitaine. Elles avaient, dans sa bouche, la valeur d'un serment éternel. Quelque part, dans l'univers, au-delà des millénaires, Ianto serait encore là, présent dans les pensées du Capitaine Jack Harkness ou tout nom qu'il se choisirait alors...
Comme en réponse à cette idée vertigineuse, les doigts de Jack vinrent se mêler aux siens. Et Ianto se sentit reprendre pied dans la réalité. Aujourd'hui restait aujourd'hui. Il était bien vivant, amoureux et comble de bonheur, aimé. Que fallait-il demander d'autre à la vie?
« – Je crois qu'il va falloir y aller. Elle serait capable de venir nous déloger ici...
Ianto ne put s'empêcher de rire aux mots chuchotés à son oreille. Mais aucun des deux hommes ne bougea pour autant.
– Je savais que tu ne dormais plus...
– Ah oui? Alors pourquoi tu ne t'es pas levé? N'est-ce pas au chef de montrer le bon exemple?
– Hm... Peut-être... grogna Jack en parcourant amoureusement le dos et les épaules de son jeune ami ravi.
– Si tu continues comme ça, je te garantis que Gwen attendra encore longtemps. Tu peux me croire.
Jack se releva légèrement et embrassa chastement Ianto sur la tempe. Puis il lui murmura à l'oreille:
– Je n'ai pas du tout envie de me lever, Ianto Jones.
Ianto sourit et passa sur le dos pour le regarder. Leurs yeux se croisèrent pour ne plus se lâcher. Ianto lut tant de désir et de tendresse dans le regard de Jack. Il posa une main aimante sur la joue de son Capitaine. Il n'avait plus besoin de renouveler son aveu de la veille. Son cœur, son corps, ses yeux criaient son amour. Jack entendit-il ce cri? Toujours est-il qu'il fondit aussitôt sur les lèvres entrouvertes du jeune homme.
***
La voix de Gwen les appelant à nouveau interrompit rires et tendres effusions.
– Non, sérieusement... Il va falloir y aller... Nous avons un travail lourd en responsabilités, Ianto Jones.
– Pour l'instant, c'est toi qui te fait lourd, Jack Harkness! Lança Ianto en pouffant de rire tandis que Jack, outré, roulait sur le côté pour éviter de l'écraser.
– Ah ça alors! Est-ce une façon de s'adresser à son chef, dis-moi?
Sans se démonter, ni se départir de sa bonne humeur, Ianto se releva en répliquant:
– A partir du moment où nous partageons une certaine intimité, Jack Harkness, tu deviens plus mon amant que mon chef. C'est compris?
Jack le considéra un instant, amusé. Ianto prenait parfois une assurance étonnante, mais rafraîchissante qui lui donnait un charme fou. Il adorait par-dessus tout voir pétiller les yeux de son amant et découvrir ce sourire d'enfant dont ce dernier était si avare. Il se pencha vers Ianto qui s'apprêtait à se lever.
– Dois-je comprendre cette déclaration comme l'affirmation d'une envie de prendre plus souvent la direction de nos ébats?
– Et pourquoi pas? Tu serais bien surpris, tu sais...
– Oh! Je n'en doute pas une seconde, chuchota Jack l'air ravi en l'empêchant de se lever.
– Comme tu l'as si bien dit, Jack, Gwen est capable de venir nous tirer du lit... Je n'y tiens pas...
Mais Ianto se laissa prendre au piège par le regard subitement très sérieux de Jack. Ce dernier le considéra longuement, comme s'il le découvrait. Le temps se suspendit soudain.
Jack dessina du doigt le visage de son amant, son amour comme s'il voulait le graver au plus profond de son cœur. Une manière de faire comprendre à Ianto que son serment de la veille n'était pas du vent après un rassasiement de sensualité. Que les choses avaient changé, et que même s'il leur fallait reprendre leur place de chef et de subordonné pour la journée, ce moment précis était à eux. Deux amoureux unis, deux corps qui avaient bien du mal à s'éloigner l'un de l'autre.
Le cœur de Ianto battit plus vite. Une sensation inédite de plénitude envahissait tout jusqu'à son âme. Il esquissa un petit sourire, les yeux brillants déjà d'un éclat inhabituel. Jack le trouva plus beau que jamais. Presque iréel. Dire qu'il aurait pu perdre des moments pareils...
La voix lointaine de Gwen vint briser la magie de l'instant. Mais malicieux, Jack déclara en sautant du lit:
– Ok! A la douche! Ça ira bien plus vite si on la prend tous les deux en même temps. Tu viens?
Ianto souriait lorsqu'il rejoignit Jack. Ils savaient, pour l'avoir testé au chronomètre, qu'une douche à deux durait plus longtemps que séparément. Mais il ne pouvait pas résister à une invitation pareille. Gwen trouverait bien de quoi s'occuper...
***
***
– Jack, j'ai laissé les beignets à côté du percolateur, si tu veux, et...
– C'est gentil, Gwen. Voilà ton café.
Surprise, la jeune femme se retourna pour faire face à Ianto tout droit sorti de la douche, tiré à quatre épingles, comme d'habitude, avec ce je-ne-sais-quoi dans le regard qui le rendait différent.
– Oh! Ianto! Bonjour! Excuse-moi! Je croyais que... Enfin...
Elle prit son mug et se servit d'un beignet. Ianto avait pris la peine d'apporter le tout sur un plateau.
Gwen comprit ce qu'elle trouvait si changé chez le jeune homme. Il souriait tranquillement. D'un sourire qui ressemblait beaucoup à du bonheur.
– J'avais compris... Alors? Quelle a été la réaction de Rhys?
– De quoi? Oh! Pour le bébé? Il va me rendre dingue...
Ianto répondit au rire de Gwen.
– Je suis content pour toi, Gwen, fit calmement Ianto avec cette expression heureuse inédite sur le visage.
Gwen fut touchée par sa gentille sincérité. Depuis la disparition de Tosh et Owen, Ianto, qui n'avait été jusque-là qu'un agréable et discret collègue, était devenu proche, plus comme un ami avec lequel on travaillait.
– Merci Ianto... Ces deux derniers jours de vacances nous ont réussi, pas vrai! Jack devrait nous en accorder plus souvent, non?
– Ne rêve pas Gwen... Avec Torchwood, le mot « vacances » n'existe pratiquement pas. Je crois que ce sont les deux premiers jours de congés que je prends depuis que je bosse ici...
Gwen se tourna vers Jack qui arrivait, mains dans les poches, souriant, l'air parfaitement détendu.
– Tu plaisantes j'espère!
Ianto tendit le mug de café à Jack avec un clin d'œil à Gwen.
– Tu sais qu'il exagère toujours... Ne l'écoute pas...
Jack se saisit du mug et se servit un beignet.
– Ma propension à être cru va en diminuant dans cette équipe, je trouve... Est-ce parce que je n'ai pas d'autorité? Ou parce que j'ai des collaborateurs particulièrement dissipés?
Gwen éclata de rire.
– Les deux, je pense, chef!
Jack poussa un soupir faussement exaspéré et Ianto sourit.
La journée démarra dans cette bonne humeur plutôt inhabituelle depuis quelques mois. Une journée qui s'avéra tout de même assez tranquille pour effectuer les recherches de routine et discuter de tout et de rien. Une rare journée de travail paisible que chacun apprécia grandement.
En fin d'après-midi, Gwen vérifiait le fonctionnement des caméras de surveillance quand elle le vit faire les cents pas devant le bureau de l'office de tourisme. Depuis combien de temps était-il là?
Elle appela Jack, occupé à établir des rapports peu urgents mais néanmoins en retard.
– Tu as vu? On dirait le jeune docteur. Tu sais, celui qui vous avait parlé des morts suspectes à l'hôpital.
Ianto, qui venait les rejoindre après la vaisselle déclara:
– Hm... Celui surtout qui t'a tué et qui a placé la bombe dans ton estomac. Comme carte de visite, on fait mieux...
– C'est vrai, approuva Jack. Mais je trouve son insistance culottée justement. Et puis c'est Johnson qui lui a fait du chantage et l'a obligé à me livrer à elle... Je le trouvais plutôt sympathique. Pas vous?
Gwen hocha la tête.
– S'il n'y avait pas eu cette histoire avec les 456, peut-être aurais-je envisagé de le prendre dans l'équipe, oui...
– Ianto?
Le jeune gallois haussa les épaules.
– Ma foi... Peut-être que chacun a le droit à une seconde chance... Après tout, sans ce principe, je ne serais plus ici...
Sa voix se fissura sur ces derniers mots. Jack comprit l'allusion et, en passant derrière lui, lui pressa gentiment l'épaule.
– Et je ne le regrette pas... Alors, allons voir au moins ce qu'il veut cette fois-ci. Vous venez?
Gwen se retourna, surprise.
– Quoi? Tu... Tu veux que nous venions le tester nous aussi?
– Eh bien, il devrait ensuite bosser avec vous... Autant que vous puissiez donner votre avis...
Jack n'attendit aucune réplique, il sortit par le couloir de l'office du tourisme talonné par ses deux coéquipiers surpris mais ravis par cette nouvelle promotion.
********
– Dr Rupesh Patanjali! S'exclama Jack surprenant le jeune médecin nerveux. Que nous vaut l'honneur de votre visite?
Rupesh se montra encore moins à l'aise devant Ianto puis Gwen qui avait croisé les bras, prête à ne pas lui laisser le choix de s'expliquer. L'attitude nonchalante de Jack cachait mal son intérêt et un plaisir évident devant une nouvelle énigme.
– Heu... Bonjour Capitaine. Avant toute chose, je dois impérativement vous donner ceci.
Jack prit prudemment une simple feuille ancienne pliée en deux. En voyant les curieux dessins tracés au stylo, Jack reconnut une langue qu'il était le seul à pouvoir lire, écrire et comprendre sur cette terre. Il devina immédiatement qui en était l'expéditeur. Il poussa un soupir en traduisant le message pour lui-même:
« Après une longue discussion, pourquoi pas. Devra faire ses preuves. »
– Qu'est-ce que c'est? Demanda Gwen intrigué par le silence de Jack.
Ce dernier rangea la lettre dans sa poche en considérant attentivement le médecin intimidé malgré son air brave.
– C'est une sorte de pass indiscutable.
Il estima que son examen du jeune candidat était fait. Les mains sur les hanches, il déclara, sans quitter le jeune docteur des yeux:
– Ianto, Gwen, réunion immédiate...
Au ton impératif de son chef, Gwen comprit qu'il valait mieux obéir sans répliquer.
– Vous! Vous ne bougez pas d'ici! Intima Jack au jeune docteur étonné.
Ianto et Gwen, un peu surpris, attendaient déjà Jack à l'office du tourisme.
– Que se passe-t-il, Jack? Demanda Gwen très inquiète.
– Je voulais vous parler avant de faire quoi que ce soit, annonça Jack en croisant les bras.
– On t'écoute, déclara calmement Ianto.
– Le mot qu'il vient de me donner est une garantie imparable. Il a compris et regrette ses actes. Je ne peux pas vous en dire plus, ajouta-t-il lorsqu'il vit Gwen prête à ouvrir la bouche.
– Bien. Alors qu'attend-on pour l'embaucher? La salle d'autopsie est un vrai capharnaüm, fit Ianto en essayant de plaisanter.
– Votre accord.
– Quoi? Tu veux vraiment que l'on se prononce?
– Je voudrais le mettre à l'épreuve. Disons, un mois. Il faudra le surveiller attentivement, ne pas trop lui confier de responsabilités. Malgré tout, il pourrait se retourner à nouveau contre nous si nous ne sommes pas assez vigilants... Je ne veux pas vous faire courir de risques. Alors il me faut votre accord. J'accepte de le faire entrer dans l'équipe et on le teste pendant un mois... Et s'il nous donne satisfaction, on tiendra notre nouveau médecin...
Gwen réfléchissait tandis que Ianto déclarait, très sérieux:
– Deux.
– Deux quoi? Demanda Jack amusé.
– Deux mois. Pour l'essai... Après, on verra.
– Gwen?
– Je suis plutôt d'accord avec Ianto. Deux mois, ça me paraît plus raisonnable pour faire notre opinion.
– Donc, vous acceptez?
D'un regard, les deux autres acquiescèrent.
– Va pour deux mois... Eh bien... Allons lui annoncer alors! »
***
Rupesh s'inquiétait de ne pas voir ressortir Jack. Avec ce qu'il avait vécu ces derniers jours, il aspirait à un repos bien mérité. Pourtant, Jack Harkness tué et trahi par lui, avait pardonné. Il lui avait même expliqué ce qui serait arrivé si les plans de Frobisher avaient abouti. Le jeune médecin s'en voulait de s'être si facilement fait manipuler. D'avoir réellement cru se battre pour son pays en attirant Harkness dans le piège. Jack l'avait compris et lui avait donné cet étrange message.
« Je suis le seul, avec le Docteur, à pouvoir déchiffrer facilement cette langue. Le Jack Harkness que vous retrouverez se méfiera de vous. Donnez lui ceci avant toute chose. Torchwood a besoin d'un médecin. Si vous voulez intégrer l'équipe, méritez la place que j'étais prêt à vous offrir. Pour le moment, rentrez chez vous, prenez quelques affaires et louez une chambre que vous payerez en liquide. Faites-vous oublier. Et lorsque vous serez certain que tout est fini, venez me voir... Enfin, allez sur la baie. Nous ferons le reste... »
Rupesh avait obéit. En tout point. Surtout lorsque sa voisine lui avait appris qu'on le cherchait. Il avait préparé un sac à la hâte et embarqué tout le liquide qu'il cachait dans un fond de tiroir. Il avait pris une chambre dans un hôtel sous le nom de Amat Hanteï et avait attendu, la télé allumée jour et nuit.
Puis ils venaient d'annoncer que la crise généralisée chez les enfants était due à des ondes électromagnétiques néfastes, et tout avait été neutralisé. La population ne courait plus aucun danger.
Et donc il s'était présenté à la baie. Et comme prévu, Jack était apparu, suivi de Gwen Cooper et Ianto Jones. Un test officiel pour entrer dans l'équipe de Torchwood 3 Cardiff.
Rupesh se montrait curieux de nature et, rapport à sa propre condition de minorité, très ouvert d'esprit. Il avait jugé Gwen sympathique, énergique et courageuse. Quand il l'avait rencontrée, il avait regretté d'obéir à Johnson. Et puis, si Jack Harkness l'avait d'abord traité avec un certain dédain, il l'avait tout de même écouté. Pour enfin se déplacer pour le dernier « faux » cadavre. Il lui avait donc fait un minimum confiance. Et Ianto avait été trop discret pour que Rupesh ait pu se faire une idée, mais il ne le trouvait pas antipathique.
En fait, sans cette histoire de trahison, il aurait bien voulu tenter l'aventure de l'institut Torchwood. Il devait y avoir tant à voir. Tant de bonnes actions à accomplir dans le secret de la base. Alors, mince! Il fallait que Jack l'engage...
Les trois équipiers de Torchwood réapparurent à cet instant précis. Jack se planta devant lui en déclarant:
– Nous vous mettons à l'épreuve pour deux mois. Au moindre faux pas, nous n'hésiterons pas à vous virer avec une pastille amnésiante. Compris?
Trop heureux, Rupesh soupira, un large sourire aux lèvres.
– Tout ce que vous voulez! Sans problème. Merci!
Jack s'effaça pour lui indiquer l'entrée de la base.
– Eh bien, après vous Docteur Patanjali. Bienvenu à Torchwood.
Excité, impatient, Rupesh suivit le Capitaine sans hésiter. Avec l'impression exaltante qu'une nouvelle vie commençait pour lui.
***
Rupesh venait de quitter le Hub, visiblement euphorique sur tout ce qu'il avait vu et découvert en l'espace d'une fin d'après-midi. Jack lui avait fait un bref topo sur ce qu'on attendait de lui et préparait maintenant les papiers officiels du contrat d'essai, ainsi que l'entrée dans la base de données des informations concernant Rupesh Patanjali, le nouveau médecin de Torchwood.
Désœuvré, Ianto avait fini par s'asseoir dans le canapé avec un café. Gwen vint le rejoindre assez vite.
– Alors? Qu'est-ce que tu en penses? Demanda-t-elle.
– A quel propos?
– De Rupesh. Du fait d'avoir un nouvel équipier.
Ianto ébaucha un sourire.
– Ça change... Et toi?
– Oh! Moi? Ben, oui, ça change... Un regard neuf, de nouvelles petites habitudes à prendre...
Elle s'arrêta soudain, les yeux dans le vague, puis déclara tout doucement:
– Ça m'a fait bizarre quand il était dans la salle d'autopsie, à la place d'Owen...
Ianto s'appuya contre le dossier du canapé en soufflant.
– Moi aussi... Il va nous falloir un peu de temps pour nous habituer...
Gwen releva la tête vers le bureau éclairé de Jack.
– Quand je pense qu'il a vécu ça des centaines de fois...
Ianto l'approuva en silence. Pour mettre un terme à l'émotion qui allait la prendre quand elle songeait à ses deux collègues, Gwen ajouta:
– Cela doit expliquer en partie son caractère impossible... Non?
Ianto se contenta de sourire, amusé.
– C'est vrai quoi... Comment tu fais?
– Comment je fais quoi?
– Eh ben... Comment tu fais? Avec lui... Il est buté, fier, secret...bref, tout pour mettre en rogne!
– Et Rhys? Comment il fait?
– Comment ça?
– Comment il fait? Avec toi?
Gwen comprit aussitôt à son sourire, qu'il se moquait d'elle. Elle ouvrit la bouche, effarée.
– Oh! Ianto Jones! Tu n'as pas honte?
Ianto se contenta de sourire en buvant une gorgée de café. Gwen éclata de rire.
Lorsqu'elle reprit son sérieux, elle se pelotonna sur elle même en demandant:
– Tu es accroché, hein?
Ianto ne répondit pas.
– Tu sais, je ne voudrais pas que tu aies de faux espoirs, Ianto. Tu ne mérites pas de souffrir à nouveau...
Ianto se tourna enfin vers elle pour affirmer d'une voix très douce:
– Je n'ai plus d'espoirs, Gwen.
Et avant que la jeune femme ne se récrie, il ajouta, les yeux brillants d'un éclat singulier:
– Que des certitudes.
Gwen en resta d'abord abasourdie, pas très sûre de comprendre. Mais le sourire satisfait et le bonheur qu'elle lisait sur le visage de son ami confirmèrent qu'elle ne se trompait pas. Elle se leva d'un bond.
– Oh! Bon sang! C'est pas vrai? Ne me dis pas qu'il... il t'a...
Rougissant, Ianto continua:
– Disons que j'ai entendu...
– Ben ça alors!
Revenant de sa surprise, Gwen, toute émue, revint s'asseoir près de lui.
– Tu sais quoi? Je suis contente pour toi. Et pour lui... Je n'aurais jamais cru que... Enfin, peu importe...
– Oui, Gwen, peu importe...
– D'accord, d'accord... Je suis quand même sincèrement heureuse pour toi, Ianto...
– Allez, rentre chez toi, future maman... Rhys doit t'attendre depuis environ 45 minutes déjà...
– Oh mon dieu! C'est vrai! Et en plus c'est moi qui devait préparer le repas! Il va être furieux!
– A demain, Gwen.
– A demain, Ianto. Bonne nuit...
Il répondit au sourire entendu de la jeune femme.
– Bonne nuit, Gwen. Fais attention sur la route... »
Ianto vit disparaître sa coéquipière et sourit. Il aimait ces moments de calme trop rares où le Hub, silencieux, offrait un havre de paix, même illusoire. Ce moment où la journée de travail s'achevait mais où la soirée ne commençait pas encore. Où tout était possible.
Il termina tranquillement son café, les yeux parfois levés vers le bureau de Jack. Il n'avait pas connu cette paix de l'âme depuis bien longtemps.
Une bonne dizaine de minutes plus tard, Jack descendit le rejoindre.
« – Bien! Voilà une bonne chose de faite! Mais je déteste toujours autant la paperasse!
– Je m'y serais bien collé, mais il n'y a que toi qui puisses faire ça... Et sans doute te faudra-t-il recommencer demain...
– Exact. A quelle heure devait-elle se présenter?
– Vers 10 heures. Au mur d'eau. Si elle n'a pas changé d'avis...
– Bon! Pas de prédictions d'ouvertures de failles, pas de weevil en vadrouille... Gwen est partie?
– Oui.
Jack se rapprocha de Ianto qui venait de se lever.
– Je commence à croire que ce calme, aussi long qu'inespéré, est un cadeau qui nous vient directement du Docteur...
– Ah oui? Pour quelle raison?
– Pour que l'on puisse se retrouver, toi et moi, murmura Jack en enserrant Ianto par les hanches.
– Comment ça? Il savait? Je veux dire... pour nous? Mais...
– On ne cache rien au Docteur, Ianto Jones... Et il est très très ouvert d'esprit...
– Oh! Je suis rassuré, plaisanta Ianto en prenant Jack par la taille.
– Je t'emmène au restaurant ce soir...
Ianto fit une petite grimace.
– Rien que toi et moi parmi la foule d'humains normaux affamés et qui nous dévisageront, toi avec envie, moi, avec jalousie...
– Hm... Tu es sûr de ne pas avoir voulu dire le contraire, là? Fit Ianto un brin ironique.
Jack secoua la tête et resserra son étreinte autour du jeune homme, charmeur.
– Alors?
– Je n'ai pas très envie de me préparer pour sortir, Jack...
– Pour l'endroit où je voudrais t'emmener ce soir, tu seras presque trop élégant avec cette chemise blanche et ce gilet crème...
– Champagne.
Jack sourit.
– Hm... J'ai pensé à toi toute la journée... Je me disais que tu serais parfait ainsi vêtu pour ton mariage... Très craquant...
Jack avait alourdi ces paroles de sous-entendus et d'un regard sensuel qui en disait long... Très long... Un peu trop long pour Ianto soudain mal à l'aise.
– Pardon, heu... Je n'aurais pas cru que...
– Quoi? Qu'est-ce que j'ai dit?
– Ce que j'ai dit, hier soir... Je ne veux pas de malentendus... Je ne voulais forcément... enfin, tu sais... Et...
– Mais de quoi tu veux parler? Tu …
Jack s'arrêta soudain en voyant Ianto à la fois peiné et très embarrassé. Il comprit soudain puis éclata sincèrement de rire.
– Hey! De nos jours, faire une déclaration n'implique pas forcément un mariage derrière! Je suis une grande fille maintenant!
La boutade fit rire Ianto. Jack, rassuré de le voir à nouveau se détendre, ajouta, sérieux comme un pape:
– Mais si tu es enceinte, je prendrais mes responsabilités. Paroles de scout!
La malice de Jack fit son effet. Ianto secoua la tête et leva les yeux au ciel. Et Jack, ravi, partagea son rire en le reprenant dans ses bras.
– Mais si c'est pour te revoir dans ce costume, je veux bien t'épouser, Ianto Jones.
Jack avait chuchoté ces mots, cajoleur, tout contre l'oreille de Ianto troublé par leur sincérité.
Jack ajouta, taquin:
– Par contre, je devrais louer un costume pour ne pas te faire honte... Ta sœur me tuerait...
Les mains de Ianto, très sérieux, montèrent vers la poitrine de Jack pour se poser en une caresse, sur les revers du manteau.
– Hors de question que je t'épouse autrement qu'avec ce manteau...
Malgré la vague émotion qui planait entre eux, Jack sourit pour ajouter:
– Tant pis pour ta sœur, alors...
Ianto ne releva pas la plaisanterie. Jack, lui-même redevint sérieux. Leurs regards, soudés l'un à l'autre, s'assombrirent. Chacun d'eux semblait pouvoir lire dans les pensées de l'autre. Très doucement, Jack saisit les mains de Ianto troublé.
– Jack, je...
La suite se perdit dans sa gorge nouée d'émotions. Jack ne le quittait pas des yeux. Ces yeux clairs d'un bleu presque irréel. Ianto crut y voir passer un voile d'émotion.
Jack unit les mains de Ianto entre les deux siennes sans le quitter des yeux. Il prononça alors, sur un ton solennel et sincère:
– Oui... Je le veux.
Tourneboulé, mais son bonheur ne connaissant plus de limites, Ianto, enferma à son tour les mains, les grandes mains, de Jack entre les siennes et parvint à balbutier:
– Oui... Moi aussi, je le veux.
Le silence s'installa ensuite, lourd d'émotions. Les deux hommes en oublièrent même Myfawny qui vint faire un tour curieux de la colonne d'eau.
Ianto et Jack échangèrent un sourire de connivence, un sourire heureux. Puis, dans un même geste, s'embrassèrent avec une immense tendresse. Et beaucoup de magie dans l'air.
Plus tard, Jack et Ianto étaient installés à la table d'un snack-bar un peu bruyant où personne ne songerait à observer ou juger le fait que Jack gardait la main du jeune homme dans la sienne.
Pour ce dernier, le fait d'être seul avec Jack lui faisait oublier tout le reste. La nourriture fut simple, mais bonne. Jack mangea volontiers. Ianto plus distraitement. Ils rirent beaucoup et parlèrent de tout, sauf du boulot.
La main dans celle de son Capitaine, Ianto repensait à ce serment qui n'en était pas un, échangé quelques minutes plus tôt. Il se sentait rassuré. Car s'il n'avait pas voulu ce genre de geste, Jack l'aurait évité. Le Capitaine Harkness n'était pas du genre à s'embarrasser de fioritures.
Les gestes et les mots de Jack devenaient, pour lui, le signe d'un véritable engagement. Une garantie dont il avait eu inconsciemment besoin. Bien sûr, Jack restait Jack, le libertinage chevillé à son corps parfait. Mais Ianto avait aussi confiance en Jack. En sa loyauté. Ianto se sentait heureux.
– Eh! Tu ne finis pas tes frites?
Ianto secoua la tête en revenant à la réalité. Il repoussa son assiette vers Jack.
– Heu... Non... Vas-y, sers-toi...
Jack sourit et le considéra avec attention.
– Quoi? Qu'est-ce que j'ai dit?
– Oh! Rien... Je sais bien que lorsqu'on est amoureux, on mange moins. Mais dans ton cas, si tu continues comme ça, il va falloir que je me décide à te remplumer de force.
Ianto secoua la tête.
– J'aimerais bien voir ça!
– Hm... Je connais un moyen efficace pour te faire manger...
Ianto souriant, se pencha un peu plus sur la table. Jack, ravi de l'avoir appâté, se pencha lui aussi.
– On va s'arrêter là pour le moment, Capitaine. Hm? Chuchota Ianto, l'œil malicieux.
Surpris, Jack ouvrit la bouche pour protester, puis sourit, beau joueur en reprenant sa place contre le dossier. Mais il lança un regard à son compagnon qui comprit le message en riant. Un genre de « Tu ne perds rien pour attendre... » à la Jack Harkness.
Un peu plus tard, alors qu'ils se dévisageaient en souriant, Jack murmura:
– On rentre?
Ianto acquiesça, presque soulagé de se retrouver vraiment seul avec Jack.
Sur le chemin du retour, ils rirent et se chahutèrent gentiment. Ianto avait un peu forcé sur la bière, lui qui n'en buvait que rarement. Et Jack se sentait d'humeur joyeusement badine.
Arrivés aux abords de l'office du tourisme, il déclara en riant:
– Tu sais ce que j'aimerais faire?
– Je crains de l'entendre... répondit Ianto en riant.
– Comme nous nous sommes quasiment engagés l'un envers l'autre ce soir...
Ianto éclata de rire en comprenant ce que voulait Jack qui s'aidait par les gestes. Il secoua la tête.
– Hors de question!
– Quoi! Pourquoi? C'est la tradition! Répliqua Jack tout joyeux, l'air malicieux.
– Dans ce cas, c'est toi qui fait la mariée.
– Hey! Ce n'est pas moi qui suis en blanc, se défendit Jack avec la mauvaise foi d'un gamin.
– Et puis, tu n'as pas assez mangé pour prendre des forces... Tu n'arriveras pas à...
– On parie? Affirma Ianto s'arrêtant, parfaitement sérieux malgré son air heureux.
Surpris, mais ravi par la nouvelle assurance de son jeune amant, Jack éclata de rire:
– Oh! Je te crois sur parole!
– Alors, prépare-toi... fit Ianto en se penchant pour soulever Jack au seuil de la porte.
Jack émit un cri de protestation au beau milieu d'un fou rire.
– Non! Non! Ça ira! Ça ira! On laisse tomber les traditions! Je disais ça pour rire! Arrête Ianto!
– Arrête de te débattre Jack Harkness, je ne pourrais pas te prouver que tu as eu tort de mettre mes capacités physiques en doute... disait Ianto en essayant de garder son sérieux. Comme tu l'as dit, les traditions, c'est sacré. Et puis, l'idée que pour une fois, tu fasses la mariée, me stimule...
Jack riait toujours en mettant Ianto à distance pour reprendre un minimum de souffle.
Ianto attendit un instant puis lança, faussement innocent:
– Tu es prêt?
Jack leva une main pour demander grâce.
– Je t'en prie, Ianto, ne prends pas toutes mes idées saugrenues au sérieux...
Ianto eu un sourire coquin en disant:
– Hm... C'est bon à savoir...
Et sans crier gare, il fonça tête baissée sur le Capitaine surpris qui se retrouva soulevé de terre et emporté sur le dos du jeune homme sans avoir eu le temps de dire « ouf! ».
– Hé! Repose-moi! S'exclamait Jack en riant aux éclats.
Ianto, essoufflé, rouge comme une pivoine mais souriant, n'obéît aux ordres peu sérieux de Jack que lorsqu'ils se retrouvèrent dans le couloir les menant dans le hub.
Jack réajusta ses vêtements pour reprendre un semblant de dignité.
– C'est comme ça que tu respectes les traditions, Ianto Jones? Fit-il en souriant.
– Tu me provoques encore, et tu vas subir les pires outrages, Jack Harkness.
– J'attends de voir ça, chuchota Jack amusé.
Ils entrèrent dans la salle principale de la base, pris de fous rires, se provocant sensuellement l'un l'autre, quittant leurs vêtements au fur et à mesure que le lit se faisait plus proche.
Ils ne s'attendaient certes pas à se retrouver face à deux jeunes femmes abasourdies.
Les rires et les protestations amusées s'arrêtèrent net.
Gwen anxieuse, était installée à côté de Loïs Habiba, enveloppée d'une couverture, le visage noyé de larmes.
Jack retrouva le premier son sérieux et sa dignité en refermant sa ceinture et réajustant sa chemise dans son pantalon. Ianto, lui, voulut se retrouver dans un trou de souris. Rouge de confusion, il n'osa pas regarder les deux jeunes femmes en face. Jack dut comprendre son désarroi puisqu'il lui murmura discrètement :
– Va nous faire du café. Je crois que la trêve est finie...
Ianto s'esquiva sans hésiter, emportant en consolation, une caresse de Jack sur son épaule.
Jack se tourna vers les deux femmes en déclarant:
– Que se passe-t-il?
Revenue de sa surprise, Gwen entoura les épaules de Loïs pour dire:
– Loïs s'est faite agressée... Elle n'avait nulle part où aller, elle m'a appelée et j'ai pensé qu'en attendant, elle serait plus en sécurité ici...
– Tu as bien fait...
Jack s'agenouilla auprès de la jeune femme qui tremblait, visiblement choquée. Il déclara gentiment:
– Bonjour, Loïs. Je suis le Capitaine Jack Harkness. Nous allons nous occuper de vous. Vous ne craignez rien ici...
Il releva les yeux vers Gwen ennuyée.
– Appelle Rupesh... Tout de suite.
Ravie de se sentir enfin utile, Gwen obéit sur le champ.
***
La tisane de Ianto avait eu un effet calmant presque miraculeux sur les pleurs de Loïs.
En attendant l'arrivée du médecin fraîchement engagé, Jack avait patiemment interrogé la jeune femme sans grand succès.
Elle avait reçu des menaces par mail et un virus lui avait aussitôt détruit son disque dur. Ensuite, on avait tenté de la renverser. Elle n'avait vu ni le conducteur, ni la plaque d'immatriculation. Elle se souvenait tout juste d'un tout-terrain sombre aux vitres teintés. Mais ce qui inquiétait plutôt Jack c'était qu'elle semblait terrorisée. Et quand il l'interrogeait à ce sujet, elle ne savait que répondre. Une bien étrange amnésie...
Rupesh effectua les premiers tests sur la jeune femme et la contraignit à se reposer et prendre un anxiolytique. Gwen jugea préférable de rester auprès d'elle.
– Alors? Demanda Jack au médecin préoccupé.
– Elle n'a rien... Enfin, pas physiquement. Elle présente quelques troubles de fonctionnement simples qui m'inquiètent.
– C'est-à-dire?
– Elle n'a pas pu me dire ce qu'elle faisait avant l'envoi du mail. Et elle des difficultés à se situer dans le temps et dans l'espace. Elle m'a soutenu que nous étions actuellement au dixième étage d'un immeuble.
Ianto venait d'arriver pour porter le café à Rupesh et déclara:
– Là, oui... c'est inquiétant.
– Que suggérez-vous?
– Du repos. Beaucoup. Eviter toute source de stress et tout contact avec le danger... Nous verrons demain si cela passe ou non. Je me propose de rester cette nuit pour la veiller.
Jack soupira en croisant les bras.
– Bon, d'accord. Ianto?
– Jack?
– Vérifie les caméras de surveillance de la ville, l'agression a peut-être été filmée.
– Déjà fait. Rien. Soit tout a été effacé, soit ils ont trouvé un lieu non surveillé. Par contre, rien à signaler dans les environs du quartier de Loïs.
– Donc, nous savons au moins une chose...
– Quoi donc? Interrogea Rupesh étonné.
– Qui ou quoi que ce soit, c'est malin.
– Et dangereux, compléta Gwen en arrivant à ce moment-là. Elle s'est endormie.
– Bien. Gwen, tu rentres à la maison.
Et avant qu'elle ne réplique, Jack ajouta:
– C'est un ordre. Ici, Loïs est en sécurité. Et Rupesh se propose de la veiller.
A contrecœur, Gwen finit par obéir.
– Ianto, montre à Rupesh où il trouvera de quoi faire un lit de camp. (A Rupesh) Et vous, je vous ordonne de dormir tant qu'il n'y a pas de danger immédiat. C'est compris! Demain, il fera jour et il sera toujours temps de mener notre enquête.
Ianto aida Rupesh à dresser son lit de fortune près de celui de Loïs. S'assurant que son nouvel équipier était bien installé, le jeune gallois vint ensuite retrouver Jack, inquiet, posté devant les ordinateurs de la salle centrale.
– Tu as une piste?
– J'ai lancé une recherche pour recouper le peu de données que nous avons. On verra bien ce que ça donne...
Il y eu un silence étrange. De ces silences que Ianto savait si bien interpréter.
– Mais tu as déjà une idée de ce qui a pu arriver.
Jack, très sérieux, se tourna vers Ianto.
– Si c'est ce que je pense, c'est plutôt inquiétant, oui...
Son jeune amant esquissa un petit sourire encourageant.
– Mais on va gagner... On gagne toujours, hein?
Avec un petit rire, Jack prit Ianto par les épaules.
– C'est vrai... Comment aurais-je pu l'oublier? Maintenant, va dormir, Ianto...
– Tu ne viens pas? Ne put s'empêcher de demander le jeune homme tristement.
– Je te rejoins... Je reste un peu pour voir si le programme de recherche donne quelque chose... Mais je n'oublie pas que cette nuit est spéciale.
Ianto sourit devant la flamme qui brillait dans les yeux de Jack. Il l'embrassa amoureusement avant de rejoindre la chambre sans entrain.
Une fois seul dans la pénombre, Jack scruta l'écran qui le couvrait de lueurs bleuâtres et vertes étranges. Il resta longtemps ainsi, pensif, inquiet, gardien d'une base silencieuse. A l'abri d'un nouveau danger dont la première victime risquait d'être un nouveau membre de l'équipe Torchwood.
« On gagne toujours, hein? » lui avait dit Ianto. Ianto, qu'il aurait pu perdre...
Son jeune équipier lui offrait une confiance aveuglée par l'amour. Mais hélas, il n'était pas le seul à lui confier ainsi sa vie, son destin. Gwen et son bébé, et maintenant Rupesh et Loïs.
Il ne gagnait pas toujours, non. Mais ce soir, le Capitaine Jack Harkness se sentait particulièrement fort. Il avait une nouvelle équipe à diriger. Des gens à aimer. Autant de personnes à protéger.
Quand il rejoignit enfin sa chambre, non sans avoir vérifié que tout allait bien du côté de Loïs et Rupesh endormis, il s'allongea contre le corps chaud de Ianto assoupi qui vint se blottir spontanément dans ses bras avec un soupir de bien-être.
Avant de lancer sa nouvelle équipe sur les traces d'un dangereux alien, Jack Harkness goûtait au bonheur inespéré d'une courte et chaste nuit de noces. Il sourit en resserrant tendrement Ianto contre sa poitrine et ferma les yeux. Comme chaque soir depuis quelques jours, il remercia mentalement le Docteur et s'endormit dans la tendre chaleur de Ianto Jones, aimé, aimant. Une sorte de havre de paix sur la mer en furie. Le Capitaine dirigerait un nouvel équipage. Et il se le promettait cette fois : il tâcherait d'être heureux.
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Epilogue
Le Docteur éteignit le moniteur qui le reliait aux vidéos satellites de la Terre avec un sourire satisfait.
La dernière bataille livrée avait été mémorable et chacun des membres de Torchwood Cardiff, alliés précieux, étaient rentrés chez eux, sur Terre, tous sains et saufs.
Mais ce n'était pas ce qui faisait sourire l'immortel.
Jack restait Jack, le bonheur en plus. Sa gouaille habituelle trouvait du répondant en la personne du flegmatique Ianto. Ces deux-là s'aimaient, cela crevait les yeux.
Steven, une fois jeune adolescent, avait lancé un simple « cool » lorsque son Oncle Jack était devenu son grand-père. Il avait ensuite posé des tas de questions puis avait accepté peu à peu le mensonge et l'irruption de l'incroyable dans sa jeune vie.
Alice avait accueilli l'ami de son père avec méfiance. Mais en remarquant le changement opéré chez Jack, elle avait fini par respecter le calme et patient Ianto. Le seul être qui lui permit de renouer des relations presque normales avec son incroyable père.
Le petit Ewen Williams apprenait aujourd'hui à faire du vélo avec son père.
Gwen et Rhys avaient gardé un jour David et Mica Davies dont les parents, ravis, étaient partis à Londres voir un concert de leur chanteur favori. Un cadeau de Ianto. Mica avait tellement adoré de jouer à la maman avec Ewen, qu'elle ne cessait de trouver des prétextes pour aller voir les Williams toujours enchantés de l'accueillir.
Rupesh et Loïs avaient fini ensemble après quelques déboires amoureux. Ils semblaient heureux. Même si leurs trois équipiers, malicieux, pariaient entre eux sur la durée probable de leur liaison.
Et puis, Jack était heureux. Et bon, sang, cela se voyait!
***
Le Docteur lança les moteurs du Tardis. Il ne regrettait pas d'avoir failli à ses propres règles. Jack restait un soldat dans l'âme, prêt à défendre la Terre.
Et puis, il pouvait se dire qu'en sauvant la vie d'un être humain, Ianto Jones, en l'occurrence, il avait sauvé Steven, mais surtout, il avait sauvé l'humanité.
Jack heureux, valait, à lui seul, tous les soldats de l'Unit. Son équipe, efficace, constituait le premier rempart contre toute intrusion alien.
Le Docteur, qui aimait la Terre Mère et ses habitants malgré eux, pouvait partir voyager tranquille. Il avait fait ce qu'il fallait : l'humanité avait encore de beaux jours devant elle. Le Capitaine Jack Harkness et son équipe y veilleraient encore longtemps.
Le Tardis s'éloigna de la Terre pour une destination inconnue. Et le Docteur se disait que parfois, il aimait vraiment ce qu'il était et ce qu'il faisait. Plus encore quand aider ou sauver une population entière faisait aussi le bonheur de ses amis.
*** FIN ***
NB: "Je sais que la fin fait plus DW que TW... Mais je n'ai pas pu resister... ^^ Une sorte de réponse à l'épisode spécial DW avec 5 minutes d'un Jack déprimé à qui Le Doc 'confie' Alonso?... Who knows... lol "