Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Chapitre 30 : Confrontation
-----------------------------------------------------------------------------------------
Owen prodigua les premiers soins à Ianto pendant le chemin du retour. Tosh et lui étaient montés à l'arrière et ils s'occupaient ensemble du gallois. Je lui jetais des œillades, il s'était mis dans un drôle d'état. C'était excessif … il savait qu'il lui suffisait de tenir le coup pendant six jours avant que nous arrivions. On peut survivre longtemps sans manger mais pas plus de six jours sans boire … souhaitait-il mourir ? C'était un survivant pas un suicidaire. Même avec ces nouveaux éclairages je ne le comprenais toujours pas. Mais je comptais bien avoir des réponses.
Tosh ne le lâchait pas, elle avait posé son bras sur ses épaules, elle semblait si contente de le retrouver, elle rayonnait. Je vis Owen le faire boire, une mixture qu'il avait préparée. Du sucre, des éléments minéraux essentiels … lui expliqua-t-il. Ianto ne dit rien et bu lentement la mixture. Le médecin lui demanda de quoi il souffrait. De douleurs à l'estomac, des crampes douloureuses, quelques hématomes qu'il lui montra. Il parlait d'une voix mal assurée et éraillée …
- Les crampes sont dues à l'absence de nourriture, ça va passer. Il va se remettre, Jack, dans quelques jours avec un régime adapté bien sûr.
Je hochais simplement la tête en guise de réponse.
- Jack, je suis désolé, réussit-il à articuler.
Tout trois me regardèrent, attendant ma réponse.
- Pas autant que moi, répondis-je froidement.
Je vis Ianto qui baissait la tête et fermait les yeux, Tosh me fusilla du regard, elle semblait outrée. Mais elle ne dit rien. Quant à Owen, il fit une moue l'air de dire qu'il savait que cela arriverait.
Je me concentrais à nouveau sur la route en appuyant un peu plus sur la pédale de l'accélérateur.
Il était assis sur le siège en face de moi toujours dans l'uniforme de l'Unit. Je ne l'avais pas autorisé à se changer, ni à aller voir Myfanwy, je l'avais immédiatement convoqué dans mon bureau dès notre arrivée au Hub. Il ne bougeait pas, je le fixais mais lui fuyait mon regard. Il devait être un peu trop pénétrant. En quelques jours, il avait bien changé. Sa grève de la faim lui avait fait perdre plusieurs kilos et il avait une mine effroyable. Il avait des hématomes au visage, je savais qu'il en avait d'autres … il m'avait trahi mais il était mon agent, Mace paierait pour ce qu'il avait fait. Je ne savais pas encore comment, mais je ne le laisserais pas s'en tirer impunément.
Tosh entra, après avoir doucement frappé mais sans attendre de réponse, pour déposer une lourde couverture sur les épaules du blessé. Il frissonnait mais ce n'était pas parce qu'il avait froid. Il était faible tout simplement. Il l'a remercia d'un petit sourire et elle repartit sans croiser mon regard. Seulement quelques secondes après, ce fut au tour d'Owen de lui apporter un verre d'eau avec une cuillère et une carafe qu'il posa près de lui. Il devait y avoir ajouté du glucose. J'allais lui faire une remarque sur ce défilé quand il s'approcha de moi puis posa sa main sur mon bras.
- Vas-y doucement, ils ont bien failli le tuer.
Il avait murmuré, il ne voulait pas saper mon autorité. J'attendis qu'il soit parti pour commencer.
- Raconte-moi tout depuis le début, ordonnais-je durement.
J'étais en colère et je ne faisais rien pour le cacher. Il avait souffert, failli mourir mais tout cela était derrière lui, il était maintenant confortablement installé dans mon bureau, dans mon QG. En cet instant, je n'étais pas certain que je voulais encore de lui ici.
- Je suis désolé, fit-il d'une voix mal assurée en me regardant enfin.
- Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.
Il me dévisagea, il allait dire quelque chose et puis se ravisa. Mon attitude lui faisait tenir sa langue, j'en étais conscient. Il baissa à nouveau les yeux. Il but d'une traite tout le contenu de son verre et s'en resservit un. Il tremblait et la carafe était lourde … je crus qu'il n'allait pas y arriver. Mais je ne l'aidais pas, je voulais qu'il soit honnête avec moi, qu'il comprenne bien que je lui en voulais pour ce qu'il avait fait. Je voulais qu'il fasse ce que je lui demande.
- J'avais onze ans quand un alien s'est refugié dans mon école. J'y étais avec ma sœur à quelques kilomètres de Londres. Yvonne et son équipe ont été rapidement appelées par la police locale, je suppose que si cela avait été dans la banlieue de Cardiff, les choses se seraient passées autrement …
Il prit une nouvelle gorgée d'eau avant de continuer.
- C'était un important orphelinat, les vieux bâtiments étaient immenses et avant que tout le monde ne soit évacué, il avait fait de nombreuses victimes. L'équipe d'Yvonne n'arrivait pas à le localiser, ils cherchaient mais sans succès. Ils interrogèrent des enfants et des enseignants mais personne ne l'avait vu, ils conclurent que d'une manière ou d'une autre, il n'était pas visible à l'œil nu. Mais leurs appareils semblaient tout aussi impuissants. Moi je l'entendais dans ma tête … je voyais ce qu'il voyait quand je fermais les yeux. C'était vraiment effrayant, j'étais connecté à cet être qui m'avait épargné dans l'école mais je ne voulais pas de cela. Je ne pouvais pas l'aider et j'avais assisté impuissant au meurtre atroce des autres enfants.
Il ferma les yeux, remonta sa couverture sur ses épaules. Sa mémoire lui permettait de revivre ses souvenirs comme s'ils dataient de la veille.
- Je l'ai dit à Yvonne espérant qu'elle me débarrasse de lui et de mes visions et … cela a changé ma vie.
Il fit à nouveau une pause et but de l'eau. Il semblait perdu dans ses pensées, au bout d'une minute je lui demandais de continuer.
- Cela fait longtemps que je n'ai pas autant parlé ni raconté ces souvenirs, avoua-t-il alors qu'un léger sourire se dessinait.
Sourire auquel pour une fois je ne répondis pas. Pourtant le voir ainsi était un crève-cœur. Il rebaissa les yeux et se pinça les lèvres comme quand il ne sait pas comment faire. Je jetais un œil dans le Hub pour voir Tosh et Owen qui m'observaient. Ils n'étaient pas d'accord avec ma manière de procéder, leurs regards sombres étaient désapprobateurs. Je voulais tout savoir, j'étais blessé dans mon amour-propre contrairement à eux.
- Je leur ai permis de capturer l'alien et Yvonne m'a ramené avec eux. A l'ancien QG de Londres, j'ai subi différents tests tous supervisés par Yvonne. Je n'étais pas dupe je connaissais mon don mais j'essayais autant que possible de leur cacher … je n'avais que onze ans, j'avais eu si peur et … Yvonne était gentille avec moi et pour une fois quelqu'un semblait savoir ce que j'avais. Elle m'a dit qu'elle allait me mettre dans une meilleure école où je n'aurais pas à avoir peur de montrer ce que je pouvais faire.
- Et tu l'as crue ?
- Je n'ai pas eu le choix. Je ne l'ai jamais eu …
- Ensuite ?
- Les tests ont confirmé que j'étais un humain pure souche. Même si je ne leur avais révélé qu'une infime partie de ce que je pouvais faire, cela lui a donné des idées, beaucoup d'idées. Jack, il faut que j'aille aux toilettes, c'est urgent.
J'ouvris ma trappe et lui fit signe d'y descendre. Il s'y précipita et moi aussi.
Après avoir vomi dans les toilettes de ma petite salle de bain il s'effondra à même le sol, haletant. Je remarquais sa pâleur et quelques goutes de sueur qui perlaient sur son front. Je lui en voulais mais je ne souhaitais pas qu'il aille plus mal.
- Je vais chercher Owen, décidais-je.
- Non ! Ça va passer, c'est normal …
- Est-ce que tu as déjà fait ça avant ?
- Non, mais je le sais. Tu dois me trouver bien pitoyable …
- Est-ce que tout va bien ? cria Owen depuis mon bureau.
Il ne connaissait pas cet endroit, il me faudrait gérer cela … plus tard.
- Oui ! répondis-je bien fort. Continue Ianto.
- La suite n'est pas difficile à imaginer, elle s'est dit que je ne devais pas être le seul dans le pays à avoir ce genre de dons. Tu connais Yvonne, elle voit toujours trop grand. Elle a créé un réseau de personnes sur tout le territoire, elle les a formées afin qu'elles puissent tester des enfants. Mais tu le sais déjà, c'est dans le dossier que tu as reçu, dit-il en me regardant.
- Je veux entendre de ta bouche tout ce que tu m'as caché.
- Je suppose que je mérite cela, marmonna-t-il.
Il se releva et s'assit sur la cuvette des toilettes.
- En même temps, poursuit-il, elle a conçu son école, j'étais le premier élève mais je ne suis pas resté seul longtemps.
- Elle a vraiment trouvé d'autres enfants ?
- Oh oui … cela me semblait le paradis Jack, tu comprends ?
Bien sûr que je comprenais.
- Des professeurs intéressants, qui nous enseignaient ce qu'on leur demandait. Ils étaient gentils, on mangeait bien, on avait tout ce que l'on voulait … mais je me suis enfui.
- Pourquoi ?
- Parce que je voulais revoir ma sœur et Yvonne ne voulait pas. Elle disait que Torchwood était ma nouvelle famille, que je devais oublier mon père, ma mère, ma sœur … je ne le souhaitais pas. Elle m'utilisait. Tout le temps. Les week-ends, parfois en semaine quand ils avaient besoin que je lise les pensées d'êtres qu'ils capturaient ou tout simplement d'humains. C'était une torture pour eux comme pour moi ... je voulais avoir ma sœur avec moi, ne pas me sentir aussi seul … je sus très vite qu'Yvonne ne changerait pas d'avis. Elle ne savait pas fermer son esprit comme tu sais le faire. Alors, je suis retourné à l'orphelinat, je voulais que l'on s'enfuie ensemble. Mais elle m'a dit que j'avais tort, que je devais saisir cette chance et Rhiannon les a rappelés …
Il fit une pause et déglutit difficilement.
- je lui en ai voulu … Ce jour-là, j'ai su que je serais toujours seul et que je n'avais aucun échappatoire. Il faut que je boive Jack … la sensation de soif est revenue … fit-il en me regardant dans les yeux.
Nous remontâmes et je fermais mon antre, Tosh et Owen avaient au moins appris une chose aujourd'hui. Je refermais également la porte de mon bureau tandis que Ianto se resservait un verre d'eau. Ce n'était peut-être pas une bonne idée puisqu'il venait de tout vomir mais je ne dis rien.
- Yvonne s'est mis en tête de remplacer mes parents, elle a essayé … d'être une mère.
- Une mère ? Je ne crois pas Yvonne capable de cela.
Il n'avait tout simplement aucune idée de ce que pouvaient être des parents normaux.
- Je sais à quoi ressemble une famille … elle avait des sentiments pour moi, malgré ce que tu en penses. J'en suis certain … c'était compliqué mais elle m'aimait à sa manière.
- Oh oui, belle manière et l'arrêt cardiaque ? Est-ce que tu m'as menti pour tenter de m'amadouer ?
- Non je ne t'ai pas menti, c'est bien elle … je ne t'ai pas menti Jack, tu dois me croire … avoua-t-il en me regardant avec ses yeux remplis de larmes.
- Les faits, Ianto, coupais-je durement.
Je ne voulais pas de ses apitoiements, il avait eu le temps de réfléchir à ce qu'il faisait en me cachant toute la vérité. Il essuya les larmes du revers de sa manche.
- Tout le monde a besoin de chaleur, c'est toi-même qui l'a dit. Je passais du temps avec elle, entre l'école et le QG. Deux ans après, elle m'a adopté, quand mes parents sont morts. Je ne les avais même pas revus … Yvonne m'a autorisé quelques fois à téléphoner à ma sœur, c'est tout. Mais tu sais tout cela n'est-ce pas ? Tu connais déjà toutes les réponses.
- Comment fais-tu cela ? Je suis toujours sur mes gardes, comment fais-tu pour savoir ce que je pense ? Dire que je pensais que tu avais un sixième sens pour deviner ce dont j'avais besoin …
- Je n'ai jamais pénétré vos esprits ! Jamais Jack. Il émane de tout un chacun des émotions, comme des vibrations qui se propagent sur la surface d'un plan d'eau. C'est comme si … j'effleurais cette surface avec ma main en prenant garde de ne jamais la déranger. Je sens vos émotions et je peux aller plus loin, plonger ma main et passer sous la surface pour accéder au reste … mais je ne l'ai jamais fait, je te le jure. Tu es différent des autres … au début je pensais que rien n'émanait de toi mais ensuite j'ai compris … tu es à un autre niveau, comme le vampire … je ressentais certains de tes sentiments mais pas plus qu'un empathe … Je sais que c'est mal, Yvonne me l'a fait faire, Lisa m'a étudié sous toutes les coutures pour savoir comment cela fonctionnait. Yvonne me motivait en me disant que c'était pour la nation mais au fond de moi je savais que c'était faux …
- Pourquoi l'as-tu fait alors ? coupais-je en montant le ton. Tu n'avais qu'à faire une grève de la faim, ironisais-je.
- Je le faisais pour elle … pour la remercier de ce qu'elle avait fait pour moi.
Savait-il qu'elle avait fait assassiner ses parents ? Elle était un monstre et elle l'avait exploité voilà tout. Comment ne s'en était-il pas rendu compte ?
- C'était compliqué … je crois en Torchwood, à tout ce que j'ai vu … j'essayais de la faire changer d'avis, de l'influencer et parfois j'y parvenais, termina-t-il en me fixant. Yvonne travaillait tout le temps pour protéger le pays …
- Elle t'a mis tout cela dans la tête ! De la propagande voilà ce qu'elle t'a fait ingurgiter !
- C'est faux, c'est caricatural Jack … je pensais que toi mieux que quiconque comprendrait tout cela.
- Et pour quelle raison ?
- Parce que tu as des secrets et que tu as fait beaucoup de choses pour ton pays … des choses dont … on ne peut pas être fier.
- Qu'est-ce que tu sais sur moi ?
- Ce que j'ai lu dans ton dossier, quelques-uns de tes faits d'armes quand tu travaillais pour le gouvernement, quand tu cachais leurs crimes … ou les tiens.
- Je savais que tu avais lu mon dossier, Ianto j'ai été honnête avec toi, je t'ai fait confiance ! Sais-tu à combien de personnes j'ai fait autant confiance ?
Me balancer ainsi à la figure mes propres crimes alors que lui m'avait trahi avait fait monter ma colère d'un cran, il fallait que cela sorte, il avait largement nourri ma curiosité …
- Très peu sur cette terre. En ne me révélant pas tout cela, tu as choisi ton camp, lui assenais-je.
- N'importe quoi ! Tu ne comprends donc pas que je ne me suis jamais senti aussi bien de ma vie ici ? Vous ne saviez pas, vous me traitiez comme les autres. Jamais je n'ai connu cela, jamais je n'ai eu une vie aussi normale. Je ne voulais pas que cela s'arrête ! Mais tu ne m'as jamais révélé aucun de tes secrets, tu m'as fait confiance pour ce qui t'arrangeait, pour si peu de choses ... J'ai lu vos archives et j'ai découvert de petites parties d'un carnet qui ont dû échapper à ta destruction. Un carnet où une femme explique les expérimentations qu'elle fait endurer à un certain Jack Harkness et elle explique comment il trompe la mort à chaque fois … tu t'es caché de moi autant que je me suis caché de toi, j'ai reconnu ton écriture sur des dossiers vieux de cent ans, bon dieu Jack !
Je me levais d'un bond, personne ne devait savoir ! Il s'était joué de moi bien au-delà que ce que je pensais. Ma main partit toute seule, je lui donnais une claque qui m'étonna moi-même. Je me sentis mieux … puis gêné. Il se tenait sa joue, le visage de côté sans se retourner, sans me regarder … ce n'était pas un coup de poing, pas une attaque d'homme, il ne pouvait rien faire … je pris mon manteau et je fis ce que je savais le mieux faire, m'enfuir.
Chapitre 31 : Introspection
-----------------------------------------------------------------------------------------
Il était tard, la nuit avait étiré son manteau sombre sur la ville. J'avais planté mon équipe au Hub pour fuir, si vite qu'ils n'avaient vu que mon manteau claquer. Partir avant de perdre totalement le contrôle et regretter mes paroles ou mes actes. J'étais allé sur ce même toit où j'avais amené Ianto. Tenter de me calmer et essayer de réfléchir à ce qu'il m'avait raconté, à ce que Mace m'avait révélé et à ce que moi je ressentais. La colère, comme un torrent, m'avait dévasté. Une immense colère que je savais excessive … elle l'était toujours quand il s'agissait de personnes qui m'étaient proches. J'étais plus dur, plus exigeant et tellement plus blessé … j'avais besoin de calmer ce fleuve qui bouillonnait en moi, le ramener dans son lit et rien de tel pour cela que de prendre de la hauteur.
J'étais blessé dans mon amour propre, dans mon cœur, j'avais le sentiment qu'ils s'étaient tous joués de moi, Yvonne, Mace et même Ianto. Le dindon de la farce, le seul à ne pas savoir et pour cela je lui en voulais. Mon secret … était différent, il devait rester caché pour leur propre sécurité. Il l'avait découvert et je me sentais vulnérable et terriblement irrité. Je pensais avoir détruit tout ce qui se rapportait à cette époque et à ces deux sadiques qui s'étaient montrées si cruelles … je faisais tout pour enfouir ces souvenirs, pour les oublier. La simple évocation de cette période m'était tellement désagréable …
Ma confiance … voilà ce qu'il avait trahi, la confiance que j'avais accordée à un agent de Torchwood 1 … Le premier à qui j'accordais ma confiance depuis si longtemps. Le premier à qui j'avais ouvert mon cœur … Il aurait pu choisir la loyauté, une loyauté qu'il me devait. Je l'aurais aidé … tellement mieux qu'Yvonne. Moi seul savais comment l'accompagner pour qu'il arrive à maîtriser ses dons, il lui fallait de l'entraînement. Yvonne élever un enfant pendant douze ans à l'institut … quelle folie. Moi-même je ne l'avais jamais fait aussi longtemps et j'avais certainement plus d'habilités qu'elle. Je comprenais en partie pourquoi elle l'avait adopté, elle voulait absolument qu'à son tour il adopte Torchwood, qu'il l'adopte elle … mais pourquoi le bracelet de détention ? Double Y m'avait dit que son intégration s'était mal passée, mais je ne savais pas pourquoi. Il y avait tellement de questions que je ne lui avais pas posées. Depuis six jours il occupait jour et nuit mes pensées, depuis six mois il avait élu domicile dans mon cœur. Je l'avais perdu, découvert qu'il m'avait trahi, puis retrouvé et maintenant loin de lui … mon cœur soufrait. Comme lui devait souffrir de mon abandon … pourquoi fait-on toujours aux autres ce que l'on déteste le plus ? Le Docteur m'avait abandonné et je ne savais toujours pas pourquoi, c'était si douloureux … je m'étais posé tant de questions … et juré d'être un roc pour mes amis. Ne pas faire aux autres ce que l'on ne veut pas qu'on nous fasse. Et je venais de faire exactement le contraire … il avait besoin qu'on l'aide. Qui d'autre que moi pouvait le faire ? Qu'allait-il faire sans nous ? Il y avait toujours la menace de l'Unit qui planait, j'étais certain que Mace n'en resterait pas là. Ça tournait à l'obsession, depuis la Tour il avait tout fait pour rester en contact avec lui, il était responsable de l'agression du notaire c'était évident. Il dépassait allégrement les limites … je n'avais pas interrogé Ianto sur lui, il avait dû faire de sa vie un enfer le menaçant sans cesse de tout révéler. Déjà à Canary Wharf il revenait abattu de leurs entretiens, maintenant je savais pourquoi. Il aurait pu refuser de faire la liaison avec l'Unit … cela devait lui rappeler sans cesse l'épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il avait été courageux, je devais le reconnaître. Cette crapule devrait payer.
Je me repassais les événements depuis notre rencontre dans les archives de Torchwood sous ce nouvel éclairage, j'en avais une lecture inédite très intéressante ... Je passais du temps à réfléchir ou plutôt rêvasser sur ces souvenirs … j'avais passé de bons moments en sa compagnie. Parfois drôles, toujours réconfortants, souvent touchants, même émouvants. Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis si longtemps … et lui aussi m'avait-il dit. Comme un idiot sur ce toit, je souriais en repensant à tous ces moments … Étais-je prêt à faire une croix sur tout cela ? Peut être étais-ce le bon moment pour mettre un terme à notre relation. Le Docteur n'allait pas tarder, je devais absolument le rejoindre … mais il serait intéressant d'avoir son avis sur Ianto. Ses dons étaient rares et précieux, je connaissais des lieux dans l'univers où il pourrait vivre sans crainte … le Docteur pourrait l'aider à exploiter pleinement ses pouvoirs. Yvonne et Mace ne s'étaient pas gênés, Yvonne en utilisant même le chantage affectif. C'était bien évidemment tellement tentant. Mieux qu'un détecteur de mensonges, qu'une sonde mentale, capable de communiquer avec toutes les espèces en accédant directement à leurs pensées, à leurs souvenirs … même moi j'étais tenté d'en savoir plus. Il était un atout redoutable, une véritable arme. Mais je ne devrais pas penser ainsi, comme Mace et Yvonne qui avaient oublié que c'était un être humain. Un jeune homme qui avait le droit de disposer de lui-même et de choisir ses actes, sa voie … personne ne lui avait jamais donné ce choix. Étais-ce ce que j'allais faire ? Le garder avec moi, s'il me donnait des garanties, s'il était entièrement honnête avec moi … c'était égoïste, je ne pourrais pas le protéger en mon absence … misère, pourquoi étais-ce toujours aussi compliqué ?
Je me concentrais sur le vent frais sur mon visage, sur les routes illuminées et les voitures qui y circulaient … un ballet incessant et fascinant. Je consultais ma montre, cela faisait trois heures que j'étais là, incroyable je ne pensais pas être resté si longtemps. J'étais plus calme, j'avais ravalé ma colère et ma déception. J'avais encore beaucoup de questions et toujours pas de solution pour lui mais je voulais avoir une nouvelle discussion. Je retournais au Hub, en réfléchissant à ce que j'allais lui dire. Mais quand j'entrais personne ne répondit à mes appels. Je descendis dans sa chambre et à ma grande surprise celle-ci était vide. J'ouvrais les placards, les tiroirs … plus aucune de ses affaires ne s'y trouvait.
Je remontais dans mon bureau, en constatant au passage que la pièce principale avait été rangée et je fus à nouveau surpris de ne trouver qu'une note de Ianto sur son enlèvement. Il expliquait dans un long paragraphe très professionnel, ses conditions de détention, les questions qui lui avaient été posées et les mauvais traitements qu'il avait subis. Coups, intimidation, cellules insalubres, privation de sommeil … je ne pensais pas que Mace y était allé aussi fort. Il avait dit qu'il l'avait à peine touché … il ne doutait vraiment de rien. Il me connaissait bien mal, ma vengeance serait à la hauteur de sa cruauté.
Il était tard mais à ce numéro j'étais certain d'avoir toujours un interlocuteur, jour comme nuit. Quelques mots suffirent pour que j'aie un rendez-vous avec des personnes importantes pour Ianto et moi. L'affaire Mace serait réglée et j'espérais bien le visiter très prochainement dans sa cellule.
Je pris le SUV pour rejoindre le domicile du médecin, j'étais certain de les trouver tous les trois, enfin je l'espérais. Je tambourinais à sa porte et c'est un Owen à la mine endormie et en caleçon qui m'accueillit.
- Jack ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Où est Ianto ?
- On l'a déposé à l'hôtel …
J'ouvris la bouche pour lui demander pour quelle incroyable raison ils l'avaient ainsi abandonné mais Owen ne me laissa pas le temps de l'interroger.
- Il a insisté, tu penses bien que je n'étais pas d'accord. Sa santé est encore précaire, il peut faire des malaises.
Tosh nous rejoignit, elle aussi en pyjama. J'eus envie de sourire en les voyant tous les deux sous ce nouveau jour. J'étais content pour eux, surtout pour Tosh.
- Sans parler de Mace, ajouta-t-elle. Il n'a rien voulu nous dire Jack, mais je sens bien que ce n'est pas fini. Tu comptes nous éclairer un jour ? J'aimerais bien comprendre pourquoi tu l'as frappé après ce qu'il a vécu. Vraiment Jack. Parce que pour l'instant ça me dépasse. Il semblait totalement abattu …
- Mais tu sais comment il est, il n'a rien voulu nous dire comme te l'a dit Tosh, et il ne voulait pas dormir au Hub ni chez moi. Il appelait un taxi pendant que j'essayais de le convaincre, vraiment têtu … vraiment gallois. Mais c'est dangereux Jack pour sa santé. Je vais te chercher l'adresse.
- Je vous expliquerais tout, dis-je toujours sur le pas de la porte, je comprends que cela soit compliqué pour vous mais je veux d'abord en parler avec lui.
- Promets-moi que tu ne le frapperas plus. Je ne sais pas ce qu'il a fait mais je sais ce qu'il a vécu pour y être passée moi-même. Mais ils y sont allés fort … ils étaient pressés d'après Ianto. Owen et moi, on l'a forcé à écrire ce qui s'était passé. Il ne voulait pas, comme si c'était déjà du passé ou plutôt comme s'il ne comprenait pas à quel point c'était grave. Quand tu m'as ramené au Hub, tu m'as réconfortée j'en avais tellement besoin. Et lui … qui va le réconforter Jack ?
Owen nous avait rejoints. Silencieux, il laissait Tosh parler, il se tenait en retrait. Il était si rare qu'elle s'oppose à moi, il respectait sa prise de position et moi aussi.
Il passa un bras autour de ses épaules pour subtilement la soutenir.
- Tiens, me dit Owen en me donnant l'adresse de l'hôtel. Il nous a fait ranger le Hub avant de partir … il voulait le faire lui-même … et bien sûr il a nourri Myfanwy. On ne sait pas ce qu'il a fait pour te mettre dans une telle colère mais on pense qu'il a été largement puni.
- Je … je vais discuter avec lui.
Je repartis, c'était difficile d'aller contre son équipe, leurs paroles avaient du poids même si je prenais toujours mes décisions seul. Les voir tous les deux ensemble, amoureux, accentuait mon malaise … je me sentais tout simplement triste de l'avoir perdu. Je voulais lui donner une seconde chance, s'étaient réveillées en moi des envies qui ne s'étaient tues que quelques heures … il fallait se rendre à l'évidence, je l'aimais. Je ne voulais pas que nous soyons tous les deux seuls, Tosh et Owen étaient tombés amoureux en même temps que moi, je ne pouvais plus dissocier leur couple du mien.
Au maître d'hôtel, je mentis en lui disant que Ianto m'attendait. Je frappais à sa porte mais personne ne répondit. Immédiatement je m'angoissais en imaginant un nouvel enlèvement ou un malaise dans la salle de bain …
Je crochetais en vitesse la porte et en entrant je me précipitais dans la salle de bain mais il n'y était pas, il était dans le lit toujours endormi malgré mon entrée fracassante, j'avais crié son nom bien malgré moi. Je refermais la porte en espérant ne pas avoir réveillé les voisins de chambre. Je m'assis à côté de lui, il ne bougeait pas … je vérifiais même s'il respirait tant il était immobile. Il paraissait si jeune ainsi endormi. Et vulnérable avec toutes les marques des coups qu'il avait reçus. Tout à coup je ne ressentais plus que l'amour que j'avais pour lui. Je passais ma main dans ses cheveux espérant le réveiller sans l'effrayer. Il ne bougea même pas. Je passais ma main sur son dos nu, en évitant les ecchymoses forcément douloureuses. Je l'appelais par son nom, je le secouais finalement en lui tenant les épaules. Rien n'y faisait, il semblait toujours dormir ou bien … et s'il avait pris quelque chose ? Ainsi rejeté, où pensait-il aller ? Peut-être avait-il fait une bêtise ?
Bon dieu, j'attrapais mon téléphone dans mon manteau et je composais le numéro d'Owen tout en vérifiant la salle de bain à la recherche de médicaments.
- Jack ! Merde, t'as décidé qu'on ne dormirait pas ce soir c'est ça ?
- Je n'arrive pas à le réveiller !
- Secoue-le !
- C'est fait Owen, tu penses bien, dis-je exaspéré.
- Il a peut-être pris un truc … il semblait bien affecté quand on l'a laissé …
- Tu n'aurais pas dû le laisser !
- Tu es parti le premier ! Y a des cachets ?
- Non rien, je ne trouve rien ! hurlais-je en retournant dans la chambre.
- Jack …
Cette voix … sa voix.
- Ianto … ça va Owen, il est réveillé.
- Dis-moi comment il va, demande lui ce qu'il a pris …
Je coupais le portable sans prendre le temps de lui répondre. J'avais plus important devant moi.
Chapitre 32 : Réconfort
-----------------------------------------------------------------------------------------
Ianto me regardait légèrement redressé dans le lit, les yeux encore remplis de sommeil mais interrogateurs, les battements de paupières se faisaient lents, il luttait clairement pour ne pas se rendormir.
- J'ai essayé de te réveiller, il n'y avait rien à faire, mais qu'est-ce que tu as pris ? lui reprochais-je un peu plus durement que je ne le voulais.
J'avais eu peur pour sa vie. Peur un instant de l'avoir perdu par ma faute. Il me semblait clair que sa grève de la faim et de la soif révélait une tendance suicidaire dont je n'avais pas tenu compte au Hub lors de notre entretien, ou plutôt notre dispute.
- Un somnifère.
- Ce n'est pas vrai … et tu penses que c'est prudent ?
Je n'eus qu'un haussement d'épaules pour réponse qui nous replongea tous deux dans nos pensées.
Son portable se mit à vibrer sur la table de nuit faisant un bruit tonitruant dans le silence de la chambre.
- C'est Owen.
- Mais je lui ai dit que tu étais réveillé !
Je m'assis sur le lit, agacé par cette interruption tandis que Ianto décrochais.
- Owen ? … un somnifère … je sais, Jack vient de me le dire … oui, oui je sais … Owen, je vais suivre tes conseils, arrête et retourne dormir … ok, ok, je lui dis. Bonne nuit, termina-t-il en raccrochant.
- Me dire quoi ?
- hum … il est plutôt en colère que tu lui ais raccroché au nez.
- C'est la version soft, c'est ça ?
- C'est ça, fit-il en se passant la main sur le visage, qu'est-ce que tu … qu'est-ce que tu fais là, Jack ? finit-il par demander en hésitant, en baissant le ton de sa voix.
Mon cœur se serra à cette question. On y était, je n'étais pas certain de réussir à lui faire comprendre ce que je voulais, à lui expliquer pourquoi j'étais parti en réalisant l'étendue de ses connaissances sur moi, pourquoi je ne pourrais pas toujours le protéger, ce que je pouvais lui apporter, ce qu'il représentait pour moi … pourquoi je voulais qu'il revienne. Tout était si compliqué et confus …
- Jack …
Ce regard, je connaissais ce regard … plein de compassion. Il fallait que je me ressaisisse, que je commence par un bout, peu importe lequel. Mes yeux se posèrent sur ses affaires qui gisaient à mes pieds.
- Pourquoi as-tu quitté le Hub ?
- Le message était plutôt clair, murmura-t-il en baissant les yeux.
Il se releva soudainement pour rejoindre la salle de bain. Il se passa longuement de l'eau sur le visage, un bon moyen de se réveiller. En attendant j'enlevais mon manteau, je regardais à nouveau ses affaires. La mallette du notaire y trônait détonant avec le style du reste de ses bagages. Tosh et Owen avaient pris l'initiative de lui donner, ces deux-là auraient pu me demander. Son boudin militaire, ses costumes, ses livres … les mêmes affaires qu'à Torchwood 1, ni plus ni moins. Cela était irritant. Vexant pour moi. N'avais-je donc pas mieux réussi qu'Yvonne ? Au moins il ne partait pas avec un bracelet de détention …
- Les somnifères d'Owen sont puissants, me dit-il en revenant dans la pièce mettant fin à mes réflexions.
- Evidement, particulièrement dans ton état.
Je le vis se rembrunir, s'assoir sur le lit en tailleur, précautionneusement à une bonne distance de moi. Il croisa ses mains et garda les yeux fixés sur elles.
- Où vas-tu ? Quel est ton plan ?
- Pourquoi …
Il leva ses yeux, ses magnifiques yeux qui me touchèrent en plein cœur, et ne finit pas sa phrase. Je tâchais de cacher au mieux l'effet qu'ils produisirent sur moi … ils avaient ce soir l'éclat d'un saphir sous la lumière crue de la chambre, au Hub je m'étais plutôt habitué à la couleur d'un ciel grisâtre … Mes barrières mentales étaient en place, je ne laissais rien filtrer, il ne pouvait pas deviner mon état pourtant … son attitude me faisait hésiter.
- Je ne lis pas dans tes pensées.
Il répondait à la question que pourtant je me posais … Il remonta ses jambes et se cala dans le lit tout replié sur lui-même, le menton sur ses genoux, ses bras entourant ses jambes. Le langage du corps était clair à défaut de ressentir ses émotions. J'utilisais mes faibles capacités psychiques pour le scruter mais cela ne servait à rien, rien ne se dégageait de lui. Il semblait à la fois si fort et si fragile … il était resté maître de lui-même depuis notre toute première rencontre, jamais je ne l'avais vu faillir, pourtant les occasions et les raisons ne manquaient pas. Et en même temps … il était si jeune, si meurtri dans sa chair, la partie visible de l'iceberg. Il avait tant d'autres blessures plus profondes que les hématomes qui se teintaient déjà de jaune, même s'il refuserait probablement de l'admettre. Ceux-là guériraient pour le reste … ce serait plus long.
- Tu penses comme les autres. Dés qu'une personne sait … cela fausse tout.
- Je veux comprendre comment tu fais, avouais-je.
Je réalisais soudain qu'on avait dû lui dire tellement souvent … que c'était évidemment une question que tous ses interlocuteurs se posaient à un moment ou à un autre.
- Cela ne change rien Ianto, tu n'es pas le premier que je rencontre avec ces capacités ! m'exclamais-je avec un air outré en espérant qu'il me croirait. Si tu te crois unique, sache que tu ne l'es pas.
Il ne dit rien mais le coup d'œil qu'il me jeta en disait long malgré lui ... il était intéressé.
- Bon alors, où allais-tu ? repris-je.
- A Londres, commença-t-il hésitant au MI-5, j'ai un ami là-bas …
Il ne parlait pas, il murmurait.
Tel un chat, il retombait toujours sur ses pattes, il avait prévu bien entendu un plan b … l'ami que tu es allé voir quand nous sommes allés à Londres, me rappelais-je à haute voix parlant plus pour moi-même que pour lui. Est-il … allé à l'école d'Yvonne avec toi ?
- Oui.
- Quels sont ses pouvoirs ?
- C'est un surdoué.
- Et tu penses être à l'abri là-bas ?
Il ne répondit pas toujours recroquevillé, les yeux baissés.
- Tu penses que Mace te laissera tranquille ?
- Bien sûr que non.
Cette fois il avait parlé vite et avec plus de conviction, il le haïssait et je partageais son sentiment.
- Je ne l'ai vu que quelques minutes durant mes … ces jours à l'Unit. C'est un lâche, il a peur de m'approcher, peur de ce que je lirais en lui mais je ne pense pas qu'il s'arrêtera si facilement.
Ses thuriféraires avaient peur de lui, c'était pitoyable.
- J'étais pourtant persuadé qu'il se lasserait avec le temps ... reprit-il dépité.
- Ianto …
J'avais de la compassion pour lui. Ce qu'il subissait me révoltait, m'obligeait à réaliser combien je l'aimais, combien il m'était insupportable de le laisser dans sa condition si misérable, terré au Hub ou en fuite perpétuelle. Il me scrutait comme il l'avait fait tant de fois … mais je savais maintenant qu'il cherchait à me comprendre, je sentais qu'il avait sans cesse besoin de se rassurer, de comprendre l'autre … cela me rappela mes années d'esclave. Sur terre, j'avais endossé le rôle du super-héros avec facilité mais cela n'avait pas toujours été aussi simple. Mes frasques habituelles m'avaient amenées à avoir ce statut peu enviable et j'avais mis quelques années à m'échapper … des années de souffrance, privé de ma liberté, battu, mal nourri … J'avais l'impression de voir en lui mes compagnons d'infortune. Toujours sur le qui-vive, à évaluer nos maîtres pour répondre au plus vite à leurs besoins, à leurs ordres, en un mot survivre. Aucun jour n'était ordinaire, c'était une lutte perpétuelle …
Je m'approchais de lui, ce vide entre nous me rendait fou.
- Je te propose de revenir, dans mon équipe.
C'était un peu abrupt mais clair. Il était temps de jouer cartes sur table. Sa réaction, une fois de plus me surprit un peu. Au lieu de se jeter dans les bras de l'homme dont le nom avait été le seul mot prononcé pendant sa captivité, il me regarda l'air suspicieux. Méfiant et désabusé probablement …
- Mais Jack … mais … pour quelles fonctions ?
- Les mêmes, je ne vois pas pourquoi je changerais quoi que ce soit.
Il n'en revenait pas … j'étais content de le voir abasourdi. J'en avais marre que les surprises soient toujours pour moi.
- Je ne peux pas Jack … j'en ai envie, mais je ne peux pas, vraiment pas, fit-il en secouant la tête.
- Mais pourquoi donc ?
Ma voix trahissait mon irritation.
- Tosh et Owen … je ne leur ai rien dit, toi non plus et tu as eu raison. Je sais comment cela va se terminer et je ne le veux pas …
- Mais de quoi as-tu si peur ?
Il avait enfoui son visage dans ses genoux.
- Ianto, parle-moi, dis-moi !
Il secoua sa tête sans la relever. Je lui laissais quelques instants de répit, quelques instants pendant lesquels je luttais contre mon exaspération, mon impatience … je ne comprenais pas pourquoi il ne voulait pas se livrer. Cela m'énervait, consumait ma patience. Mes modiques connaissances en psychologie me dictaient de le mettre en confiance, de lui laisser du temps. Je luttais vraiment pour ne pas lui crier de s'expliquer. J'étais là pour cela et c'était aussi désagréable pour lui que pour moi. Au bout de quelques minutes, je me demandais s'il ne s'était rendormi, mais non, un hoquet m'indiqua que non seulement il était réveillé mais que probablement il pleurait …
Pas facile comme affaire comme dirait un certain notaire.
J'avais mal au cœur. Toute cette histoire remuait en moi des sentiments contradictoires mais une chose était certaine en tant qu'homme et amant, j'étais révolté. Et l'attitude de Ianto … n'était pas celle que je voulais.
Il devait attendre que je parte, lassé par son attitude, je sentais bien qu'il ne me parlerait pas. Pourtant il restait tant de choses à se dire … j'attendais encore des réponses.
C'était mal me connaître que de croire que je capitulerais si vite. Au diable les paroles, pensais-je. Tosh m'avait demandé qui allait le réconforter et … à part moi je ne voyais pas qui d'autre pouvait le faire.
Rapidement je me déchaussais et je grimpais sur le lit. Je m'assis à côté de lui en espérant, en priant pour qu'il ne me repousse pas. J'aurais pu lui dire tellement de choses, j'y avais longuement réfléchi. Sur mon toit, j'avais été un grand orateur dont il ne restait pas grand-chose une fois redescendu sur la terre ferme … J'étais tellement mauvais à cela … rien de nouveau mais quand l'autre était fait selon le même moule, cela compliquait à souhait l'affaire.
J'étais simplement assis près de lui, je me déplaçais encore un peu, nos épaules se touchaient … j'espérais que cela serait suffisant. Un peu ma dernière chance. Mais je ne croyais pas à la chance, ma longue vie m'avait prouvé qu'elle n'avait rien à voir dans un destin, il fallait la forcer. Certaines choses ne changent pas. Je plaçais mon bras autour de ces épaules et je l'attirais vers moi … il ne résista pas et posa sa tête contre mon torse, il se blottit tandis que je l'entourais de mes bras et que je le serrais fort.
Heureux car maintenant seulement je l'avais sauvé.
Heureux de sentir son corps nu contre le mien.
Heureux, étrangement qu'il sanglote dans mes bras. Il avait baissé sa garde et c'était une première, mais ô combien importante preuve de confiance.
Heureux et moi aussi en pleurs … des larmes qui emportaient mes derniers ressentiments. J'étais tellement confiant dans l'avenir. J'étais certain que le plus difficile était derrière nous.
Nous restâmes longtemps ainsi, lui dans mes bras et moi profitant de lui. Il avait longuement sangloté avant de sécher ses larmes toujours aussi silencieusement. Cela me rappela sa manière de pleurer Lisa, peut-être pleurait-il aussi Yvonne … tellement digne dans ses moments d'abandon … je l'aimais tellement … Je tentais de le rassurer par de douces caresses sur ce corps meurtri et d'affectueuses paroles pour cet esprit apeuré mais si fort. Il avait une personnalité hors du commun et ce n'étaient pas ses dons que j'admirais mais sa force de caractère. Sa vie n'avait été qu'un long combat solitaire contre lui-même, contre les autres. Il était temps que cela change …
- Ianto … murmurais-je, pourquoi ne nous avoir rien dit ?
- Si je te l'avais dit, je risquais de te perdre ... en ne te le disant pas, je savais que je te perdrais le jour où tu l'apprendrais. Je ne voyais pas de solution … cela me consumait de l'intérieur. J'espère que tu me croies … cela me rendait malade, gâchait tout le bonheur que je pouvais ressentir … j'avais le sentiment que je te volais ces moments.
Il fit une pause que je respectais, il s'ouvrait enfin …
Il se redressa, j'étais un peu contrarié de ne plus l'avoir si près de moi mais j'aimais son regard franc.
- Je ne les méritais pas. Je ne te mérite pas Jack, conclue-t-il dans un murmure.
- Je comprends tes raisons mais ce sont des conneries Ianto. Ces moments sont autant les tiens que les miens. Tu aurais dû me parler au lieu de te cacher … je ne pouvais pas t'aider sans savoir.
- A Londres … tu n'étais pas prêt à entendre tout cela. J'avais beaucoup de mal à te suivre, enfin à suivre tes sentiments. Un instant tu semblais confiant et l'instant d'après je sentais un tel abyme en toi … que cela me faisait peur. J'ai toujours su que tu étais différent des autres, je ne me suis jamais senti en confiance avec mes ressenti. Je ne sais pas comment te dire … tu es si complexe, si difficile à lire. J'ai honte Jack mais c'est si important pour moi, aussi important que le langage …
Je me remémorais mon état à Canary Wharf, je venais d'apprendre la mort de Rose, le départ du Docteur. Oui, il avait raison, j'oscillais entre abattement, tristesse, colère …
- C'est différent maintenant, tu peux revenir.
- Non, je ne peux pas. Je ne veux pas imposer cela à Tosh et Owen. Je vais partir, c'est mieux pour tout le monde.
- Encore des conneries !
- Je suis un monstre Jack … il te faudrait m'enfermer dans une cellule. Yvonne avait fini par le faire …
- Tu n'es pas un monstre.
- Mais j'ai pris le contrôle de certaines personnes ! Les obligeant à croire certaines choses, changeant leur personnalité, j'ai fait des choses atroces !
- Shhh, fis-je en le reprenant dans mes bras.
A nouveau enveloppé de mes bras, je voulais le convaincre du contraire.
- Tu avais quel âge ?
- Quinze ans …
-Je suis certain que ces personnes s'en étaient prises à toi, En pleine adolescence on a du mal à se contrôler. Beaucoup font des bêtises qu'ils regrettaient toute leur vie. Mais les règles ne sont pas les mêmes à cet âge parce que c'est justement un moment difficile à passer … et puis jamais personne ne t'a appris à maîtriser ce don. Je suis désolé pour la mort d'Yvonne … cela a dû être très pénible à Canary Wharf.
- Elle n'a jamais remplacé ma propre mère mais quand même … elle se souciait de moi et moi d'elle.
- Pourquoi le bracelet de détention ?
- Parce que … ces incidents ont fini par se savoir. Il a eu des rumeurs sur mon compte, Yvonne les a contrées, elle m'a imposée à ses agents aguerris mais ils avaient peur et moi je ne supportais plus le regard des autres. Je voulais partir … elle avait autorisé certains élèves à quitter Torchwood, essentiellement pour infiltrer les services secrets, mais ils étaient partis. Alors pourquoi pas moi ? Elle ne voulait pas bien sûr arguant qu'elle me voulait près d'elle …
- Chantage affectif, encore.
- Oui … elle voulait me le prouver, elle m'a légué tous ses biens … Je passais tellement de temps en bas, à interroger des aliens, à subir des tests, à en faire subir à d'autres agents … pour m'empêcher de partir, elle a fini par m'y enfermer. Je sais très exactement ce que je représentais pour elle, elle ne pouvait pas me le cacher. J'étais aussi un sujet d'études, une arme, un objet qu'elle voulait docile et obéissant … Pour la première fois de ma vie, avec vous, je pouvais être moi-même sans me sentir différent, rejeté ou utilisé. C'était si bon … cela a représenté beaucoup pour moi … c'était plus de normalité que je n'en ai jamais eu. Et peut-être que je ne l'aurais plus … je ne voulais pas changer cela, je ne voulais pas que votre regard change. Je sais que tu es différent, que tu as vécu beaucoup de choses mais pas Tosh et Owen, cela finira comme à Londres. Cela finit toujours ainsi …
- Est-ce que tes parents avaient compris ?
- Oui.
Je déglutis, je connaissais la réaction de son père et sa mère qui n'avait apparemment rien fait pour l'arrêter.
- Tu sous-estimes Tosh, Owen et moi par la même occasion. Primo je leur demanderais leur avis, même si c'est moi qui choisis mes agents et pas eux, et cela uniquement pour te rassurer car je n'ai aucun doute. Secundo je vais leur apprendre à maîtriser leur esprit. Cela nécessite un petit entraînement mais je suis certain qu'ils ont les habilités nécessaires, ils sont brillants et … ils t'apprécient … au-delà de ton professionnalisme … Tu es tellement en avance sur ton temps … l'évolution est ainsi. Revenir et reprendre tes tâches, t'entraîner à utiliser tes habilités mentales, je te laisse le choix Ianto, tu feras ce que tu veux. Et si tu le souhaites, je te montrerai tout ce que tu peux faire en gardant toujours la maîtrise, tu sais à quel point je suis doué … dans tous les domaines, terminais-je en souriant.
Il s'écarta un peu pour me dévisager son sourcil levé comme je l'avais vu tant de fois faire.
- Oh, le super-héros est de retour …
- Il t'a sauvé de l'Unit, dois-je te le rappeler ? Tu savais que tout cela allait arriver n'est-ce pas ?
Il soupira.
- Ce n'est rien.
- Comment cela ce n'est rien ?
Il haussa les épaules.
- J'ai déjà oublié …
- Est-ce que tu penses un peu à toi ? J'en doute, Ianto. Ce qui s'est passé est grave.
- Je sais ! Je ne veux plus jamais … être juste un objet entre les mains de Mace mais je ne vois pas ce que l'on peut y faire.
- Moi si et dans quelques heures, nous avons un rendez-vous qui va clore ce sujet.
- Quoi ! fit-il à nouveau étonné. Je ne veux pas que tu … commença-t-il en se redressant.
- Stop Ianto. Il y a beaucoup de choses à revoir, tu t'en rends compte ?
Il baissa les yeux.
- Je suis fatigué …
- Viens, ordonnais-je en ouvrant mes bras.
Je le couvrais avec les draps et couvertures bon marché de la chambre d'hôtel, pas le grand luxe mais en cet instant, je n'aurais voulu être nulle part ailleurs. Il avait besoin que l'on s'occupe un peu de lui.
- Il te faut te reposer, me laisser t'aider … On va terminer le boulot et clore définitivement le dossier de Torchwood Londres. Mace ne sera plus une menace, je t'obtiendrais même une autorisation pour le visiter dans sa cellule. Tu vas voir …
Je sentis son sourire sans le voir, son corps se détendre et enfin en symbiose un sommeil réparateur nous happa tous les deux.