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Made by Torchwood

Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod 
Statut : Terminée

« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod 

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Nous étions toujours débout dans la pièce, l'air probablement ridicule pour n'importe qui d'autre que nous. J'avais doucement attrapé ses mains, entrelacés mes doigts avec les siens, je ne voulais pas le lâcher. Ce qu'il venait de faire … m'avait beaucoup plu, pas au début bien sûr mais … ce feu qu'il cachait si souvent était bien là, il était venu à bout de ma volonté et l'amour que je lui portais brouillait décidément mon esprit. Sa motivation était louable, moi non plus je ne supportais pas de le voir souffrir. Pourtant j'en avais vu et j'avais souvent continué mon chemin sans me retourner. Mais je ne pouvais pas avec lui, je me rappelais la douleur qui m'avait accablée quand je l'avais vu enchaîné, brutalisé dans cette salle d'interrogatoire de l'Unit ... Je lisais sa détermination intacte dans ses yeux, n'étais-ce pas ce qui m'avait plu en lui ? Sa combativité … qui se rappelait douloureusement à ma lèvre. Je posais ma main pour constater qu'elle avait été fendue. Mais elle guérissait déjà et Ianto s'en rendait maintenant compte.
- Je … commençais-je en prenant une grande inspiration.
Je vis une étincelle dans ses yeux et toute son expression changer …
- Je ne sais pas ce que je suis. Nous combattions des Daleks, je suis mort et puis je suis revenu à la vie. J'ai rejoint le Docteur et Rose mais … ils sont partis sans que je puisse les voir ni leur parler. Ils m'ont … abandonné. Je ne sais pas ce qui s'est passé, ni pour moi, ni pour eux … et cela me dévore de l'intérieur.
- Je sais, murmura-t-il en me caressant la joue.
Voilà, je n'étais pas juste nu devant lui, je venais de me déparer de mes dernières défenses. Je me sentais tellement vulnérable, presque honteux … se faire ainsi abandonner par ses amis, qu'est-ce que cela signifiait ? Que j'étais une monstruosité, une erreur de la nature …
- Tu n'es pas un monstre Jack ! Tu es le plus bel homme que j'ai rencontré … et pas mal d'hommes et d'aliens ont défilé devant moi. Qu'est-ce que je devrais dire, moi ?
Il semblait tellement outré que je puisse le penser ... que cela me fit plaisir.
- Tu avais dit que tu ne lirais pas dans mes pensées, l'admonestais-je.
- Excuse-moi Jack, mais tu as baissé tes barrières …
- Quoi ? !
Mon dieu, je ne m'en étais même pas rendu compte … je lui laissais un accès libre … comment …
- C'est ton subconscient, m'expliqua-t-il répondant à ma question muette.
Merde, il continuait d'entendre.
- Yep je confirme.
- Ianto arrête.
Il fallait que je me ressaisisse, que je redevienne maître de mes émotions.
- Quelle est ton idée ? reprit-il plus sérieusement, d'une voix douce et calme. Je devine que tu ne me dis pas tout cela uniquement parce que je me suis un peu énervé …
On n'apprend pas à un singe à faire la grimace, pensais-je.
- Peut-être qu'il y a des informations dans mon subconscient sur ce qui s'est passé …
Je me tus. J'en avais déjà dit beaucoup. Ce garçon me faisait décidément un effet fou, cela aussi m'effrayait. L'amour m'effrayait. Chaque fois que j'avais aimé, que je m'étais laissé aller aux méandres de l'amour, la perte inévitable de l'être cher me rendait inconsolable si longtemps … Ianto avait réussi à me faire avouer ce que je gardais sur le cœur depuis cent ans, ni plus ni moins. Je pensais ne jamais parvenir à confier ce lourd secret que je portais comme une croix. Ce secret qui me consumait de l'intérieur... l'avoir révélé était si inattendu et douloureux, c'était accepter tout le mal qu'il me faisait. En cent ans j'avais eu le temps d'oublier certains mauvais souvenirs mais pas celui-ci. Comme un enfant adopté cherche toujours ses parents biologiques, je cherchais le Docteur car je savais qu'il avait la réponse à mon immortalité.

Je m'effondrais sur le lit et Ianto se mit à rire devant mon état. Je relevais la tête, j'étais en proie à des tourments terribles et lui riait … J'aimais son rire, cela fit tomber la pression d'un coup. Tout à coup je trouvais moi aussi la situation plus que cocasse, avec mon pantalon sur mes chaussures, mon corps zébré de griffures rouges. Tout à coup, je me sentais léger.

Il cessa de rire et à son regard protecteur et heureux je sus qu'il savait. Il s'allongea à côté de moi, sans me quitter des yeux, moi j'avais vrillé mon regard au sien. J'avais besoin de savoir, de savoir qu'il m'aimait autant que je l'aimais. Que je venais d'ouvrir mon cœur, de révéler mes secrets à une personne digne de confiance. J'avais si peur …
Il posa sa main sur ma joue, dans un geste tendre et je lus dans ses yeux de la fierté et de l'admiration. Cela me fit un bien fou. Je fermais les yeux et sans y penser je pris une grande inspiration. Quand j'ouvris les yeux, je vis son sourire doux et charmeur.
Ianto Jones, l'effet que tu me fais … Le savait-il ? J'en doutais.
Je souris en retour et ma lèvre me fit mal, elle n'avait pas encore fini de guérir.
- Est-ce que cela fait mal ? me demanda-t-il en comprenant.
- Un peu.
- Je suis désolé.
Il s'était excusé dans un murmure en posant un baiser léger sur mes lèvres.
- Bien sûr que non.
Il baissa les yeux, tentant sans succès de cacher un sourire. Il était à nouveau lui-même. Avait-il planifié tout cela ? Je me le demandais sérieusement.
- Tu es une teigne.
Il attrapa de quoi nous essuyer dans sa table de chevet, nous finîmes de nous déshabiller. Cette fois c'est moi qui me refugiais au creux de ses bras. Il tira la couette sur nous.
- Maintenant on est bien, osa-t-il dire.
- Tu es vraiment gonflé, Ianto Jones, répondis-je à son audace. Parle pour toi, moi je suis en piteux état.
- Jack Harkness, tu es un menteur.
Je ris malgré moi à cette déclaration. Je laissais passer le temps, il s'écoulait lentement installé aussi confortablement. Je réfléchissais bien sûr à ce que je venais d'avouer, à ce qui s'était passé avec cette crapule, à l'idée qui avait germée dans mon esprit. Bien sûr que j'avais menti, je me fichais bien des douleurs physiques. Je me sentais apaisé après cet épanchement, le Docteur me manquait et Rose … était morte. Mais au fond de mon cœur je savais que plus que tout, ne pas savoir ce que j'étais ruinait ma vie, faussait mes relations avec les autres. C'est pour cette raison, que je pris la décision de demander à Ianto de chercher dans mon subconscient ce qui s'était passé. J'allais lui dire quand l'alerte de la faille se déclencha …


Arianrhod  (29.09.2010 à 12:46)

Chapitre 36 : Une nuit extraordinaire

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L'alarme venait de retentir, je vérifiais les données de la faille avec Ianto, en pyjama, dans mon dos.
- A nouveau des weevils … Ils ne semblent pas trop nombreux, dis-je en consultant les vidéos de surveillance.
- J'appelle Owen ? demanda Ianto pour confirmation en attrapant déjà son téléphone portable.
- Non. Je peux me débrouiller seul.
- Mais …
- Va te recoucher. Je reviens vite, le rassurais-je fermement en me dirigeant vers mon bureau.
Le temps que je collecte quelques sprays anti-weevils, il était allé chercher mon manteau. Il m'aida à l'enfiler avant que je ne quitte rapidement le Hub, lui mre regarda partir le visage fermé manifestement mécontent.

Je revins plusieurs heures plus tard, fatigué mais cette chasse m'avait fait du bien, comme toujours. La tête vidée, les muscles endoloris d'avoir couru et de m'être battu, j'étais venu à bout de trois weevils. En usant de stratagèmes je n'aurais pas pu en combattre trois à la fois. Ils étaient dans les cellules et j'étais quasi certain d'avoir rencontré la nouvelle espèce. Beaucoup plus agressifs mais pas plus intelligents, fort heureusement.

Je rejoignis Ianto qui s'était endormi apparemment bercé par la télévision qui était toujours allumée. En le voyant, je pris sans y penser une grande inspiration. Il semblait paisible, la télé l'inondait d'une lumière bleutée qui atténuait les marques de coups sur le haut de son corps qui dépassait de la couette. J'avais envie de le rejoindre, mais d'abord la douche, me rappelais-je à moi-même pour me donner du courage. Il avait préparé une serviette et des vêtements propres pour moi, heureusement car moi je n'avais pensé à rien … Il faisait bon sous la couette, surtout après s'être baladé en boxer dans les couloirs du Hub. Je me glissais à côté de lui, il bougea un peu sans se réveiller. En revanche, le fait d'éteindre la télévision le fit quitter les bras de Morphée à mon grand étonnement.
- Est-ce que tout va bien ? me demanda-t-il d'une voix paresseuse.
- Oui rendors-toi.
Mais au lieu de cela, il se passa la main sur le visage comme pour chasser le sommeil et me détailla, promenant ses mains sur mon corps.
- Ianto cesse ça ou je ne réponds plus de rien. Je vais bien.
- Tu n'as pas été blessé ?
- Non, pour la seconde fois, tu sais bien que je guéris de toute manière.
- Mais tu as mal comme tout le monde, n'est-ce pas ?
- Hum, fis-je en le prenant dans mes bras, rendors-toi.
- J'étais inquiet, ces weevils sont si féroces, c'est effrayant.
- Comment le sais-tu ? Owen et Tosh ne m'ont fait leur rapport que cet après-midi, et tu n'étais pas là.
- C'est Tosh …
- Comment cela ?
- Elle …. elle est beaucoup plus expressive qu'Owen et que toi bien sûr. Jack ?
- Quoi ?
- Si tu veux, on peut le faire maintenant.
- Tu es fatigué, il est trois heures du matin …
- C'est important. Je peux le faire, mais tu sais qu'il y a des risques ?
- Je ne crains rien Ianto ! Je ne peux pas mourir.
- Je peux faire de toi un légume qui ne peut pas mourir.
- Tu ne me laisseras pas dans cet état, tu me tueras et je reviendrais normal.
Il souffla bruyamment devant cette terrible perspective.
- Ca va être douloureux quand je vais passer la barrière de ta conscience. Surtout avec toi …
- Pourquoi ?
- Parce que tu as des capacités psychiques, oh pas comme moi. Tu es bien en-dessous.
- Mouais …
- Je sais, c'est nouveau, fit-il en se moquant ouvertement.
- Bon, on y va ?
- Ok, ok.
Il quitta mes bras pour se placer à califourchon sur moi.
- Ianto …
- T'inquiète, avec ce que je vais te faire, tu vas avoir plutôt envie de me tuer que de me baiser.


Arianrhod  (02.10.2010 à 16:52)

Je lui fis un sourire forcé, certain de souffrir le martyr. Il posa ses mains sur mon visage, délicatement, en me fixant intensément et sérieusement.
- Je t'aime Jack, murmura-t-il en s'approchant pour déposer un baiser sur mes lèvres.
- Moi aussi, lui répondis-je.
Je souris en voyant qu'il ne s'attendait pas à une réponse de ma part.
- Tu es prêt ?

Je hochais la tête. J'essayais de ne pas trop espérer, peut-être ne verrait-il rien mais … je ne pouvais pas m'empêcher d'être nerveux à l'idée qu'il réussisse à apprendre quelque chose.
- Tu me laisses pénétrer ton esprit ? Ensuite j'aimerais que tu me montres tes souvenirs, avant ta première mort et après ton réveil. Il te suffit d'y penser pour que je les voie, m'expliqua-t-il.
Je fermais les yeux et je fis ce qu'il me demandait. Ce n'était pas agréable mais pas encore douloureux. Je n'aimais pas que quiconque se balade dans ma tête, lui y compris. J'étais consentant mais cela ressemblait malgré tout à une intrusion dans l'intimité de mon esprit. Il me caressa le visage tandis que je lui montrais Rose, le Docteur, les Daleks … Je sentis sa propre nervosité en voyant ces ennemis qui avaient décimé toute la branche de Londres. Je lui montrais enfin la cabine téléphonique qui disparaissait, me laissant seul et terriblement désemparé. Je lui avais décris mes sentiments après cet abandon alors que je réalisais que je venais de tromper la mort mais maintenant il vivait mes souvenirs, il ressentait mes émotions. C'était toujours aussi désagréable et gênant. Posant son front contre le mien, il m'embrassa à nouveau, et ses lèvres chaudes me furent d'un grand secours. Comme il le disait si bien, l'abyme menaçait de m'engloutir en cet instant. Il me parla mais ses paroles restèrent incompréhensible, j'étais totalement absorbé dans mon souvenir. Malgré tout, je saisis cette bouée de sauvetage qui me permit de lutter contre le désespoir qui me gagnait. Je le sentais dans mon esprit, papillonnant dans mes pensées, cherchant un accès vers mon subconscient. Je luttais malgré moi, je ne pouvais pas faire autrement. Il se fit plus pressant et ma révolte contre cette présence augmenta également, je me crispais, j'avais envie de le chasser physiquement de mes genoux. J'agrippais les draps, tirant violemment dessus pour essayer de me soulager. Mais lui, continuait sa progression, ses mains me semblaient des étaux autour de mon visage. Et la douleur fit son apparition. D'abord une sorte de brouillard dans ma tête qui se transforma très vite en deux nébulosités sur mes tempes. Du mal de tête, je passais à la migraine puis au-delà. Je ne maîtrisais plus rien, je ne pensais à plus rien, juste à cette souffrance atroce. Je serrais la mâchoire pour ne pas crier, tirais sur les draps pour ne pas le repousser. Je devais tenir, je le devais … mais c'était si difficile … je pouvais tout arrêter, il me suffisait de le bousculer … c'était long, quand allait-il s'arrêter ? Et puis tout à coup la douleur se fit moindre, l'étau se desserra, je me détendis en reprenant conscience de là où j'étais …

- Respire Jack, c'est fini.
J'ouvris les yeux, tandis qu'il libérait mes jambes en s'asseyant en face de moi.
- Dis-moi, commençais-je essoufflé, dis-moi que tu as vu quelques chose … le suppliais-je.
- Oh, oui, beaucoup de choses. Il va falloir comprendre maintenant … fit-il en se levant et en quittant la pièce.
Il revint avec un gant humide qu'il me passa sur le visage. Le froid me fit du bien, je me sentais exténué comme s'il avait aspiré toute mon énergie vitale. C'était peut-être le cas d'ailleurs.


Arianrhod  (02.10.2010 à 16:53)

- Comme pour le vampire, ta conscience s'est arrêtée quelques instants après ton dernier battement de cœur. Puis, tu as senti une énergie te pénétrer, je l'ai vue … c'était magnifique, une myriade de fractales, tu imagines ? A chaque fois que j'essayais de voir plus profond, je voyais toujours autant de complexité, tout l'univers était là …
- Ianto, qu'est-ce que c'était ?
- J'ai senti deux personnes, une personne qui t'aimait, je pouvais sentir tout l'amour qu'elle te portait et sa volonté de te sauver, une femme.
- Ce ne peut être que Rose … mais le Docteur l'avait renvoyé chez elle …
- Elle a trouvé le moyen de revenir.
- Et cette seconde personne ?
- C'était l'énergie elle-même. Rose ne faisait que la guider vers toi. Elle s'est mise à réparer chacune de tes cellules à une vitesse fulgurante. Je sentais la vie revenir en toi jusqu'à ce que tu reprennes conscience. Toutes tes cellules étaient sollicitées, c'était merveilleux ! finit-il excité.
Je le regardais étonné.
- C'est beau à sentir et à voir … cela doit se reproduire a chaque fois que tu ressuscites. J'aurais pu vérifier mais ça aurait été plus long ... j'ai fait aussi vite que possible.
- C'était le Docteur ?
- Non, ce n'était pas que de l'énergie … c'était notre univers de sa naissance à sa mort. J'ai reconnu ce que c'était Jack, j'en ai déjà vu et puis surtout … j'ai l'ai reconnu, lui.
- Mais qui étais-ce Ianto ? fis-je en me rapprochant.
- C'était le Tardis Jack.
- Mais comment …
- Quand le Docteur est venu nous sauver des Cybermen et des Daleks, j'ai senti sa présence. Il est vivant et télépathe … Tu ne le sens pas ?
- Non.
- Pas assez télépathe je suppose. J'ai reconnu sa signature mentale. C'est lui qui t'a rendu immortel grâce à Rose.
- Je n'ai toujours pas compris comment …
- Je ne sais pas trop, je suppose que le Docteur pourrait te donner les détails mais, d'une manière ou d'une autre Rose a libéré le vortex temporel du Tardis, j'en suis certain. J'ai déjà rencontré ce genre de vortex et celui-ci avait la signature du Tardis. Rose t'a sauvé, ou plutôt le Tardis mais sa force lui a échappé … elle ne le contrôlait pas, elle lui échappait, la machine s'est emballée … elle t'a rendu immortel. Je ne pense pas que c'était voulu.
- Est-ce que c'est réversible ?
- Je ne sais pas … c'est inscrit en toi maintenant, dans chacune de tes cellules … je ne pense pas … peut-être, peut-être que le Tardis pourrait réabsorber cela … je ne sais pas trop.
Je m'allongeais, fatigué et troublé par ce qu'il m'avait dit. Ianto posa sa tête sur mon torse.
- Tu vois, c'est la machine du Docteur qui t'a ramené, il m'a semblé sentir sa présence dans le vortex, tout à la fin quand il quittait ton corps et ton esprit. Le Docteur que tu admires tant, que tu aimes, il a participé lui aussi.
- Mais pourquoi est-il parti ?
- Je n'en ai aucune idée.
C'était bien, bien de savoir enfin ce qui s'était passé, même si je n'avais pas toutes les réponses.
- Tu es un produit de la science des Seigneurs du temps, résuma-t-il en murmurant d'une voix douce que je trouvais rassurante, et de l'amour que te portait Rose. Tu es extraordinaire … rien de nouveau tu me diras, continua-t-il d'une voix douce, envoûtante. Dans la tour de Canary Wharf, au premier coup d'œil je le savais déjà mais, ce que je viens de découvrir, whaou … Tu es encore plus beau à l'intérieur qu'à l'extérieur …
- Vraiment ? fis-je plein d'espoir.
- Vraiment.

Il déposa un baiser sur mes lèvres et s'allongea sur son oreiller, de son côté, en me tournant le dos. Je passais le reste de la nuit à remuer tout cela dans ma tête à chercher un sens caché aux événements, à me demander pourquoi le Docteur était parti après ce qu'avait fait son Tardis, comment Rose avait réussi à revenir, à me sauver … Sur le petit matin, je réalisais que je n'avais pas remercié Ianto pour ce qu'il avait fait. Je n'avais même pas pensé à lui demander ce que lui avait ressenti, s'il avait eu peur ou mal … Il dormait paisiblement à côté de moi, juste un peu bruyamment ce qui me fit sourire affectueusement. Je préférais cela au silence de ma chambre, j'y prenais goût même … oui, il m'était impossible de revenir en arrière. J'avais beaucoup de chance de l'avoir, pas uniquement parce qu'il m'avait, en partie, permis de comprendre la naissance de mon immortalité, mais parce qu'il m'aimait sincèrement même une fois les masques tombés. Je sentais que je pouvais tout lui dire, qu'il m'aimerait et me comprendrait, c'était nouveau, rare et précieux. J'espérais sincèrement qu'il ressentait la même chose de son côté car je n'étais pas prêt de le lâcher. Oh non, je le voulais tout contre moi, je passais même mon bras au-dessus du sien pour rapprocher nos deux corps. Il entrelaça ses doigts avec les miens tout en dormant, je m'assoupis le nez dans ses cheveux. Soulagé, heureux et repu par toutes ces réponses à mes questions vieilles d'un siècle.


Arianrhod  (02.10.2010 à 16:54)

Chapitre 37 : Deux détecteurs valent mieux qu'un

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J'attendais à mon bureau que Ianto se réveille, j'avais un peu hâte d'avoir mon café. La nuit avait été courte, je m'étais réveillé en sursaut après seulement une petite heure de repos. Certain de ne pas me rendormir j'étais parti travailler. Un message en particulier égaya mon réveil difficile. Dans un mail, on m'indiquait les conditions de détention de Mace qui constituaient sa punition, jusqu'au détail du numéro de sa cellule d'isolement. Il allait y croupir de nombreuses années avant d'espérer un brin de confort et cela me réjouit malgré moi. Je comptais bien le visiter, cette ordure avait le traitement qu'il méritait, et proposer à Ianto de m'accompagner. Je transférais le mail à mon équipe, Tosh en particulier reconnaîtrait le lieu d'emprisonnement. Leurs conditions de détention étaient tout à fait similaires …

Vers six heures, je rejoignis Ianto qui préparait le café, je m'étais posé beaucoup de questions pendant ma nuit blanche, je n'avais qu'une envie, les lui exposer. Car certaines me concernaient mais j'avais des interrogations également sur ses révélations. Je l'embrassais dans le cou tandis qu'il dosait le café, je n'eus qu'un bref regard, il se re-concentra rapidement sur sa préparation.
- Tu as une sale tête, commentais-je les bras croisés sur mon torse après l'avoir observé un petit moment.
- La faute à qui ?
- Tu as insisté, fis-je remarquer.
- Cela a été utile, non ? questionna-t-il en s'appuyant lui aussi au plan de travail de la petite cuisine.
- Très. Est-ce que … est-ce que cela a été douloureux pour toi ?
- Oh, oui un peu, se risqua-t-il en attrapant mon mug pour le nettoyer et surtout éviter mon regard.
- Tu peux être plus précis ?
- C'était la première fois que je faisais cela sur une personne volontaire, alors … mais j'ai quand même eu l'impression de te torturer, comme pour les autres … Je déteste en fait. Peut-être que je m'y prends mal mais, je ne vois aucun moyen de faire autrement. J'ai cherché, tâtonné au début, j'ai fais quelques dégâts, avoua-t-il d'une petite voix.
- Continue Ianto.
Il prit une grande inspiration comme pour reprendre courage.
- Après deux ou trois aliens … oh mon dieu j'ai honte Jack, marmonna-t-il en lâchant le mug les yeux rivés à l'évier.
- Pourquoi ? fis-je doucement en me rapprochant.
- Parce que j'allais dire qu'ils étaient sans importance, des cobayes basiques pour m'entraîner. Ce sont leurs mots à eux, pas les miens, finit-il par dire en levant ses yeux vers moi.
- Ianto, je te connais, pas la peine de te justifier, d'accord ? Tu n'avais aucun moyen de te soustraire à leurs diktats, je le sais.
Il hocha la tête.
- Ensuite, fit-il en déglutissant difficilement, j'ai pu aller de plus en plus loin sans créer de lésion, heureusement. J'ai quand même eu des loupés … C'était de la torture mentale et j'étais toujours le bourreau ...
- Ianto …
- Si, je l'étais. Je finissais souvent aux toilettes à vomir. Pourtant, il n'y avait aucune raison, j'avais juste un tel dégoût … pour moi, pour ce que je faisais. Et puis je revis les émotions, les tiennes, les leurs. C'est … épuisant et parfois très violent.
- D'où la sale tête … dis-je en l'enveloppant de mon regard puis de mes bras.
- Tu sens bon Jack … murmura-t-il tandis qu'il posait sa tête sur mon épaule. Il s'en dégagea doucement pour terminer les cafés.


Arianrhod  (06.10.2010 à 21:26)

- Tiens, fit-il en me tendant mon mug rempli de café presque à ras-bord. Je pense que nous allons en avoir besoin, expliqua-t-il devant ma mine étonnée.
- J'ai beaucoup réfléchi cette nuit ...
- Et pas beaucoup dormi.
- Non effectivement, confirmais-je en riant. Je peux te poser quelques questions ?
- Bien sûr, autant que tu veux.
- Comment connais-tu si bien le Tardis ?
- Il s'est présenté lui-même.
- Quoi ! m'exclamais-je en recrachant un peu de café dans ma tasse ce qui me valu un regard désapprobateur de sa part. Il me tendit une petite serviette pour que je m'essuie avant d'abandonner son air outré.

- Il est très poli, à l'image de son navigateur je suppose.
- C'est-à-dire ?
- Quand le Docteur est arrivé sur Terre, je ne lui ai pas parlé, je ne l'ai pas vu non plus, j'étais enfermé aux archives, comme tu le sais. Mais son Tardis l'a fait, par télépathie. Il m'a senti tout comme moi j'ai détecté sa présence … je me demandais qui il était, je pensais au début parler à un être vivant pas à une machine. Alors il m'a expliqué ses origines …
- Continue Ianto, l'encourais-je à nouveau étonné par ces révélations, un peu irrité aussi. J'aimais bien être celui qui en savait plus que les autres.
- Tu vas te mettre en colère, c'est ça ?
- Non, je suis désolé, avouais-je puisque je venais d'être démaqué. Je me demande juste … tu as oublié de m'en parler peut-être ?
- Je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. J'ai clairement ressenti ta déception d'avoir manqué le Docteur ...
Mon Ianto toujours aussi attentionné.

- J'ai discuté avec le Tardis, continua-t-il, je ne savais pas qu'il était à l'origine de ton immortalité, même si maintenant je trouve cela assez évident, finit-il songeur.
- J'ai compris, dis-je avec douceur. Explique-moi ce qu'il t'a dit, moi je ne sais que très peu de choses.
- Le Tardis est vivant mais il a aussi des circuits, un peu comme les cybermen d'ailleurs … tiens, je n'y avais jamais pensé auparavant. Bref, il a été élevé sur la planète du Docteur, spécifiquement pour lui. Ce n'est possible que sur cette planète grâce à la science des Seigneurs du Temps. Il m'a révélé qu'elle avait disparue au cours d'une guerre et que jamais plus aucun Tardis ne pourrait voir le jour.
- La Guerre du Temps, ça je connais. Pourquoi diable est-il allé t'expliquer tout cela ?
- Je ne sais pas, j'ai senti que cela le rendait triste, qu'il avait besoin d'en parler … je suis fort pour tirer des aveux, finit-il en me faisant un clin d'œil.
Sur ce il quitta rapidement la cuisine inquiet des représailles, je suppose.

- Ianto, attends ! lançais-je.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- S'il revient ici, tu le sentiras ?
- Je suppose, s'il ne se pose pas trop loin. Pourquoi ?
- La faille lui permettra de refaire le plein d'énergie du Tardis, crois-moi, il se posera tout près du Hub. J'ai prévu d'aller à sa rencontre grâce à sa main dans le bocal …
- C'est sa main ? !
- Oui …
- Je me posais des questions au sujet de cette main … C'est bizarre, finit-il en me regardant un peu dégoûté.
Je regardais le bocal, effectivement cela pouvait susciter des questions.
- Tu ne l'as pas vu dans mes souvenirs ?
- Tu m'as fait confiance, tellement confiance en me laissant accéder à tes souvenirs … cela aurait pu mal se passer, fit-il soudain nerveux en se remémorant probablement ses ratés dont il m'avait parlé.
- J'y avais quelque chose à gagner et j'étais certain que tu réussirais.
- C'est bien ce que je disais … Je n'ai pas cherché plus que nécessaire dans ton esprit, je n'ai vu que ce qui m'étais utile, c'est-à-dire très peu de choses. Je ne sais pas comment tu as pu récupérer sa main et je crois que je ne préfère pas savoir … Il est comme Dark Vador maintenant ?
- C'est cette saga … c'est dans Star Wars c'est ça ?
- Oui, mais peu importe. Ça te sert à quoi exactement ?
- C'est pour détecter le Tardis. Mais maintenant je t'ai toi !
- Je ne suis pas un détecteur, s'insurgea Ianto en fronçant les sourcils.
Je m'approchais de lui, un grand sourire carnassier sur les lèvres, j'aimais bien quand il avait cet air bougon. Je l'entourais de mes bras, comme un objet qui m'appartiendrait, en prenant soin de coller mon corps au sien.
- Tu es à moi Ianto Jones …
- Vraiment ? demanda-t-il feignant, avec brio, l'innocence un sourcil levé mais sans tenter de se dégager.
- Oh que oui. Tu viendras avec moi quand il reviendra ?


Arianrhod  (06.10.2010 à 21:30)

Il baissa les yeux soudain troublé, il aurait aimé que je le lâche maintenant, ce que je ne fis pas bien entendu.
- Qu'est-ce qu'il y a ? relançais-je devant son silence gêné.
- Je pensais, que peut-être, tu ne partirais pas maintenant que tu sais … lâcha-t-il dans un murmure.
- Je n'ai pas toutes mes réponses, je l'attends depuis si longtemps, Ianto. Il faut me comprendre … Qu'est-ce qui t'empêche de venir avec moi ? Qu'est-ce que tu en dis ? insistais-je.
- Mais Jack, le Docteur ne voudra pas de moi, s'offusqua-t-il comme si c'était une évidence.
- Bien sûr qu'il voudra de toi, idiot.
Il plissa les yeux en me regardant bizarrement.
- Je ne veux pas m'imposer.
- Tu reprendras tes papotages avec la machine vivante.
- Bien sûr, et pendant ce temps tu reprendras les tiens avec le Docteur ?
- Ianto Jones, seriez-vous jaloux ?
Il soutint mon regard malicieux.
- Bon alors, fis-je en resserrant mon étau, tu viendras ?
- Oui, je … je suis content que tu me le proposes, avoua-t-il la voix nouée.
- Tu pensais que je partirais sans toi.
Ce n'était pas une question mais une affirmation, je venais de le comprendre.
- Je ne pourrais pas … répliquais-je soudain ému, pas après tout ce qu'on a vécu ensemble.
Il ne dit rien et se réfugia à nouveau au creux de mon épaule. Il me sembla simplement distinguer vaguement un « fichus phéromones » qui m'amusa et m'aida à gérer mon émotion. Je ne pus m'empêcher de goûter un Ianto au café. C'était délicieux et le matin au réveil, irrésistible. La cuisine du Hub était petite mais finalement bien pratique pour prendre appui et effectuer des prouesses qui nous amenèrent tous deux vers des sommets de plaisir …

La redescente est parfois rude, sans toutefois que cela me décourage d'effectuer à nouveau cette ascension, c'était même peut-être ce qui en faisait son charme … Je me fis presque engueuler parce qu'il allait être en retard avec le rangement de la cuisine qui s'ajoutait maintenant à tout le reste. Il eut juste le temps de terminer le camouflage de nos ébats avant l'arrivée de Tosh. D'ailleurs, un claquement sur ses fesses coïncida avec l'alarme de la porte du Hub, ce qui me valut un regard courroucé de sa part mais qui, moi, m'amusa beaucoup. C'était avec mon flegme habituel que je saluais Tosh, tandis que Ianto faisait de même en jetant des coups d'œil craintifs autour de lui, nettement moins détendu. Tout en ajustant sa cravate, il lui proposa son café du matin. Le regard que j'échangeais avec Tosh me confirma qu'elle avait le même sentiment que moi, Ianto était enfin de retour au Hub.

Il avait raison, la journée allait être chargée. En plus des exercices mentaux que j'allais dispenser à Tosh et Owen tous les jours, il était prévu que l'équipe fasse connaissance avec Abigaël et Ianto avait du travail dans les archives et des rapports à rattraper.

J'instaurais donc la leçon d'exercices mentaux à mes deux agents, que je leur dispenserais tous les jours jusqu'à ce que je juge leur niveau suffisant. Je passais le reste de la matinée dans mon bureau, je ne m'absentais qu'une petite heure pour aller rencontrer un militaire de l'Unit que l'on m'avait recommandé, qui pourrait devenir un informateur. Même si Mace n'était plus là, comme dans toute institution qui plus est secrète, il ne devait pas y avoir qu'un seul ver dans le fruit. Et puis il y avait des rumeurs … sur une arme, une arme ultime et cela m'inquiétait. Je pensais rencontrer un homme, mais ce fut une agréable surprise de découvrir une femme militaire. Plutôt tendue au début de notre entretien j'usais de mon charme pour détendre l'atmosphère et l'amener à me révéler des informations confidentielles. Délier les langues était ma spécialité … dans tous les sens du terme. C'était une personne proche d'Abigaël, elle la suivait dans son affectation à Cardiff. Elle me fit un récit détaillé des prises de fonction du nouveau directeur qui accessoirement était notre contact, des difficultés qu'elle avait déjà rencontrées, des vacheries qu'elle subissait. Mace n'était pas apprécié de ses hommes, mais cela ne les empêchait pas de rendre la tâche difficile à son successeur. Je finis par l'interroger sur cette arme secrète qui était apparemment testée à New York. Elle promit de se renseigner. Je ne l'interrogeais pas sur ses motivations, elle en avait, c'était certain. Quelque chose à gagner. Ce n'était certes pas mon problème mais en tant voulu, en apprenant à la connaître, je creuserais cette question.

Je trouvais une tasse de café sur mon bureau en rentrant. Ianto et son timing … exactement ce dont j'avais envie en revenant de mon excursion. Je ne l'avais pas vu de la matinée, enfermé dans ses archives, je fus heureux de le retrouver pour partager un repas heureusement plus copieux que les précédents.
Il fut de courte durée, la sonnerie de la salle de réunion nous signala une demande de connexion, nous avions rendez-vous avec Abigaël et elle était en avance.


Arianrhod  (06.10.2010 à 21:31)

Chapitre 38 : Le notaire

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En file indienne, tenant fermement nos mugs en mains- nous ne les lâcherions pour rien au monde- nous nous dirigions vers la salle de conférence d'où provenait une sonnerie insistante. Avant de prendre l'appel, je regardais les membres de mon équipe tour à tour. Ils semblaient tous nerveux et c'était bien compréhensible. Tosh ajustait ses lunettes sur son nez, Ianto sa cravate et Owen se collait à Tosh plus que de raison … bon, ce n'était peut-être pas du stress pour Owen. Avec Tosh, ils étaient habituellement si professionnels, que ces marques de tendresse me paraissaient encore incongrues. Il fallait juste que je m'y habitue. Je les rassurais, en leur servant un sourire réconfortant avant de ne prendre l'appel.

Après les présentations, j'explicitais à Abigaël les fonctions de chacun ainsi que notre manière de travailler. Elle ne fut pas surprise, elle me connaissait déjà ce qui allait simplifier nos relations. Elle tiqua un peu quand je lui refusais l'accès au Hub, elle devait penser que cela faisait partie des bases de notre confiance mutuelle. Elle allait s'habituer. Elle voulait absolument nous rencontrer et nous proposa de venir sur sa base, mais je refusais avant même la fin de sa phrase. De mon point de vue, il était trop tôt, elle pensait en revanche que cela nous permettrais de dépasser tout cela, bien qu'elle comprenait parfaitement nos réticences. Ianto ne se prononça pas et même s'il paraissait calme, j'imaginais qu'il était d'accord avec moi. Je pris son silence comme tel. Il avait préparé le matin même toute une série de dossiers qu'il voulait étudier avec Abigaël, nous les laissâmes donc travailler tous les deux.

- Tu t'es fait plaisir Jack, me lança Owen alors que nous quittions tous les trois la salle de conférence. Nous pouvions encore entendre Ianto et Abigaël, il lui proposait un rendez-vous hebdomadaire ... Owen me dévisageait toujours, attendant une justification quelconque avec son air « je_sais_très_bien_ce_que_tu_as_en_tête ». Bien sûr la beauté d'Abigaël, même par écran interposé ne lui avait pas échappée.
- Suzie m'avait dit la même chose pour Ianto, fis-je remarquer.
- Elle n'avait pas totalement tort, rétorqua Owen sans se démonter.
- Jack, interpella Tosh alors qu'Owen et moi nous nous regardions en chiens de faïence, tu ne vas pas le laisser seul avec elle ?
- Ce n'est pas Mace, la rassurais-je en détachant mon regard de celui d'Owen. Les dossiers lui obéissent, avec moi ils font de la résistance … je n'ai pas grand-chose à faire là-bas.
- Tu devrais quand même faire attention, me réprimanda-t-elle malgré un sourire qui apparaissait sur ses lèvres et qu'elle cacha tant bien que mal en baissant la tête.
- Je le ferais, Tosh.
Sur ce, à moitié rassurée, elle repartie vers la salle principale et son cher ordinateur.

- Owen, crois-tu que Ianto puisse faire un peu de sport ?
Il n'avait pas bougé après le départ de Tosh, il me regarda en plissant les yeux, me scrutant.
- Par sport tu entends …
- Footing, abdominaux, boxe …
- Mouais, lâcha-t-il pas vraiment convaincu.
- Owen ! A quoi pensais-tu ?
- Oh là, le style offusqué te va mal ! Je te connais Harkness, à quoi supposais-tu que je pensais ? !
- Tu crois vraiment que je te demanderais la permission pour cela ?
- Pas faux … Bon, ok, je capitule. Je dirais oui, sans forcer. En fait, il n'était pas en bonne forme avant sa détention, ça devait faire quelques années qu'il se nourrissait mal. Et puis rester enfermé si longtemps sans voir la lumière du jour, c'est vraiment mauvais pour la santé. Il a beaucoup de carences et il a puisé dans ses maigres réserves pendant sa grève de la faim. Il remonte la pente, doucement, mais crois-moi je vais y veiller.
- Je sais Owen.
- Franchement, c'est à se demander ce qu'ils foutaient à Torchwood 1.
- Lisa était son médecin, plus concentrée sur sa télépathie que sur sa santé je suppose ... elle lui a fait passer des tests. Plutôt incisifs d'après ce que j'ai compris. Il ne s'est pas vraiment appesanti.
- Putain … bien sûr, ce n'est pas vraiment son genre de raconter. De laisser entrevoir ses failles ou ses secrets … tiens, ça me rappelle quelqu'un.
- Owen …
- Je ne saurais rien, n'est-ce pas ? Tosh s'est fait à l'idée, elle t'admire tellement. Mais moi j'ai un peu plus de mal. Tu vis ici ? Pourquoi on ne le savait pas ?
- C'est plus simple pour gérer la faille.
- Tu nous caches tellement d'autres choses … On ne sait rien de toi !
- Tu me fais confiance ?
- Oui … bien sûr que oui.
- C'est primordial, Owen, tu le comprends ?
- Ça va ! Tu vas me menacer ou quoi ?
- Je te donne le choix de partir si cela ne te convient pas, indiquais-je calmement. Je ne le souhaite pas Owen. Mais, saches que tu as ce choix.
- Je te fais confiance Jack et je veux rester. Mais ça ne veut pas dire que cela me plaît.
- J'ai reçu le message Owen. Si on revenait à Ianto ?

Il expira fortement, pris quelques instants pour digérer ce que je venais de lui dire. Depuis le temps, il s'était fait une raison mais les événements récents avaient ravivé sa curiosité. Je le comprenais … c'était pourtant de mon devoir de lui cacher mon immortalité. Si cela venait à se savoir … je préférais ne pas y penser. Comme pour Ianto, j'avais été l'objet d'études brutales, cela recommencerait, et ils seraient en danger inévitablement. Ianto savait, c'était déjà suffisamment dangereux … mais si réconfortant de savoir que quelqu'un d'autre comprenait ce que je vivais.
- C'est un genre de syndrome de Stockholm, si tu veux mon avis, dit-il après un moment de réflexion. Une manifestation de l'inconscient poussée par le premier but de tout être humain, la survie, expliqua-t-il.
- J'étais arrivé au même genre de conclusion, sans le baratin.
- Mouais. Bon, je vais voir nos nouveaux pensionnaires. J'espère que l'Unit va venir les chercher rapidement, ça commence à faire beaucoup, je ne suis pas vétérinaire, moi.
- Tu poseras la question à Ianto quand il aura fini.


Arianrhod  (11.10.2010 à 20:17)

Celui-ci ne sortit de la salle de réunion qu'après trois bonnes heures de travail. Je n'eus pas le temps de l'intercepter avant qu'il n'atteigne la petite cuisine. Quand je le rejoignis, il se préparait un cachet.
- Est-ce que tout va bien ?
- Oui, c'est juste un mal de crâne.
- Alors, qu'est-ce que tu penses d'Abigaël ?
- Tu l'as bien choisie Jack.
Aï, allait-il me faire les mêmes reproches qu'Owen ? pensais-je.
- Elle va au fond des choses, continua-t-il, elle est très organisée mais sans la rigidité et la stupidité de Mace. C'est reposant et même temps stimulant ...
Bien, bonne réaction … Marrant la différence entre eux deux. Je craignais qu'il me reproche sa beauté, il aurait été pourtant naturel de sa part qu'il me fasse la remarque. Mais c'était Owen qui s'en était chargé. Est-ce que Ianto me faisait confiance ou taisait-il ses craintes ? Il ne me l'aurait pas dit de cette manière … non, non, il me faisait confiance.
- Jack ? fit-il en me tirant de mes pensées.
- Tu disais ?
- Elle est brillante, on a bien bossé … d'où le mal de tête, conclue-t-il en souriant.
Je déposais un baiser sur son front, j'étais tout simplement content de le voir sourire et ravi de sa réaction avec Abigaël. Ravi d'avoir eu raison sur l'entente entre leur professionnalisme.

- J'ai rendez-vous avec Norris dans une heure à son hôtel. Tu veux … venir ? proposa-t-il manifestement hésitant.
- Norris ?
- Le notaire Jack.
- Oh, je l'avais oublié celui-là.
- Il ne m'a pas oublié, lui. Il croupit à l'hôtel depuis quelques jours et il voudrait repartir sur Londres au plus vite …
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'aurais bien aimé que tu viennes avec moi, je n'y connais rien aux héritages. Tu as déjà dû connaître cela plusieurs fois … mais, Norris, qu'est-ce que tu lui as fait ?
- Rien, je t'assure. J'étais juste un peu, comment dire, énervé.
- Tu lui as fait peur, reprit-il, il était complètement paniqué à l'idée de te revoir. C'est malin, déjà que j'ai clairement senti qu'il n'avait pas envie de me voir non plus …
Je haussais les épaules l'air de rien. Evidemment que j'étais énervé ce jour-là, cela faisait six jours que nous étions sans nouvelles. J'étais mortifié, totalement désespéré oui … il ne se rendait pas compte de l'état dans lequel je me trouvais … et tant mieux.
- Bon, je vais y aller seul, j'espère que l'on pourra tout régler en une fois mais j'en doute.
- Tu y as déjà réfléchi ?
- Oui, fit-il en préparant les cafés.
Il n'avait pas envie d'en parler apparemment, je n'insistais pas, c'étaient ses affaires de « famille ».
Il distribua sa tournée avant de quitter le Hub et moi je rejoignis mon bureau. Tosh déboula mon bureau moins d'une minute après son départ.

- Tu le laisses partir seul ?
Je me levais pour embrasser la pièce principale du Hub.
- Je vois que tu as déjà ouvert les caméras de surveillance, dis-je en souriant et en retournant lentement vers mon bureau.
- Ce n'est pas une raison, Jack …
- Relax Tosh, il est sorti sans appréhension. Fais-lui confiance.
- Mais ce n'est pas lui qui m'inquiète !
- Je sais bien Tosh. Nous n'avons pas le choix … il faut le laisser vivre une vie normale.
- Cela ne me plaît pas … mais je crois que tu as raison, c'est juste … que c'est encore si récent. Bon, je vais quand même le suivre jusqu'à l'hôtel.
- Ok. Merci.
Peut-être avait-elle raison … je le poussais vers une vie normale, créant autant d'opportunités de l'enlever. J'avais cru devenir fou sans savoir ce qui lui arrivait, je m'en voudrais à mort s'il lui arrivait quelque chose. Mais ce n'était pas une existence de vivre ainsi dans la peur. A vingt-trois ans, on peut espérer autre chose de la vie, même s'il n'avait pas vraiment d'alternative, pas d'autre choix que de travailler pour Torchwood. J'avais déjà retconné des agents qui quittaient Torchwood, parfois avec leur consentement mais plus souvent à leur insu. Le retcon ne marcherait pas avec lui, sa seule mémoire photographique était un obstacle au médicament. Sans parler du reste … les plus obstinés finissaient par se rappeler. Pas d'alternative.
En même temps, Tosh s'inquiétait pour deux ... pour le moment, j'étais tranquille.

Ianto revint assez tard de son rendez-vous, j'avais déjà renvoyé Tosh et Owen chez eux malgré leurs protestations. Je m'étais demandé combien de chefs devaient insister à ce point pour que leurs employés fassent moins d'heures … décidément rien n'était jamais normal ici.
- Alors ? demandais-je alors que Ianto passait la tête par la porte de mon bureau.
- Le mal de tête est revenu …
Il entra complètement pour s'affaler sur mon canapé.
- Ça va être long … c'est très pénible en plus …
Je m'approchais de lui.
- Je lui fais quasiment tout vendre. J'ai choisi quelques œuvres de charité, le reste sera placé … j'en ai aussi gardé une partie pour ma sœur.
- Tu ne m'as jamais parlé de Rhiannon.
- Tu as écouté nos conversations, me reprocha-t-il.
- Tous les moyens étaient bons pour te retrouver, répondis-je sur la défensive.
- Je sais, excuse-moi, je suis vraiment crevé.
- Est-ce qu'elle a des dons comme toi ?
- Non, tu te doutes qu'ils lui ont fait passer des évaluations. Heureusement pour elle, elle a une mémoire normale et bien sûr elle n'est pas télépathe.
- Ianto, le réprimandais-je.
- Quoi ! Ma vie serait plus simple.
- C'est certain, mais ça ne serait pas toi. Tu es spécial …
- On pourrait parler d'autre chose ? coupa-t-il.
- Ok, ok.
- Oh, j'allais oublier, je l'ai chargé de me trouver un appartement. Le plus prés possible du Hub, j'ai demandé deux chambres et une cuisine séparée. Ça va ?
- Tu aurais pu chercher toi-même.
- Je lui ai demandé, c'est déjà pas mal ! dit-il avec humeur.
Pas à prendre avec des pincettes ce soir, me dis-je.
- J'ai aussi gardé un cottage d'Yvonne, il n'est pas trop loin d'ici. Quand la faille nous le permettra, on ira voir ?
- Avec plaisir. Tu n'as pas faim ?
- Non. Je vais me coucher.

Sur ce, il quitta précipitamment mon bureau, me laissant perplexe. Je me préparais tant bien que mal un repas rapide avant de le rejoindre dans sa chambre. Je me doutais que l'entrevue avec le notaire n'avait pas été une partie de plaisir mais je me demandais si c'était la seule raison à sa mauvaise humeur.
Je l'observais depuis le couloir du Hub. Il était sous la couette, éclairé seulement par une faible lumière, son ipod entre les mains. J'entrais, il n'avait pas besoin de m'entendre pour détecter ma présence. Soi-disant qu'il repérait mes phéromones à des kilomètres. Sans parler de son troisième œil, celui de son esprit. Je commençais à me déshabiller lentement en me disant qu'il me foutrait dehors s'il ne voulait pas de moi. Il ne dit rien et je pris ce silence comme une permission. Je me glissais sous la couette en me rapprochant de son côté plus chaud que le mien. Je posais une main amicale sur son épaule en murmurant son prénom même s'il ne pouvait pas l'entendre. Il se tourna et son regard me suppliait de ne pas poser de question …


Arianrhod  (11.10.2010 à 20:19)

Chapitre 39 : Casus belli

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Ce n'était vraiment pas mon genre de m'imposer ou d'obtenir des réponses qui ne souhaitaient pas être données … Je laissais Ianto gérer seul ses démons intérieurs, j'avais compris à son regard implorant qu'il ne souhaitait pas se confier. Je m'endormis bercé par le ronronnement des machines du Hub, j'aurais préféré le corps de mon partenaire mais je dus me contenter de cette berceuse si familière. D'habitude rassurante, cette fois elle me remémora ma solitude avec une régularité que je trouvais bien cruelle. Je me levais en pleine nuit et après lui avoir enlevé ses écouteurs qui délivraient toujours leur flot continu de musique. En regardant son visage endormi, je laissais vagabonder mes pensées. Les révélations, les réponses qu'il m'avait apportées au sujet de mon immortalité en suscitaient tellement d'autres,réveillaientenmoitantde souvenirs …

Mon immortalité. Elle avait bouleversé ma vie, elle me permettait d'être jour après jour un observateur de l'humanité et d'embrasser son évolution. C'était excitant, fantastique à vivre la plupart du temps … mais c'était aussi une perspective qui me donnait le tournis dès que j'y pensais. Alors je n'y pensais pas trop souvent. Je vivais en tentant de l'oublier, de faire comme si de rien n'était, comme si c'était banal. Il me fallait beaucoup de volonté pour éviter la folie des grandeurs. Mais je n'étais pas fait de ce bois, malgré ce que certains pensaient de moi, et heureusement car c'était bien une folie que je vivais jour après jour. Voilà à quoi cela vous mène de côtoyer des gens brillants...

Mon immortalité. Parfois je pensais à elle comme à une maladie avec sa propre volonté à laquelle je devais me plier. Je changeais sans que je ne puisse rien y faire et quand je m'en rendais compte, il était trop tard. Comme si elle souhaitait que je passe mon temps à VOIR le monde, elle grignotait de plus en plus mes moments de repos. C'était donc à cause d'elle, qu'au beau milieu de la nuit, je me tenais assis dans le lit à examiner le beau visage de mon jeune amant. Plongé dans le sommeil du juste dont j'étais privé. Le visage serein, j'espérais que ce sommeil effacerait cette mauvaise journée même si je savais bien que ce n'était pas juste les événements récents qui le torturaient ainsi. M'avait-il tout dit ? Je l'espérais, je voulais l'aider même si c'était à son corps défendant.

Mon garçon. Les mots de Tosh me revinrent en mémoire, je ne sais pourquoi …
« C'est toi qui l'as sauvé, ne l'oublie jamais. Car tout comme moi, il s'en souviendra toujours. »
Je devenais tellement sentimental en vieillissant … ce sont dans ces moments, où seul avec moi-même je laissais mes sentiments me submerger. Oh, pas souvent, juste de temps en temps. Mais depuis que Ianto avait fait une entrée fracassante dans ma vie, cela m'arrivait bien plus souvent. Avec lui à mes côtés, j'avais envie de changer. Et cela … peu de gens pouvaient se vanter d'avoir eu autant d'influence. Le Docteur, Rose, ma femme … Ianto. Des personnalités, des gens que j'aimais dont l'opinion comptait, qui me rendaient meilleur. Je partis sur les toits de la ville, cette pieuvre lumineuse savait me redonner une certaine paix intérieure qui me faisait défaut.

Le lendemain, je le retrouvais pour notre café, identique à lui-même, comme s'il ne s'était rien passé. J'avais acheté des pains au lait, et comme je le soupçonnais, il en mangea autant que moi. C'est dire … Il devait avoir une faim de loup en sautant le repas de la veille.
- Jack … je suis désolé pour hier soir, me confia-t-il dans un souffle alors que je repartais vers mon bureau, ses yeux clairs pleins d'espoir levés vers moi. Je le trouvais jeune en cet instant et presque naïf pour me poser une telle question.
Je revins sur mes pas, avide de comprendre mon ténébreux gallois.
- Je … toutes les nouvelles recrues avaient tellement peur en découvrant la vie extraterrestre. Certains étaient tétanisés, d'autres mettaient du temps à l'accepter, certains n'y arrivaient jamais. Moi, ça ne m'a jamais fait cet effet, comme si j'avais toujours su que cela existait ... alors que ce n'était pas le cas. Bien sûr un weevils est effrayant mais le fait que ce soit un alien ne m'a jamais troublé outre mesure.
- Et qu'est-ce qui te fais peur alors ?
- Moi. Je me fais peur. Hier …
- Que s'était-il passé avec le notaire ?
Je m'assis à côté de lui, sur le canapé.
- Rien. Il transpirait la peur, même une certaine haine pour notre « race d'espions », j'ai vu ça dans ses pensées. Il suintait l'agacement, il était même en colère contre moi. Pourquoi ? Je ne lui ai rien fait … J'ai bien senti que je le dégoûtais. L'air de sa chambre d'hôtel était saturé par sa mauvaise humeur cachée sous ses airs guindés, étriqué dans ses codes et conventions. Chacun de ses sourires était faux, il était là pour encaisser son jackpot et tenter de m'arnaquer par la même occasion. S'il savait … j'ai vu chacune de ses idées et je me suis arrangé pour le garder sous contrôle. Je dois récupérer des objets d'Yvonne, certains l'intéressent, il faudra que je sois prudent. De ce côté-là, je maîtrise … Et ses gardes du corps, aucune finesse d'esprit … ils me méprisaient sans même me connaître. Plus nous avancions dans la succession, plus mes décisions l'irritaient, forcément je démontais chacune de ses machinations, j'ai senti sourdre une telle haine …
- Je comprends, cela a été éprouvant. C'est même étonnant que tu ais réussi à tenir si longtemps.
- Je ne me suis pas méfié, pas protégé … il n'était pas comme cela la dernière fois que je l'ai vu avec Yvonne.
- Tout le monde change Ianto.
- C'est tellement reposant d'être avec vous, fit-il en glissant vers moi.
J'ouvrais mes bras pour qu'il vienne contre mon torse, ou plutôt contre mes bretelles.
- Qu'est-ce qui t'a fait peur ?
- J'ai eu des pensées. De mauvaises pensées pour cet homme si étroit d'esprit qui insultait mon intelligence. Il m'a parlé d'Yvonne, de ses objets personnels qu'elle voulait voir me revenir … je ne voulais plus jamais y penser … hier soir, j'ai même repensé à ce qui s'était passé dans la tour.


Arianrhod  (16.10.2010 à 11:23)

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