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Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Canary Wharf … Moi-même quand j'y songeais je me sentais écrasé par le nombre de morts, révolté par les corps mutilés que nous avions trouvé, effrayé par la technologie et la domination qui avait déployée en si peu de temps. Il fallait oublier Canary Wharf, c'était une nécessité.
- Tous ces morts pour rien … toutes ces machines humaines, toute cette souffrance. Toute ma lâcheté. J'ai lutté mais cette entrevue m'a rappelé tout cela. Cela m'a submergé sans que je ne puisse rien faire …
- Nous en avons déjà discuté Ianto, le réprimandais-je. Tu as sauvé ta peau, tu n'étais pas en mesure de lutter. Même le Docteur n'a pu éviter ce massacre, tu n'aurais été qu'un nom de plus sur la longue liste des disparus.
- Je me souviens d'avoir vu le nom de Rose sur la liste …
- Je ne savais pas que tu l'avais consultée.
- Je l'ai parcourue … il me semblait avoir vu ce nom quelque part quand tu me l'as montrée dans tes souvenirs, murmura-t-il en se serrant un peu plus contre moi.
Cela m'avait manqué hier soir, le sentir contre moi, sentir son odeur, son cœur battre. Mais hier j'aurais eu un peau-à-peau, là il y avait le tissu fin de son pyjama qui m'en empêchait, foutu pyjama.
- Mémoire photographique, hein ? continuais-je affectueusement en posant mon menton dans ses cheveux. Oui, il y a eu beaucoup de morts, nous avons perdu des êtres chers ... Mais, c'est bientôt fini Ianto, tu pourras oublier à nouveau ...
- Non, ce serait trop beau. Le seul point positif, c'est qu'il semble compétent mais tu ne peux même pas imaginer tout ce qu'il faut lire et signer … finit-il las, même pour les donations.
- Est-ce que tu étais proche de perdre le contrôle ?
- Non … j'en étais loin, mais quand même …
- Cesse d'être si dur avec toi-même, moi aussi j'ai des envies de meurtre parfois. Tiens pas plus tard qu'hier, un automobiliste, un véritable escargot sur la route qui s'est mis à accélérer juste quand le feu passait au rouge.
- Ce n'est pas pareil Jack, me coupa-t-il offusqué.
- Tu ne me connais bien mal au volant. Je l'ai rattrapé.
- Non ? ! fit-il étonné en se redressant un peu pour me regarder dans les yeux.
- Si, je l'ai coincé un peu plus loin … racontais-je avec un sourire un coin en le serrant à nouveau contre moi. Je peux t'assurer qu'il ne recommencera pas ce coup-là. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il reprenne une voiture avant un moment … c'est pour cela qu'il y a des bus, n'est-ce pas ? Un danger de moins sur la route.
- Qui, de vous deux, exactement ne respectait pas les limitations de vitesse ?
- Bref, ce que je veux t'expliquer, c'est que je porte toujours mon arme sur moi, tout comme toi, j'aurais pu passer à l'acte. Mais ça ne veut pas dire que cela va se produire. Je t'accompagnerais voir Norris la prochaine fois, annonçais-je fermement.
Il hocha la tête, silencieux.
- Tu es une vraie furie au volant.
Ah, il avait remarqué, pensais-je amusé.
- Ça te dérange ?
- Pas du tout, j'ai confiance et peu importe la conduite tant que ce n'est pas moi qui suis au volant. Je n'aime pas conduire.
- J'ai la solution, tu sais, repris-je après quelques minutes de silence.
- Ah bon ?
- Oui. Je pense que si tu faisais du sport, cela te fera beaucoup de bien, ça t'aiderait à gérer tout ça.
- Avec toi ?
- Cela va de soi.
- Une méthode … personnelle ?
- On peut dire ça.
- Comme pour le maniement des armes ?
- Différent.
- Je suis intéressé.
- Evidemment.
Je le laissais cogiter sur ma méthode, les yeux pétillants d'envie et me semble-t-il de bien meilleure humeur. Moi aussi j'étais dans de meilleures dispositions, je repartis vers mon bureau, les mains dans les poches et le sourire aux lèvres. Mais la suite de la journée allait m'enlever cette joie chèrement acquise.
Tosh et Owen arrivèrent sur le coup de huit heures, dans un accès de colère, la veille, je les avais renvoyé chez eux et interdit de mettre les pieds au Hub avant cette heure-là. Ils avaient franchi la porte à huit heures pile, j'avais vérifié ostensiblement ma montre en les regardant entrer. Ils étaient joyeux et tellement complices … heureux de vivre, tout simplement amoureux. Toshiko avait un magnifique sourire, que je voyais de plus en plus souvent avec un plaisir sans cesse renouvelé. L'amour lui allait bien, elle semblait plus belle que jamais, plus détendue aussi. Je les observais depuis la passerelle et ils me firent un signe de tête en rejoignant la cuisine pour quémander leur café. Le bonheur était communicatif, je rejoignis tranquillement la salle de réunion pour les exercices mentaux du matin. Ils s'y soumettaient de bonne grâce, leur café en main, même Owen faisait d'énormes efforts surtout qu'il était moins doué que Tosh et cela le vexait … Elle avait un pouvoir de concentration assez incroyable et elle progressait très vite. Lui papillonnait, se laissait facilement déconcentrer par des idées qui surgissaient de son esprit. Des éclairs de génie certes, mais qu'il était incapable de contenir … Ianto, de son côté, déguerpissait en général rapidement. Je lui avais proposé de se joindre à nous mais il avait catégoriquement refusé, visiblement embarrassé par toute démonstration de son don. Je trouvais que cela le gênait incroyablement alors qu'il était né télépathe. Il avait eu le temps de s'y habituer … mais, il était vraiment loin de l'avoir acceptée. Dommage, il aurait pu nous montrer de quoi il était capable. A sa décharge, cela pouvait transformer une simple entrevue avec un notaire, certes ennuyante et désagréable en une séance éprouvante avec de violentes décharges émotionnelles. Cet héritage le reliait à son passé, il fallait qu'il s'en détache et vite. Cela l'empêchait momentanément d'avancer vers des cieux plus clairs ... S'il avait besoin de moi pour affronter Norris et tout ce qu'il représentait et manigançait, je serais là.
J'eus à peine le temps de leur faire exécuter les exercices que l'alarme de la faille se déclencha. Ianto avait déjà lancé les programmes d'analyse, c'était une nouvelle arrivée de weevils. Le temps de nous préparer, nous courrions tous les trois comme des fous dans le Hub à la recherche du matériel nécessaire et nous étions partis, devant un Ianto totalement calme qui observait notre danse la mine impassible. Il allait nous guider depuis le Hub.
La faille rejetait à nouveaux des spécimens de weevils mutants, fort heureusement dans un parc qui à cette heure un peu matinale serait quasiment vide. Loin d'être déboussolés dans ce nouveau monde, guidés par leur instinct, ils rejoignaient déjà leurs semblables. Ianto put nous indiquer la direction qu'ils avaient empruntée et nous arrivâmes à une canalisation cachée dans la végétation qui devait rejeter les eaux de pluie. Le grillage avait été arraché et une touffe de poils était restée accrochée, clairs comme indices n'est-ce pas ? Ianto craignait que nous nous jetions dans la gueule du loup et voulait absolument appeler des renforts. Je trouvais son inquiétude un peu prématurée, nous pénétrâmes tous les trois dans l'évacuation. Armes au poing, nous avancions difficilement courbés en deux, nous progressions parmi les feuilles mortes et les branchages charriés par les eaux de pluie. Pour le moment nous avions toujours le contact avec Ianto, mais je n'étais pas certain que nous le conservions longtemps. Malgré le bruit de nos pas, nous entendîmes distinctement des râles, des grognements. Je confirmais à Ianto que nous étions sur la bonne voie, tandis qu'Owen armait son révolver. Je jurais à voix haute en voyant une trappe qui avait été forcée et qui communiquait avec le réseau des eaux usées … pourquoi ces bêtes aimaient-elles à ce point les égouts ? Grande question, que nous résoudrions plus tard car en cet instant nous cherchions à draper notre nez pour tenter de conserver notre petit déjeuner dans nos estomacs. L'odeur était insupportable, pestilentielle et pourtant nous nous engageâmes droit vers les égouts de la ville. Nous pataugions dans une eau noirâtre, insalubre, nous entendions au loin des bruits d'eau mais aussi des sons plus inquiétants. Combien étaient-ils là dessous ?
Chapitre 40 : Dans la gueule du loup
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Comment deviner que nous allions découvrir leur repère ? J'entendais déjà Ianto m'expliquer que prudence était mère de sûreté … et il aurait eu raison vu le nombre de weevils que nous venions de découvrir. Il nous aurait fallu toute une troupe de l'Unit en renfort ... Malheureusement pour nous, nous n'étions que trois, nos communications étaient coupées en descendant à ce niveau et, pour couronner le tout, notre entrée n'était pas passée inaperçue ...
Devant une grande salle où plusieurs couloirs convergeaient, au moins une cinquantaine de weevils s'entassaient là au milieu de la crasse et des déchets. Nous étions en hauteur, une échelle nous séparait momentanément des monstres.
- Riche idée Harkness, commença Owen en murmurant après avoir soulevé son foulard, là vraiment je te tire mon chapeau. Qu'est-ce que disait le Coffee Boy ? Ah oui, des renforts, c'est bien cela.
Je grognais pour seule réponse, après tout c'était la langue ici-bas.
Comme toujours les weevils nous observaient, humant l'air, appréciant leur proie. Je commençais à bien les connaître, un peu trop à mon goût. Quant à leur attirance pour les égouts, je ne me l'expliquais pas … Owen m'avait révélé que, comme les chiens ils avaient un odorat vingt mille fois supérieur au nôtre et leur vue médiocre. Une dissection lui avait même permis de trouver un organe comparable à celui que possédaient les chiens, confirmant sa théorie. J'allais lancer le repli stratégique quand nous entendîmes un cri. Un cri humain.
- C'est bien notre chance ! Maintenant on est obligés d'y aller !
- Tu as déjà vu des weevils faire des prisonniers ? demanda Tosh en ignorant le ton catastrophé du médecin.
- Non, dis-je, je crois que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
- Harkness, tu as un plan ? me pressa Owen alors que plusieurs weevils s'approchaient de nous, tous crocs dehors.
Je n'aimais pas quand ils faisaient cela …
- Oui, j'ai un plan et même l'équipement qui convient, la marque d'un chef, n'est-ce pas ? Des fumigènes qui devraient les faire fuir. Ensuite on fonce dans le tas et on cherche l'origine de ce cri, une femme on dirait bien.
- C'est léger, Harkness mais je te suis.
Tosh hocha la tête tandis que je tançais Owen du regard. C'était une idée que je me faisais ou bien il était plus rebelle que d'habitude ? Pas insubordonné, non, un peu plus narquois … un peu trop. Il devinait les mystères qui m'entouraient et cela lui était pénible. Il lui fallait dépasser tout cela ou bien … il devrait quitter Torchwood ... Peut être aussi que la situation périlleuse dans laquelle nous étions n'était pas étrangère à mon ressentiment.
Comme je le pensais, les fumigènes firent décamper la majorité des weevils. En poussant des cris déchirants, ils s'enfuirent par les couloirs en se protégeant les yeux. Nous les observions depuis notre refuge, qui n'allait pas en rester un longtemps. Je dus en abattre deux qui gravissaient les barreaux de l'échelle. Il était temps de se lancer dans la bataille. Nous avions nos sprays dans une main et nos armes dans l'autre. Pas le temps de faire dans la dentelle, nous en abattions beaucoup, nous ne pouvions pas vraiment faire autrement. La fumée était toujours bien présente mais ne piquait plus trop les yeux et les foulards protégeaient bien nos bouches. Nous cherchions dans les recoins, les couloirs la prisonnière mais pour le moment nous n'avions rien.
J'avais chaud en me battant contre ces bestiaux forts comme trois hommes, mon bandeau sur le nez et la bouche n'arrangeait rien à l'affaire rendant la lutte vraiment pénible. J'avais besoin d'air frais ! Je ne prenais que de petites inspirations de cet air saturé des effluves de weevils et de l'odeur méphitique caractéristique des égouts de la ville qui me retournait le cœur. Tosh et Owen se protégeaient l'un l'autre, tandis que je m'épuisais à visiter chaque couloir et recoin. Dans la panique générale, entre nos coups de feu et leurs râles, nous n'entendions rien. Malgré tout, je perçus le cri d'Owen alors que j'inspectais une salle annexe. Je revins sur mes pas en courant. Le médecin avait été touché à l'épaule, il s'était effondré aux pieds de Tosh qui se défendait de plus en plus difficilement. Les weevils revenaient, il était urgent de trouver la prisonnière ou d'abandonner la partie.
Abandonner ? Je n'en avais vraiment pas envie. Owen avait eu l'épaule déchiquetée par les griffes d'un weevil mais rien de grave dans l'immédiat ...
- Owen, Tosh vous repartez, maintenant !
- On ne te laisse pas Jack ! hurla Tosh tout en dégommant un bestiau à deux pas de moi.
- Je confirme !
Nous nous retournâmes vivement tous les trois pour voir Ianto derrière nous. Je souris en voyant dans sa main des objets qui allaient nous être fort utiles. Il vit mon regard et sans plus tarder il jeta une petite sphère aux pieds de Tosh et Owen. Immédiatement, ils furent entourés d'un champ de force bleuté. Il s'approcha de moi et répéta la même opération. De petits bijoux de technologie, récupérés de Torchwood 1 si ma mémoire ne me jouait pas des tours.
- La bulle vous protège, expliqua Ianto à Tosh et Owen qui n'osaient pas bouger. Vous pouvez toucher le champ de force, à l'intérieur il est inoffensif, même doux au toucher. En revanche pour eux … fit-il en regardant les aliens qui nous entouraient.
L'un d'eux, plus téméraire que les autres, toucha le halo lumineux qui m'entourait avec Ianto. Il reçu une violente décharge qui le fit déguerpir en gémissant.
- Vous remontez, ordonnais-je, on va continuer chercher.
- Mais chercher quoi Jack ? s'interrogea Ianto en mettant sa manche devant son nez.
Je sortis un mouchoir et lui tendit.
- On a entendu le cri d'une femme.
- Comment sort-on du champ de force ? demanda Tosh en aidant Owen à se relever, sa blessure semblait le faire souffrir.
- J'allais oublier … Tu appuies sur le bouton rouge, le vert c'est pour l'activer, expliqua Ianto en lui lança une petite télécommande.
Elle traversa les deux champs de force, une merveille technique comme je le disais, que j'avais déjà utilisée dans mes aventures d'agent du temps, très pratique.
- Et le bleu ?
Tosh et son perfectionnisme, pensais-je.
- Je ne sais pas … ne le touche pas …
Moi je savais mais ce n'était pas le moment de faire de la technique même si j'étais certain de captiver mon auditoire.
- Allez-y, dis-je fermement. Attendez-nous au SUV.
Je ne comptais pas rester plus longtemps que nécessaire dans ce lieu peu ragoûtant, même si ainsi protégé avec Ianto à mes côtés, la situation s'améliorait considérablement.
Nous restâmes dans la pièce principale quelques instants, le temps de nous assurer qu'aucun weevil ne suivait Tosh et Owen. Puis nous reprîmes notre recherche. Quelques weevils se frottèrent au champ de force et après de fortes décharges, les rats quittèrent le navire, nous étions seuls. Il n'y avait plus de danger, Ianto appuya sur le bouton rouge, faisant disparaître notre champ de protection. J'intimais à Ianto le silence et après quelques minutes nous perçûmes enfin un appel à l'aide. Une voix d'homme, cette fois me sembla-t-il. Ils étaient donc plusieurs … Dans une pièce annexe, nous entendîmes à nouveau la voix et je vis, enfin, une trappe dans le sol. Nous nous agenouillâmes pour tenter de la soulever quand je sentis une douleur foudroyante dans ma poitrine. Un regard vers mon cœur me montra, oh horreur, une barre de fer qui traversait mon torse. Comme toujours dans ces moments, le temps se suspendit et j'allais vivre mes derniers instants au ralenti. Le temps prenait son envol et moi ma dernière respiration. En levant les yeux vers Ianto je vis une expression de terreur comme je n'en avais jamais vu sur son beau visage. J'avais envie de le rassurer, de lui dire que dans quelques minutes je serais à nouveau là près de lui, mais j'en étais bien incapable. Mes forces me quittaient, je n'eus même pas le temps de me retourner pour voir mon agresseur qui l'instant d'avant gisait au sol assommé. Ianto devrait se débrouiller seul avec lui. Je n'arrivais plus à garder les yeux ouverts, mon regard se brouillait et je ne luttais plus contre les ténèbres qui m'envahissaient …
Comme on se réveille en sursaut d'un cauchemar, j'ouvrais les yeux et un instinct primaire m'obligea à prendre une grande inspiration qui me fit tousser. J'étais dans des bras qui me serraient … je laissais mes souvenirs affluer. Les égouts, les weevils, les prisonniers … ma mort … Ianto. Je levais mes yeux pour le voir au-dessus de moi, j'avais ma tête qui reposait sur ses genoux. Je vis l'angoisse qui le quittait, il sourit et m'embrassa avant de m'aider à me relever. Le weevil gisait à côté, Ianto l'avait abattu d'une balle dans la poitrine. Il ne prononça aucune parole et je respectais son silence religieux, il me sembla de bon ton après cette résurrection. Je me doutais bien qu'il devait se passer beaucoup de choses dans sa tête que nous aborderions peut-être plus tard.
A deux nous réussîmes à ouvrir une lourde trappe dans le sol. Dans une cuve vide, au milieu d'ossements, nous trouvâmes un homme, une femme et serrée contre elle, une enfant. Je ne les aurais pas trouvés sans l'intervention de mon archiviste.
Nous descendîmes les chercher, ils étaient trop apeurés pour sortir seuls de leur cachot. Ianto se précipita vers la femme et l'enfant, je tendis ma main vers l'homme pour qu'il puisse se relever. Tout comme le faisait mon agent, je le rassurais en lui indiquant qu'il était sauvé. Le pauvre, il tremblait comme une feuille. Personne n'aurait aimé se retrouver dans le garde-manger de tels monstres sanguinaires. Armes au poing, nous les guidâmes vers la sortie après nous être assurés qu'il n'y avait pas d'autres prisonniers. L'homme m'expliqua que d'autres avaient été emportés et qu'ils avaient entendu leur mise à mort … Il m'interrogea sur ces animaux qu'il ne connaissait pas, il avait pensé à des espèces de singes qui se seraient échappés, je ne démentis pas, l'idée était intéressante.
La jeune femme pleurait sans pouvoir s'arrêter, sa fille attrapa sa main et Ianto l'autre main de l'enfant tout en lui adressant un sourire réconfortant. Lentement, nous remontâmes à la surface. En rejoignant le réseau des eaux de pluie, je pris une grande inspiration en espérant que mon dégoût aller passer. En ressortant à l'air libre, j'accueillis avec joie, une douce averse qui mouilla mon visage me donnant l'impression de me nettoyer de toute cette puanteur.
Le SUV était garé quelques mètres seulement plus loin, avant d'arriver Ianto me rappela de cacher ma chemise déchirée. Il me rendit mon foulard brodé à mon nom de Lord, la broderie bien en évidence et je lus une certaine émotion dans son regard. Enfin je crois … Je lui avais révélé avoir possédé un manoir* mais pas que j'avais été Lord. Il reprit rapidement sa place auprès de l'enfant dont il devait ressentir toutes les émotions. Nous retrouvâmes Tosh qui avait sommairement nettoyé les plaies d'Owen et qui lui faisait un bandage comme elle pouvait sous les directives du médecin qui était blême. Ianto distribua des verres d'eau, tandis que je m'entretenais avec elle sur la suite de l'opération. Nous allions les ramener au Hub, il fallait en savoir un peu plus sur leur enlèvement. Nos deux survivants semblaient complètement sous le choc, aucun d'eux n'avait la présence d'esprit de nous demander qui nous étions.
- On vous ramène au QG. Vous pourrez vous nettoyer, tout nous expliquer et ensuite vous rentrerez chez vous, expliquais-je avec autorité.
Personne ne broncha.
- Ianto, comment es-tu venu ? lui demandais-je.
- Avec la voiture d'Owen.
- Quoi ! s'écria l'intéressé en bondissant sur ses pieds ce qui lui tira quelques grimaces qui me firent rire. Mais tu ne sais pas conduire une telle voiture Coffee Boy !
Ianto ne prit même pas la peine de répondre, il leva simplement les yeux au ciel, ramassa l'artefact qu'il leur avait confié et la télécommande avant de rejoindre le si précieux véhicule d'Owen sous ses yeux incrédules. Il souffrait trop pour réclamer les clés de sa voiture de sport mais il en mourrait d'envie. Il confia en marmonnant ses inquiétudes à l'oreille attentive de Tosh qui l'installa à l'arrière du véhicule tandis que je suivais du regard mon gallois qui nous quittait. Nos invités prirent également place et je démarrais en trombe vers le Hub.
Ianto s'occupa des survivants tandis que je filais à la douche, honneur aux chefs. Je jetais mes vêtements dans un coin de ma salle de bain et passais un long moment à me laver puis simplement à rester sous l'eau chaude. Cela délassa mes muscles, me permit de réfléchir et surtout de sentir bien meilleur. En sortant je fus à nouveau agressé par l'odeur qui se dégageait de mes vêtements et qui menaçait d'envahir mes petits appartements puis le Hub. Je les mettais dans un sac poubelle bien fermé. Plus détendu, je rejoignis la baie médicale. Tout comme moi, Tosh et Owen avaient pris une douche et portaient des affaires qu'ils avaient laissées à demeure au Hub pour ce genre de situation. Tosh jouait à nouveau aux infirmières avec un Owen de mauvaise humeur dont l'épaule avait été bien entaillée.
- Je n'ai pas vu le Coffee Boy, il n'a pas amoché ma voiture au moins ?
- C'est le cadet de mes soucis Owen, le réprimandais-je. Tu pourrais préparer les pilules de retcon ? Je vais les interroger et ensuite on leur fera tout oublier. Je vous les amènerais.
Owen hocha la tête tandis que Tosh s'affairait toujours sur le bandage définitif.
- Est-ce que ça va aller Owen ? demandais-je en le voyant grimacer.
- Avec les antidouleurs ça devrait aller … Jack, m'appela-t-il alors que j'étais en haut des escaliers, demande lui quand même, pour ma voiture …
Je rejoignis Ianto en salle de réunion qui, en une demi-heure, avait fait des miracles. Les trois survivants étaient douchés, changés et à part la petite demoiselle, ils étaient parfaitement présentables. Le petit ange roux qui ne devait pas avoir plus de six ans tenait même une poupée dans ses bras. Elle était marrante avec ses vêtements trop grands. Des sandwichs étaient posés sur la table alors que Ianto s'affairait pour qu'ils ne manquent de rien.
Je sentis immédiatement qu'il n'était pas tout à fait dans son état normal, probablement à ses yeux rougis et sa nervosité. Difficile de ne pas s'en rendre compte … Il était aussi le seul à ne pas s'être changé. Je dus insister pour qu'il accepte d'y aller et la petite fille, qui dit s'appeler Juliette, ne voulut pas le laisser partir. Sa maman ne manifesta aucune émotion, les yeux fixés sur ses mains, tandis qu'elle se levait pour agripper fermement la main de Ianto et soutenir mon regard. Elle savait ce qu'elle voulait … Je quittais ses yeux bleus, amusé par son aplomb, pour rencontrer ceux de mon amant qui me narguait comme s'il était victime d'une injustice. Une fois le contact radio perdu il avait du nous rejoindre et hésiter avant de s'engouffrer dans le conduit, la fine pluie avait eu raison de son costume et de sa coiffure. Même s'il avait passé moins de temps sous terre que nous, il n'en sentait pas meilleur. Pourquoi ne voulait-il pas les laisser ? Je pris la main de Juliette en lui assurant que Ianto allait faire vite. Elle reprit sa place à côté de sa mère et je m'assis en face d'eux.
- Vous avez rencontré une espèce de singes malades, atteint d'une forme de rage.
Je n'espérais pas vraiment qu'ils y croient mais je tentais le coup. Parfois les gens se raccrochent à une histoire, aussi grossière soit-elle plutôt que d'admettre la vérité. Cela marchait si souvent …
- Allons-nous être malades ? s'inquiéta l'homme en face de moi gobant manifestement le mensonge.
- Vous êtes ?
- William Perris.
- Capitaine Jack Harkness, lui dis-je en lui tendant ma main par-dessus la table.
Je fis de même à la mère mais elle ne bougea pas. Etait-elle en était de choc ?
- Non, fort heureusement, expliquais-je, c'est une maladie qui ne se transmet pas à l'homme. Pouvez-vous me raconter ce qui s'est passé ?
- Je courrais dans le bois, j'ai entendu de drôles de bruit, comme des grognements. Je me suis arrêté mais je n'ai rien vu, alors j'ai continué ma course. Si, j'avais su … Mais quelques mètres plus loin, je me suis fait assommer. Je me suis réveillé dans la pièce où vous m'avez trouvé, entouré d'ossements et d'un autre homme. J'ai vite compris à l'odeur que nous étions sous terre, et quand j'ai vu les ossements, j'ai paniqué. Je n'avais qu'un seul compagnon d'infortune mais je n'ai même pas eu le temps de lui poser des questions qu'un des singes est venu le chercher et je ne sais pas ce qu'ils lui ont fait ensuite … j'ai juste entendu ses cris au milieu de leurs hurlements … Ensuite ils les ont amenées elles deux. Elle a fait une crise de nerfs terrible quand comme moi, elle a compris ce qui allait se passer …
- Bien, bien. Vous avez faim ? Prenez un sandwich, je reviens tout de suite.
- Capitaine ? Où sommes-nous ?
- En sécurité dans une annexe de la police. Mangez, je reviens.
Je rejoignis Ianto dans sa chambre, il était en train de boutonner une chemise blanche, j'attrapais sa cravate sur la chaise. Il rentra sa chemise dans son pantalon, je passais sa cravate autour de son cou et je commençais à la nouer.
- Tu sais donc faire un nœud de cravate.
Là tout de suite j'avais vraiment envie de le déshabiller plutôt que de l'aider à s'habiller. Ses cheveux mouillés ondulaient légèrement et sa fine chemise ajustée laissait entrevoir des formes qui m'affolaient.
- Hum, fis-je en soupirant et en chassant les idées insensées qui s'étaient matérialisées dans mon esprit. Ce n'est pas ce que je préfère faire avec une cravate, mais en l'occurrence, on n'a pas le temps de jouer.
- Jack, tu ne peux pas leur donner du retcon.
- Pourquoi donc ? C'est ce qui est prévu, Owen est en train de préparer les pilules.
- Tu peux le faire sur William. Il a eu peur mais il n'a pas compris à quels monstres il avait à faire. Elain et sa fille n'ont pas vécu du tout la même chose. Elles ont rencontré celui qu'elle nomme Caesar.
- Tu as vu cela dans leurs pensées ?
- Dans celles de Juliette. Elain est dans un état catatonique, elle ne pense plus à rien. Juliette m'a tout montré, elles ont été conduites à leur chef, peut-être parce que c'étaient des femmes, ou une mère et son enfant, je n'en sais rien. Au beau milieu de tous ces weevils, il les a touchées, senti … assez brutalement, la mère a vraiment paniqué et Juliette aussi. Ce n'est qu'après qu'elles ont été emmenées dans le garde-manger.
- Pourquoi l'appelle-t-elle Caesar ?
- Elle doit étudier les romains à l'école. Elle a compris qu'il était leur chef, c'était sa manière de l'exprimer.
Je finis de serrer le nœud de la cravate, je la lissais en passant ma main sur son torse, je le vis fermer ses yeux et déglutir, je laissais mes mains plus que de raison sur ce corps que je désirais … J'aurais bien continué vers ses fesses que j'aimais caresser mais la mission n'était pas encore terminée. Je l'entraînais à la baie médicale, il jeta un œil vers la salle de réunion, inquiet.
- Owen ! Elain, la femme que nous avons sauvée, n'a pas parlé depuis son arrivée et elle ne réagit à aucuns stimuli. Elle a bien voulu se doucher Ianto ?
- C'est moi qui l'ai fait pour elle. Elle ne s'occupe même pas de sa fille.
- Apparemment, elles ont été présentées à l'empereur des weevils, ils ont donc un chef et ils sont bien mieux organisés que ce que je pensais … Bref, ma question Owen est es-ce que le retcon va marcher ?
- Oui, dans l'immédiat. Je ne garantis rien pour le futur, cette expérience traumatisante risque de leur revenir …
- Des cauchemars ? demanda Tosh.
- Tout va leur revenir, avertit Ianto l'air certain.
- Au début, cela pourra être effectivement des cauchemars mais ensuite les souvenirs reviendront par bribes. Ce n'est pas certain mais Ianto a raison, au vu de leur traumatisme c'est plus que probable.
- Que fait-on alors ? lança Tosh les mains sur les hanches.
- Je peux augmenter la dose de retcon, effacer plus de mémoire …
- Ça ne changera rien au fond. Cela reviendra les hanter, on les prendra pour des folles. Juliette n'a que six ans … elle aura toute sa vie gâchée.
Ok … me dis-je, il prend cela très à cœur.
- On ne peut pas faire mieux, Ianto, dit Tosh compatissante.
- Moi si, je peux … murmura Ianto en me fixant.
Chapitre 41 : Un sauvetage périlleux
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Ianto me fixait attendant ma réaction. Je lisais dans ses yeux un mélange de détermination, de peur mais aussi de défi. Un mélange explosif qu'il me balançait de but en blanc. Tout l'enjeu était là, ce mélange pouvait m'exploser en plein visage. Mais c'était aussi un challenge qu'il se lançait à lui-même. Je le pris comme tel. Ni Owen, ni Tosh ne se prononcèrent, ils nous regardaient tous deux conscients des enjeux et de la décision qui m'incombait, à moi et moi seul.
- Owen et Tosh, vous montez les retrouver. On ne peut pas les laisser seuls trop longtemps. Je voudrais que tu les examines, si tu peux bien sûr, demandais-je au médecin sans le regarder.
Je coupais le lien visuel intense que je partageais avec Ianto pour observer Owen que je trouvais bien faible.
- Ça me fait un mal de chien, mais je devrais y arriver avec ton aide, précisa-t-il en s'adressant à Tosh.
Elle n'avait pas besoin de répondre, le doux sourire qu'elle lui adressa et son regard parlèrent pour elle. Elle était trop professionnelle pour s'épancher mais nous avions tous compris qu'elle allait chouchouter le médecin devenu beaucoup plus qu'un collègue. Elle saisit son bras valide et le passa sur son épaule pour le soutenir, je vis distinctement les traits d'Owen se décrisper à ce contact charnel.
- Ianto, dans mon bureau, ordonnais-je en les laissant rejoindre nos invités.
Il me suivit docilement, je supposais que c'était ce qu'il attendait.
- Coffee boy ! appela Owen, ça s'est bien passé avec ma voiture ?
- Mais oui Owen, répondit-il d'un ton las, elle n'a rien ! s'exclama-t-il en me suivant.
- Je t'écoute Ianto, lui dis-je en m'asseyant à mon bureau. Les mains jointes devant moi je le regardais attentivement.
Il s'assit sur le bord de sa chaise, droit comme i, stressé apparemment.
- J'ai une bonne expérience en matière de gestion de stress post-traumatique.
- Ça, je veux bien te croire ! le coupais-je. Mais je ne dirais pas « gestion » vu comment tu prends cette affaire à cœur, vu les événements des derniers jours avec un certain notaire.
Il me regarda la bouche entrouverte, buvant mes paroles, l'air légèrement ahuri. Je soulevais mes sourcils sur un air de défi, il rougit légèrement. J'avais ma petite idée de ce dont il allait me parler. Nous étions pressés, je voulais qu'il soit bien conscient de son état.
- Pas me concernant, reprit-il un ton en-dessous, s'affaissant littéralement sur son siège baissant les yeux sur ses mains. Concernant les autres … le retcon est un bon médicament mais c'est du bricolage par rapport à ce que je peux faire.
- Comment le sais-tu ? Yvonne ne l'utilisait pas, j'en sais quelque chose, nous avons eu quelques discussions, elle préférait d'autres méthodes plus radicales, finis-je amer.
Ces discussions m'avaient mis dans une rage folle, une rage que j'avais contenue devant elle, ce qui avait eu pour effet de la décupler. J'avais eu l'impression de parler à un mur, c'était une femme brillante et j'avais enragé de ne pouvoir l'amener à des pratiques plus vertueuses.
- Je sais … mais ce que tu ignores, c'est qu'elle t'a écouté, sous ses airs, disons hautains, tu l'avais en partie convaincue. Enfin pas tout à fait mais … bref, elle a testé le retcon sur des agents ayant vécu des traumatismes, on en manquait pas, qu'ensuite elle m'a confiés. Elle m'a demandé de lui dire ce que j'en pensais …
- Que lui as-tu dit ?
Visiblement mal à l'aise, je lu tous les signes qui le trahissaient.
- Que lui as-tu dit ? répétais-je devinant la réponse, sentant combien je n'allais pas l'aimer.
Je me penchais en avant pour mieux entendre sa réponse, prêt à en découdre pour avoir mon explication.
- Que c'était efficace mais rudimentaire, murmura-t-il la bouche soudain sèche. Je te parle de 7 ou 8 ans en arrière, Owen m'a dit que depuis cette époque il avait amélioré la formule ...
J'étais en colère, finalement mes arguments l'avaient poussée à réfléchir. C'était un adolescent qui avait démonté tout mon plan, servi par un discours et des arguments que j'avais longuement peaufinés !
Je me radoucis devant son silence, ses épaules affaissées et son regard toujours concentré sur ses mains.
- Je suis désolé, je ne savais pas tout ce qui se passait à Torchwood 1, s'excusa-t-il doucement sentant probablement mon changement d'humeur.
- Peu importe Ianto, c'est du passé. Oublions, lui dis-je autant pour lui que pour moi en tentant de ravaler ma colère.
J'essayais de me raisonner, de mettre cela sur le compte de sa jeunesse, de la vision d'ensemble qui lui faisait défaut. Ianto avait fait partie de la vie intime d'Yvonne, cela m'irritait malgré moi. Nos activités avaient été liées pendant tellement d'années, des années où Ianto avait vécu avec elle sans que je le sache. Ce n'était pas la première fois que cela resurgissait et ce n'était pas la dernière non plus. Malgré tout, il me racontait la même histoire de l'intérieur, sous un nouveau jour avec de nouvelles explications. C'était insupportable ! J'avais le sentiment de m'être sans cesse trompé ...
Je pris une inspiration pour tenter de chasser le poids qui s'était installé sur mon cœur, je voulais retrouver le calme nécessaire pour l'écouter et juger en mon âme et conscience de leader de ce qu'il convenait de faire.
- Je peux remplacer les mauvais souvenirs par des souvenirs recombinés. J'ai vu des souvenirs heureux dans l'esprit de Juliette. Je peux réutiliser ces souvenirs pour remplacer ceux des weevils. C'est délicat, ce sont mes propres visions que je lui ferais vivre. Cela n'a ni besoin d'être long ni détaillé, au contraire c'est un savant dosage des deux. Le but est que son esprit y croit, qu'il pense que Juliette vit vraiment ces événements et alors il reléguera de lui-même ceux des weevils. Ce seront comme des cauchemars qu'ensuite j'enfouirai pour qu'elle les oublie. C'est son esprit qui établira les bonnes connexions, ces souvenirs seront définitivement effacés et remplacés par des bons. Je ne ferais que proposer, son esprit fera le reste. En cela, c'est indétectable, naturel et très efficace.
Son attitude avait complètement changée, clairement il aimait cette manipulation qui me semblait si délicate.
- Le risque ?
- C'est que le souvenir ne prenne pas. Que je donne trop ou pas assez de détails, le souvenir sera alors relégué, et l'expérience traumatisante toujours bien présente.
- Combien d'échecs Ianto ?
- Cela dépend de l'esprit des personnes, de ce qu'elles ont vécu. Avec Elain et Juliette ce sera facile, il y a peu à effacer.
- Ce n'est pas ce que je te demande. Combien d'échecs pour combien de cas traités ? isistais-je en haussant le ton.
- Mais ce n'est pas parlant, je me suis beaucoup amélioré en m'entraînant, se défendit-il.
Devant mon exaspération, il lâcha un « 20% ».
- Il faut que tu implantes le même souvenir à la mère et à la fille ?
- Oui.
- Si tu échoues …
- Si je réussis, c'est définitif, elles auront une vie normale, expliqua-t-il avec espoir. La petite a eu si peur … j'ai capté ses émotions, sa terreur ...
- Je le sais bien, Ianto.
- Elle a le droit d'avoir une enfance heureuse, Jack.
Evidemment … cette phrase était loin d'être anodine, pensais-je.
- Ecoute-moi, si tu échoues, est-ce que l'on pourra leur donner quand même le retcon ?
- Oui, mais il aura encore moins de chances de fonctionner, expliqua-t-il tout à coup las. Le souvenir aura été ravivé, mis en exergue en quelque sorte. Il aura été rejeté de tout processus d'oubli … l'esprit est quelque chose de fantastique Jack. Si ce n'était pas si invasif, je voudrais passer mes jours à étudier l'esprit humain ou non humain d'ailleurs. Mais on laisse toujours des traces, même moi. Le retcon ou tout autre produit en laisse de si grossières …
Parlait-il de moi ? pensais-je. Je n'avais pas le temps de lui demander … le temps, pourquoi avais-je toujours l'impression qu'il m'échappait ? J'étais pourtant verni de ce point de vue, j'en avais plus que quiconque. Mais il m'en manquait toujours … Tant pis, je posais quand même la question. Cette fois, je le prenais même s'il y avait urgence.
- Ianto, est-ce que tu parles de moi ? fis-je en me levant et en m'asseyant sur le coin du bureau, les bras croisés sur mon torse. Je profitais de ma position dominante pour l'observer.
- Oui … impossible à louper.
- Qu'est-ce que tu as vu ?
- Des connexions artificielles autour d'un vide. Un grand vide …
- Combien ?
- Un an, onze mois, plus quelques jours …
- C'est bien cela … On m'a volé deux ans de ma vie. Tu imagines ? J'ai quitté sur-le-champ ceux qui m'ont fait cela.
- Je suis désolé Jack …
- Pas la peine.
Le ton était dur, ce n'était contre lui, ce vol qualifié était intolérable même si en tant qu'agent du temps, j'avais signé un consentement. Jamais je n'imaginais qu'on me vole deux années … Je pouvais avoir eu une femme, même un enfant, c'était un laps de temps énorme.
- Est-ce que tu pourrais retrouver ce qu'ils m'ont effacé ? Toutes les personnes à qui j'ai posé cette question m'ont affirmé que c'était définitif.
- L'esprit est une chose magnifique et aucun médicament n'atteindra jamais ton subconscient. Je suis allée chercher ce qui s'est passé le jour de ta première mort, je peux y retourner pour voir ce qu'il reste de ce laps de temps.
- Mais ? Il y a toujours un mais.
- Il ne reste peut être pas grand-chose, ton esprit pour rester cohérent en aura probablement effacé une partie … de lui-même.
Je me levais pour me rassoir derrière mon bureau. Je soupirais en quittant mon cas pour penser à Juliette …
Il me paraissait dangereux de laisser Ianto effectuer cette opération délicate sur sa mère et la petite. Ianto ne se protégeait pas assez, prenant de plein fouet toutes ces émotions fortes qui trouvaient un écho chez lui. Il venait de vivre un enlèvement comme elles, sans parler de son enfance qu'on lui avait volée. Il ne prenait pas assez de recul ... ce n'était pas vraiment raisonnable. Je l'avais laissé faire sur moi parce que je ne prenais aucun risque, ces personnes étaient maintenant sous ma responsabilité, je ne voulais pas empirer leur cas. En même temps je lui avais dit qu'il pourrait utiliser ses dons quand il le voudrait. Si je lui disais non alors que bien entendu sa méthode donnait de meilleurs résultats, c'était lui donner une mauvaise image de lui-même … je ne pouvais pas faire cela, pas la première fois.
- Je suis d'accord pour Elain et Juliette, lui accordais-je. Tosh te secondera, avec Owen on va s'occuper de Perris. Qu'est-ce qu'il y a ? demandais-je étonné par le sourire qui se dessinait et son regard soudain vif.
- Rien …
Il hésitait manifestement à continuer.
- C'est juste que, reprit-il, je suis vraiment heureux de travailler dans ta branche. Tu es … le meilleur chef que je connaisse.
- Ah oui ? Et c'est comment de travailler pour moi ?
Il prit quelques secondes de réflexion pour choisir ses mots, je suppose, en me couvant toujours d'un regard plein d'admiration que j'appréciais.
- C'est un mélange de défis, de labeur, de détente et … de paix.
C'était un beau compliment.
- File avant que je ne change d'avis, répondis-je en souriant bien malgré moi. Tu as du boulot.
- Bien monsieur.
Cela faisait longtemps … mes belles voyelles galloises étaient de retour, songeais-je.
Owen avait procédé à ses examens médicaux et il me confirma qu'Elain était profondément choquée. Elle semblait être rentré dans une bulle, elle s'isolait du monde extérieur, y compris de sa fille. La petite en était fortement perturbée, elle ne comprenait pas pourquoi sa mère ne lui accordait plus aucune attention. Elle lui avait clairement dit tandis qu'il l'auscultait … Je la regardais tandis qu'Owen me faisait discrètement son rapport. Elle serrait la poupée qu'avait trouvée Ianto, je ne sais où d'ailleurs. Si jeune, si mignonne, je comprenais la compassion qu'il ressentait. Il était difficile de rester impassible devant ce spectacle déchirant, assise à côté de sa mère et non sur ses genoux à se faire cajoler ... Ianto nous rejoignit sur ces entre-faits, nous étions dans le couloir qui menait à la salle de réunion, il nous dépassa sans un regard, déjà concentré sur sa tâche je suppose. Il rentra dans la pièce et il prit l'enfant dans ses bras, elle se laissa faire curieusement, l'agrippant même. Il était un étranger pourtant en les regardant, on aurait pu croire un père et sa fille, c'était si naturel ... Il lui fit un câlin, puis assise sur ses genoux, il lui parla à l'oreille. Elle l'écoutait, blottie dans ses bras. J'échangeais un regard avec Owen tout aussi étonné que moi par la scène qui se passait dans nos locaux. Il n'en perdait pas une miette, amusé me semblait-il.
- Jack, j'ai mis en place un alibi pour l'absence de William …
Tosh qui nous avait retrouvés s'était soudain tue en prenant conscience du spectacle qui se déroulait juste en face d'elle. Je vis fleurir un sourire, elle me colla les papiers sur la poitrine et sans même attendre que je les saisisse, elle partit rejoindre le plus jeune de l'équipe.
Je parcourus sa note, elle avait fait en un minimum de temps un excellent travail. William apparaissait maintenant dans les registres de l'hôpital de Cardiff, il avait été admis pour un petit malaise survenu pendant son footing matinal. Dans sa chute, il s'était cogné la tête contre une pierre, d'où la bosse constatée par les médecins mais qui était sans gravité. Tosh avait déjà faxé un arrêt de travail jusqu'à la fin de la semaine à son travail et j'avais une ordonnance pour un check up chez son médecin. Du très bon boulot exécuté avec précision et rapidement. Tosh en résumé.
A contrecœur j'entraînais William hors de la salle de réunion. Je jetais un dernier regard dans la pièce avant de partir. J'aurais voulu assister à ce qui allait se passer, j'étais excité bien que nerveux à l'idée de l'échec du prodige en herbe. Les conséquences seraient lourdes pour tout le monde. Chaque problème en son temps il fallait que j'assume ma décision.
Je ramenais Owen chez lui malgré de vives protestations auxquelles je restais sourd puis William. Nous prîmes un thé confortablement installés dans son canapé. J'attendis qu'il le finisse en parlant de tout et de rien avec cet homme fort sympathique au demeurant. J'aurais pourtant préféré être ailleurs en cet instant. Je le laissais endormi avec les papiers bien en évidence sur sa table basse, direction le Hub. Je dus pourtant faire une halte pour prendre l'appel de ma fille. Il était si rare qu'elle m'appelle … que je voulais lui accorder toute mon attention. Elle était en plein divorce et malheureuse, sans qu'elle ne me laisse l'aider. Ils vendaient la maison et elle partait s'installer avec son fils Steven dans un appartement en attendant de trouver autre chose. Elle me donna la nouvelle adresse. Je ne savais pas quoi lui dire, je n'avais jamais su. Nous raccrochâmes après quelques minutes d'un silence gêné. Je notais intérieurement de lui verser un peu plus d'argent ce mois-ci, elle en aurait besoin pour s'installer. J'étais toujours déçu quand je la voyais ou quand je lui parlais. J'espérais toujours … un je ne sais quoi entre nous deux. Elle n'avait pas toujours été aussi froide avec moi et le temps où nous étions complices me manquait terriblement. Elle n'avait jamais accepté mon immortalité, la vie que je menais. C'était dur de se faire ainsi rejeter par sa fille, chaque nouvel appel ravivait ma peine. Je repartis vers le Hub, vers ceux ou plutôt celui qui comblait ma solitude, ce sentiment qui ne me quittait qu'en sa présence.
Je m'étais absenté deux heures, je n'avais pas pensé à demander à Ianto combien de temps il lui fallait pour réaliser sa manipulation. J'eus la surprise de découvrir un Hub vide, mis à part les cris de Myfanwy, personne ne répondit à mes appels. Avant de les chercher grâce aux caméras de surveillance, j'attrapais en salle de réunion un des sandwichs de Ianto. Il avait beau me dire qu'il n'avait aucune expérience culinaire, il avait de l'idée. Chose que je n'avais pas et que je n'aurais probablement jamais. C'est donc en dévorant mon délicieux encas, les doigts pleins de sauce, que je vis les deux agents sur un banc en plein milieu de la place. A côté d'eux, Elain et sa fille endormies. J'attrapais mon manteau en avalant ma dernière bouchée. Quand je les rejoignis, ils avaient changé de banc, ils observaient discrètement Juliette et sa mère qui étaient réveillées. Je m'assis et Tosh nous laissa immédiatement. Elle me glissa à l'oreille que Ianto avait été brillant avant de m'indiquer qu'elle rejoignait l'appartement d'Owen pour s'assurer qu'il allait bien. J'observais Elain, elle avait tout retrouvé d'une maman. Méconnaissable, elle discutait avec sa fille des magasins qu'elles venaient de faire, le souvenir implanté semblait avoir bien pris. Au bout de quelques minutes alors que Juliette réclamait à corps et à cris le déguisement de princesse qu'elle avait repéré, Ianto se tourna vers moi en souriant, nous pouvions les laisser.
- Est-ce que tu as mangé ?
- Non.
- Viens, je t'invite. Tu pourras me raconter ce qui s'est passé.
Les nuages avaient fait place à un soleil radieux qui n'allait pas durer, des nuages gris se profilaient déjà à l'horizon. Nous avions le temps de manger en terrasse tout en échappant à la prochaine averse.
- Pourquoi ne pas retourner au Hub ? Je suis exténué … nous pourrons discuter ou pas d'ailleurs, finit-il avec une lueur de malice dans les yeux qui ne m'échappa pas.