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Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Chapitre 48 : Tea time
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Je hélais un taxi et lui donnait l'adresse d'un luxueux hôtel où le « tea time » était une institution. Enfin à l'abri des regards humains et surtout électroniques, je m'autorisais à me laisser aller à mes sentiments. Tranquillement assis à l'arrière du taxi, je passais mon bras au-dessus des épaules de Ianto. Il regarda un instant le chauffeur de taxi, puis accepta cette tendresse dont il avait besoin, je n'avais aucun doute là-dessus. Il avait tenu sous contrôle ses sentiments et, à cet instant, ils rejaillissaient avec force. Je sentis des larmes chaudes mouiller ma chemise et traverser le coton de mon tee-shirt pour toucher ma peau. Il avait agi selon sa conscience, avec un courage qui frôlait l'inconscience, et il avait vu la mort en face. J'étais bien placé pour comprendre ce qu'il ressentait. Dans mes bras, il tremblait légèrement tandis qu'il se laissait submerger par ses émotions. C'était contagieux, je ne pouvais retenir les larmes qui débordaient de mes yeux.
J'étais soulagé. Je ne voulais pas d'une tête brûlée, ni d'un homme qui bravait la mort sans en éprouver de terreur. Car alors, cela prouverait son indifférence à son propre sort. De tous les dangers qui le guettaient, n'étais-ce pas celui-ci le pire ?
J'avais eu des doutes et cette fois encore, je m'étais interrogé. Il avait usé de méthodes si radicales envers Mace qu'elles reflétaient un dégoût pour la vie, ou plutôt pour sa propre vie. Aujourd'hui, il s'était laissé emmener vers une mort quasi certaine.
Le voir verser des larmes me rendait heureux, je l'accompagnais dans cette démonstration qui n'était pas si fréquente, ni pour l'un ni pour l'autre.
Je captais quelques regards interrogateurs du chauffeur de taxi qui devait se demander quel malheur avait bien pu s'abattre sur ces deux gaillards assis à l'arrière de son taxi et qu'il conduisait vers une adresse si prestigieuse. Silencieux, sa perplexité se lisait dans ses yeux. Au fil des larmes versées, ma gorge se dénouait, mes muscles se détendaient, ma colère s'échappait elle aussi, définitivement. La tête dans ses cheveux, je savourais tout simplement le bonheur de le retrouver. Je me fichais bien du regard des autres.
Le chauffeur finit par allumer sa radio et une musique joyeuse emplit l'habitacle, au diapason avec mon humeur. Ianto choisit ce moment pour parler, la musique nous procurant une nouvelle intimité.
- Je … je suis désolé, bredouilla-t-il.
Nous étions pris dans la circulation dense de la fin d'après-midi londonienne, nous avions un peu de temps avant d'arriver.
- Désolé de quoi ?
- De t'avoir déçu.
- Pourquoi dis-tu cela, Ianto ?
Il ne répondit pas la tête toujours enfouie contre mon torse, sa main agrippant fermement mon manteau.
- Tu n'y es pas du tout, rétorquais-je surpris par sa réaction. Adam trouve que tu as du cran et … je suis d'accord avec lui, tu as parfaitement joué ton rôle …
- Les balles pleuvaient et j'étais incapable de réagir, me coupa-t-il.
- Cesse d'être si dur avec toi-même, murmurais-je en regardant le ciel grisâtre assorti aux sentiments de mon jeune agent. Tu as été parfait et tu as contribué au succès de la mission ...
Qu'étais-je en train de dire ? Tout simplement le contraire de ce que j'avais prévu ! Pendant le débriefing, j'avais pris un peu de temps de réfléchir à ce qui s'était passé. J'avais décidé de lui rappeler son rôle et de le sermonner sur ses prises de risques bien trop importantes à mon goût.
Mais voilà, il avait relevé son visage et semblait si dévasté à l'idée d'avoir failli à sa mission ... et moi je ne savais pas résister à ses beaux yeux si tristes, qui me fendaient le cœur et qui ne demandaient qu'à être rassurés pour retrouver leur éclat. Je me noyais dans ce regard affligé et implorant qui me prenait au dépourvu. Ne savait-il donc pas quelle était sa place dans mon équipe et dans mon cœur ? Je me perdais dans la contemplation de ce visage devenu si familier mais pas moins extraordinaire. Il avait les oreilles rougies par l'émotion, mêmes ses joues s'étaient légèrement colorées. Il était si jeune et si exigeant avec lui-même … j'étais partagé. J'avais failli le perdre alors que je voulais le garder près de moi toute une vie.
- Tu ne veux plus être mon archiviste ? repris-je après m'être morigéné d'être si faible en sa présence.
Je marcherais sur les mains si cela devait lui rendre le sourire … heureusement qu'il ne le savait pas.
- Si, répondit-il vite, bien sûr.
- Tu as été un archiviste brillant aujourd'hui. Un archiviste Ianto, lui rappelais-je fort à propos.
- Mais … tu as besoin de plus. Tosh et Owen sont capables de tout faire, l'équipe est petite …
- Ce n'est pas vrai cette manie que vous avez en ce moment de vous mêler de tout et particulièrement de ce qui ne vous regarde pas ! Je sais encore gérer une équipe et les compétences de chacun. Je t'ai engagé pour t'occuper des artefacts et des archives. Tes fonctions ont déjà évolué, aller sur le terrain c'est autre chose …
Il avait ce pli entre les yeux que je n'aimais pas et quand il baissa les yeux, je changeais à nouveau de cap.
- Je ne dis pas jamais, repris-je avec douceur, je suis un bon professeur, on continuera les entraînements. Mais ce sera ma décision, pas la tienne, concluais-je avec fermeté.
- C'est clair ? repris-je.
- Oui …
Je soupirais, je n'étais pas particulièrement clair justement.
- Au fait, j'y pense, comment savais-tu pour la mission ?
- J'ai vu sur ton écran que tu piratais le réseau du MI5.
- J'avais raison ! Je savais que tu l'avais fait exprès, lui reprochais-je avec un sourire en coin. C'est de la triche Ianto.
- Tu peux parler … maugréa-t-il entre les dents, pas tout fait de la triche car j'ai senti ta souffrance. Je n'avais pas prévu d'interférer, je te l'assure … mais j'ai compris qu'il y avait un problème.
- C'est impossible de percevoir à cette distance.
- Je n'étais pas si loin quand tu t'es fait enlever, après effectivement je n'ai plus rien senti. J'ai appelé James qui m'a fait entrer et m'a présenté à Harry Pierce et Adam Carter. C'est bien dommage que je ne puisse pas sentir au-delà d'une certaine distance, cela m'aurait permis de vous retrouver bien plus vite ...
- Ils auraient fait une drôle de tête au MI5 si tu t'étais présenté avec l'adresse.
- C'est certain que j'aurais eu du mal à trouver une explication logique …
- Ianto, il est important que tu comprennes que tu ne dois pas mettre ta vie en danger pour moi. Je ne risque rien.
- Ton immortalité aurait pu être dévoilée, tenta-t-il.
- Cela fait cent ans que je la cache, je gère Ianto.
- Je sais bien, fit-il en se tournant tout à coup vers sa fenêtre un peu honteux. Tu n'as pas besoin de moi pour cela, je suis désolé … mais …
- Mais ? le coupais-je, tu sais que tu es drôlement têtu.
- Tosh est pire !
- Ça se discute.
Il lâcha un profond soupir, ouvrit la bouche puis se ravisa. Il reprit sa contemplation du centre de Londres. Je pris sa main dans la mienne, j'avais envie d'entendre ce qu'il avait à me dire. Il semblait avoir besoin d'encouragement. Il se tourna vers moi et il dû lire la détermination qui était la mienne, l'amour aussi que je lui portais et qui le mettait en confiance.
- Ce n'est pas parce que tu ne peux pas mourir que tu ne souffres pas, affirma-t-il sans me quitter des yeux.
J'y lisais toute la souffrance qu'il en résultait. A mon tour de me sentir honteux.
- Je sais très bien que tu as mal, tout le temps, continua-t-il dans un murmure sans lâcher ma main. Si tu ne veux pas que j'en tienne compte, alors je redeviendrais un agent comme les autres … Ne me demande pas de faire comme si tout allait bien, me supplia-t-il. Comme si mourir ne te faisait rien, comme si tu n'étais pas déraciné … je ne peux pas Jack, avoua-t-il d'une voix tremblante.
Ce n'est pas facile de mettre des mots sur tout cela … il le faisait pour nous deux.
- Je t'aime … murmura-t-il à mon oreille me faisant frissonner malgré moi, tandis qu'il posait à nouveau son visage sur mon épaule et qu'il m'entourait de son bras.
Ce sentiment de n'appartenir à aucun lieu ni aucune époque … ne me quittait pas. Il avait raison c'était à peine supportable … mais il avait le pouvoir d'adoucir cette torture qui était la mienne. Il avait le pouvoir de m'ancrer, peu importe le lieu d'ailleurs, c'était lui qui importait.
- Je sais que ce que je te demande est difficile, articulais-je doucement, mais tu dois penser à toi avant tout.
Pour une fois, je bénis les embouteillages londoniens qui nous avaient permis d'aller au bout de cette discussion.
- Comment te sens-tu ? repris-je après quelques minutes que nous passâmes à écouter un titre entier à la radio, j'avais reconnu Jeff Buckley et son Hallelujah *.
- J'ai les jambes en coton.
- Parfait.
- Parfait ? répéta-t-il tout en se redressant et en fronçant les sourcils.
- C'est normal vu la situation que nous avons vécue.
- J'ai senti qu'il voulait me tuer au moment où il a passé cette porte …
- Tu n'as pas lu ses pensées au moins ?
- Il y avait une telle violence qui émanait de lui, une telle perversité, c'était difficile de ne pas être contaminé par sa personnalité si malsaine, mais je ne me suis pas introduit dans son esprit. Je ne le fais jamais. Sauf …
- Quand tu te sens en danger, c'est cela ?
- Oui. Je ne l'aurais pas laissé me tuer. J'ai mes armes moi aussi, j'aurais pu tout arrêter.
- Et révéler à tout le monde tes capacités ?
- Je sais bien … soupira-t-il. Ce qu'il désirait par-dessus tout, ce n'était pas tant me tuer, non ce qu'il voulait c'est voir l'effet que cela allait te faire. Ma vie ne comptait pas à ses yeux.
- Je sais bien … A présent c'est lui qui est mort, pour le bien de tous.
- Amen, murmura Ianto.
Nous restâmes silencieux le reste du trajet.
- Vous être sûr que vous ne voulez pas que j'attende ? me demanda le chauffeur tandis que je le payais.
Il nous dévisageait alors que nous étions debout devant lui. Il sortit même de la voiture, fit le tour de son véhicule pour nous rejoindre.
- Ça n'a pas l'air d'aller fort vous deux et vous n'êtes pas d'ici … ajouta-t-il.
- Pourquoi dites-vous cela ? lui demandais-je.
- Parce que là-dedans la cravate est de rigueur, tout le monde le sait ! s'exclama-t-il. Et puis l'accent, vous avez un accent américain. A force de trimbaler la terre entière dans mon taxi, j'ai appris à reconnaître cela. En revanche lui est gallois.
- J'en fais mon affaire, ne vous inquiétez pas pour nous, dis-je étonné par la prévenance de cet homme.
- Je peux attendre dix minutes …
- Mais je ne vous paierai pas ! le coupais-je un peu abruptement.
Je commençais à trouver cette insistance étrange. Ianto posa sa main sur mon bras me faisant comprendre qu'il était sincère.
- Comme vous voulez … abandonnais-je sans chercher à comprendre.
Le chauffeur s'appuya sur son taxi et nous regarda traverser le large trottoir qui menait à l'entrée de l'hôtel richement décorée. Elle n'avait pas changée depuis ma dernière visite, avec sa rangée de buis et ses petites lanternes allumées de jour comme de nuit.
- Il a raison Jack, c'est comme essayer de faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine, plaida Ianto.
- C'est qui, exactement, que tu traites d'éléphant ? demandais-je en m'arrêtant net pour lui faire face.
- C'est une image … ils ne nous laisserons pas entrer. Tu m'as vu ? Et toi … tu n'as pas de cravate, finit-il par dire après m'avoir examiné de la tête aux pieds.
A mon avis, il n'y avait pas que cela qui allait coincer.
- Autre chose à ajouter ? exigeais-je l'air faussement contrarié.
Il pinça ses lèvres avant de continuer, il hésitait devant mon air contrarié.
- Le manteau et les chaussures … avoua-t-il ennuyé, franchement des rangers, ce n'est pas du tout approprié. Quelle idée tu as eu Harkness ! On va se ridiculiser …
- Tu as honte de moi !
- Mais non, pas du tout. Tu t'en tireras probablement, fit-il avec lassitude, je mettrais ma main à couper que même le plus hétéro des maîtres d'hôtel fondra devant ton charme. En revanche moi, je ne peux vraiment pas me présenter … le taxi est là, repartons s'il te plaît.
- Tu es en costume trois pièces et tu penses que c'est toi qui ne rentrerais pas ? résumais-je, pour être sûr.
- Il est froissé et … mon bleu au visage n'est pas du meilleur effet, mais même sans cela …
Nous y étions, à nouveau. Le champion de la dévalorisation n'était jamais bien loin. Après s'être excusé d'être bouleversé après avoir échappé à la mort, maintenant il ne se trouvait pas à la hauteur, pas à ma hauteur.
- Ianto, tu as du charme et aussi un sacré sex-appeal, crois-en ma longue expérience.
- Je ne veux rien savoir de ta longue expérience, rétorqua-t-il très vite, et arrête Jack par pitié pas ça …
- Pas quoi ? dis-je, riant devant sa gêné, il ne savait pas recevoir les compliments. Je t'ai déjà dit que je te trouvais très beau n'est-ce pas ?
Euh, j'avais un doute là. Je lui avais dit dans le feu de l'action, pensais-je, alors que l'excitation guidait mes actes et mes paroles mais, peut être pas à une autre occasion …
- Le problème n'est pas là …
Il s'arrêta tandis que je le prenais dans mes bras ce qui et eu pour effet de le gêner encore plus. Le portier nous regardait l'air de rien et le chauffeur taxi avait un immense sourire aux lèvres.
- C'est ton visage que j'aime par dessous tout, bien qu'il y ait d'autres parties de ton anatomie qui me contentent aussi beaucoup … Tes yeux, ton nez, tes lèvres … tout cela m'attire, inexorablement. Depuis le temps, je pensais que tu le savais, m'exclamais-je sans desserrer l'étau de mes bras qui l'enserrait.
- Harkness, tu es impossible … murmura-t-il avec un sourire en coin.
- Allons-y, l'encourais-je en le lâchant, tu vas voir.
Cette fois, il semblait que son courage l'ait abandonné. Il me suivit, mais un pas en arrière. Le portier nous laissa passer en m'indiquant que ma tenue n'était pas adéquate. Je me dis que c'était la sienne qui était étrange, une queue de pie avec un chapeau, je vous jure.
Le hall était éblouissant, ils avaient changé la couleur des murs mais le luxe était toujours le même. Je n'étais pas certain d'aimer ce jaune mais je reconnaissais qu'il s'accordait bien avec les sièges en cuir de la même couleur et le marbre vert du sol. Osé mais magnifique … Sans parler des colonnes de marbre blanc et des magnifiques bouquets dispersés un peu partout. Je me dirigeais immédiatement vers l'accueil afin de faire quérir … mon ami. Et oui, je connaissais bien le directeur. Nous ne nous étions pas parlé depuis longtemps mais, à moins qu'il n'ait vendu son hôtel, j'étais assuré d'avoir le meilleur accueil qui soit. Ianto était toujours dans mon dos, il n'assumait pas vraiment ce que j'étais en train de faire. Le standardiste me dévisagea mais ne fit aucun commentaire et quand je lui demandais de déranger son directeur, il tiqua mais s'exécuta. Ianto avait raison, je n'avais pas vraiment besoin de l'appeler … j'aurais pu laisser agir mon autorité naturelle et mon charme. Mais je voulais plus que simplement entrer dans cet hôtel, je voulais aussi un emplacement un peu à l'abri des regards où nous pourrions profiter de ce rare moment de détente. C'était surtout pour Ianto, il était clair qu'il n'était pas indifférent au qu'en pensera-t-on contrairement à moi. Le directeur ne se fit pas attendre longtemps, il arriva et poussa un petit cri en me voyant.
- Harkness ! Cela faisait longtemps ! Viens ne restons pas là, tu vas me raconter ce qui t'amène.
Il nous entraîna vers son bureau.
- Richard, je te présente Ianto Jones, mon archiviste, dis-je alors qu'il fermait la porte de son bureau.
- Enchanté, fit-il en lui tendant une main molle et en plantant son regard dans le sien.
- Qu'est-ce qui t'amène mon ami, finit-il par me demander en le quittant des yeux.
Pour un peu, j'allais être jaloux. Je connaissais parfaitement ses goûts et Ianto ne le laissait pas indifférent, c'était évident.
- Nous voudrions prendre un thé et manger tes sublimes pâtisseries.
- C'est tout ? demanda-t-il un peu déçu. Pas d'espion à cacher ? Pas de conspiration à déjouer ? Pas de micros à placer ?
J'avais utilisé son hôtel dans certaines missions et cela lui avait plu, il avait trouvé cela excitant bien à l'abri des dangers.
- Non ! Rien de tout cela, au contraire on recherche un peu de calme. J'ai tout de suite pensé à ce lieu.
- Tu as bien fait, il n'y a pas mieux dans tout Londres et tu le sais. Mon hôtel t'est ouvert tant que je serais le directeur, mais cette fois tâche de payer avant de partir, me sermonna-t-il.
- Je ne me souviens pas d'être parti sans payer.
- C'est pourtant le cas ! Je vais te chercher de quoi te changer.
- Comment ? m'exclamais-je. Je ne me changerai pas. Je me suis déjà baladé ici dans cette tenue, c'est quoi cette histoire ?
Je vis Ianto glousser.
- Le temps passe Jack, expliqua Richard, les mentalités changent pas toujours dans le sens que nous souhaiterions, c'est ainsi. Mais je ne suis pas certain que tu saisisses, le temps ne semble pas avoir d'emprise sur toi.
- Moi j'aimerais bien te voir en cravate, tenta Ianto d'une petite voix mais avec des yeux pétillants d'envie.
- Tu vois, même ton ami est d'accord avec moi. Je vais te chercher ce qu'il faut. Comment fais-tu pour être toujours en aussi bonne compagnie ? finit-il avec un sourire coquin en s'arrêtant dans son élan devant Ianto qui s'était mis en retrait.
Ça m'étonnait aussi qu'il ne fasse aucune remarque.
- Les espions ne sont pas tous aussi sexy mais tu t'arranges toujours pour être accompagné des plus beaux, ajouta-t-il en le détaillant ouvertement.
Celui-ci leva les yeux au ciel sous les assauts de ce regard expert et gourmand.
Cela arrivait à point nommé, je laissais Richard faire. Ianto ne semblait pas être conscient de ce qu'il dégageait, oui il était grand et beau mais c'était la force et la fragilité qui se dégageaient de lui qui me faisaient littéralement fondre. La vie l'avait marqué au fer rouge, probablement de manière invisible pour les autres mais je décelais en le regardant les traces des épreuves qu'il avait traversées. Son don ne lui laissait aucun répit, lui donnant un angle d'approche du monde qui l'entourait inédit et probablement éreintant. La nature humaine avait ses qualités mais aussi ses défauts, de nombreux défauts. Comment était-ce de percevoir sans cesse les émotions et sentiments des autres ?
- Oui vraiment, continua Richard me tirant de mes pensées, courir les aventures avec un aussi beau jeune homme à tes côtés me fait regretter ma vie. Braver les dangers et terminer par un marathon de sexe …
- Jack ! s'exclama Ianto ne tenant plus, me tançant du regard.
Pas besoin d'être télépathe pour voir la colère qui s'était inscrite sur son visage.
- La cravate Richard, demandais-je en espérant que cela suffise à le calmer.
- Bien, bien … veillez m'excuser messieurs, je reviens.
- Si tu es curieux, je peux te raconter … proposais-je en m'avançant vers Ianto toutes dents dehors alors que Richard quittait la pièce vraiment émoustillé.
- Je ne le suis pas ! se récria-t-il les yeux toujours braqués sur moi. Je ne veux rien savoir de tes exploits sexuels ! Oh, évidemment ça te fais rire … vantard ... finit-il par murmurer en me lâchant du regard et en faisant mine de s'intéresser à la riche décoration du bureau du directeur.
Richard revint avec une cravate, des chaussures et un gilet. Je ne fis aucune remarque et je me changeais devant deux regards appréciateurs. Richard rangea avec grand soin mon manteau, il savait combien j'y tenais. Le résultat final sembla beaucoup leur plaire, Richard avait amené un gilet bleu nuit qui s'accordait bien avec ma chemise d'un bleu plus clair et bien sûr mes yeux. Les regards que coulait mon amant vers moi compensèrent largement mes efforts de tenue que j'avais fait à contrecœur. Richard nous invita à le suivre dans un salon, dont la taille réduite lui conférait une ambiance intime. Nous le suivîmes dans cet hôtel historique, où la richesse affichée était un régal pour les sens, l'intérêt de Ianto pour les lieux était évident. Il n'avait encore rien vu. Le meilleur était à venir de mon point de vue. Richard nous introduisit dans un salon aux murs d'un prune foncé qui tirait vers le marron, agrémenté de fauteuils de cuir couleur crème, de forme simple, sans accoudoirs et de petits canapés violets en velours. Le décor, sombre était légèrement éclairci par une moquette dans des tons de chocolat et beige. A nouveau des bouquets, de toutes tailles mais composés exclusivement de roses blanches dans des vases noirs. Il y avait une seule autre personne dans le salon. Nous ne vîmes que sa chevelure blonde qui dépassait d'un canapé. Nous nous installâmes prés d'une fenêtre où une lampe sur pied éclairerait les délices qui allaient nous être servis, sur un canapé en velours. J'arborais pour ma part un visage réjoui à l'idée du régal qui allait être le nôtre tandis que Ianto était, comme à son habitude, plus réservé. Mais il resta bouche bée quand plusieurs serveurs se succédèrent à notre table. Le premier nous emmena le thé dans une porcelaine de chine aux couleurs bayadère, le second portait deux assiettes contenants des gâteaux ainsi que des jus d'orange. Le troisième homme de ce défilé, apporta un plat à trois étages contenant des gâteaux secs, des fruits et sur le dernier plateau du fromage et du jambon. Il déposa des petits pains sur le dernier espace libre de notre table. Ce dernier allait repartir quand je lui demandais du café. Ianto me sourit sans lâcher des yeux le festin qui nous attendait.
- Jack, ce n'est pas un peu trop ?
- Je crois que tu as le ventre vide et moi j'ai mangé un petit salé aux lentilles en conserve dégueulasse et froid. Je n'appelle pas cela manger. On l'a mérité.
Il leva les sourcils devant l'ampleur de la tâche avant de nous servir le thé et d'attaquer les gâteaux.
Un thé, trois cafés et de nombreux gâteaux plus tard, nous étions tous deux comblés par notre tea time. Nous avions parlé de tout et de rien, des lieux qui étaient magnifiques, des gâteaux, de ceux que nous préférions et ceux que Ianto tenterait de refaire, de Londres, des fromages français … détendus, repus, complices, hors du temps. On nous amena de nombreux journaux et nullement pressés de partir, nous prîmes le temps de prendre des nouvelles du monde réel. Une voix féminine nous tira de notre lecture assidue et silencieuse.
- Messieurs, puis-je vous emprunter un couteau ?
Nous baissâmes tous deux nos journaux pour découvrir une très belle femme, la seule autre personne de ce salon.
- Bien sûr faites, lui répondit Ianto en lui tendant le couteau qui accompagnait les fromages que nous avions dédaignés.
- De passage ?
Elle avait un accent assez prononcé, allemand pensais-je.
- Oui, nous repartons pour Cardiff ce soir ou peut-être demain, répondis-je en me tournant vers Ianto pour voir ce qu'il en pensait.
J'avais bien envie de tester une de leur chambres … ou une suite, pourquoi pas. Il ne me répondit pas les yeux toujours fixés sur la belle fräulein. Je me demandais bien ce qui lisait d'elle, cela semblait captivant en tout cas. Moi, c'était lui qui me captivait.
- Si vous restez ce soir, pourquoi ne pas se joindre à moi, pour une partie de poker.
Cette fois Ianto se tourna vers moi.
- C'est très tentant mais je pense que nous allons repartir, n'est-ce pas Ianto ?
- Oui.
- Dommage, la soirée aurait été intéressante. Je vous laisse mon numéro de chambre si vous changez d'avis.
Ianto sortit un stylo de sa poche intérieure et lui tendit, anticipant sa demande. Elle sourit en lui lançant un regard à faire fondre un iceberg. Elle griffonna le numéro sur une serviette de table, Ianto se leva pour la saluer tandis qu'elle nous laissait.
- De vrais gentlemen, c'est si rare … tant pis, murmura-t-elle avant de nous laisser.
- Une partie de poker, mon œil, soufflais-je à Ianto en attrapant sa main.
Je la malaxais sans y penser.
- C'est clair qu'elle voulait autre chose, me répondit-il sur le même ton en prenant une nouvelle gorgée de café.
- Tu bois trop de café Ianto, tu ne dormiras pas ce soir, ajoutais-je.
Je pensais à son cœur et au conseil d'Owen sur sa consommation de café mais je préférais l'excuse du sommeil.
- Rien ne m'empêchera de dormir ce soir, je suis crevé.
- C'est marrant ta chemise ... dis-je en regardant sa main.
La chemise dépassait largement du costume.
- Oui, je ne m'en étais pas rendu compte en l'achetant, c'est le modèle qui est comme cela. Pourquoi ?
- Cela me rappelle des souvenirs … des souvenirs qui datent de plus de cent ans, au temps de la reine Victoria. Toutes les chemises étaient ainsi faites …
- Oh, laissa échapper Ianto avant de poser sa tête sur sa main pour m'écouter attentivement.
Je lui comptais mes aventures en tant que Lord, en choisissant quelques épisodes un peu au hasard et pas une fois il ne me coupa la parole. J'avais beaucoup voyagé à cette époque, curieux de découvrir le monde. J'étais coincé sur Terre bien avant la naissance de la belle Rose et une sibylle enfantine m'avait prédit cent années d'attente avant de croiser à nouveau la route du Docteur. J'avais pris la poudre d'escampette pour arpenter le monde, j'avais fait de belles découvertes, des rencontres et mené quelques batailles pour le compte de la Reine. J'étais revenu au pays avec une famille, des amis à chérir et une belle rente pour accueillir tout ce petit monde sous mon toit. Des souvenirs que je lui contais librement, sans lui cacher mes vices ou mes échecs, mes amours ou mes pertes, les larmes aux yeux. De bons souvenirs teintés par la souffrance d'avoir perdu toutes ces personnes.
- Tu as combien d'enfants Jack ? finit par me demander Ianto avec beaucoup de tendresse alors que mon récit prenait fin.
- Est-ce que tu sais …
- Je ne sais rien, je devine … et je connais ton appétit, murmura-t-il en déposant un baiser léger sur mes lèvres.
- J'ai eu des enfants … j'ai une fille qui vit à Cardiff en ce moment même. Elle a un fils qui s'appelle Stevens, il doit avoir huit ou neuf ans.
Ianto laissa échapper un « oh » en se redressant choqué d'apprendre l'existence de ma descendance.
- Elle vient de divorcer … Nous ne sommes pas très proches, je passe la voir de temps en temps mais jamais longtemps.
- Ce n'est pas moi qui vais te jeter la pierre … mais je sens combien tu le regrettes.
- Comme toi n'est-ce pas ? Avec ta sœur.
- Je ne sais pas … je lui en veux encore. Et la voir réveille en moi tellement de mauvais souvenirs …
- Vous étiez si jeunes, tu devrais aller la voir, ne pas faire les mêmes erreurs que moi.
- Je suis certain que tu as été un bon père Jack. Je ne suis pas sûr pour Rhiannon, cela fait si longtemps.
Je n'avais pas été un bon père, pas assez présent, pas assez attentif. Mais je ne dis rien, j'avais été un meilleur père que le sien, c'est ce qu'il voulait dire. Il l'avait dit avec tellement d'aplomb que cela ne se discutait même pas.
- Il te faut remplacer les mauvais souvenirs par les bons.
- Je suppose que tu as raison. Est-ce que tu viendras avec moi ?
Il lut la surprise qui était la mienne, je ne savais pas vraiment quoi répondre.
- Pardon, excuse-moi je ne voulais pas te demander … reprit-il aussitôt.
- Je viendrais, oui, si c'est ce que tu veux.
- Je ne veux pas te forcer, je ne sais pas ce qui m'a pris …
- Je viendrais, lui assurais-je, si je ne voulais pas je te l'aurais dit. Bon, et pour ce soir, qu'est-ce qu'on fait ?
- Il faudrait rentrer pour Tosh et Owen …
- Dommage, j'aurais bien testé une suite.
- Je me doute bien, on aura l'occasion de revenir … Yvonne m'a laissé un coffre à la banque et il y a son appartement.
- Passons à la banque voir ce coffre …
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* Sur les bons conseils de Rhéa ^^
Chapitre 49: Le coffre d'Yvonne
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Confortablement installés dans ce luxueux hôtel, Ianto me dévisageait après cette proposition de nous rendre à la banque vérifier le contenu du coffre d'Yvonne. Il était suspicieux … et il avait raison. Après cette journée éprouvante, il était plus facilement manipulable et je voulais absolument vérifier le contenu de ce coffre avant lui. Mon bracelet ne pouvant malheureusement se substituer à ses beaux yeux, il me fallait donc y aller avec lui. C'était pour cette raison que j'insistais, aujourd'hui, malgré sa fatigue nerveuse et physique évidente. Mes barrières mentales étaient bien en place et j'arrivais à sentir qu'il était à la recherche de réponses, fait exceptionnel …
- Ianto ! Arrête.
Je sentis une dépression quand il cessa sa tentative d'intrusion.
- Je suis pressé de rentrer chez moi, déclara-t-il sans me quitter des yeux alors qu'il me scrutaiet à la recherche d'indices.
Il avait apparemment du mal à lire mes intensions dans le maelström d'émotions qui me tiraillaient.
- C'est nouveau ça, rétorquais-je avec humour.
Mais il n'avait pas envie de rire, il passa de la défiance à la gêne et ce fut à mon tour d'être curieux outre mesure. Que me cachait-il encore ?
- C'est que … il y a une sorte de surprise qui nous y attend.
Je fronçais les sourcils et je l'examinais à mon tour à la recherche de réponses. Je me demandais tout à coup si cela était bien raisonnable de penser à une relation sérieuse avec un gamin aussi cachotier que moi.
- Et bien, en fait, Elisha ne peut plus rester à Londres. Elle s'est fâchée avec …
- Ah non ! Elle n'est pas chez nous quand même ? !
- Si tu me laissais finir ?
Tout à coup son visage s'était illuminé. Il se mordit la lèvre inférieure, signe qu'il hésitait à me révéler quelque chose, il souriait presque … le voilà qui changeait à nouveau du tout au tout. Pour une raison inconnue il glissa ses doigts sur mon visage en une douce caresse puis il prit mon visage à deux mains pour m'embrasser. Je ne restais pas surpris bien longtemps, dès qu'il avait eut posé ses lèvres sur les miennes, je sentis l'urgence de ce baiser. J'en avais envie, bien qu'avec lui, j'en ais toujours envie. Le baiser devint profond et il y mit fin avant que cela ne soit indécent dans le lieu où nous nous trouvions.
- Ce n'est pas la peine de tenter de m'amadouer … murmurais-je alors qu'il venait de retirer sa langue, me laissant dans un état de frustration assez grand, immense même.
Il avait posé son front contre le mien et … il semblait heureux.
- Ce n'est pas du tout ça … j'aime quand tu parles de chez nous, c'est tout.
- Oh …
Tant d'émotions pour un mot … un unique mot « nous ». Nous c'est deux, lui et moi, un couple ! Notre chez nous, un foyer où vivre. Non, en y réfléchissant bien, ce mot valait bien un discours. J'étais heureux de l'avoir lâché car ma langue avait fourchée.
- Il est hors de question qu'elle reste chez nous, point barre, clarifiais-je en tentant de chasser, tant bien que mal, le même sourire un peu niais qui s'était imprimé sur le visage de mon compagnon.
Cette fois ma langue m'avait obéi, c'était tellement réjouissant de voir passer toutes ces émotions sur ce visage si souvent fermé. Il semblait que j'avais les clés pour réveiller une tempête, comme un gamin qui s'allonge pour regarder les nuages se chasser les uns les autres sous l'effet du vent, j'appréciais le spectacle.
Ianto ne me lâchait pas, ni du regard qui était intense ni des mains qui encadraient mon visage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? finis-je par demander.
- Rien … parfois j'ai l'impression que je rêve, dit-il dans un souffle chaud et sucré.
- Parce que tu es avec moi ?
- Oui Jack. J'ai peur de me réveiller et de retrouver mon ancienne vie. Je ne comprends pas ce qui m'arrive.
- Parce que tu crois que tu n'as pas droit au bonheur avec le mec le plus beau et le plus doué de … de pas mal de galaxies aux alentours ?
Il glissa sa tête sur mon épaule, finit le regard droit dans les yeux, il doutait, encore.
- Rien que ça, hein ? rétorqua-t-il amusé. Je sais que j'ai de la chance, reprit-il plus sérieux, une chance que n'ont pas eue tous les autres, morts à Canary Wharf. Pourquoi eux et pas moi ?
- C'est le destin Ianto … ne culpabilise pas dès que tu sens le bonheur te chatouiller. Laisse faire, tu verras c'est très agréable.
Je le sentis se détendre un peu. La culpabilité du survivant, j'étais bien placé pour la reconnaître, je l'expérimentais jour après jour.
- J'ai mon mot à dire sur qui on héberge, ajoutais-je pour revenir au sujet qui me contrariait.
- Elle n'a nulle part où aller … ici, elle a attiré les soupçons d'une famille de gangster.
- Comment ?
- Elle a rompu avec leur fille … On s'est renseignés, ils ont des relations, mais essentiellement à Londres. Elle a demandé un congé sans solde au ministère, il faut qu'elle se fasse oublier …
- Oh et bien sûr elle ne pouvait pas aller ailleurs.
- Elle n'a pas le moral Jack, c'était le moins que je puisse faire …
- Non, le moins que tu aurais pu faire c'est de m'en parler avant. C'est très cavalier de ta part, rétorquais-je avec force.
- Euh, c'était prévu Jack. Sauf que tu n'étais pas vraiment disponible.
- Ce n'est pas faux, dis-je sans me démonter. Qu'est-ce que tu as prévu, Ianto ?
- Mais rien …
- Je te connais, tu avais déjà pris ta décision au moment de prendre cet appartement, n'est-ce pas ?
Son silence était éloquent, tout comme sa manière de tortiller ses mains, fini les câlins, il se tenait droit dans le canapé.
- Tu ne veux pas quand même pas lui montrer le Hub ? !
- Je veux d'abord te la présenter, voir ce que tu en penses … je ne lui ai rien promis …
J'avais fait mouche.
- Encore heureux ! dis-je un peu fort, la belle fräulein tourna la tête étonnée par ces éclats de voix.
Alors qu'en fait, ce n'était pas une si mauvaise idée … si elle plaisait à Ianto, il y avait de grandes chances qu'elle me convienne aussi. Et puis il n'avait pas tord, l'équipe était réduite et un renfort serait le bienvenu … pourquoi pas elle. Ianto s'enfonça un peu dans son siège, gêné bien entendu par ma réaction.
- Alors dès que vous avez un problème, tu vas en ramener un à la maison ?
Je le titillais un peu pour le plaisir aussi …
- Non pas du tout ! C'est rare que le cercle se réunisse et encore plus qu'un membre débarque ainsi dans la vie d'un autre, bafouilla-t-il tout bas.
- Alors pourquoi tu l'as prise chez nous ? !
- Calme-toi Jack, répliqua-t-il d'un ton glacial.
Voilà, nous y étions j'avais atteint sa limite, pensais-je amusé.
- Je t'ai déjà expliqué, reprit-il d'un calme qui forçait le respect, que nous étions des amis proches. Elle compte autant que ma sœur … à une époque elle comptait plus, une époque où … je me sentais seul.
- Proches … Plus proche que de Lisa ?
- Oh, là, mais c'est quoi ce plan ?
Je me tournais brusquement pour échapper à son regard. Je ne rougissais vraiment pas facilement, mais là il y avait de quoi. J'étais jaloux, et alors me direz-vous ? Sauf que d'habitude c'étaient les autres qui étaient terriblement jaloux … les rôles étaient inversés avec lui et c'était tout à fait nouveau. Tout à fait désagréable.
- Jack … l'entendis-je dans le creux de mon oreille avec sensualité, qu'est-ce qu'il se passe ?
- Il se passe que … Richard te reluque, la belle fräulein te dévore des yeux et maintenant j'apprends que ta copine emménage chez nous.
- Tu boudes ma parole ! fit-il étonné. Aucun autre homme ne m'attire, reprit-il d'une voix grave, et certainement pas ton Richard, me glissa-t-il à l'oreille, ses sentiments étaient forts mais je ne pense pas que cela me concernait ... La fräulein comme tu dis, n'a d'yeux que pour toi et Elisha est comme ma sœur. Voyons … termina-t-il en me caressant le dos, ou plutôt la soie de mon gilet.
Il finit par se coller à moi, en continuant ses caresses, le menton posé sur mon épaule, il me chatouillait avec ses cheveux. Il sema des baisers dans mon cou et je fermais les yeux tandis que l'odeur de sa peau si proche me faisait respirer plus vite … à moins que ce ne soit le désir qui montait en moi. Il mordilla le lobe de mon oreille et ce fut le coup de grâce, je me retournais pour l'embrasser, fougueusement sans lui demander son avis. Je le voulais pour moi seul, c'était ce que je ressentais en cet instant. Une main sur sa nuque, je glissais l'autre doucement le long de son torse. Elle termina sa course folle sur son entre-jambe qui, semblait-il, n'attendait plus que moi. Je le sentis se tendre, prêt à mettre fin à cette démonstration qui allait trop loin, pourtant il ne pouvait s'empêcher de gémir sous mes assauts. Je ne voulais pas que cela s'arrête et au lieu de le lâcher j'accentuais ma pression sur sa nuque, je rapprochais nos deux corps et je continuais mes caresses démoniaques …
Quand enfin je le libérais de ma domination sensuelle, il avait les yeux assombris par le désir, les oreilles rougies par la chaleur qui s'était diffusée dans son corps et apparemment plus aucune pensée cohérente. Il ne fit aucune remontrance sur mon attitude, le monde qui nous entourait ne semblait plus exister …
- Tu marques ton territoire ? réussit-il à articuler après plusieurs minutes d'intense observation.
- Il semblerait que j'en ai besoin, dis-je tout bas sans le quitter des yeux.
- Tu racontes vraiment n'importe quoi mais … j'apprécie le résultat.
- Ianto, je pense que la belle fräulein a le béguin pour toi, ce pas ce que tu as ressenti ?
- Non et je n'ai pas lu ses pensées. Les personnes gardent tout leur mystère … et heureusement.
- Je ne suis pas d'accord avec toi, si on allait lui demander ?
- Jack, n'oublie pas où nous sommes, ça ne se fait pas. Déjà qu'on a dépassé les bornes …
- Explique-moi.
- Pourquoi cette curiosité tout à coup ? Tu sais bien, non ?
- Je connais la télépathie mais tu fais autre chose Ianto.
- Tu avais dit que tu m'aiderais, que tu savais.
Était-il suspicieux ? Non, c'était autre chose.
- Est-ce que tu as peur ?
- Bien sûr … tout le temps. Je ne sais pas … comment j'aurais réagi si le mercenaire t'avait frappé.
- Je te rappelle que c'est ce que j'ai vécu.
- Je sais mais tu as l'habitude du terrain n'est-ce pas ? Et puis tu n'es pas toi-même une arme. Alors que moi si.
- J'ai croisé la route de personnes aussi douées que toi. Je ne t'ai pas menti, je peux t'aider si tu me fais confiance.
Il hocha la tête avant de continuer.
- Je ne peux m'empêcher de capter les sentiments, je ne m'en rends même pas compte. C'est ma seconde nature, comme scruter un visage ou remarquer le ton de la voix d'une personne. Mais cela ne veux pas dire que c'est limpide, des sentiments antagonistes se côtoient sans cesse, il y a du tri à faire … c'est plus facile à décrypter quand on connaît bien la personne ou au contraire plus difficile ... Ce n'est parfois pas du tout en relation avec la conversation parce que les pensées se sont envolées ailleurs … tout cela forme un tout au diapason lorsque je l'associe aux pensées. Là, je saurais te dire de manière certaine avec qui elle avait envie de passer la soirée. Tout ce que je peux dire, c'est qu'elle ressentait du désir, qu'elle doit être d'une grande intelligence, d'une grande finesse d'esprit. Mais c'était un sentiment de solitude qui dominait.
- Je pensais que c'était plus facile.
- On décolle ? Je suis crevé et je n'ai qu'une envie c'est …
- C'est ? insistais-je.
- C'est d'être dans un lit, nu, avec toi.
- Intéressant comme programme, fis-je en souriant. Yep, on passe à la banque et on rentre.
Il s'interrogeait, je le voyais bien à son regard en biais mais il ne dit rien. Il n'avait plus vraiment la force de lutter … A l'accueil, je récupérais mon manteau et mes chaussures qui commençaient à me manquer terriblement et nous partîmes. Ianto tenta de me convaincre de payer notre goûter de luxe mais je fis la sourde oreille. Il en avait été toujours ainsi avec Richard, il n'y avait aucune raison que cela change. Le MI5 avait fait rapatrier le SUV resté sur le lieu de rendez-vous avec le mercenaire. C'était avec plaisir que je retrouvais mon véhicule, c'était quand même mieux que de se faire balader à l'arrière d'un taxi. Même si le chauffeur avait été exemplaire et même plus.
Devant la banque, ma nervosité monta d'un cran tout comme celle de Ianto. Il présenta ses papiers et récita toutes les informations qu'on lui demandait, il connaissait par cœur tous les documents. Ce lieux tranchait avec celui que nous venions de quitter, tout aussi luxueux il manquait de terriblement de chaleur. Strict et impersonnel, je détestais cet endroit immédiatement, il collait en revanche parfaitement aux goûts d'Yvonne. Les personnes qui nous servirent arboraient un sourire figé et ils étaient tellement coincés … que cela me donna des idées. Je leur aurais bien collé une main aux fesses pour commencer, juste histoire de voir leur réaction … Mais je ne pouvais pas faire ça à Ianto. Surtout que je voulais l'accompagner dans ce lieu si bien protégé, ce n'était pas le moment de faire désordre.
Avant de pénétrer dans la salle des coffres, il saisit sur un clavier son mot de passe et se soumit à la reconnaissance rétinienne. Il signa une autorisation pour que je pénètre avec lui dans la salle. Il nous avait fallu plus d'une demi-heure avant enfin de passer une lourde porte et de pénétrer dans l'antichambre de la salle des coffres.
- Ianto, laisse moi y aller, seul, demandais-je alors qu'il n'y avait plus que nous dans la salle.
Il se tourna vers moi, lentement, il semblait surpris et nerveux bien que je ne sache pas décrypter outre mesure ce qui se passait en lui. Son visage était fermé, il arborait celui-là même qu'il façonnait quand il voulait masquer ses émotions. Et il y arrivait si bien ... Il se tourna et partit s'asseoir sur un fauteuil qui se trouvait dans la pièce. Il se prit la tête entre ses mains et je maudis Yvonne en le voyant pris dans de tels tourments. Je me mis également à culpabiliser, peut-être était-ce trop en un seul jour, finalement … Au bout de quelques secondes, il se massa les tempes. Je m'accroupis devant lui en posant mes mains sur ses cuisses.
- Ça ne va pas ?
- J'ai mal à la tête, répondit-il d'une voix étouffée les mains toujours sur son visage.
Je me faisais violence pour ne pas lui livrer le fond de ma pensée. Je voulais le rassurer, lui redire qu'il pouvait avoir toute confiance, que j'agirais pour son bien, dans son intérêt et pas dans le mien, que mes sentiments envers Yvonne n'interféreraient pas, je voulais lui faire sentir combien j'étais inquiet de ce qu'il allait découvrir … lui dire que je l'aimais et que je ne l'abandonnerais pas.
Il me suffisait d'exploiter son don, de m'ouvrir à lui et lui laisser constater par lui-même la nature de mes intentions. Mais je ne pouvais pas car alors il saurait ce que j'imaginais être le contenu du coffre, quelles étaient mes craintes. Les dernières volontés d'Yvonne … un acte d'amour ? J'en doutais.
Pourquoi ne me demandait-il rien ? Cela allait me rendre fou !
- Est-ce que tu connais le contenu du coffre ? me questionna-t-il, enfin.
- Non, pas du tout, Ianto …
- Ne dis rien Jack, me coupa-t-il.
Je me relevais déçu de ne pouvoir m'expliquer. J'y tenais, je ne savais pas comment j'allais réagir s'il s'opposait à ma demande. J'étais conscient que je lui en demandais beaucoup, comprenait-il au moins mes motivations ? Cette attente était insupportable, je trépignais sur place dans l'attente de sa décision … comme un lion en cage, je faisais le tour de la salle à grandes enjambées.
Après quelques minutes qui me parurent des heures, il se leva et vint se coller à mon torse. Étonné, je le pris dans mes bras. Allait-il me dire non ?
- Je ne sais pas si c'est raisonnable Jack … murmura-t-il.
- Quoi donc ?
- De me reposer ainsi sur toi, je ne prends pas mes responsabilités. Yvonne m'a confié le contenu de ce coffre, c'est à moi d'en prendre connaissance …
- Non, le coupais-je. Laisse-moi vérifier d'abord.
- Je ne sais pas si tu réalises … combien c'est rassurant d'être là, dans tes bras. Ta seule présence est réconfortante, tu es un pilier sur lequel on a envie de se reposer, c'est si tentant, si facile …
- Alors ne résiste pas Ianto.
- C'est dangereux.
- Je ne compte pas d'abandonner si c'est ce qui te fait peur.
- S'il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est que rien ne dure jamais. La tentation est grande mais plus dure sera la chute, tu comprends ? Il faut que je me débrouille … que j'assume.
- Tu te trompes. Il n'y a pas de mal … je t'aime Ianto, laisse-moi t'aider pour une fois. C'est important.
- Mais pourquoi ?
- Une intuition. S'entraider est normal, surtout quand on est en … couple. Cela n'est pas un aveu de faiblesse, bien au contraire. Cela m'ennuie que tu penses que nous ne durerons pas …
- Je suis réaliste rien de plus, murmura-t-il.
- Je n'en reviens pas ! dis-je amèrement.
Faire confiance, il y avait un premier pas à faire, un saut dans le vide et oui, cela fait peur.
- Je ne doute pas de toi Jack, tout ce que tu as déjà fait, tout ce que tu fais maintenant … je ne sais pas si je mérite tout cela. Mais les autres … ils te voient comme moi, comme la personne extraordinaire que tu es. Si seulement tu vieillissais, mais non, tu as la beauté éternelle …
- Je ne crois pas, non ! dis-je en riant. Figure-toi que j'ai trouvé un cheveu blanc. Quand aux autres, je sais me défendre et contrairement à ce que tu crois, je suis fidèle en amour. Le vrai amour, celui qui dure, je l'ai expérimenté. Je le reconnais aujourd'hui, murmurais-je la gorge nouée, et crois-moi les autres perdent tout leur intérêt.
- Il n'y a pas que moi qui suis têtu …
Il serra un peu plus ses bras autour de ma taille et je fis de même. Comment lui faire comprendre à quel point je l'aimais ? Comment lui prouver mon attachement ? Il pensait que je lui disais tout cela pour le convaincre de me laisser vérifier le contenu du coffre avant lui …
- Je t'attends dans la voiture, annonça-t-il soudain en se dégageant de mes bras. Prends le temps qu'il faut, avec le papier tu as tout pouvoir.
Sur ce, il partit sans un regard en arrière. Je soupirais en le regardant s'éloigner. Les mains dans les poches de son costume, les épaules courbées, j'avais hâte d'en finir pour rentrer et le martyriser dans notre lit.
Concentration, il fallait que je me concentre.
Le coffre avait été placé sur une table au centre d'une pièce dont les murs étaient couverts de coffres identiques. Il était de petite taille, je m'attendais à quelque chose de plus grand. Je l'ouvris précautionneusement pour découvrir des dossiers et par-dessus une petite boule, comme une boule de neige. Je la pris pour la regarder plus attentivement et je reconnus l'objet. Une galaxie y était enfermée, en forme de spirale, elle était magnifique. En suspension dans le vide, elle déployait ses bras aux reflets bleutés du fait des ses jeunes étoiles tandis que le centre était rougeâtre. Le tout parsemé d'étoiles brillantes. En l'observant bien, je remarquais une compagne, une plus petite galaxie en forme de thêta, la lettre grecque, juste à côté ...
C'était un objet rare et de toute beauté, le produit d'une technologie alien de pointe. Cette galaxie, minuscule avait sa propre vie et un jour, sa fin. Les étoiles du centre en mourant allaient constituer un trou noir, attirant inexorablement les plus jeunes et ce serait la fin du spectacle. Mais à en juger la couleur de cette galaxie, Ianto avait toute sa vie pour en profiter. Je ne savais pas si cet objet représentait un souvenir pour Ianto, je le posais sur la table encore indécis sur son sort. Je repris l'objet pour vérifier son socle, il y avait effectivement une inscription dessous, « Pour Ianto » et le sceau de l'artiste qui avait conçu la merveille. C'était une commande.
Je reposais l'objet pour consulter les dossiers. Ils concernaient l'opération « Made By Torchwood » … j'avais donc raison. J'étais convaincu qu'Yvonne avait fait assassiner les parents de Ianto et en feuilletant les dossiers, j'en eus la vite la preuve sous les yeux. L'ordre venait d'Yvonne, c'était écrit noir sur blanc. Un frisson me parcourut l'échine, elle n'avait pas eu peur de commanditer un double meurtre et de le faire inscrire dans un dossier. Mais cela n'avait pas été le seul … Je parcourais les rapports synthétiques sur les opérations qui avaient été menées, celles pour débusquer les enfants exceptionnels du pays, celles pour les arracher définitivement à leur familles, celles pour les conditionner afin qu'ils deviennent des armes vivantes au service de Torchwood, à son service plutôt. D'un côté elle s'occupait des enfants et de l'autre elle tuait ou éloignait leurs parents … cette femme était schizophrène. Ianto deviendrait fou s'il savait ce qu'elle avait fait … nos parents restaient nos parents quoiqu'ils fassent, aussi mauvais soient-ils. Il se sentirait responsable de leur mort alors qu'il n'y était pour rien, simplement il avait attiré l'attention sur lui … il n'avait pas à assumer la folie de sa mère adoptive. Elle avait décidé de sa vie, de la vie de ces gamins à leur place … ils n'avaient jamais été des agents de Torchwood, juste ses esclaves dressés pour la servir. J'éprouvais un profond dégoût, un haut le cœur me saisit … et ce n'était pas l'excès de sucre qui était en cause.
Je consultais les autres dossiers, ils concernaient les gamins. Tout y était inscrit, leur QI, leur progrès, leur caractère, leur degré de soumission ou au contraire de rébellion, les projets qu'ils avaient pour eux, les objectifs qu'ils devaient remplir, l'avenir qu'on décidait pour eux. Je pris le seul qui m'intéressait, celui de Ianto. Cette fois le dossier médical était conforme à la réalité mais je n'aimais pas la description qui était faite de lui à son arrivée. Il était décrit comme asocial, reclus sur lui-même mais obéissant, peureux mais très intelligent bien qu'il le fasse tout pour le cacher. Je n'étais pas étonné mais cela me faisait mal de le lire. Sa fugue était notée ainsi que le changement de comportement après cet incident. Il était devenu un bon petit soldat à en croire ce qui était écrit. Studieux en classe, se rendant régulièrement à la base avec Yvonne pour les aider, se soumettant aux tests, … Il les avait bien trompés, il avait endormi leur méfiance ce qui lui avait permis de créer son petit cercle. Les dossiers médicaux étaient étayés des essais qu'ils lui avaient fait subir mais là encore il les avait dupés, ils ne savaient que ce qu'il avait bien voulu leur montrer. Les dernières notes concernaient son transfert à l'institut, il avait été parmi les premiers à quitter l'école ... elle n'avait rien respecté, ni son enfance, si son éducation. Elle n'avait pas pu attendre, elle l'avait immédiatement exploité.
Était-ce la culpabilité qui l'avait poussée à lui laisser ces documents ? Aucune note personnelle ne les accompagnait, elle aurait pu lui laisser un mot pour adoucir ces révélations … Mais non, il se serait retrouvé bien seul pour découvrir ces horreurs, elle était monstrueuse jusqu'au bout. J'étais heureux d'avoir pu lui éviter cette souffrance. Il avait su prendre la bonne décision.
Je ne voulais pas le faire attendre plus longtemps. Après avoir demandé un briquet, je saisis une poubelle en métal, j'y plaçais les documents, puis méticuleusement je les fis brûler. Je les regardais se faire dévorer par le feu, jusqu'au dernier. Ils portaient le même sigle que mes dossiers mais là s'arrêtait toute comparaison. Il me faudrait être vigilant, Ianto ne devait jamais découvrir ces horreurs. Je devais enfouir cette information … mais j'avais l'habitude, je l'avais déjà fait pour d'autres souvenirs douloureux. Plus que jamais, j'avais envie de le couvrir de caresses, celles dont il avait été privé si longtemps.
Quand j'entrais dans la voiture, Ianto coupa la radio. Je déposais un baiser brûlant sur ses lèvres, trop heureux de le retrouver, trop heureux d'avoir pu le protéger comme je le désirais. Je voulais le rassurer et je lui souris alors que je n'en avais pas vraiment envie après cette lecture. Un sourire pour lui montrer que tout allait bien, celui qui faisait en général son petit effet.
- C'était si terrible que cela ?
- Pas du tout. Tiens, lui dis-je en lui sortant la petite boule si précieuse de ma poche.
- Est-ce que c'est ce que je pense que c'est ? me demanda-t-il après l'avoir longuement observée.
- Oui, c'est une vraie galaxie. C'est un objet très rare, ajoutais-je.
- C'est fascinant … vraiment magnifique.
- C'est un beau cadeau.
Il grimaça tandis que je retournais l'objet pour lui montrer l'inscription.
- Yvonne ne faisait jamais de cadeaux. Ou alors quand elle voulait quelque chose, ajouta-t-il, sceptique en me fixant.
- Cela fait partie de ton héritage, de son testament. Elle n'attendait rien, déclarais-je fermement en attachant ma ceinture.
Il avait probablement raison, elle lui avait laissé les dossiers des MBT sûrement pour qu'il prenne la relève … elle n'avait vraiment rien compris.
- Je pense au contraire que si … mais je lui ai déjà donné bien trop, reprit-il en fixant la galaxie. Moi comme les autres, on ne lui doit plus rien n'est-ce pas ?conclut-il en quittant des yeux l'objet extraordinaire qu'il tenait dans ses mains.
Mon cœur explosait de joie car je lisais dans ses yeux toute sa détermination à tourner la page. Il était prêt à aller de l'avant alors que nous aurions fait un tel bond en arrière s'il avait su … cela n'aurait en rien changé le passé mais gâché définitivement son futur. Il ne méritait pas cela. Il allait s'en sortir et ce ne serait pas grâce à elle ni à moi, ou juste un peu …
- Absolument Ianto, répondis-je en souriant franchement sans nul besoin de me forcer.
J'étais heureux et c'était contagieux, je vis un sourire en coin se dessiner tandis qu'il attrapait à son tour la ceinture.
- Alors rentrons.
Je démarrais en trombe le SUV.