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Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Chapitre 52 : Soirée entre amis … ou presque
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Ianto entra dans l'appartement les bras chargés de sacs, ses achats pour le repas du soir même.
- Hey, ça va ? questionna-t-il en entrant.
Il devait percevoir la petite tension suscitée par la fin de ma conversation avec Elisha.
Cette dernière se leva, visiblement soulagée par l'arrivée de son ami.
- Mais que t'est-il encore arrivé ? s'exclama-t-elle en se précipitant sur lui, manquant de s'étaler en dépassant le coin de la table basse.
Ianto posa ses sacs à terre, prêt à la serrer dans ses bras. Et effectivement, c'est ce qu'ils firent. Cette effusion de sentiments me fit lever les yeux au ciel, heureusement qu'aucun des deux ne le vit. Ianto me contaminait à force de le voir faire. Je collais mes mains au fond de mes poches pour me donner une contenance et y enterrer ma jalousie naissante. Elisha sous mon toit … cela allait être long et pénible, je le pressentais mais en les voyant ensemble, mes craintes se transformaient en certitudes.
- Jack, m'appela Ianto rapidement en quittant les bras d'Elisha. Tu es debout depuis le milieu de la nuit, fit-il avec douceur m'enveloppant d'un regard attendri, pourquoi tu ne vas pas te changer pendant que je prépare le repas ? proposa-t-il en me caressant doucement le bras.
Il était si différent du Ianto de l'après-midi … c'était rassurant de le voir faire ainsi la part des choses et très agréable reconnaissons-le.
- Une manière courtoise de me proposer une bonne douche ? répondis-je fermement tandis qu'Elisha nous observait.
- Pas faux … Tu as des affaires de rechange, murmura-t-il, les yeux soudain pétillants.
Un de ces regards qui réchauffent les cœurs.
Il partit chercher ses emplettes et moi je les laissais à regret pour faire un brin de toilette. Il n'avait pas tort, j'en avais vraiment besoin.
En ouvrant les placards de la chambre, je constatais que mes affaires y avaient été soigneusement déposées ce qui me tira un franc sourire. En revanche, impossible de mettre la main sur des bretelles de rechange. Je ressortis donc poser la question à Ianto. Mais je ralentis à l'approche de la cuisine, curieux d'entendre leur conversation. Cela devenait une habitude, mais c'était tellement pratique … que je ne m'en privais pas.
- Tu aurais pu m'en parler Ianto ! reprochait Elisha.
- Tu sais bien que non, répondit fermement Ianto, Jack était là de toute façon.
- Certes, mais une personne de plus n'aurait pas été de trop vu ton visage ! Je serais venue Ianto, lui reprocha-t-elle.
Il eut un silence pendant lequel j'eus peur d'être découvert. Je retins ma respiration sans y penser.
- On a déjà eu cette conversation une bonne centaine de fois, repris Ianto très calmement. Tu n'es pas ma coéquipière, c'est lui, point barre.
- Tu ne me dis jamais rien et tu ne me laisses jamais t'aider … reprocha-t-elle d'un ton plaintif qui m'agaça.
Elle me semblait bien bavarde, une vraie pipelette qui ne supportait pas les silences qu'affectionnaient tant Ianto.
- Tu m'as caché, par exemple, que ton Jack ressemblait à une star de cinéma ! s'exclama-t-elle.
- Oh bravo … vraiment très spirituel Elisha, s'indigna Ianto.
Mais moi je souris. Très classique comme réaction, pensais-je.
- Ianto ! Je ne suis pas comme toi, je ne peux pas savoir ce que valent les personnes de l'intérieur. En revanche, je peux juger ce que je vois et il est superbe, plus encore que dans mes souvenirs, ce qui est étrange d'ailleurs. Et intelligent, et le chef de Torchwood ... Oh ça va ! Excuse-moi …
Ianto ne dit rien mais j'imaginais son attitude éloquente.
- Quand je disais du mal de Lisa, reprit-elle, tu m'engueulais et maintenant que je te complimente, je ne peux pas parler non plus ! Je n'ai le droit de rien dire ?
Ianto ne répondait toujours pas, enfin je n'entendais aucune réponse. J'aurais pourtant vraiment aimé le voir.
- Ne me dis pas que vous n'avez pas joué tous les deux, ajouta-t-elle.
- Elisha ! Tu sais bien qu'il ne faut pas … j'espère que tu t'en tiens à ce que nous avons décidé. Tu ne dois jamais montrer ton habilité en dehors du cercle, et de Jack bien sûr.
- On en a discuté une bonne centaine de fois ! rétorqua-t-elle à son tour.
Elle avait l'air blasée.
- Non, fit-elle lasse, je ne le fais pas, confirma-t-elle. Mais avec le chef de Torchwood, accessoirement ton boyfriend, je pensais que vous en aviez profité tous les deux pour faire connaissance plus intimement … Et … sa beauté saute aux yeux ! Comment il est Ianto ? Tu sais bien … oh, tu es pénible il faut tout te demander. Est-ce qu'il aussi beau que doué au lit ?
A nouveau un silence pendant lequel j'imaginais très bien le regard de Ianto, je m'en serais délecté si j'avais pu le voir.
- Je ne saurais rien, c'est bien cela ?
- Absolument rien, confirma Ianto.
- Rabat-joie. Ste plait … juste un indice, supplia-t-elle.
- C'est mieux … lâcha-t-il.
- Je le savais ! s'exclama-t-elle en lui coupant la parole.
- Mais tais-toi donc, il va t'entendre.
- Sous la douche ? Cela m'étonnerait.
J'entendis un bruit de friture signe que Ianto cuisinait en même temps, c'était une bonne nouvelle j'étais affamé.
- Tu as de la chance, dit-elle d'un ton las.
- Tu trouveras toi aussi, l'entendis-je vaguement répondre, avec les bruits de cuisine, c'était moins évident.
Je m'approchais, toujours aussi curieux de les entendre. Je commençais à me déshabiller aussi, il allait bien falloir que je me manifeste.
- J'attire les ennuis et toi les stars de cinéma, cherchez l'erreur !
- Les erreurs … j'ai toujours dû mal à y croire ...
- Pourquoi ? s'exclama-t-elle. C'est vrai qu'il est intimidant … mais tu es très beau, et sexy, rétorqua-t-elle, de la fierté dans la voix.
- Arrête ! répondit Ianto en riant, une minute après.
Que faisaient-ils ? Je tombais les bretelles, la chemise et le tee-shirt en un clin d'œil avant de débarquer dans la cuisine. C'était bien ce que je craignais, elle était collée à mon Ianto. Les bras autour de sa taille, elle le chatouillait.
- Eh ! criais-je en entrant.
Ils firent tous les deux un bond surpris par mon arrivée alors qu'ils me croyaient sous la douche. Ils me regardèrent, figés, les yeux comme des billes, c'était drôle sauf qu'elle était toujours beaucoup trop près de mon Gallois.
- Bas les pattes, ceci est ma propriété, déclarais-je en attrapant Ianto par la taille pour l'attirer à moi.
Je souriais mais pas tant que cela, mon regard posé sur Elisha était lourd de significations. Elle en revanche, même si elle comprenait bien le message ne pouvait détacher ses yeux de nous deux.
Etais-ce moi torse nu ou notre couple qui la subjuguait à ce point ?
J'aimais à croire que c'était notre couple.
- Jack ! Un souci ? me demanda Ianto en se tournant vers moi, tout sourire tandis qu'Elisha reculait elle aussi sous le charme, les mains dans le dos.
- Cela fait un moment que je cherche des bretelles de rechange, expliquais-je avec une mimique innocente qui, je le savais, le faisais fondre.
- Oh, fit Ianto en comprenant la raison de ma venue, Elisha tu surveilles s'il te plaît ? lui demanda-t-il en désignant du menton la poêle où du riz cuisait.
- On mange quoi ? me renseignais-je en regardant moi aussi la poêle où le riz se colorait doucement.
- Un risotto aux asperges, annonça-t-il, la recette n'avait pas l'air trop compliquée. J'espère que ce sera bon, c'est une première.
- J'en suis sûre, répondit rapidement Elisha.
- Moi aussi, ajoutais-je.
- J'ai la pression ! s'exclama Ianto en riant, visiblement ravi de la situation.
- Tout ce que tu as préparé jusqu'à présent était réussi, il n'y a pas de raison, insistais-je.
- Pourtant je manque d'expérience, dit-il en remuant le riz.
J'avais toujours mes mains autour des ses hanches, un brin possessif peut-être ? Il ne faisait rien pour s'en détacher, j'en profitais.
- Tu as probablement mémorisé les gestes de ta mère, proposa Elisha en piquant une chips du paquet posé sur le plan de travail.
Je fus choqué de l'entendre parler avec autant de désinvolture de la mère de Ianto. Lui n'en parlait jamais, je me doutais que c'était un sujet douloureux. Je trouvais cela maladroit … moi, je ne l'aurais pas fait.
- Probablement, j'ai passé des heures à la regarder cuisiner … on va chercher tes bretelles ? J'avoue que je ne me souviens plus où je les ai rangées.
Sa manière de me regarder me laissais supposer qu'il savait au contraire très bien. J'attrapais une chips avant de le suivre.
- Remue régulièrement Elisha, lui rappela-t-il depuis le salon.
- Ne t'inquiète pas, répondit-elle d'une voix forte.
- Elle est plutôt maladroite, me confia Ianto.
- Autre chose que je devrais savoir ?
- Elle boit des litres et des litres de thé. Tu vas voir, dans quelques heures, il y aura des mugs un peu partout.
- Et ton café alors ? demandais-je, feignant d'être outré.
- Je n'ai jamais réussi à lui faire avouer qu'elle n'aimait pas ça, mais je suis sûr qu'elle n'en boit que pour me faire plaisir. Jack, murmura-t-il d'une voix grave en entrant dans la chambre et en fermant soigneusement la porte derrière lui. C'est si bon que tu sois ici …
Il commença à déposer des baisers plus que mouillés dans mon cou et à lécher mon oreille d'une manière, comment dire, très suggestive. En quelques minutes, j'étais très excité et quand sa main vint se poser sur mon entre-jambe pour le vérifier, je laissais échapper un grognement. Il osa m'abandonner dans cet état, un simple sourire pour témoigner de sa satisfaction. Il ouvrit le grand placard de la chambre, tira un tiroir et me tendit des bretelles.
- Tu vas me laisser comme ça ? m'indignais-je.
Je demandais pour la forme, je connaissais déjà la réponse.
- Il faut que je m'occupe du risotto, mais ensuite … je passerai à toi, dit-il d'une voix suave.
- Tant pis pour toi, ta douche en fera les frais, lançais-je en m'enfermant dans la salle de bain d'un geste brusque.
Je ne le voulais pas, mais c'était effectivement ce qui se produisit.
Je revins à la cuisine littéralement alléché par la bonne odeur qui avait envahie le salon. Le repas fut joyeux et détendu, nous évitâmes tout simplement de parler de Torchwood, tous numéros confondus. Elisha nous raconta les derniers épisodes malheureux de sa vie sentimentale, Ianto demanda à voir une photo de la fille qui lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Elle disparut sous nos yeux ... Au sens littéral, elle s'était évanouie de la pièce. Je ressentis ce que j'imaginais les autres éprouver quand ils me voyaient ressusciter. Même aguerri, même prévenu, cela me scotcha.
- Ianto, est-ce qu'elle sait pour moi ? demandais-je soudain.
- Non, bien sûr que non Jack. Je n'en ai parlé à personne.
Elisha réapparut aussi brusquement avec plusieurs photos en main. Elle se déplaçait si vite qu'elle semblait se téléporter. Je ne fis aucune remarque et cela sembla la décevoir, elle scrutait mes réactions … les masques tombaient et je ne voyais plus qu'une jeune femme, jolie, mais paumée qui, comme Ianto, cherchait désespérément des réponses. Nous en étions tous là. Je ne ressentais plus aucune jalousie car sa détresse s'imposa à moi. Torchwood Londres n'avait pas su les rassurer, répondre aux questions existentielles qui les taraudaient, pouvais-je faire mieux ? Ce genre d'habilité ne me rappelait rien de précis, je pouvais user -voire abuser- de mes charmes pour la rassurer. C'était ce que je fis en posant une main amicale sur son épaule, d'un sourire, d'un regard je voulais l'aider à se sentir mieux.
- Tout va bien se passer, murmurais-je en réponse à la peur panique que je lisais dans son regard.
Elle venait de me révéler son secret, de se mettre à nu devant moi et chaque fois qu'elle l'avait fait, cela avait été le point de départ des pires ennuis. J'incarnais Torchwood, son ennemi, leur ennemi à tous. C'est que je lus dans ses pensées, Ianto ne lui avait apparemment pas appris à fermer son esprit.
Ce dernier releva les yeux des photos qu'il examinait, parfaitement conscient de ce qui passait, ou plutôt ressentant nos émotions. Il ne dit rien, passa d'elle à moi, puis reprit son inspection sans laisser échapper aucune émotion. Impossible pour moi de savoir ce qu'il pensait en cet instant.
- Elisha, excuse-moi de te le dire, mais c'est celle que tu as larguée que je préfère, yep, c'est sans appel, fit-il en me tendant la photo en question.
Elle prit une grande inspiration et s'appliqua à nous détailler toutes les femmes de sa vie, à grand renfort d'anecdotes. Sa malchance en amour mise bout à bout en devenait comique et cela me rappela un ami que j'avais connu. A mon tour, j'animais le repas. Ragaillardi par l'attitude de Ianto, je laissais libre cours à mon imagination et Elisha découvrit mes talents de conteur, de nombreuses histoires abracadabrantes où je sauvais la situation, évidemment au dernier moment. Cela la fit taire, elle sembla même grandement apprécier mes histoires et moi c'était ce que je lus dans son regard qui me plut. Moins craintive, plus encline à m'écouter, à me faire confiance. Un premier pas vers son recrutement. Je ne me voyais pas engager quelqu'un qui, d'une manière ou d'une autre, n'avait pas compris à qui il avait affaire.
J'avais sauvé Tosh de sa prison de l'Unit où elle était enfermée sans espoir de libération dans des conditions plus que rudes. J'avais ouvert les yeux à Owen sur la vraie nature de l'affection de sa défunte femme, je lui avais évité la dépression qui le guettait et menaçait de l'engloutir. Quant à Ianto, je l'avais extirpé plus d'une fois des griffes de Torchwood Londres, je l'aidais jour après jour à s'accepter tel qu'il était.
J'avais changé durablement leur vie, leur manière d'appréhender le monde et tout cela les liait à moi. Je pouvais apporter la même chose à Elisha, elle venait de le comprendre.
Ils étaient deux à boire mes paroles et à apprécier le spectacle. Ianto assis à mes côtés, me laissa passer mon bras au-dessus de ses épaules et jouer avec une mèche de ses cheveux. Il était détendu et heureux, c'était très plaisant à voir. Il se leva pour préparer les cafés et je fis de même.
- Je veux pouvoir utiliser cette bête-là, expliquais-je.
- Ah, c'est donc l'explication au café et à la tasse que j'ai trouvés ce matin.
Elisha profita de cet intermède pour repartir dans sa chambre, cette fois comme tout en chacun, avec ses photos. Quoiqu'elle en dise, elle les serrait tout contre elle.
- Pas de moqueries Ianto Jones !
- Loin de moi cette idée, tu ne m'en veux pas trop ? ajouta-t-il dans un murmure.
- Pour quelle raison ?
- Pour elle.
- Non. Allez montre-moi un peu, demandais-je en me serrant contre lui.
J'eus droit à ma leçon, gentiment comptée et agrémentée de deux ou trois détails que je ne connaissais pas, comme chauffer la tasse avant de la servir ou tasser le café dans le filtre. Apparemment ce dernier point était d'une importance capitale … Mais c'était évidement le choix des arômes qui faisait de son café un must, ces détails contribuaient néanmoins à l'excellence du résultat d'après mon maître cafetier.
- Bien, je crois avoir tout compris, déclarais-je, heureux avec ma tasse brûlante en main.
Après un excellent repas, j'appréciais d'autant l'amertume d'un tout aussi excellent café. Elisha partagea mon opinion avant de nous laisser et de partir se coucher sans plus de cérémonie. Joyeuse pendant le repas, elle semblait avoir retrouvé son amie de toujours, la mélancolie.
Je soupirais d'aise dans les draps propres de notre lit, légèrement parfumés et si doux … Ianto n'avait jamais eu, à ma connaissance, à gérer une maison mais il s'en sortait drôlement bien. J'avais déjà eu l'occasion de manger un excellent risotto sur la piazza del campo à Sienne et celui de Ianto n'avait rien à lui envier. Les affaires étaient rangées, les draps du lit changés, je ne savais pas quand il avait eu le temps de s'occuper de tout cela mais je reconnaissais que c'était très appréciable. Peut être, que de nous deux, c'était moi qui aspirais à changer de vie et non lui …
Ianto rit devant ma béatitude, me tirant de mes questions existentielles qu'il devait prendre pour des rêveries. Je lui fis payer sa moquerie de la plus érotique des manières qui nous combla autant l'un que l'autre. Il était aussi décomplexé en privé que strict dans son travail et même si son attitude à table avait été très détendue, cela me surprenait encore.
La troisième douche serait bel et bien la dernière de la journée, même si c'était un bel éphèbe qui me lavait d'une manière plus que lascive ! Avec une éponge d'une grande douceur qui attira mon attention, une véritable éponge de mer offerte apparemment par Tosh. Je n'étais pas au courant de tout ce qui s'était passé entre eux en mon absence … j'en conçus étrangement une sourde jalousie.
L'avait-il senti ? Peut être … peut être étais-ce la raison pour laquelle il me dévorait des yeux alors que nous étions confortablement installés dans notre lit. La fierté débordait de ses yeux que j'affectionnais tant.
- Ne me regarde pas ainsi Ianto, le mis-je en garde en me remémorant les paroles ou plutôt le petit jeu de Tosh et d'Owen.
- Quoi ! fit-il faussement offusqué en se calant un peu plus contre moi.
- Ianto …
Fichu discours de ces deux-là qui finissait par me faire douter, à nouveau. J'étais le chef mais j'accordais de l'importance à ce que pensait mon équipe, bien sûr que je le faisais. Ils imaginaient que Ianto se mettait en danger pour moi, parce qu'il voyait en moi un héros pour qui il ferait tout et n'importe quoi … peut être avaient-ils raison. Ianto n'avait pas hésité un instant à se jeter dans la gueule du loup, sous couvert du MI5 pour me sauver de double Y. Je n'en avais pas besoin, lui mieux que quiconque aurait dû le savoir.
C'était si facile d'immiscer le doute mais ça ne me disait quoi lui dire de plus ...
En même temps j'aimais ce regard, n'importe qui l'aimerait … il me galvanisait. C'était tellement revigorant, cela faisais longtemps que personne n'avait posé un tel regard sur moi. C'était celui-là même que je portais sur le Docteur. Jamais il ne me l'avait reproché pourtant maintenant comme jadis, je lui vouais un culte bien pire que celui prétendument porté par Ianto. Ce dernier, fatigué d'attendre une réponse qui ne venait pas, posa sa tête au creux de mon épaule s'enivrant de l'odeur de ma peau.
- Tu te souviens quand je t'ai emmené sur ce toit ?
J'avais trouvé mon angle d'attaque.
- Oui, très bien … j'étais blessé, je ne pouvais presque pas marcher mais tu m'as obligé à aller tout en haut … et c'était magnifique.
- L'alien qui t'avais mis dans cet état était télépathe n'est-ce pas ?
- Oui. Il ne voulait pas nous faire de mal, enfin je ne crois pas, concéda-t-il. Il était perdu, de cela j'en suis certain, perdu dans un monde inconnu, il lui était tout simplement impossible de comprendre ce qui se passait. J'ai tenté de le rassurer mais il a juste ressenti la peur qui enserrait mon cœur à cette époque-là … je lui ais fait plus de mal que de bien. J'étais tellement mal, terrifié à l'idée que tu découvres ce qu'était Yvonne pour moi et que tu me vires. Je n'avais pas envie de partir, vraiment pas envie, fit-il en relevant sa tête avec un sourire en coin.
- Mace, dis-je simplement.
- Bien sûr Mace, fit-il en se calant à nouveau contre moi. Peur enfin, que tu découvres ce que je suis réellement.
Je n'avais pas envie de parler de ma réaction à ces révélations, mais il avait eu raison d'en avoir peur.
- Tu m'avais dit que je ressemblais à un super-héros, ajoutais-je pour en revenir au sujet que je souhaitais aborder.
- Ah oui. Je ne savais pas pourtant, se rappela-t-il.
- Mais je n'en suis pas un, tu en es bien conscient ?
- Jack … me sermonna-t-il en me regardant les sourcils froncés.
Mon dieu, pensais-je, il doit vraiment se demander d'où cela sort.
- Tu es tellement plus … tu es ma bonne étoile, murmura-t-il. Il faut que je te montre un film, termina-t-il plus fermement.
- Quoi, quel film ? demandais-je un peu étonné.
- Spiderman.
- Je ne comprends pas, tentais-je.
- Non pas que je sois complètement fan mais tu comprendras en le voyant. Tu es un homme, super héros la journée, tout comme lui. Euh … le physique en plus.
- En quoi un film va m'aider ?
- Tu ne penses pas que cet art puisse éclairer nos pensées et guider nos pas ?
- Dis comme ça …
- C'est comme la musique. Elle me donne du courage quand j'en manque, c'est une compagne depuis toujours. Est-ce que je peux te faire écouter un morceau que j'aime en ce moment ?
- Tant que tu ne m'oblige pas à m'endormir avec, ça me va.
Il se leva et revint avec son ipod et les enceintes. Il mit une chanson* d'une musicalité folle, à moitié jazz et rock, une voix d'une grande pureté qui jouait avec les aigus avec virtuosité.
- Ça me plait bien, lui fis-je savoir à la fin du morceau.
- J'en étais sûr, fit-il heureux.
- Et c'est quoi cette habitude de t'endormir avec de la musique ?
- Hum … au fait Jack, j'ai vu Gwen Cooper quand on passait les barrages routiers.
- Et alors ? rétorquais-je conscient de l'esquive.
- Tu n'as pas peur qu'elle se souvienne de nous ?
- C'est une éventualité.
- Que feras-tu ?
- Je ne sais pas, on verra. Je ne suis pas inquiet, elle ne sait rien de précis. Alors pourquoi tu t'endors avec la musique ces derniers temps ? exigeais-je pour la seconde fois en m'enfonçant avec lui sous les draps et en éteignant la lumière.
Il souffla bruyamment.
- La réponse ne va pas te plaire.
Je fronçais les sourcils en m'attendant au pire.
- Cela fait deux ans que je m'endors avec le chant d'un vampire à Torchwood 1 … Mais … c'est parce que tu me manques quand tu n'es pas là, dit-il comme une évidence qui me toucha profondément. J'aime m'endormir avec toi, maintenant c'est une nécessité …
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*나윤선 (Youn Sun Nah), Breakfast in Baghdad, (album Same Girl)
Chapitre 53 : Une arrivée impromptue, partie 1
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La nuit d'Elisha avait été probablement agitée car nous trouvâmes nombre de mugs éparpillés un peu partout dans le salon à notre réveil. Ianto ne dit rien, il en ramassa quelques-uns avant de rejoindre la cuisine et je l'imitais. J'avais hâte d'avoir mon café, j'avais même feignanté au lit dans l'unique but de partir avec ce goût divin en bouche, à défaut d'un autre que je n'avais pas obtenu … Ianto avait décrété que cela nous mettrait en retard, sur ce j'avais rétorqué que cela irait vite, ce qui ne lui avait pas plu, même peut-être un peu vexé ... Il objecta que son patron était tatillon sur les horaires, patron qui était dans la pièce mais qui n'avait apparemment pas son mot à dire.
Nous allions partir quand Elisha débarqua dans le salon. Les yeux bouffis, les cheveux emmêlés, elle avait apparemment fait un énorme effort pour nous intercepter avant notre départ.
- Je voudrais venir avec vous. Travailler pour Torchwood.
Aussi directe que Ianto l'avait été dans sa chambre de Torchwood Londres. C'était drôle car ma réponse allait être la même. Je vis Ianto entrouvrir la bouche sous l'effet de la surprise puis se tourner vers moi en fronçant les sourcils. A en croire son attitude, son amie venait de brûler quelques étapes. Je cherchais à me remémorer la manière dont je lui avais répondu ce jour-là.
- C'est non Elisha. Cardiff est une petite ville, nous sommes au complet.
Je vis Ianto réagir, il avait reconnu les mots évidemment. J'espérais qu'il comprenait le message sous-jacent.
- Mais ... reprit-elle alors que la déception se peignait sur son visage.
- On se voit ce soir, Elisha, la coupa Ianto en lui faisant un signe apaisant.
J'enfilais mon lourd manteau avec son aide sous le regard triste d'Elisha qui s'était littéralement affaissée sur le canapé.
Pendant notre trajet silencieux vers le Hub, je reçus un appel de Tosh qui était déjà à son poste.
- Jack, entendis-je alors que Ianto enclenchait le haut-parleur de mon téléphone portable, des weevils dans un hangar à l'est de votre point. Owen est déjà parti.
- Je le rejoins, répondis-je en coupant la ligne.
- Nous le rejoignons, rectifia Ianto en plantant son regard dans le mien, un sourcil inquisiteur levé.
J'arrêtais brutalement le SUV au frein à main devant un arrêt de bus.
- Tu descends tout de suite Ianto, ordonnais-je.
- Mais … tenta-t-il, incrédule.
- Tu vas au Hub, je vais chasser le weevil, tout de suite !
Il s'exécuta et je redémarrais en faisant crisser les pneus.
Tosh m'avait envoyé les coordonnées du hangar sur le GPS du SUV et en quelques minutes je rejoignis Owen qui m'attendait.
- T'en a mis du temps, Harkness.
- Comment va ton bras ? m'inquiétais-je tandis que je prenais armes et sprays dans le coffre de la voiture.
- Mieux, ce genre de blessure vous fait souffrir toute une vie si elle est mal soignée. J'ai pris le temps qu'il fallait. J'arriverai à te couvrir si c'est cela qui t'inquiète, ajouta-t-il en me jetant un regard de biais.
- Un peu oui, dis-je en souriant, tâche de lui présenter l'autre épaule cette fois.
- Bien sûr, fit Owen en se forçant à rire. Je ne compte pas l'approcher d'aussi près.
Je lui tendis une oreillette tandis que je plaçais la mienne.
- Tosh, nous sommes prêts, tu nous guides ?
- Jack, je n'ai que deux signaux, où est Ianto ?
- Je l'ai débarqué en route. Où va-t-on ?
- Sur votre gauche, à environ 100 mètres, vous devriez les voir. Le pic était important, je pense qu'il y en a plusieurs. Soyez prudents.
Aussi silencieusement que possible, nous nous approchâmes du point d'activation. Trois spécimens, fraîchement débarqués, se délectaient du contenu de plusieurs poubelles qu'ils avaient éventrées. L'endroit était désert, fort heureusement.
- Fantastique, murmura Owen, comme s'ils ne puaient pas assez naturellement, il faut qu'ils se roulent dans les poubelles ...
- Au contraire c'est une chance, cette poubelle nous évite de les chercher parmi tous ces hangars. Je vais de l'autre côté, on va les surprendre à mon signal.
Owen acquiesça. Je le laissais pour contourner le bâtiment et ensemble nous les interceptâmes. Owen les empêcha de fuir tandis que je m'occupais du corps à corps. Quoiqu'en dise Owen, je voulais ménager son épaule et éviter toute nouvelle blessure. Le plus difficile fut finalement de transporter les corps des bestiaux endormis jusqu'au SUV. Nous l'avions approché au plus près mais il fallait malgré tout parcourir quelques mètres qui nous parurent bien longs.
- Ils pèsent des tonnes ! se plaignit Owen.
- Ce sont des mâles, de beaux spécimens, répondis-je en souriant.
- Oui, j'avais remarqué ! Ce sont des mutants, ajouta-t-il plus sérieusement.
Je ne fis aucun commentaire. Les égouts étaient à peu près débarrassés de leurs occupants weevils mais si la faille continuait à en rejeter autant que par le passé, nous allions avoir du mal à lutter contre une nouvelle colonisation.
Ceux-là ne verraient pas grand-chose de la nouvelle planète sur laquelle ils venaient d'atterrir. Les poubelles de Cardiff, même pas le coffre de notre voiture dans lequel ils avaient voyagés inconscients et finalement une cellule crasseuse de Torchwood. Leur destination finale devrait néanmoins les satisfaire, en tout cas c'était ce que semblaient indiquer les premiers messages que j'avais reçus de l'île où ils étaient reclus, loin de toute civilisation. Ianto devrait faire le nécessaire pour qu'ils y soient acheminés, si seulement je l'avais vu j'aurais pu lui demander directement. Mais ce goujat avait laissé Tosh nous accueillir et nous aider à les transporter vers les cellules, avec malgré tout un charriot plus que bienvenu. J'avais suivi mes deux agents vers les étages supérieurs du Hub pour constater que Ianto n'y étais pas non plus. Tosh s'était réinstallée à son poste et Owen avait rejoint son labo, pour ma part je fis un tour à la cuisine en espérant y trouver de quoi me restaurer. Celle-ci était immaculée mais désespérément vide, le frigo contenait bien quelques yaourts mais sans aucune date de péremption, j'hésitais.
- Tosh ? criais-je.
Aucune réponse. Je manquais de considération dans ce lieu où j'étais censé régner.
- Pourquoi tu cries Jack ? demanda-t-elle en me rejoignant.
- Que penses-tu de ces yaourts ?
- C'est pour ça que tu me déranges ? !
Je posais mes mains sur mes hanches, et alors, pensais-je, je ne pouvais pas avoir des préoccupations bassement matérielles ?
- Moi, je n'y toucherais pas, me conseilla-t-elle. Demande donc à Ianto, c'est son domaine, fit-elle en repartant aussi sec.
C'était donc les mains vides que je me dirigeais vers le labo m'enquérir des résultats des tests pratiqués sur les weevils. En traversant la pièce principale, silencieuse, je levais les yeux pour capter le vol de Myfanwy. J'étais heureux de retrouver le Hub.
- Les premiers tests confirment la présence des deux espèces et pour le moment je n'ai détecté aucun virus ou bactérie. Mais je viens juste de commencer, je vais continuer aujourd'hui.
- Bonne nouvelle, fais un court rapport pour l'Unit tout de suite. Tu enverras le reste quand tu auras terminé.
- Je voudrais faire passer à Tosh quelques tests.
- Pour quelle raison ? m'enquis-je.
- Elle dort mal la nuit, se réveille tôt, s'endort dès la nuit tombée … Je pense que c'est lié au temps passé dans cette boucle temporelle.
Il semblait soucieux, il avait baissé le ton pour qu'elle ne nous entende pas. Il était à l'hôpital, j'étais à la base de l'Unit et Tosh avait fait face seule. Il devait culpabiliser de ne pas avoir été là pour la protéger.
- Cela a dû chambouler son horloge interne, dis-je pour le rassurer. Il est probable qu'il lui faille du temps pour que tout rentre dans l'ordre. Tu me donneras les résultats dès que tu les auras ?
- Bien sûr, dit-il en faisant claquer ses gants de latex avant de se replonger dans ses analyses.
Je le laissais pour rejoindre Tosh, cette fois je fis un peu plus attention, elle avait effectivement les traits tirés. Elle m'indiqua qu'aucune activité de la faille n'était prévue pour la journée, ce qui était une bonne nouvelle compte tenu de son état et des tests qu'Owen devait mener. Je me dirigeais enfin vers les archives. J'étais certain d'y trouver Ianto puisqu'il n'était nulle part ailleurs.
Pour y être, il y était. Je le découvrais en pleine action. La pièce, où seul Ianto et moi-même pouvions pénétrer, s'était métamorphosée en une jungle faite de dossiers, cartons, fiches, papiers … il n'y avait pas un endroit qui ne soit recouvert d'une feuille de ces précieux vestiges de l'ancien temps. Je me tenais à l'entrée de la pièce, je me demandais si ces papiers éparpillés n'étaient pas là pour m'empêcher justement d'entrer ... Je tentais de visualiser un parcours pour rejoindre mon gallois qui se trouvait au fond de la pièce sans rien endommager mais, il n'y en avait pas. Ianto ne pouvait pas ignorer ma présence, j'avais bien pris soin de faire résonner mes pas dans le couloir. Pourtant, il continuait son classement comme si je n'étais pas là. Mais je décelais dans ses gestes brusques la tension qui l'habitait, il n'avait apparemment pas apprécié sa balade à pied. Je m'appuyais contre le chambranle de la porte, amusé par le spectacle, quand mon téléphone sonna.
Ma fille. Il devait y avoir un souci pour qu'elle prenne la peine de décrocher son téléphone et d'appeler son cher père.
- Alice ? fis-je en me tournant vers le couloir du Hub.
- Papa.
Toujours ce ton glacial qu'elle utilisait pour m'accueillir.
- Comment vas-tu ? Comment va Steven ?
- Ne joue pas l'inquiet, cela te va mal. J'ai un problème.
Son ton était exaspéré, il lui en coûtait de me demander de l'aide. C'était d'ailleurs extrêmement rare, elle était bien la fille de son père, indépendante.
- Une fuite d'eau pour tout te dire, reprit-elle. C'est dimanche, et …
- Les fuites d'eau sont ma spécialité, j'arrive, la coupais-je mettant fin à son appel à l'aide si douloureux à prononcer.
- Bien …
Elle ne semblait pas ravie contrairement à moi. Ça ne me dérangeait pas qu'elle m'appelle ainsi, je lui avais dit qu'elle pouvait le faire et elle m'avait tout aussi clairement fais savoir qu'elle ne voulait pas de moi dans sa famille. Entre nous deux il n'y avait plus grand-chose mais il nous restait au moins la franchise. Elle m'avait avoué que je lui faisais peur. Si Ianto voyait en moi un héros, et je savais que c'était le cas quoiqu'il en dise, ma propre fille ne voyait qu'un monstre, une aberration qui la renvoyait sans cesse à sa propre mort … qui avait raison ?
Je n'avais pas bougé de l'endroit où je me trouvais, mais au moins ma conversation en avait captivé un, Ianto. Il avait fait volte-face et me fixait, droit dans les yeux. Un air de défi, auquel je répondis par un sourire carnassier. Il ne pouvait pas me résister, il était intrigué par ma conversation, intéressé bien malgré lui.
- On décolle Ianto.
- Est-ce que cette fois tu me conduiras jusqu'à notre destination ou bien comptes-tu m'abandonner en plein chemin ? demanda-t-il alors que je repartais déjà vers l'étage supérieur.
- Tout de suite les grands mots ! Tu ne fais pas assez de sport Ianto, lançais-je en quittant définitivement l'étage à grands pas, ne laissant aucune chance à sa réponse qui se perdit dans les couloirs du Hub.
Il me rejoignit quelques minutes après, toujours l'air un peu maussade et silencieux.
- Puis-je connaître notre destination ? demanda-t-il avec un air pincé qui me fait rire.
- On va voir ma fille. Fuite d'eau, expliquais-je en bouclant ma ceinture.
- Oh, et tu t'y connais en plomberie ? fit-il sceptique.
- Tu seras étonné, Ianto Jones.
- Plus rien ne m'étonne, marmonna-t-il en bouclant la sienne.
- Tu sais que nous sommes dimanche ? m'enquérais-je au bout de quelques minutes.
Mes agents travaillaient sept jours sur sept et il m'arrivait parfois de ne plus connaître la date du jour, ni même savoir quel jour nous étions. Mais je m'étonnais quand même qu'aucun d'eux ne me demande un jour de repos, il fallait que j'y sois attentif, que je les force de temps en temps à prendre du temps en dehors de Torchwood.
- Oui, répondit Ianto en souriant comprenant que moi je n'en savais rien. Est-ce que tu peux t'arrêter ? Là ! m'indiqua-t-il du bout de l'index.
Je m'exécutais en fronçant les sourcils.
- Jack, non seulement nous sommes dimanche, mais c'est bientôt l'heure du déjeuner.
Ah, c'était donc cela la faim qui me taraudait. Je fis comme si c'était une évidence, tandis qu'il sortait du SUV que j'avais fort mal garé devant quelques commerces.
- Je n'en ai pas pour longtemps, lança-t-il avant de partir au pas de course.
Il lui fallut tout de même vingt bonnes minutes pour revenir avec ses achats. Je ne savais pas trop comment Alice allait réagir, non seulement je ne lui avais pas annoncé la présence de Ianto mais en plus il arrivait avec de quoi préparer un repas … cela n'allait pas lui plaire. Je n'avais pas pour habitude de ménager les personnes qui m'étaient proches ... C'était vrai avec ma fille, c'était vrai avec Ianto. Je décidais donc de ne rien dire, Ianto ne m'avait pas demandé d'ailleurs la permission, il connaissait pourtant la nature de mes relations avec ma fille.
Nous allions bien voir.
Alice nous ouvrit rapidement, elle m'attendait. Elle fut surprise bien entendu de me découvrir accompagné, elle interrompit son geste, laissant la porte tout juste entrouverte.
- Je te présente Ianto Jones, mon compagnon.
A ces mots, j'en eu deux qui froncèrent les sourcils, allez comprendre.
- Bonjour Madame, fit Ianto en lui tendant sa main.
Main que ma fille ignora en continuant à fuir Ianto des yeux. Celui-ci se ravisa rapidement en baissant sa main.
- Salut Tonton ! cria Steven en forçant le passage.
Ce bonhomme était extraordinaire, il dépassa sa mère qui leva les yeux au ciel et se jeta dans mes bras comme il avait l'habitude de le faire. Il était très affectueux malgré le peu de temps que nous passions ensemble.
- Steven, attends ton oncle dans ta chambre, demanda Alice fermement.
- Vas-y Steven, lui dis-je doucement en le déposant au sol, j'arrive.
- Tiens Steven avant de partir, commença Ianto en fouillant dans un des sacs, je t'ai acheté ça.
Il sortit un paquet de cartes que je ne connaissais pas, l'inverse aurait été étonnant.
- Est-ce que tu en fais la collection ? interrogea Ianto en se baissant à son niveau, moi quand j'étais petit, je le faisais.
- Bien sûr ! s'exclama Steven les yeux brillants en trépignant sur place d'excitation.
Il regarda Ianto un peu étonné mais avec un immense sourire aux lèvres, le cadeau le comblait apparemment.
- Ianto est un ami à moi, expliquais-je.
- Merci ! Pourquoi le paquet est ouvert ? demanda-t-il.
Sa mère ne disait rien, je me dis que c'était plutôt bon signe.
- J'ai vérifié qu'il y avait de bonnes cartes, sinon j'en aurais acheté un autre. Je pense que tu seras content, j'ai eu de la chance, expliqua Ianto tout aussi heureux que le gosse.
- Steven, tu vas dans ta chambre regarder cela ?
- Oui maman ! fit Steven avant de repartir dans l'appartement en courant découvrir le trésor.
- Jack, je ne veux pas de lui chez moi.
- Je t'attends dans la voiture, me dit Ianto doucement en posant sa main sur mon bras, enchanté d'avoir fait votre connaissance.
- Non, ordonnais-je à Ianto.
Il se figea. Elle avait un choix à faire, c'était la première fois que je lui amenais quelqu'un. Nous pouvions former une famille si seulement elle voulait bien me donner une chance.
- C'est important Alice, ajoutais-je.
J'étais vraiment contrarié par sa réaction, impolie mais pas seulement … cruelle, une fois de plus.
- Entrez, fit-elle résignée en ouvrant grand sa porte.
Enfin. L'appartement avait bien changé depuis ma dernière visite, il était meublé avec goût mais il restait inadéquat à mes yeux. Trop petit, sans un jardin où Steven pourrait jouer, non vraiment pas assez bien pour eux deux.
- Est-ce que je peux aller à la cuisine Madame ? osa demander Ianto toujours ses sacs en main.
- Oui, répondit-elle, c'est par là, fit-elle en désignant une porte qui donnait sur le salon. Et appelle-moi Alice.
- D'accord, répondit Ianto avec un sourire timide.
Il partit préparer je ne sais quoi à manger qui allait me combler j'en étais certain. Cela me motivait drôlement … Il n'y avait pas à dire, je mangeais bien mieux depuis qu'il était là. Mais il n'y avait pas que cela, la perspective de partager un repas avec ces trois personnes chères à mon cœur me comblait.
- Alors cette fuite ? demandais-je en enlevant mon lourd manteau.
- Oh, souffla-t-elle, ça a commencé dès le premier jour. Joe est passé mais il n'a pas réussi à régler le problème, la plomberie et lui ça fait deux.
- Au moins Steven aura vu son père, fis-je remarquer.
- Ils ont l'intention de partir en Italie, lâcha-t-elle amère. Ça se passe dans la salle de bain.
Celle-ci était en piteux état du fait de la vétusté de l'installation. Pour bien faire, il faudrait tout changer. Alice le savait mais le propriétaire ne voulait pas en entendre parler. Je travaillais près d'une heure avec Alice comme assistante, une assistante qui répondit tout juste à mes tentatives de discussion si bien que je réparais dans un silence seulement entrecoupé des éclats de rire de Steven. Je ne savais pas ce qu'il faisait avec Ianto mais cela les fit beaucoup rire. J'avais quasiment fini quand nous eûmes la visite du bonhomme en question.
- Alors tonton, c'est bientôt fini ? C'est que j'ai faim moi !
Je vis Ianto passer également la tête par la porte, curieux probablement.
- Yeah, encore quelques tours à donner et nous aurons fini avec ta maman.
- Viens Steven, lui dit Ianto en lui tendant la main, tu vas m'aider à mettre la table.
Sa mère se tourna en entendant cela, elle semblait douter que Steven puisse l'aider.
Mais quand nous les rejoignîmes, la table était effectivement mise et la pièce saturée par la bonne odeur d'un rôti. Alice était contente et surprise, cela se voyait.
- Est-ce toi qui a mis la table Steven ? demanda-t-elle gentiment suspicieuse.
- Oui, j'ai même gagné une pièce, fit-il très satisfait en prenant un siège à sa place habituelle.
- Désolé, murmura Ianto.
- Pas grave, j'use moi aussi de temps en temps de ce stratagème, dit-elle.
Un dimanche en famille, si commun pour tant d'autres et si exceptionnel pour Ianto et moi. Un regard extérieur n'aurait pas décelé la tension qui existait entre moi et ma fille car le repas fut détendu, autant que cela était possible. Avant de partir, je glissais à Alice qu'il lui fallait chercher une maison et que je lui faisais un virement dès le lendemain. Elle ne dit rien, ce que je pris pour un oui.
Le baiser est la plus belle façon de se taire en disant tout disait Maupassant, j'avais fait mienne cette belle pensée. Je ne laissais pas le temps à Ianto de s'installer dans la voiture que mes grandes mains entouraient son visage, je l'attirais vers moi pour coller mes lèvres aux siennes. C'était chaud, c'était bon, si bon … ce simple contact entre nos deux points réveillait en moi un autre appétit féroce. Il prenait naissance au creux de mes reins, se diffusait en moi, grandissait alors que nous ouvrions à l'unisson nos bouches. Ianto était si doux, toujours attentif à moi, il me suivait, jouait avec moi si facilement. C'était divinement bon et de plus en plus érotique. Mon téléphone nous fit redescendre du nuage où nous nous étions envolés, c'était souvent ainsi, bien trop souvent.
- Tosh, mais qu'est-ce qu'il y a ? répondis-je en tentant de masquer ma frustration du mieux que je pouvais.
Je vis Ianto sourire en coin tout en s'essuyant les lèvres rougies par le baiser.
- Jack, je pense que tu serais intéressé de savoir que ta main dans le bocal vient de s'illuminer et frétille bizarrement …
- Merde ! lâchais-je avant de mettre le contact et démarrer en trombe.
- J'ai localisé le signal et cela vient de la place …
- Qu'est-ce qui se passe ? me demanda Ianto complètement paniqué.
Moi-même je l'étais et je ne pouvais rien faire pour me contrôler, Ianto recevait de plein fouet les sentiments fous qui venaient de m'envahir. Cent ans que j'attendais ce moment. Cent ans.
- Le Docteur, il est là, dis-je les dents serrées.
Je conduisais vite, très vite dans les rues de Cardiff. Ianto se cramponnait tandis que tous mes sens étaient en éveil pour arriver le plus vite possible tout en évitant de percuter les véhicules et personnes qui ne manquèrent pas de se mettre en travers de mon chemin. Les voitures étaient interdites sur la place du Millenium Center mais j'avais les télécommandes nécessaires pour y accéder. Malgré les cris de Ianto, je fonçais à vive allure vers les dernières bornes qui s'abaissaient et qui allaient me permettre d'accéder à la place. Je voyais la cabine bleue du Docteur ! Il était toujours là. Bon dieu, Ianto hurlait comme un fou à côté de moi.
Foutues bornes, elles descendent beaucoup trop lentement, elles ne seraient pas abaissées à temps, c'était ce que Ianto devait me dire mais je n'entendais plus rien. Je voyais juste la cabine et mes oreilles bourdonnaient, je sentais mes tempes battre sous l'affut de sang. J'allais rester coincé sur cette fichue borne et il y avait du monde sur la place … je pris ma décision, j'arrêtais la voiture au frein à main, je bondis hors du véhicule pour courir comme si ma vie en dépendait, vers cette vieille cabine de police bleue chère à mon cœur. En fait si, ma vie en dépendait.
- Jack ! cria Ianto derrière moi.
Il me suivait mais pouvait-il seulement comprendre, je ne devais pas m'arrêter, il allait bientôt partir …
- Jack ! Arrête-toi ! Le Tardis ne veut pas de toi, arrête !
Impossible … pensais-je.
- C'est comme pour le coffre, fais-moi confiance !
Son hurlement était déchirant, que se passait-il ? Etait-ce possible qu'il soit à nouveau en contact avec la machine …
Je tournais la tête en ralentissant mon allure et je le vis. Il s'était arrêté, tombé à genoux, reprenant difficilement son souffle, en pleurs, désespéré … mon cœur était partagé entre ces deux êtres quand j'entendis. Le bruit du Tardis si caractéristique. Il repartait ! Sans moi. Ianto pouvait-il avoir raison ? Je m'arrêtais de courir en proie au désarroi le plus grand.
- Jack, viens ! me supplia-t-il en me tendant la main. Fais-moi confiance, je sais que tu veux le voir, je comprends. Viens et tu le verras. Sinon, il partira !
Je fis un énorme effort pour tourner le dos à la boîte bleue, celle qui hantait mes rêves depuis des décennies puis pour marcher vers Ianto. Comme un automate, je le choisissais lui mais une immense tristesse ralentissait mes pas. Il se releva, vint vers moi et me prit dans ses bras. Les miens étaient ballants, je ne pouvais pas le serrer comme lui le faisait. Je souffrais, je souffrais terriblement.
- Je l'entends, murmura-t-il à mon oreille, il me parle dans ma tête. Il ne veut pas de toi mais je suis en train de le convaincre. Le Docteur est furieux à l'intérieur …
- Comment le sais-tu ? réussis-je à articuler encore abasourdi.
- Le Tardis me le dit, me souffla-t-il à l'oreille, le Docteur lui a donné de nouvelles coordonnées mais … je lui ai demandé de rester avec moi. Avec nous …
- Et alors ? le coupais-je trop impatient et inquiet de savoir.
- Il écoute …
Après quelques douloureuses minutes d'attente, où Ianto avait fermé ses yeux et où moi je me liquéfiais sur place, j'entendis à nouveau le bruit du Tardis qui décolle. Il disparut sous nos yeux …
- Il est au Hub Jack, je lui ai montré cet endroit, demandé d'y aller … Rejoignons-les ! me dit-il en souriant.
Je le suivais sans rien dire, je réalisais à peine ce que je venais de faire … j'avais dû mal à y croire. Mon portable vibrait dans ma poche mais je n'en avais que faire. Ianto en revanche vint le chercher.
- Tosh vient de me confirmer que le Tardis est en plein milieu du Hub, déclara-t-il en raccrochant.
J'avais une seconde chance de le voir, je ne pus retenir un sourire qui s'échappa, immense et trouva un écho sur le visage de Ianto.
Nous courûmes tous les deux vers les quais, j'eus même la présence d'esprit de verrouiller le SUV en passant devant. Le cliquetis de l'eau, le bureau de l'office de tourisme, le long couloir qui mène à notre base souterraine, l'ouverture de la lourde porte … tout cela passa en un instant, l'excitation de le retrouver revenait, intacte. Le Tardis trônait au centre du Hub ! Il était là, chez moi … de tous les objets entreposés ou qui avaient été de passage dans ce lieu, le Tardis en était le joyau. Jamais je n'aurais imaginé cela possible, même dans mes rêves les plus fous …
Je m'approchais, tout comme Ianto et nous fûmes rejoints par Tosh et Owen. Ce dernier avait une arme en main, je lui intimais l'ordre de la poser. Nous étions tous les quatre devant la porte, hypnotisés par cet objet rare et unique dans l'univers. Moi, j'attendais que le Docteur se décide enfin à se montrer. Quand la porte s'ouvrit mon cœur s'accéléra, nous y étions, enfin.
Le Docteur sortit du Tardis, accompagné d'une jeune femme, tous deux l'air circonspects, il me regarda les sourcils froncés, je ne le reconnus pas. Il s'était régénéré, une nouvelle forme en tous points nouvelle. Il ne s'attarda pas sur moi, son regard se posa sur Ianto. Moi, en revanche je le dévorais des yeux. Beaucoup plus mince que la forme que je connaissais mais pas moins charmant. Fini le blouson de cuir, il portait un costume marron à fines rayures et des baskets … beaucoup plus attaché à son apparence, me sembla-t-il. Et, oh, beaucoup, beaucoup plus de cheveux. Il était tout à fait à mon goût mais, le contraire aurait été étonnant.
Les écarquilla les yeux, puis se prit la tête entre les mains en hurlant, tandis que Ianto s'effondrait tel un pantin. J'eus assez de reflexes pour le soutenir avant que sa tête n'heurte lourdement le sol. Cette rencontre tournait mal sans que je sache pourquoi, je me penchais vers Ianto en regardant le Docteur qui avait cessé de crier, cette fois c'était moi qui étais interloqué. Ianto ne revenait pas à lui, Owen qui s'était immédiatement agenouillé releva son regard et je compris. Il était mort.
- Je suis désolé Jack, déclara le Docteur.