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Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Chapitre 6 : Torchwood One's closure
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Cette seconde expédition dans les sous-sols de la Tour fut pire que la première. Elle se fit sans Owen parti examiner les blessés lourds transférés à l'hôpital.
Nous étions bien préparés mais cette zone regorgeait d'aliens qui s'étaient regroupés. Ils portaient tous des bracelets de détention, cela permettait au moins de les contenir. Des espèces hostiles, une chance pour Ianto, il n'aurait pas survécu de ce côté-ci. Des dizaines d'entités toutes différentes, nous avaient attaqués dés notre arrivée et violemment. Deux équipes perdirent un homme. Abandonnant notre plan initial, j'ordonnais une retraite pour nous rassembler. J'avais lancé une seconde attaque mais la géométrie de l'espace compliquait notre tâche jusqu'à ce que nous tombions sur beaucoup plus fort que nous. Je décidais d'arrêter un combat perdu d'avance et ordonnais le repliement stratégique au bout de trois heures de lutte.
Les hommes sortirent exténués et en colère. Tosh et Ianto nous attendaient et oh, miracle celui-ci me tendit une bouteille d'eau. J'en bu immédiatement quelques gorgées. Les soldats m'entouraient, me regardaient, attendant que je dise quelque chose. Dans le feu de l'action, on connaissait vraiment la valeur d'un homme et ce n'était pas vers le colonel qu'ils se tournaient.
- Vous vous êtes bien battus … On va y retourner mieux armés et on va les avoir. Colonel, vous constituez une nouvelle équipe ? Ianto et Tosh avec moi.
Je partis d'un pas décidé vers la tente de Tosh, Ianto me suivit mais l'informaticienne avec ses jolis talons nous rattrapa quelques minutes après.
Je dégageais la table et dépliais la carte du sous-sol de la tour. C'est là que je remarquais la tenue de Ianto. Il s'était changé, il portait un jean et un polo.
- D'où sortent ces affaires ?
- Ce sont les miennes, des hommes me les ont ramenées.
Tosh entra dans la tente et je me re-concentrais sur la carte.
- Bon, on a plusieurs aliens que je ne connais pas qui se sont regroupés de ce côté, expliquais-je ne désignant la zone sur la carte. Et ils n'ont pas du tout envie de partir. Mais on va les déloger, dis-je en souriant.
- On a tout entendu, c'était effrayant. Est-ce que vous ne devriez pas tous y aller ? me demanda Tosh.
- Oui et non. Les couloirs sont étroits, être plus nombreux ne nous aidera pas forcément, surtout qu'il faut bouger vite. Je voudrais les capturer, pas faire un carnage. Bon, Ianto est-ce qu'il y a quelque chose de spécial de ce côté ?
- Des cellules de détention, quelques bureaux mais c'est surtout du stockage de ce côté … un stockage inoffensif.
Il réfléchit quelques instants cherchant, je suppose, ce qui pouvait bien attirer les aliens.
- Il y a aussi les déchets, y compris ceux des laboratoires qui eux ne sont pas inoffensifs. Cette partie-ci concerne les déchets radioactifs dit-il en désignant une zone que nous n'avions pas encore réussi à atteindre.
- C'est lié, j'ai détecté de la radioactivité.
- Comment ? demanda-t-il.
- Grâce à ceci lui dis-je en désignant mon bracelet.
- Il faut identifier l'espèce dominante et trouver l'arme adéquate, à quoi ressemble-t-elle ? me demanda-t-il en se mettant à l'ordinateur. Je vis Tosh se raidir, elle n'aimait pas que l'on touche ses joujous, tu n'as pas été assez rapide me dis-je en esquissant un sourire.
Ianto se connecta au système de Torchwood 1 et ouvrit une session sous son nom. Cela me fit bizarre comme si je collaborais avec l'ennemi. Je lui décrivis la bestiole qui était vraisemblablement leur leader. Il m'écouta puis ouvrit un programme et saisit quelques mots clés. Il me montra différents aliens qui correspondaient à ma description. J'en reconnus certains jusqu'à ce que nous tombions sur la bestiole en question. Il me lut sa fiche descriptive, c'était un alien extrêmement dangereux qui se nourrissait d'énergie. Les déchets radioactifs avaient dû l'attirer, à nouveau je maudis l'inconscience d'Yvonne. Quelle folie de garder une espèce comme celle-ci, encore un exemple de son sentiment de toute-puissance.
- Il vous faudra autre chose que vos armes habituelles. Il pianota encore et me montra quelques modèles préconisés. Tout était enregistré et disponible, y compris des détails qui en disaient long sur les tortures subies comme la résistance à la douleur, leurs points faibles ou la meilleure manière de les tuer.
- Ianto, Tosh, vous nous trouvez ces armes, ordonnais-je en réétudiant la carte.
- Je les aies vues passer, je crois … cela ne va pas être facile de les retrouver, confia Tosh à Ianto dans un murmure.
- J'ai entendu, dis-je bien fort toujours au-dessus de ma carte aux deux protagonistes restés dans mon dos.
- On va les trouver Jack, viens Ianto.
- Oh, il y a un plateau repas dans votre tente monsieur, me dit Ianto en repassant la tête dans la tente avant de sortir.
Je pris ma carte et rejoignis mon QG, j'étais affamé.
A l'image de la tente de Tosh, lentement mais sûrement, la mienne se remplissait de paperasses à lire et signer. Les interviews des survivants avaient commencées ainsi qu'une estimation de leur état psychologique et du risque qu'ils développent un stress post-traumatique. Je jugeais les premiers comptes rendus … épais. Mais ce n'était pas tout, j'avais également une pile de déclaration d'artefacts, ceux que nous emportions à Cardiff, une pile de dossiers concernant les aliens trouvés et encore une autre pile concernant le personnel trouvé mort avec les mesures à prendre pour l'entourage. Je le savais car j'étais averti de chaque nouveau dépôt mais je n'en avais ouvert aucun. L'Unit faisait de l'excellent boulot mais alors la paperasse, ils faisaient beaucoup trop. C'était couru d'avance, malgré cela j'avais demandé à tout voir. Le moment voulu, je m'y mettrais.
Après ce plateau repas froid et infect, je rêvais d'un bon café. Mais ce rêve pouvait facilement se transformer en réalité, je rejoignis la tente des artefacts où Ianto et Tosh devaient chercher les armes que j'avais choisies. Là aussi, les choses avaient bien changées en trois jours et le classement des objets avait pris du retard. Je ne voyais ni Tosh ni Ianto, on m'indiqua qu'ils se trouvaient dans le camion semi-remorque en train de chercher les fameuses armes. La recherche s'avérait compliquée, il y a avait des caisses en attente de chargement et le camion était partiellement rempli. Je les regardais tous les deux des douchettes en main en train de scanner les cartons pour trouver le bon. Ils avaient l'air de s'amuser, Tosh faisait les cartons du bas, trop petite pour atteindre les caisses les plus hautes. Le cri de Tosh m'indiqua qu'ils avaient enfin trouvé. Ils ressortirent tous les deux.
- Qu'est-ce qu'il y a Jack ? me dit-elle alors que je l'attrapais par les bras pour la faire descendre.
Ianto indiquait à deux soldats la caisse à ressortir du camion et revint vers nous.
- Maintenant que vous avez rempli votre mission, est-ce que je pourrais avoir une tasse de café ?
Tosh sourit, ce sourire qui voulait dire beaucoup de choses et que je connaissais bien.
- J'y vais, répondis Ianto immédiatement.
Il s'éloigna mais je vis l'ombre d'un sourire sur son visage. Tosh me fixait toujours avec son sourire en coin mais je n'avais rien tenté avec le garçon, si elle pensait que c'était un quelconque jeu de séduction, elle se trompait. Son café était excellent et j'appréciais le bon café.
- Pas du tout Tosh, tu te trompes. Son café est vraiment parfait, me défendis-je.
- C'est sûr …
Bon, je devais avouer qu'elle n'avait pas entièrement tort. Quelques idées s'étaient matérialisées dans mon esprit mais rien d'inhabituel chez moi. Dés que je rencontrais une personne j'estimais ses atouts, je l'envisageais, c'était plus fort que moi. Mais ici moins que d'habitude, mes responsabilités occupaient une grande partie de mes pensées. Le Docteur, Rose, c'est à eux que je pensais dés que j'avais un moment de répit. En d'autres circonstances, j'aurais déjà tenté une approche, il était jeune et craquant, en jeans comme en costume et son café était parfait.
- Et toi alors ? lui dis-je sachant pertinemment que j'allais la choquer.
- Quelle idée Jack !
Sur ce elle déguerpit aussi vite que possible, la tête haute. Et je savais qu'elle disait vrai, elle ne l'avait même pas envisagé et ne le ferait pas. Professionnelle jusqu'au bout du clavier. Depuis que je l'avais engagée, elle n'avait pas pris un jour de congés sans que je ne l'y oblige. Torchwood était sa vie et elle ne tromperait pas l'institut même avec un gallois sexy. Mais ce n'étaient pas mes affaires et je ne me mêlais pas de la vie privée de mes agents même si en l'occurrence, ils n'en avaient pas.
Je pris le temps de boire mon café en regardant, tout comme Ianto, les soldats se familiariser avec les armes. Il avait imprimé le mode d'emploi et le colonel s'occupait de la formation. Il en faisait des tonnes … je ne le trouvais pas franc même si je reconnaissais qu'il menait ses hommes d'une poigne de fer et que le travail était impeccable. Mais à ce niveau de commandement il ne fallait pas s'attendre à autre chose.
Je trouvais les hommes tendus et c'était bien compréhensible, moi j'étais plutôt excité à l'idée de me battre et d'en finir avec les occupants de la tour. Mon immortalité m'enlevait toute peur et me faisait parfois perdre la notion du danger si je ne faisais pas attention.
Cette seconde expédition fut tout aussi difficile mais les armes que nous avions nous donnèrent l'avantage. En contrepartie nous ne fîmes pas de prisonniers ce qui me déçut. J'avais l'impression d'agir à la manière d'Yvonne alors que j'essayais désespérément de m'en éloigner le plus possible.
Enfin débarrassés de ses derniers occupants la tour avait fini par nous livrer tous ses secrets, enfin je l'espérais ... la fin de Torchwood un.
Nous fûmes accueillis par tous les hommes qui avaient suivis nos exploits, tels des héros. Je vis même Owen et Ianto applaudir avec une Tosh tout sourire à leurs côtés. Plus réservée mais néanmoins satisfaite, cette victoire la rapprochait de son expédition de récupération de données, je n'étais pas dupe. La fin de l'après-midi passa plus lentement que d'habitude, j'étais soulagé d'en avoir fini avec l'exploration. Je reçus un rapport m'indiquant que toutes les stations de conversion avaient été détruites ainsi que tous les cybermen découverts. Enfin de bonnes nouvelles … Les fourmis s'étaient remises au travail, vidant minutieusement la tour. Alors que j'examinais certains objets trouvés, Ianto me demanda la permission d'aller récupérer ses affaires, Owen s'était proposé pour l'accompagner. Tiens celui-là je ne l'avais pas vu depuis son retour de l'hôpital.
- Attends-moi Ianto, on va y aller ensemble.
- Bien monsieur.
- Owen ! dis-je en entrant dans la tente médicale. Tu ne m'as pas fait de compte rendu.
- Mouais, on a 5 hommes à l'hôpital, ils se remettent bien. Mais leurs blessures sont graves, ils ne sortiront pas avant quelques semaines. Ils sont sous bonne garde, ça évite qu'ils ne racontent ce qu'ils ont vu. Je leur ai déjà réservé des places en maison de repos. J'ai fait la même chose pour les personnes qui sont ici aussi, il faudra que tu consultes les bilans de l'Unit.
- Parfait Owen, dés que je les aurais lus tu pourras repartir sur Cardiff.
- Comment elle s'en sort Suzie ?
- Pour l'instant ça va mais il y a une ouverture prévue ce soir … J'accompagne Ianto chercher ses affaires.
- Comme tu veux Jack.
- A moins que tu ne veuilles y aller …
Owen me considéra un instant, cessant ses activités de médecin pour répondre à ma véritable question sous-entendue.
- Il est sympa ce mec, ce qu'il a vécu est …moche.
- Comme nous tous.
- Euh, non je ne crois pas, tu as perdu ta petite amie Jack ?
Oui, j'avais perdu quelqu'un de cher et la personne que j'attendais depuis plus de cent ans venait de partir.
- Je connaissais certaines personnes …
- Il croit qu'il ne pourra plus jamais aimer comme ça… si jeunes, c'est injuste.
- De qui tu parles là ?
- Oh, c'est bon ... pour la psychologie à deux balles, j'ai les psys de l'Unit toute la journée sur le dos. Je te parle de Ianto.
- Ok, ok … Je pense que d'ici à deux jours tu pourras rentrer.
- Il est temps, marmonna-t-il en reprenant ses activités.
Je sortis mais captais son regard en coin, tout cela l'affectait. Il avait compris le message, je le renvoyais à Cardiff dés que possible. Je ne pensais pas qu'il projetterait sa propre histoire ici. Il allait falloir que je me plonge dans les rapports psychologiques mais avant, Ianto m'attendait devant l'entrée de la tour.
Chapitre 7 : Une nouvelle recrue ?
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Ianto attendait devant l'entrée de la tour pour aller récupérer ses affaires.
- Prêt à y retourner ?
- Il faut bien.
J'avais mon arme mais je ne la sortais pas de mon étui, cette zone était en cours de nettoyage, nous n'allions pas être seuls. Je laissais Ianto avancer jusqu'à sa chambre, il connaissait les lieux mieux que moi. Il aurait presque pu y aller seul, je n'avais pas moins confiance en lui que dans les hommes de Mace. Mais ce n'était certainement pas facile comme démarche, il était préférable qu'il soit accompagné. Qui sait ce que l'on peut faire dans un moment de découragement, Owen en était bien conscient tout comme moi. Il semblait encaisser le choc mais je n'avais aucune idée de ce qui se passait réellement dans sa tête.
Il s'arrêta devant une porte alors que nous venions de passer les cellules de détention. Cela me parût fou d'obliger quelqu'un à vivre ici, c'était non seulement dangereux mais … terrifiant.
- Ce n'était pas si difficile me dit-il sans me regarder, répondant à mes pensées. Je sentais bien qu'il n'était pas à l'aise, je ne sais pour quelle raison il voulait minimiser ce que lui avait fait subir Yvonne. Par fierté je suppose, pour garder sa dignité. Il inséra sa clé et ouvrit la porte en grand. Il passa le premier, je restais à l'entrée. C'était une grande pièce aux murs blancs dépourvue bien entendu de fenêtres. Un lit deux places, Yvonne avait dû accepter sa relation avec Lisa … une table de chevet, une étagère avec quelques livres, un bureau et une armoire. C'était très propre, très bien rangé même trop, il n'y avait rien qui indiquait si cette pièce était habitée et par qui. Il commença à trier ses livres quand je remarquais une photo sur le bureau. J'entrais pour la voir de près, c'était Ianto et Lisa sur une pelouse, l'air heureux ... Je n'avais pas remarqué à quel point elle était belle, à quel point ils formaient un joli couple.
- J'ai tout perdu …
- Tu as gagné ta liberté.
Il se tourna vers moi, je reposais la photo que je tenais encore dans les mains. Je sentais la tension qui l'habitait, je me demandais s'il allait craquer … j'aurais peut-être dû laisser Owen y aller. Ou alors prendre des sédatifs en cas de crise.
- Je veux travailler pour vous.
Je restais abasourdi un instant, je ne m'attendais pas à cela.
- C'est non Ianto. Cardiff est une plus petite ville que Londres, nous sommes au complet. Finis de préparer tes affaires.
Je sortis de la pièce, un peu lâchement, en espérant qu'il allait le faire et pas s'effondrer maintenant.
L'équipe tournait bien, nous avions trouvé un équilibre surtout depuis qu'Owen et Suzie ne couchaient plus ensemble. Je n'étais pas prêt à remettre cela en cause même si je voyais très bien ce que Ianto pouvait nous apporter.
Je partis inspecter quelques cellules de détention dés que je l'entendis reprendre ses préparatifs, je ne supportais pas d'attendre sans rien faire. Les cellules n'avaient rien à envier à celles de l'Unit, j'avais bien fait de ne pas amener Tosh ici.
Je rejoignis Ianto dix minutes après, il m'attendait, résigné semblait-il. En tout cas il avait un visage fermé et la mâchoire serrée. Il avait rempli un sac militaire, ce qui m'étonna un peu en revanche je m'attendais à la housse pour les costumes. Yvonne avait instauré les costumes dans son institut trouvant que c'était la tenue la plus adéquate pour ses employés. Elle critiquait d'ailleurs régulièrement mes vêtements, nous n'avions vraiment que peu de choses en commun. Nous rejoignîmes la sortie, il me suivit sans un mot, il n'avait plus rien dit après mon refus. Mais je voyais bien qu'il était malheureux, il ne faisait rien pour le cacher. Je cherchais quelque chose à lui dire mais rien ne me venait à l'esprit alors nous fîmes le chemin du retour dans le silence.
Le colonel Mace nous attendait à la sortie, fumant un de ses petits cigares à l'odeur insupportable.
- Colonel ? dis-je alors que Ianto nous dépassait en regardant ses pieds.
- Ianto reste, cela te concerne aussi.
Il posa son sac étonné comme moi et nous attendîmes que le colonel daigne nous expliquer de quoi il s'agissait. Il nous toisait avec un immense sourire qui ne présageait rien de bon.
- La Reine souhaite nous voir, vous et moi, indiqua-t-il en me désignant. Elle veut un rapport complet sur la situation.
- Bien, commentais-je.
Je trouvais cela un peu tôt mais pourquoi pas.
- Elle nous envoie un hélicoptère, nous partons tout de suite.
- Colonel ? se manifesta Ianto.
- Elle veut rencontrer quelqu'un de Torchwood 1 et ce sera toi.
- Mais pourquoi ?
- Pour que tu lui expliques ce qui s'est passé de l'intérieur. Tu feras le secrétaire en même temps. On se retrouve dans quinze minutes Capitaine ?
- Je n'y irais pas ! Certainement pas Colonel, s'insurgea Ianto presque en colère.
Je vis le Colonel changer de visage, la moutarde lui montait facilement au nez et là il y avait de quoi. Je jubilais devant le toupet du jeune homme.
- Tu feras ce que je te demande !
- Je ne suis pas sous vos ordres mais sous ceux du Capitaine. De plus je ne suis pas le mieux placé, pourquoi vous n'amenez pas Amélia Brown qui travaille depuis trente ans pour Torchwood ?
Il avait repris son calme mais ne me regardait pas toujours pas.
- Je ne la connais pas mais je sais qu'elle va pleurer, gémir, elle n'arrivera même pas à raconter le quart de ce qui s'est passé avant de s'effondrer.
- Justement. C'est pour cela que vous devez l'amener.
- Je ne discuterai pas plus longtemps, Capitaine ? fit le Colonel pour que je tranche en sa faveur cet affront.
Ce que je n'allais pas faire avec une joie que je tâcherais de garder toute intérieure.
- Je me demande s'il n'a pas raison, ce sera pénible bien sûr, mais elle sera certainement plus représentative du personnel survivant. Tu vas la prévenir Ianto ?
- Oui monsieur.
Il prit ses affaires et reprit son chemin vers la tente médicale. Furibond, le colonel rejoignit à grands pas ses quartiers en tirant sur son cigare et probablement en me maudissant. Je partis à mon tour vers la tente médicale, il fallait espérer que cette Amélia Brown serait à la hauteur. Quand j'entrais, elle pleurait dans les bras de Ianto. C'était une femme d'une cinquantaine d'année, plutôt ronde, cela me fit bizarre de la voir ainsi dans de bien jeunes bras qui la soutenaient. Je m'approchais.
- Amélia Brown ?
- Capitaine Harkness, si vous saviez comme je suis honorée que vous m'ayez choisie ...
Je lançais un regard à Ianto mais celui-ci ne dit rien et baissa les yeux. Il fuyait mon regard et n'allait pas m'aider sur ce coup-là. Je réalisais que je n'aurais probablement plus mes cafés qui me remontaient tellement le moral …
- Vous allez expliquer à la Reine ce que vous avez vécu ?
- Oui, je le ferais, je lui dirais toute l'horreur que nous ont fait endurer ces monstres de métal. Je viens avec vous ? dit-elle en se levant.
- Euh, oui si vous voulez.
Elle prit son sac à main, salua Ianto et me suivit jusqu'à l'aire d'atterrissage de l'hélicoptère. Anxieuse, elle me posait des tas de questions auxquelles je ne savais pas quoi répondre. Mes réponses évasives finirent par la contraindre au silence, j'en profitais pour organiser mes idées pour mon compte rendu à la Reine. Je ne rédigeais pas de rapport ou de note, je n'étais pas accompagné par personne. En revanche, le colonel arriva avec son secrétaire personnel et un expert en technologie alien.
J'avais l'habitude de la Reine mais sa colère était bien plus importante que ce que je pensais. Je lui expliquais ce qui s'était réellement déroulé sans hésiter à accabler Yvonne. Elle avait caché beaucoup de ses activités et profité des deniers royaux pour ses propres ambitions. Elle écouta mon compte rendu des opérations et me félicita pour ma gestion de la crise. Je fus moins satisfait des mesures qu'elle avait décidées. Notre budget serait à l'avenir l'objet de toutes les attentions et notre collaboration avec l'Unit et les services secrets devait être plus importante. Ils se porteraient garants de nos opérations.
Elle me mettait sous tutelle … mais je ne pouvais rien dire, il fallait laisser passer l'orage. J'avais conservé sa confiance, c'était le plus important. Je m'adapterais aux nouvelles contraintes, il me faudrait reconquérir mon autonomie.
Amélia fut parfaite, très impressionnée au début elle fit un récit poignant de ce qu'elle avait vécu, de la peur viscérale qu'elle avait ressentie, de l'horreur des conversions. Sa voix tremblait mais elle pleura très peu, elle défendit ses collègues avec vigueur, ils s'étaient battus jusqu'à la fin sacrifiant leur vie contre des machines sans pitié. La Reine me demanda avec beaucoup d'émotion de leur donner immédiatement toute mon attention bienveillante en leur permettant de choisir leur avenir sans avoir à se soucier du matériel. Nous repartîmes vers la tour dans le soleil couchant.
Je retrouvais Tosh et Owen dans mon quartier général.
- Alors ? me demanda Owen la bouche pleine de pizza.
- On a de la pizza ? m'exclamais-je avec entrain, j'avais refusé le repas au palais arguant que nous n'avions pas le temps malmenant à nouveau le Colonel, j'aimais voir la colère monter chez cet animal au sang chaud. Un spectacle dont je ne me lassais décidément pas.
- Ianto a tout organisé, il a acheté de la bière en nous demandant notre accord. Il tenait vraiment à savoir si tu n'y verrais pas d'objection, m'expliqua Tosh en souriant.
- Elle lui a dit oui, une chance ! me dit Owen en me tendant une bouteille.
Je souris en prenant une énorme part de pizza et ma bouteille de bière.
- Où est-il ? dis-je la bouche pleine.
- Je ne sais pas, il a dormi les deux nuits avec moi, me dit Owen. Mais j'ai vu qu'il avait pris ses affaires, il a dû aller s'installer avec les soldats. Mais c'est bizarre, il ne m'a pas prévenu et il n'est pas venu me voir. Pourtant il a eu besoin de somnifères les deux nuits.
Je connaissais ses motivations mais je ne dis rien.
- Tu ne l'as pas vu alors ?
- Nope, pas depuis que vous êtes allés chercher ses affaires.
- Moi je l'ai vu, nous avons un peu travaillé sur un programme de reconnaissance faciale absolument génial. Ensuite il m'a demandé s'il pouvait travailler sur les dossiers du personnel vivant de Torchwood 1.
Je faillis m'étrangler en entendant cela.
- Il t'a classé la pile du plus facile au plus difficile et sur le dessus tu as une grille qui te résume tous les dossiers.
- Tu l'as laissé seul dans ma tente ? dis-je offusqué.
Déjà je n'en revenais pas que Tosh lui ait accordé sa confiance si vite mais si elle l'avait laissé seul …
- Non, il a pris les dossiers et il a travaillé dans ma tente Jack, qu'est-ce que tu crois ? dit-elle prenant la mouche à son tour.
- Il n'a pas besoin d'être surveillé ! s'exclama Owen outré.
- Est-ce que tu l'as évalué ? lui demandais-je.
- Oui, il ne souffre d'aucun trouble si ce n'est qu'il n'arrive pas à dormir, médicalement et psychologiquement il va bien.
- Il est de Torchwood 1, dis-je un peu à contrecoeur car il s'était avéré un allié.
- Conneries. Il était prisonnier à Torchwood 1. C'est une victime d'abord de Torchwood 1, même s'il ne veut pas le reconnaître.
- Ah bon ?
Owen en connaissait plus que moi.
- Jack, tu liras mon dossier si tu veux en savoir plus.
- Je ne savais pas que j'avais son dossier.
- Y'en a qui bossent pendant que tu joues au héros et d'ailleurs on pensait que tu mangerais aux frais de la Reine.
- Nah, je voulais revenir vite. Le colonel cachait mal sa déception en revanche.
- Je ne l'aime pas, commença Tosh, il est mielleux avec moi et je ne supporte pas ça.
- Estimes-toi heureuse, c'est une véritable ordure avec ses hommes, relata Owen.
- Il va falloir vous habituer à l'Unit car nous allons devoir collaborer plus étroitement avec eux.
- Eh, merde déclara Owen. Ça veut dire un max de paperasse.
J'acquiesçais, de la paperasse au début mais ensuite ?
- Il faudra que l'on soit assez malins pour leur donner l'illusion qu'ils savent ce qu'on fait sans qu'ils ne s'en mêlent, réfléchit Tosh à voix haute.
C'était exactement cela et ce ne serait pas facile.
- Au fait, dit Owen, le Colonel est venu faire son marché cet après-midi.
- Comment cela ? dis-je en prenant une nouvelle part de pizza.
- Il a consulté les dossiers que nous avons préparés et il a sélectionné deux agents de sécurité et une secrétaire. Il leur a proposé de venir travailler pour lui.
- Pour l'Unit plutôt. La décision finale passera par moi, mais je ne m'y opposerais pas.
- Je suppose qu'il a dû demander à Ianto aussi, non ? demanda Tosh.
- Je ne sais pas … répondit Owen perdu dans ses pensées.
Je me réveillais sur le coup de trois heures du matin. Tout était silencieux, même s'il y avait les équipes de nuit qui travaillaient. Allongé dans mon lit de camp, je me mis à penser à Ianto. J'étais un peu contrarié sans trop savoir pourquoi. Un sentiment d'inachevé … je ne lui avais pas parlé depuis qu'il était allé chercher ses affaires. J'avais été un peu brutal et je n'avais pas vraiment su trouver les mots. Peut-être que je culpabilisais un peu. Je me levais, de toute manière le sommeil ne reviendrait pas, une fois que je quittais les bras de Morphée, c'était pour de longues heures. Je mis mon manteau, les nuits étaient fraîches. La nuit sans lune enveloppait le camp et la tour qui nous surplombait semblait nous écraser. Je passais près de la tente de Tosh et je perçus le ronronnement des machines qu'elle n'éteignait jamais. Je partis au triage. Des tas d'objets s'entassaient, attendant d'être examinés.
- Des insomnies monsieur ?
- Oui, répondis-je.
Que dire d'autre ? Non, je suis immortel et je ne dors que trois heures au maximum par nuit. Mes nuits sont presque aussi longues que mes jours. Des insomnies, ça sonnait définitivement mieux.
- Décidément, il y a du passage ce soir.
- Ah bon ?
- Oui, on a vu passer quelques collègues et Jones.
- Ianto ?
- Oui, me dit-il en reportant son attention sur l'objet qu'il manipulait.
- C'est un liquide anti-plastique vivant, vous pouvez le classer comme inoffensif.
- Ah, merci Capitaine.
- Où est parti Ianto ?
- Au fumoir je crois.
Je ne savais pas qu'il fumait. Cela m'étonna un peu, ça ne cadrait pas avec l'idée que je me faisais du jeune homme.
- Où est-ce ?
Le soldat m'indiqua le lieu. Tout le camp n'était pas éclairé et cet endroit était dans le noir, mais le rouge de la cigarette et l'odeur m'indiqua qu'une personne était là.
- Capitaine ? s'étonna-t-il en me voyant arriver.
- Des cauchemars ? lui dis-je ne souriant et en m'appuyant contre une baraque.
- Non … c'est plutôt mon compagnon nocturne qui me manque.
- C'est-à-dire ?
- Le vampire. Il n'était pas loin de ma chambre et la nuit … il chantait la nuit … enfin je crois que c'était un chant ... Je râlais mais je crois que cela me manque maintenant.
- Owen peut te donner un cachet.
- Je sais, mais ça suffit, j'en ai déjà pris deux les nuits précédentes. Il faut que je m'habitue et ce n'est pas en prenant des somnifères que je vais y arriver.
- Cela ne fait que deux jours Ianto …
- Comment ça s'est passé avec Amélia ? demanda-t-il en tirant sur sa cigarette.
- Bien, tu avais raison, elle a été géniale.
- Elle a toujours été très dévouée, j'étais certain qu'elle serait parfaite. J'ai commandé des pizzas hier … fit-il hésitant.
- Je sais, le coupais-je, j'en ai mangé et c'était une très bonne idée. Y compris les bières, je pense que tout le monde a apprécié.
- C'est Yvonne qui régalait, dit-il en souriant.
Mes yeux s'étaient habitués au noir et je voyais maintenant les traits de son visage très légèrement éclairés par la lueur incandescente de sa cigarette.
- Tu devrais avoir honte Ianto, jamais Yvonne n'aurait autorisé cela !
- C'est clair, dit-il en souriant un peu plus.
Il était évident que cela lui avait fait plaisir.
- J'ai rendu les moyens de paiement que j'avais … Est-ce que je pourrais venir travailler demain, j'ai vu la pile de dossier sur les artefacts. Je peux aider, si vous voulez bien …
Il avait demandé cela avec de la crainte, une véritable peur dans sa voix … je crois qu'il s'accrochait à son travail pour ne pas sombrer. Il était inquiet, il devait avoir peur … mais peur de quoi ? Aucune idée, j'avais différentes pistes mais aucun indice, il n'était pas facile à lire le garçon et j'avoue que c'était intéressant voire intriguant. Peu importe, je préférais cette attitude que son regard fuyant.
- Oui.
- Merci monsieur.
- Ne me remercie pas ! C'est moi qui devrais … comment ça va Ianto ?
- Bien monsieur … je vais essayer de dormir. A tout à l'heure monsieur.
Sur ce il partit. Pas très enclin à se livrer … il avait soigneusement évité le peu de questions personnelles que je lui avais posées.
Je savais par quel dossier j'allais commencer, pas le plus facile mais le plus intéressant de cela j'en étais certain.
Chapitre 8 : Un nouvel éclairage
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Après une bonne douche et un petit déjeuner infect, j'attrapais le dossier de Ianto. Il était 4 heures trente, je ne pouvais décemment pas réclamer une tasse de café, j'avais donc un thé pour accompagner ma lecture.
La première partie contenait le dossier administratif de Torchwood 1. Il était entré à l'institut à l'âge de dix-huit ans, ce qui me paraissait très tôt même pour Yvonne qui aimait bien s'entourer de jeunes gens. Mais il avait deux ans d'avance et donc deux années de formation universitaire qu'il avait complétées à l'institut. J'imaginais très bien Yvonne lui expliquer qu'il recevrait une bien meilleure formation ici qu'à l'Université. Il avait gravi les échelons très vite. Les rapports étaient élogieux tant sur la personne que sur son travail. Un dossier parfait qui ne révélait rien. Froid et administratif, à l'image de Torchwood 1, à l'image d'Yvonne. Je consultais les antécédents familiaux. Tiens, il était originaire de Cardiff. Il avait perdu ses parents à treize ans mais il était déjà en institution depuis deux ans, tout comme sa sœur. Je cherchais pourquoi mais je ne trouvais nulle part l'explication. Tosh trouverait à son réveil.
La seconde partie concernait son audition qui avait duré trois heures d'après ce qui était noté et qui avait été effectué pour une partie par un psychologue de l'Unit expert dans la gestion des victimes et d'autre part par Owen. Le rapport d'Owen était tout d'abord factuel, poids, taille, description des contusions. Il avait quelques côtes fêlées, un léger traumatisme crânien mais rien qui ne nécessitait un traitement. Il avait noté toute une série de contusions antérieures qui étaient apparues aux radios. Étant donné qu'il n'était pas un agent de terrain, cela me donna une idée assez précise du pourquoi de son placement en institution. Il avait ensuite noté ses réflexions, l'analyse des discussions qu'ils avaient eues ensemble. Il le considérait comme stable, physiquement et mentalement. Très réservé, ne parlant pas facilement, ne se considérant pas comme une victime. Il était conscient de sa réclusion à Torchwood 1 mais il refusait toute victimisation. Il avait adapté sa vie à cette contrainte extrême et ne voyait que les aspects positifs de sa captivité. Le rapport de l'expert de l'Unit semblait dire à peu près la même chose dans un charabia très élaboré avec des termes techniques dont je devinais simplement la signification. Il avait conclu à une personnalité résiliente compte tenu des antécédents, la probabilité de développer un ESPT* était quasi nulle. Des antécédents médicaux auxquels je n'avais pas accès mais lui oui, néanmoins il me paraissait assez évident qu'il avait été battu dans son enfance. Je fermais le dossier en prenant une grande inspiration, de tous les crimes ceux qui touchaient les enfants me répugnaient au plus haut point.
Vers sept heures trente, je l'autorisais à entrer dans mon modeste QG. Je vis d'abord passer deux tasses avant de ne le voir lui-même. Enfin, il essayait d'entrer et cela avait l'air compliqué entre les tasses brûlantes, son dossier sous le bras qui glissait et une lourde sacoche qui ne voulait pas passer la bâche qu'il maintenait comme il pouvait … j'eus pitié de lui, enfin surtout peur qu'il ne renverse le précieux nectar, j'attrapais les deux tasses en souriant.
- ah, merci fit-il en me rendant son sourire.
J'eus un petit pincement de cœur. On ne voit plus les personnes de la même façon quand on sait ce qu'ils ont vécus. On pouvait le croire effacé alors qu'il avait une force de caractère qu'il cachait mais qui se révélait au travers de ses actes. Il suffisait de bien regarder et je comprenais mieux son comportement des derniers jours.
Il s'était changé, il portait son uniforme torchwoodien, costume, chemise et cravate. Pas des vêtements chers, c'était un costume bon marché mais qui lui allait bien.
- Joli costume, dis-je en le détaillant ouvertement.
- Merci … joli manteau, me dit-il en le désignant le porte-manteaux.
Il n'avait pas sourcillé à ma remarque, plutôt encourageant. Il s'assit avec moi en me tendant les journaux du jour.
- Vous les avez lus ?
- Non …
- Ils prétendent que les fantômes étaient des hallucinations !
- Cela fait partie de l'opération de nettoyage.
- Discréditer ce qui s'est passé ? Je me doute … est-ce que c'est aussi vous qui vous en occupez ?
- Non, c'est le Premier Ministre.
- Vous savez qu'il y a eu un accident ce matin …
- Non ! Que s'est-il passé ?
- Oh, rien de grave, enfin ça aurait pu … au centre de triage, James était seul et il a malencontreusement actionné un creuset Decadron**.
- Aï … pourquoi était-il seul ?
- Je crois que son acolyte faisait une pause … il est resté un petit moment en lévitation avant qu'ils ne le trouvent. Comme vous le savez, il y a deux boutons l'un éteint l'appareil, l'autre également mais en tuant son occupant. S'en est suivi une discussion mouvementée pour savoir quel bouton actionner … c'était plutôt drôle vu de l'extérieur.
- Oui dis-je en riant et en m'imaginant la scène, il s'en est sorti ?
- J'ai vendu la mèche. James est parti se reposer, il était secoué …
- Je suis presque étonné que l'on n'ait pas eu plus de problèmes … en même temps, ils ne s'en sont peut-être pas vantés.
- Possible. Comment vous connaissez le Decadron ?
- Ah ! Je vais t'expliquer …
Je ne pus m'empêcher de lui raconter une de mes histoires qu'il écouta religieusement en semblant l'apprécier tout en sirotant son café. Nous discutâmes encore un petit moment avant de nous mettre au travail. Il installa son ordinateur portable et attrapa la pile de dossiers qui avait atteint une hauteur tout à fait remarquable. Pour ma part, je pris les dossiers du personnel de Torchwood dont j'avais retiré le sien. Beaucoup plus petite, déjà classée avec une grille fort pratique sur le dessus. L'ennui me guettait déjà mais dans ces conditions très favorables, je n'avais vraiment aucune excuse. Et puis la Reine avait insisté, c'était devenu ma priorité. Au bout d'une heure trente, je n'avais pas levé le nez de mes dossiers mais je n'en pouvais plus, j'avais envie d'une pause. Discrètement je regardais Ianto dont je n'entendais que les clics de son clavier. La pile s'était divisée en trois, bien droit dans sa chaise il semblait concentré.
- Besoin d'une pause ? me dit-il sans lever le nez de son écran.
Ben, oui c'était cela. Mais c'était ce moment que choisis le colonel pour faire son entrée sans être annoncé, bien entendu. Pourtant il y avait un garde à l'entrée de ma tente jour et nuit en autres choses pour cela. Mais c'était un soldat de l'Unit … Je lus la surprise sur son visage, il ne s'attendait apparemment pas à trouver Ianto ici.
- Je vais préparer du café, indiqua Ianto avant de prendre la poudre d'escampette.
La surprise du colonel ne lui avait pas échappé non plus.
- Colonel, que puis-je faire pour vous ?
- Ça avance les dossiers ? dit-il en regardant autour de lui.
- J'y travaille, vous serez averti quand j'aurais terminé.
- J'ai proposé à trois anciens agents de travailler pour moi.
- Pour Unit, vous voulez dire ?
Il se tourna vers moi avec son sourire carnassier.
- Bien sûr.
Il venait à la pêche aux informations, voir où j'en étais, il n'avait rien à me dire.
- Le reste du personnel alors ?
- Je n'ai pas terminé de lire les dossiers mais certains pourront travailler au gouvernement, pour d'autres ce sera la maison de repos en attendant que cela aille mieux, aux frais du contribuable.
- Vous n'étoffez pas votre petite équipe, Capitaine ?
Petite équipe ? C'était dit avec un ton tellement condescendant … Je suppose qu'il prit mon silence pour une invitation à continuer. Moi je voulais l'obliger à se dévoiler.
- C'est tellement pratique un agent que l'on n'a pas besoin de former. C'est rare n'est-ce pas ?
- Venez-en au but, Colonel.
- Oh, mais je dis cela pour parler … vous avez décidé de toutes les affectations ?
- Je vous ai dit que je n'avais pas terminé.
- Je pensais à Ianto. Il nous connaît bien, j'étais très satisfait de notre collaboration. Je pense lui proposer un poste.
Étais-ce la raison de sa venue ?
- Vous me validez ma demande alors ? finit-il par demander feignant mal la désinvolture, il y avait un brin d'agressivité dans la voix qui lui avait échappé mais que j'avais perçu. La décision finale m'appartenait et cela devait être une torture pour lui. Le fait qu'il pose la question révélait son intérêt pour le gallois.
- C'est possible, je ne sais pas encore.
Là, c'était mon inconscient qui avait parlé pas moi. Je m'étonnais moi-même, c'était sorti tout seul.
- Eh, bien décidez-vous. Moi je le suis.
- Vous lui en avez parlé ?
- Pas besoin, il le sait.
Ianto rentra à ce moment là avec trois tasses fumantes. Il tendit la première au colonel qui la saisit en le regardant sévèrement.
- Ah, ce n'est pas trop tôt, je pensais ne jamais en avoir une !
- Tenez monsieur, me dit-il en me tendant la mienne.
Il allait repartir quand il fut retenu par le colonel.
- Tu peux rester, j'ai fini. Je vous laisse travailler.
Il sortit brutalement comme il était entré et Ianto reprit son siège.
- Qu'est-ce que tu en penses du Colonel ? lui demandais-je en me penchant en avant.
- C'est une question piège ?
- Non ! Je ne l'aime pas … cela restera entre nous.
- Il est plus malin que ce qu'il n'y paraît, il faut se méfier. Il est très à cheval sur la hiérarchie, les règlements, les papiers administratifs etcaetera, me dit-il sur le ton de la confidence. Et il apprécie que l'on flatte son ego.
- Bien ma chance … merci Ianto, dis-je l'air dépité.
Moi aussi j'aimais bien que l'on flatte mon ego … mais cela m'arrivait peu de la part de mon équipe.
- De rien, dit-il en reprenant son travail et en dissimulant comme il le pouvait un sourire que je vis malgré tout.
Ben oui, cela allait être compliqué avec le colonel, pensais-je.
Il le devinait, je le savais.