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Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Chapitre 53 : Une arrivée impromptue, partie 2
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Le Docteur sortit du Tardis, accompagné d'une jeune femme, tous deux l'air circonspects, il me regarda les sourcils froncés, je ne le reconnus pas. Il s'était régénéré, une nouvelle forme en tous points nouvelle. Il ne s'attarda pas sur moi, son regard se posa sur Ianto. Moi, en revanche je le dévorais des yeux. Beaucoup plus mince que la forme que je connaissais mais pas moins charmant. Fini le blouson de cuir, il portait un costume marron à fines rayures et des baskets … beaucoup plus attaché à son apparence, me sembla-t-il. Et, oh, beaucoup, beaucoup plus de cheveux. Il était tout à fait à mon goût mais le contraire aurait été étonnant.
Il écarquilla les yeux, puis se prit la tête entre les mains en hurlant, tandis que Ianto s'effondrait tel un pantin. J'eus assez de réflexes pour le soutenir avant que sa tête ne heurte lourdement le sol. Cette rencontre si désirée tournait mal, mais je ne maîtrisais rien. Je me penchais sur Ianto, les yeux toujours braqués sur cet être qui me subjuguait et qui avait enfin cessé de crier, cette fois c'était moi qui étais interloqué. Ianto ne revenait pas à lui, Owen qui s'était immédiatement agenouillé releva son regard et je compris. Il était mort.
En un instant, toutes mes émotions furent à nouveau chamboulées, en un instant tous mes projets anéantis.
- Je suis désolé Jack, déclara le Docteur.
- Mais que lui as-tu fais ? !
Je criais mon désespoir.
Mon Ianto, mort, par ma faute. Ça ne devait pas se passer de cette manière ! J'attendais cette rencontre pour retrouver un ami, peut-être repartir vers de nouvelles aventures, avoir des réponses à mes questions, mais pas pour perdre un être cher ! Cela m'était arrivé si souvent … c'était injuste. Finalement, je n'avais pas su le protéger … est-ce que je devais payer toute bonne chose qui m'arrivait ? Le Docteur était là mais mon cœur avait choisi Ianto sur cette place, pensais-je désespéré. J'avais laissé mon instinct me guider, ma raison s'était perdue dans un méandre de questions sans réponses et le résultat de tout cela gisait au sol sans vie …
Je le tenais dans mes bras, un poids mort qui me glissait lentement des mains … Je luttais pour le retenir mais je savais bien qu'il me faudrait le laisser définitivement à son sort. Je ne pouvais m'y résoudre. Tous les regards étaient braqués sur moi, mais en cet instant, j'aurais voulu qu'ils regardent ailleurs. Je n'aurais voulu aucun spectateur à mes larmes silencieuses, à celles de Tosh et d'Owen.
Il ne s'était pas écoulé une minute depuis qu'il s'était effondré, mes pensées se bousculaient dans ma tête, je n'arrivais pas à avoir une pensée cohérente, je souffrais trop pour cela. Personne ne disait rien, pas même le Docteur d'habitude si bavard. C'était avant, il était un autre sans l'être tout à fait, un ami … l'était-il resté ? L'avait-il seulement été …
Tous respectaient ce silence de mort qui s'était installé, personne n'osait le rompre car il n'y avait plus rien à dire ou à faire. Avec une force décuplée, je serrais Ianto néanmoins avec délicatesse contre mon torse. Il était mort, la bouche légèrement entrouverte. Alors je l'embrassais, pour la dernière fois, pour lui dire au-revoir à ma manière. J'y mis tout mon cœur, toute la peine que je ressentais mais aussi tous les bonheurs qu'il m'avait donnés, celui du matin qui n'était pas des moindres. Déjeuner avec ma fille, cela faisait vingt ans que nous ne nous nous étions plus assis à la même table pour partager un moment. Connaître les origines de mon immortalité, me faire sentir à quel point il m'aimait tel que j'étais, me faire comprendre que je devais m'accepter ... Me laisser le sauver, influencer sa vie et l'aimer … que de joies un peu de temps. Il ne répondait pas à mon baiser, comment pourrait-il le faire ?
Je sentais néanmoins un picotement sur mes lèvres, puis une sensation étrange m'envahit comme si l'on me retirait toute ma peine, je me sentais plus léger malgré moi. Je relevais alors brusquement la tête car j'avais senti sans erreur possible un très léger souffle …
Et un miracle eut lieu car l'instant d'après Ianto prenait une grande inspiration. Il ouvrit de grands yeux et je fis de même, j'étais aussi étonné que lui. Jamais auparavant je n'avais ramené quelqu'un à la vie. C'était le souffle de la vie que j'avais senti au plus profond de moi, c'était incroyable. Je levais les yeux vers les personnes autour de moi et je vis Tosh en pleurs, les mains sur sa bouche soutenue par un Owen à peu près dans le même état. Le Docteur souriait et sa compagne également. J'étais un homme comblé, je lui avais redonné la vie mais ce n'était que justice puisqu'il l'avait perdue par ma faute.
- Il l'a ressuscité, déclara la compagne du Docteur, c'est incroyable ! Il l'a ressuscité ! répéta-t-elle incrédule.
- Oh ça, c'est tout à fait lui, répondit le Docteur en souriant.
- Jack, murmura Ianto.
Il s'agrippait toujours à moi, je lisais au fond de ses yeux de la détresse et de la peur.
- Tout va bien, le rassurais-je en lui souriant.
Je le serrais à nouveau tout contre moi, je voulais sentir son cœur battre, sa peau douce contre la mienne, je me perdis au creux de son cou, le nez dans ses cheveux dont l'odeur mêlée à celle de sa peau me chatouillait agréablement les narines. Je caressais ce visage, je le regardais respirer sans vraiment y croire. Mes larmes ne s'étaient pas arrêtées, il allait bien falloir pourtant, le Docteur était là.
- Je t'aime, lui glissais-je à l'oreille.
Il crispa ses mains sur mon manteau.
- Moi aussi, inscrit-il dans mon esprit.
- Est-ce que tu peux te relever ? m'inquiétais-je en le lâchant.
- Oui, je crois.
Son sourire finit de me rassurer, il était là, avec nous, pour de bon. Le retour de l'enfant prodige parmi ses pères.
Je l'aidais néanmoins à se remettre debout et heureusement car il eut un étourdissement. Owen partit vers son labo et la compagne du Docteur se précipita dans le Tardis. Elle en ressortit avec un stéthoscope alors qu'Owen remontait avec la même chose entre les mains. Mais Ianto allait déjà mieux et il leur fit savoir d'un geste.
- Bien ! fit le Docteur en riant, nous n'avons pas fait les présentations bien qu'avec ton jeune ami, nous ayons déjà partagé beaucoup, n'est-ce pas ? fit-il en fronçant les sourcils. Martha je te présente le Capitaine Jack Harkness.
- Enchanté, déclarais-je, et qui êtes vous ?
- Martha Jones, Docteur Martha Jones, se reprit-elle en souriant.
Elle était charmante, comme toutes les compagnes du Docteur, la belle Rose en tête.
- Docteur … dis-je les yeux aussi brillants que ceux d'un gosse à Noël.
- Comment m'as-tu reconnu ? me coupa-t-il.
- La cabine de police t'a quelque peu trahi. Nouveau visage ?
- Yep, une régénération, et hop tout est nouveau ! fit-il gaiement.
- Je te présente mon équipe, dis-je avec fierté. Toshiko Sato, notre génie en informatique, Docteur Owen Harper, notre médecin et Ianto Jones, notre archiviste.
- Oh, fit le Docteur, il est bien plus que cela … murmura-t-il avec un air mystérieux en passant en revue du regard mon équipe. - Où sommes-nous ? continua-t-il plus enjoué en regardant autour de lui.
Cette forme était décidément très expressive, très surprenante même.
Il se figea en voyant une inscription sur le mur.
- Ce n'est pas possible … murmura-t-il en enlevant ses lunettes.
- Allons nous asseoir Docteur, toi aussi Ianto, demandais-je fermement.
J'avais décidé de ne plus rien cacher à mon équipe. Tosh et Owen devaient connaître toute la vérité. Ma décision était prise.
Ianto s'installa sur le canapé et Tosh s'assit rapidement à côté de lui, elle posa sa main sur son avant-bras en essuyant ses dernières larmes. Martha s'assit de l'autre côté, ce qui tira un grognement de la part d'Owen qui resta debout devant eux. Martha sourit, parfaitement consciente de lui voler son rôle. Mais cela n'avait pas l'air de la déranger. Elle posa ses mains sur Ianto, prête à lui défaire sa chemise pour l'examiner. Mais celui-ci ne se laissa pas faire, il se déplaça vers Tosh et lui lança un regard courroucé et déterminé. Je captais un bref instant le sentiment de satisfaction qui anima Owen.
- Il faut que je l'examine, se défendit Martha.
- Je suis son médecin, fit valoir Owen, je vais le faire.
Sur ce il posa un genou à terre, prêt à faire son travail. Martha lui laissa sa place, mais à sa mine, elle le faisait à contrecœur.
- Jack, m'interpella le Docteur me tirant de ma contemplation.
J'en avais oublié la découverte du Docteur, il me fallait trouver les mots pour le convaincre.
- Nous sommes dans la base secrète de Torchwood Cardiff, j'ai repris le commandement. Nous ne sommes plus que quatre maintenant.
- Avec tout ce que Torchwood a fait, tu en fais partie ? ! se récria-t-il dépité.
- L'ancien régime a été détruit à Canary Wharf, expliquais-je en choisissant mes mots pour ne pas blesser Ianto. Je l'ai reconstruit, je l'ai changé, dis-je avec fierté. Je l'ai fait pour toi, en ton nom.
Il n'en revenait pas, il se mit à faire les cent pas.
- Celui-ci fait partie de l'ancien régime, fit-il en désignant Ianto.
Je vis Ianto frissonner et ce n'était pas l'auscultation d'Owen qui était en cause. Il baissa les yeux et Owen referma sa chemise.
- Aussi fou que cela puisse paraître, il semble aller bien, nous fit-il savoir avec un grand sourire qui confirmait ses dires.
Tosh se pencha vers lui heureuse de le savoir sain et sauf.
- Docteur, mais que s'était-il passé ?
Martha avait posé la question qui était sur toutes les lèvres.
Je regardais Ianto qui, honteux d'être associé à Torchwood Londres, n'avait toujours pas trouvé le courage d'affronter les regards.
- Nous sommes à Cardiff, au 21ème siècle ! Je ne pensais pas rencontrer une telle personne et …
Martha ne connaissait pas l'étendue des dons de Ianto et le Docteur le comprit.
- Il est télépathe. Nos esprits se sont liés dès que je suis sorti du Tardis. Celui-ci, d'ailleurs je ne le reconnais plus ! Il ne m'a pas obéi, il en a fait qu'à sa tête … seulement, il n'a pas à proprement parler de tête …
- Vos esprits se sont liés ? dis-je doucement.
- Je réglerais mon problème de Tardis plus tard. Oui, nos esprits se sont, comment dire cela avec des mots …
Il se passa une main dans les cheveux faisant toujours les cent pas.
- Bref, nous avons échangé des informations, beaucoup, beaucoup trop. Personne ne doit jamais accéder à mon esprit ! Il y a de quoi devenir fou ou mourir … j'ai fermé le tunnel qui nous reliait dès que j'ai compris ce qui se passait mais c'était trop tard ... Et maintenant, fit-il en se penchant vers Ianto, je ne comprends pas comment tu peux vivre.
Un silence terrible suivit cette affirmation. Ianto tenait sa tête entre ses mains, j'étais inquiet.
- C'est ma mémoire … dit-il timidement dans un souffle.
- Intéressant … commenta le Docteur.
- Ianto est doté d'une excellente mémoire, est-ce que cela l'aide ? demandais-je.
- Oh oui ! s'écria le Docteur surprenant tout le monde, il avait un sourire de gamin sur les lèvres qui me plut beaucoup. C'est donc cela … il a pu tout ranger, classer … brillant.
Une vague de soulagement nous envahit, il allait survivre finalement.
- Jack, je ne comprends toujours pas comment tu peux représenter Torchwood, reprit-il.
- Laisse-moi t'expliquer. Torchwood existe pour combattre les menaces aliens. J'ai changé les méthodes de la branche de Cardiff, nous sommes responsables des rejets de la faille quels qu'ils soient et nous protégeons la ville sans les exterminer systématiquement. J'étais là après que tu aies quitté Canary Wharf, j'ai tout pris en charge avec mon équipe … Tous les artefacts sont ici, toutes les données de Torchwood Londres sont ici, tous les aliens ont été sauvés, enfin tous ceux que nous avons pu … Rien n'a été laissé au hasard et toutes les informations sont concentrées ici. Ianto était prisonnier là-bas, il n'a jamais été d'accord avec eux.
- Mais il a collaboré, je l'ai vu, rétorqua le Docteur.
Je vis les épaules de Ianto s'affaisser.
- Il souffrait, ajouta Tosh calmement.
- Il est avec nous, conclus-je fermement, ce qu'il a vu ne sera jamais divulgué. Il connaît déjà beaucoup de choses … J'ai vu la liste des morts à Canary Wharf, j'ai vu le nom de Rose ... finis-je avec beaucoup de tristesse.
Canary Wharf serait pour toujours associé à Rose et au Docteur.
- Oh, non ! Désolé, elle est vivante !
- Tu plaisantes !
- Elle est saine et sauve dans un monde parallèle ! Mickey et sa mère également !
Une journée et deux retours à la vie ! La vie justement, elle nous réservait toujours des surprises. Et j'étais là pour y assister, je serais toujours là. Ce jour était extraordinaire ou bien juste ordinaire quand on partage la vie du Docteur. Toutes ces émotions me rendaient euphorique, je le pris dans mes bras, j'étais si heureux pour elle. Comme Ianto, elle ne méritait pas de mourir si jeune. J'avais fait son deuil, repensé si souvent à nos moments passés tous les trois … la savoir vivante était une extraordinaire nouvelle et je laissais ma joie éclater.
- La bonne vieille Rose, soupira Martha alors que je lâchais le Docteur.
- Tu m'as abandonné, lui rappelais-je soudain sérieux.
- Ah bon ? Des choses à faire. Des choses à changer, répondit-il sur le ton de la conversation.
- Quand ? demanda Martha curieuse.
- J'étais isolé en l'an 200100, de la poussière de Daleks jusqu'aux chevilles, relatais-je, il est parti sans moi. Mais j'avais ça, dis-je en désignant mon bracelet. J'étais un … Agent du Temps, ça s'appelle un Manipulateur de Vortex. Il n'est pas le seul à pouvoir voyager dans le temps.
- Excuse-moi, ceci n'est pas du voyage dans le temps, se moqua le Docteur. Mais plutôt : j'ai une voiture de sport, tu as une sauterelle de l'espace.
- Oh, les garçons et leurs jouets, se moqua à son tour Martha.
- D'accord ! m'exclamais-je, alors j'ai rebondi. J'ai pensé que le 21ème siècle était le meilleur endroit pour trouver le Docteur. Sauf que j'ai fait une petite erreur. Je suis arrivé en 1869, cette chose s'est épuisée, et je me suis retrouvé coincé …
- Je te l'avais dit ! fit valoir le Docteur.
- J'ai vécu à travers tout le 20ème siècle, en attendant une version de vous qui coïnciderait avec moi.
Je me demandais s'il prenait l'ampleur de la chose.
- Mais ça fait de toi une personne de plus de 100 ans, s'étonna Martha.
- Jack ! s'exclama Owen. Comment est-ce possible ?
- Plutôt bien conservé, non ? plaisantais-je.
C'était le grand déballage et cela ne me plaisait pas, mais il fallait le faire.
- Comment as-tu pu nous cacher cela ? ! ajouta Tosh en colère.
- Je me suis installé à Cardiff, car je savais que tu reviendrais t'approvisionner un jour, continuais-je en ignorant les regards noirs d'Owen et de Tosh. Et finalement, ta main a réagi à ton retour et nous voilà !
- Mais comment as-tu pu le laisser tomber, Docteur ? questionna Martha.
- J'étais occupé !
- Sérieusement Docteur, réclamais-je.
Il me devait une explication et elle tardait à venir.
- Le Tardis, c'est moi, déclara soudain Ianto d'une voix claire. Je lui ai demandé de venir ici, nous nous sommes parlé à Canary Wharf et … aujourd'hui, il m'a écouté plutôt que vous.
- Je n'en reviens pas ! s'exclama le Docteur. Que de surprises aujourd'hui, finit-il par lâcher.
- Le Tardis t'a fait une infidélité, s'amusa Martha puis réalisant ce qu'elle venait de dire, elle ajouta : ce n'est pas juste une machine Docteur ? !
- Oui et non, répondit-il en dodelinant de la tête.
- J'ai mal à la tête, annonça-t-elle avant de s'effondrer sur le canapé.
- Tu allais partir sans moi, encore ! lui lançais-je de but en blanc.
J'étais blessé d'être ainsi abandonné, je ne faisais rien pour le cacher.
- Quand l'as-tu réalisé ?
- Terre, 1892, commençais-je conscient de l'esquive. Pris dans une bataille sur Ellis Island, un homme m'a tiré dans le cœur, puis je me suis réveillé. J'ai trouvé ça assez étrange, mais ensuite cela ne s'est jamais arrêté. Tombé d'une falaise, piétiné par des chevaux, Première Guerre Mondiale, Deuxième Guerre Mondiale. Poison. Famine. Un javelot égaré. A la fin ... j'ai compris le message. Je suis l'homme qui ne peut pas mourir … Et tout ce temps, tu savais.
- Et nous alors ! s'offusqua Tosh.
Je vis Ianto passer un bras sur ses épaules pour l'attirer à lui, une petite pointe douloureuse se réveilla dans mon cœur me rappelant mes sentiments pour le plus jeune de mon équipe. Ce fut d'une efficacité rare, étonnée par l'affectation témoignée si rare de sa part, elle se blottit et son visage irradia son bonheur et enterra la colère qui s'y était peinte.
- C'est pour cela que je t'ai laissé, continua le Docteur. Que je voulais partir aujourd'hui. Ce n'est pas facile, même rien que ... te regarder, Jack. Car tu es incorrect.
- Merci.
- Tu l'es, je n'y peux rien. Je suis un Seigneur du Temps, c'est de l'instinct, c'est en moi. Tu es un point fixe dans le temps et l'espace. Tu es un fait. Et ce n'est jamais censé arriver. Même le Tardis a réagi contre toi !
- C'est faux, contesta Ianto en se levant, j'ai vu ce qui s'était passé au moment où le vortex temporel l'a sauvé … Je l'ai vu en lui, ajouta-t-il devant la mine étonnée du Docteur. De mon point de vue, il est comme les autres hommes sur cette Terre. C'est ce que j'ai montré au Tardis et cela l'a convaincu de rester.
- Tu oses contester mon jugement ? s'enquit le Docteur.
Je ne dis rien, je ne bougeais même pas d'un iota. Ianto avait planté son regard dans celui du Docteur et il semblait plus déterminé que jamais. Ils se faisaient face, se défiant, chacun examinant l'autre, sérieux …
- Je connais votre légende, se défendit Ianto, j'ai vu des choses dans votre esprit … l'espace d'une altoseconde j'ai ressenti comme vous le temps, j'ai vu des lignes colorées entourant les personnes, les intersignes ainsi liées ! Les points immuables dans le temps et l'espace … finit-il dans un murmure.
Il semblait subjugué mais moi j'étais plutôt inquiet.
- Les futurs possibles, compléta le Docteur. Lui, il n'en a qu'un.
- C'est un point de vue, il y en a tant d'autres ! Ma télépathie me permet de visualiser, les sentiments, les pensées, les idées … Jack est comme les autres.
Il s'abstint de dire qu'il m'avait trouvé encore plus beau à l'intérieur je le remerciais intérieurement. Il volait à mon secours, je ne lui en voulais pas même si je pensais ne pas en avoir besoin. J'aurais bien fini par avoir le Docteur d'une manière ou d'une autre … ne pas pouvoir me regarder ? Il serait bien le seul dans cet univers. Même si j'étais blessé, profondément, je ne baissais pas les bras. Ianto non plus …
- Il faut changer de point de vue, donner sa chance à une autre façon d'appréhender le monde … continua-t-il. Je vois en lui différentes horloges biologiques qui tournent, je vois le temps en lui, comme dans chaque être. Il est ralenti, le cycle circadien n'est pas le même mais il est bien là. Comme dans tout en chacun …
Il était sincère et son discours servi d'une traite me toucha. Mais je savais qu'il était vain, le Docteur connaissait l'univers comme sa poche et les lois qui le régissaient. Il me définissait comme une aberration alors j'en étais une. Je le savais au fond de moi, je l'avais toujours su, pourtant cela n'adoucissait pas la révélation.
- Ianto Jones, c'est bien cela ?
- Oui, monsieur.
- Il y a une personne dans cette pièce qui a justement un problème temporel, peux-tu me dire laquelle ?
- A part vous ?
Je vis les minces lèvres du Docteur s'étirer légèrement mais il retint le sourire qui allait poindre. Il acquiesça.
- Je ne veux pas pénétrer les esprits sans avoir l'accord des personnes …
- Tu as dit pénétrer l'esprit ? répéta Martha bouche bée.
- Oui, ce n'est pas douloureux …
- Ah mais alors tout va bien ! commenta-t-elle.
- Je ne m'enfoncerai pas profondément, ajouta-t-il doucement en me regardant comme pour s'excuser à nouveau.
Un frisson involontaire me parcourut l'échine. Moi je me souvenais très précisément de l'étau qui avait enserré mon esprit et de la terrible douleur qui m'avait torturé pendant de longues minutes.
- Mais, continua Martha sans se démonter, tu verras, enfin tu … je ne sais pas comment dire !
- Voir c'est un bon terme, précisa Ianto.
- Alors tu verras des choses personnelles, intimes ?
- Oui.
- Tu peux y aller Ianto, annonça Tosh, j'ai baissé mes barrières mentales.
- Moi aussi, ajouta Owen.
Le Docteur me lança un regard complice tandis que mon équipe jouait son jeu, savait-il que je ne le ferais (ferai) pas ? Ce n'était pas dangereux comme cela pouvait l'être avec son esprit mais, en fait si. Ianto prendrait conscience de toutes les choses que j'avais faites sur Terre dont je n'étais pas fier, mes compromis, mes trahisons, mes meurtres … Ce serait la fin des beaux discours. J'avais décidé de boucler ces souvenirs, jamais il ne devait connaître mes secrets.
- Bon, fit Martha en s'avouant vaincue, puisqu'il le faut, ajouta-t-elle blasée.
Le Docteur lui adressa un regard chaleureux, elle l'accompagnait, elle devait être plus qu'habituée aux expériences bizarres.
Ianto ferma ses yeux pour, je supposais, passer en revue les esprits. Il en avait trois à sonder, je savais que c'était probablement de Tosh dont parlait le Docteur. Elle avait passé du temps dans cette boucle temporelle et depuis elle avait perdu ses repères. Ianto pouvait également s'en douter mais le Docteur ne se laisserait pas convaincre avec des suppositions. Il lui faudrait beaucoup plus. C'était une mise à l'épreuve.
Ianto conserva ses yeux fermés mais se rassit à côté de Tosh. Il se tourna vers elle et posa ses mains sur ses tempes, comme il l'avait fait avec moi. Je la vis hésiter, poser ses mains à plat sur le canapé et chercher Owen du regard. Celui-ci posa un genou près d'elle et lui pris la main. C'était très chevaleresque et cela me fit sourire, tout comme Martha, mais lui ne souriait pas. Nous ne savions pas ce que faisait Ianto mais cela lui prit trois minutes avant de lâcher doucement Tosh puis d'ouvrir les yeux.
- Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il.
- Oui … ça chatouillait dans la tête.
Elle a eu bien de la chance, pensais-je.
- Qu'as-tu fait ? ne put s'empêcher de demander Owen inquiet pour sa dulcinée.
- Toutes ses horloges étaient déréglées, non seulement celle du cerveau mais également les secondaires. Cela allait de mal en pis, aucun des signaux envoyés par les horloges secondaires n'était correctement interprété … J'ai recalé l'horloge centrale, c'est pour cette raison que j'ai eu besoin de mes mains, pour m'aider à transmettre le bon message à tes neurones de l'hypothalamus et ensuite j'ai laissé faire la synchronisation naturelle … tes neurones se sont connectés à ceux du tronc cérébral, puis ceux de la moelle épinière se sont projetés vers les horloges secondaires dans les organes. Tout est relié et … recalé, conclut Ianto.
- Comment aurions-nous fait si … commença Owen.
- Les hormones, le coupa Ianto. Ce décalage entre les horloges induit également une perturbation hormonale que tu aurais corrigée et celles-ci, en se diffusant, auraient conduit au même résultat par le biais des horloges secondaires vers l'horloge centrale.
- Tu es calé en neurobiologie, s'étonna Owen.
- Je n'y connais rien … j'ai appris en « voyant » comment cela fonctionne … de l'intérieur.
- Est-ce que je suis guérie Ianto ?
- Oui, Tosh, absolument.
Il lui glissa un mot à l'oreille qui nous échappa.
- Jack, tu as accompagné les meilleurs. Tu es brillant Ianto Jones ! s'exclama le Docteur. Il faut qu'on discute tous les deux, oh oui, on a des tas de choses à se dire.
- Vraiment ? demanda un Ianto décontenancé par le changement d'attitude du Docteur à son égard.
- Absolument ! Et une petite discussion avec mon Tardis ne sera pas de trop, je suis seul maître à bord et …
Le Docteur ne finit jamais sa phrase, l'alarme de la faille l'avait stoppé net ...
Chapitre 55 : A la chasse aux weevils !
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Tosh fut la plus rapide à atteindre son poste de travail, je vis du coin de l'œil Owen s'occuper de Ianto, je pus sans remord suivre l'informaticienne.
- A nouveau des weevils Jack, nous informa-t-elle après avoir, fort judicieusement, éteint l'alarme d'une main tremblante qui me surprit.
Le trop plein d'émotions probablement … moi-même je me sentais euphorique, heureux et en même temps inquiet devant ce Docteur si différent de celui ancré dans mes souvenirs.
- Et cette alarme ? demanda Martha.
- C'est la faille de Cardiff qui fait des siennes, répondit Owen en nous rejoignant.
Ianto le suivit mais se plaça un peu à l'écart.
- Cardiff est traversée par une faille dans le temps et dans l'espace et comme l'a dit le boss, continua Owen sur sa lancée, nous nous occupons de tout se qui passe au travers et qui vient de d'autres époques ou de d'autres mondes*.
- Euh, merci Owen pour cette explication, ajoutais-je étonné par la fierté évidente qui transpirait de ses paroles.
- Vous avez des weevils ici ? se renseigna le Docteur.
- Depuis quelques années la faille en expulse et le mouvement s'accélère. Ils se terrent dans les égouts la plupart du temps mais quand ils remontent à la surface, ils sont dangereux, expliqua Tosh.
- Et nous sommes là pour protéger la population, complétais-je.
- Nous avons une nouvelle espèce depuis quelques temps, des mutants. Plus grands, plus musclés, plus agressifs et donc plus dangereux. Jack s'est occupé de nettoyer les égouts, continua Owen.
Je vis le Docteur se renfrogner.
- Avec l'aide de l'Unit et en déployant des moyens logistiques et humains pour en sauver le maximum et les transporter vers une île aménagée pour les isoler de la population, finit Owen.
A présent c'était lui qui prenait ma défense. J'étais fier d'eux mais la réciproque était vrai … c'était très agréable de se sentir ainsi soutenu. Surtout après ce qu'ils venaient d'apprendre sur mon compte …
Le Docteur hocha la tête toujours concentré sur les écrans où défilaient les données de la faille sous les doigts experts de Tosh.
- Docteur, une petite chasse au weevil ? proposais-je enthousiaste.
- Avec plaisir ! répondit-il tout sourire. N'est-ce pas Martha ?
Elle fit une moue boudeuse, elle était beaucoup, beaucoup moins enthousiaste que nous. C'est le moment que choisis Myfanwy pour se rappeler à notre bon souvenir.
- Whaou ! C'est … c'est ce que je pense que c'est ? demanda-t-elle en admirant le vol du ptérodactyle dans les hauteurs du Hub.
- Yep ! m'exclamais-je heureux de l'impressionner de la sorte.
Même le Docteur avait enfin lâché les écrans de l'ordinateur pour suivre les déplacements dans les airs de l'oiseau très légèrement atypique à Cardiff, au vingtième siècle …
- C'est une femelle, repris-je, je l'ai ramenée de Canary Wharf en même temps que Ianto …
Je le cherchais du regard mais il avait quitté le petit groupe sans que je m'en aperçoive.
- C'est incroyable … ajouta-t-elle en regardant le vol du dinosaure. Je ne voyais pas Cardiff de cette manière …
- Allons-y ! s'exclama le Docteur enthousiaste en faisant claquer ses mains ce qui eut pour effet de rappeler à tous la chasse qui les attendait.
- A quoi ressemble un weevil ? se renseigna-t-elle, prudente.
Tosh pianota un instant pour afficher les cellules. Nous avions toujours les trois spécimens du matin.
- Oh ! fit-elle simplement mais avec un air de dégoût involontaire.
- Je vais les guider depuis le Hub, tu peux rester avec moi et Ianto, proposa Tosh, compatissante.
- Ce serait dommage, lui dis-je alors que Ianto revenait les bras chargés, ce sera dangereux et excitant, lui glissais-je à l'oreille.
- C'est certain mais je pense que je vais rester ici, annonça-t-elle en prenant un siège, les yeux fixés sur l'archiviste.
J'étais étonné qu'elle ne nous suive pas … tout compagnon du Docteur était plutôt du genre aventurier. Mais elle avait toujours son stéthoscope en main, peut-être l'envie d'examiner Ianto était plus forte. Elle était médecin après tout, cette résurrection devait représenter une aventure en soi, je ne pouvais pas lui jeter la pierre.
Ianto avait ramené une cargaison de sprays, de cagoules et mon précieux manteau.
- Le stock du SUV a bien diminué, heureusement que je pense à vérifier, reprocha-t-il. Il y a un formulaire pour cela … c'est marrant, il n'est rempli que par Tosh et moi, termina-t-il.
- Etrange effectivement, ajoutais-je, tout à fait innocemment en récupérant le sac qu'il avait amené. En parlant de formulaires, occupe-toi des nouveaux weevils à transférer.
- Oui monsieur.
Ianto avait omis les armes à feu, je ne savais pas si cela était volontaire ou pas … si, cela l'était, il connaissait bien le Docteur et son aversion pour les armes. Je ne l'avais jamais vu utiliser une arme à feu ce qui, compte tenu des aventures qu'il avait vécues et des dangers qu'il avait affrontés était un exploit. Mais il avait tout de même son tournevis sonique, cela pouvait paraître étrange, voire ridicule mais je l'enviais, c'était un objet terriblement efficace.
Je vis le Docteur détailler l'équipement et je sus que j'avais marqué un point. J'avais l'occasion de lui montrer nos méthodes, j'espérais bien l'impressionner. Ianto m'aida à enfiler mon manteau tandis qu'Owen et Tosh discutaient entre eux. Le Docteur sortit du Tardis vêtu d'un long pardessus, son bon goût en matière vestimentaire se confirma. Je vis que Ianto y prêtait également attention. Tosh serra longuement Owen dans ses bras alors que nous allions partir et j'en fus surpris, je ne comprenais pas pourquoi elle avait autant de mal à le laisser partir. Les weevils étaient certes féroces mais nous les connaissions bien, nous n'allions pas vers l'inconnu. Cet élan de tendresse était inhabituel surtout devant autant de spectateurs … l'intervention de Ianto, mon immortalité, sa résurrection auront eu raison de sa réserve habituelle. Nous partîmes finalement en mission en laissant Ianto, Tosh et Martha au Hub. Le Hub qui n'avait pas eu de tels invités depuis fort longtemps.
Le GPS du SUV nous guida vers un quartier du centre ville qui, en ce début de soirée, était fréquenté par la jeunesse universitaire de Cardiff. Owen souffla de dépit en voyant l'imbroglio qui nous attendait sur place, un grand nombre de voitures de police, de jeunes gens affolés et d'autres blessés. En peu de temps les weevils avaient semés une belle pagaille … rien d'inhabituel. En me voyant arriver, le chef de la police vint à ma rencontre. Il nous fit part de son soulagement car la situation lui échappait dangereusement. Il ne savait pas à quoi ils avaient à faire si ce n'est des bestiaux dangereux, une hystérie collective et des lumières dans le ciel qui lui faisaient craindre la prise de quelque hallucinogène par les jeunes ... le bonhomme était littéralement paniqué. Rompu à cet exercice, je distribuais les ordres et le mit en relation avec Tosh qui allait prendre le relais et lui demandais pour finir de rassembler les témoins. Dans la foule qui se rassemblait, au milieu des flics, je vis cette Gwen Cooper qui me fixait. Toujours aussi mignonne avec ses longs cheveux et ses grands yeux curieux, elle me suivait décidément partout. Je lui adressais mon sourire charmeur auquel elle répondit immédiatement.
- Arrête ça, rouspéta le Docteur qui avait suivi mon petit manège.
- Quoi ! Je ne faisais que dire bonjour.
- Je m'en fiche.
Rabat-joie, pensais-je. Il n'y avait pas de mal à distribuer un peu de bonheur et à vérifier l'effet que je pouvais produire sur mes groupies. Et oui, nous en avions. Je remarquais quelques visages familiers que je retrouvais sur la plupart des scènes de crime qualifiées « étranges » par la police de Cardiff. Ils nous appelaient, parfois nous les devancions et eux étaient toujours au rendez-vous.
Nous passâmes tous trois le cordon de police qui empêchait la foule d'aller plus loin pour nous diriger vers le bar où les bestiaux avaient été vus en dernier. D'après Tosh ils étaient nombreux mais elle ne pouvait pas nous dire exactement combien. Ce n'était pas facile de les compter sur les vidéos de surveillance, surtout qu'ils se ressemblaient, mais elle était certaine qu'il y en avait au moins trois. Cela tombait bien, nous étions trois.
Nous avancions prudemment dans le bar, puis dans les cuisines et enfin les bureaux à l'étage. Il y avait des traces de leur passage mais ils n'étaient plus là. Ianto les retrouva en visionnant les bandes d'un restaurant tout proche, nous nous y rendîmes. Passé la porte du restaurant, un bruit tonitruant de casseroles se fit entendre, nous les avions trouvés et comme toujours ils étaient guidés par leur estomac. Nous décidâmes de les prendre par surprise et nous pénétrâmes tous les trois dans la cuisine. Mais au lieu d'un trouver trois, c'étaient six bestiaux qui se partageaient le contenu d'un congélateur … Ils relevèrent la tête de leur festin congelé tandis que nous les dévisagions. Je n'eus même pas le temps d'ordonner le repli stratégique que des grognements se faisaient entendre derrière nous nous obligeant à pénétrer un peu plus loin dans la cuisine. D'autres weevils passèrent les portes battantes de la cuisine … cela s'annonçait mal.
Un, deux, trois weevils de plus … Le Docteur tenta de leur parler mais il ne récolta que quelques grognements de plus.
- Ils sont télépathes, me confia-t-il.
- On le sait, est-ce que cela peut nous être utile ?
- Absolument pas, mais c'est intéressant.
- Tu as un plan Jack ? questionna Owen stressé.
- Le repli était mon unique plan, révélais-je alors que nous reculions dans la petite cuisine qui n'avait pas d'issue.
Nous fûmes rapidement acculés au fond de la cuisine et je sortis mon arme, Owen en fit de même. Le Docteur prit un spray dans chaque main. Mais je vis alors Owen disparaître sous mes yeux, puis le Docteur, mes sprays et enfin les weevils un à un …
- Tosh ! Est-ce que tu as détecté une activité de la faille ?
- Non Jack, que se passe-t-il ?
- Je suis seul …
- Jack !
C'était le Docteur, je sortis abasourdi de la cuisine pour les retrouver sains et sauf dans la salle du restaurant avec au sol les weevils endormis et cagoulés. En relevant la tête, je vis Elisha apparaître …
- Que fais-tu là ? !
- Merci c'était bien aussi …
- Oui, merci ! s'exclama le Docteur, qui êtes-vous ? Je suis le Docteur, fit-il, avenant en tendant une main. Vous me rappelez les habitants de Varos, ils se déplacent tous de cette manière. Cela leur fait gagner un temps fou, vous ne pouvez pas imaginer !
- Les habitants de Varos ?
- Oui, absolument ! Ils sont tout à fait semblables à vous.
- Oh ! fit-elle avant de s'évanouir.
Je volais au secours d'Elisha, je lui évitais de justesse de se cogner la tête contre le sol. Owen vérifia son pouls immédiatement.
- Une impression de déjà vu, non ? fit remarquer le Docteur.
- En moins dramatique, elle est juste évanouie, nous rassura Owen.
- D'habitude c'est moi qui fais évanouir les jolies jeunes filles ! fis-je observer au Docteur tout en tapotant la joue d'Elisha pour qu'elle revienne à elle.
- Sauf que la première fois, j'aurais préféré un évanouissement, reprocha Owen sur un ton glacial.
- J'ai dit que j'étais désolé.
- Mais pas à lui, répliqua-t-il aussitôt.
- Il a sa part de faute lui aussi …
- Hey ! coupais-je alors qu'Elisha reprenait connaissance coupant court à la dispute naissante.
Owen n'avait pas lâché pour autant le Docteur des yeux, il avait tué son ami et il semblait choqué de son attitude. Moi, en revanche je ne l'étais pas. Le Docteur était habitué à rencontrer toutes sortes de personnes, aux sacrifices que sa condition lui imposait et cela n'en était qu'un de plus …
- J'étais certaine que vous seul pourriez me révéler mes origines ! Oh Docteur, si vous saviez comme je suis heureuse de vous rencontrer ! fit-elle allongée au sol les yeux brillants fixés sur le Seigneur du Temps.
Il sourit franchement avant de lui proposer sa main pour l'aider à se relever.
- Elle fait partie de ton équipe ? demanda le Docteur.
- Non !
- Oui !
- Qui est-ce Jack ? demanda Owen.
- C'est une amie de Ianto.
- Ah, d'accord, fit-il comprenant qu'elle faisait partie des Made By Torchwood comme Ianto.
- Elle ne fait pas partie de mon équipe, confirmais-je en la regardant sévèrement.
Regard qui lui fit baisser les yeux.
- Mais je peux être utile … murmura-t-elle en se penchant sur les weevils.
- Je vais chercher le SUV, nous fit savoir Owen avant de quitter le restaurant.
- Ianto ?
- Jack ?
- Nous avons 9 weevils sédatés, prépare les cellules.
- Ce sera fait.
- Et nous revenons avec Elisha.
- Ah … fit-il hésitant. Tout va bien ?
- Oui. Prépare tout.
- Oui monsieur.
Ses dernières paroles me firent sourire malgré moi. J'avais senti qu'il était ennuyé, pourtant il n'était pas responsable d'Elisha à proprement parler mais il s'inquiétait quand même de son interruption.
Cette dernière avait sourit en attendant qu'elle revenait avec nous. Je lui devais bien cela, elle nous avait sauvés d'une situation mal engagée et quelque chose me disait qu'elle n'intégrerait finalement jamais mon équipe.
- Docteur, si cela ne vous dérange pas, j'aimerais en savoir plus sur les habitants de Varos.
- Mais bien sûr !
S'engagea une conversation animée entre les deux aliens qui ne nous nous aidèrent même pas à transporter les weevils endormis dans le SUV. Ce que ne manqua de faire remarquer un Owen grognon. Il distribua quelques retcons aux témoins les plus perspicaces et la police finit de faire le ménage après notre départ. Le retour se fit dans la même ambiance, avec à l'arrière Elisha en pleine conversation avec celui qui lui avait enfin révélé ses origines. Owen se mura dans un silence pesant, répondant par monosyllabes à mes questions quand je ne récoltais pas un grognement. Elisha, toujours aussi bavarde même après un évanouissement, lui expliquait toute son histoire, ses questionnements mais également son attente. Elle lui révéla son appartenance à Torchwood Londres et le Docteur me lança un regard que je captais dans le rétroviseur. Que cela lui plaise ou non, nous étions tous des agents de cet institut. Je m'étais toujours senti investi d'une mission concernant Torchwood, plus encore après Canary Wharf. Je me rappelais ce que j'avais ressenti là-bas en voyant Ianto ouvrir une session sur l'ordinateur de Tosh sur le réseau de Torchwood Londres … l'impression de collaborer avec l'ennemi. Je l'imaginais ressentir la même chose. Et encore … savait-il que Ianto était le fils adoptif d'Yvonne ? Qu'avait-il vu pendant sa connexion ?
J'écoutais attentivement Elisha, elle concentrait heureusement son récit sur sa propre personne évitant autant que possible de citer Ianto et même Torchwood Londres.
Notre arrivée était attendue, Martha, Tosh et Ianto se trouvaient dans les sous-sols avec des chariots pour les weevils. Elisha se jeta dans les bras de Ianto en lui criant la bonne nouvelle. Au regard de Tosh et Martha, je devinais que Ianto les avait mis au courant de l'ouragan Elisha. Elle ne le lâchait pas, elle pleurait l'agrippant fermement, l'émotion était trop forte. Ianto essayait de la décoller de ses bras mais ses tentatives étaient vaines, elle avait besoin de son contact et elle s'effondrait littéralement. Il me lança quelques œillades désespérées alors que je riais intérieurement de cette situation, plus encore à chaque parole réconfortante de Ianto suivie de nouveaux pleurs ... Nous les laissâmes pour nous occuper des weevils avant qu'ils ne reprennent connaissance.
Ianto avait commandé un repas que nous partageâmes dans la salle de réunion. Je laissais ma main frôler la sienne avant de prendre place auprès de mon vieil ami qui paraissait plus jeune que moi. Comme toujours nous manquions de temps dans des moments pourtant cruciaux. Martha se plaça à mes côtés tandis qu'Elisha se précipitait à côté du Docteur. Il y avait évidemment Tosh et Owen qui s'assirent en face de nous et qui me faisaient très clairement la tête. Que pouvais-je leur dire ? De mon point de vue, ils devraient s'estimer heureux, ils en avaient appris beaucoup aujourd'hui. Leur colère m'irritait, cela ne changeait rien … cela ne devrait rien changer entre nous. Mais je ne les laissais pas me gâcher le bonheur de retrouver le Docteur. Loquace celui-ci nous relata quelques-unes des ses aventures extraordinaires. Quand je lui demandais de me raconter comment Rose avait pu se retrouver saine et sauve dans un monde parallèle, Ianto partit préparer les cafés. Il me raconta leur rencontre avec les cybermen bien avant Canary Wharf, puis la Terre envahie par cette race et enfin les Daleks … Le néant où Rose avait bien failli être aspirée et le sauvetage in extremis par son père venu d'une dimension parallèle. Ianto réapparût avec un plateau alors qu'il relatait avec émotion son au-revoir en Norvège, dans la baie du Méchant Loup. Ce café tombait pile au bon moment, nous le dégustâmes en silence. C'était la première fois que je voyais le Docteur si ému et triste. Cela n'échappa pas à Martha qui me semblait jalouse … elle se pencha au-dessus de la table pour remercier Ianto pour ce café divin. Il l'était. J'aimais le boire très chaud, sentir sa brûlure en moi. Il était à l'image d'un Gallois en particulier, il avait des vertus cachées.
Le Seigneur du Temps nous invita à visiter son Tardis toujours garé au centre du Hub. Je guettais les réactions de mes amis tandis qu'ils pénétraient dans ce lieu si souvent fantasmé mais peu connu, je regardais le Docteur et Martha avec un sourire complice, allaient-ils le dire ?
- Incroyable, s'exclama Tosh, j'ai failli vous demander justement comment vous faisiez pour voyager tous les deux dans une si petite cabine …
- C'est plus grand à l'intérieur ! ne put s'empêcher de lâcher Owen.
Elisha et Ianto ne dirent rien mais ils regardaient tout autour d'eux, subjugués.
- As-tu gardé ma chambre ? demandais-je au Docteur tandis que le reste de l'équipe faisait le tour de la pièce centrale.
- Bien sûr, ce n'est pas comme si on manquait de place. Tu peux dormir ici si tu le souhaites.
- Oui, répondis-je simplement.
J'en avais envie, je savais que cela me permettrait de prolonger la soirée avec lui et d'apprendre à mieux connaître cette forme. Je savais que Ianto avait besoin de moi mais … il devait s'occuper d'Elisha et moi je n'en avais pas envie.
- Est-ce qu'il te parle ? demanda Martha à Ianto qui avait posé ses mains sur le module central de commande.
- Oui …
- Est-ce que vous l'entendez, Docteur ? s'enquit-elle.
- Non, c'est une conversation privée. Satané cachotier !
- Qu'est-ce qu'il te dit ? lui demandais-je en m'approchant.
- Il me parle de toi … il se souvient de ton passage ici, murmura-t-il avec un air amusé.
- Evidemment ! m'exclamais-je.
Je laissais un souvenir impérissable à toutes les personnes que je rencontrais y compris le Tardis !
Je n'étais pas peu fier … Martha sourit d'un air entendu et partir discuter avec Tosh.
- Tu dors ici alors ce soir ? reprit Ianto doucement.
- Oui, tu rentres avec Elisha à l'appartement, répondis-je fermement en réponse à ces yeux qui en demandaient plus.
- Jack … commença-t-il toujours dans un murmure en baissant son regard vers les commandes du Tardis, tu m'as ramené à la vie.
- Je sais …
- Comment ? !
- Je ne sais pas, c'est la première fois.
- Est-ce que, maintenant, je suis comme toi ?
Je n'en savais rien mais je n'avais pas envie de l'avouer. A vrai dire, je n'y avais pas pensé … mon dieu, était-ce possible ?
Il souleva sa manche pour me montrer un large pansement sur son avant bras.
- Qu'est-ce que c'est ? demandais-je étonné.
Je soulevais le bandage et je découvrais une coupure, une belle coupure qui semblait profonde.
- Moi, je voulais savoir …
Je refermais le pansement et il baissa rapidement sa manche pour que personne ne le voit.
- Jack ! s'écria Martha à l'autre bout du Tardis.
- Ianto nous rediscuterons de cela, tu étais obligé de te blesser ainsi ?
Il haussa les épaules et planta ses mains dans les poches.
- Je te promets que nous en reparlerons, mais pas ce soir, tu comprends ?
- Bien sûr Jack.
Je rejoignis Martha qui s'était agenouillée devant un coffre qui m'avait appartenu.
- Mais c'est à moi !
- Je ne jette jamais rien, déclara le Docteur les yeux brillants.
Des affaires qui dataient de la Seconde Guerre Mondiale et qui réveillaient en nous des souvenirs, des souvenirs où Rose avait une place prépondérante, une époque bénie.
Tosh, Owen, Ianto et Elisha nous quittèrent puis se (ce) fut le tour de Martha. Je m'en aperçus, sans le voir vraiment. Nous étions tellement absorbés dans notre conversation avec le Docteur …
Nous parlâmes une bonne partie de la nuit jusqu'à ce que le Docteur me préparât une de ses tisanes dont il avait le secret et que Rose adorait. C'était nos mugs en main que nous nous séparâmes pour aller dormir. Mais je ne dormis quasiment pas, je me sentais rajeuni, changé. Les cent années d'attente venaient d'être balayées et j'avais le sentiment d'être revenu au point de départ de mon immortalité. Je me sentais plus léger, joyeux comme je pouvais l'être par le passé. Dans ma chambre du Tardis, je me sentais non seulement en paix avec moi-même mais également avec le reste du monde. Je n'étais plus à Cardiff, d'ailleurs nous pourrions partir n'importe où dans le temps et dans l'espace. Le simple fait d'y penser était excitant, le simple fait d'être dans le Tardis était extraordinaire. Finies les responsabilités, j'avais les épaules légères. Je reprenais mon rôle de compagnon, le guide c'était lui. C'était reposant, je n'avais qu'à le suivre, lui donner mon avis l'aider du mieux que je pouvais et l'aimer ... Cette vie libre, sans attache, sans responsabilités m'avait toujours séduit et je l'avais attendu cent ans parce que j'imaginais que c'était la seule qui me convenait. Enfin, c'était ce que je pensais au début. Par la suite, au fil des années, j'avais changé … mais je ne savais pas encore si cela allait changer ma décision.
Je ne vis pas passer la journée du lendemain. Ianto avait fait le nécessaire pour l'évacuation des weevils et ce fut l'occasion de manger avec Abi, le Docteur, Martha et Ianto. Ils se firent passer pour des amis en visite à Cardiff. Abi en profita pour reprendre son manège de séduction qui flatta mon égo devant mes amis.
L'après-midi, le Docteur voulut absolument manger une glace en ville. Ianto ne se joignit pas à nous, soit disant que cela lui donnait des mots de tête et puis il fallait bien assurer une permanence au Hub. En revanche tout le reste de l'équipe, y compris Elisha partit avec nous.
Le reste de la semaine, à l'image de cette journée, passa vite en compagnie du Docteur. Je passais toutes mes nuits dans le Tardis, à rattraper le temps perdu avec le Seigneur du Temps tandis que les journées nous visitions le Hub, Cardiff, le siège de l'Unit où j'étais plus que le bienvenu. Tosh et Owen ne formulèrent finalement jamais de reproches, je supposais qu'ils s'étaient fait à l'idée. En quelques jours, nous avions retrouvé des relations normales, enfin presque je les trouvais tous deux plus démonstratifs. Les câlins étaient fréquents en pleine journée ! Jamais je n'aurais cru voir Tosh exprimer ainsi ses sentiments mais j'étais heureux pour eux. Le Docteur était joyeux et décontracté, la faille se tenait tranquille, tout cela contribuait, je supposais, à ce changement d'habitude. Quant aux conversations chuchotées qui s'arrêtaient à mon passage, je le prenais comme une punition à mes propres cachoteries.
Je voyais peu Ianto, je le croisais tout au plus. Il s'occupait toujours activement des archives de Londres, de nos archives, de l'intendance, de l'office de tourisme, des rapports avec l'Unit ... étant donné que je ne faisais plus grand-chose à mon bureau en tant que leader, il avait également pris l'initiative de signer et répondre à ma place, ce dont je ne me plaignais pas. Il s'arrangeait pour que je puisse passer tout mon temps avec le Docteur m'assurant qu'il comprenait mon envie de profiter de lui. Martha avait insisté pour l'examiner mais il n'avait jamais cédé. C'était une personne curieuse et franche que je prenais plaisir à découvrir tout comme Tosh avec qui elle s'entendait bien. En revanche Owen prenait ses distances, un peu comme Ianto, ils quittaient peu leur domaine.
Je ne pus tenir ma promesse et reparler avec Ianto de sa résurrection, de cette rencontre avec le Docteur et des informations qu'ils avaient échangées. Je voulais le faire mais je n'avais tout simplement pas encore trouvé le temps, et puis oublié petit à petit.
Mais tout cela se rappela à mon bon souvenir quand je vis Ianto et le Docteur en pleine conversation dans la salle de réunion …
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* Cf Owen dans Meat :-))