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Série : Torchwood
Création : 08.07.2010 à 14h02
Auteur : Arianrhod
Statut : Terminée
« après la bataille de Canary Wharf, Jack et son équipe arrivent sur les lieux ... Quels étaient les secrets d'Yvone ? Que va découvrir Jack dans cette tour qui va changer sa vie ? » Arianrhod
Cette fanfic compte déjà 218 paragraphes
Quelques jours plus tard, j'avais observé Suzie a son insu une bonne partie de l'après-midi. Owen travaillait sur la mutation des weevils, Tosh sur les données de Torchwood Londres et Ianto me réinstallait les archives secrètes comme je lui avais demandé. Tout était calme … et cela semblait exaspérer Suzie. Tout ce qu'elle faisait sur son ordinateur s'affichait sur le mien et je suivais ainsi son activité. Elle surveillait quasiment toutes les deux minutes la base des appels d'urgence de la police de Cardiff à la recherche bien entendu d'un homicide récent où elle pourrait expérimenter le gant … Mais ce qui me mit la puce à l'oreille, ce furent ses recherches jusqu'à la sélection d'une personne dans l'annuaire électronique dont elle imprima l'adresse. Je la vis effacer consciencieusement toutes ses traces … et là, j'avais définitivement des craintes. Elle vint à mon bureau et me demanda à quitter plus tôt, tout était calme, je l'y autorisais avec un grand sourire qu'elle me rendit. Elle passa le sas et moi j'attrapais mon manteau pour prendre le SUV, sans en parler à personne. Je ne voulais pas éveiller de suspicions chez Tosh et Owen, c'était si difficile de retrouver ensuite une totale confiance.
J'étais certain qu'elle rejoindrait l'adresse de la personne qu'elle avait choisie. Je décidais de l'attendre là-bas, sans la suivre. Je la vis arriver, hésitante, méfiante elle ne retournait sans cesse. J'avais bien fait de ne pas la suivre, cela aurait été compliqué. Elle était douée. Discrètement, je la suivis dans ses déambulations autour de l'adresse, elle semblait repérer les lieux. Mais pourquoi ? Son manège dura une bonne heure avant qu'elle ne sonne à l'interphone et engage la conversation avec une personne mais j'étais loin, je ne les entendis pas. Très prudemment, je me rapprochais un peu. Je l'observais de l'autre côté de la rue, elle attendait en bas de l'immeuble. Puis elle se déplaça dans une ruelle attenante à l'immeuble, je ne la voyais plus. Un jeune homme sortit de l'immeuble et s'y engouffra immédiatement, je ne sais pas ce qu'elle lui avait dit mais elle l'avait attirée à elle. Je me décidais à traverser la rue, en courant, je n'osais imaginer le pire … pas Suzie … Mais quand j'arrivais, elle venait de lui enfoncer un large couteau dans le dos, un couteau alien que je reconnus … je regardais le jeune homme agoniser, je la regardais, elle, n'y croyant toujours pas. Elle fut si surprise de me voir, elle ne bougeait plus, mon téléphone se mit à sonner mais je l'ignorais. Nous reprîmes nos esprits en même temps et tandis qu'elle fouillait son sac probablement à la recherche d'une arme, je lui enfonçais une seringue épidermique dans le cou … c'est tout ce que j'avais sous la main, c'était normalement destiné aux weevils mais c'était la seule idée que j'avais eue. Elle s'écroula sur le sol et je pris le pouls du jeune homme … il était mort.
- Tosh ? répondis-je au téléphone.
- Un appel anonyme pour signaler une agression au couteau sur Arabella street. La police est en route et je n'arrive pas à joindre Suzie …
- Tosh, écoute moi attentivement. Toi et Owen, vous quittez le Hub, vous rentrez chez vous …
- Mais … coupa Tosh.
- Obéis Tosh, vous revenez demain et je vous expliquerais tout.
- Et Ianto ?
- Il peut rester, avertis-le que j'arrive avec Suzie, ok ?
- Comme tu voudras Jack … soyez prudents.
Ce n'était pas la peine que tous assistent à mon interrogatoire.
J'entendais déjà les sirènes au loin, il fallait faire vite. Elle les avait appelés avant de le tuer … Je ramassais les affaires de Suzie qui s'étaient renversées au sol et je la chargeais sur mon dos. Pas très discret … mais elle avait bien choisi le lieu de son crime, c'était désert à cette heure. Je traversais la rue et rejoignis le SUV. Je la déposais dans le coffre et repartais vers le Hub comme toujours, pied au plancher. Je m'attendais presque à l'entendre me demander de ralentir, elle le faisait toujours … elle était la première que j'avais recrutée après ce tragique nouvel an. La première à qui j'avais redonné ma confiance. Ce boulot, les objets que l'on manipule, les choses que l'on comprend sur l'univers … nous changent, Suzie n'était pas une mauvaise personne, elle l'était devenue et je voulais savoir ce qui s'était passé.
En arrivant dans le garage, j'ouvris la porte du coffre, Suzie se releva brusquement, je la vis tenir une arme dans sa main, puis faire feu … en un instant les ténèbres fondirent sur moi … ma dernière pensée fut pour Ianto.
Chapitre 21 : Suzie
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Comme on se réveille d'un cauchemar, je repris connaissance en même temps qu'une grande inspiration. J'étais seul, mes poumons me brûlaient, un sentiment familier de peur au creux de mon ventre … je fermais les yeux en laissant mes souvenirs affluer tandis que mon cœur reprenait son rythme apportant la vie à chaque cellule de mon corps. La magie elle avait déjà opéré son miracle et toutes mes plaies quel qu'elles soient avaient disparues. Je m'assis regardant autour de moi, j'étais dans le garage du Hub. Au vu du sang sur le sol, on m'avait tiré dans la tête … Suzie ! C'était Suzie et Ianto se trouvait seul avec elle … je me relevais, tout mon corps était douloureux mais la peur me donna l'énergie nécessaire. Je me mis à courir comme si j'avais le diable à mes trousses. Elle pensait m'avoir tué, qu'allait-elle dire et faire maintenant ?
Je ralentis, je ne voulais pas gâcher mon effet de surprise. Plaqué contre le mur je jetais un œil discrètement et prudemment dans la pièce principale du Hub. Suzie me tournait le dos, elle tenait d'une main tremblante son arme pointée sur Ianto … Je jurais intérieurement c'était le pire scénario. Il ne savait même pas manier une arme !
- Je ne peux pas te laisser partir, tu en sais trop ... expliqua-t-elle en pleurnichant.
- Je ne dirais rien, je t'en supplie, gémit-il.
Il se tenait devant elle, horrifié et pétrifié. Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues. Il tenait ses mains devant lui comme si elles pouvaient le protéger d'une balle.
- Désolée, mais il le faut ...
- Pitié ...
- Mais qu'est-ce que tu es Ianto ?
J'écoutais distraitement, elle ne l'avait pas encore tué mais cela n'allait pas tarder, je pris une grande inspiration qui fut encore un peu douloureuse pour chasser l'angoisse qui m'habitait. Je déboutonnais l'étui de mon arme sans la sortir et aussi calmement que possible, je sortis de ma cachette. Ils étaient très près, en quelques pas je serais derrière elle. Ianto me vit immédiatement et écarquilla les yeux.
- Tu crois que je suis assez bête pour ce subterfuge ? ironisa Suzie en voyant Ianto semblant fixer quelqu'un derrière elle. Je suis désolé Ianto …
- Pose cette arme Suzie, tonnais-je.
Elle se retourna brusquement et je lis sa surprise devant son Capitaine revenu d'outre-tombe. La première fois, les gens étaient toujours bluffés.
- C'est terminé, allez, viens avec moi ...
Suzie était intelligente, j'étais certain qu'elle serait raisonnable, qu'elle accepterait cette main que je lui tendais. Mais contre toute attente, elle jeta un dernier regard à Ianto et retourna l'arme contre elle. D'une balle sous son menton, elle mit fin à ses jours et mourut sur le coup. Je la regardais incrédule, je ne m'attendais pas à cela, vraiment pas.
- Est-ce que ça va ? demandais-je finalement à Ianto.
Lui la fixait toujours les sourcils froncés, l'air profondément triste. Il s'affaissa lentement contre le mur. Il posa les mains sur sa tête, ses coudes sur ses genoux, les yeux fixés au sol.
- Tu devais revenir avec elle … je lui ai demandé où tu étais …
Il leva ses yeux vers moi avant de continuer.
- Elle avait deviné que je savais pour le retcon … Elle a dit que tu étais mort, Jack !
- Et tu l'as crue ! contestais-je en souriant.
Tout mon corps était encore endolori par cette résurrection.
- Elle disait la vérité, m'assura-t-il en me fixant de ses yeux clairs.
- Bien sûr que non ! C'est une bonne menteuse, on en a la preuve.
- Elle le pensait vraiment … où étais-tu ?
Affecté mais apparemment il avait toujours l'usage de son cerveau ... il fallait vite trouver une explication convaincante.
- Elle m'a assommée, un bon coup sur la tête. Elle a cru m'avoir tuée, elle aurait pu …
Un peu à la pêche au réconfort … mais il était trop secoué pour cela.
- Elle m'a dit qu'elle travaillait sur le gant jour et nuit même chez elle, qu'elle avait tué ces gens … elle était complètement perdue, asservie au dessein du gant et du couteau … elle ne savait plus quoi faire ...
- Et fabriqué je ne sais quoi avec son copain ... ce Max je-ne-plus-quoi, il faut encore que j'aille m'occuper de celui-là, soupirais-je en reportant mon regard sur Suzie.
Ianto était toujours assis à même le sol, il s'était encore un peu plus recroquevillé sur lui-même, je vis qu'il pleurait à nouveau, silencieusement comme il l'avait fait devant sa petite amie devenue cybernétique.
- Clairement pas prêt à aller sur le terrain, dis-je un peu durement.
Il releva brusquement la tête et me jeta un regard que je trouvais mystérieux avant de s'enfuir vers les cellules. Je l'avais peut-être vexé ... mais c'était la vérité, il était bouleversé. Je le préférais en colère contre moi que s'apitoyant sur le sort de Suzie et le sien.
Je soulevais le corps sans vie de mon ex-agent en second pour l'amener à la baie médicale avant de partir vers le parking nettoyer les dégâts de ma mort qui n'avait pas eue lieu. Une chance qu'elle m'ait tiré dans la tête, je n'avais pas une goutte de sang sur mes vêtements. Suzie … elle était douée, oh oui vraiment douée. Elle devait garder une arme sur elle, je n'avais même pas pensé à la fouiller … j'étais déçu et triste que cela finisse ainsi.
Après avoir accompli ma sale besogne, je posais mes fesses sur le coffre du SUV encore ouvert. Je soufflais bruyamment pour évacuer ce sentiment latent de … culpabilité. Ses erreurs d'agent étaient les miennes en tant que patron, je ne pouvais pas rejeter entièrement la faute sur elle. J'étais un leader, mes hommes me suivaient, donnaient leur vie pour moi ... il en avait toujours été ainsi déjà à l'Agence du Temps que j'avais intégré tout juste adolescent. Je savais me battre et j'avais toutes sortes de qualités dans l'action. Mais, car il y avait un mais, dans la gestion du quotidien, j'étais un peu moins doué. Jamais je ne m'en serais rendu compte seul … l'emprise qu'avaient le gant et le couteau sur elle m'avait totalement échappé. Ianto …
Ianto pouvait m'aider, il m'aidait déjà beaucoup car il était tout l'inverse. Depuis que nous l'avions, Tosh avait cessé de râler –à raison- au sujet du bazar qui régnait dans le Hub. Le soir, quand tout le mode était parti, il replaçait les objets à leur place, les dossiers dans les bons tiroirs, les objets dangereux dans mon bureau pour les archives sécurisées. Il remettait en état nos archives papier vieilles de plus de cent ans, passait un peu de temps à l'office de tourisme … Tosh avait beaucoup moins de curieux sur le dos. Il s'occupait des commandes de nourriture pour l'équipe, pour les monstres en captivité qu'il nourrissait, pour nous deux … il avait même récupéré mes affaires chez le blanchisseur il y a quelques jours. Je ne lui avais rien demandé, je n'avais toujours pas compris comment il avait su … tout en lui expliquant qu'il n'avait pas à faire cela j'étais intérieurement bien content. Il m'avait regardé, patiemment écouté, répondu poliment, avec son monsieur qui me donnait envie de me jeter sur lui. Je le soupçonnais d'avoir compris l'effet que ce mot produisait sur moi dans certaines occasions … Au sourire qui s'était dessiné à la commissure de ses lèvres, je savais qu'il s'occuperait dorénavant de mes affaires. Il avait mis en place tous les protocoles avec l'Unit, il gérait leurs demandes, supervisait les rapports qui leur étaient transmis bien que je le suspectais de les rédiger lui-même à partir de ceux qui devaient rester ici … aussi discret qu'incontournable, il avait su se rendre indispensable sans même que je m'en rende compte. En partie par lâcheté, je trouvais ces tâches ingrates, nécessaires mais tellement ennuyantes … ennuyantes à mourir, pour un immortel comme moi, c'était un supplice.
Le quotidien, un quotidien dont il me libérait et qui me permettait de me concentrer sur l'essentiel. Sans parler des happy hours … là aussi il m'était indispensable … surtout que l'animal sauvage se laissait doucement dompter …
N'étais-ce pas dangereux ? Tellement de choses qui reposaient sur ses épaules ? Plus le temps passerait plus cela s'accentuerai … Bien sûr que ça l'était, mais j'aimais vivre dangereusement, prendre des risques … quels risques d'ailleurs ? J'avais confiance en Ianto, les autres lui avaient accordé la leur bien plus vite que moi. Mais moi seul l'avait dans mon lit le soir venu … cette dernière pensée me donna envie d'aller le voir en espérant qu'il se soit remis de ses émotions. Il le fallait s'il voulait rester avec nous … c'était loin d'être rose ici tous les jours, certains ne le supportaient jamais. J'en avais eu des exemples à la pelle depuis mon embauche quelque peu forcée à Torchwood. Je ne voulais pas agir différemment avec lui qu'avec mes autres collaborateurs, s'il ne supportait pas le boulot il valait mieux le savoir tout de suite. Et puis il ne fallait surtout pas qu'il se sente traité différemment parce qu'il couche avec le patron ni que les autres ne le pensent. Mais je devais avoir réussi dans ce domaine car il ne m'avait jamais fait de remarques. Seul Owen s'y était frotté et piqué, déca pendant deux jours, je n'aurais pas aimé être à sa place … En journée nous avions des relations employeur-employé des plus classiques … je m'étais quand même autorisé quelques fesses pincées et baisers volés, il fallait bien que je profite de mon statut qui avait beaucoup d'inconvénients et dont je n'avais pas voulu pendant des décennies !
Il n'était pas dans la pièce principale … il avait déjà nettoyé le sang de Suzie, peut-être était-il dans sa chambre. Mais là non plus. Bon, je n'allais pas parcourir tout le Hub à sa recherche, je consultais dans mon bureau les caméras de surveillance. Il avait effectivement nettoyé le sang, retourné dans sa chambre prendre un paquet de cigarettes. Inutile de regarder plus loin, je savais où il allait pour fumer. Je le trouvais en train de regarder la baie, juste devant l'entrée de l'office de tourisme.
- Tu ne devrais pas fumer, tu ne sais donc pas que c'est mauvais ?
- Trouve autre chose papa Jack, ironisa-t-il en me jetant un regard incendiaire.
Il reprit sa contemplation du soleil déclinant sur l'eau un peu agitée par la brise … Il me semblait encore nerveux malgré sa dose de nicotine … je le taquinais car il fumait très peu. Je n'en supportais pas l'odeur que je détectais à des kilomètres. Je savais donc très bien quand il avait fumé.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que personne ne fait de vieux os à Torchwood pardi. Je connais l'histoire pas brillante de la branche de Londres, celle de Cardiff ne me paraît pas mieux. Alors pourquoi ?
Il avait commencé à ranger les archives mais apparemment il ne faisait pas que ranger, il lisait aussi.
- De vieux os … ça ne se passera pas comme cela avec moi, pas avec moi à la tête de Torchwood, Ianto.
J'essaie de le rassurer, il me regarda plus longuement cette fois amusé me semblait-il. Il venait d'assister à la mort violente de Suzie, je ne pouvais pas le blâmer. Toujours accoudé à la rambarde, il se tourna vers moi.
- Tu n'as pas répondu à ma question, relança-t-il avec un air de défi. Je sentis immédiatement le changement d'attitude, il était plus détendu, plus joueur.
- Parce que je n'aime pas cette odeur, je l'ai même en horreur.
Sa cigarette n'était pas finie, mais lentement, tout en me scrutant il l'écrasa et … je reconnais la luxure quand j'en voie et ce regard rivé au mien en était maintenant rempli. Je me rapprochais et m'accoudais de la même manière sur la rambarde, à quelques centimètres de lui.
- Je n'en fumerai plus … s'il n'y a que cela pour vous satisfaire …
Ianto Jones, l'effet que tu me fais, pensais-je. En quelques mots, j'avais tout mon corps en éveil et ce genre de feu ne s'éteignait pas facilement.
- Oh, maintenant que tu en parles, je pense à deux ou trois petites choses que tu pourrais faire pour moi.
- Vraiment monsieur ?
- Absolument, fis-je en m'approchant encore un peu.
Il était sensible à mon odeur, à cette distance il devait sentir mon souffle sur son visage. Les hostilités étaient ouvertes, il avait utilisé ce monsieur que je trouvais si sexy dans sa bouche et que je détestais tant chez tous les autres. Nos regards étaient vrillés et la tension sexuelle entre nous palpable. Je glissais ma main sous sa veste, puis sous sa chemise … il ne bougeait pas mais le contact de sa peau fit monter mon excitation d'un cran et il me semblait que lui aussi … la bosse qui apparaissait dans son pantalon était immanquable. J'abandonnais momentanément mon exploration pour lentement faire glisser ma main le long de son bras, j'attrapais sa main pour la placer sur mon sexe déjà bien tendu. Il leva un sourcil comme il le faisait si souvent, feignant l'étonnement tandis qu'un sourire coquin apparaissait sur ses lèvres que je convoitais. Je ne pus m'empêcher de presser sa main un peu contre moi et mon désir grandit encore.
- Monsieur ? réussit-t-il à dire innocemment, il respirait plus rapidement j'étais certain que le désir affluait dans son corps comme dans le mien. Jolie maîtrise …
- Il faudrait que tu te concentres sur cette partie, une très profonde concentration ...
Il ne put retenir un petit rire et je souris un peu plus moi aussi.
- Je crois que c'est dans mes compétences … à défaut d'être dans mes attributions … mais il me semble que vous abusez de votre position monsieur.
- Oh yeah et encore tu n'as rien vu …
Il attendit que je lâche sa main pour me suivre dans le Hub. En repassant dans la salle principale, Suzie traversa mon esprit, mais je la chassais vite. Je voulais tourner la page et avec Ianto je ne doutais pas d'y arriver. Sans hésiter j'allais dans mon antre mais Ianto s'éclipsa dans la petite salle de bain sans rien dire. Toujours économe en paroles … pas grave, j'allais prendre un peu d'avance, je me déshabillais en attendant qu'il daigne réapparaître. J'avais fermé la trappe, il se planta dans l'embrasure de la porte seulement éclairé par la faible lumière de la salle de bain. Il portait son costume mais sa cravate était un peu défaite, ses cheveux peignés avec du gel étaient un peu plus en bataille que d'habitude, ses beau yeux clairs un peu rougis par l'émotion qui l'avait submergé … je voyais ce qu'il avait vécu, il était si beau. Son regard … il avait un regard profond, c'étaient ses yeux que je préférais. Je m'étais allongé sur le lit mais je me levais pour aller le chercher, je collais mes lèvres aux siennes en enlevant sa veste, il avait le goût mentholé de mon dentifrice ... j'appréciais l'attention, je préférais cela à un Ianto à la nicotine. Quoique rien n'aurait pu me faire lâcher ses lèvres. On se dévorait mutuellement, laissant échapper tout notre désir, gémissants tous les deux. Tandis que je l'attirais vers le lit, je lui retirais ses vêtements, barrières insupportables entre son corps et le mien. Une fois nu, il m'obligea à m'assoir tandis qu'un râle s'échappait de mes lèvres.
- Je crois que mon devoir m'appelle, fit-il en se mettant à genoux devant moi avec un regard plein de désir.
Il me prit aussitôt en bouche si violemment que j'agrippais les draps de mes mains tout en gémissant. Il était doué … sa bouche, sa langue, ses mains … il semblait être partout à la fois, il commençait à bien me connaître … je l'arrêtais avant que ce ne soit trop tard, je ne voulais pas être le seul à avoir du plaisir. Il comprit et s'allongea sur moi, vrillant à nouveau son regard au mien, nos deux érections presque douloureuses qui se frottaient …
- Est-ce que je peux …
Jusqu'à présent c'était toujours moi qui l'avait fait mien, jamais l'inverse.
- Viens, j'en ai très envie …
Il fut très doux malgré son envie dévorante et très attentif … mais une fois en moi, il commença ses va- et-vient puissants et si jouissifs, lents mais si profonds … ses lèvres rougies par mes baisers m'attiraient à nouveau, je me relevais pour lui faire comprendre. Il se pencha et nous reprîmes notre baiser, un baiser que je voulais aussi profond que sa pénétration. Ses deux bras musclés plantés dans le lit autour de moi m'entouraient, je m'abandonnais totalement à sa virilité si parfaitement maîtrisée. J'ouvris les yeux de surprise quand enfin, d'une main, il saisit mon sexe dédaigné jusqu'à présent et … ce fut bon comme jamais. Je lui susurrais à l'oreille combien cela avait été magique, il m'embrassa en souriant.
- C'est la première fois que tu me le dis …
Je passais ma main dans ses cheveux sans le quitter des yeux.
- Ça l'a été à chaque fois mais aujourd'hui c'était grandiose.
Il baissa les yeux en souriant, ce sourire que j'affectionnais tout particulièrement. Celui quand il acceptait un compliment, ils étaient rares, je les distribuais avec parcimonie. Habile dans l'action, moins dans la parole, j'aimais sa manière de les recevoir. Toujours aussi réservé mais moins tourmenté qu'à son arrivée il y a trois mois ... j'avais le sentiment que cela faisait trois ans. Il était mieux, mieux ici avec moi, à Torchwood Cardiff. J'avais gardée ma main sur sa nuque, je l'attirais à moi et c'est ainsi que nous nous endormîmes le soir de la mort de Suzie.
Chapitre 22 : Classified "not for use"
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Je me réveillais tôt le lendemain, mais quel réveil ! Un gallois, sexy était endormi dans mes bras … un gallois qui ne s'était pas enfui, apprivoisé mais toujours un peu sauvage ... une race qui me plaisait bien.
Pourtant la place manquait un peu nous obligeant à dormir l'un contre l'autre, mais je ne m'en plaignais pas et lui non plus apparemment. Je ne lui en aurais pas voulu de rejoindre son lit … J'avais eu besoin, hier soir d'aller dans mon antre, mon chez moi, après la trahison de Suzie qui m'avait affecté peut-être un peu plus que je ne voulais bien le reconnaître. La soirée avait été parfaite pour évacuer cette trahison et toute ma déception. J'avais tout à construire et à découvrir avec Ianto, c'était tellement passionnant qu'en l'occurrence cela occupait tout mon esprit. Désolé Suzie … je ne te pleurerais pas comme je le devrais. C'était peut-être cela qui avait motivé son geste … son dernier regard avait été pour lui, comme si elle comprenait qu'il allait prendre la suite ou qu'il l'avait déjà fait …
Bon, pas la peine de ressasser tout cela, c'était du passé et puis ce n'était pas bon pour mon mal de crâne. Elle m'avait tué de sang froid, d'une balle qui n'était finalement responsable que d'un mal de tête mais … elle n'avait pas hésité bon dieu ! Je pensais qu'elle avait plus d'estime pour moi, pour son travail, pour la vie en général et la nôtre en particulier. Elle aurait tué Ianto sans mon intervention, elle était vraiment perdue et cela ne datait pas seulement d'hier. Je déposais un baiser sur le front de mon jeune amant qui dormait bien, les émotions ça fatigue pensais-je en souriant. Il s'était bien remis finalement, il était une personne brillante, complexe mais au ô combien intéressante. Je me levais à contrecœur, les résurrections aussi fatiguent un homme ! Il me restait beaucoup de choses à faire, il y avait même urgence.
Je laissais la trappe de ma chambre ouverte pour garder encore un contact avec lui. Et puis je me dis que cela lui ferait bizarre de se réveiller là, trappe fermée … en y réfléchissant, je m'étonnais qu'il ne m'ait jamais posé de questions sur ma manière de vivre qui était un peu étrange quand même. J'avais eu plusieurs appartements ou maisons et même un manoir à Cardiff mais cela faisait maintenant quelques années que j'avais abandonné toute envie d'investissement dans la pierre. Ce manque de curiosité titillait la mienne tout comme celle d'Owen ... Ce n'était pas le moment d'y penser, comme toujours Torchwood me prenait tout mon temps, je chassais ces idées pour me concentrer sur quelques tâches d'une extrême importance. J'aurais dû les faire hier soir, mais l'option Ianto s'était présentée à moi et je n'avais pas hésité. J'ouvris le dossier de Suzie et la déclarais décédée, tous ses accès furent automatiquement désactivés.
Sur le système de vidéosurveillance, j'effaçais la scène du garage, j'allais effacer celle où elle se donnait la mort mais à la réflexion je la sauvegardais dans un dossier personnel qui regorgeait de fichiers et vidéos confidentielles. La plupart du temps liés à mon travail mais pas toujours. J'avais créé un dossier spécial pour mes exploits avec Ianto … pas sûr de sa réaction s'il apprenait son existence ! Il tenait tellement à effacer toute trace … il s'y employait avec sa minutie habituelle. Il faisait le ménage des locaux et des vidéos … mais j'en avais sauvées un certain nombre que je re-visionnerais peut-être un jour. Ce n'était pas la première fois que je gardais des souvenirs de mes amours mais c'était rapide, je n'étais pas aussi sentimental d'habitude. Après tout notre relation était naissante, même si nous étions très souvent ensemble, cela n'expliquait pas tout. Le gamin me plaisait, il me plaisait même beaucoup.
Je rejoignis la salle d'autopsie, Suzie y reposait telle que je l'avais laissée. Il fallait effectuer une autopsie et la cryogéniser … je trouvais facilement son badge, les clés de sa voiture … quand je sentis un bras se poser sur mon épaule, puis une présence à côté de moi. Ianto … les cheveux en bataille, de tous petits yeux et juste un boxer bien rempli.
- Qu'est-ce que tu fais debout ? demandais-je en me tournant vers lui.
J'avais eu tout juste le temps d'effectuer les opérations qu'il ne devait pas voir.
- Il est six heures Jack.
- Tu aurais pu dormir un peu plus, lui fis-je remarquer en reportant mon regard sur Suzie.
Fichu boxer beaucoup trop moulant, beaucoup trop petit qui lui faisait de jolies fesses rebondies et que je savais bien fermes.
- Je ne peux pas, tu sais bien que j'ai un réveil intégré. Je suis calé pour me réveiller à six heures ...
- Oh, l'interrompis-je, mais je suis certain d'arriver à changer cela. Je ne t'ai pas assez fatigué hier soir, fis-je ne me retournant en attrapant ses fesses pour le coller à moi, mon exubérance soudaine le surprenant un peu. Mais tu verras ce soir ! Je peux t'assurer que tu dépasseras les six heures demain matin !
Je déposais des baisers dans son cou, je picorais sa peau dont j'étais si friand. C'était bon de le prendre dans ses bras et de toucher sa peau nue.
- Jack ! Tu es insatiable …
- C'est de ta faute ! Comme si tu ne le savais pas, fis-je en le lâchant en peu brusquement.
Il haussa les épaules mais un éclair passa dans ses yeux, il le savait très bien.
- Il va y avoir une autopsie ?
- Normalement oui, fis-je en prenant une inspiration. Il faut aussi que j'aille chercher ce Max …
- Non murmura-t-il.
Je me retournais, je n'étais pas certain d'avoir bien entendu et je vis son expression … j'eus à peine le temps de la lire qu'il s'était déjà recomposé un visage impassible. Il avait peur ?
- Je veux dire … tu ne devrais pas y aller seul, avoua-t-il dans un souffle.
Alors, là j'étais estomaqué, il s'inquiétait pour moi … j'avais un peu oublié qu'il m'avait cru mort de longues minutes la veille. Pour moi, c'était un détail presque sans importance mais cela avait dû être difficile pour lui.
- N'oublie pas que tu as un super-héros en face de toi, taquinais-je pour essayer de le faire sourire.
- Qui a bien failli mourir … murmura-t-il les yeux rivés au sol, si tu pouvais être prudent aujourd'hui ...
Sur ce, trouvant probablement qu'il en avait trop dit, il remonta vivement dans la pièce principale, je remontais deux marches pour le voir aller droit dans la cuisine. Ouah ! Pour une fois que je savais ce qui se passait dans sa tête, c'était un jour à marquer d'une pierre blanche. Je le laissais préparer nos cafés et je profitais de son absence pour en finir avec cette fouille nécessaire mais très désagréable.
Il revint avec deux mugs généreusement remplis et fumants. La bonne odeur de café emplit la pièce remplaçant agréablement l'odeur d'hôpital qui régnait à cet étage. J'en pris une gorgée immédiatement et Ianto m'imita.
- Tu ne t'es pas changé Ianto.
- C'est que l'on a encore du temps.
- Va te recoucher alors, fis-je sans ménagement espérant me débarrasser de cette tentation sur pattes.
- Je ne peux pas … ou alors pas tout seul.
- Tu essayes de me débaucher ? Je t'ai connu un peu plus sérieux.
- Votre mauvaise influence monsieur, fit-il d'une voix un peu grave en se rapprochant de moi. Son nez vint titiller mon oreille et je l'entendis prendre une inspiration ce qui me fit sourire. Il aimait mon odeur, je le savais, comme moi j'aimais la sienne. De sa main libre il me caressa le bas du dos pour venir très vite agripper mes fesses.
Il me sortait le grand jeu pour que je reste et c'était intelligemment fait … un peu vexant peut-être mais en même temps … il commençait à bien me connaître ! Je décidais qu'il méritait cette fois que je le ménage ... pour mon propre plaisir.
- Owen n'arrive jamais avant huit heures … je ne sais pas ce qu'a fait Suzie avec tous les retcons, j'aurais probablement besoin d'un médecin. Ce qui nous laisse effectivement un peu de temps pour bien commencer la journée.
Je quittais la baie médicale en suivant ces fesses affriolantes, je jetais un dernier regard à Suzie, elle attendrait encore un peu.
Il était bientôt huit heures, Ianto avait enfin revêtu son costume, toujours aussi sexy mais auquel j'arrivais à résister et nous en étions déjà à notre deuxième mug de café. Nous n'avions pas vraiment bu le premier, très occupés à nouveau dans ma toute petite chambre. Il avait refroidi et Ianto l'avait jeté sans me demander mon avis. Je ne disais rien au sujet de son café, c'était un sujet sérieux avec lui, je le laissais gérer. Tant que j'avais ma dose quotidienne, ça m'allait très bien. J'en avais profité pour lui expliquer le programme de la journée et surtout le fonctionnement des archives sécurisées de mon bureau. Je lui avais donné tous les codes d'accès, la fréquence à laquelle dorénavant il devrait les changer. Il prit quelques notes mais très peu, comme toujours.
Tosh et Owen arrivèrent ensemble, je les convoquais tout de suite dans mon bureau. Je voulais tout leur expliquer avant qu'ils ne voient l'état de Suzie …
Ils étaient inquiets et curieux ils m'écoutèrent religieusement sans même avoir enlevé leurs vestes mais je compris pourquoi quand ils en sortirent tous les deux un artefact emporté la veille. Je fronçais les sourcils en les regardant sévèrement, la colère fit son apparition même si je savais que ce n'était pas si facile de résister devant des objets avec de tels pouvoirs. Ianto plaça le gant et le couteau dans le conteneur que j'avais prévu à cet effet, il le cadenassa et le plaça en sécurité.
C'était la fin définitive des expérimentations, ces artefacs rejoignaient les nombreux autres classés « not for use ».
- J'exige que plus jamais aucun objet ne sorte d'ici, est-ce que c'est clair ?
Tout le monde acquiesça sans un mot.
- Maintenant, au boulot. Owen il y a une autopsie qui t'attend, nous partons ensuite cueillir le petit copain de Suzie. Tosh tu t'occupes de sa disparition, de ses comptes et de tout le reste. Ianto avec moi pour l'entraînement au maniement des armes, tonnais-je.
- Quoi ? Pourquoi vous riez ? l'entendis-je demander alors que je quittais la pièce.
Je souris en prenant le chemin de la salle d'armes, les mains dans les poches. Je sortis quelques exemplaires du coffre et les plaçais sur une petite table, j'avais choisi ceux qui me semblaient lui convenir le mieux.
- C'est une punition monsieur ? me demanda-t-il en entrant.
- Mais non ! Pourquoi veux-tu que cela en soit une ?
- Je ne sais pas … mais pourquoi riaient-ils alors ?
- Tu verras. Mais ne t'emballe pas, cela ne veut pas dire que tu iras sur le terrain. Même le Hub peut être dangereux ... ça me paraît nécessaire. Allez choisis-en une.
Au bout de deux heures j'avais amélioré sa position de tir, il avait essayé toutes les armes et il avait trouvé celle qui lui convenait le mieux. J'allais lui expliquer comment la nettoyer et en prendre soin mais il la démonta en quelques secondes sans même hésiter.
- J'avais une arme attitrée à Tochwood et en formation ils avaient dit qu'il fallait s'en occuper régulièrement, alors je l'ai fait. Ce modèle n'est pas si différent, m'expliqua-t-il pour répondre à mon regard interrogateur.
- Il te faudra faire de même ici.
- Bien sûr monsieur ... c'était vraiment mauvais n'est-ce pas ? me demanda-t-il les yeux rivés sur son arme qu'il remontait avec la même dextérité bluffante.
Il aurait pu le faire les yeux fermés.
Pas vraiment une question, presque une affirmation … maintenant qu'il osait un peu plus me parler, je me rendais compte qu'il n'était pas sûr de lui. Il donnait pourtant l'impression de l'inverse ! Sous ces traits calmes et sereins se cachaient des doutes, des interrogations. Il minimisait souvent ses tâches et il pratiquait l'auto-dévalorisation régulièrement. Je l'avais un peu perturbé comme je le faisais toujours avec mes nouvelles recrues ... mon souffle chaud dans sa nuque ou mon bassin collé au sien lui avaient fait louper franchement la cible mais dans l'ensemble j'avais été très sérieux et lui s'était très bien débrouillé pour une première séance.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Je n'avais pas eu une très bonne note à Londres … et ici …
- Ici il n'y aura pas de note ! l'interrompis-je en riant. Mais c'était bien, tu n'as vraiment pas à rougir, d'autres ont été bien moins performants lors de leurs premières séances. Je ne doute pas que tu parviennes à un bon niveau avec mon aide. On s'entraînera à nouveau. Mais … est-ce que cela t'a plu ? Ou plutôt …. est-ce que l'instructeur t'a plu ?
Je n'eus qu'un petit sourire comme réponse alors que toute son attention se reportait sur les armes et leur rangement que je venais de lui montrer.
Je n'en demandais pas plus … je le laissais à son rangement. En remontant vers mon bureau, je croisais le regard scrutateur de Tosh et Owen qui avaient suivi l'entraînement. Apparemment, ils s'attendaient à un tout autre spectacle … il fallait venir plus tôt ! Et puis les menaces de Suzie planaient encore dans les airs du Hub, cette main tendue qu'elle avait refusée préférant se donner la mort sonnait pour moi comme un avertissement.
Chapitre 23 : Lock down
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Tosh avait fait le nécessaire pour la disparition de Suzie, elle lui avait inventé quelques visites dans un hôpital psychiatrique pour expliquer son suicide au peu de famille qui lui restait. Elle en avait une grande habitude et faisait cela à la perfection bien que chaque cas soit différent, il fallait jongler avec beaucoup d'éléments pour n'éveiller les soupçons de personne. En général, elle allait au plus simple en s'inspirant des faits réels, sans se soucier, il est vrai, de l'impact que cela pouvait avoir sur les familles. J'avais remarqué la présence de Ianto à ses côtés pendant tout le processus jusqu'à la mise en place des éléments inventés en falsifiant différents systèmes informatiques, un jeu d'enfant pour elle. Cela manifestement ennuyait le jeune archiviste, je l'entendis et le vis discuter longuement avec Tosh pendant l'après-midi ce qui était assez inhabituel. Owen et moi les laissâmes en pleins pourparlers pour aller cueillir l'ami de Suzie.
Et ce fut loin d'être simple. Une vraie force de la nature ce Max ! Il comprit vite que nous venions l'arrêter et il tenta de se battre pour s'y soustraire. Il fit valdinguer Owen qui se tapa la tête contre un mur ce qui le débarrassa d'un adversaire puis me décrocha son meilleur uppercut qui faillit m'envoyer à terre moi aussi. Il tenta à nouveau de me frapper mais cette masse de muscle n'était pas aussi rapide que moi, une bonne décharge de tazzer l'envoya définitivement au pays des rêves. Owen reprit vite connaissance, il me fit signe que tout allait bien tandis que je reprenais mon souffle en tenant ma lèvre douloureuse. Je vis Owen faire le même geste avec sa pommette qui saignait. Bien que bien secoué par son choc, il sortit très vite une seringue contenant un somnifère, histoire que nous soyons tranquilles jusqu'au Hub. Excellente initiative, tout comme lui, je n'avais pas envie de recommencer ce corps à corps. Que pouvait faire Suzie avec une telle brute ? Cela me dépassait, elle avait un esprit fin qui s'accordait mal avec le Max que nous venions de rencontrer, certes pas dans les meilleures conditions mais tout de même … De retour à la base, nous l'enfermâmes dans une cellule et il eut droit à une prise de sang avant son réveil. Je restais un moment en bas, pour réfléchir tout en l'observant, Owen me laissa pensif devant la cellule. Je me demandais quelles étaient les intentions de Suzie ... je n'en avais pas la moindre idée, je devais le reconnaître. Et c'était particulièrement irritant.
Je remontais en prenant de grandes inspirations pour chasser mon stress, avant d'atteindre la salle principale où je surpris un spectacle rare. Owen avait dû raconter les difficultés que nous avions eues pour maîtriser l'homme parce que Ianto et Tosh semblaient à ses petits soins. Installé sur le canapé, Ianto avait posé un café sur la table basse et il lui enlevait ses chaussures, quant à Tosh, elle lui amenait ce qui semblait être, de loin, un cachet d'aspirine. Je rêvais ou quoi ? Jamais je n'avais eu un tel traitement de faveur ! Quoique, je devais reconnaître que Ianto était aux petits soins avec moi. Mais enlever les chaussures du médecin ? Jamais il ne m'avait fait cela … alors à Owen ? Il avait dû leur mentir sur son état, je ne voyais pas d'autre explication. Voilà maintenant qu'il lui donnait son café et qu'Owen le remerciait d'un petit sourire … je devais avoir la berlue. Tosh s'assit à côté de lui et essuya un peu de sang séché … j'avais l'impression de suivre un quelconque feuilleton télévisé complètement surréaliste, sauf que les acteurs m'étaient familiers …. Moi, il m'avait fendu la lèvre, cela avait été douloureux mais évidement on ne voyait déjà plus rien. Jamais aucune de mes blessures n'était visible, pourtant je souffrais autant que les autres, parfois je souhaitais pouvoir bénéficier au moins une fois des mêmes attentions. Un je-ne-sais-quoi se chargeait de me maintenir dans une forme olympique qui ne me donnait jamais aucune excuse pour me reposer.
Elle me rendait invulnérable de l'extérieur mais de plus en plus vulnérable de l'intérieur ... sans que je ne puisse jamais en parler avec personne. Ianto se retourna brusquement et me vit, deux marches en dessous du niveau du Hub. Pris en flagrant délit d'observation.
Je gravis les deux dernières marches, oscillant entre l'envie de ridiculiser le médecin et celle de bénéficier du même traitement … Ianto me regardait sans bouger, attendant apparemment ma réaction. Il semblait figé dans une attitude étrange, il m'arrivait souvent d'avoir de drôles d'impressions quand il me scrutait ainsi. Je les rejoignis d'un pas décidé, sûr de moi et pourtant j'avais le cœur serré et hésitant. Ridicule, c'était ridicule de se mettre dans cet état pour si peu … mais je savais très bien ce qu'il en était. Être immortel vous laisse le temps d'apprendre à vous connaître, mes longues nuits d'insomnies, le temps d'analyser mes réactions et sentiments. J'avais souffert d'être abandonné par le Docteur, tellement souffert que je me sentais abandonné tout le temps, abandonné par tous ceux que j'avais aimé et qui fatalement finissaient par mourir, abandonné par mon équipe et les proches qui n'avaient aucune idée de ce que je vivais et ressentais … c'en suivait un désir vital d'attirer l'attention, d'en être même le centre et cela tout le temps.
- Owen ! criais-je en arrivant à leur hauteur, arrête de faire ta mijaurée ! Mais bon dieu qu'est-ce que tu leur as raconté ? Est-ce qu'au moins tu as lancé l'analyse de sang de l'énergumène ?
- Non … répondis Owen en plissant les yeux, surpris par ma colère.
- Il n'y a pas de temps à perdre, au boulot !
- Arrête … on n'est pas aux pièces ! Foutu Torchwood … maugréa-t-il en rejoignant la baie médicale en prenant soin de ne pas tomber, marcher avec les lacets défaits n'était pas chose aisée ...
Je le regardais partir satisfait de mon arrivée et je reportais mon attention sur les deux autres. Tosh me lança un regard noir et Ianto prit la fuite à la cuisine. Personne pour me demander comment j'allais bien entendu. Même un chef a des sentiments, foutu Torchwood !
Je rejoignis mon bureau, je jetais mon manteau puis je me jetais de dépit sur mon siège tout en allumant un moniteur, je voulais suivre le réveil du colosse.
Ianto ne tarda pas à me rejoindre avec un mug fumant qu'il m'amena jusque derrière mon bureau après avoir ramassé mon manteau. Il posa ses fesses sur mon bureau tandis que je prenais une gorgée de « remontant liquide » enveloppé par son doux regard ... un regard compatissant me semblait-il. Il jeta un œil par la paroi vitrée pour, j'imaginais vérifier que Tosh ne nous regardait pas et déposa un baiser léger comme une plume exactement là où j'avais reçu le coup de poing … il passa ensuite derrière mon siège pour me masser les épaules. Sans un mot comme toujours, sans une expression sur son visage pour savoir ce qu'il ressentait mais … c'était exactement ce dont j'avais besoin. C'était doux … ma fierté m'empêchait de laisser entrevoir quoique ce soit mais son café et ce massage m'étaient d'un grand secours. Sans parler des baisers maintenant déposés au creux de mon cou et de cette main qui avait quitté mon épaule pour doucement caresser mon torse. Je passais mon bras au-dessus de mon épaule pour caresser à mon tour sa nuque mais quand il sentit que je l'agrippais, il se dégagea et repartit toujours aussi silencieux, il me lança un dernier regard tendre … avant de me faire un clin d'œil des plus significatifs … je voulais plus, beaucoup plus et il le savait l'animal. Ce gallois était d'une race qui décidément me faisait beaucoup d'effet, j'avais l'impression de devoir sans cesse le reconquérir, étrange et fascinant à la fois. Quand je pensais l'avoir séduit par mes sourires si sexy et mes prouesses nocturnes, il me glissait entre les mains, il m'échappait. Et alors, c'était à mon tour d'être conquis par ses yeux, la seule ombre d'un sourire me faisait défaillir et ses rares caresses tressaillir. C'était pourtant moi d'habitude qui créais cet effet chez les autres … et le pire c'est qu'il le savait et il en jouait, comme il venait de le faire à l'instant. Il ne perdait rien pour attendre. Je reportais mon regard sur les vidéos de surveillance. Tosh frappa quelques minutes après, je l'invitais à s'asseoir en face de moi.
- Ianto t'a parlé de notre discussion ?
- Non, à quel propos ?
- Au sujet de la couverture que j'ai mise en place pour Suzie. Cela fait plusieurs fois qu'il me fait des remarques sur les histoires que j'invente pour couvrir les morts mais avec Suzie, il ne m'a pas lâchée. Et j'avoue … que cela m'a fait réfléchir, je n'avais jamais pris le temps de penser à ce que pouvaient penser les familles.
- Moi non plus … mais c'est secondaire Tosh, le principal est de couvrir nos traces, les traces de morts inexpliquées. Le reste …
- Je pense qu'il n'a pas tort, bien souvent le temps me manque mais je pense que je peux mieux faire. Il m'a convaincue, si tu peux, enfin, lui parler …
- Tosh, je ne te savais pas si attentionnée, dis-je en souriant. Qu'est-ce qu'il y a ?
- On a eu une bonne discussion, c'est important pour lui. Il m'a cité des éléments, des détails mais précisément. Il se souvenait de dates, de noms, bref une foule de détails que moi j'avais complètement oubliés. J'ai une bonne mémoire mais lui …
- Je sais j'ai déjà remarqué. Il ne prend quasiment jamais de notes mais il se souvient de tout de manière extrêmement précise.
- Il m'a cité certains passages de dossiers, je suis allée vérifier. C'était le texte mot pour mot.
- C'est clair qu'il a une mémoire photographique.
- Pour un archiviste c'est un sacré avantage ! J'aimerais bien avoir le même don.
- Tu en as d'autres Tosh !
Elle n'allait pas se plaindre quand même ? pensais-je devant sa mine pensive.
- Et puis …
- Et ? fis-je pour la relancer, elle s'était tu, un de ces silences comme Ianto en avait si souvent. Ils n'étaient pas si différents tous les deux.
- Il est souvent si malheureux. Pour en revenir à notre petite discussion, il m'a donné son avis qui est pertinent, j'aimerais juste qu'on lui montre de l'intérêt.
- Très bien. Je lui parlerais. Est-ce que …
Tosh comprit dieu merci de quoi je voulais parler.
- Il y a quelques jours quand il attendait le livreur de pizzas, j'ai voulu voir s'il était arrivé et il semblait en proie à un malaise à l'office de tourisme. Enfin, c'est ce que je pensais … Quand j'y suis allé, c'était fini. Je crois qu'il luttait pour ne pas pleurer, tout seul là-haut. Il pensait que personne ne regardait. Je ne sais pas si c'est normal … mais je ne pense pas.
- Je pensais que cela allait mieux … je m'en occupe Tosh.
- Merci Jack. Mais toi, comment vas-tu ?
- Bien merci … et toi ?
Ma douce Tosh, plus inquiète que d'habitude ?
- La mort de Suzie … ça me fait vraiment bizarre. Elle a toujours été là, nous avions tous confiance en elle. J'avais confiance en elle …
- Je sais, elle nous a bien trompés.
- Oui et ça me fait peur.
- Qu'en dit Owen ?
Ils passaient beaucoup de temps ensemble, j'en profitais pour savoir comment il prenait la mort de Suzie.
- Oh, tu le connais, il en plaisante mais ça l'a touché. Je crois que … que comme moi, on a un peu plus envie de s'occuper des autres. Faire ce que l'on n'a pas fait avec Suzie …
- Ne culpabilise pas, ce n'est pas de votre faute. S'il y a quelqu'un à blâmer c'est moi, j'en prends la responsabilité. Elle a fait ce que je l'avais autorisée à faire. Mais elle n'était plus la personne que nous avions connue.
- Que faisait-elle avec celui-ci ? demanda-t-elle en désignant l'écran.
- Je ne sais pas mais nous allons le découvrir, lui dis-je avec mon sourire réconfortant.
Il marchait à tous les coups … cette fois encore, elle me le rendit clairement rassurée puis repartit vers ses ordinateurs.