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Blackwood Manor

Série : Torchwood
Création : 29.09.2010 à 22h17
Auteur : Rhea01 
Statut : Terminée

« Univers Alternatif, toute l'équipe de Torchwood au grand complet au temps de la Reine Victoria. Ou les aventures de Lord Harkness et Ianto Jones, précepteur et bibliothécaire. » Rhea01 

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Il accéda finalement à la demande d'Owen, qui lui tenait la porte, l'air accablé. Ianto n'avait pas eu le temps de le regarder mais le médecin paraissait épuisé, des cernes bistres entouraient ses yeux, et il semblait porter le malheur du monde sur ses épaules. Ils marchèrent en silence jusqu'au salon. Il sonna et attendit qu'Ewen arrive. Le jeune garçon avait encore grandi, mais il portait lui aussi le deuil d'une vie plus facile. Il salua son ancien professeur avec chaleur, ses yeux noisette retrouvèrent un peu de gaieté en le découvrant à l'hôtel particulier toujours aussi silencieux.

- Apporte-nous du thé, je te prie.

- Oui, Maître Harper.

- Et préviens Miss Toshiko que Ianto Jones est ici lorsqu'ils rentreront.

- Très bien.

Le silence inconfortable s'installa entre les deux amis qui se faisaient face. Owen soupira et alla se prendre une des cigarettes qu'il affectionnait tant. Il en offrit une à Ianto qui la déclina.

- Toujours sans tache, hein ? demanda Owen, d'un air acerbe.

- Je ne dirais pas cela, répondit Ianto d'un ton doux.

- Je suis d'accord avec toi, c'est un peu de ta faute s'il est dans cet état.

- Pourquoi dis-tu cela ?

- Parce que c'est la vérité, dit Owen en tirant une bouffée, il est dans cet état depuis que tu es parti.

- Non… souffla Ianto, abasourdi alors que lui revenaient les images de Jack amorphe dans son lit, gémissant de désespoir.

- Pardonne-moi, je suis dur, dit Owen d'un ton radouci, se rendant compte de l'état dans lequel sa diatribe venait de mettre le jeune homme, néanmoins, je pense que tu as une certaine responsabilité dans ce qu'il lui arrive.

- Je le sais, Alec m'a parlé.

- Alec ?

- Oui, il m'a retrouvé et fait revenir jusqu'ici. Mais explique-moi pourquoi est-il attaché ?

Le regard de Ianto ne souffrait aucun délai. Owen repoussa les questions qui montaient à ses lèvres. Ianto voulait des explications. Il s'exécuta.

- Après sa délivrance, la malaria a ressurgi, dans son état, il n'a pas pu résister. La fièvre lui a fait oublier six ans de sa vie avec les dégâts que tu connais. Alec était près de lui, cela l'a induit en erreur, je pense. Et le fait que tu sois parti n'a rien arrangé.

- Pourquoi ? demanda Ianto en s'asseyant confortablement dans le sofa.

Il sentait l'odeur du tabac venir jusqu'à lui. Il avait beau détester cela, cette odeur lui était presque réconfortante. Il était si abattu à la vue de Jack amoindri.

- Il a été lucide un moment, où il s'est rendu compte de son erreur. Il a mis un point final à leurs relations. Alec s'est battu mais Jack perdit tout goût pour la vie. Il ne mangeait plus, se soignait à peine. Il est tombé malade à nouveau et depuis il a perdu l'esprit. J'ignore par quel mécanisme son esprit a commencé à lui jouer des tours mais cela a empiré après ton départ. Je pense ce qu'il a vécu dans cette tannerie, la mort de son frère et de Suzie l'a grandement affecté. Si tu y ajoute la maladie qui le minait, il a perdu l'esprit. Il s'est renfermé sur lui-même.

- Je suis désolé mais...

- Mais tu ne pouvais les supporter de te mettre sous le nez leur intimité.

Ianto grimaça et Owen ricana sourdement.

- Tu as échappé au pire, crois-moi, voir Jack s'enfoncer jour après jour dans une telle apathie est un crève-cœur. Rien ne le fait plus réagir, il ne s'alimente que si on l'y pousse. Il est comme enfermé dans son corps. Je ne sais même pas ce qu'il pense. Il est comme un animal.

- Et cela fait deux mois que tu t'occupes de lui, jour et nuit ?

- Oui, Toshiko est venue nous rejoindre avec Steven.

Ianto se passa la main sur le visage, il était déconcerté par ce qu'il apprenait. La déchéance de Jack était totale. Malgré les préventions d'Alec, il n'avait pas imaginé que le Lord fut si malade.

- Que viens-tu faire ici, jappa Owen, tu disparais au milieu de la nuit en laissant une lettre de démission pour toute explication. Et tu n'as donné aucune nouvelle, seulement par Adam et encore parcellaires. Bon dieu, Ianto, à quoi pensais-tu ?

- J'ai démissionné, simplement, dit le jeune homme consumé par ce qu'il apprenait.

- Je croyais que nous étions amis. Tu aurais pu venir me parler au lieu de fuir ainsi. Qu'est-ce qui t'a pris ?

Ianto baissa la tête, mort de honte. Toutes les raisons du monde ne valaient pas explication devant la tragique vision de l'homme attaché là-haut.

Que pouvait-il penser alors qu'il l'avait vu dans cet état ?

- Je suis désolé... commença-t-il.

- Cela suffit, les excuses. Jack a raison, tu t'excuses un peu trop souvent. Si tu as agi ainsi, c'est que tu as une bonne raison, n'est-ce pas ?

- Oui, murmura-t-il.

- Bah, je crois que j'en connais la raison, dit Owen finement, mais qu'est-ce qui t'a fait revenir ?

- La même raison.

- Eh bien, il t'en aura fallu du temps. Avoue que nous te manquions autant que tu nous manquais. Qu'as-tu fait pendant ces deux mois ? Adam n'a voulu strictement rien dire à ton propos, seulement que tu allais bien. Et tu me parles d'Alec, qu'a-t-il encore fait ?

- J'ai repris contact avec ma famille, dit Ianto, cela m'a fait du bien de les revoir. Puis, j'ai voyagé et rencontré le Docteur, son Docteur et Alec MacNeil.

- Quoi ? fit Owen surpris.

- Le Docteur était à Rome, et Alec était à ma poursuite depuis qu'il est parti de Durham Street.

- Étrange... Il ne m'en a rien dit.

- Il voulait être sûr que je revienne, il est venu m'avertir de l'état de Jack. Et le Docteur m'a envoyé vers lui, dans son bateau.

- Je croyais que tu souffrais de mal de mer.

- Plus maintenant.

- Mais ce n'est pas le plus important. Alec, dis-tu ? C'est un comportement étrange pour un homme amoureux.

- Il veut que Jack soit heureux, tout comme moi.

- Hélas, Ianto, je crains que tu n'arrives trop tard. La maladie a consumé tout ce qui faisait Jack Harkness.

Le silence tomba entre les deux hommes, épais et morose. Ils réfléchissaient tous les deux à la situation.

- Tu as raison, nous sommes amis, dit finalement Ianto, en plantant son regard dans le sien, et je ne peux accepter qu'il vive ainsi dans cet état. Je sais à présent ce qu'il est pour moi. Je ne puis le laisser ainsi.

- Tu sais ce qu'il est pour toi, dit Owen en souriant tristement. C'est malheureux que tu te rendes compte de cela alors qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même. Vous auriez dû... ah, je m'étonne moi-même en disant cela mais vous auriez pu être heureux ensemble.

- Il n'est pas trop tard, s'écria Ianto, un jour Jack m'a dit que le plus important dans la vie était de continuer d'avancer. Alors je veux m'occuper de lui et voir ce que la vie peut nous réserver.

- Ianto, tu ne sais pas à quoi tu t'engages ! Il est une coquille vide, il vit coupé du monde sans prononcer un seul mot. Il n'est plus l'homme que tu as connu, l'homme que tu as aimé. Ne t'inflige pas cela !

- Owen, mon ami, je me haïrais de ne pas faire ce qui est en mon pouvoir pour l'aider. Et puis, il n'est pas aussi muet que tu le dis, je l'ai entendu prononcer "non" tout à l'heure.

- Tu es sûr que tu n'as pas rêvé ? dit Owen en fronçant des sourcils, Jack n'a pas dit un mot depuis... depuis le départ d'Alec. Il a complètement perdu pied. Si tu veux t'occuper de lui, je ne m'y opposerai pas, évidemment, mais il faudra que je t'apprenne à le soigner.

- Oh, je suppose que l'attacher ne nécessite pas grand diplôme, dit Ianto un peu trop sèchement.

Owen baissa la tête.

- Je suis obligé de le faire, pour prendre un peu de repos. Il erre en ville, il s'enfuit. Il hurle la nuit. Je dois également lui donner du laudanum pour l'apaiser. Je ne sais pas à quoi il pense, mais j'ai sans cesse peur qu'il lui arrive quelque chose de grave.

- C'est affreux.

- Je t'apprendrai à t'occuper de lui, puisque tu le souhaites mais sache que cela ne sera une partie de plaisir. Il n'a plus que la peau sur les os, mais il a encore une grande force nerveuse.

- Quelle est l'issue ?

- Il n'y en a guère, plus rien ne fait sortir de sa torpeur.

- Bedlam ? demanda Ianto en frissonnant à l'évocation de l'hôpital psychiatrique de Londres à la sinistre réputation.

- Non, tant que je serai en vie, Jack n'ira pas dans ce genre d'établissement. Il ne mérite pas cela. Là-bas, ils entassent les malades dans de toutes petites cellules et ils n'en sortent que pour mourir. Je ne veux pas cela pour lui. Je préfère m'épuiser à le veiller.

- Je comprends, mais avec ton mariage, ton métier... tu ne peux le faire toute ta vie. Laisse-moi m'en occuper.

- Tu seras vite malheureux.

- De le voir ainsi, c'est ce qui me rend malheureux.

- Tu l'aimes, hein ? demanda Owen sans se retenir, il avait besoin de se l'entendre confirmer.

Ianto le dévisagea, cherchant l'ironie mais il ne put en déceler aucune. Owen était sincère.

- Oui, soupira-t-il, je sais que cela peut paraître anormal, mais c'est lui que j'aime. Pendant ces deux mois, je n'ai fait que penser à lui, à me torturer à son propos. Lorsque Alec m'a appris pour sa maladie, je me suis senti si coupable... si tu veux bien que je m'occupe de lui, je le ferai avec plaisir aussi longtemps qu'il le voudra.

- Vu l'intense réflexion dont il fait preuve en ce moment, c'est assurément une mission à vie que tu t'assignes.

- C'est mon choix, ma liberté.

- Tu comptes rester à Londres ? demanda le médecin après un long moment de silence où ils mesuraient les implications de la proposition de Ianto. Blackwood serait mieux pour lui, reprit Owen, mais avant qu'il soit entièrement reconstruit, cela peut prendre des années. Vous pourriez vous installer dans ma maison d'Abergavenny, nous serions tous ensemble.

- Ce serait une bonne chose, en effet, dit Ianto en réfléchissant, ou bien nous pourrions l'installer au calme dans une de ses propriétés. Il y serait mieux que de rester à Londres.

Un cri perçant les alerta. Owen bondit sur ses pieds en jurant.

- C'est Jack ? demanda Ianto alarmé, alors qu'ils entendaient le hurlement reprendre.

- Non, c'est la voix d'Ewen. Allons-y !

 


Rhea01  (14.02.2011 à 12:22)

oOoOo

Les deux hommes se précipitèrent dans les étages. Un bruit de lutte provenait de la chambre de Jack. Ils entrèrent et restèrent stupéfaits par ce qu'ils découvrirent.

Ewen étouffait sous le poids du Lord qui l'étranglait peu à peu. Owen tenta de maîtriser Jack qui s'agitait en le saissisant par le bras. Il permit à Ewen de s'échapper en rampant, pleurant de peur et de soulagement. Jack se tourna vers Owen et lui décocha un puissant coup de poing qui le fit s'étaler sur le sol, la tête bourdonnante.

Jack marcha sur lui, prêt à se jeter sur lui, à le déchirer. Il montrait les dents, tremblant de rage. Ianto s'interposa courageusement. L'homme était incontrôlable et ses yeux fous avaient une drôle de lueur au fond des prunelles, comme un feu couvant sous la cendre. Sa grande carcasse était secouée de tressaillements et ses mains s'ouvraient et se fermaient involontairement.

- Jack, s'écria le jeune homme en lui prenant la main.

Il le contemplait stupéfait, il y avait de la colère et de la peine dans ce regard halluciné. Jack le regardait sans le voir, frémissant. Il sauta sur lui sans crier gare, violent, grognant. Un véritable loup enragé. Ianto n'eut pas peur qu'il le tue, qu'il le blesse, il était revenu pour lui. Il acceptait le sort que Jack pouvait lui faire subir sans angoisse. Ses bras serraient ses épaules, ses doigts s'enfonçaient dans sa chair et le meurtrissaient, mais il n'en avait cure. Il regarda les yeux déments de Jack et il fit la seule chose à laquelle la bête furieuse ne pouvait s'attendre, il l'embrassa.

Jack lutta tout d'abord contre cette étreinte vigoureuse puis il s'amollit sous la force de ce baiser qui l'essoufflait, la caresse qui l'apaisait. Il s'effondra sur lui-même soutenu par Ianto. Il se sentait étourdi par les sensations qui renaissaient en lui. La conscience lui revint, éclatant en lui comme une bombe chinoise, illuminant chaque recoins de son esprit obscurci.

Tout tournoyait en lui. Son cœur trop longtemps racorni sous le chagrin battait la chamade, son sang trop longtemps endormi bouillonnait, répondant à l'homme qui le tenait embrassé à genoux près de lui.

Leurs lèvres ne s'étaient toujours pas détachées mais il sentait une langue timide venir à sa rencontre. Il ouvrit la bouche et laissa Ianto le remplir. Bâillonné par ce baiser, il se sentait enfin redevenir lui-même, en sentant ses doigts jouer sur sa peau sensible. Il avait fait un long voyage à travers l'enfer. Il se rappela de tout, si soudainement, si viscéralement. Son départ, sa lente déchéance, son agonie. Il le repoussa faiblement. Ianto s'écarta à regret de lui pour plonger son regard émerveillé dans les yeux désormais lucides de son Lord. La limpidité de son regard lui fut la plus douces des récompenses.

- Je suis de retour Jack, dit Ianto et plus rien ne fera me séparer de toi.

- Ianto, Ianto, Ianto, dit le Lord en une litanie, tenant entre ses mains le visage dont il avait tant pleuré le départ, ce visage qui l'avait tant hanté.

Il y voyait le même regard aimant, peut-être plus mûr, sur ses traits à présent bronzés par un soleil étranger.

- Tu m'as abandonné, murmura-t-il en le laissant se relever.

Owen avait déguerpi en voyant la longueur du baiser. Il avait entraîné le jeune domestique pour le soigner. Il faisait à présent entendre ses pas dans le couloir pour avertir ses amis de son retour.

- Je vous ai abandonné, confirma Ianto en lui tendant une main ferme et l'aidant à se remettre debout. Mais je pensais que c'était le mieux pour vous.

Jack le regarda sans comprendre, chancelant sur ses jambes.

- Visiblement, j'avais tort, fit le jeune homme avec un sourire contrit.

- Pourquoi partir ? demanda Jack, qui tremblait mais sain d'esprit à nouveau. Il le poussa violemment. Pourquoi m'abandonner ? Pourquoi me laisser seul alors que j'avais tant besoin de toi, alors que je t'aimais !

Il le repoussa plus violemment. Ianto se trouvait acculé contre le mur sous la poussée de Jack qui ne se maîtrisait plus. Il n'avait qu'une seule envie, celle de le serrer contre lui. Il se précipita sur son corps et le dévora de baisers comme un loup affamé d'amour. Ses mains coururent sur son corps, enfiévrées, incapable de se réfréner. Ianto réagit en se collant à lui plus étroitement, malgré l'odeur méphitique qui émanait de lui. Ces paroles résonnaient en lui, " alors que je t'aimais". Il s'arracha à ses bras, Jack le regarda, les yeux mi-clos couvant son désir. Owen passa la tête par l'embrasure de la porte et les vit se défier du regard.

Jack le vit du coin de l'œil et se tourna vers lui avec un large sourire. Le médecin n'en crut pas ses yeux. C'était le sourire de son ami, les yeux vivants et réveillés, pétillants d'amour. Il resta bouche bée

- Owen, appela Jack, alors que ses jambes manquaient sous son poids.

Ianto le rattrapa et passant son bras sous son épaule pour le soutenir. Jack posa sa tête contre la sienne, la respiration haletante, presque sifflante. Il reposait presque entièrement sur le jeune homme. Owen les regarda surpris alors que Ianto aidait le Lord à se coucher dans son lit.

- Bien, que se passe-t-il ? J'ai cru que vous vous battiez.

- Non...

- Oui, c'est ce dont je me suis rendu compte après, dit Owen avec un fin sourire. Tu as utilisé une des faiblesses de Jack pour le soumettre ? Ce baiser a au moins réussi à le calmer un peu. Je vais lui donner ses médicaments.

Jack gémit sourdement alors que ses yeux ne quittaient plus Ianto.

- Plus de médicament, dit le jeune homme.

- C'est son traitement, cela lui est nécessaire.

- Seul Ianto m'est nécessaire, articula Jack en sentant la querelle monter entre ses deux amis. Je n'ai pas besoin de ces drogues.

- Jack, tu es vraiment conscient ? Tu as récupéré tes facultés ?

- Yep, faut croire qu'un baiser peut tout guérir, dit Jack en se cramponnant à Ianto, c'est un sorcier que cet homme-là. Mais il a beaucoup de choses à m'expliquer.

- Nous aurons le temps de le faire plus tard, dit Ianto en souriant avant de s'asseoir sur le lit.

- Oh, c'est moi qui sens ainsi ? fit Jack en reniflant l'odeur de maladie qui émanait de lui, comment fais-tu pour le supporter ?

- Cela ne me dérange pas, dit Ianto.

Owen nota que leurs mains étaient toujours entrelacées. Jack semblait avoir repris des forces par ce simple contact et il paraissait déterminé à ne plus laisser s'échapper son Gallois.

- Owen, j'apprécierai un café et des petits gâteaux, si c'était possible. J'ai faim.

- Cela ne m'étonne guère, tu n'as pratiquement rien mangé depuis des semaines.

- Oui, mais là, j'ai faim et j'aimerai parler à Ianto en privé.

Le jeune homme frémit, il n'avait pas pensé si vite devoir s'expliquer. Lorsqu'Alec, puis Owen lui avaient parlé de la maladie de Jack, il n'aurait jamais imaginé qu'un baiser put en être le remède. Le Lord le regardait d'un œil torve et il sentait qu'il allait subir un interrogatoire serré. Owen s'éclipsa en maugréant que lui aussi aurait aimé discuter avec le jeune homme. Ianto ferma les yeux dans l'attente de la salve de questions qui ne manqua pas de le mitrailler.

- Que fais-tu ici ? Pourquoi es-tu parti ? Pourquoi es-tu revenu ?

Jack avait des accents dramatiques dans la voix alors qu'il interrogeait le jeune homme. La honte et l'embarras montèrent à ses joues.

- Pourquoi m'avoir abandonné ?

Ianto chercha à retirer sa main, mais Jack, malgré sa maladie conservait une grande force. Il caressa de l'autre ce visage qui lui avait tant manqué. Il s'était coupé les cheveux et des favoris fournis encadraient à présent son regard bleu qui vacillait sous le poids du sien.

Leurs cœurs battaient si fort, sur un rythme commun, comme s'ils ne faisaient plus qu'un.

- Parce que je croyais le devoir. Je ne voulais que votre bonheur.

- Ah et content du résultat ? demanda Jack en écarquillant les yeux.

- Non, je ne peux pas dire cela. Je ne voulais pas ça.

- Encore heureux, Ianto, dit Jack, un peu moins en colère, Ianto, es-tu parti parce que Alec était près de moi ? Parce que j'ai eu un comportement déplacé...

- oui, Ianto baissa la tête, j'étais sûr que vous auriez pu vivre avec lui, continuer votre grande passion.

- Et évidemment, sans me demander mon avis, tonna Jack, tu aurais dû rester auprès de moi. Tu me connais suffisamment pour savoir ce que je ressens pour toi est bien différent de ce que j'éprouvais pour Alec. C'est une passion morte.

Ianto murmura quelque chose que Jack ne comprit pas. Il lui releva le menton d'un mouvement doux et pourtant autoritaire.

- Répète.

- C'est que Alec dit, s'écria Ianto en rejetant la tête en arrière.

- Alec, dit Jack suivant le mouvement, son corps glissant sur celui du jeune homme.

- oui, Alec, ne dites jamais de mal de lui, c'est lui qui est venu me chercher.

- Alec, répéta Jack abasourdi.

- Oui, il a tant d'affection pour vous, qu'il a traversé l'Europe pour venir me chercher.

- Où étais-tu ? Qu'as-tu vu ?

- Le monde, répondit Ianto, leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Et ? fit Jack en caressant son oreille, son cou, faisant frémir le Gallois.

- Le Docteur et sa compagne ...

- Comment ? Suis-je le seul à ne pouvoir le voir, gémit Jack.

- J'ai vu tout ce que je désirais voir, en sachant que j'avais quitté ce que je désirais avoir. Je t'aime Jack, prononça-t-il en se mordant les lèvres. Je ne suis qu'un homme, mais je t'aime.

- Il t'a fallu être bien loin de moi pour t'en rendre compte, dit Jack en respirant son odeur, plongeant dans son cœur, l'attirant à lui.

- Non, je le sais depuis plusieurs mois.

Jack gémit en le serrant plus fort, à l'étouffer.

- Ianto, murmura-t-il d'un ton frustré, nous aurions pu éviter toute cette souffrance si tu avais cru en moi.

- Cru en quoi ? demanda le jeune homme taquin en le regardant amoureusement.

- En mon amour pour toi, lâcha Jack comme une bombe, je n'ai pas été suffisamment clair, trop subtil sans doute. A moins que tu ne sois trop fier pour l'accepter ?

- Je l'accepte, je l'accepte avec joie, dit Ianto en l'embrassant avec passion.

Son envie était irrépressible. Depuis que Jack le serrait ainsi dans ses bras, il avait le cœur léger, comme un bulle de savon errant sous le vent. Il sentait rugir en lui un désir tout puissant sur son esprit, le poussant à le caresser, encore et encore, à ne pas pouvoir s'arrêter.

Jack pourtant mit un frein à ses caresses.

- J'ai vraiment besoin d'un bain. Mais tu pourras me le donner si tu veux.

Ianto déjà rouge de leurs embrassades échevelées sembla pris d'une toux d'apoplexie au grand plaisir de Jack. Il s'écarta et le contempla, si jeune, si beau, si désirable, il y avait en lui une candeur bouleversante, malgré toutes ses épreuves, une douceur à laquelle il voulait goûter.

 


Rhea01  (14.02.2011 à 12:24)

Un bref toussotement les arrêta. Owen revenait de l'office et apportait un plateau avec des gâteaux sortant du four.

- Hum, presque aussi bons que Ianto, dit le Lord, en souriant. Cela signifie que Gwen est de retour.

- Non, c'est Ewen qui les a faits, Rhys lui avait demandé de faire quelque chose que tu veuilles bien manger. Il s'avère que les gâteaux étaient la seule chose que tu voulais bien avaler.

- Et bien Ewen a le talent de Gwen pour la cuisine. Ne pense-tu pas Ianto...

- Tout à fait, dit le jeune homme en souriant, ces fudges sont vraiment délicieux.

Jack ôta une miette de chocolat du menton du jeune homme. Le léger geste fit rougir Ianto, par l'intimité de ce mouvement.

- Oui, il faudra le remercier, dit Owen, ce gamin s'est fait pardonner, finalement.

Le ton qu'il utilisa rappela un peu sévèrement que Ianto n'avait pas été là pendant tout ce temps. Il nota cependant que leur relation était au beau fixe. Il n'avait qu'à voir l'air ébouriffé et rêveur de Ianto et celui plus que satisfait de Jack. C'était un sourire victorieux qui éclairait son visage, un sourire qu'il n'avait plus vu depuis plus de deux mois et qui lui manquait. Quoi qu'il pensât du jeune homme, il ne pouvait nier qu'il avait un effet terriblement puissant sur Jack.

- Il m'aime, dit Jack en répondant à sa question informulée.

Ianto ouvrit de grands yeux, embarrassé de voir son intimité ainsi dévoilée.

- Ce n'est pas dommage de se l'avouer enfin, dit Owen en souriant, l'amour est vraiment le plus puissant des remèdes. Avec Ianto auprès de toi, je suis sûr que tu vas pouvoir te remettre enfin.

Jack heureux ne semblait plus vouloir lâcher la main du Gallois assis à ses côtés. Il contemplait ses traits juvéniles, un peu marqués par son voyage. Ses yeux ne pouvaient se détacher du visage du fin jeune homme qui le mangeait du regard. Ils semblaient tout les deux pris dans une bulle de tendresse, une tour d'ivoire, où ils n'avaient nul besoin de témoins.

Owen pourtant ne pouvait se détacher d'eux, la guérison spontanée de Jack était spectaculaire et ne manquait pas de l'étonner. Il fallait qu'il en parle à Harlow, celui-ci aurait certainement beaucoup de choses à en dire. Il était sûrement à l'aube d'une découverte médicale majeure, celle de guérir de la folie par la puissance de l'amour. Cela demandait une étude approfondie. Ses yeux pétillaient d'amusement alors qu'il les voyait si proches. Ianto cherchait à le fuir, tandis que Jack s'épuisait à se rapprocher de lui.

Ianto parla longtemps, expliquant à Jack et Owen son voyage, ce qu'il avait vu et qui il avait rencontré à Rome. Jack fut abasourdi et ému par ce que le Docteur et son ami, le colonel avait fait pour lui. Mais il se sentait si fatigué, si épuisé que la conversation lui parvenait assourdie. Il papillonna des yeux, bailla et finalement tomba endormi malgré le café serré de Rhys devant Ianto étonné.

- Comment ? demanda-t-il à Owen.

- Calmant, je t'ai dit qu'il devait prendre ses médicaments, dit le médecin en esquissant le geste de mettre quelque chose dans la tasse de Jack.

- Tu l'as drogué ?

- Il a besoin de repos et je le connais, il n'aurait pas pu se reposer dans cet état de... nerfs.

Le silence tomba entre eux.

- C'est ma faute s'il a souffert autant, dit Ianto en glissant son regard sur le visage hâve et mal rasé de Jack.

- C'est aussi la sienne, un mauvais coup du sort, qui vous a séparé. Vous avez chacun fait des erreurs. Personne ne vous a jamais dit que la confiance fait partie de la vie de couple ?

Ianto leva un sourcil interloqué sur lui. Il n'avait jamais pensé à Jack et lui comme un couple. Il se frotta le visage et regarda Owen qui l'observait goguenard.

- Je suis heureux de te revoir parmi nous, si tu savais comme tu nous as manqué en réalité. Nous devrions le laisser dormir. Il en a pour quelques heures à présent.

Owen sortit en emportant le plateau, il tint la porte ouverte pour Ianto qui ne lui parut pas enclin à partir.

- Viens-tu ?

- Owen, penses-tu qu'il est guéri ou bien qu'il s'agit d'une embellie ?

Ianto se sentait glacé à cette idée, il ne savait ce qu'il deviendrait si Jack retournait dans cette transe qui l'avait tant effrayé.

- Tu as peur que ce soit qu'un moment de lucidité ?

- Oui, et si cela n'était pas réel ? fit Ianto avec angoisse.

- Nous ne le saurons que dans quelques heures, dit Owen, mais il a l'air heureux.

- Oui, murmura Ianto qui ne pouvait détacher son regard du visage apaisé de Jack. J'aimerai que tout redevienne comme avant, comme à Blackwood Manor.

- Le manoir a brûlé, te souviens-tu ? Tout a changé, maintenant. Trop de choses se sont passés. Plus rien ne sera plus jamais comme avant, j'en ai peur.

- C'est vrai, je ne sais pas ce que nous allons faire maintenant.

- J'ai quelques petites idées, dit Owen en souriant. Tout d'abord remettre Jack en état pour mon mariage. Je vais enfin pouvoir compter sur la présence du père de ma fiancée. Puis, il te reste beaucoup de tâches à accomplir. J'ai entendu lire Steven ce matin. Je peux t'assurer que ce n'est pas brillant.

- Comment va-t-il ?

- Il va bien, mais tu lui as manqué à lui aussi. Toshiko sera ravie de te revoir également.

- Cela fait longtemps qu'elle est ici ?

- Elle m'a rejoint avec Steven, il y a quelques semaines. Elle ne supportait pas de se savoir si loin de Jack alors qu'il était presque mourant. Et elle voulait aussi se trouver auprès de moi.

La réponse d'Owen fit grimacer Ianto. Il regrettait tellement d'avoir abandonné sa place pour des raisons qui lui semblaient bien futiles maintenant. Il se leva et observa une dernière fois le visage endormi de Jack. C'était le seul endroit où il voulait se trouver finalement.

- Allez viens, mon ami ! dit Owen en lui faisant signe de l'accompagner.

- Je serai heureux de les voir, murmura Ianto en se levant et le suivant, mais cela ne va-t-il pas sembler curieux que je revienne ainsi ?

- Oh, Ianto, Ianto… dit Owen en agitant la tête, ton absence était beaucoup plus dérangeante pour chacun d'entre nous. Merci.

- Pourquoi me remercies-tu ?

- Pour être revenu, mon ami, tout simplement. Allez laissons-le se reposer. Tu n'as pas de bagages ?

- J'ai débarqué ce matin et la première chose que j'ai faite était de venir ici.

- Tu as eu raison de revenir, mon ami. Je suis sûr que Toshiko pensera la même chose.

Ianto sourit malgré son inquiétude. Tant que Jack ne sera pas entièrement remis, il ne pourrait se départir cette angoisse.

- Cependant, je pense que Gwen t'en voudra pendant un certain temps. Rhys est rentré plusieurs fois à Abergavenny pendant ton absence. Elle ne décolérait pas à ce qu'il m'a dit.

- Elle sait que c'est ma faute, dit Ianto, en descendant les escaliers, je devrais lui envoyer une lettre pour lui expliquer la situation.

- Hum, à ta place, j'éviterai, elle préfère comme tout le monde avoir ses explications de vive voix !

- Cela va me poursuivre longtemps.

- Oui, sauf, si tu en as appris la leçon. Il ne faut pas méjuger d'une situation et fuir les discussions. Il n'y a rien de pire pour envenimer une situation que de rester sur un malentendu.

- Je pense que cette leçon-là restera suffisamment gravée dans ma mémoire.

Owen le regarda, le soupesant du regard.

- Bien, prépare-toi à revenir ici alors, fais chercher tes bagages. Je me doute que tu veuilles t'installer à nouveau dans ta chambre. Elle t'attend.

- Je vais aller les chercher moi-même, Alec attend au port. Je lui dois la joie d'avoir revu Jack, je veux le remercier et l'assurer que Jack a repris connaissance.

- Tu es bien bon, pour un homme qui aurait pris place auprès de Jack, s'il en avait eu la possibilité.

- Peut-être mais c'est mon ami, désormais, je me montrerai bien indélicat, si je ne donnais pas des nouvelles de Jack à Alec.

- Ne crains-tu pas qu'il revienne et profite de la faiblesse de Jack et de la tienne ?

- Cela n'a pas fonctionné auparavant, et je fais confiance à Alec pour ne rien tenter. Mais il a décidé qu'il ne viendrait pas. Il ne veut pas raviver les blessures.

- Comme je le comprends ! Va chercher tes affaires et reviens t'installer ici !

Owen était joyeux, la guérison de Jack, le retour de Ianto, c'était des nouvelles qu'il brûlait de partager avec sa fiancée et le jeune Steven. Ils seraient assurément bien étonnés de la tournure qu'avait pris cet après-midi. Tout avait changé, tout était transformé et maintenant, Ianto et Jack allaient certainement pouvoir profiter de la vie.

A suivre


Rhea01  (14.02.2011 à 12:25)

Chapitre 8 : Où Ianto reprend sa place auprès de ses amis.

Ianto quitta la maison de Durham Street pour retrouver Alec qui l'attendait au port. Celui-ci fut soulagé d'apprendre que son ami était sorti de son marasme. Il s'en réjouit et le jeune homme vit qu'il luttait farouchement contre lui-même pour ne pas exiger de le voir. Il savait cependant qu'il fallait encore un peu de temps à Jack Harkness pour se remettre de cette langueur qui avait failli le détruire.

Alec lui souhaita bonne chance.

- C'est plutôt à toi que je devrais souhaiter bonne chance, dit Ianto en souriant, Dame Donna t'attend avec impatience.

- Oh, je le sais. Il est temps pour moi de m'établir. Donna a toutes les qualités requises pour faire une bonne épouse. Elle est sensée, agréable, joyeuse et intelligente. De plus, elle ne m'est pas indifférente.

- Je suis heureux de te l'entendre l'avouer.

- Ianto, tu vas me manquer, dit Alec en serrant le jeune homme contre lui.

- Toi aussi mon ami, mais nous nous reverrons, dit le Gallois, j'en suis persuadé. Ne restons pas sans nous écrire.

- J'ai pourtant cru comprendre que tu n'étais pas doué pour écrire des lettres.

- Owen m'en a fait également le reproche, grimaça Ianto.

- Pour un homme de lettres, c'est bien dommage !

Ianto ne répondit pas mais il marquait un point. Il n'avait écrit aucune missive durant son voyage, incapable de trouver les mots pour expliquer la situation. Il aurait très bien pu mourir sans que quiconque ne l'apprenne avant de longs mois.

- De toute manière, Owen Harper m'a invité à son mariage. Sois assuré que j'y serai présent ! Et pendant ce temps, prends soin de Jack.

- Je n'y manquerai pas !

- C'est curieux, mais je sens que ceci est sincère !

- Oui, tout à fait sincère, fit le jeune homme en souriant à pleines dents.

- Tous mes vœux de bonheur, mon ami. Ne manque pas de me tenir au courant de son état de santé et assure-le de toute mon affection.

Les adieux s'achevèrent rapidement. Ianto était pressé de retrouver Jack et son monde. Ils échangèrent un dernier regard et une dernière étreinte fraternelle avant de se quitter. Ianto repartit avec ses affaires et retourna à Durham Street où Owen l'attendait de pied ferme tenant par la main sa fiancée, fort émue de son retour. Elle fit fi de sa réserve toute asiatique pour le serrer dans ses bras. Le frais parfum de la jeune femme enveloppa Ianto qui se laissa faire avec grand plaisir. Elle lui avait tant manqué, elle aussi. Steven se tenait en retrait, sombre et bras croisés. Il salua son ancien professeur froidement avant de se rendre dans sa chambre. Owen parut surpris par son attitude mais Ianto le pria de ne rien dire.

- Je ne comprends pas, dit le médecin, pendant tes… vacances, il n'a cessé de te réclamer. Je ne comprends pas pourquoi il te bat froid.

- Il a besoin de temps, dit Ianto en haussant les épaules.

- Raconte-moi ce que tu as vécu, ce que tu as vu, dit Toshiko en l'entraînant vers le salon. Owen m'en a un peu parlé mais je veux tout entendre de ta bouche.

Ianto s'exécuta de bonne grâce dans le salon familier, son esprit tendu vers la chambre où reposait Jack. Il raconta son voyage auprès de River Song, jusqu'à Rome où ils avaient rencontré le Docteur et sa compagne Donna Noble. Il raconta comment l'ami de Jack lui avait demandé des nouvelles du Lord et avait été fort marri de s'apercevoir qu'il n'en savait rien. Il passa sous silence la rencontre batailleuse avec Alec McNeil qui lui avait appris dans quel état était réellement Jack.

Il parla de Paris, de Rome, faisant naître des étoiles dans les yeux de Toshiko. La description du Docteur la ravit, il était en tout point semblable à ce qu'elle s'était imaginée.

- Et son vaisseau nous a ramené en moins de cinq jours de Rome à Londres.

- Son vaisseau ? demanda Toshiko étonnée.

- Oui, le Tardis, une fière goélette, répondit l'ancien secrétaire, c'est la manière dont le Docteur se déplace d'un point du globe à l'autre.

- Jack n'avait jamais révélé que le Docteur avait un vaisseau, s'étonna Owen, mais il a toujours été secret vis-à-vis de sa vie avec cet homme.

- Il n'a pas qu'un bateau, il en a plusieurs, répondit Ianto, Il possède une compagnie entière de transport qui lui permet d'aller d'un endroit à l'autre. Jack a toujours conservé le secret sur lui pour le protéger. Mais c'est un homme extraordinaire, tout comme il nous le disait.

- Pourquoi ne t'a-t-il pas accompagné ? demanda Owen, il aurait pu voir Jack.

- Il a dit à Alec qu'il voulait visiter la Chine et le Japon.

- Que s'y passe-t-il ? demanda Toshiko qui s'intéressait toujours à son pays de naissance.

- Je l'ignore, dit Ianto, tout ce que je sais c'est que le Docteur a un important réseau d'informateurs. Alec me l'a raconté, ils collationnent les rapports, les notes qui leur sont envoyés.

- Es-tu resté longtemps auprès de lui ?

- Non, à peine une journée, mais il m'a fait une impression extraordinaire, dit Ianto en s'asseyant près d'elle.

La jeune femme lui fit un sourire doux, il lui avait tant manqué. Elle lui reprocha doucement de ne pas avoir donné de ses nouvelles, tout en lui assurant qu'il lui avait manqué terriblement. Ianto garda le silence, sachant qu'il avait mérité ces réprimandes. Ce voyage, malgré tout, lui avait permis d'éclaircir ce qu'il voulait réellement. Il avait choisi de revenir auprès de Jack et ne souhaitait plus le quitter désormais. Il le dit à la jeune femme qui battit des cils, surprise par la révélation.

- Tu as mûri mon ami, lui dit-elle, auparavant, tu n'aurais jamais parlé aussi franchement de ce que tu éprouves.

- Il était peut-être temps, dit Ianto avec un mince sourire, je deviens adulte et je dois apprendre à vivre selon mes désirs. Cependant, je dois avouer que cela n'est pas si aisé.

- Comme je te comprends, dit-elle, regarde-nous. Owen est le seul héritier de sa famille, et il épouse une étrangère. Dans le comté d'Abergavenny, cela fait des gorges chaudes. Les gens seront toujours enclins à parler sans comprendre l'amour qu'il peut y avoir entre deux êtres.

- Allons, dès que les gens te rencontrent, ils oublient tes origines pour ne se souvenir que de ta gentillesse et de ta beauté.

- Ianto ! s'écria Owen, ton voyage à Rome t'a-t-il transformé en Casanova ? Toshiko est ma fiancée, je te le rappelle.

- Ce n'est pas pour autant que ce n'est pas agréable à entendre, n'est-ce pas ? continua le jeune homme en se levant, c'est toujours un tel régal de parler avec toi.

- Ianto, tu as certainement passé trop de temps avec Alec McNeil, siffla Owen d'un ton amusé, mais je suis sûr que Jack appréciera. Cela le ravira.

Ils continuèrent à deviser dans une atmosphère joyeuse, entretenue par un Owen positivement heureux que Jack et Ianto soient de retour à la maison. Le soir tomba, la nuit enveloppa la ville peu à peu de son dais étoilé.

 


Rhea01  (15.02.2011 à 13:21)

oOoOo

Ianto avait regagné sa chambre après une soirée passée à renouer des liens avec ses amis. Il était resté quelques minutes dans la chambre du Lord avec Owen et Toshiko. Ils avaient longtemps regardé Jack qui dormait d'un sommeil de plomb. Toshiko, les larmes aux yeux, l'avait serré dans ses bras en le raccompagnant à sa chambre. Elle l'avait embrassé en lui chuchotant « merci ». Le sourire de Jack pendant son sommeil l'avait rassurée sur l'état de son tuteur.

Ianto s'assit sur son lit, savourant cet instant. Durant son voyage de retour, il n'avait cessé de penser au moment où il serait là, à quelques mètres à peine de Jack. Il en avait longuement parlé avec Alec, il ne savait pas ce qu'allaient lui apporter les jours suivants, mais il était heureux et fier d'être ici. Il soupira d'aise en s'allongeant dans son lit après avoir endossé son vêtement de nuit.

Jack, il y pensait constamment et devait se maîtriser pour ne pas se faufiler hors de sa chambre et rejoindre la sienne. Il se morigéna, il lui fallait du repos. Il allait lui falloir du temps pour se remettre de la maladie nerveuse qui l'avait rongé, du temps pour guérir complètement. Il espéra que sa convalescence se déroulerait sans qu'il perde à nouveau l'esprit. Il en avait parlé brièvement avec Owen et savait qu'un choc, qu'une émotion trop violente pouvait le replonger dans son enfer personnel.

Il se passa les mains sur le visage. Il allait devoir éviter de lui faire ressentir des émotions trop fortes, comme celles qu'il éprouvait pour lui. Il allait avoir besoin de toutes ses forces pour ne pas l'embrasser, le toucher, le serrer entre ses bras, le faire chavirer sous ses assauts. Son corps répondit aux images qui lui enflammaient l'esprit. Il savait qu'il allait subir le martyre à ne pas s'approcher de lui pour ne pas l'épuiser. Mais cela en valait la peine, il ne voulait pas revoir cet homme au regard affolé, cette peur animale et cette douleur qui l'habitaient lorsqu'il l'avait retrouvé. Avec de la douceur et de la patience, il l'apprivoiserait et éviterait de le perturber. Il chassa cette angoisse de son esprit et s'endormit en pensant à la saveur de ses baisers, souriant à la vie.

oOoOo

La lune touchait le zénith lorsqu'un léger grattement à la porte éveilla Ianto. Il se souleva légèrement alors que le battant s'ouvrait sans un bruit. Jack, couvert d'une robe de chambre bleue, entra, tenant à la main une lampe à huile. Il marchait tout doucement, chancelant comme un vieil homme. Ianto se leva d'un bond pour le soutenir.

Jack accueillit son aide avec un sourire contrit. Il le buvait du regard. Ses yeux lourds de sommeil brillaient à la lumière. Ses cheveux ébouriffés appelaient à la caresse. Il sentit son cœur battre un peu lorsque le jeune homme posa ses doigts sur son bras. Il ressentait la chaleur de sa peau à travers le tissu. Mais son visage était inquiet, et une lueur d'angoisse apparut dans ses yeux lorsqu'il passa la main sur sa joue. Jack laissa tomber son bras, désappointé. Il avait cru à son sourire qu'il allait être ravi de le voir et voilà qu'il le repoussait encore.

Ianto vit son changement d'expression et eut soudain peur que son accès de folie le reprenne. Il fallait qu'il le rassure. Il l'attrapa par la taille et le serra doucement contre lui. Il l'entendit soupirer de soulagement. Leurs cœurs battaient si fort qu'ils leur semblaient les hypnotiser par ce son régulier et profond. Jack rompit l'enchantement le premier.

- Je voulais savoir si tu avais repris ton ancienne chambre. Je voulais vérifier que je n'avais pas rêvé que tu étais revenu.

- Vous n'avez pas rêvé, dit Ianto avec un sourire, je suis là.

-Puis-je avoir ta compagnie pour cette nuit ? Je ne veux pas rester seul.

- Bien sûr, voulez-vous que je vienne dans votre chambre ? Je peux m'installer près de vous et veiller sur votre sommeil.

- Non... je veux dormir là, dans ton lit. J'ai besoin de sentir que tu es là, que tu es bien réel.

- Venez, dit Ianto en l'aidant à avancer vers les couvertures encore chaudes.

Jack sentit toute sa peur de voir à nouveau fuir son Gallois s'envoler, il le laissait enfin approcher. Quel dommage qu'il eut fallu tant de temps et de souffrance !

- Tu n'as pas peur que je tente de te faire mien ? demanda Jack avec un sourire en coin.

- Je n'ai pas peur, dit Ianto en soutenant son regard, cependant, cela ne serait pas raisonnable dans votre état.

- Je veux simplement te tenir dans mes bras, dit Jack en se laissant guider.

Sa robe de chambre tomba au sol et Ianto l'aida à se coucher avant de s'allonger à ses côtés. Il souffla la lampe, puis rabattit les couvertures sur eux, les enveloppant dans une bulle de chaleur tendre.

Ils reposaient, l'un à coté de l'autre, séparés par un désir puissant qu'ils devaient maîtriser. Jack sourit dans l'obscurité. Il sentit que le jeune homme se déplaçait contre lui presque timidement. Un bras vint lui soutenir le cou, il roula sur son flanc et lova sa tête contre le torse de celui qu'il aimait. Il entendait son cœur battre à grand coup dans sa poitrine, sonnant si fort, un tonnerre dans la nuit silencieuse. Il sentait un grondement continu qui s'apaisa peu à peu alors qu'ils restaient sans bouger, sauf pour respirer.

Puis comme pour entendre à nouveau s'enfler ce son qui le ravissait, il l'embrassa doucement, goûtant la suavité de ses lèvres qu'il attendait depuis si longtemps. Le baiser se prolongea, un moment d'éternité partagée. Il s'abandonna totalement à ce baiser qui le complétait. Le contact du corps de Ianto, de ses mains qui glissaient dans son dos, le rassura. Il s'émut de leur mutuelle retenue, tout à la douceur de cet instant.

Ianto résistait à l'envie de le serrer contre lui de toutes ses forces. Il retenait sa fougue, l'odeur de Jack, cette fois-ci douce et propre, la douceur de sa peau, rasée de frais lui gonflait le cœur et le corps. Et ce baiser qui s'éternisait menaçait de le faire basculer, son corps tendu près du sien. Il résista à l'envie de le bousculer, de le renverser sous lui et lui dévorer le corps de baisers et de l'aimer enfin. Il gémit sourdement contre ses lèvres et Jack se mit à rire.

- Je ne devrais pas te pousser dans tes derniers retranchements, dit-il en le relâchant doucement.

Malgré l'obscurité, Ianto aperçut l'éclat blanc de ses dents. Il sourit en retour et l'étreignit contre lui, sentant sa bouche contre son torse.

- Je ne veux pas vous blesser, dit Ianto, dormez, je suis là et je veille sur vous. Dormez.

- Seras-tu encore là demain matin ?

- Je vous le promets dit-il en l'embrassant sur le front. Dormez, Jack.

Ianto l'entendit sourire littéralement, puis sa respiration s'apaisa alors qu'ils sombraient tous les deux dans le sommeil.

 


Rhea01  (15.02.2011 à 13:23)

Passage un peu chaud... mais là, je ne pouvais pas couper. 

oOoOo

Le matin ne s'était pas encore levé mais l'Est s'éclaircissait déjà, annonçant une belle journée. Jack ouvrit brutalement les yeux. Il sortait d'un cauchemar qui l'avait laissé trempé de sueur et glacé à l'intérieur. Ce qu'il avait vécu dans ce monde onirique, hantait encore son esprit. Curieusement, il avait revécu cette discussion quelques jours après le duel avec Hart. Elle avait laissé une forte impression en lui, cette scène où il avait compris qu'il fallait du temps au jeune homme pour encaisser ce qu'il avait vécu. Il l'avait alors serré dans ses bras en lui assurant qu'il ne voulait que son bonheur. Il venait de se voir repoussé, giflé par le mépris. Le jeune homme, dans son rêve, l'abandonnait après avoir mis son cœur à nu. Il tremblait à présent alors qu'un sentiment d'horreur et de solitude envahissait son âme. Il refoula des sanglots secs, ses nerfs tendus à craquer, se tordant les mains dans ce lit inconnu.

Il sortit enfin des brumes de son sommeil en reconnaissant les cheveux de Ianto, la ligne de son dos qu'il lui tournait. La mémoire lui revint, il s'était endormi dans ses bras et s'était éloigné dans son sommeil. Il se rapprocha de ce corps tiède et rassurant. A son contact, Ianto murmura dans ses rêves et se tourna vers lui pour le serrer contre lui. Jack s'abandonna à ce sentiment de bien-être qui l'enveloppa. Il se colla à son corps chaud et soupira d'aise. Il s'apprêtait à replonger dans le sommeil quand une main lui caressa les cheveux et acheva de le rassurer. Ianto était près de lui et cela suffisait à son bonheur. Il s'endormit, un sourire aux lèvres, définitivement réconforté.

Le matin les trouva tous les deux enlacés si étroitement que leur chaleur leur suffisait. Ianto s'éveilla le premier et savoura ce qu'il voyait. Le visage de Jack apaisé, près du sien, ses cils ombraient ses paupières, la ligne droite et pure de ses sourcils, les petites ridules qui accentuaient sa beauté, ce sourire léger qui étirait ses lèvres. Il aimait ce qu'il découvrait sous cette lumière douce et grise d'un matin londonien. Avec un soupir de bonheur, il le serra contre lui et fut surpris de sentir son corps s'éveiller contre le sien.

Il sentait gonfler contre sa cuisse un désir qui ne lui faisait plus peur. Il avait choisi d'être là pour lui, pour son bonheur. Ses mains s'égarèrent malgré lui sous les couvertures et s'emparèrent ce qui s'y tendait. Jack s'éveilla à son tour, saisi par un plaisir inédit. Il vit les yeux bleus de Ianto assombris de désir, alors qu'il le sentait accélérer la cadence. Il se mordit les lèvres sur un cri qui montait, ces doigts habiles lui démontraient la dextérité du Gallois qui l'entraînait vers un bonheur matinal. Il se laissa aller entre ses mains si douces, la langueur du plaisir l'emporta comme une vague, frissonnant, le corps en fête.

Ianto s'essuya sur son pyjama sans le quitter des yeux.

- Besoin d'aide, Ianto Jones ? proposa Jack en plongeant dans ses yeux liquides, aux pupilles dilatées par le désir.

Il eut la surprise de l'entendre décliner l'offre avec un joli sourire qui lui fit battre le cœur violemment. Il était décidément soumis aux sourires de ce gamin, prêt à céder à toutes ses volontés.

- Non, Jack, tu dois te reposer, murmura Ianto en l'embrassant doucement, bonjour.

- Bonjour, dit le Lord, qui se sentait à vrai dire, tout à fait reposé.

Il posa ses mains autour du visage de Ianto et accentua son baiser. Lorsqu'il laissa le jeune homme respirer, il vit que ses joues et ses oreilles avaient pris une jolie teinte brique.

- Ce n'est pas raisonnable, Jack, reprit Ianto.

- Autant que ce que tu viens de m'offrir.

- Tu as besoin de soins, cela en fait partie, dit-il en souriant.

- Quelle chance d'avoir un garde-malade si attentionné ! rit Jack en cueillant un nouveau baiser.

Il le tint embrassé et fourragea dans les couvertures à la recherche de son membre palpitant. Il le sentait tendre son corps contre le sien, instinctivement se pliant à son envie.

- Non ! cingla Ianto en repoussant ses mains fureteuses et caressantes.

Jack s'arrêta immédiatement. Le Gallois avait les yeux sombres et sévères mais un sourire détendit soudain son visage.

- Je t'en prie. Pas alors que tu es encore trop faible. Je ne le veux pas.

Ils s'évaluèrent du regard, Jack vit l'inquiétude dans les yeux de son compagnon et l'amour qu'il lui portait. Il laissa ses mains abandonner leurs recherches pour l'embrasser à nouveau. Le jeune homme avait raison, il fallait qu'il se repose, malgré cette bonne nuit de sommeil, il se sentait encore épuisé. Il le regarda se lever, se laver et s'habiller lestement. Jack appréciait sa silhouette, son attitude pudique contrastant avec le désir évident qui tendait son corps. Il le caressa du regard alors que Ianto se préparait à sortir.

- Très bien, je me repose, dit Jack en s'étirant sur les oreillers, mais je ne quitte pas ton lit.

- Si vous le désirez Monsieur, dit Ianto avec un sourire, mais vous allez vous ennuyer. Vous devriez rejoindre votre chambre.

- J'y ai passé bien trop de temps, je ne la supporte plus, alors que la tienne, elle est bien plus intéressante.

Ianto fit courir son regard sur la décoration simple de sa chambre, la fenêtre où entrait le soleil éclairant la bibliothèque et ses affaires sur le petit bureau. Il n'y avait pas grand-chose ici pour susciter un tel intérêt. Jack rit en le voyant faire. Il lui fit signe d'approcher. Il était hors de question qu'il le laissât quitter la chambre sans l'embrasser. Ianto se soumit de bonne grâce à sa demande. Appuyé sur le lit, il savoura le baiser intense que le Lord lui donnait. Il sentait son corps palpiter sous l'émotion. Les mains de Jack glissèrent sous sa chemise, et il se sentit sur le point de rejeter totalement ses bonnes résolutions.

Quelqu'un frappa à la porte et Ianto se hâta de l'entrebâiller pour découvrir le visiteur matinal. Il vit Owen, accablé, qui piétinait.

- Jack a disparu ! Je ne sais pas où il se trouve !

- Il est ici et semble décidé à ne pas vouloir quitter ma chambre.

Ianto ouvrit un peu grand sa porte pour laisser le médecin découvrir le Lord alangui dans son lit. Owen prit un air mi-fâché, mi-ravi.

- Ce n'est vraiment pas raisonnable, les gourmanda-t-il en riant.

- C'est ce que je me tue à lui dire, persifla Jack en montrant le jeune homme du doigt.

Ianto le regarda en fronçant des sourcils, l'air vaguement coupable et un peu fâché du sous-entendu injustifié.

- Il me semblerait l'inverse, dit Owen, ne se trompant pas sur le mensonge de Jack. Ianto, je compte sur toi pour lui éviter tout épuisement. Il faut que sa convalescence se déroule calmement.

- Comment rester calme lorsqu'il se colle à moi au milieu de la nuit ? s'offusqua Jack avec un grand sourire.

Ianto rougit au grand plaisir du Lord, avant de rire avec gêne. Il ne le reprit pas, trop heureux de le voir si en verve.

- Owen, je prends mes quartiers ici. Il y a trop de mauvais souvenirs liés à mon ancienne chambre.

- Et où va bien pouvoir dormir ce pauvre Ianto ? dit Owen en s'approchant de lui, pour s'enquérir de sa santé.

- Nous verrons cela en temps utile, fit Jack, plein d'assurance. Mais je peux lui faire une petite place à mes côtés.

- Trop aimable à toi, Jack. Bien, comment te sens-tu ce matin ?

- Bien, très bien, bien qu'un peu vidé.

Il jeta un coup d'œil à Ianto qui roula des yeux, accablé par cette désinvolture qui n'appartenait qu'à lui. Mais Owen ne releva pas. Il regarda le blanc des yeux de Jack et l'ausculta résolument sans écouter les bavardages de Jack, décidément loquace.

 


Rhea01  (15.02.2011 à 13:26)

Ianto sortit de la chambre, les oreilles rougies par les sous-entendus grivois de Jack. Mais cette fois-ci, ce n'était plus d'embarras mais de frustration. Owen était arrivé au bon moment, celui où il allait inévitablement céder aux appels de sa chair. Il soupira et descendit à la salle à manger où Toshiko l'attendait en compagnie de Steven. Il les salua et commença à manger en discutant légèrement avec Toshiko. Steven joua avec la nourriture tout en jetant des regards noirs à Ianto. Celui-ci finit par lui demander ce qu'il avait mais le jeune garçon se mura dans son silence avant de demander poliment à quitter la table. Toshiko, surprise par ce comportement auquel l'enfant, généralement doux, ne l'avait guère habituée, l'y autorisa.

- Je suis désolée Ianto, dit-elle, je ne comprends pas.

- Cela lui passera, dit le jeune homme qui se promit d'éclaircir la situation avec l'enfant au plus tôt.

- Que comptes-tu faire maintenant ? demanda Toshiko en lui servant un café fumant.

- Eh bien, je n'y ai pas encore réfléchi. Il est hors de question pour moi de rester sans activité.

- Jack sera heureux de t'employer à nouveau comme secrétaire ou professeur. A moins que tu ne souhaites conserver ton indépendance vis à vis de lui.

Ianto la regarda avec stupeur, Alec avait également soulevé cette question durant leur voyage. Comment conserver une certaine égalité entre eux, s'il l'employait à nouveau ?

- Cela mérite réflexion, dit-il prudemment. Steven a besoin d'un précepteur et Jack d'un secrétaire, mais ma situation personnelle a quelque peu évoluée. Du reste, je ne sais pas si Jack souhaite m'engager à nouveau.

- Excuse-moi Ianto, tu as bien le temps de réfléchir à cette question. Reste auprès de nous comme invité, il sera toujours temps pour toi de retrouver une activité.

- Mais je vais m'occuper de Steven, Owen m'a assuré qu'il avait besoin d'aide.

- Et tu adores enseigner ! Cela t'occupera un peu.

- Que fais-tu de tes longues journées ? demanda le jeune homme en changeant de sujet en douceur.

- Eh bien, je prépare mon mariage, Gwen s'occupe de tout à Abergavenny mais il faut que je rachète mon trousseau et ma robe de mariée.

- Tout a disparu dans l'incendie du manoir ?

- Oui, malheureusement, enfin, nous avons pu sauver certaines choses. L'aile moderne a entièrement brûlé ainsi que les cuisines mais l'aile plus ancienne a résisté aux flammes. Elle a protégé la bibliothèque.

- Comment ? demanda Ianto avec un large sourire.

- Je me doutais bien qu'un amoureux des livres comme toi serait sensible à cette nouvelle. Nous déplorons peu de pertes parmi ses ouvrages.

- Je m'en réjouis, fit joyeusement Ianto qui se remémorait avec plaisir les journées passées dans ce lieu poussiéreux, encombré mais surprenant. C'est une bonne nouvelle.

- Rhys, lorsqu'il est retourné à Blackwood, il y a deux mois, a organisé le déplacement dans les différentes propriétés de Jack. Il avait peur que les travaux de reconstruction et la pluie n'abîment les ouvrages.

- Il a eu raison. Vous avez lancé la reconstruction du manoir ?

- Uniquement, rendre habitables les pièces qui n'ont pas brûlé. Mais seule la bibliothèque a été épargnée. Trop de papiers sans doute. Enfin, une partie a été sauvée.

- J'en suis ravi ! Et donc Gwen organise ton mariage à Abergavenny ?

- Oui, dans son état, elle ne pouvait faire le trajet jusqu'à Londres. Mais j'imagine qu'elle doit se démener pour que tout soit parfait.

- Dans son état ?

- Oui, personne n'a dû encore te l'annoncer, mais Dame Gwen est enceinte pour le plus grand plaisir de son époux. Cela a été la seule bonne nouvelle de ces derniers mois.

- Quelle bonne nouvelle, elle doit être heureuse !

- Oui, pour son mari, mais elle râle beaucoup dans ses lettres, elle dit que cela la ralentit dans ses tâches. Mais elle a beaucoup de chance.

- En effet, c'est une grossesse tardive mais l'enfant sera accueilli dans une famille aimante. Rhys a toujours rêvé d'être père. Tout comme Owen.

Toshiko lui jeta un étrange regard, comme soupesant son propos. Elle sourit et changea de sujet. Owen vint les rejoindre et les rassurer au sujet de Jack.

- Jamais je n'ai vu quelqu'un se remettre aussi rapidement. Il ne parle que de partir, sortir, revenir à cheval pour le pays de Galles. Il va vite être intenable.

- Je vois, dit Ianto, il va falloir que je lui trouve des occupations.

- Il a quelques idées sur la question, si tu veux mon avis.

- Je le sais, dit Ianto en cachant son embarras derrière sa tasse de café. Mais tant qu'il ne tiendra pas seul sur ses jambes, je suis déterminé à le laisser se reposer.

- A vrai dire, dit Owen, je ne sais pas s'il pourra tenir aussi longtemps.

- Alors, je le verrai que le temps nécessaire, dit Ianto qui restait sur ses positions.

- Que Dieu nous garde, Jack sera infernal ! Davantage que ces mois passés à le voir péricliter.

Les trois amis se sourirent avant de finir leur repas.

Maintenant que Jack était revenu à la raison, du moins pour le moment, Owen souleva la question de repartir au pays de Galles. La saison allait bientôt commencer à Londres et ni les uns ni les autres ne se sentaient prêts à écumer les salons.

Jack, autrefois, appréciait cette activité mais dans son état de faiblesse, le médecin recommandait qu'il ne fasse aucun effort. Toshiko n'avait jamais vraiment aimé sortir dans les salons londoniens où ses traits japonais étaient scrutés par des gens qui oubliaient leur bonne éducation pour béer devant son visage et lui poser les questions les plus incongrues.

Comme toutes les jeunes filles de bonne famille, elle avait fait son entrée dans le monde au bal des prétendantes, organisée par la Reine, mais très rapidement, elle avait cessé d'accompagner son tuteur pour rester à l'hôtel particulier, malgré le succès qu'elle avait eu. Sa nature timide et réservée ne supportait pas d'être considérée comme une bête curieuse. Et déjà à cette époque, elle avait le cœur pris. Elle regarda Owen avec affection, elle l'aimait depuis son plus jeune âge, depuis le jour où il était apparu dans sa vie, rejoignant Jack aux Indes.

Le mince médecin avait fait battre son cœur plus fort et lui avait fait prendre conscience de sa féminité. Elle n'avait eu de cesse que de l'attacher à elle.

Mais cela n'avait pas été facile. Owen était plus âgé qu'elle de presque dix ans et elle n'était qu'une toute jeune fille lorsqu'il l'avait rencontrée, et de surcroît, la pupille de son ami. Mais malgré sa jeunesse et sa timidité, Toshiko cachait une volonté de fer sous sa douceur et sa réserve. Elle l'aimait et lui avait fait comprendre. Cela avait malheureusement pris un peu de temps, car Owen n'était pas aussi éclairé lorsqu'il s'agissait de romance. Mais peu à peu, il en vint à partager ses sentiments et à vouloir l'épouser, ce dont elle se réjouissait à présent. Les obstacles entre eux étaient aplanis, Jack se remettait, Ianto était de retour et leur mariage aurait bien lieu au mois d'octobre. Tout lui paraissait possible désormais.

Ianto sourit en la voyant aussi radieuse, il leur souhaita une agréable journée et s'en fut à la recherche de Steven.

 


Rhea01  (15.02.2011 à 13:28)

oOoOo

L'enfant ne fut pas très difficile à retrouver, il n'était ni à la bibliothèque, ni dans sa chambre. Ianto le découvrit dans l'ancienne nurserie qui avait été transformée pour qu'il puisse y étudier.

Il entra doucement dans la pièce qui contenait un bureau et une grande table couverte de livres et d'atlas. Les étagères débordaient d'anciens jouets, trop abîmés pour être bien utiles au jeune garçon. Celui-ci regardait par la fenêtre, perdu dans sa contemplation, triturant d'une main nerveuse un morceau de tissu qu'il fit vite disparaître en voyant son ancien professeur entrer. Ianto réprima un sourire, il lisait sur le visage ombrageux de son élève qu'il ne fallait pas se moquer. Il ne souleva pas de question sur ce chiffon, devinant que pour Steven, c'était un moyen de se rassurer. Il ne pouvait pas le critiquer alors que lui-même usait de ses livres de la même manière.

Il invita l'enfant maussade à s'asseoir à la table à laquelle il prit place, lui aussi.

- J'ai cru remarquer que tu étais boudeur, commença-t-il doucement, Serait-ce mon retour qui te chagrine autant ?

- Non, murmura Steven en évitant son regard pénétrant.

- Alors peux-tu m'expliquer quelle en est la raison ?

- Je... non, je ne le peux pas.

- Pourquoi ?

- Parce que vous allez me trouver ridicule.

- Promis, je ne me moquerai pas de toi. Je voudrai simplement que tu m'expliques pourquoi fais-tu une tête de six pieds de long lorsque je suis dans la même pièce que toi.

- C'est à cause de moi que vous êtes parti ! s'exclama Steven.

- Non, ce n'est pas à cause de toi, répondit calmement Ianto, qui voyait enfin surgir ce qu'il avait redouté.

Le jeune garçon se croyait la raison de son départ et puisqu'il ne lui avait donné aucune explication, il comprenait mieux son appréhension et sa colère. Car Steven était en colère.

- C'est à cause de moi, si vous êtes parti, c'est parce que je me suis fait enlever !

Ianto soupira. Il lui devait des explications après tout. L'enfant semblait s'être mis en tête que son professeur le détestait et avait quitté son poste pour cette raison. Le Gallois prit le temps de lui en expliquer la cause.

- Steven, ce n'est pas de ta faute si je suis parti.

- Mais si, s'acharna l'enfant, sinon pourquoi ?

- Ce sont des affaires d'adultes en réalité. Je suis parti car j'ai cru que ma présence n'était plus nécessaire.

- Mais si, j'ai besoin de vous. Je croyais que c'était ma faute, parce que je me suis fait enlever.

- Tout d'abord, tu as été enlevé, insista Ianto, tu n'y as pris aucune part. Et j'avais mes propres raisons pour partir. Mais je regrette, j'avais oublié que toi aussi, tu allais souffrir de mon départ.

- Vous aviez disparu ! Et Père était si malade, Oncle Owen n'avait pas le temps de s'occuper de moi. J'étais seul.

- Je comprends Steven et je te prie de m'excuser. Cela ne se reproduira plus.

- Vous êtes sûr ? renifla le gamin en le regardant dans les yeux. C'est à cause de Père si vous êtes parti ?

Ianto eut un coup au cœur. Ces yeux si semblables à ceux de Jack Harkness semblèrent le crucifier.

- En partie parce que ton père le voulait, en partie parce que je le désirais. Cela n'a absolument rien à voir avec toi, Steven.

- Bien, dit le petit en le regardant droit dans les yeux, et vous ne partirez plus, n'est-ce pas ? Je ne veux plus que vous partiez.

- Oui, Steven, je reste auprès de vous désormais, c'est ici que se trouve ma place.

- Auprès de Père ? demanda le garçon innocemment.

- Auprès de votre famille.

- Vous en faites partie, Maître Ianto, dit le garçon en lui tendant une main ferme en signe de pardon.

Le visage du petit, sérieux et affectueux, fit sourire Ianto qui lui serra la main. Il acceptait le pardon que le jeune garçon lui offrait. Il s'était senti coupable d'avoir abandonné l'enfant. Il l'avait oublié et avait égoïstement choisi de partir en le laissant seul alors même qu'il aurait eu besoin de stabilité après son enlèvement.

- Père sera heureux que vous restiez. Vous lui avez manqué. C'est à cause de vous qu'il a été si malade. Ne partez plus, il a besoin de vous, lui aussi. Promettez, Maître Jones.

Ianto fut surpris que l'enfant eût compris les conséquences de son départ sur son père. Steven avait décidément beaucoup de finesse malgré son jeune âge. Il lui ébouriffa les cheveux avec un bon sourire.

- Je te le promets, souffla-t-il avant de reprendre plus fortement, d'après ce que m'a dit M. Harper, il faut que tu travailles ta lecture. Exerce-toi, je t'écoute.

- Je pourrais faire la lecture à Père ?

- Si tu n'ânonnes plus, il sera ravi de t'entendre.

Le jeune garçon, heureux finalement du retour de son professeur, courut prendre un livre et s'installer pour le lire à voix haute. Il paraissait soulagé qu'il lui eût promis de rester. Maintenant qu'il était auprès de Jack, Ianto savait qu'il avait fait le bon choix en revenant ici. Cependant, il avait le sentiment que tout n'allait pas être aussi facile. Ses pensées s'éloignèrent de Steven qui lisait lentement. Elles ne quittaient guère le Lord, comme si son univers tournait autour de lui. Mais il était heureux d'être auprès de lui.

 

 

La journée se déroula tranquillement dans une atmosphère joyeuse et calme, tout comme les autres journées de ce long automne coloré, où Jack Harkness récupéra lentement toutes ses facultés. Comme l'avait prédit Owen, il se montra difficile et parfois ombrageux, et Ianto dut déployer des trésors de douceur pour le maintenir au lit. Il se montrait particulièrement acariâtre en fin d'après-midi lorsque le soleil disparaissait et que la maison s'assombrissait.

Il sentait revenir à ce moment-là des angoisses qui le poussaient à se montrer désagréable envers ses proches. Ianto prit vite l'habitude de l'accompagner pendant ses crises d'anxiété soit pour lui parler de Steven et de ses progrès, soit pour l'informer des nouvelles du jour, lui lire le journal ou bien le défier aux échecs. Il transformait peu à peu ces instants difficiles en moments agréables et tendrement chéris par les deux hommes.

Évidemment, Jack cherchait à circonvenir le jeune homme et le pousser à venir lui tenir compagnie de plus près. Mais Ianto se refusait pour une évidente raison, il ne voulait abuser de sa faiblesse. Le soir venu, après un souper qu'il partageait de plus en plus souvent la compagnie de sa famille, Ianto l'aidait à se coucher dans son propre lit.

Cela n'était pas conventionnel, mais il lui avait été impossible de refuser. Ils s'endormaient alors collés l'un à l'autre, baignant dans une telle frustration que Ianto restait bien souvent éveillé, ne volant que quelques heures de sommeil dans le canapé qu'Owen lui avait fait apporter. Il n'en pouvait plus, autant Jack se remettait que Ianto s'épuisait à ne pas dormir et à supporter Jack. On aurait cru que l'un récupérait ses forces tandis que l'autre s'étiolait.

Peu à peu, Jack se remettait et il finit par pouvoir quitter la chambre avec l'accord d'Owen qui n'avait jamais vu une si fulgurante convalescence, à croire que la frustration pouvait agir de bien des manières sur le corps humain, ou tout du moins, celui de Jack. Il fut heureux de pouvoir marcher en plein air dans le parc de Durham, où montaient des odeurs d'automne, humus, feuilles mortes et parfum de fruits mûrs. Ces odeurs si différentes, si essentielles, se gravèrent en lui alors qu'il avançait lentement, reposant sur le bras de son fidèle secrétaire.

Chaque jour de ce long automne, ils se promenaient dans ce parc qui inspirait toujours calme et volupté à Ianto Jones, parfois en compagnie d'Owen et de Toshiko, souvent avec Steven qui courait autour d'eux. Au fil du temps, le Lord s'appuyait de moins en moins sur son secrétaire, et sa haute silhouette se redressait à mesure qu'il s'étoffait à nouveau pour le plus grand plaisir de Ianto. Il lui paraissait de plus en plus visible que Jack était suffisamment rétabli pour penser à voyager. Owen et Toshiko se réjouissaient à cette pensée, la date de leur mariage approchait et Jack allait pouvoir participer à la cérémonie.

à suivre


Rhea01  (15.02.2011 à 13:29)

Chapitre 9 : Un peu de passion...

La maison de Durham Street redevint plus joyeuse à mesure que le Lord reprenait des forces. Il avait décrété que Ianto Jones ne devait plus jamais passer le seuil de sa maison sans son consentement. Le Gallois n'avait rien dit sur le moment afin de ne pas heurter les sentiments de Jack, mais il n'en avait cure. Il allait et venait à sa guise, reprenant doucement ses habitudes dans la demeure, comme s'il ne l'avait jamais quittée.

Jack aimait cette vie pleine de douceur où Ianto le laissait récupérer sans le presser. Pourtant, il leur devenait difficile de résister à cette envie qui les tenaillait depuis plus d'un mois. Le Lord se définissait comme un homme d'action et il se languissait du plaisir de la chair, mais il cédait à la demande de Ianto.

Pour lui, il aurait été capable de tout. Il lui avait sauvé la vie en retournant auprès à ses côtés. Jack avait alors l'intention d'obéir à ses volontés, toutes ses volontés y compris les plus frustrantes. Mais ce qui l'agaçait le plus, c'était de voir le jeune homme épuisé, usé par sa propre retenue, cette volonté inébranlable de ne pas céder.

Bien qu'il l'ait ramené à la raison par la magie d'un baiser, il se sentait quelque peu négligé depuis quelques semaines. Bien sûr, Ianto l'aimait, il l'embrassait de manière tout à fait convaincante mais Jack était d'une nature aimante, qui avait besoin de toucher, de sentir sous lui s'écraser le corps ferme de son amant. Ianto était si sage, il conservait cette attitude qui pesait au Lord. Ils ne restaient jamais suffisamment seuls l'un et l'autre. Il arguait que c'était pour ne pas le fatiguer outre mesure. Mais le manque le frustrait et l'épuisait tout autant. A mesure que ses forces revenaient, il sentait en lui s'éveiller un désir plus ardent, plus vigoureux que naguère.

Il n'aurait jamais cru possible de désirer quelqu'un à ce point, tout comme il n'aurait jamais cru mourir d'amour. Owen se moquait gentiment de lui et de son excès de sentimentalisme. Il l'avait trouvé dur au départ avant de comprendre que s'il devenait un sujet de plaisanterie pour le médecin, c'était qu'il allait mieux. Il en prit soudain conscience. Et s'il allait mieux, il allait pouvoir s'occuper du cas de ce Jones trop sage.

Son léger sourire se transforma en rire de loup alors qu'il imaginait ce qu'il pourrait lui faire subir pour le punir de l'avoir abandonné. Owen lui avait tout raconté, et il n'en avait pas cru ses oreilles en apprenant que c'était Alec et le Docteur qui l'avaient renvoyé à lui. Fallait-il qu'ils l'aient finalement aimé pour agir de la sorte ! Ils avaient comploté pour son bonheur, mais depuis ce baiser magnifique et guérisseur, Ianto se faisait avare et rares étaient les occasions pour eux deux de se retrouver seuls.

Il n'allait plus pouvoir se retenir plus longtemps. Il n'allait pas pouvoir supporter encore cette frustration des sens quand le cœur battait si fort près de l'être aimé. Mais il pouvait le remercier, car les longues promenades, alliées à des exercices dans le secret de cette petite chambre où ses affaires étaient plus nombreuses que celle de son habituel occupant, lui avaient permis de récupérer ses forces de manière efficace.

Désormais, il attendait que Ianto vienne le voir et il lui montrerait qu'un Harkness amoureux pouvait se montrer audacieux. Pourtant, ses absences pour visiter sa famille, Adam ou pour s'occuper de Steven et de ses amis se faisaient de plus en plus longues, à mesure que leurs désirs devenaient trop pénibles à supporter. Il avait l'atroce sensation que le jeune homme ne désirait pas plus de contacts que nécessaire.

Que fallait-il donc faire pour qu'il vienne lui rende visite plus souvent ? Se laisser dépérir ? Maintenant que le jeune homme était revenu à ses côtés, cela ne l'attirait plus autant. Cependant, il repensait de temps à autre à cette période où Ianto l'avait abandonné, rejeté. Cela lui laissait un sentiment amer. Il n'aimait guère s'y appesantir en réalité. Tout lui avait paru si sombre, si peu digne d'intérêt. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, pourquoi les mots du poète prenaient-ils tous leurs sens maintenant ? Parce qu'il en avait expérimenté l'amertume ? Il avait été si malheureux, étranger à lui-même.

Mais depuis quelques jours, il se sentait revivre, comme s'il était né à nouveau, baignant dans un amour serein, certes, mais diaboliquement platonique. Et cela lui était désormais insupportable. Si Ianto ne venait pas à lui, il irait à Ianto. Il fallait qu'il brise cette longue période d'abstinence, car il se mettait maintenant à parler seul et rabâcher les mêmes idées.

Sa maladie l'avait affecté à tel point que sa sensualité habituellement débordante semblait s'être éteinte mais elle ressurgissait à présent, aussi vive que son sang dans ses veines.

Il se complaisait à penser au jeune homme absent en observant ses effets personnels abandonnés à sa vue. Les livres qu'il aimait, les vêtements qu'il affectionnait, les menus objets qui l'avaient accompagné dans son voyage, tout ce qu'il voyait le ravissait tout en lui donnant des indices sur l'occupant des lieux. Il s'était incrusté dans son univers et ne quittait guère sa chambre que pour prendre ses repas ou se promener dans le parc. Jack était allongé sur le lit, Owen insistait pour qu'il se repose l'après-midi mais il n'arrivait plus à faire la sieste maintenant. Il attendait Ianto, le jeune homme lui avait promis qu'il passerait le voir pour disputer leur habituelle partie d'échec.

Depuis ce premier matin si explosif, le Gallois n'avait plus partagé sa couche qu'avec parcimonie. Il souhaitait qu'il se repose et Jack devait s'avouer qu'il était tout à fait reposé.

Le jeune homme s'en était tenu à ce qu'il avait dit, il ne voulait pas l'épuiser. Jack soupçonnait derrière cette attitude un amour profond mais également une peur latente. Il étira son corps mince qui reprenait les muscles perdus pendant sa maladie et repensa à l'arrivée de Ianto et tout ce qui l'avait conduit jusqu'ici. Le jeune homme était éminemment complexe, son passé avait laissé de profondes traces. Il avait vécu l'innommable et avait pourtant su conserver cette douceur, cette volonté de survivre malgré les difficultés qui s'étaient amoncelées sur son chemin.

Un léger grattement sur la porte lui apprit que son hôte venait lui rendre visite. Il se releva sur ses oreillers, remit de l'ordre dans ses cheveux et avec un sourire radieux l'invita à entrer.

Ianto pénétra dans la pièce, portant une lourde pile de livres qu'il déposa sur la console de l'entrée. Il entra avec lui un air vif et frais, une odeur de liberté qui lui plut souverainement. Le jeune homme lui sourit et sembla se figer alors que Jack agrandissait son propre sourire. La lumière ocre de l'automne finissant entrait à flot dans la chambre et nimbait le Lord d'un halo lumineux. Il avait ce sourire qui lui faisait immanquablement fondre les genoux.

Il s'approcha comme dans un rêve, à peine conscient de ses mouvements, hypnotisé par ce visage radieux et les étincelles qui dansaient dans ses yeux. Jack continua de sourire, il le regardait avancer, éviter ce fichu sofa où il passait toutes ses visites, les doigts crispés sur un livre ou les pièces de l'échiquier. Il s'approcha encore et s'assit à ses côtés comme obéissant à son injonction muette. Il agissait enfin comme il le désirait depuis si longtemps.

- Ianto, je me languissais sans toi. Tu me manquais. Où étais-tu ?

Il l'écouta lui raconter sans prêter réellement attention à ce qu'il lui disait, les visites qu'il avait effectuées, les progrès de Steven. Il s'absorbait dans la contemplation de son visage si mobile, si émouvant, sa pomme d'Adam qui bougeait rapidement sous le joug de ses émotions qu'il maîtrisait difficilement. Il avait l'air épuisé, il lui était difficile de lui résister, remarqua Jack avec un fin sourire. Il savait qu'il arriverait à ses fins, mais le temps lui pesait.

Dans cette maison où ils étaient si rarement seuls, il lui était difficile d'amener le jeune homme à baisser sa garde. Il fallait qu'ils s'éloignent pour profiter de cette intimité qui ne demandait qu'à éclore entre eux. Ses pensées s'égarèrent vers le voyage qui s'organisait, Abergavenny pour le mariage, Blackwood pour les travaux du manoir, Cardiff pour s'installer. Il comptait surprendre son Gallois et avait eu une idée qui se développait dans son esprit. Il reposa les yeux sur lui et s'aperçut qu'il l'observait en silence.


Rhea01  (16.02.2011 à 19:52)

passage NC-13, même si largement coupé^^.

- Envie de quelque chose, Ianto ? demanda-t-il avec un sourire sensuel.

- Bien sûr ! Mais comment te sens-tu ?

- Je vais bien, mais tu évites la question, de toute évidence, grogna Jack.

- J'aime garder une part de mystère.

- Tu en as trop pour moi, malheureusement, dit-il en lui prenant la main, mais explique-moi comment fais-tu pour être aussi attirant ?

- Je ne suis pas attirant, dit Ianto en se penchant sur ses lèvres, les capturant dans un baiser que Jack trouva frustrant au possible.

Il glissa la main le long de son dos jouant avec le nœud net de son veston. Il quémanda un autre baiser. Les yeux dans les yeux, ils se parlaient silencieusement, comme si plus rien d'autre ne comptait, seulement eux-mêmes.

- Ianto, je voudrais…

- Je sais, moi aussi, répondit le Gallois dans un souffle brûlant, sais-tu que nous sommes seuls ? De plus, j'ai tourné la clef dans la porte.

- Pourquoi ?

- Impossible qu'on nous dérange et que tu t'échappes cette fois.

- Celui qui s'est échappé, ce n'est pas moi, répondit Jack en fronçant les sourcils.

- Si je n'y avais pas été poussé, je ne serais jamais parti !

- Ah bon ? Pourtant, tu es parti…

Ils n'en avaient jamais vraiment reparlé depuis le retour à la raison de Jack, car penser à ce malentendu les faisait souffrir. Mais le Lord savait qu'ils ne pouvaient plus se payer le luxe de rester sur des non-dits. Ianto se releva mais Jack lui tint le poignet enserré.

- Tu as demandé à ce que je parte, fit Ianto d'un air consterné, je n'ai fait que t'obéir.

Il ne voulait pas parler de cette période et l'insistance du Lord le mettait mal à l'aise.

- Il y a une autre raison, je le sais, reprit Jack en l'attirant à nouveau vers lui.

- Je suis parti, dit-il dans un souffle, parce que j'ai cru que c'était le mieux pour toi. J'ai peur de ne pas te suffire.

- Tu me suffirais n'importe où, jeta Jack en se relevant et se collant à lui de toutes ses forces, n'importe où, n'importe quand, tu es le seul qui m'importe.

- Non, non, dit Ianto en secouant la tête, d'autres sont importants pour vous, Steven, Toshiko, Owen…

- Je ne te parle pas de cela, je te parle de ce que j'éprouve, idiot. Croire que je ne veux pas de toi à mes côtés est une vraie stupidité.

- Je sais, je suis stupide, dit le Gallois en le repoussant dans son lit avec une force surprenante, idiot, crétin, imbécile de t'aimer, mais je ne puis m'en empêcher et je crains de ne plus pouvoir me retenir plus longtemps.

- Enfin !

Ianto s'abattit sur Jack, ravi de sa décision. Leurs lèvres se cherchèrent, se trouvèrent, se goûtèrent alors que leurs mains s'empoignaient sur le lit et se serraient si fort. Ianto sentait son corps réagir souverainement à ce baiser voluptueux, littéralement suffoquant. Leurs bouches, leurs langues qui se découvraient se séparèrent à regret pour les laisser respirer. Leurs regards se vrillèrent, plongèrent l'un dans l'autre, étonnés et aimants. Jack était subjugué par la fièvre amoureuse qui embrasait le corps de son futur amant. Il le caressa doucement à travers les couches de vêtements qui lui semblaient si superflues. L'odeur qui montait de ce jeune corps le comblait et il sentait qu'il ne pourrait plus le laisser lui échapper.

Ses mains glissèrent sur le tissu si lisse, la soie de son veston qu'il froissait entre ses doigts, avide de sentir la peau échauffée de Ianto.  Jack s'arrêta, il repensait à ce qu'il avait vécu avec Hart. Peut-être avait-il encore besoin de temps ? Le regard blessé du jeune homme lui fit comprendre que l'heure n'était plus aux atermoiements. Ianto voulait plus que des baisers et des caresses. Un désir fou et luxurieux hantait ses yeux. Il lui fit entendre d'un baiser vorace qu'il voulait plus, tout ce que Jack pouvait lui offrir. Il ne pouvait plus se retenir. Le Gallois se débattit pour le toucher, il fourragea sous le pyjama du Lord, comme pris de frénésie. Jack rit soudainement de son impatience après cette longue attente.

- Doucement mon chat sauvage, dit-il en s'allongeant à ses côtés. Doucement, nous avons du temps devant nous, tout le temps qu'il nous faut. Il est inutile d'être aussi pressé.

- Je t'aime Jack et je veux te sentir contre moi, en moi depuis… tant de temps.

L'aveu cru submergea le Lord qui l'embrassa à nouveau.

- Tu aurais pu faire un geste auparavant, mon cher Ianto, tu aurais pu te déclarer avant tout cela.

- Tu veux discuter maintenant de ma sottise ou bien profiter de moi ? dit le jeune homme en se redressant sur un bras, prêt à se relever.

- Oh, j'adore quand tu deviens autoritaire ! dit Jack en le renversant sous lui, l'enroulant dans les draps défaits.

Il le scruta, dans ses yeux si clairs, si bleus qu'il avait l'impression de voir un ciel d'été. Il lisait un amour et un désir évident, dévorant.

Il l'embrassa doucement, prenant son temps pour lui faire ressentir les sensations qui naissaient de leur contact. Ianto darda sa langue à la rencontre de la sienne. Un combat sans vainqueur s'engagea entre eux, leurs langues prises d'une vie propre s'exprimaient dans leur propre langage. Ianto gémit sous les sensations qui l'inondaient de plaisir. La langue de Jack, le corps de Jack qu'il découvrait si vivant sous ses mains, qui s'agrippait au sien. L'attente avait été si longue que l'intensité de leurs baisers faisait crépiter l'air de la chambre.

Oubliées les attentes, les non-dits, les inquiétudes, seuls vibraient leurs cœurs à l'unisson, un moment unique de découvertes torrides et intimes. Jack gémit à son tour, avant de se relever. A genoux auprès de Ianto, il le contemplait. Les yeux étincelants de désir frustré, les lèvres rougies de ses voluptueux baisers, les cheveux en désordre qui bouclaient à nouveau, le jeune homme reposait contre les oreillers moelleux. Une invitation au plaisir que le Lord n'était pas homme à refuser. Il plongea à nouveau sur ses lèvres au moment où Ianto commençait à déboutonner sa chemise avec des gestes tremblants.

Jack posa les mains sur les siennes et s'assit posément sur ses hanches. Leurs virilités se frôlèrent à travers le tissu, électrisant le jeune homme qui se mordit les lèvres pour ne pas laisser échapper un cri.

- Trop sensible, Ianto, murmura Jack dans son cou, mordillant son lobe gauche.

Ses yeux se révulsèrent sous le spasme qui l'entraîna vers les rivages du plaisir. Il se reprit après quelques secondes, contrit d'avoir cédé si rapidement sous les caresses du Lord.

- Nous avons tout notre temps, Ianto, murmura Jack en lui reprenant la bouche et le déshabillant avec douceur.

Il laissa glisser sa langue sur le corps qu'il dévoilait ainsi. Le goût de Ianto, sa peau émouvante, si claire, il avait rêvé de ce moment pendant des nuits entières.

Jack eut un éblouissement, là, à ce moment exact alors qu'il se tenait sous son regard amoureux, il eut l'impression étrange que c'était juste. Un moment, très intense, où chacun se rend compte si intimement qu'il est exactement à l'endroit qu'il devait occuper dans le monde. Un moment d'éternité figé dans l'instant où plénitude et bonheur remplissaient l'esprit et le corps au même instant.

Il s'agissait d'un moment de pure beauté. Ianto le surprit dans sa rêverie en l'embrassant à nouveau. Jack Harkness retomba dans le tourbillon de sa vie, dont l'œil était occupé par cet homme, Ianto Jones. Il était heureux et ce sentiment déborda de son cœur.

- Je t'aime, s'écria-t-il soudain, surprenant le Gallois qui ne s'attendait pas à cela.

Mais il souriait déjà, subjugué et ravi par cette déclaration explosive.

- Je t'aime aussi, murmura-t-il en réponse, écartant les pans de ce fichu pyjama qu'il rêvait de lui retirer depuis tant de temps.

Il découvrait un torse marmoréen, comme il l'avait imaginé, mais vivant et chaud, marqué par les coups de fouet comme des injures du temps. Ses mains ne lui suffisaient plus, il mit sa langue en mouvement. Il suivit doucement les creux et les bosses de ce corps qu'il apprenait à aimer. Jack ferma les yeux en sentant la découverte délicate, attentive.

- Si tu continue ainsi, Ianto, je ne réponds plus de rien.

- C'est mon but, dit le jeune homme en descendant plus bas, traçant des arabesques sur cette peau mordorée qui le captivait. Il suivit, de la langue, une ligne plus sombre dessinée sur l'épiderme, descendant sous le pantalon de pyjama. Le tissu malmené ne laissait aucun doute sur la nature de son émoi. Il gémit quand l'homme qui l'entreprenait ainsi le reversa sur leur nid de couvertures.

Oh il était habile, doué même, si doux et si malicieux alors qu'il jouait de la langue et des mains pour lui faire atteindre un plaisir qu'il n'avait plus approché depuis des mois. Une vague d'extase le fit frissonner. Sa tête bascula en arrière, étourdi par cette puissance qu'il possédait sur lui. Ianto rampa et vint l'embrasser. Alangui, Jack se laissa faire, un baiser qui se prolongea. Il lui sembla qu'il avait un chat qui se lovait contre lui, doux et ronronnant mais inassouvi, il le sentait et encore vêtu.

Ils se caressèrent des yeux, muets d'envie. Des larmes bordaient les cils du jeune homme qui fixaient son amant d'un air étrange. Jack s'inquiéta immédiatement et l'étreignit, leurs torses s'épousèrent, la sueur légère les rafraîchissait.

- Je suis désolé de te rappeler de mauvais souvenirs, Ianto, je regrette. Nous pouvons nous arrêter si tu veux.

- Pourquoi ? Je ne regrette rien pour ma part ! dit le Gallois en lui picorant la peau de légers baisers. Seulement...

- Seulement ? demanda Jack rassuré en levant un sourcil.

Il avait le visage illuminé par ce qu'il ressentait, amour, bonheur, plénitude. Un calme éphémère car quand il vit les yeux affamés du jeune homme, il sentit son désir remonter en flèche, renaissant plus puissant encore. Il le débarrassa complètement de ses vêtements. Il était brûlant de fièvre lutine, ses yeux rougis par le plaisir. La confiance qu'il lui accordait avait changé l'image qu'il avait de lui-même. Il devenait impudique alors qu'ils échangeaient des caresses qui leur mettaient le feu au sang, un bonheur et un supplice qui les portèrent aux nues.

Le jeune homme avait la sensation de voler au-dessus de leurs corps, toujours alangui sous le reflux de cet intense climax. Un papillon aimant et nourrissant sa flamme, voilà ce qu'il était dorénavant. Il sourit en sentant les lèvres de Jack l'embrasser et le ramener à lui. Ils se détachèrent l'un de l'autre pour mieux se lover l'un contre l'autre. Le désir enfin assouvi les laissait exsangues.

Les bruits de la maison qu'ils avaient oubliée leur parvinrent à nouveau. Ianto picora ses lèvres au moment où la cloche de St Pier sonnait sept heures.

- Te sens-tu bien ? demanda Jack d'un ton inquiet en voyant les yeux du jeune homme s'assombrir.

- A cette heure de la journée, nous n'aurons pas été discrets.

- Ah, fit Jack, d'un ton rassuré, c'est tout ce qui te perturbe ? Rien en rapport avec ce qui vient de se passer ?

- Si, dit Ianto malicieux, se rapprochant pour poser la tête sur son torse.

- Et ?

- Enfin, je me tiens entre tes bras, dit-il en caressant son torse glabre, savourant les douces caresses dans son dos, ses cheveux, son cou encore sensible.

- Et ?

- Je veux encore, toujours me tenir ainsi entre tes bras et t'aimer.

Jack rit et le serra plus fort, la fatigue lui tirait les paupières vers un sommeil réparateur. Ianto attrapa les couvertures et les rabattit sur eux avec un sourire amusé.

- Le dîner n'est que dans une heure, autant dormir un peu. Je serais incapable de soutenir une conversation avec Owen et Toshiko maintenant.

- Pourquoi ? demanda Jack soufflant sur ses cheveux.

- J'ai mal à la gorge d'avoir trop crié, fit Ianto en riant, repose-toi Cariad.

L'oreille de Jack capta le mot d'amour et l'inscrivit au fond de son cœur tandis que le sommeil le capturait dans les bras aimés.

Ianto veilla sur lui, chuchotant des mots d'amour et de confiance. Ses yeux se fermèrent involontairement et Morphée l'entraîna à la suite de Jack. Il le suivrait toujours, il se le promit.


Rhea01  (16.02.2011 à 20:03)

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