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Blackwood Manor

Série : Torchwood
Création : 29.09.2010 à 22h17
Auteur : Rhea01 
Statut : Terminée

« Univers Alternatif, toute l'équipe de Torchwood au grand complet au temps de la Reine Victoria. Ou les aventures de Lord Harkness et Ianto Jones, précepteur et bibliothécaire. » Rhea01 

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Dans les couloirs silencieux, Owen esquissa un sourire avant de descendre aux cuisines où Rhys officiait en l'absence de son épouse.

- Nous mangerons un peu plus tard ce soir, Ianto et Jack auront un peu de retard.

- Ils sont sortis ? demanda-t-il interloqué, suspendant un geste au-dessus de ses casseroles fumantes.

Miss Martha s'approcha, curieuse.

- Ils sont loin d'ici en un sens, dit Owen d'un ton égrillard.

- Oh, fit simplement Rhys, en écartant une marmite du feu, ce n'est pas dommage.

- Oui, bien, pas un mot, bien sûr.

- Bien sûr ! dit le majordome avec un sourire éclatant. C'est le signe pourtant que nous allons bientôt rentrer chez nous.

- Tout à fait, Jack est suffisamment remis pour faire le voyage maintenant. De plus, je vais me marier dans trois semaines. Il est temps de m'en retourner chez moi pour les derniers préparatifs.

- Gwen a déjà bien avancé dans l'organisation. Elle me disait qu'elle avait déjà choisi le menu. Apparemment, ni vous, ni Miss Toshiko n'avez de mots à dire sur ce que vos invités mangeront.

- Tant qu'elle n'invite personne en sus, cela ne me dérange pas.

- C'est tout ma Gwen de tout contrôler, mais cela vous le savez aussi bien que moi. Miss Martha est invitée également ?

- Evidemment, elle fait partie de nos amis, désormais, dit Owen en souriant à la jeune fille qui aidait Ewen à préparer une pâtisserie assez complexe. Elle s'entend à merveille avec Steven. Et dans la mesure où Ianto sera un peu occupé à présent, heureusement.

Rhys éclata de rire et ébouriffa les cheveux d'Ewen qui passait près de lui, une casserole de chocolat à la main. Le geste surprit tellement le garçon à la figure barbouillée, qu'il se figea, interloqué.

- On rentre à la maison, mon garçon ! dit-il souriant jusqu'aux oreilles, j'en suis si heureux.

- Il reste encore du travail à Blackwood Manor. Mais je vous accueille chez moi avec plaisir. Jack aura d'autres projets, j'imagine.

- Je vous le confirme, Maître Harper. Il m'a fait envoyer une lettre à Gwen pour faire préparer le cottage, près de Cardiff, à Round Stone.

- Ah mais pourquoi cela ne m'étonne pas de lui cette histoire ! Je suis heureux que le Lord se reprenne ainsi.

- Gwen va sûrement voir cela du même œil que vous, docteur Harper, elle s'inquiétait beaucoup pour lui.

- Comme nous tous, crois-moi ! dit Owen en riant, bien, je pense qu'il est grand temps de préparer nos malles pour le voyage. Miss Martha, vous effectuez un travail pour lequel vous n'êtes pas rémunérée. Cela ne se fait pas dans la maison Harkness. Les invités ne sont pas des domestiques, je vous le rappelle.

- Je n'aime pas rester sans rien faire, dit la jeune fille, et vous manquez de bras pour cette maison.

- Je le sais, Jack Harkness n'avait pas beaucoup de gens quand il est arrivé au mois de mai. Mais depuis, ma fiancée et moi-même avons ajouté du travail à ce bon Rhys.

- Sans compter que ma blessure m'a bien handicapé, dit le majordome.

- Evidemment !

- Vous avez l'air de très bonne humeur, Maître Harper, dit Martha.

- Exactement ! Si vous saviez comme je suis pressé d'être à mon mariage, s'écria-t-il en riant. Je suis impatient !

- N'ayez crainte, dit Rhys en se joignant à lui, cela viendra bien assez tôt. Vous verrez le jour où vous irez vers à l'autel, vous ne serez pas aussi fringuant.

- Oh, Rhys pour elle, je serai toujours volontaire. Ce mariage n'a été que trop longtemps repoussé !

- Pour sûr ! Cela doit bien faire un an et demi que vous êtes fiancés.

- Un an, huit mois et treize jours pour être précis, dit Owen avec un petit rire.

- C'est vrai que le temps doit vous sembler long. Mais on dit que les mariages d'octobre sont les plus heureux.

- Ah mais pourquoi ? fit Martha étonnée.

- Eh bien parce que c'est pluvieux, surtout au Pays de Galles, c'est comme ça qu'on dit, n'est-ce pas ?

- On dit mariage pluvieux, mariage heureux, le reprit Owen en ricanant.

Il était effectivement heureux et entendait le faire partager à tous, à croire qu'il était sensible aux ondes amoureuses qui émanaient de la chambre d'Harkness.

Il s'aperçut bien vite qu'il n'était pas le seul à ressentir un sentiment semblable, un soulagement et une gaieté qui n'étaient pas feints. Toshiko ne cessait de rire, Owen avait les yeux qui brillaient, mais le héros de la fête était bel et bien Harkness, qui semblait tout à fait remis de sa longue maladie. Il offrait à tous son sourire enjoué et séduisant mais il ne cessait de couver du regard le jeune homme au sourire illuminé assis à ses côtés. Ianto appréciait la soirée autant qu'eux, tout en étouffant de temps à autre un bâillement discret. Steven, resté tard pour une fois, semblait étonné par la joie qui émanait de tous.

Oui, la maison Harkness rayonnait de bonheur, une fois chassés les lourds nuages du passé, s'offrait à eux un avenir chatoyant.

Le mariage d'Owen et Toshiko qui s'annonçait, l'amour qui les unissait, Steven qui deviendrait adulte, une vie pleine de promesses s'offrait maintenant. Chacun s'accorderait à dire qu'ils l'avaient amplement mérité. L'amour, à ce moment, palpitait au cœur de tous et s'inscrivait en eux pour le reste de leur vie.

A suivre...


Rhea01  (16.02.2011 à 20:05)

Épilogue - Chapitre un : Le mariage.

L'animation régnait sur le parvis de la petite église d'Abergavenny. Les calèches, les landaus et autres voitures étaient sagement rangées avec leurs chevaux et leurs cochers près de la halle aux grains décorée pour l'occasion. Des bouquets de fleurs fraîches malgré la froidure de cette fin d'octobre pomponnaient les voitures des invités et les portes de l'église, invitant les gens à entrer.

Owen avait voulu une cérémonie intime mais la petite ville semblait s'être massée tout entière à la noce, pour ajouter aux vœux de mariage leurs vœux de bonheur.

Jack, radieux, fanfaronnait sur le parvis, vêtu d'un magnifique costume bleu clair neuf, ponctué de détails verts qui rendaient justice à ses yeux joyeux et sa nouvelle silhouette. Il paraissait rajeuni et considérablement plus beau et plus gracieux que dans le souvenir des invités qui le félicitaient sur sa bonne mine. Il répondait avec assurance et bonheur qu'il n'aurait manqué ce mariage pour rien au monde et qu'il ne fallait absolument pas prêter attention aux rumeurs qui couraient sur son compte, sauf les plus farfelues. Car celles-ci, disait-il, avaient sûrement un fond de vérité.

Celui qui l'aurait regardé un peu plus attentivement aurait vu que ses yeux se posaient souvent sur le jeune homme qui le suivait comme une ombre joviale. Superbement cintré pour l'occasion d'un costume bleu nuit qui épousait ses formes élancées, il souriait joyeusement avec non moins de bonheur que Jack. Ils accueillaient tous les deux la petite foule avec un mot agréable pour chacun.

Alonso Frame et Wilfred Mott entrèrent en compagnie d'Adam que Ianto serra fort contre lui, à la grande jalousie de Jack. Rose Tyler et Martha Jones accompagnaient Rhys et Gwen Williams dont le ventre rond annonçait une future naissance tardive, mais ô combien désirée. Des amis plus lointains avaient également fait le déplacement à la grande joie de Jack et d'Owen Harper qui marchait nerveusement à travers la foule. Le médecin portait un habit à queue de pie qui flottait derrière lui au gré de son agitation grandissante. Son veston blanc était brodé de dragons étranges mais les invités et les habitants de la ville présumèrent que c'était pour rendre hommage à sa fiancée asiatique.

Il était nerveux, crispé dans l'attente de ce mariage déjà reporté. À dix heures, chacun prit place sous la nef. Ianto, en qualité de témoin, soutenait son ami qui se décomposait, minute après minute, devant cette assemblée. Ils n'aimaient pas plus l'un que l'autre se trouver au cœur de l'attention mais ils firent vaillamment bonne figure dans l'attente de Toshiko.

Les premières mesures d'une marche nuptiale galloise jouée par un orgue neuf résonnèrent sous les voûtes peintes de l'église romane. Un chœur de voix féminines entonna un chant, bientôt rejoint par un clair ténor. Ianto Jones chantait, il chantait de tout son cœur alors qu'arrivait la future mariée recouverte de son voile blanc. À son bras, Jack Harkness, fier comme tout père, bombait le torse et marchait au rythme de la musique, lente et puissante qui gonflait les cœurs présents.

Toshiko portait une robe qui suscita l'admiration et l'étonnement, entièrement composée de soie blanche et de dentelle arachnéenne formant des dragons et des étoiles. Son vêtement était le fruit de deux cultures, de deux mondes, l'Extrême-Orient et l'Occident. Son voile soutaché d'or portait des inscriptions en Kanji pour garantir le bonheur des deux époux. Cela donnait l'impression étrange d'une reine des fées se posant dans le monde humain pour les enchanter. Les oh et les ah d'admiration se confondirent dans la musique qui les subjuguait. Ianto continuait de chanter, alors que l'harmonie de ce moment s'inscrivait dans les mémoires comme un instant magique.

Jack, tel un père aimant, entraîna la jeune femme jusqu'à l'autel. Owen tendit une main, un peu tremblante mais déterminée et le Lord déposa les doigts menus de sa fille dans celle-ci. Ianto poussa sa dernière note, subtile et résonnante. Puis il s'approcha du Lord et le guida vers les bancs destinés à la famille. Il le poussait innocemment dans le dos, mais ils étaient si proches que chacun comprit instinctivement l'amour qu'ils se portaient. Un bonheur égal semblait irradier des deux couples sous les yeux surpris de l'assemblée.

Le prêtre, étonné par la beauté étrange de cette noce, s'approcha et commença la cérémonie. Les habituelles questions succédèrent aux habituelles réponses, accompagnées de l'émotion palpable de l' assistance. Jack serra le bras de Ianto et ils échangèrent un regard long et langoureux comme un baiser. Rhys, près d'eux, pleurait sans honte et serrait la main de son épouse.

 


Rhea01  (17.02.2011 à 21:01)

- Ce mariage, c'est aussi un peu le nôtre, dit le Lord à l'oreille de Ianto qui se penchait sur lui, et leur enfant aussi.

- L'enfant ?

- Oui, Toshiko est enceinte de quatre mois déjà.

- Oh !

- Ne sois pas choqué, rit Jack à son air étonné, je savais depuis le début, qu'ils se marieraient. Tout comme je savais qu'un jour, tu me céderais.

- Présomptueux !

- Certes, mais avec talent ! dit Jack en dardant une œillade qui fouailla l'ardent Gallois.

Depuis qu'ils partageaient la même couche, il devenait trop réactif à ce genre d'allusion.

- Il suffit ! Tu vas me faire manquer l'essentiel de la cérémonie.

- Avec le mal que tu as eu pour t'habiller ce matin, ce serait dommage.

- Si j'avais eu toutes mes affaires sous la main, je n'aurais pas été en retard.

- Est-ce une demande pour occuper de la place dans ma chambre ? Je ne sais comment Owen prendra cela sous son toit. Mais avec tous ses invités, il manque de place.

- J'ai entendu dire que quelqu'un avait fait préparer le cottage à mon intention.

- À notre intention, rectifia le Lord, mais avec ta permission.

- Avec grand plaisir, dit Ianto en lui serrant la main et la gardant dans les siennes.

Jack le regarda étonné, lui qui détestait se donner en spectacle venait de lui offrir une démonstration parlante des liens qui les unissaient.

- Par ces mots, je me lie à toi, dit-il à l'oreille rougissante de Ianto, je n'aurai jamais de cesse de t'aimer.

- Joli discours, tu l'as préparé depuis quand ?

- Réponds-moi, murmura Jack, ne le lâchant pas du regard alors que le prêtre demandait les noms de ceux qui s'avançaient devant l'autel de Dieu.

- Que je n'imagine pas être loin de toi et que je t'aime Jack ?

Au même moment, tonna la voix du prêtre sous la nef.

- Vous, Owen Harper, fils d'Amalia et Geraint Harper, et vous Miss Toshiko Sato, pupille de Sir Jack Harkness, je vous déclare unis par les liens du mariage aux yeux de l'Église et des hommes. Ce que Dieu a lié, l'homme ne peut le défaire. Vous pouvez embrasser la mariée.

Les applaudissements éclatèrent et fusèrent au moment où Owen embrassait ardemment Toshiko sous le regard étrangement ému de Jack et Ianto.

oOoOo

Les invités se pressèrent pour sortir former une haie d'honneur sous laquelle les nouveaux mariés passèrent. Une pluie de fleurs et de blé les accueillit, des rires joyeux, des cris de joie et de ravissement les saluèrent à nouveau. Une émotion et une joie palpable irradiaient de la foule qui entoura et entraîna les nouveaux mariés vers les voitures afin que les invités se retrouvent dans la maison des Harper.

Jack Harkness monta dans sa calèche, redescendant aussitôt sur le marchepied, pour chercher du regard Ianto Jones qui avait disparu. Son cœur se serra sous l'inquiétude qui l'étreignait soudain. Et s'il l'abandonnait encore ? Malgré ses serments, ses mots d'amour et son indéniable talent pour les choses de la chair, Jack avait sans cesse peur que le jeune homme le quittât. Il savait qu'il n'y résisterait pas cette fois-ci. Son absence avait laissé des traces profondes dans son esprit. Il n'apparaissait nulle part, peut-être était-il retourné sous la nef de l'église, se rassura-t-il, alors que la place se vidait des spectateurs au mariage.

Son regard tomba soudain sur la haute et svelte silhouette de son amant. Il sortait du porche en compagnie d'un petit groupe dont il ne reconnaissait qu'un membre, Martha Jones. Sa vue s'accommoda et il découvrit Rose Tyler en grande conversation avec deux hommes qui ne lui étaient pas inconnus. Deux femmes, l'une rousse et l'autre blonde, les accompagnaient. Ianto serrait dans ses bras l'un des deux hommes, une attitude décidément très amicale. Jack fendit l'air comme dans un vent de jalousie. On ne touche pas à Ianto Jones sans sa permission !

En s'approchant, il reconnut Alec, rieur et le Docteur, son ami de toujours. Ils avaient assisté à cette cérémonie, sans l'avoir averti de leurs présences. Ils étaient certainement arrivés en retard pour le début du mariage. Il sauta dans les bras du Docteur sous les regards attendris de Ianto et de Rose, qui savaient combien cet homme lui était cher. River vint au secours de son ami en riant.

- Ne le serrez pas tant, je vous en prie, dit-elle au Lord d'une voix douce.

Jack relâcha enfin son ami pour se précipiter sur Alec tout sourire et lui donner une accolade fière.

- Alec, Docteur, je suis si heureux !

- Je le vois, Jack, je le vois, fit le dénommé Docteur, avec un fin sourire, cela fait tellement de temps que je ne vous avais pas vu. Rose et toi êtes toujours aussi magnifiques, tout comme cette sage Martha. Oh, je suis touché que tu ne m'aies pas oublié.

- Oublié, Docteur ? répliqua Jack avec un sourire éblouissant, vous êtes particulièrement difficile à oublier, vous savez. Mais présentez-moi à vos compagnes, vous n'êtes pas sage du tout !

- Je manque à tous mes devoirs, s'excusa son ami, voici Miss Donna Noble, la petite-fille de Wilfred Mott, une bien agréable amie qui sait comment me remettre à ma place.

- Parce que vous en avez besoin ? s'étonna Jack avant d'exécuter un parfait baisemain à la demoiselle qui ne lâchait pas Alec McNeil. Bonjour !

- Oh, arrête ça ! firent ses deux amis en chœur.

Ianto riait, le Lord ne pouvait pas résister au besoin de séduire, c'était inscrit en lui, tout comme la générosité de son cœur et la beauté de son âme. River Song joua des coudes pour tendre une main nerveuse à Jack qui s'inclina encore plus bas.

- River Song, se présenta l'amie de Ianto sous le regard amusé du Docteur.

- Elle aussi sait me rappeler à mes devoirs. Je vous présente Rose Tyler, une très chère amie avec laquelle j'ai connu bien des aventures.

- C'est la moindre des choses que de dire que nous les avons partagées, dit Jack en surprenant les regards d'évaluation entre les deux femmes.

- Oui, nous étions un trio fascinant, dit le Docteur sans y prêter attention.

- Docteur, nous avons tellement de choses à nous raconter. Je ne vous laisse pas partir sans profiter de votre présence.

- Alors, cela tombe très bien que nous soyons invités au repas de noce de votre ami Harper.

- Mais comment ?

- Il a sollicité la présence d'Alec et je n'ai pu résister à l'envie de me joindre à vous. Gwen Williams a été assez gracieuse pour accepter ma venue si tardive. Je voulais vous faire une surprise. Cependant, je dois rejoindre la Reine à Windsor dans quelques jours. Je puis rester pour ce repas et répondre à toutes vos questions.

- Vous m'en voyez ravi, dit Jack en saisissant le bras de Ianto qui parlait à voix basse avec l'ancien Colonel.

- Je vois que tu as quelque peu changé, mon ami, dit Alec en riant, alors que Ianto se détachait de la poigne de fer en roulant des yeux effrontés. Tu deviens possessif.

- Moi, non ! Je l'ai toujours été. Vous auriez dû me voir enfant. Incapable de lâcher l'objet de mon affection !

- Un nounours quelconque qui avait bien de la chance, dit Alec avec un rire sourd.

- Non, répondit Jack en secouant la tête, un grand brun aux yeux bleus. Depuis tout petit, je suis sensible à ce genre de beauté.

Tout le monde éclata de rire à cette sortie qui était si typiquement Jack Harkness. Celui-ci fanfaronnait, sous l'attention de tous, sauf deux personnes qui continuaient de rire de leur côté sans lui accorder la moindre parcelle d'intérêt. Jack s'assombrit. Que pouvaient-ils bien se raconter ? La manière dont ils se parlaient, leurs visages qui se rapprochaient, les regards qu'ils s'échangeaient le dérangeait profondément. Il s'étrangla presque de rage et de jalousie mêlées lorsque Ianto, se rendant compte de l'heure qui passait, invita Alec à les accompagner en calèche. Le Docteur, suivi de ses compagnes, gagna son landau avec un sourire épanoui sur son visage encore juvénile.

Ianto fit monter le Colonel dans leur véhicule à la désapprobation palpable de son amant. Il lui fit un large sourire et le laissa grimper avant de lui claquer le postérieur d'une main ferme. Jack se retourna vers lui, le visage sombre et interrogateur.

- Allons ! fit Ianto avec un rire de gorge, devant Alec, j'ai bien le droit de me laisser aller à quelques privautés.

- Jones, tu deviens bien insolent depuis quelque temps. Je ne comprends guère pourquoi Alec nous accompagne.

- Ne te fais pas plus impoli que tu n'es, Jack, siffla le Gallois d'un ton sec. J'ai invité Alec à se joindre à nous car tu lui dois des excuses.

- Comment ? dirent les deux hommes surpris.

- Eh bien, commença à expliquer Ianto, les yeux brillants, tout d'abord, tu lui dois des excuses pour l'avoir induit en erreur par ton comportement. Tu l'as entraîné dans un malentendu qui m'a poussé à fuir.

- Tu as choisi seul cette option, clama Jack, tu as exercé ton libre-arbitre et puis, j'étais malade !

Curieusement, le ton employé fit comprendre à Alec que cela était un point de discussion sans doute enflammé entre eux. La manière dont Ianto écarta la réponse de Jack le lui confirma.

- Et je l'exerce toujours ! Mais tu dois encore des excuses pour l'en avoir tenu responsable.

- Très bien, puisque tu insistes, Alec, je te prie de bien vouloir accepter mes excuses. Même si je fus malade, je te prie de m'excuser. Mais je dois également te remercier, dit-il en s'asseyant près de lui et posant son bras sur ses épaules. Tu as été un ami précieux en me revoyant Ianto. Je te remercie de m'avoir sauvé la vie.

- Je t'en prie, dit Alec en riant de ce que lui disait Jack d'un ton si amphigourique, de cet humour emphatique avec lequel il cachait ses sentiments. Le Docteur parle de lui comme d'un remède.

- Oh, mon ami, il a raison. Jamais je ne fus aussi heureux de prendre ma médication.

- Jack, lâcha Ianto d'un ton chagrin, trop d'information !

- Suffisamment pour que je vous félicite tous les deux, dit Alec en les gratifiant d'un sourire amusé. J'ai pu voir que vous êtes bien proches. Je n'avais pas besoin d'indices superfétatoires.

- Merci, Alec, fit Ianto en lui serrant la main.

- Mais j'aime les allusions, gémit Jack, cela fait le sel d'une conversation.

- Parce que sans cela, discuter avec nous serait si pénible ? grinça Ianto d'un ton sec, démenti par son regard joyeux. Il te faut être sage si tu ne veux pas que je te fasse la leçon.

- Messieurs, les informa Alec, d'un ton blasé, je crois que nous sommes arrivés, je pense qu'il vous faudra remettre à plus tard cette leçon.


Rhea01  (17.02.2011 à 21:05)

La voiture venait de s'arrêter dans un concert de grincements devant la maison familiale des Harper. C'était une maison de ville en pierre de taille, massive et granitique. Une vénérable dentelle de pierres ornait les balcons qui s'avançaient sur la rue. Les doubles portes étaient ouvertes pour laisser accès à la cour intérieure aux attelages des invités. Une armée de palefreniers les accueillait et les incitait à entrer.

Quatre ailes identiques en bon granit gallois entouraient une cour carrée, dallée avec un puits en son centre. Quelques arbustes taillés et des massifs bien tenus agrémentaient cette cour qui aurait été bien sobre si les fenêtres n'avaient pas été si ouvragées. Le parvis en granit rose invitait les visiteurs à pénétrer dans la maison.

oOoOo

Le brouhaha de la noce appela Jack et ses compagnons dans la salle de réception qui s'ouvrait devant eux. Le Docteur les avait précédés, présenté par Rose et Martha. C'était une réception intime avec seulement les plus proches de leurs amis.

Gwen et Rhys avaient fait du très bon travail en organisant le mariage. Ils avaient mis tout leur cœur et toute leur amitié dans cette réception. Il y avait un esprit asiatique dans la décoration intime et agréable à l'œil. Des soieries satinées couvraient les murs, une grande table attendait les convives, amis et proches du couple qui discutaient dans la salle, réchauffés par les flambées des deux cheminées opposées l'une à l'autre.

Jack alla d'un groupe à l'autre saluant à nouveau ses amis, félicitant les nouveaux mariés qui semblaient flotter sur un petit nuage. Ianto alla vérifier dans les cuisines si tout se passait bien. Son esprit méthodique le lui ordonnait, il ne pouvait pas rester sans rien faire et il lui semblait que les plats étaient en retard. Gwen et Rhys, qui n'avaient quittés les cuisines que pour la cérémonie, se démenaient comme deux beaux diables assistés par une brigade complète d'aides cuisines qualifiés.

- Oh, Maître Jones, le salua Gwen, vous venez voir si tout va bien ?

- Je suis dévoilé, dit le jeune homme avec un sourire mince, avez-vous besoin d'aide ?

- Une aide de la part d'un bibliothécaire, voilà ce qui serait étonnant, rétorqua Rhys avec un bon sourire, rejoignez nos invités. Je suis sûr que vous saurez les divertir suffisamment pour les faire patienter. Nous aurons un peu de retard à cause de Gwen.

- Oh, c'est normal que je sois en retard avec ce petit-là à porter, dit l'accorte cuisinière au ventre tendu.

Rhys éclata de rire et embrassa son épouse.

- Je suis certain que personne ne vous en voudra, dit le Gallois avec un sourire.

- J'aurais voulu que tout soit parfait, dit la femme les yeux bordés de larmes, agitant un couteau à la lame impressionnante.

- J'en suis certain, Gwen, dit Owen en entrant à son tour dans la cuisine, ne te mets pas dans des états pareils. Je t'ai déjà demandé de te reposer. Ne pleure pas.

- Je ne pleure pas, ce sont les oignons.

- Gwen, quoique tu nous réserves, je suis certain que tout sera parfait. Ianto, je venais te quérir, Jack te cherche partout avec des yeux inquiets. J'ai l'impression qu'il soupçonne le Docteur de t'avoir enlevé. Je crains qu'il ne nous fasse un scandale si tu ne te montres pas dans l'instant.

- J'arrive, maugréa Ianto.

Jack le sifflait et il accourait. Il y était obligé autant par son rang inférieur que par la fragile confiance du Lord, confiance qui avait été durement ébranlée. Mais il avait l'étrange sensation que leurs relations n'étaient pas égales et il en souffrait. Il le cachait à Jack mais cette situation était difficile pour lui. Il soupira et entra à nouveau dans la salle de réception où les invités avaient été servis en rafraîchissements. Jack l'aperçut et s'éclaira immédiatement. Du côté opposé de la pièce, près de la cheminée, il parlait avec animation avec Alec et le Docteur. Il remarqua le pli amer de ses lèvres, le sourire un peu crispé qui disparut sous un masque de bienséance. Il avait remarqué qu'il avait cette expression lorsque quelque chose le dérangeait. Il lui fit signe de les rejoindre mais il eut la surprise de le voir s'approcher de Toshiko pour lui parler à l'oreille. Jack fronça des sourcils, l'air contrarié. Le Docteur crut que cela était lié à ce qu'il lui racontait.

- Oui, Nox était un de mes amis les plus chers. Nous avons été élevés ensemble et un jour, je l'ai embrassé et nous nous sommes quittés en mauvais terme.

- Quel dommage, dit le Lord, d'un ton rêveur.

- Jack, je note que tu es inattentif. Va le rejoindre si ma compagnie t'ennuie à ce point.

- Non, pas du tout, Docteur. Mais j'ai l'impression qu'il me fuit.

- Confiance, Jack, celui-ci n'est pas comme les autres.

- Mais il me fuit, Docteur.

Celui-ci soupira et posa un bras sur ses épaules.

- Vous êtes encore plus obtus que je ne le pensais. Heureusement qu'il est un peu plus fin que toi, oh pas beaucoup plus. Je ne crois pas qu'il te fuit, pas après tout ce par quoi il est passé pour te retrouver, seulement...

- Seulement ? demanda Jack, d'un ton avide.

- Eh bien, Ianto Jones est un homme.

Alec pouffa de rire, avant de se cacher du regard courroucé du Lord.

- Je l'ai vu au premier coup d'œil, grinça-t-il.

- Sûrement, dit le Docteur d'un air malin, seulement en cette époque bien pudibonde et corsetée de moralité toute victorienne, il ne peut afficher ses sentiments comme tu le fais. Je pense que te tenir la main dans la nef est le summum de ce qu'il peut t'accorder.

- Nous sommes entre amis ! rétorqua Jack et je n'ai pas l'intention de l'embrasser devant tout le monde. Je sais bien qu'il serait trop embarrassé. Je désire seulement qu'il reste à mes côtés.

- Jack, as-tu réfléchi à sa position ?

- Non, du moins pas récemment, dit Jack en s'éclairant d'un sourire lumineux.

- Trêve de plaisanterie, dit le Docteur sévèrement, Ianto Jones est à tes côtés mais il n'est pas ton égal. Tu peux lui donner des ordres. Sa position sociale n'est guère enviable. Il est professeur et toi Lord. C'est suffisant pour le retenir.

- C'est un homme libre, se défendit Jack en clignant des yeux sous la virulence de son ami. J'ai veillé à cela.

- Fort bien, mais s'il est si libre, tu devrais sans doute pouvoir le laisser agir à sa guise.

- Mais…

- N'aie crainte, dit Alec avant de partir rejoindre le sujet de la discussion, ses sentiments envers toi restent inchangés. Mais il a besoin d'exister aussi par lui-même.

- Que dois-je faire alors ? Dois-je le laisser me fuir devant mes amis pour mieux nous retrouver ensuite ? Je n'y résisterai pas.

- Allons, tu es bien dramatique. Mais as-tu autre chose à proposer ? Il est difficile actuellement pour deux amants d'afficher leurs sentiments. Si tu y ajoutes un obstacle supplémentaire par une différence de rang, votre relation va vite devenir intenable. Ianto sera malheureux de vivre toujours dans ton ombre.

- Je croyais qu'il aimait cela, dit Jack en rechignant, mais je pense que je comprends. Pour vivre heureux, vivons cachés ! Je suis Lord et ma position m'oblige à tenir mon rang et mes responsabilités. Mais je ne puis vivre sans lui.

- Alors choisis bien ce que tu dois faire, l'enjoignit le Docteur, car Ianto a tranché en revenant vivre auprès de toi, mais il souffre de ce choix.

- Je comprends mieux, dit Jack, Docteur, vous êtes toujours un fin psychologue. Et vous savez assurément manipuler votre monde.

- Moi ? Que nenni ! se récria le Docteur d'un ton faussement outré.

- Docteur, fit River Song en s'interposant entre eux, puis-je m'entretenir avec toi au sujet de Rose Tyler ?

- Oi, fit-il en regardant sur les côtés à la recherche d'une échappatoire, son visage se chiffonnant sous une légère inquiétude.

- Mon ami, je vous laisse, dit Jack sans la moindre compassion.

Le regard de River aurait pu givrer Méduse elle-même. Il s'éclipsa pour laisser le couple se manger le nez comme de vieux époux. Il apprenait des choses nouvelles sur son ami. Il ne se serait jamais douté qu'un jour une femme lui aurait mis le grappin dessus. Il se dirigea vers Ianto Jones qui continuait de parler avec Owen et Toshiko Harper. Son cœur se serra en voyant le jeune homme se pencher vers son ancien amant. Il était si libre avec lui, conversant en toute amitié. Pourquoi ne pouvait-il ne pas être ainsi avec lui ? Le respect qu'il lui portait devenait presque insupportable. Le poids des conventions et de son rang semblait finalement peser lourd sur la relation qu'il entretenait avec le jeune homme. Il cligna en découvrant la solution, claire, limpide et inattendue.

Steven passa devant lui en courant, poursuivi par les enfants que gardaient Rose Tyler, invités pour l'occasion. Ils criaient tous son nom en riant.

- Père, nous jouons à chat, dit-il quand le Lord le prit dans ses bras le soustrayant à la meute rieuse. C'est lui le chat !

- Eh bien, te voilà perché ! Allez les enfants, qui veut jouer à chat avec Oncle Jack ?

Le charisme naturel et le grand sourire qu'il arborait conquirent les petits cœurs et les entraînèrent dans un jeu qui anima la petite réunion. Ianto ne put s'empêcher de l'observer avec un sourire enfantin. Il aurait tant aimé avoir l'âge de Steven pour jouer ainsi aux yeux de tous, l'approcher, le serrer contre lui. Il finit par détourner les yeux. Il ne servait à rien d'être jaloux d'un enfant. Alec croisa son regard et lui sourit doucement.

- C'est dur, n'est-ce pas d'aimer un homme comme Jack ?

- Épuisant, fit Ianto en lui retournant son sourire. Mais enthousiasmant.

- Alors pourquoi cette tête si sombre. Tu étais magnifique tout à l'heure. Tu m'avais caché ces talents de chanteur. Vous aviez l'air si proche l'un de l'autre que j'en fus jaloux.

- Alec ! le réprimanda Ianto avec un rire jaune.

- Que se passe-t-il ? fit son ami en posant la main sur son épaule.

- Jack est si différent de moi, c'est un aristocrate et je ne suis qu'un homme humble aux goûts simples. Quel est notre avenir, séparés ainsi par nos conditions ?

- Comme toujours, tu dis être un homme simple mais ce que tu peux être complexe ! Personne ne t'a dit Carpe diem, cueille le jour ? Tu devrais profiter de ce qui t'est offert !

- Non, seulement « travaille dur et peut-être qu'un jour tu récolteras la récompense de tes efforts ». Aujourd'hui, je ne peux toucher cette récompense même si je fais des efforts !

- Des efforts, tu en feras toujours. Apprends à te laisser aller, tu en payeras peut-être le prix mais cela t'apportera la joie.

- Nous sommes si différents, gronda l'ombrageux Gallois, pris une nouvelle fois entre l'élan de son cœur et les contraintes de la société.

- Tout ne sera pas si facile mais Jack en vaut la peine.

- Oh oui !

Ianto couvait du regard le Lord solaire qui jouait avec les enfants. Un bruit assourdi et cuivré alerta l'assemblée, un gong japonais était actionné par le marié, tout sourire.

- Mesdames, Messieurs, je vous prie de vous installer.

Les invités rejoignirent la table, guidés par Ewen, splendide dans une livrée verte qui faisait ressortir ses tâches de rousseur et le roux flamboyant de ses cheveux bouclés. Les enfants, appelés par Dame Tyler, se regroupèrent à leur table et il fallut toute la diplomatie de leur nourrice pour que Jack puisse les quitter.

Les heureux mariés furent placés au centre de la longue table qui alternait un homme et une femme dans la plus pure tradition. Par hasard ou astuce, le Lord et son amant se retrouvèrent au centre, face aux Harper. Jack s'installa en toute décontraction et Ianto avec plus de réticence. Le doux sourire de Toshiko lui réchauffa le cœur mais il n'osait regarder le Lord dont il sentait monter l'agacement.


Rhea01  (17.02.2011 à 21:06)

 

Les convives s'attablèrent dans un joyeux brouhaha, ils n'étaient guère si nombreux, les amis du couple et les compagnons du Docteur, séparé de Jack par Rose Tyler. Toshiko était entourée par son mari et Rhys qui tapotait la main de son épouse qui suivait, des yeux, le ballet des aides. Elle avait cédé à la demande de Toshiko de dîner avec eux. Elle avait accepté à contrecœur, à la seule condition qu'elle puisse cuisiner malgré son état de grossesse avancée.

Les domestiques servirent les entrées. Gwen résista à l'envie de critiquer la présentation mais les exclamations de plaisir qui saluèrent l'arrivée des vols au vent aux potimarrons la ravirent. Elle avait travaillé dur sur le menu de la noce afin de contenter les papilles des convives. Elle avait fait des prouesses car le croquant et le fondant de sa recette étaient divin. Le Docteur, conscient de son travail, la félicita chaudement. Le charme et la délicatesse de cet homme qui encensait les mets concoctés la combla et effaça l'angoisse dans laquelle son arrivée imprévue l'avait plongée.

Après les vol-au-vent qui trouvèrent la voie des estomacs affamés, elle donna l'ordre de servir des petites tourtes qui intriguèrent les invités. Dorées, croustillantes, entourées de petits légumes crus, elles excitaient l'appétit. Les convives regardèrent Toshiko et Owen qui entamèrent la croûte d'une main ferme. Une épaisse sauce brune coula de l'ouverture, fumante et odorante, un mélange particulier de curry et de viande qui flattèrent les palais même les plus délicats. La tourte à la viande était une des spécialités de Gwen, qui goûta du bout des dents, s'assurant de l'assaisonnement qu'elle avait laissé au cuisinier d'Owen. Elle parut satisfaite, au grand plaisir de son mari qui était à ses petits soins.

Jack redécouvrait cette saveur qui lui rappelait l'Inde et ses beautés. Il jeta un coup d'œil amusé à Alec qui paraissait ravi de son assiette. Il tourna la tête vers Ianto qui l'avait observé du coin de l'œil et affectait maintenant de ne pas le regarder. Cette situation commençait à lui peser. Le jeune homme devrait pourtant savoir qu'il ne pouvait plus vivre sans lui ! Que faire pour le lui prouver ? Et surtout, serait-il toujours obliger de l'assurer de son amour ? Il repensa à la solution qui s'offrait à lui. Elle n'était guère traditionnelle, mais elle avait le charme de la nouveauté.

Il fit tomber tout à fait intentionnellement la fourchette de son compagnon. Celui-ci se pencha pour la récupérer avec un soupir d'agacement. Jack ne cessait de vouloir attirer son attention et il luttait contre lui-même pour ne pas céder. Il lui fallait comprendre qu'il n'était plus à ses ordres, il avait démissionné et que s'il restait à ses côtés, c'était uniquement son bon vouloir. Jack profita de sa position penchée pour caresser son genou et lui parler à l'oreille.

- Ianto, tout à l'heure, je voudrais que nous puissions discuter seul à seul. J'en ai assez de te partager avec nos amis.

- Monsieur, nous n'avons passé que deux jours en leur compagnie, dit le jeune homme sèchement, sa résistance lui mettant les nerfs à vif.

- S'il te plait, murmura Jack d'une voix si langoureuse que Ianto ne résista pas plus longtemps, Jack sachant le prendre par les sentiments.

Dans les yeux du Lord brillait une lueur qui lui faisait supposer le pire. Qu'allait-il encore inventer ? Il ne put s'empêcher de plonger dans ses pupilles indéfinissables, il avait un air malicieux qui lui plaisait définitivement.

Toshiko esquissa un sourire, elle semblait avoir lu dans son regard la dualité, les questions qui s'agitaient en lui. Ianto saisit la main de Jack qui reposait sur la table et l'embrassa devant le couple soudain ému. Le Lord le regarda avec surprise, ses doigts enserrés entre les mains chaudes du Gallois qui le dévisageait, rayonnant.

- J'accepte tout de toi puisque tu le demandes si gentiment.

- Si tu réponds aussi doucement, je ne resterai pas aussi gentil. Mais tu as de la chance, tu as de la compagnie.

- Je n'en ai rien à faire, dit le jeune homme dans son cou, rompant avec des mois de discrétion et d'attente mutuelle.

- Sache que cela ne change rien à ce que je vais annoncer, murmura Jack en humant l'odeur douce de ses cheveux qui lui chatouillait le nez.

- Mais c'est que tu me ferais peur !

- C'est un peu le but, dit Jack en riant, Allez profite de ton repas. Gwen fronce des sourcils et se demande pourquoi tu n'as pas encore fini ton assiette.

- C'est de ta faute, à me voler ma fourchette.

- C'était pour attirer ton attention et je dois dire que ce fut très réussi.

- Ravi que cela te plaise ! Gwen, c'est délicieux, dit le Gallois en surprenant le regard étonné de la cuisinière, je n'ai jamais mangé une viande aussi délicieusement cuisinée. Je prends mon temps pour la déguster.

- Merci Ianto, dit elle en savourant le compliment.

Il fut le dernier à poser ses couverts sur le bord de l'assiette. Jack prit délicatement son verre et sa cuillère et fit tinter le cristal de Bohème, réclamant l'attention des invités.

- Mesdames, Messieurs, commença-t-il.

- Et Mesdemoiselles ! ajouta Miss Noble d'une voix claire.

- Et Mesdemoiselles, concéda Jack en la saluant, dans les rires de l'assemblée qui avait considérablement touché au vin d'Owen. Je vous remercie de votre présence aux noces de mes très chers amis. En l'absence de leurs familles, je me tiens devant vous comme leur père et leur plus proche confident. Docteur, vous m'avez dit un jour que l'amour ne se commandait pas et pour ces nouveaux mariés, c'est la pure vérité. Depuis le premier regard, l'amour les avait capturés dans ses filets. Il ravit chaque jour de nouvelles âmes, tissant et détissant ses rets délicieux. J'ai assisté à la naissance de cet amour timide qui s'est, chaque jour, renforcé. Ces deux jeunes gens ont toujours cru en ce qui les attachaient l'un à l'autre, jusqu'à aujourd'hui où nous sommes témoins de leurs sentiments. C'est un mariage d'amour, le plus beau des liens qui puisse attacher des personnes et je vous souhaite à tous les deux de faire évoluer cet amour qui vous éclairera toujours le chemin. Vous avez triomphé de l'épreuve du temps, de l'attente et de l'absence. À présent que vous êtes réunis, nul doute que votre avenir sera le plus doux qu'un homme et une femme puissent connaître. Je suis si heureux pour vous et je vous souhaite au nom de tous, Bonheur, prospérité, amitié et descendance !

- Ça, dit Owen en étreignant son épouse en larmes dans ses bras, j'y compte bien.

- Il faudra nous faire pleins de petits Harper pour égayer votre vie, tout comme nous, dit Rhys, en serrant la main de Gwen qui poussait des soupirs de joie.

- Oh, j'en suis persuadé, dit Jack avec un clin d'œil qui fit rougir Toshiko. Bien, mes amis, je vous remercie encore de votre présence et vous prie d'apprécier la suite de ce merveilleux repas.

Il se rassit sous les applaudissements des invités, il savoura les félicitations qui ne manquèrent pas. Il buvait littéralement du petit lait.

- Tu es sûr que tu n'en fais pas un peu trop ? lui souffla Ianto alors que l'attention se reportait sur les nouveaux mariés. Le repas de noce n'est pas encore fini.

- Non, pourquoi ? J'ai vu le dessert en jouant avec les enfants. Et crois-moi, cela va vraiment être merveilleux.

- Oh et je croyais que tu devais faire attention à ce que tu mangeais, dit Ianto en pinçant ses hanches.

- Un jour comme celui-ci ? Jamais ! De plus, je compte nous faire faire un peu de sport.

- Tss, siffla Ianto, ça m'aurait étonné de ta part ! Mais c'était un très beau discours.

- Et pourtant, tu n'as rien entendu encore.

- Oh que si, Tu m'as déjà tenu beaucoup de beaux discours et suivis d'actes... pleinement instructifs.

- Oh que non ! dit Jack avec un sourire mystérieux, j'ai quelque chose d'important à te dire.

- Quelque chose d'important ? Tu m'inquiètes, Jack, dit le jeune homme en sondant son regard vert qui ne lui apprit rien de plus qu'un grand amusement.

Jack sourit largement et cessa la querelle joueuse pour discuter avec la petite compagnie qui demandait son concours à la conversation générale.

Ianto resta dubitatif, son Lord était toujours sollicité et aimait cette attention et cette effervescence autour de lui. Il attendrait que Jack s'ouvre à lui, comme d'habitude. Il était comme toujours soumis aux desiderata de son amant. La situation était réellement confuse. Il ne savait pas ce qu'il désirait réellement, mais cet état lui était difficile. Il s'arracha à ses pensées pour replonger dans la bonne humeur qui irradiait de la petite assemblée.

Les mets délicats, le vin d'une cuvée exceptionnelle entretenaient une atmosphère joyeuse et chaleureuse. Ils étaient comme une famille qui ressoudait leurs liens dans un moment de bonheur. Ianto se sentait réconforté, le geste qu'il avait eu envers Jack n'avait étonné personne. À croire que tout le monde s'attendait à ce que, enfin, il cédât à ses sentiments. L'amitié qu'il leur portait s'en accrut et ce fut dans un état d'esprit rasséréné qu'ils entamèrent la seconde partie du festin.

Sur un signe de Rhys, Ewen donna le signal et deux domestiques apportèrent le plat principal. Une oie, entourée de légumes dorés, ruisselait de graisse, en miroitant dans la lumière des bougies qui adoucissaient les murs blanc crème. Le Docteur ne put s'empêcher de se lécher les babines sous le regard désapprobateur de River qui discutait avec les Williams.

- Dame Gwen, dit Ewen, d'une voix mal assurée. À vous l'honneur de découper votre création.

Elle se leva lourdement et, les pieds écartés, clopina jusqu'à l'extrémité de la table où Ewen lui tendit un long couteau. Elle porta un simple coup et la bête sembla se découper d'elle-même. Pattes, ailes, tête et croupion tombèrent dans le plat. Elle donna un nouveau coup et la carcasse s'effondra sur elle-même, présentant les morceaux de viandes suintant de sucs à l'odeur appétissante à la vue des invités abasourdis. Les applaudissements firent rougir de plaisir la cuisinière qui avait exposé son talent à la réception d'Owen.

Tout le monde la félicita pour cette création digne des plus grandes tables. Jamais ils n'avaient vu une telle maestria dans l'art de la cuisine. Lorsque la viande leur fut servie avec les légumes, leurs papilles se pâmèrent d'extase, tendre, juteux, gorgé de sucs et de goûts, le délice leur parut divin et nécessita, malgré une faim déjà apaisée, de se resservir plusieurs fois.

Après ce festin, Owen fit apporter les fromages et un nouveau vin, plus léger, piquant pour l'accompagner. Puis ce fut l'heure du dessert et de la troisième surprise de Gwen.

Ewen et sa sœur jumelle apportèrent un plateau d'environ 50 cm sur lequel reposait une cloche de même diamètre cachant leur création. Ils la posèrent à l'extrémité de la table et soulevèrent le dôme, dévoilant le magnifique gâteau qui fit saliver d'envie les convives, qui malgré leur satiété, eurent les yeux brillants de convoitise.

D'une taille conséquente, il s'agissait d'une maquette du manoir de Blackwood, réalisée en sucre et nougatine, la verrière et les fenêtres en sucre filé. Un silence de stupéfaction accueillit ce chef-d'œuvre. Toutes les têtes se tournèrent vers Gwen qui rougit violemment.

- Non, pas cette fois, ce n'est pas mon fait. Cette merveille est le fruit du talent d'Ewen et d'Helena. Ils ont travaillé dur pour créer cela. Ewen s'est découvert une passion pour la pâtisserie depuis le retour de Ianto. Apparemment, cela lui a bien profité et pendant ce temps-là, il ne fait pas de bêtises.

- Toi non plus, murmura Jack à l'oreille du Gallois en se référant à certaines joutes privées dont le prix était un dessert.

Ianto rougit à son tour et lui serra la main. Il avait beaucoup moins de difficulté à lui adresser des signes d'intimité après ce discours qui l'avait ému. Le Lord était touché par l'attention d'Ewen à reconstruire le château à l'image précédant sa destruction.

Des cendres de ce manoir avait surgi un nouvel amour qui le comblait divinement. La présence de Ianto à ses côtés l'apaisait, tout en lui étant nécessaire, comme l'air ou l'eau. Il croisa le regard du Docteur qui le jaugeait. Le sourire qu'ils échangèrent lui confirma son choix.

Ewen, cramoisi devant les louanges de Gwen, servit à chacun un morceau du manoir qu'il avait habilement préparé à la découpe. Jack reçut la verrière et Ianto la bibliothèque, où le jeune pâtissier avait gravé dans le sucre les rayonnages où il avait tant aimé se promener. Il fut touché par la délicate attention, même si cela lui rappelait amèrement les ouvrages qui avaient péri dans les flammes.

Les convives profitaient de ce moment de pleine satiété pour discuter entre eux et se découvrir des affinités. Mais quoi de plus normal, lorsque l'on partage des amitiés avec des hommes aussi entiers et charmants que Jack et le Docteur.

L'horloge dans la salle sonna quinze heures. Owen serra son épouse dans ses bras, heureux de pouvoir le faire sans craindre les foudres de la société. Il se leva pour remercier à son tour ses amis de leurs présences avant d'inviter les hommes à se rendre au fumoir pour profiter de son hospitalité et les femmes dans le boudoir de Toshiko, déjà agencé à son goût. Owen avait insisté pour qu'elle montrât ses études de personnages. Elle avait un réel talent pour la peinture et leurs invitées allaient être surprises par certaines de ses toiles.

 


Rhea01  (17.02.2011 à 21:08)

oOoOo

Jack retint son amant qui s'était levé pour suivre Owen et les invités masculins. D'un regard, il lui rappela sa promesse de l'écouter. Il ne tenait plus d'impatience. Il voulait lui parler de toute urgence.

Ewen et Helena encadrèrent les domestiques pour transformer la salle de réception en salle de bal en l'absence de l'assistance. Ianto et Jack s'esquivèrent tous les deux pour se rendre dans le bureau d'Owen afin d'avoir cette conversation que le Lord désirait tant. Celui-ci ferma à clé la pièce et se tourna vers son jeune amant, tout sourire.

- Que veux-tu Jack ? dit Ianto en le serrant dans ses bras.

Le jeune homme sentit son désir irradier de sa peau et de ses yeux. Il laissa échapper un léger sourire en le voyant lutter contre l'envie de l'embrasser. Visiblement, ce n'était pas la raison pour laquelle il avait tenu à lui parler.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il légèrement inquiet.

Le Lord effleura ses lèvres en une esquisse de baiser qui leur fut à tous les deux une torture.

- Jack, tu m'inquiètes.

- Tu ne devrais pas. Je voulais te parler de ma dernière décision.

- Je t'écoute, dit Ianto en s'asseyant près du bureau d'Owen.

Les divers livres à contenu médical et les instruments dans les vitrines ne laissaient aucun doute sur le métier exercé par le maître des lieux. Ianto dévisagea Jack qui préféra rester debout pour ce qu'il avait à lui annoncer.

- Après ce déplorable malentendu de cet été, je voulais te remercier d'être revenu pour moi.

- Nous en avons déjà parlé de nombreuses fois, dit le jeune homme en fronçant des sourcils, pourquoi en reparler, je croyais que cet épisode était terminé. À moins que tu ne te sois lassé de moi... Jack, qu'essayes-tu de me dire ?

- Arhg... fit le Lord en se passant la main sur les yeux, pourquoi sautes-tu toujours aux conclusions les plus sinistres ? Non, je n'en ai pas assez de toi, je ne cherche pas à mettre un terme à notre relation. Là, tu es rassuré ?

- Plutôt, dit Ianto, rasséréné.

- C'est un trait de caractère regrettable chez un si charmant compagnon de juger si hâtivement d'une situation. Ne doute jamais de moi ou de mes sentiments !

- Promis, Jack, je ne présumerai plus de ce que tu veux me dire, si enfin tu veux me le dire.

- J'y arrive, voyons, un peu de patience.

- Comment ? Mon impatience aussi n'a pas l'heur de te plaire ?

Jack le sonda et vit ses fossettes se creuser sous un amusement non feint.

- Ton impatience me ravit toujours, mais ce n'est pas le sujet. J'ai compris quelque chose aujourd'hui. Il manque un je-ne-sais-quoi à notre relation pour qu'elle soit pleinement équilibrée et juste !

- Ce que tu as fait ou me fait est juste, fit Ianto en le suivant du regard.

Visiblement, cette conversation était difficile pour Jack, pourtant, il semblait vouloir aller jusqu'au bout de son idée. Le connaissant, il savait qu'il n'allait pas abandonner son projet.

- Ianto !

- Je t'écoute.

- Nos relations ne sont pas justes, je suis un Lord et tu es mon ancien employé.

- Oui, je suis assez au courant de cette situation, fit amèrement Ianto, je ne sais pas très bien où se trouve ma place.

- Elle se situe près de moi, à mes côtés ! Mais mon rang m'oblige à avoir des responsabilités et une place à tenir dans le monde. Il ne sera pas facile pour toi de vivre dans mon ombre.

Ianto resta médusé, Jack exprimait ce qu'il ressentait depuis plusieurs semaines, ce malaise de manière on ne peut plus claire.

- J'ai accepté d'être dans ton ombre, dit-il sérieusement, je suis revenu pour cela.

- Mais ce n'est pas juste pour toi. C'est pourquoi j'ai pensé à une solution dans laquelle nous trouverons notre équilibre. Je me démets de mon nom et de mon rang. Je redeviens un simple homme, qui pourra alors vivre sa vie humblement avec qui lui chante. La société est déjà bien intraitable envers les amants maudits, inutile de s'ajouter d'autres contraintes.

- Mais Jack, ta baronnie a besoin de toi, non ?

- Non, ce n'est pas vraiment le cas et tu le sais parfaitement, dans la mesure où tu traitais les demandes des administrateurs.

Ianto eut un petit sourire, en se rappelant les journées passées à s'occuper des papiers de Lord Harkness. Il s'assombrit aussitôt, il parlait de quitter sa charge de Baron. Il ne pouvait pas faire une telle chose, même pour leur bonheur !

- Et puis, Owen pourra aider, car je lui offre plusieurs domaines en dot à Toshiko.

- Jack, tu ne peux pas abandonner ! Pas pour moi, cette charge est le symbole de la confiance que la Reine t'accorde. Tu ne peux tout quitter ainsi. Je te le demande.

- Ianto, c'est un choix, celui que je fais pour que nous puissions vivre ensemble de manière plus saine. Il est grand temps que je te choisisse, tu ne crois pas ?

- Pas au dépens de Steven ! Que deviendra-t-il ? Le fils d'un Lord qui a tout quitté pour son amant. Quelle jolie réputation pour ce jeune enfant !

- Non, non, ce n'est pas ce que j'ai prévu pour lui. Je lui lègue mon titre de mon vivant. Il ne sera pas le fils d'un Lord déchu, mais le Lord lui-même.

Jack s'approcha de Ianto qui le regardait, muet de stupéfaction. Il avait l'air d'avoir parfaitement réfléchi aux implications de son legs.

- De toute manière, tu n'as guère le choix, tu as déjà accepté tout de moi, je te le rappelle.

- Tu es incroyable !

- Je sais, dit le présomptueux Harkness, mais c'est ce qui te plait le plus chez moi, n'est-ce pas ?

- En autre chose, dit le Gallois en se relevant pour venir face à lui. Mais c'est un peu à cause de moi que tu fais cela, je ne veux pas avoir la responsabilité de cet abandon. Tu me le reprocheras plus tard de t'avoir imposé ce changement. Tu en seras malheureux.

- Malheureux de couper avec les stupides obligations dues à ce rang ? Laisse-moi rire. J'en suis très heureux. Je ne me suis jamais senti aussi libre qu'en décidant de le faire. Comprends-moi, j'apparais souvent comme un homme libéré, aux mœurs faciles et dépravées, mais la société et ses règles me pèse autant que sur tes épaules.

- Tu es protégé par ce statut, tu fais partie de l'aristocratie. En abandonnant cela, tu risques de te retrouver en butte avec la haine et l'incompréhension des gens. Te rends-tu compte de cela ?

- Comme toi en somme ! Je l'accepte de grand cœur. Je veux tout partager avec toi. Faire en sorte que nous soyons égaux est le moyen de te faire définitivement comprendre que tu es le plus important pour moi.

- Je l'avais déjà compris. Mais...

- Pas de mais, je sais combien tout cela te pèse, combien tu doutes de pouvoir continuer à vivre ainsi. Tu as une jolie fortune, fais-en ce que tu veux.

- Cette fortune me vient de toi, elle ne m'appartient pas !

- Ouh, Mister Jones, vous êtes bien trop orgueilleux ! N'utilise pas cet argent alors mais au moins accepte-moi dans ta maison. Installons-nous là-bas et vivons cachés dans ces bois.

- Vivons heureux, dit Ianto avec un sourire en s'emparant de ses lèvres, Jack, comment savais-tu ce que j'éprouvais, je n'en ai rien dit sauf à Alec.

- Il faut croire que je commence à bien te connaître et j'avais envie de t'offrir quelque chose d'infiniment précieux, ma vie.

- C'est très délicat et généreux de ta part, dit Ianto, que fais-je bien pouvoir t'offrir en retour ?

- J'ai bien quelques idées à te proposer, dit Jack sur ses lèvres, mais cela nécessite un peu de temps.

- On n'en a guère et nous ne sommes pas seuls entre ces murs, rétorqua le jeune homme en ouvrant ses lèvres sur une langue mutine.

- Ianto ? le supplia Jack, soudain excité à l'idée de faire le Gallois sien sur l'instant.

Il fourragea dans ses vêtements, froissant sa veste dans son urgence. Il venait de mettre à nu son plan et son cœur et entendait bien avoir une récompense pour son choix, même délibéré. Le jeune homme sentit son sang s'enflammer sous son épiderme alors que Jack renfermait ses doigts sur son entrejambe sans aucune ambiguïté.

Leurs vêtements les encombraient et ils se mirent plus à l'aise continuant d'échanger des caresses de plus en plus poussées qui firent exulter leurs corps sur le tapis afghan d'Owen.

- Je doute qu'il ait pensé à une telle utilisation de cette pièce, dit Jack après avoir repris souffle.

- J'en suis persuadé, répondit son amant en se rhabillant prestement. Il faut que nous les rejoignions.

- Je suis d'accord, mais Ianto ?

- Oui, Jack.

- Tu m'accueilles chez toi ?

- Volontiers, Lord Harkness. Je continuerai à t'appeler ainsi, si tu veux bien.

- Oui, mais en privé seulement.

- Pourquoi donc ?

- Tu n'imagines pas l'effet que me font ces mots dans ta bouche.

- Il ne fallait pas me le dire, Lord Harkness ! dit Ianto avec un tel sourire que Jack craignit pour la tranquillité de ses nuits.

Ils se sourirent et remirent de l'ordre dans leurs tenues et le bureau, allant jusqu'à ouvrir la fenêtre pour aérer la pièce emplie de leurs odeurs mêlées. Ils se hâtèrent ensuite de rejoindre la compagnie qui devait s'interroger sur leur absence. Le bonheur semblait les porter sur ses ailes diaphanes, écartant un à un les obstacles sur le chemin de leur amour.

A suivre...


Rhea01  (17.02.2011 à 21:10)

Epilogue

Chapitre deux : où une proposition ne laisse pas indifférent...

Owen et ses invités se trouvaient dans le fumoir, aménagé avec goût et finesse. Le maître des lieux leur faisait déguster sa cave bien achalandée en fines et whiskies. Une épaisse fumée s'échappait par la fenêtre ouverte car une boîte de cigares ouverte pour l'occasion circulait et avait tenté quelques amateurs. Ils avaient été étonnés de l'absence du Lord et de son jeune ami, mais ils montrèrent indulgents lorsque les deux amants réapparurent un peu rouges et essoufflés. Un jour pareil, on pouvait bien pardonner quelques excentricités, surtout connaissant Lord Harkness. Owen leur servit un whisky bien tassé avec un sourire compréhensif.

Le Docteur et Alec étaient assis au fond de la pièce, en compagnie de River qui s'était jointe à eux d'autorité. Il parlait des voyages qu'il avait entrepris, sans cesse à se déplacer. Pourtant il ne s'excusait pas de son absence qui avait tant blessé Jack. Mieux valait ne rien dire que de rouvrir cette pénible plaie et assombrir un tel jour. Owen indiqua un siège à ses amis, Jack prit un fauteuil confortable et Ianto s'assit sur son accoudoir, une jambe dans le vide, son regard fixé sur l'homme qui avait tant voyagé.

- Comme nous sommes rassemblés ici entre amis, dit Owen, j'ai pensé que nous pourrions enfin avoir une certaine conversation. Il y a certaines choses qui restent à éclaircir.

- Owen, c'est ton mariage, nous devrions attendre un peu avant de questionner le Docteur, dit Jack en souriant, comprenant ce que désirait le médecin.

- Ah non, je veux mes réponses, fit Harper, les yeux brillants. Enfin, si cela ne vous embarrasse pas, Docteur ?

- Non allez-y, ouvrez le bal, Monsieur Harper.

- Voyons, par quoi pourrais-je bien commencer ? Vous savez que vous soulevez bien des interrogations, Docteur. Que pourrais-je bien vous demander ?

- Expliquez-nous si vous avez toujours vécu ainsi, demanda Ianto en venant au secours de son ami, légèrement égaré par l'alcool et le mariage.

- Oui, bien sûr, pourquoi aurais-je vécu autrement ? J'en ai les moyens, le goût et toujours l'énergie grâce aux cieux. Un jour, tôt ou tard, je sais que je devrai m'arrêter, poser mes valises quelque part. Mais je n'ai jamais su rester longtemps au même endroit. J'aime voyager. J'ai ce que beaucoup considèrent comme avoir la bougeotte. Mais je fuis le temps, voyez-vous. Je sais que malheureusement dès que je m'arrêterai, l'âge me rattrapera.

- Vous avez quel âge, Docteur ? demanda Alec en prenant la suite des questionnements de Ianto.

- Oh que cela est direct, cela ne m'étonne guère de toi, mon cher Alec, dit le Docteur un peu coquet, j'ai soixante ans depuis plusieurs mois. J'ai rencontré cette dame peu de temps avant mon anniversaire, grâce à vous, Ianto Jones. J'y vois le signe d'un changement. J'ai eu envie de retourner sur le bon vieux sol anglais. Et bien sûr, rencontrer votre père, chère amie, ajouta-t-il précipitamment sur un regard cinglant de River.

- Vous êtes Anglais ? demanda Owen en s'asseyant en face de lui, ravi d'avoir l'opportunité d'interroger le Docteur à son tour.

- Oui, mais je me considère plus comme Terrien, attaché à ce monde par d'autres contraintes que patriotiques.

- Pourquoi agissez-vous ainsi, demanda Jack, entrant à son tour dans la valse des questions. Qu'est-ce qui vous pousse à agir ainsi ? Je veux dire à part fuir le temps, comme vous l'affirmez. Nox m'a dit de vous que vous étiez son plus grand ennemi et son plus vieil ami. Qu'est-ce qui vous opposait l'un à l'autre ?

- Oh, Jack, je vois que tu as conservé bien des questions pour moi.

- Tout à fait, vous savez que vous êtes mon sujet de curiosité favori. Vous ne m'avez jamais révélé qui vous êtes, ni pourquoi vous agissez ainsi. Nous ne vous avons jamais questionné à ce sujet, Rose et moi. Mais nous étions jeunes à ce moment-là.

- Ah Jack, tu sais combien j'aime garder mon mystère. Enfin, je vais tout de même vous éclairer un peu à mon sujet. C'est amplement mérité.

- Et puis cela fera un joli cadeau de mariage, dit Owen en souriant, si vous saviez comme je crève d'envie de savoir qui vous êtes. Enfin, j'imagine que je ne suis pas le seul !

 


Rhea01  (18.02.2011 à 21:39)

Les rires firent écho à sa saillie. Jack avait si souvent parlé du Docteur qu'il avait pris figure de légende, que chacun avait tenté d'appréhender par maintes supputations.

- Je suis né à Londres dans une famille richissime et influente, aussi puissante que la famille royale, vous savez. D'ailleurs, j'eus la chance d'être l'ami d'enfance de votre Reine Victoria.

- Oh, mais cela signifie que vous avez bien plus de soixante ans, s'écria Ianto qui prenait des notes. Très bien, je ne vous interromps plus, ajouta-t-il après un petit geste d'exaspération du Docteur.

- Cela explique surtout les liens que vous avez avec Sa Majesté, dit Owen en riant, se moquant totalement de l'interrompre.

- Évidemment, Vicky était une princesse diablement effrontée, mais elle a toujours eu le talent de gouverner même toute petite. Sauf Harold et moi, ajouta-t-il sombrement. Nous étions les plus proches des amis, élevés comme les membres d'une fratrie. Nous avons partagé l'enfance et l'adolescence des très riches. Mais Harold, puisque c'est ainsi qu'il souhaitait qu'on l'appelle - je préfère ce prénom à Maître, croyez-moi - a toujours désiré le pouvoir. Je le sentais et Victoria également. Elle a toujours su se défendre contre son influence.

- Pourtant, il était son conseiller privé, remarqua Jack d'une voix douce.

- L'âge sans doute et l'amitié qu'elle lui portait ont dû obscurcir son jugement. Mais ne lui en tenez pas rigueur, Harold était un homme séduisant par ses idées et ses propos. Il l'a toujours été.

- Il l'était beaucoup moins en m'expliquant qu'il vous recherchait, fit le Lord sombrement.

- Oui, Jack.

- Vous le saviez ? s'étonna son ami.

- Oui, mes informateurs me tenaient au courant de ses agissements. Depuis des années, j'ai demandé à des personnes de confiance de te protéger. Les disparitions de Martha, Alec et la tienne, Jack, m'ont alerté. Je ne savais pas ce qu'il projetait de faire réellement mais cela ne devait pas être très philanthrope.

- Non, évidemment, fit Jack avec un sourire crispé en se souvenant des propos que lui avait tenu Nox en le torturant. Il avait décidé de retourner vos réseaux d'informateurs pour pouvoir initier une guerre grâce à laquelle il aurait pu prendre le pouvoir.

Ianto lui serra l'épaule avec compassion, il sentait qu'il revivait des instants pénibles, des moments qu'il avait tenté d'enterrer dans sa mémoire et qu'il exhumait à présent pour éclairer son Docteur. Confusément, Jack sentit que cela lui faisait du bien de parler de sa capture.

- Les Etats-Unis d'Europe, reprit le Docteur, c'était déjà une idée qu'il avait dans sa jeunesse. Nous nous sommes toujours opposés sur ce point. Je suis sûr qu'il faut éviter une guerre qui précipitera le monde dans des changements que je ne peux calculer. Pour lui, il fallait la précipiter et la déclencher pour en tirer avantage. Il avait l'idée de créer un empire qui aurait eu suffisamment de puissance pour attaquer les autres états afin de les gouverner à sa guise. "Si vis pacem, para bellum "disait-il, se glorifiant des mots des Anciens pour justifier ses théories.

- C'est une idée plutôt glaçante, tout comme cet homme, dit Jack avec amertume, la seule chose que je lui pardonne est d'avoir sauvé la vie de mon frère, Gray, même s'il l'a éduqué dans la haine.

- Je ne savais pas qui était Gray, Jack, reprit le Docteur, jusqu'à ce qu'Alec ne me le raconte. Je savais que Harold avait adopté un enfant mais j'ignorais qu'il s'agissait de votre petit frère.

- Oui, dit Jack en baissant la tête sous le douloureux souvenir. Il est mort en tentant de tuer Steven. Sans me dire notre nom.

- Je vais pouvoir répondre à cette question, alors, dit le Docteur, avec un bon sourire, Gray connaissait le nom de ses parents et l'utilisait pour ses activités illégales. Vous étiez les fils d'Alva Santa Maria et Jacques Lenton.

- Comment savez-vous cela ? s'écria Jack, Harkness était le nom que l'orphelinat m'a donné, d'après celui de l'homme qui m'a amené là-bas. Je n'ai jamais pu savoir qui étaient mes parents, faute de point de départ fiable à mes recherches.

- J'ai simplement fait des déductions. En apprenant que Gray et toi étiez frères, je suis remonté à son adoption par Harold, puis à ses origines, dit le Docteur, en haussant les épaules. Je serai heureux de t'en apprendre plus sur vos parents si tu le désires.

- Bien sûr ! Je n'ai plus aucun souvenir de ma petite enfance, je me rappelle seulement d'un incendie qui a brûlé jusqu'à ma mémoire et de Gray que j'avais laissé tomber. Les hommes qui m'ont recueilli sont devenus ma famille. C'étaient des soldats mais ils se sont bien occupés de moi jusqu'à ce que je sois obligé d'aller à l'orphelinat. Le reste, vous le savez, nous nous sommes rencontrés et je me suis échappé pour vous retrouver. Oh, cela sonne bizarrement dit ainsi, fit Jack en fronçant des sourcils.

Owen étouffa un rire sous cape. Le Docteur eut un sourire indulgent avant d'expliquer à Jack ses origines.

- Ton père, Jacques Lenton était Général dans l'Armée Confédérée. Il avait une plantation familiale héritée de son père, un Français, Grégory Lenton, venu s'installer près de la Nouvelle-Orléans. Tu es né en 1857 et Gray, qui portait le nom de son grand-père décédé, en 60. Lors de la guerre civile, sa maison a entièrement été détruite. Je pense qu'il s'agit l'incendie dont tu te souviens, Jack. Mais pourquoi ce visage si sombre ? s'étonna son ami.

- Un Sudiste, je suis le fils d'un esclavagiste, gronda Jack atterré. Cela foule au pied tous mes principes de liberté, de dignité et de respect de l'être humain.

- Vous avez des principes car vous avez été élevé dans leurs respects, dit Ianto en tentant de le réconforter.

L'annonce d'avoir eu un père engagé dans l'armée Sudiste durant la Guerre de sécession l'avait abasourdi. Il saisit la main avec laquelle le jeune homme étreignait son épaule en signe d'apaisement.

- Votre père était un homme bon, reprit le Docteur, il a donné sa vie pour protéger la ville de la Nouvelle-Orléans contre les troupes Nordistes du Général Grant qui ne faisaient aucune distinction entre les civils et les soldats. Il a sauvé la ville, Jack, et ses habitants, tous ses habitants.

- Il n'empêche, gémit l'homme buté, Ianto caressa sa main de son pouce. Enfin j'imagine qu'on ne choisit pas d'où on vient. Seulement agir avec ce qu'on pense être juste.

- Tout à fait, dit l'ancien voyageur avec un bon sourire. Ce n'est pas le lieu de naissance qui décide de ce que nous sommes. Ce sont les actions que nous engageons qui nous déterminent. Il n'y a pas de prédestination, de Parques ricaneuses incitant à suivre tel ou tel chemin. Il n'y a que la liberté de ses choix.

Le silence tomba dans la pièce. Jack se rencogna dans son fauteuil, à l'abri dans l'ombre de son amant. Owen servit une nouvelle rasade de whisky à la cantonade. Il entendait enfin les réponses qu'il avait appelées de ses vœux. Il était heureux que le Docteur soit venu pour enfin éclairer Jack sur ses origines. Il savait que le Lord avait toujours souffert d'ignorer son ascendance. A présent qu'il le savait, le Docteur savait trouver les mots pour le réconforter.

- Donc, vous êtes venu pour parler à Vicky ? demanda Jack avec un petit sourire contraint, changeant de sujet.

Alec étouffa un rire narquois. Visiblement, il savait quelque chose qu'ignorait Jack.

- Oui, avec la mort d'Harold, la Reine a besoin de l'écoute attentive d'un vieil ami. J'espère pouvoir lui offrir mon aide à supporter cette nouvelle perte. Mais je suis revenu pour une autre raison. Je pense poser mes valises quelque temps pour me reposer. Et je dois rencontrer le père de cette charmante demoiselle, ajouta-t-il en caressant la joue de River.

- Oh, aurions-nous un nouveau mariage à célébrer ? demanda Ianto avec humour à sa vieille amie.

- Je l'espère bien, Ianto Jones, dit la demoiselle avec un sourire radieux. Je serai, d'ailleurs, ravie que tu chantes pour moi.

- N'allez pas si vite, jeune homme, rien ne dit que son père sera d'accord avec cela ! rit le Docteur, de plus, je dois préparer ma succession. Je suis assez fier de ce que j'ai accompli jusqu'ici et je suis assez orgueilleux pour penser que mon travail est nécessaire.


Rhea01  (18.02.2011 à 21:42)

- Quel est ce travail au juste? demanda le jeune homme en mordillant son crayon, c'est une mission que vous vous êtes assigné depuis longtemps ? Et pourquoi vous appelle-t-on Docteur ?

- Ah, mais c'est une salve de questions que cela, mon jeune ami et qui recentre fort à propos notre conversation sur moi. Mon nom, tout d'abord. C'est Vicky qui m'appelait le Docteur, car je cherchais toujours à apaiser les souffrances et les conflits de mes jeunes compagnons d'enfance. Cela m'est resté au point que j'en ai oublié mon propre nom. N'étant pas l'ainé de la famille, j'ai pu échapper aux contraintes de mon rang pour agir comme bon me semblait, bien que ce choix fut très désagréable à ma parentèle. Je dois être le seul à avoir travaillé, je pense, je fus médecin mais cela n'était pas suffisant. Il fallait que je fasse quelque chose pour le monde, afin d'éviter que celui-ci ne s'écroule sous la barbarie. Voyager me permet de savoir ce qui s'y passe, écouter la rumeur des peuples, voir le changement qui veut s'accomplir par la guerre ou le progrès.

- Mais concrètement, continua le pragmatique Gallois, comment ? Quels sont vos moyens d'action ?

- Écouter le monde, l'observer, s'informer et parfois agir. Cela peut prendre parfois des formes étranges.

- Oh, s'écria Jack, les yeux brillants comme cette fois où vous avez soudoyé cet homme à St Petersburg pour qu'il rentre chez lui auprès de sa femme.

- Oui, il projetait d'assassiner le tout jeune Tsar de Russie. Cela aurait certainement déstabilisé la Russie et plongé le monde dans cette guerre qui me fait si peur. Une guerre se déchaînera sur le monde, violente, totale. Mon rôle est de la repousser le plus loin possible mais elle aura malheureusement lieu. Le monde se durcit, les armes deviennent de plus en plus mortelles. Les peuples se haïssent et sont montés les uns contre les autres par leurs dirigeants. Cette guerre sera terrible, plus que la guerre de Crimée ou celle entre l'Allemagne et la France. De plus voyager n'est plus pour mes vieux os. J'ai décidé de créer une organisation, un Institut qui continuera mes travaux. J'ai besoin de collaborateurs. Je suis sûr qu'un homme tel que toi, Jack, devrait y trouver son bonheur. Qu'en penses-tu ?

Jack avait les yeux illuminés, le souffle coupé. Comment son Docteur lui offrait sa place ? Son rôle dans le monde ? Il venait de couper avec toutes les responsabilités de sa baronnie pour vivre en paix avec Ianto et maintenant le Docteur lui proposait cela. C'était diablement tentateur, mais qu'en serait-il de leur vie à tous les deux douillettement lovés dans le cottage qu'il aimait tant. Son visage s'assombrit en dévoilant ses dernières pensées.

- Oh ! fit le Docteur, ce n'est pas une place à pourvoir immédiatement ! C'est une proposition pour l'avenir. Je ne suis pas encore prêt à m'arrêter, mais j'y pense.

- Et vous ne fuyez plus les engagements ! dit Jack en riant, voyant River lui serrer la main avec un sourire crispé.

- Je cours certainement moins vite qu'elle, tu sais et il est temps que je pense à poser mes malles quelque part. D'autant que je dois organiser cet Institut de manière pérenne.

- Aurais-je le droit d'être accompagné ?

- Je le fus pour chacun de mes voyages, pourquoi pas toi ? Je n'y vois aucun inconvénient tant que vous continuez mes travaux.

- C'est une idée diablement attrayante ! dit Jack mais je ne puis la prendre seul. Ianto, qu'en penses-tu ?

Jack regarda le Gallois. Il lui avait promis de vivre avec lui. Il avait abandonné ses prérogatives de Lord pour vivre sereinement auprès de lui. Pourtant, il savait que tout ne serait pas aussi simple. Son titre aurait pu le protéger de la vindicte puritaine, jusqu'à un certain point. La reine, avec ses opinions tranchées sur la bienséance, aurait très bien pu lui retirer son titre et ses biens pour avoir eu le culot de s'afficher avec un homme. La proposition du Docteur l'enthousiasmait mais il attendait son avis sur cette question alléchante. Celui-ci avait bien suffisamment été bousculé au cours des derniers mois. Cependant, lorsque Jack ouvrit la bouche pour reprendre cette conversation, Ianto le devança.

- Pourquoi pensez-vous que nous sommes à même de remplir cette mission ? Imaginez que nos actions entraînent une guerre. Nous en serions responsables.

- La guerre gronde, concéda le Docteur, malheureusement la seule chose que nous pouvons faire est de la repousser le plus longtemps possible mais elle éclatera un jour ou l'autre.

- C'est un véritable sacerdoce, ajouta le Gallois en fermant les yeux à demi. Être sans cesse sur route, sans cesse en voyage.

L'invitation du Docteur étonnait Ianto et Jack qui ne s'attendaient pas à cela. Alec les contemplait d'un air satisfait. Le clair regard du Docteur se posa sur ce jeune homme. Il savait qu'il était l'homme à convaincre dans ce couple. Il le voyait réfléchir à toute vitesse avec un petit sourire. Celui-ci soutint son regard qui semblait lire en lui. Il détaillait tout ce que ce choix possible impliquait pour eux. Jack avait décidé de renoncer à son nom pour vivre auprès de lui.

Ils étaient libres, mais Steven avait encore besoin de son père et de son professeur. Il ne pourrait pas partir sereinement en sachant le jeune garçon livré à lui-même. De plus, cela lui semblait être une terrible responsabilité, le Docteur n'avait vécu que pour cette mission toute sa vie. Il fallait que le Docteur lui en apprenne plus sur ce qu'il faisait. Sa nature prudente lui dictait une certaine pondération, davantage alors que Jack était délirant d'enthousiasme. Les voyageurs avaient l'air d'avoir concocté cela et attendaient leurs réponses. Jack se tourna vers Ianto, les yeux illuminés.

- Qu'en penses-tu ?

- C'est une proposition intéressante, dit le jeune homme, mais je ne sais pas si je serais à la hauteur d'un tel rôle, Docteur. Vous vous êtes assigné une mission dans le monde et je ne suis qu'un homme. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter à ce que vous faîtes.

- Certes mais c'est la raison pour laquelle vous êtes très important, l'homme le plus humble sera toujours la plus importante des créatures. Et je suis sûr que vous ferez du bon travail, tous les deux.

- Mais...

- Mais je ne vous laisserai pas seul face à cette besogne ingrate. Je vous accompagnerai dans un premier temps puis je me retirerai pour peu à peu pour vous laisser agir comme bon vous semblera. De plus, Alec et Donna ont accepté de travailler dans cet Institut.

- N'aie crainte Ianto, dit Alec en remarquant l'air soucieux de son ami, le Docteur ne te demande pas de choisir maintenant. Jack et toi avez besoin de temps pour vous. Je le comprends.

- Trop généreux de ta part, Alec, persifla Jack, j'aurais crus que tu aurais insisté davantage pour profiter de ma présence enivrante.

- Cette page a été tournée, Jack, dit Alec en souriant, tu as été un météore qui a éclairé ma vie mais tu n'as pas besoin de moi ou de mon amour pour vivre. De plus j'ai fait une promesse à Ianto. Je ne me dédierai pas.

Jack releva un sourcil d'un air interrogateur. Il n'avait jamais entendu parler d'une promesse quelconque. Le regard soudain fuyant de Ianto lui confirma la nécessité d'une conversation sur ce point précis. Ce jeune homme faisait preuve de certaines libertés à son égard ! Mais son cœur ne l'en chérissait que davantage.

- Enfin, Messieurs, il s'agit d'une proposition. Vous êtes libre de la refuser. Je reviendrai pour Boxing Day à Cardiff. Nous devrions en reparler à ce moment là. Cela vous laissera le temps de réfléchir. C'est tout de même le choix d'une vie que je vous propose, alors que vous venez d'en faire un tout aussi important en vous choisissant l'un l'autre.

Jack regarda son Docteur avec un sourire. C'était bien dans sa manière de faire. Dix-sept ans auparavant, il l'avait vu agir de la sorte, proposer aux personnes qu'il rencontrait alors un choix qui allait changer leur vie. Le Docteur se perdit dans ses pensées alors que la conversation roulait sur d'autres sujets.

Autant Nox souhaitait dominer qu'il préférait laisser le choix. Il aimait voir les hommes prendre en main leurs destinées, celles qui allaient les mener sur un meilleur chemin. Il avait la faiblesse de croire que les hommes devaient agir comme bon leur semblait. Il avait leur libre arbitre et il pouvait un à un avoir une importance capitale. Chacun était précieux dans l'esprit du Docteur, tous pouvaient avoir une importance particulière sur le cours des événements. Une seule décision prise au bon moment pouvait changer l'équilibre du monde, le désaxer ou le rétablir. Le Docteur était conscient de cela et il œuvrait de manière à ce que les hommes puissent se sauver eux-mêmes de la barbarie.

Nox était tout autre, pour lui dominer, prendre et asservir, était le plus précieux des pouvoirs. Il ne soupçonnait même pas la résistance, la liberté qui hante l'esprit humain. Il avait été confronté à des choix parfois drastiques mais cela était toujours nécessaire.

- Docteur ? fit Ianto interrompant le cours de sa rêverie. A quoi pensez-vous ?

- A l'ordre du monde et ce que vous pourriez y apporter. Rendez-vous dans un mois pour en parler à nouveau. Avez-vous d'autres questions à me poser ? Car c'est le mariage de cet homme, ne l'oublions pas.

- Ah, Docteur, vous m'avez manqué, s'écria Jack en se levant pour bourrer l'épaule du vieil homme.

- Doucement, dit River Song en lui décochant un regard d'avertissement.

Elle semblait prendre à cœur la santé et le confort de son ami. Jack lui dédia un sourire étincelant qui toucha la demoiselle amoureuse. Ianto rit à la manière dont il se mit River dans la poche. Jack avait toujours ce charme ambigu qui éclaboussait chaque personne qu'il rencontrait. Il savait qu'un autre en aurait été jaloux de le voir charmer ainsi son monde, mais c'était vers lui qu'il dardait son regard amoureux, son sourire luxurieux. C'était vers lui que se tendait son corps et son âme. Ianto se savait aimé et en retour il laissait déborder de lui tout l'amour qu'il avait si longtemps retenu.

- Nous pourrions reprendre la fête, ces dames doivent nous attendre, dit Ianto en regardant sa montre.

- Qu'avez-vous prévu maintenant ? demanda Alec en se levant.

- Quelques pas de danses pour plaire à ces dames, dit Ianto en saluant l'entrée de Toshiko et ses compagnes.

 


Rhea01  (18.02.2011 à 21:44)

oOoOo

Les invités se rassemblèrent dans la salle transformée pour l'occasion. La salle resplendissait de lumières et de musiques. Jack avait engagé un petit orchestre de chambre qui jouait en sourdine, sur une estrade montée pour l'occasion. Il était radieux, la conversation avec Ianto, puis avec le Docteur semblait lui avoir redonné un second souffle, comme une nouvelle vie.

Tout lui semblait possible désormais, il savourait la beauté de la vie qu'il voyait évoluer devant lui, comme ces couples qui tournoyaient sur le parquet de la salle, sous les lumières brillantes.

Ianto était près de lui, les yeux étincelants de joie. Il regardait lui aussi les danseurs et savourait ce moment. Owen faisait tournoyer Toshiko, rayonnante de bonheur. Jack s'élança sur la piste de danse pour danser lui aussi avec sa pupille si souriante. Owen lui laissa la place avec joie. Il allait avoir toute sa vie pour danser avec son épouse. Jack prit Toshiko par la taille et l'entraîna à son tour dans la valse qui les emporta. La douceur de ce moment, les éclats de rire et de plaisir semblaient éclabousser les murs et les danseurs. Ils étaient heureux et pour certains, cela ne faisait que commencer.

Ianto s'approcha du couple formé par Jack et Toshiko d'un air déterminé. Il toussota pour attirer leur attention, légèrement guindé, sollicitant à son tour une danse. La jeune femme se tourna vers lui rieuse puis tendit la main pour glisser des bras de Jack aux siens. Le jeune homme ne bougea pas, il ne regardait que Jack, si intensément que celui-ci comprit sa volonté.

Il le saisit par la taille avec un sourire fier et l'entraîna dans une valse lente à laquelle heureusement seuls leurs amis assistaient. Ils savaient tous les deux que dans ce petit comité, ils pouvaient se laisser aller à certaines excentricités qui ne seraient pas accueillies d'une manière aussi indulgente par la société si puritaine. Mais ils profitèrent de cet instant, ce moment où ils pouvaient être eux-mêmes au milieu de leurs amis, comme pris dans une bulle de tendresse. La tête du jeune homme contre la sienne, Jack était aux anges de sentir leurs corps se frôler et de se répondre si doucement, au milieu de cette noce. Il était heureux de voir que son Gallois se montrât moins réservé. Il se rappela que dorénavant, ils allaient vivre ensemble et peut-être voyager.

Ianto sourit doucement, savourant le contact doux et enivrant. Il savait quelle était sa place dorénavant. Vivre à ses côtés que ce soit dans un cottage près des bois ou bien sur les routes d'un pays inconnu, était désormais son seul but. La proposition du Docteur ne changeait rien à ce qu'il désirait, l'aimer tout simplement.

La nuit tomba sur les couples enlacés, sans que personne ne s'interpose à l'amour qui les accrochait les uns aux autres et la soirée s'éternisa sous les chandelles qui peu à peu mouraient et s'éteignirent donnant à cette fête le signal du départ. Les invités quittèrent un à un la noce, se promettant de se revoir prochainement, félicitant à nouveau les mariés épuisés et les remerciant de leur hospitalité.

oOoOo

Le Docteur fut le dernier à partir avec Alec et leurs compagnes. Jack les accompagna jusqu'au perron tandis qu'Owen et Toshiko regagnaient enfin leur chambre nuptiale, épuisés par leur longue journée. Ils irradiaient littéralement de bonheur, prêts à partager enfin leur première nuit en tant qu'époux légitimes. Le Docteur salua les heureux mariés avant de se tourner vers Jack.

- Cela m'a fait plaisir de te revoir, mon ami ! dit-il.

- Vous avez pourtant réussi à me fuir pendant dix-sept ans. C'était horriblement long Docteur.

L'homme ne s'excusa pas pour son absence, il ne donna aucune explication creuse, sinon un long regard dans lequel Jack lut l'affection qu'il lui portait toujours.

- Et Rose, Docteur ? murmura-t-il alors que Ianto embrassait River.

Le vieil homme s'assombrit, une lueur désolée brillait dans son œil, puis son regard se posa sur Miss Song et pétilla derechef.

- Elle vous a attendu toute sa vie, savez-vous ?

- Et toi, tu m'as recherché toute la tienne, rétorqua le Docteur, je suis désolé.

- Mais vous ne pouvez pas revenir en arrière, n'est-ce pas ?

Le Docteur eut un sourire indéfinissable, un mélange de tristesse et de sagesse.

- J'aimerai parfois, reprit-il, mais on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière. L'homme que j'étais alors n'existe plus, tout comme toi. Nous devenons la somme de nos actions, même les plus impardonnables. Et nous devons agir en fonction de tout cela.

- Je comprends Docteur, mais cela est dur pour Rose, d'autant que vos liens avec Miss River sont assez…

- Évidents ? J'ai remarqué son malaise, elle est partie trop tôt, j'aurais aimé pouvoir lui parler.

Il émit un petit rire désolé en regardant sa compagne actuelle.

- Les liens du cœur sont impénétrables, dit-il, à l'époque, je ne pouvais accepter qu'une jeune fille comme Rose s'amourache d'un homme qui avait l'âge d'être son père. Lorsqu'elle voulut voir sa mère, je vous ai abandonné, persuadé que vous seriez bien plus heureux sans moi. J'ai tout fait pour vous éviter, alors que vous étiez toujours dans mon cœur. Je n'ai jamais pu vous oublier, c'est pourquoi j'ai toujours gardé un œil sur vous.

- Vous nous avez tant manqué, Docteur, si terriblement. Ne restons pas aussi longtemps sans se voir.

- Vous n'étiez que des enfants, à cette époque. J'ai dû prendre cette résolution pour vous, aussi dure qu'elle puisse être pour que vous ayez une vie à vous, exempte de danger.

- Nous avons grandi depuis ce temps-là, nous avons été confrontés à la vie. Vous auriez pu revenir.

- Je devais continuer ma mission, mais je ne vous ai jamais oublié.

- Que c'est charitable, grinça Jack, mais difficile à entendre !

- Je comprends, mais c'est ma vie. J'ai toujours fait passer cette mission avant mes envies. Ianto a raison en disant qu'il s'agit d'un sacerdoce.

- Et vous voulez que nous nous joignons à vous maintenant ? s'écria Jack avec un sourire moqueur, savez-vous que je viens de me démettre de mes responsabilités de Lord parce que je ne les supportais plus ? Comment êtes-vous sûr que nous soyons prêts pour ce rôle ?

- A d'autres, ce mensonge ! se moqua le Docteur, je vous laisse du temps pour réfléchir. Je reviendrai vous voir après Boxing Day pour votre réponse.

Jack sourit sans répondre avant de le prendre dans ses bras et le serrer à l'étouffer. Ils se dirent enfin adieu sous les regards attendris de leurs amis.

La porte se referma sur les quatre compagnons et Jack se retourna vers Ianto qui le contemplait silencieusement. Ils étaient enfin seuls et pourtant ils leur semblaient être escortés par les nombreuses réponses aux questions qu'ils avaient posées durant cette journée riche en émotions.


Rhea01  (18.02.2011 à 21:47)

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