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Blackwood Manor

Série : Torchwood
Création : 29.09.2010 à 22h17
Auteur : Rhea01 
Statut : Terminée

« Univers Alternatif, toute l'équipe de Torchwood au grand complet au temps de la Reine Victoria. Ou les aventures de Lord Harkness et Ianto Jones, précepteur et bibliothécaire. » Rhea01 

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- Vous parlez de moi, hors de ma présence, cachottier, dit Jack en entrant dans la pièce, recouvert de sa sortie de bain, qui ne dissimulait rien de sa séduction. Ses cheveux châtains, sombre sous l'eau qui les plaquait en arrière, se hérissaient au niveau du cou et dégageait son front large et intelligent. Ses yeux clairs étincelaient de malice. Il leur décocha un sourire brillant en se dirigeant vers le paravent aux motifs chinois qui cachait un coin de la pièce.

- allez-y, continuez de parler, je suis toute ouïe, je serais heureux de savoir ce que vous pensez de moi réellement.

- Tu es narcissique, égocentrique, imbu de toi-même et terriblement fier, lui asséna Owen d'un ton moqueur, clignant de l'œil en direction de Ianto, l'air de dire qu'il était temps de dégonfler son égo.

- Bien sûr, mais j'ai des raisons pour cela, je suis beau, magnifiquement proportionné, doté d'une immense séduction et d'orteils proprement divins, n'est-il pas ?

Jack pérorait derrière le paravent en s'habillant, montrant ses pieds à Owen, hilare. Ianto sourit discrètement, tout en pensant qu'ils avaient tous les deux raison. Jack ressortit, vêtu d'un habit vert, rehaussé de blanc, qui faisait ressortir ses yeux, ravi de l'amusement de son public. Ewen arriva, supportant deux plateaux pour le petit-déjeuner. Il posa cela sur une table à la disposition de son maître.

- Avez-vous besoin d'autre chose, Sir, demanda-t-il avant de sortir.

- Prépare la calèche et Moqueur, je vais accompagner Miss Sato à la messe.

- Tu n'y va jamais, Jack, dit Owen surpris, aurais-tu des choses à te faire pardonner ? La ferveur religieuse n'est pas réellement une de tes marottes.

- Non, mais il est de bon ton que je porte mes respects au Seigneur, ne serait-ce que pour t'aider à supporter ta préparation au mariage. D'ailleurs, je suis sûr que le père Andrew sera heureux de nous recevoir.

- Heureux de se quereller avec nous, tu veux dire. Tant qu'il ne reconnaîtra pas la légitimité de Darwin à traiter de l'origine des espèces, je ne cesserais de le harceler à ce sujet.

- Tu prends un malin plaisir à lui chercher noise sur son terrain.

- Tu n'es pas le dernier à tenir ce genre de discours, dit Owen en souriant, je t'ai convaincu n'est-ce pas ?

- Il est plus facile pour moi de croire en l'évolution de l'homme qu'à la création par un dieu qui a édicté des règles toutes-puissantes. Je préfère le libre-arbitre à l'obéissance passive à des lois divines éculées.

- Pour moi, dit Owen, cela va sous le sens...

- D'autant que j'aime voir évoluer les hommes, sous quelque formes que ce soit, nus de préférence.

- On ne peut avoir une discussion sérieuse avec toi, renifla Owen, donc je t'attends pour l'église.

- Oui, allons ébaudir les demoiselles et affoler leurs mères.

- Evidemment, avec la perspective d'un mariage dans quelques mois, elle affûtent leurs appâts pour te faire tomber dans leurs filets.

- Ah, quel dommage que je ne cherche pas à offrir à Blackwood Manor une nouvelle maîtresse, elles se battraient pour cet honneur.

- Et toi pour être le premier à profiter de leurs fleurs !

- Sans leurs mères et leurs duègnes, cela serait fait depuis longtemps !

- Et nous aurions les pères qui feraient la queue pour venger l'honneur bafoué de leur fille !

- Je préfèrerais une autre… il s'interrompit, gouailleur. Ianto rougit en terminant la phrase en son for intérieur.

- En effet, elle est assez vulgaire, celle-ci, fit Owen en s'esclaffant, je vois que tu es plutôt bien reposé. Jones, je vous laisse, pas d'église pour vous, vous en avez de la chance.

Il les laissa, les épaules encore secouées par la plaisanterie de Jack. Les deux hommes restèrent seuls. Ianto avait meilleure mine, son bandage changé, il voulait manger. La faim qui le taraudait était digne du festin qui l'attendait. Jack le partagea avec lui, l'entretenant d'une conversation agréable, débarrassée de sous-entendus ou d'allusions plus ou moins fines. Jones s'en retrouva curieusement étonné, cela lui manquait finalement. Il perdit cependant, vite cette impression, lorsque le lord s'en alla avec un clin d'œil si lascif qu'il en rougit à nouveau.

Ils avaient bien fait de mettre les choses au clair, se dit-il en se reposant dans le lit d'Harkness. Il ne pourrait pas lui être ce qu'il désirait. Il ne pouvait pas partager ce festin de chair auquel le lord aspirait. Mais ils pouvaient être amis. Ianto rabattit les couvertures sur lui. Oui, être amis. Pourquoi, alors qu'il s'endormait dans les draps portant l'odeur de cet homme, avait-il le cœur qui lui faisait si mal ? Il ne pouvait pas lui dire ce qu'il avait supporté, comment il en était arrivé à haïr ce genre de contact. Il ne pouvait pas sentir le corps d'un autre homme contre le sien sans avoir cette nausée, ce malaise qui resurgissait. Il ne pouvait souffrir ce contact, il le savait. Alors pourquoi se sentait-il aussi malheureux que le Lord abandonna la chasse ? Il l'ignorait et força son esprit à ne pas s'appesantir sur le sujet.

Mais si le lord parvenait aisément à occulter des pans entiers de sa mémoire pour ne pas souffrir, Ianto Jones n'avait pas ce talent. Il s'endormit alors, une boule dans la gorge. La blessure qu'il portait au front l'épuisait, et il savait qu'il devait en passer par le sommeil pour guérir. Si seulement les blessures à l'âme guérissaient aussi facilement que celle du corps, il en serait heureux. Mais pour l'heure, cela s'avérait bien trop difficile.

Le soir venu, il exigea d'Owen de revenir dans sa chambre, Jack évidemment fut réticent au possible, il argua de mauvaise foi que seul l'air de sa chambre pouvait accélérer sa guérison. En vérité, il ne pouvait supporter de le savoir si loin de lui, dans la chambre d'à coté. Il voulait le garder auprès de lui pour veiller sur son sommeil, pour pas à pas se rapprocher de lui. Mais Ianto refusa tout net. Il voulait sa chambre, son lit, ses affaires personnelles et son intimité. Jack fut obligé d'accepter, il n'allait pas faire un esclandre de cette affaire. Le jeune homme exerçait son droit le plus strict, celui de disposer de lui-même, ce droit que le lord lui-même lui avait reconnu. Il ne pouvait pas aller contre sa propre décision, sous peine de se haïr. Quelle plaie et quel supplice d'être aussi magnanime ! Il ne savait pas combien de temps il allait pouvoir supporter cette situation.

A suivre...


Rhea01  (27.10.2010 à 20:48)

Partie deux

Chapitre six : où Jack aime à raconter sa vie

La guérison de Ianto prit quelques semaines au cours desquelles il se rapprocha de Miss Tyler, restée au manoir auprès de son protégé Steven. L'enfant était délicieux, sous des airs encore enfantins, le jeune professeur découvrit une soif d'apprendre à laquelle Jack émettait des doutes quant à la provenance.

- Cela ne peut venir de moi ! déclara-t-il un soir d'après-dîner où ils étaient rassemblés dans le petit salon pour passer une soirée dans une ambiance familiale et chaleureuse.

- Jack, tu ne vas pas recommencer, le gronda Toshiko qui brodait près de lui, regardant Ianto dans la grande salle jouer aux devinettes avec Steven. L'enfant riait des imitations que lui faisait le jeune homme pour lui faire deviner des animaux. Il maîtrisait parfaitement le miaulement du chat.

- Non, ne t'inquiète pas, je ne vais pas revenir sur ma décision, mais regarde-le, il veut tout savoir sur tout.

- Oui, eh bien, en cela, il te ressemble beaucoup. Tu es d'un naturel curieux, à tel point que tu observes sans cesse son précepteur pour savoir ce qu'il pense.

- Ah, fit Jack en se rencognant dans son fauteuil.

- Ah, c'est tout ce que tu trouves à répondre ? demanda Toshiko en plissant des yeux, Owen m'a pourtant fait part d'une discussion plutôt musclée entre vous deux.

- Dont il ne reste plus de trace ou presque, fit Jack en se touchant doucement le ventre, maintenant il a le choix. Il sait ce que je veux et que je suis prêt à attendre qu'il vienne à moi.

- Que c'est noble de ta part ! s'exclama Toshiko d'un ton moqueur, tu le traites comme une femme, tu proposes et il dispose, mais c'est très noble.

- Ne te moque pas de moi, Toshiko, que veux-tu que je fasse ? Il mérite beaucoup mieux que de se faire culbuter dans un coin comme un valet de ferme. Non, j'ai pour lui d'autres projets, je vais le séduire, l'amener à s'éprendre de moi et le laisser s'approcher de moi.

- Une distraction en somme, une nouvelle expérience pour toi. Tu n'as guère l'habitude qu'on te résiste. C'est sûrement pour cela que tu le couves ainsi du regard.

- Il y a un mystère autour de lui, je le sens. Je ne sais pas encore  très bien  quel est son secret, mais j'apprendrais à le connaître et un jour… je le tiendrais dans mes bras.

- Voilà ce qui ressemble aux paroles d'un homme bien épris.

- Si tu le dis, ma belle Toshiko, fit Jack sans confirmer ou nier ses mots, si tu le dis, mais c'est un bel homme, n'est-ce pas ? Il sera beaucoup mieux lorsque je l'aurais pris sous mon aile. L'air de Blackwood lui fera le plus grand bien. Je me vois bien lui apprendre le noble art de la boxe, monter à cheval, faire de l'aviron, tout ce qu'il lui faut pour s'étoffer.

- Tout cela il le connaît déjà, il était à Oxford, je te le rappelle, dit Toshiko narquoise. Il pourrait certainement t'en remontrer. A cheval, tu as trouvé ton égal, ne l'oublie pas.

- Peut-être, mais je suis mieux bâti que lui car j'excelle dans les domaines sportifs.

- En effet, tu es taillé en athlète, il est plus du gabarit d'Owen, en plus grand, ce qui donne l'impression qu'il est trop mince, fragile.

- Cela se corrige, dit Jack en riant, contrairement à Owen, il peut s'étoffer, il n'a que 23 ans après tout. Crois-moi, dans quelques mois, nous ne le reconnaîtrons plus. Je te jure qu'il en fera tourner des têtes.

- Il en a déjà fait tourner au moins une ici, dit le docteur Harper, qui, attiré par l'évocation de son nom, était venu s'asseoir à leurs côtés. Sa sortie plus bruyante que les murmures échangés entre Jack et Toshiko, fit tourner la tête de Ianto en direction du petit salon. Steven le tira par la manche pour attirer à nouveau son attention.

Owen rit bruyamment, avant de proposer un verre à ses amis. Miss Tyler qui jouait jusque là avec Ianto et Steven vint les rejoindre pour discuter avec eux. Son séjour parmi eux se terminait, elle serait bientôt partie pour retrouver sa maison et les enfants dont elle avait la charge. Jack la prit par la taille et la fit asseoir cavalièrement sur ses genoux. Leur relation lui permettait ces gestes familiers qu'ils appréciaient tous les deux. Elle posa sa petite main sur son épaule et lui caressa doucement la joue.

- Nous n'avons pas vraiment eu le temps de parler, mon ami, lui dit-elle.

- C'est vrai, je te prie de m'excuser, Rose, les événements se sont enchainés sans que je puisse y échapper.

- Je comprends, ne te soucie pas de cela. Je suis ravie que tu ais clarifié la situation de Steven, tu sais. Cet enfant est réellement attachant. Il est vif et intelligent, tout comme toi. Tu verras, tu seras heureux avec lui. Il va nous manquer, tu sais.

- J'espère que c'est lui qui sera heureux ici, avec nous, dit Jack en voyant arriver le jeune garçon et son professeur. Plus il le regardait et plus il se rendait compte de leur ressemblance.

- Il le mérite, reprit-il après un moment. Et toi alors, mon amie ? Que deviens-tu ? As-tu eu des nouvelles de lui ?

- Non, toujours pas, lui répondit-elle en lui tirant gentiment sur les cheveux, tu es méchant, Jack, de me le rappeler. Je ne sais pas où il se trouve maintenant, en Chine ou bien en Amérique. Jamais il n'a écrit pour me donner de ses nouvelles. Je crains qu'il ne m'ait oubliée. J'espère qu'il m'a oubliée, se reprit-elle, avec un autre ton, dans le cas contraire, cela signifierait qu'il est mort. Et cela, je ne le souhaite pas.

- Non, notre vieil ami est comme les chats, il a plusieurs vies et il est capable de se sortir des situations les plus invraisemblables. Il doit certainement être très occupé ailleurs, comme toi avec tes enfants.

- Ou toi avec ta charge de Baron, dit Rose en souriant tristement, si tu savais comme j'ai regretté de ne pas l'avoir suivi quand il me l'a demandé. Maintenant j'ai une vie bien rangée, mais il me manque terriblement, il ne se passe pas un jour sans que je ne rêve à ce que serait ma vie auprès de lui.

- Tu bougerais de place en place, de maison en maison. Notre cher ami est incapable de rester longtemps au même endroit. Il aurait sûrement été difficile d'élever des enfants avec une vie pareille.

- Sans doute, mais j'aurais été heureuse auprès de lui, dit Rose en écrasant une larme discrètement.

- Vous parlez de ce docteur, de votre ami que nous n'avons jamais rencontré ? demanda Harper en plissant des yeux.

- Oui, fit Rose en enfouissant son visage contre le cou de Jack qui lui caressa la tête tendrement.

Il surprit le regard de son secrétaire et lui adressa un léger sourire comme une excuse.

- C'est avec lui que vous avez vécu toutes ces aventures, demanda Toshiko à Rose Tyler, celles que vous avez vécues dans votre jeunesse ?

- oui, Jack et moi avons visité le monde avec notre Docteur, un véritable professeur dont l'érudition rivalisait avec son intelligence, il est capable de faire tant de belles choses.

- C'est avec lui, dit Jack en se détachant de Rose, que j'ai eu mes heures sinon les plus glorieuses, du moins les plus intéressantes de ma vie. Ce que nous avons pu nous amuser, de vrais gosses, toujours partis par monts et par vaux. Nous en avons rompu des cœurs, des corps et des batailles. C'était d'ailleurs le dada de notre cher docteur, ce voyageur aux pieds ailés, empêcher les guerres. Nous avons visité le monde au gré de sa fantaisie, voyageant par tout moyen. Te rappelles-tu Rose, la manière dont il a apaisé une querelle en plein Empire Ottoman alors que les couteaux étaient sortis des deux côtés ?

- J'ai cru que nous allions mourir, dit elle en riant.

- Et non, fanfaronna Jack, car nous avions un atout secret en main, la faconde de notre cher voyageur, parlant aux uns et aux autres dans leurs propres langues. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il avait dénoué le nœud gordien de la dispute et tout le monde a festoyé ensemble. Cet homme est un pur génie, mais malheureusement d'une piètre mémoire. Depuis qu'il nous a quitté à Londres, il y a presque de cela 20 ans, jamais il n'a donné de ses nouvelles, pas une lettre ou un message pour nous informer de sa vie.

- 17 ans, Jack, 17 ans fit Rose doucement.

- Oui, sans doute, dit-il, une vie entière s'est déroulée sans le voir. C'est triste.

- Tout à fait, dit Harper, c'est dur de voir les amis s'éloigner et ne rien pouvoir faire pour les rattraper. Le temps passe et nous blesse.

Le silence tomba entre eux, mélancolique.

- Mais cet abandon, reprit Jack après un moment, nous a permis de grandir, de vous rencontrer, toi d'abord Owen, étudiant en médecine qui râlait contre ses pairs et ses patients, détestant les soigner mais passionné de recherches et de découvertes. J'ai bien fait de promettre de t'embaucher une fois ma fortune faite. Promesse d'ivrogne chanceux !

- oui, chanceux car je n'aurais jamais cru que ce vagabond, brun de soleil, plein de vin allait connaître une telle destinée. D'ailleurs, tu m'as toujours promis de me raconter comment tu avais fait fortune, mais tu ne t'es jamais exécuté.

- Jamais eu le temps et cette histoire ne me concerne pas seul. Je suis toujours lié par le sceau du secret.

- Même 15 ans après, cela m'étonne, dit Rose, tu ne m'as jamais raconté non plus comment tu es devenu Lord, même à moi, ta plus vieille amie. Pourtant tu n'es jamais avare pour raconter tes histoires.

- Enfin, il est sans doute venu le temps de raconter cela, se fit désirer Jack, je crois bien que toutes les personnes impliquées dans cette histoire sont retombées dans l'anonymat sauf une.

- La Reine ? Mais on sait déjà qu'elle t'a fait Lord, sans jamais en connaître la raison, s'écria Harper, serait-ce si graveleux ?

- Oh non, la partie scabreuse ne concerne pas la reine, fit mystérieusement Jack alors que Ianto s'approchait subrepticement des fauteuils où se reposaient les compagnons de Jack.

- Allons Jack, raconte nous ton histoire, arrête de te faire prier ! maugréa Owen, faisant signe à Ianto de s'asseoir près de lui, il en profita pour se rapprocher de sa fiancée. Jones se fera un plaisir de tout noter pour tes mémoires. Jones, vous avez bien un cahier pour prendre note de ce qu'il va nous raconter ?

- Oui, dit le jeune homme en sortant de sa veste un petit carnet à la couverture de cuir et un crayon mine. Mais j'ai une question avant que vous ne commenciez, Sir.

- Je suis tout ouïe, mon cher Ianto, pour toi, toujours.

- Est-ce une histoire qui convienne aux jeunes oreilles ?

- Hum, j'entends que mon précepteur prend très au sérieux ses attributions. Mais pour répondre à ta question, je crains que Steven soit d'un âge trop tendre pour entendre les frasques de jeunesse de son père. Je me demande même si Toshiko n'est pas trop jeune pour entendre cette histoire.

- Jack ! s'écria-t-elle en riant, je suis adulte maintenant. Et puis, ce serait la première fois que tu chercherais à protéger mes oreilles de tes histoires.

- Elle a raison, dit Owen en souriant à son ami, tu ne lui as jamais vraiment caché ton inconduite.

- Vrai ! Cela doit provenir de l'influence de ce cher précepteur. Il m'a fait tourner la tête.

- Ah, si ce n'était que la tête ! murmura Owen à l'oreille de Toshiko qui sourit gênée pour le jeune homme qui ne semblait pas goûter la plaisanterie. Il baissait la tête, elle fut surprise cependant de le voir se redresser et rétorquer.

- Vous me prêtez une influence que je n'ai pas, malheureusement pour moi. Car elle me serait bien utile pour vous convaincre de cesser vos allusions.

- Oh oh, il se rebelle, commenta Owen, mezza-voce.

Il profitait de l'échange à demi-moqueur entre Jack et Ianto pour serrer de près sa fiancée, sans manquer à la bienséance.

- Impossible, répliqua Harkness, en posant une main joueuse à quelques pouces seulement de la sienne, je n'ai pas promis que je te séduirais par ma seule présence, le nectar de mes paroles doit te subjuguer également.

Jones roula des yeux d'un air dégouté, mais néanmoins amusé. Il entraîna Steven avec Miss Tyler pour coucher le jeune garçon. Owen et Toshiko tentèrent de faire parler Jack mais celui-ci voulait attendre que son précepteur et son amie reviennent.

- Sers-nous des rafraîchissements, Toshiko, à moins que tu ne préfères du thé. Demande à Gwen d'apporter des douceurs. J'ai envie de sucrerie, à moins que mon médecin n'y voit un inconvénient.

- Pas le moindre, dit Owen, fort friand des gâteaux que concoctait leur cuisinière hors pair. D'ailleurs elle pourra donner sa version des événements, tu la connais depuis cette époque, n'est-ce pas ?

- Évidemment, d'ailleurs, cette histoire est liée à la manière dont nous nous sommes rencontrés.

- Jack, ce suspens est intenable, s'écria Toshiko, ravie cependant qu'il lui veuille bien raconter une de ses histoires dont il gardait jalousement le secret. Jack aimait se raconter mais certaines de ses aventures étaient toujours restées secrètes, jamais il n'avait parlé de la manière dont il avait été fait Lord. On savait seulement que la Reine l'avait anobli pour service rendu, sans en connaître la raison.

De nombreuses hypothèses plus abracadabrantes les unes que les autres courraient sur son compte, qu'il avait été l'amant de la princesse Alice ou du prince Edouard, voire  de la Reine elle-même après le décès de son époux le prince consort, Albert de Saxe. Mais Jack répondait à chacune de ces rumeurs d'un mince sourire et changeait de sujet. Owen et Toshiko maîtrisaient difficilement leur envie d'en savoir plus.

Gwen arriva, portant un lourd plat de friandise, au moment où Ianto Jones revenait des étages en compagnie de Rose qui l'appréciait visiblement. Jack s'était confortablement installé dans son fauteuil favori et avait conservé un siège à ses côtés, qu'il offrit à son bibliothécaire qui s'installa avec carnet et stylo, prêt à prendre au vol les parole de son maître.

- Bien, tout le monde est présent, je vais pouvoir commencer.

- Attendez, Lord Jack, moi aussi, je veux entendre ce que vous allez dire, cela me concerne aussi après tout.

Jack soupira mais fit signe à Gwen de prendre place à son tour.

 


Rhea01  (31.10.2010 à 15:35)

C'était quelques mois après que nos chemins se soient séparés, commença Jack, alors que son regard s'évadait au-delà de son cercle d'amis, Rose voulait rejoindre sa mère. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il nous avait laissé à Londres.

- Enfin, tu l'as quitté toi aussi, dit Rose en le ramenant à la réalité.

- Bien sûr, j'en avais assez de ne pas voir mon amour être payé de retour. Toi comme moi, savons qu'il n'a jamais eu qu'une seule amante, l'aventure et qu'un seul amour, la liberté. Il n'aurait jamais pu être heureux ni avec toi, ni avec moi. Pourtant ce que je t'en ai voulu. J'ai rejeté la faute de son départ sur toi, refusant ma part de responsabilité.

- Oh, Jack, dit Rose d'un ton désolé, j'ignorais que toi aussi tu l'avais aimé.

- Qui ne le pourrait ? dit-il en chassant les larmes qui étaient apparues à l'évocation de ce temps désormais révolu. Son cœur, son âme brûlante pourrait inspirer les plus fous des poètes, enflammer les comédiens. Par sa seule présence, il inspire un formidable sentiment.

- Il te manque ? demanda Rose.

- Comme à toi, même si j'ai comblé ce manque avec d'autres. Il s'est échappé à jamais avec un morceau de mon cœur.

- Heureusement que ton cœur cicatrise vite, persifla Owen, car au rythme où tu vas, tu devrais ne plus avoir de cœur battant dans ta poitrine.

Jack le fusilla du regard avant de reprendre.

- Le plus dur est de ne pas savoir où il se trouve, ce qu'il fait, de quel horizon il se délecte aujourd'hui. Pourtant, j'ai visité ce monde, j'en ai sillonné les mers et les routes pour le retrouver sans jamais en avoir eu cette joie.

- Moi, je suis restée, fit Rose en essuyant ses yeux, je n'ai pas bougé. Je l'ai attendu. J'ai attendu en vain qu'il revienne mais...

- Nous sommes comme des orphelins sans lui, dit Jack, mais nous avons survécu. Tu as retrouvé ta mère, elle te manquait tant, tu te souviens.

- Je ne dirais pas cela aujourd'hui, dit Rose en souriant à travers ses larmes, elle régente toute la maison plus durement que Gwen.

- Impossible, fit Jack, Gwen est un cas unique, une entité capable à la fois de régir une maison, médire de son maître et séduire son mari.

- Avouez que ce sont mes compétences qui font que vous me gardez près de vous, dit Gwen en fronçant des sourcils.

- C'est plutôt parce que je n'ai pas le choix, dit Jack mordant. J'ai trop peur que tu me frappes.

- Tout lord que vous êtes, Sir, n'oubliez pas qui vous êtes et ni d'où vous venez !

- C'est bien grâce à toi, si je ne me suis pas perdu. Sans toi, je pense que je serais sûrement ruiné, sans ami et sans fortune.

- Tu en reviens à ton histoire, enfin, dit Owen étouffant un bâillement affecté, je compte dormir un peu cette nuit, tu sais.

- Très bien ! fit Jack en roulant des yeux presque aussi bien que Ianto Jones, lorsque le Docteur est parti, Rose et moi nous nous sommes séparés. Une visite en Afrique Noire nous avait appris la dure vie là-bas et pourvu en diamants d'une qualité rare. Il ne me fut pas difficile de faire mon nid dans un monde demi-mondain, où je profitais alors de ma jeunesse, de ma beauté et des plaisirs qui s'offraient à moi. Je brûlais ma vie dans les endroits les plus singuliers afin d'échapper à la douleur de vous avoir tous les deux perdus.

- Cet homme était un sentimental, glissa Owen à Ianto qui prenait note sur note, ne l'oubliez pas.

- Donc, accentua Jack en dardant un regard glacial sur son médecin qui étouffa un rire narquois, je dérivais entre deux vins, entre deux corps sans savoir où je m'éveillerais le lendemain.

- Pour sûr, cela a bien changé ! Maintenant vous couchez dans votre chambre, fit Gwen accompagnée des rires railleurs d'Owen.

- Chut, Gwen, enfin, tu me gâches mes effets. Bref, une nuit où j'étais particulièrement noir, saoul comme un russe. Je rentrais chez moi et suis tombé sur cette jeune femme.

- Jeune fille, à l'époque, je n'étais pas encore mariée.

- C'est vrai, tu ne connaissais pas encore ce cher Rhys, il aurait été choqué par ta vie d'alors.

- Lord Jack ! s'offusqua la femme de charge.

- Alors, continua Jack sans prêter attention à la vindicte de la jeune femme, je rentrais à mon logis, une chambre d'hôtel miteuse mais suffisante pour le peu de nuits que j'y passais. Je tombais de sommeil et d'alcool mais mon sang ne fit qu'un tour lorsque j'entendis un hurlement glaçant. Vous connaissez tous l'organe puissant de Gwen, mais imaginez cela centuplé par la peur et la rage. Même aujourd'hui, je n'ai jamais entendu une femme jurer de cette manière ! Pas même dans les bordels les plus grossiers de la cité.

- Tu exagères, Jack, Gwen n'est pas aussi vulgaire ! fit Toshiko avec un regard surpris sur son amie qui rougissait, les yeux fulminants.

- Elle pourrait bien te surprendre, elle a un vocabulaire très imagé qui ferait pâlir un marin en bordée. D'ailleurs elle n'en pense pas moins en ce moment, n'est-ce pas ma chère Gwen ?

La jeune femme ne répondit pas, elle se mordait la langue pour ne pas l'incendier.

- Quoi qu'il en soit, reprit Jack, attirant à nouveau toute l'attention sur lui, je l'entendis à travers les murs de ma pauvre chambre. Malgré les brumes de l'alcool ou plutôt à cause d'elles, cela m'exaspéra. Je me précipitais dans sa chambre pour la trouver aux prises avec deux ruffians qui tentaient de la faire taire et accessoirement de la culbuter dans son lit. Elle n'était visiblement pas d'accord. Je me ruais sur l'un et lui écrasait la tête contre un mur, le sonnant pour le compte. Le second sortit un couteau que je retournais facilement contre lui, en plein dans le gras du ventre. Gwen ne cessait de les invectiver et leur décocha deux coups de pieds dans leurs attributs virils, j'en eus mal pour eux. Ils auraient certainement préféré un toucher plus doux. Je la maîtrisais à son tour et les fit évacuer rapidement, les menaçant de lâcher la furie sur eux s'ils ne se dépêchaient pas un petit peu plus. En un clin d'œil, ils décampèrent. J'en profitais pour m'assoir sur le lit, la tête me tournait mais je ne lâchais pas la demoiselle qui sous l'effet de mon sauvetage m'est tombée dans les bras. Ravi de l'aubaine, je profitais de la situation...

- Jack ! s'écria Gwen, écarlate, alors que tous les regards convergeaient sur elle, inutile de...

- Finalement, je m'endormis dans ses bras, finit-il malgré l'interruption. Depuis le départ du docteur, je n'avais pas eu une seule nuit de repos, calme, essentielle. Je suis endormi pour me réveiller au matin, dépouillé de mes maigres possessions, jusqu'à la montre que m'avait offerte mon ami le docteur avant son départ.

- Non, s'écrièrent en chœur, Toshiko et Owen qui s'attendaient à tout autre chose. Jack glissa un regard vers Ianto qui n'avait rien dit et surprit un sourire amusé. Il aimait son histoire visiblement.

- Il ne me restait comme seule fortune mon sourire et mon physique avenant. Cependant je n'avais pas particulièrement envie de me servir de cette arme à double tranchant. Le monde est plein de gens qui payeraient pour un si joli corps, dit-il en caressant son torse, mais je préfère me faire aimer autrement que pour de l'argent.

- Mais Jack, elle t'a volé, qu'as-tu fait ? Comment en es-tu arrivé à travailler à son service, Gwen ? Cela partait drôlement mal entre vous.

- Oh, mais écoute mon histoire, Owen, au lieu de m'interrompre sans cesse. Et toi Gwen, ne sois pas si fière de toi, tu aurais pu tomber sur un tout autre genre de gentilhomme, crois-moi, cela aurait pu mal se terminer.

- Je le sais bien, Jack, dit la jeune femme d'un air contrit en apparence, je savais que je ne risquais rien à voler la bourse d'un homme saoul.

- Qu'as-tu fait alors, demanda à nouveau Toshiko en posant une main douce sur l'avant-bras de son tuteur qui fusillait du regard une Gwen hilare.

- Cette mésaventure m'a servi de leçon. Elle m'a rappelé que j'étais trop insouciant, trop confiant et surtout que je n'avais aucun ami dans ce monde où même les personnes les plus avenantes pouvaient se révéler redoutable. Je n'avais aucun soutien dans ce monde, aucune position. Seulement un vagabond, libre mais sans attache. Je ne pouvais pas continuer ainsi à vivre au gré du vent de l'errance. Il me fallait trouver une situation, une situation qui convienne à mon caractère. Pourtant rien ne me faisait envie, rien ne semblait trouver grâce à mon esprit d'aventure. Finalement, j'embrassais la carrière des armes, l'uniforme me va bien et j'allais retrouver des compagnons d'arme.

- Ne me dis pas que c'est uniquement ce qui a justifié ton engagement dans l'armée, s'écria Owen.

- A 20 ans, sans famille, c'est l'église ou les armes et tu sais comme moi combien le noir ne me sied pas du tout.

- Tu aurais fait un très mauvais homme d'église, non l'armée t'allait beaucoup mieux, dit Owen en continuant à interroger son ami pour une fois prolixe sur sa jeunesse.

- j'aurais pu acheter une charge de lieutenant ou de capitaine. C'est ainsi qu'on fait dans le monde, mais je n'avais plus assez d'argent grâce à cette demoiselle, il ne me restait qu'un seul diamant. Mais j'ai eu de la chance, j'ai servi sous les ordres des chefs les plus renommés. Je n'étais qu'un gamin, d'à peine 20 ans, mais j'avais de l'ambition et de l'intelligence. Et petit à petit, j'ai obtenu des postes de plus en plus intéressants, jusqu'à intégrer à 24 ans le poste de capitaine parmi le corps prestigieux des Gardes de la reine. Encore que je me demande si je n'ai pas été choisi pour mon physique avantageux ou sous l'avis de certains de mes amis. J'avais à présent une situation, j'étais riche, et je pouvais consacrer ma vie à rechercher ce docteur qui avait changé ma vie en me disant de la vivre.

Cependant, l'ennui me guettait. Garder une reine qui ne s'autorisait que peu de sorties depuis son veuvage n'est pas si enthousiasmant finalement. Je revins à mes démons, le jeu, la boisson, les rencontres au gré de mon envie. Inutile de dire que j'aurais pu tout perdre, si je n'avais pas à nouveau rencontré cette femme. 


Rhea01  (31.10.2010 à 15:40)

Il montra Gwen qui souriait malicieusement.

- Encore, s'écria Owen.

- Oui, encore, Gwen est l'agent du destin, l'aiguillon qui m'a permis de changer le cours indolent de ma vie. Elle fut à nouveau l'instigatrice à son corps défendant, d'un nouveau changement pour moi.

- Vous me gâtez, Lord Jack, j'en suis toute retournée.

- Mais non, tu es ma divine providence, mon porte-bonheur, sans elle je n'aurais jamais eu le déclic qui m'a poussé à reprendre la maitrise de mon destin. Elle m'a été aussi l'origine de ma bonne fortune.

- Mais comment ? demanda Owen, d'un ton surpris.

" Ce fut le hasard qui me remit sur sa route, je l'ai tout de suite reconnue, si fière, si rebelle. Elle ne m'a évidemment pas reconnu, si différent de l'homme qu'elle avait connu deux ans auparavant. Durant quelques jours, je l'ai observée. Elle vivait de rapine et d'escroquerie. Une fieffée coquine. Je m'aperçus bien vite qu'elle s'occupait de jeunes orphelins, des enfants malheureusement abandonnés dans la rue et qu'elle protégeait de son mieux. Je l'ai suivie de nombreuses fois, sans que ni elle, ni sa suite, ne s'en aperçoive. Je savais où elle logeait, d'où elle régnait sur son petit monde. Pourtant elle n'avait pas l'air heureuse.

La maison qu'elle occupait avait l'air d'une ruine extérieurement, mais l'intérieur était joliment tenu, plus certainement que certaines demeures aristocratiques. Gwen a toujours aimé son confort et savait régenter la petite bande qui vivait à ses côtés. C'était une maison qui abritait cependant toutes sortes de gens. Et en m'y rendant pour confronter ma jeune voleuse et accessoirement récupérer ma montre qui ornait son joli cou depuis qu'elle me l'avait volée. Cette montre me vient de notre ami, chère Rose, tu te souviens, dit-il en lui montrant l'objet dont la chaîne dépassait de sa poche. Je voulais la récupérer de toute force. Bref, j'étais devant cette maison, caché dans un porche, cherchant le courage de venir lui parler, quand j'assistais à un bien étrange ballet. Des hommes qui masquaient leur visage surveillaient avec attention la rue. De ma cachette, j'observais leur comportement qui avait attisé ma curiosité. Je voulus découvrir qui ils étaient et ce qu'ils cachaient ainsi. Il me semblait qu'il s'agissait d'une réunion secrète. Et cela m'intriguait au plus au point. Ce que j'appris fut à l'aune de mon étonnement."

Il marqua une pause oratoire afin de jauger son auditoire. Tous, même Gwen, qui pourtant connaissait cette histoire pour l'avoir vécue, étaient suspendus à ses lèvres, ce qui flattait amplement son égo, pourtant déjà bien conséquent.

Il reprit bientôt.

" Ces hommes se réunissaient dans la maison où vivait Gwen et il complotaient entre eux. Il est notoire que les complots à Londres sont légions, mais ces quinze hommes réunis à ce moment-là avaient de bien sombres projets pour ma reine. Ils projetaient de l'assassiner pour asseoir un successeur malléable sur le trône. La vie de Victoria n'avait plus été menacée depuis son couronnement au rang de Majesté Impériale, comme si cela lui accordait un droit supplémentaire pour exercer sa domination sur le peuple. J'écoutais tout, jetant sur un papier les noms des comploteurs que je connaissais pour les côtoyer dans l'entourage de sa Majesté.

Je notais avec attention tous les préparatifs de leurs projet, faire assassiner la reine par un homme inconnu, présent à la réunion et se partager le pouvoir à sa mort. J'appris également le jour où ils comptaient agir, la date de son cinquantième anniversaire, celui où elle devait obligatoirement apparaître au peuple, et se rendre à la cathédrale Saint-Paul. J'en avais le souffle coupé. Comment des hommes qui lui avaient juré fidélité pouvaient-ils se montrer aussi veules, aussi mesquin envers sa Majesté ?

Le destin m'avait poussé vers Gwen, et permit de découvrir ce complot avant qu'il ne soit trop tard. J'avais quelques jours devant moi pour faire échouer ce complot sordide. Je gravais dans ma mémoire leurs visages réjouis par la perspective de tuer une des femmes les plus extraordinaires de notre siècle. Le salut de la reine reposait sur mes épaules et je connaissais le visage de celui qui allait attenter à sa vie. J'étais seul, je ne pouvais rien faire à ce moment-là, mais je comptais bien informer mon colonel de cela. J'en avais assez appris, je n'avais pas besoin de plus d'informations. Je revins alors sur mes pas, ce fut à ce moment-là que je fus assailli par une armée de petits galopins, ces mêmes gamins que Gwen protégeait. Ils avaient dû me voir lors de mes précédentes investigations car ils m'amenèrent auprès de leur protectrice, pieds et poings liés.

Avez-vous déjà essayé de vous battre contre des gamins des rues ? Je vous le déconseille fortement, car à peine vous vous débarrassez de l'un d'entre eux que trois autres vous sautent dessus. J'arrivais donc aux pieds de leur adorable maîtresse, Gwen Cooper. Je vis qu'elle me reconnut assez facilement une fois face à face. Elle avait l'air à la fois embarrassée et en colère, oui, tout à fait comme aujourd'hui."

La jeune femme fulminait sous les yeux des amis de Jack Harkness, atterrée de voir le Lord raconter ainsi leur rencontre, fort embarrassante, en effet. Jack reprit, l'œil étincelant d'humour.

" Je me tenais face à elle, couvert de meurtrissures et de griffures. C'est qu'ils pouvaient être mauvais, ces gamins perdus, auxquels elle accordait ses soins et je retenais à grand peine mon exaspération. En effet, elle retardait la mission que je m'étais confiée. La conspiration que j'avais découverte allait réussir à supprimer notre reine bien-aimée, si cette jeune fille s'opposait à moi. Pourtant ma mission ne souffrait aucun délai.

Je tentais d'argumenter avec elle, cherchant le point sensible sur lequel appuyer pour qu'elle me relâche. Cependant, je dus certainement me montrer trop entreprenant, car elle me fit jeter à la cave, sans autre forme de procès. Je me retrouvais dans une pièce malpropre, qui ne devait pas avoir connu l'usage du balai depuis le jour de sa construction. J'étais enfermé, à nouveau dépouillé, car elle n'avait pas oublié de me faire les poches et je n'avais aucun espoir de m'en sortir. Je passais dans ce lieu, deux jours et deux nuits pendant lesquels je tentais de m'enfuir, d'amadouer mes geôliers sans succès.

Je manquais d'arguments de toute évidence. Je voyais les heures défiler grâce à un vasistas qui m'offrait un peu de soleil le matin et un souffle glacial la nuit. Je commençais à sentir aussi mauvais que cette cave, affamé, assoiffé et surtout désespéré. En bon soldat, j'avais appris que ma vie ne m'appartenait pas, je l'offrait volontiers à la reine. Mais je désespérais à l'idée qu'elle ne pourrait être sauvée par ma faute.

Je ressassais les mêmes événements, tentant de recréer le fil. Si j'avais pu éviter les gamins, si j'étais parti plus tôt, si j'avais été plus aimable avec Gwen... que de si qui tournaient dans mon pauvre crâne et mettait ma raison à mal.

Epuisé, sale et puant, je n'étais pas en très bonne forme, et cela ne risquait pas de s'arranger si je restais dans ce trou. Il fallait que je tente le tout pour le tout, m'échapper alors qu'ils viendraient pour m'apporter ma maigre pitance. Quelle pitié, lorsqu'on sait avec quel talent Notre Gwen cuisine !

Enfin, il fallait que je sorte par tous les moyens. Ce n'étaient que des gosses, certes, mais ma position était désespérée. Il fallait que je m'évade, tant pis pour ceux qui se trouveraient sur mon chemin. A l'aide d'un morceau de métal trouvé au sol, je me confectionnais une dague, qui allait être mon viatique pour la liberté. Une fois armé, je me cachais non loin de la porte et je hurlais à plein poumon, pas un appel, non, mais un cri déchirant comme si la mort venait me cueillir. J'ai toujours eu un certain talent, mais là, je brûlais les planches. Quelqu'un descendit à toute vitesse et pénétra dans mon antre. C'était un petit gamin, maigre, les cheveux roux échevelés, un peu comme Ewen, là, qui se cache pour entendre ce que j'ai à raconter. Assieds-toi mon garçon près du feu, tu seras mieux que dans les courants d'airs."

Ewen arriva penaud de s'être fait ainsi remarquer. Il s'assit sur les pierres de l'âtre sous le regard grondeur d'Ianto qui le tançait des yeux. Le gamin baissa la tête et Jack put poursuivre.

" Alors que je me croyais prêt à égorger quiconque se mettait en travers de mon chemin, je n'en eus pas le cœur. Il était si petit, si jeune. J'attendis qu'il passe devant moi et l'attrapait dans mes bras, faisant tonner ma voix. Il tremblait de peur, il suait d'angoisse, et gigotait comme un beau diable. Mais je ne le lâchais pas, au contraire, je le calais tout hurlant sous mon bras pour remonter les escaliers. Ses cris attirèrent Miss Cooper qui m'accueillit dans le couloir ouvrant sur l'escalier de la cave. Nous étions seuls, j'avais eu de la chance, elle avait envoyé son escadron à la pêche aux bourses bourgeoises.

J'aurais pu la menacer de faire du mal au garçon, j'aurais pu la menacer de la tuer, mais je ne fis rien de tout cela. Je posais le gamin qui me fit une grimace et fila dans les jupes de sa protectrice.

- je pars, annonçais-je bravement, j'ai autre chose à faire que de jouer à vos jeux et attendre d'y passer. Que tu me voles une fois, passe encore, que tu m'affames, très bien, mais j'ai autre chose de plus important à faire que de crever dans ton cul de basse fosse !

- quoi par exemple ? Notez qu'elle est toujours aussi fière et mal embouchée, même aujourd'hui.

- Eh bien ma présence est nécessaire au palais, près de la reine. Je dois aller la voir.

- la Reine, rien que cela ? se moqua-t-elle, remarquez qu'elle n'a toujours pas perdu cette habitude. Vous n'êtes qu'un vagabond, sans le sou.

- Je suis capitaine de la Garde personnelle de sa Majesté et ma présence est requise chaque jour. Je ne pense pas que mon absence soit passée inaperçue. Ce n'est certainement qu'une question de jours avant que la garde vienne me rechercher ici.

- Tu n'es pourtant pas Écossais pourtant !

- Non, c'est ma valeur qui m'a permis d'occuper ce poste. Grâce à toi en réalité.

- Comment, m'interrogea-t-elle, visiblement démontée.

- La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, j'avais touché le fond, suffisamment pour trouver l'impulsion nécessaire pour remonter à la surface et me créer une vie. Que tu ais été la raison qui m'a redonné gout à la vie, ne te donne pas le droit de me l'ôter. Alors maintenant, je pars et ne t'avise pas de m'en empêcher !

Je dus lui paraître suffisamment sérieux pour qu'elle me laisse partir sans rien dire, mais sans me rendre mes affaires. Je m'en fichais, je devais prévenir la Reine du danger qui la guettait.

Je regagnais ma garnison dans un état indescriptible. Personne ne voulut croire à mon histoire de conspiration, je n'avais rien pour appuyer mes dires. Mon supérieur mit cela sur le compte de la boisson et j'écopais de deux jours de cachot pour être rentré déguenillé. On ne badine pas avec l'honneur de l'uniforme dans la Garde royale. Mon sort fut certes plus doux que dans la cave de Gwen. Néanmoins personne ne croyait à mon histoire et l'heure de l'attentat approchait.

Mon colonel vint lui-même m'assigner la mission de protéger la reine. Mon assurance avait tout de même mis quelques doutes dans sa caboche d'Écossais et il jugea plus prudent de garantir la protection de sa Majesté avec votre serviteur. J'assistais à toute la cérémonie dans un état proche de l'hystérie. Je croyais voir apparaître derrière chaque porte, chaque pilier de la cathédrale St Paul, l'assassin promis, d'autant que nombre des conspirateurs entouraient sa Majesté.

Mais rien, personne ne menaça ma reine qui jugea mon comportement inquiétant. Cela l'amusait cependant, elle m'appréciait beaucoup. Je ne relâchais pas ma garde pour son bien.

Au sortir de la cathédrale, je le vis enfin, menaçant Sa Majesté de la gueule de son arme. Prêt comme jamais, je me jetais au-devant de la balle meurtrière et pris pour elle la balle qui lui eut été fatale. Je m'écroulais sous l'impact, cette douleur, mes amis, fut à peine adoucie par la certitude de l'avoir sauvée. En un clin d'œil, la reine fut emportée par sa fidèle garde. L'assassin qui cherchait à vider son arme sur mon corps pantelant fut maîtrisé par une cohorte de gamins qui le désarmèrent et le laissèrent pour mort sur le parvis vidé par la panique. Je me relevais péniblement et une main secourable vint alléger mon calvaire. Cette petite chipie de Gwen était venue assister à la messe donnée pour le cinquantenaire de la reine et avait permis l'arrestation de l'assassin. Je lui tombais tout sanglant dans les bras et me réveillait que six jours plus tard.

Ne prenez jamais une balle dans la poitrine, c'est un véritable cauchemar pour guérir ! Je vous assure. Mon colonel fut bien embarrassé, car j'avais eu raison finalement. Je mis plusieurs mois à me remettre et je reçus plusieurs fois la visite de la reine dans ma chambre de convalescence. Elle voulait comprendre et je ne savais comment lui expliquer. Je lui racontais tout depuis le début. C'était comme parler à une mère aimante et compréhensive. Elle me promit que je serais récompensé si je pouvais lui prouver mes dires. Il lui fallait des noms, ceux que j'avais notés, ceux que j'avais oubliés dans cette inconscience qui m'avait engluée pendant six jours. Devant mon désarroi, la reine m'embrassa, comme une mère et je me sentis enfin accepté quelque part. Pour elle, je ferais tout.

Une semaine supplémentaire de convalescence plus tard et je partis à la recherche de Gwen Cooper, non plus pour cette montre mais pour les preuves. Impossible cette fois de mettre la main dessus, elle se terrait, avertie par ses gamins que je la recherchais, elle m'évitait. J'avais beau dire que je ne lui voulais aucun mal, ma seule présence les faisait fuir. A moins que cela ne tienne à mon uniforme flambant neuf de colonel, un bien jolie promotion dont j'avais envie de lui faire profiter. Mais je ne la trouvais nulle part. Elle sait se faire discrète quand elle le souhaite. J'ai cru qu'elle avait quitté la ville. Je laissais donc de l'argent aux gamins et un message pour elle. Qu'elle me contacte quand elle serait de retour, car j'avais encore besoin de ses services.

Elle n'avait pas quitté la ville, cependant. Car lorsque je rentrais au bercail, elle m'apparut au détour d'une ruelle et m'accompagna jusqu'à chez moi. Elle savait très bien ce que je voulais, je savais ce qu'elle pouvait apporter. Elle me tendit le papier qu'elle m'avait dérobé sans un mot. Encore une fois, elle avait un effet positif sur ma vie. Tous les noms des hommes qui trahissaient sa Majesté étaient sur ce papier. Elle aurait pu partir mais elle resta dans mon petit appartement, inspectant le moindre détail, reniflant en découvrant l'état de ma cuisine de célibataire peu soigneux.

- Merci pour ce document, cela va sûrement avoir des répercussions dans les plus hautes sphères du pouvoir.

- De rien, ce fut un plaisir.

- Merci aussi pour avoir appréhendé l'assassin. Je préfère quand tes gamins s'occupent de quelqu'un d'autre que moi. Ils sont redoutables.

- Ce sont des gamins des rues, ils n'ont pas le choix, dit-elle en haussant les épaules, ils doivent se battre pour leur survie.

- Ton accent, tu n'es pas d'ici n'est-ce pas ?

- Je viens de Swansea, à 30 lieues de Cardiff.

- Galloise, cela explique le mauvais caractère.

- Je n'ai pas mauvais caractère se défendit-elle, je suis juste entière, enfin, c'est ce qu'on m'a toujours dit, ça et le fait que je parle trop.

- Pourquoi es-tu revenue, je lui demandais doucement.

- Parce que ce que tu as dit m'a touchée. Je t'ai vraiment aidé ?

- Oui, ma belle, une véritable corde jetée à un noyé. Tu m'as permis deux fois de me remettre en selle. Curieusement, tu as une influence positive sur moi. Comme une sorte de bonne étoile placée sur mon chemin pour l'éclairer, une muse.

- Là, c'est vous qui parlez trop, a-t-elle répondu en refermant la porte de la chambre sur nous.

J'engageais Gwen pour s'occuper de moi et de mon logis. Elle me portait chance et je lui fus utile pour recommencer une vie qui lui conviendrait mieux. C'était un arrangement entre nous qui nous fut à tous les deux profitable ainsi qu'aux orphelins que je pus aider une fois que la reine eut tenu sa promesse.

Je confiais la liste des conspirateurs à Sa Majesté en personne. Elle put alors confronter touts les traîtres à la couronne et les envoyer moisir en prison. Elle s'entoura de nouveaux conseillers et choisit de me récompenser en m'élevant au rang de Lord par faveur royale. Blackwood me fut offert à cette époque avec toutes les richesses correspondantes à mon nouveau rang. Inutile de vous dire que je remerciais chaleureusement la Reine pour cette faveur mirifique dont la raison était restée secrète jusqu'ici.

J'avais un nom, une situation et de quoi largement en profiter. Cette affaire m'a accordé la confiance de la reine et je devins l'homme de la Reine, un poste très envié. Une personne qui porte sa parole dans des missions délicates. Je lui avais raconté mes voyages, plus jeune et elle a aimé mon avis personnel sur certaines questions, opinion que le Docteur m'a aidée à forger. Elle m'a donné alors les pleins pouvoirs pour négocier en son nom.

Je quittais l'armée et entrepris de voyager pour le compte de l'Empire, entraînant Gwen dans mes missions. Je n'avais guère plus de 25 ans et je vécus pleinement au service de sa Majesté. J'ai rencontré à nouveau Owen et proposé à nouveau de devenir mon médecin personnel. Ton coté caustique est l'exact pendant de ma Gwen. Avec vous deux, impossible de me perdre à nouveau dans un dégoût de la vie, dans la solitude. Gwen avait été un choc salutaire. Owen le ciment qui m'a permis de me consolider, Toshiko que j'ai rencontré enfant et ma défunte Estelle, celles qui ont permis à mon cœur de s'ouvrir à d'autres émotions. D'un enfant sans famille, sans nom, je prenais ma revanche.

Vous êtes mes amis, ma famille, celle qui s'est créé autour de moi, celle sans laquelle je n'existerais pas, celle que j'aime. "

- Alors, Maître Jones, as-tu eu le temps d'écrire ma chronique, demanda Jack, après un moment de silence où chacun s'était regardé avec douceur. Jack avait raison, ils formaient réellement une famille, qui malgré ses chamailleries avaient des liens très forts. Ils formaient pour l'extérieur une façade respectable, le lord, sa pupille, son médecin et ses serviteurs. En vivant avec eux depuis quelques semaines, Ianto s'était rendu compte qu'ils étaient bien plus proches les uns des autres que cette façade extérieure le montrait. Ils usaient souvent de familiarités entre eux, même Gwen envers Jack, sans pour autant perdre en respect.

Jack venait de leur raconter une partie infime de sa vie, qu'il supposait dense et complexe, tout comme l'homme qui guettait sa réponse. Ianto acquiesça, continuant de réfléchir. Il lui semblait avoir eu plusieurs vies. Il se mordit les lèvres, désireux de l'interroger sur d'autres épisodes de sa vie, comme son enfance à laquelle il n'avait fait qu'une seule allusion en lui montrant ce daguerréotype avant son accident. Ou bien la manière dont il avait rencontré Owen. Aux regardséchangés, cela lui promettait quelque chose de mémorable. Mais Jack donnait déjà le signe du départ. Il était l'heure d'aller se coucher. Il était à la fois ravi de l'attention que ses compagnons lui avait octroyé et heureux d'avoir éclairci un peu de son passé. Il aimait conserver son mystère, mais quand il les voyait ainsi ouvrir grand les yeux quand il commençait à raconter une histoire, il ne pouvait résister bien longtemps à leur insistance. C'était plus fort que lui, il aimait leur faire plaisir. Et pour cela il était généreux. Chacun rejoignit sa chambre, la soirée avait été édifiante et amusante comme seul Jack pouvait le garantir.

oOoOo

Jones enfin couché, se trouvait épuisé par cette veille instructive, mais il ne pouvait s'empêcher de penser au Lord. Il était un homme sans position au départ qui à force d'ambition et de chance s'était créé une vie. Ils n'étaient pas si différents après tout. Il avait d'ailleurs remarqué que son comportement s'était quelque peu assagi dernièrement. L'épisode du baiser volé brillait encore dans sa mémoire avec acuité. Mais Jack Harkness adoptait depuis peu un comportement vertueux. Il avait promis de ne plus le toucher sans sa permission, se rappela-t-il. D'ailleurs, pendant ses semaines de convalescence, Ianto avait remarqué que si Jack l'entourait d'attentions, toujours prêt à l'aider ou le distraire, il ne l'approchait plus avec la même facilité. Il mettait de la distance entre eux et le jeune homme en concevait un curieux sentiment, comme si cela lui manquait.

Pourtant dès que le lord trouvait un public, l'homme qu'il avait appris à connaître, réapparaissait plein de gouaille, de séduction et d'impertinence. Cette facette de lui lui faisait moins peur désormais. Il avait appris à l'apprécier finalement, au point où vivre sans lui lui semblerait terne et sans saveur, comme un plat auquel il manque l'assaisonnement. Il s'endormit bientôt, la tête pleines d'images d'un Jack jeune et fringuant à la recherche de Gwen dans les rues de Londres.

Jack, quant à lui, eut plus de difficultés à s'endormir. Lui aussi repensait à son histoire et ce qu'il avait voulu transmettre à travers celle-ci. Il avait voulu signifier que les gens qu'il acceptait auprès de lui, devenaient des membres de sa famille. Il avait voulu faire comprendre à Ianto Jones qu'il était un membre de sa famille désormais. Bon Dieu, il avait vu couler son sang, vu sa douleur, subi sa colère. Il pensait bien trop à lui en ce moment. Il s'attachait un peu trop à cet homme pour son bien. Il se resservit un dernier verre de brandy. Le sommeil le fuyait comme toujours, alors qu'il pensait – encore – à son secrétaire particulier, comme si le manque alors qu'il était si proche, le lui rendait plus précieux. Il descendit finalement dans son bureau. Il avait un courrier à terminer avant de l'envoyer demain par la diligence.

Il s'endormit finalement dans cette pièce, les pieds sur le bureau, le corps à l'aise dans son fauteuil de cuir attendant le lever du jour. Celui-ci lui apporterait à nouveau la présence de Jones à ses côtés, présence qui lui devenait de plus en plus nécessaire, vitale même. A croire qu'il en était épris, chose qu'il n'avait pas ressentie depuis des années, des siècles presque. Les passions les plus flamboyantes ont toujours une fin cependant, et il avait peur que cette amitié naissante entre eux ne s'étiole dans le temps.

Fin de la partie deux.

A suivre...


Rhea01  (31.10.2010 à 16:02)

Partie Trois

Chapitre Un : où Jack retrouve des amis...

 

Les toits de Westminster étaient gris dans le petit matin brumeux, jaunâtre de fog, de fumées de charbon et de mauvais réveil. Ianto regardait par la fenêtre de l'hôtel particulier de Lord Harkness. Il était de retour dans la capitale, là où il avait vécu presque quinze ans. Cela lui rappelait à la fois de bons et de mauvais souvenirs. Ses parents n'étaient pas très loin, il pouvait sans doute se fendre d'une petite visite. Cela risquerait cependant de tourner à l'interrogatoire. Où travaillait-il ? Avec qui ? Mangeait-il à sa faim? Il imaginait très bien sa mère et sa sœur lui tourner autour afin de tout connaître de sa nouvelle vie à Blackwood.

La cicatrice fraîche à son front les affolerait sûrement alors que son père aurait nécessairement un reniflement sardonique en le regardant. Il avait un peu changé depuis son départ, il s'était étoffé au grand air de Blackwood, ce qui avait nécessité un changement de garde-robe. Ce serait sans doute cela qui gênerait le plus son père. Le fait que son fils ait eu besoin des services d'un autre tailleur devrait le chagriner à défaut de s'intéresser à sa santé. Finalement, il devrait certainement leur rendre une petite visite.

Travailler au manoir lui avait fait le plus grand bien, il avait repris des forces après son accident dont il paraissait bien remis. Après sa convalescence, il avait repris son service auprès de Steven et des autres enfants, ajoutant de longues promenades dans la lande pour reprendre des forces. Il passa la main sur la marque qui lui resterait toujours de cet accident. Elle était rose, encore sensible, courant du côté extérieur du front jusqu'au sourcil droit. Sa tête lui faisait encore mal de temps en temps mais cela restait supportable.

Ils étaient arrivés au cours de la nuit après avoir voyagé quatre jours. Cela lui rappelait son précédent voyage aller, qui s'était déroulé sous des aspects bien moins riants. Ils avaient fait le trajet de Blackwood à Londres en calèche afin d'assister à la clôture parlementaire. C'était une obligation pour le Lord de paraître à la dernière session des Chambres réunies devant la Reine. Celle-ci ne se montrait guère à présent et Ianto se félicitait de pouvoir assister à cette cérémonie et apercevoir sa souveraine.

Lord Jack n'avait cessé de parader durant tout le voyage pendant lesquels ils s'étaient arrêté dans de meilleures auberges que celles qui l'avait accueilli durant son précédant voyage. Ianto avait apprécié à juste titre de ne pas traverser à nouveau le bras de mer. Cela lui avait évité d'être malade comme un chien en face du Lord. La calèche qui les avait emmenés était bien plus confortable que les diligences qu'il avait empruntées trois mois seulement auparavant. Cela faisait déjà un trimestre qu'il était au service de Jack Harkness et il s'était tant habitué au manoir et ses habitants que cela lui paraissait faire plus longtemps, presque des années.

Il trouvait à Blackwood suffisamment pour son bonheur, des occupations nombreuses et une compagnie des plus agréables. Ses yeux se posèrent sur le Lord qui se reposait dans une bergère tendue de velours bleu. Comme lui, il ressentait les effets du voyage et de la courte nuit. Ils étaient arrivés durant la nuit et Rhys avait bien gagné son repos après avoir conduit pendant le voyage. Le lord devait se rendre à dix heures du matin à la session parlementaire et son réveil semblait avoir été difficile. Cela se voyait aux cernes bistres sous ses yeux, son teint quelque peu chiffonné et les bâillements dont il ponctuait sa lecture. Ewen qui les avait accompagné également venait de leur apporter café, viennoiserie fraîchement préparées par la femme de charge et le courrier.

Ianto avait ouvert toutes les lettres sauf l'une d'elle, parfumée et au liseré rouge qui Jack lui avait arraché des mains, un poulet qu'il dévorait maintenant des yeux.

Jones se resservit un café, c'était un breuvage qui lui plaisait beaucoup et s'attela à sa tâche, lire tout le courrier. Il y avait quantité d'invitations qui dataient de la saison dernière. Il fallait qu'il rédige des excuses pour l'absence du lord. Il les mit de côté, et les nouvelles plus fraîches de l'autre. Adam Smith avait envoyé un courrier les invitant à venir lui rendre visite, il avait des informations à leur faire partager sur Lady Harkness.

- Ianto, est-ce intéressant ? demanda le Lord en remarquant ses sourcils froncés par la lecture.

- Adam nous demande de venir le voir pour nous faire part des conclusions de son enquête. Il a poussé très loin ses investigations, répondit le jeune homme en relevant la tête de son tas de courrier, dois-je lui répondre que cela est possible demain ?

- Non, aujourd'hui, je veux savoir ce qu'il a trouvé sur Suzie le plus tôt possible. Nous n'allons pas passer plus de temps que nécessaire à Londres de toute manière. Le mariage de Toshiko approche et j'aimerais assister aux derniers préparatifs.

- Très bien, je lui fais parvenir un message par Ewen, à quelle heure souhaitez-vous lui rendre visite ?

- Disons 16 h, non, 17h, l'heure du thé.

- Bien, Sir. Dois-je faire préparer la calèche pour le parlement ?

- Allons, nous avons encore quelques minutes, sers-moi encore un café, avant que tu ne boives tout.

- Veuillez m'excuser, dit le jeune homme contrit, avant de lui servir la dernière tasse. Il est excellent.

- Surtout revigorant, idéal pour tenir tout le long de cette journée que je sens bien laborieuse. Tu m'accompagnes, mais tu resteras dans l'antichambre. A moins que tu ne préfères surveiller les débats du haut du poulailler.

- Le public a le droit de voir les délibérations ? demanda Ianto en haussant un sourcil d'un mouvement étudié que Jack trouva séduisant.

- Uniquement les plus importantes, comme la reine sera présente, j'imagine que le poulailler sera plein. Un peu comme l'opéra. D'ailleurs...

- Oui, Monsieur ?

- J'espère que tu as pensé à réserver ma loge. Ce serait dommage de manquer La Bohème à cause d'un oubli.

- j'ai fait le nécessaire, Monsieur, dit-il en lui souriant, sans doute la première chose à laquelle j'ai pensé en arrivant à Londres. C'est une chance que vous ayez une loge à votre nom.

- Privilège de rang, mon cher Ianto, rien de plus. Très bien, demande la calèche, nous partons.

Le Lord glissa la lettre qu'il venait de terminer de lire dans sa poche. Il avait convenu lorsque le jeune homme avait pris ses fonctions que les courriers qui paraissaient ostensiblement personnels devaient lui revenir sans avoir été ouvert. Jack avait argué, en plaisantant à demi que cela lui éviterait d'être blessé lorsqu'une dame se ferait trop entreprenante. La personne qui lui avait envoyé cette lettre n'avait pas lésiné sur le parfum qui embaumait toute la pièce, ce qui ne laissait pas le jeune homme indifférent. Jack avait noté le sourcil levé, interrogateur mais il ne lui avait pas laissé lire. Ce genre de courrier n'était absolument pas pour ses yeux. Même s'il avait confiance en ce jeune homme, il désirait conserver quelques mystères sur les relations qu'il entretenait avec cette personne. Il trouvait amusant la moue qu'il avait eu en ouvrant le poulet, cela valait tous les commentaires.

Ianto lui tendit son manteau et l'aida à l'enfiler comme le ferait le plus stylé des majordomes. Jack le remercia d'un clin d'œil et ils furent partis.

 


Rhea01  (08.11.2010 à 22:48)

La traversée de Londres encombrée de véhicules fut difficile comme souvent à cette époque de l'année. Elle fut surtout longue et irritante pour le pauvre Ianto qui dut supporter la mauvaise foi de Jack, clamant qu'ils auraient dû partir plus tôt. Il ne savait pas si le lord agissait ainsi pour se plaindre réellement ou pour l'énerver. La seconde hypothèse fonctionnait parfaitement, car à la septième allusion de ce type, il explosa soudain.

- êtes-vous un enfant pour vous plaindre ainsi ? Nous aurions dû partir en avance de toute évidence ! Mais vous étiez à lire votre courrier, n'estimant pas l'heure aussi tardive. Ne vous en prenez qu'à vous-même !

- Jaloux, Ianto ? Que je reçoive un courrier m'invitant à un rendez-vous auquel tu n'es pas convié.

- je n'en ai cure, rétorqua le jeune homme bougon, je ne savais même pas que vous aviez rendez-vous avec l'expéditrice de ce poulet.

Il reposa son dos contre la banquette, ses yeux se perdirent dans la confusion de la rue animée.

- Ah quel dommage, murmura Jack, je croyais que tu avais de l'intérêt pour moi.

- Non pas le moindre, vous avez le droit d'avoir toutes les activités que vous souhaitez.

- oh, j'ai ton aval, je n'en demandais pas tant, fit Jack d'une voix moqueuse. Enfin, cesse de faire cette tête, ajouta-t-il en venant s'assoir auprès de lui, le prenant par les épaules et le secouant amicalement. Nous sommes à Londres, souris ! C'est autre chose que Blackwood ou Abergavenny malgré tous leurs charmes.

- Je préfère le manoir, c'est tellement plus calme.

- J'en suis sûr, mais moi, j'aime cette cité, à chaque fois que je reviens ici, j'ai l'impression de rajeunir. C'est ici que j'ai passé de nombreuses années, plutôt intéressantes. N'as-tu pas de souvenirs agréables liés à cette ville ? Ta famille est ici, n'est-ce pas ?

- oui, fit Ianto en baissant la tête et incapable de lui dire qu'une sourde inquiétude montait en lui.

La dernière fois qu'il avait arpenté ces rues, il était retourné chez son père, ployant sous l'opprobre et le jugement que la société pesait sur lui, un professeur qui avait séduit sa jeune élève et avait tenté de l'enlever. Autant dire qu'il n'appréciait pas  particulièrement de se retrouver dans cette cité aussi magnifique qu'elle soit. Il ferma les yeux, ferma son cœur à ses souvenirs encore trop vifs et releva la tête.

- J'irais voir mes parents cette semaine, sans doute pendant que vous serez occupé par votre rendez-vous. Je ne serais pas absent trop longtemps, seulement le temps d'échanger des nouvelles.

- bien sûr, bien sûr, dit Jack allègrement, tu as le droit de les voir. De plus cela fait presque trois mois que tu ne les as pas vu.

Ianto fut surpris, le Lord faisait souvent preuve de légèreté vis à vis du temps qui passe. Il souffrait d'une singulière difficulté à tout ce qui touchait des dates, des périodes de temps écoulés. Jones le soupçonnait d'être un peu trop sensible à propos de son âge. Pourtant pour un homme d'une quarantaine d'années, il était en pleine santé, peut-être plus vif et plus beau qu'un jeune homme, enrichi par l'expérience. Il avait la ligne svelte de sa jeunesse, étoffée de muscles qui faisaient pâmer demoiselles et gandins. Ses cheveux clairs, drus n'étaient pas encore touchés par la neige de l'âge et ses yeux étaient magnifiquement soulignés de rides d'expressions. En un mot, il était à l'apogée de sa beauté, altier et intouché, un apollon au milieu d'une foule de médiocres.

Ils arrivèrent enfin au Parlement, surplombé par la tour où une cloche grave sonnait dix heures. Le parvis drainait une armada d'habits noirs, les lords de la chambre se rassemblaient pour assister à la clôture bicamérale en présence de la reine. Ianto et Jack se séparèrent. Jack rejoignit ses pairs pour pénétrer dans la vaste pièce au décorum tout victorien. Ianto monta dans les mezzanines, se préparant à assister à toute la cérémonie.

Il y avait foule sous les hauts plafonds couverts de frises magnifiques, sous-tachées d'or. Filles, épouses et amis des lords qui se rassemblaient en dessous se mêlaient difficilement au peuple, ordonnant aux domestiques de pousser le menu fretin afin de se ménager une vue dégagée sur la salle.

Ianto se glissa discrètement derrière un pilastre. Il discerna aisément Jack Harkness, le seul à porter un habit bleu au milieu d'une mer d'hommes habillés du noir traditionnel des lords. De même, il portait ses cheveux naturels, suscitant la jalousie et l'envie de ceux qui devaient supporter le port si torride de la perruque.

Il sourit et lui adressa un signe amical, cependant perdu comme il l'était parmi la foule, il se doutait qu'il ne le voyait pas. Il observa toute la mise en place de la cérémonie de clôture de la session parlementaire. C'était intéressant de voir le gouvernement à l'œuvre. Il reconnut ça et là les personnages les plus influents du royaume depuis le conseiller personnel de la Reine, Harold Saxon au premier Ministre, Lord Salisbury, qui occupait cette charge depuis 1895. Ianto Jones voyait comme dans un étang clair les bancs des lords qui s'approchaient les uns des autres comme portés par des courants invisibles. C'était un spectacle apaisant finalement que la chose de l'Etat.

Il entendit subitement une voix claire derrière lui, qui le figea.

- Ianto Jones ? Que dis-tu, ma mère ? C'est impossible, ici à Londres ?

Il reconnut la voix de Lisa Hallet, son cœur fit un bond dans sa poitrine, soudain oppressé par la présence de la jeune fille qu'il avait tant aimé.

- Oui, ma fille. Enfin, il n'a aucune honte à revenir ici après ce qu'il a fait !

- Ah ma mère, il y a des gens malheureusement qui ne souffrent pas de la honte. A sa place, je me serais cachée dans le trou le plus profond que j'aurais pu trouver et j'aurais prié Dieu pour qu'on ne me retrouve jamais. J'espère qu'il ne viendra plus me solliciter. J'en mourrais de honte.

- Oubliez-le, ma chère Lisa, dit une voix masculine, nasillarde dans le dos figé de Ianto qui se cramponnait à la rambarde d'une main blanche.

Il le semblait que le sang avait quitté son visage pour trouver refuge autour de son cœur qui crevait de répondre. Sa tête lui battait, il sentait qu'il allait se trouver mal. Il se força à respirer lentement pour retrouver l'emprise de lui-même. Il se calma et reprit peu à peu pied dans la réalité. Les paroles de l'homme qui lui parvenaient étouffées redevinrent claires, à son grand désarroi.

- ... ce n'est qu'un rat ! Oubliez-le, ma chère. Il n'a plus aucune importance.

- Comment ose-t-il revenir ici ? tonna Mrs Hallet de sa voix ample, qui attira l'attention sur eux. Après tout ce qu'il a fait, après tout ce que nous avons fait pour lui, cette pauvre Lisa a été bouleversé par ce scandale. Nous aurions dû appeler la police pour l'emporter. Nous avons toujours été bons pour lui. Et voyez comme il nous remercie ? Il revient ici comme si de rien n'était. Quel toupet !

Ianto sembla reprendre vie, les reproches injustes lui faisaient mal. Il se retourna vers eux pour les affronter. Mais il s'aperçut qu'ils dédaignait le regarder, s'exprimant fort cependant pour qu'il entende leurs paroles mortifiantes. Ils parlaient de lui sans même lui décocher un regard comme s'il n'était qu'un meuble gênant. Il ravala sa colère, il ne voulait pas faire un esclandre. Sa situation était déjà suffisamment compromise. Il s'appuya contre le pilastre et détailla la jeune fille pour laquelle son cœur s'était enflammé. Les qualités dont il l'avait dotée disparaissaient sous les défauts qui lui devenaient soudain apparents.

Avait-elle toujours eu ce menton fier, cette bouche sèche qui se plissait à l'instar de sa mère, ce front à la ressemblance de son père ? Il ne trouvait plus dans sa contemplation de ses traits la beauté qui l'avait tant ébloui. Il voyait la sécheresse de son cœur. Sa volonté cruelle apparaissait dans la manière dont elle poussait son menton en avant. Elle jetait des regards énamourés à un homme fait, plus âgé qu'elle, la prochaine victime sans doute de son charme délétère.

Il soupira et se retourna à nouveau pour suivre la cérémonie, la Reine venait d'entrer et chacun se leva pour la saluer. Son conseiller personnel l'accueillit et l'emmena vers son trône d'où elle commença son discours de clôture.

Ianto observait ce monde qui vivait une des heures essentielles à la bonne marche du royaume, le respect des traditions plus que centenaires. Ses yeux bien malgré lui s'était attaché à une personne qui paraissait s'ennuyer férocement. Il ignora que quelqu'un d'autre que les Hallet l'avait remarqué et grimaçait dans l'ombre.

 


Rhea01  (08.11.2010 à 22:56)

oOoOo

Jack subissait le discours de la reine avec l'impression que cette torture n'en finirait jamais. Il était présent mais ses pensées étaient attirées par la lettre qu'il avait décachetée ce matin. La personne qui lui avait envoyée ce poulet lui promettait un rendez-vous qu'elle promettait édifiant. Il était impatient que sa corvée s'achevât enfin pour retrouver son cocon familier. Il aimait Londres et son animation sans cesse renouvelée, mais ce supplice n'en finissait pas. Les prérogatives de son rang s'accordaient à ce pensum qu'il détestait de plus en plus. Il ne pouvait y échapper. Il n'aimait guère ses pairs qui le lui rendaient bien, le jugeant trop différent d'eux-mêmes. Cela provenait autant de sa basse extraction que d'une différence d'opinions qui, à chaque  rencontre accentuait un fossé entre eux. La Reine lui témoignait toujours autant d'affection, cela était sans doute la seule raison pour laquelle il acceptait de se soumettre à cette activité.

Elle l'avait salué de la main à son arrivée. Ce simple geste lui avait attiré une fois encore une foule de thuriféraires dont il aurait certainement difficulté à se défaire. Bah, il comptait de toute manière profiter des derniers jours de la saison, ceux-ci l'inviteront  pour s'attirer ses bonnes grâces et par lui, celle de la Reine. Cette dernière déclama son traditionnel discours qui permettait à chacun de savourer la satisfaction d'un travail bien fait. Bien évidemment pour nombre d'entre eux, et Jack le premier, il n'y avait pas eu beaucoup de travaux de réaliser, seulement quelques lois déjà discutées dans la Chambre des Elus à valider ou rejeter. Le principe était simple et fonctionnait depuis un certain nombre d'années.

A treize heure, le signal du départ fut donné, Jack était heureux que cette cérémonie se soit bien déroulée, partageant son soulagement avec quelques uns des moins rébarbatifs de ses camarades. Tous, heureusement, n'étaient pas des Lords de pure souche, au caractère formaté par des siècles d'éducation parfaite. Certains de ses collègues étaient de charmants compagnons. Ils étaient plus des poètes ou des artistes que des hommes de loi et leur compagnie était réjouissante.

D'ailleurs, il reçut des mains d'un valet de la Chambre, une invitation à déjeuner de Lord Tennyson, le fils du poète Lauréat de la Reine, dont Jack avait aimé le recueil de poème In memoriam. Cet homme mûr était un ami dont la table était bonne et la compagnie toujours relevée. Il accepta, puis regarda dans les loggias, espérant faire comprendre à Ianto Jones de le retrouver. Mais à cause de la foule amassée en haut, il ne le vit pas. Il passa les larges portes de bois ouvragé de la chambre aux côtés de Lord Tennyson et de ses amis auxquels il comptait offrir le repas.

Jack était ravi de la compagnie. Il retrouvait le jeune John Hart qu'il avait rencontré quelques années auparavant dans un diner de ce type. Il était le fils d'un armateur anobli, qui pour plaire à son enfant armait un vaisseau pour l'exploration des Iles des Galápagos, chères à Darwin, sans cesse remise à plus tard. Lorsque Jack lui avait révélé que son médecin, Owen Harper, avait été son élève, Hart s'attacha immédiatement à ses pas.

Ils avaient eu une liaison épisodique qui avait laissé place peu à peu à une sorte de rivalité amoureuse. Cela les amenait souvent à se mesurer l'un à l'autre dans le noble sport de la conquête. L'un et l'autre croyaient en être le vainqueur et chacune de leur rencontre leur permettait de renouer avec cette compétition. Ses cheveux bruns, frisés comme la laine d'un agneau, presque aussi doux appelait la caresse, son visage chafouin, souriant exprimait le plaisir qu'il avait de retrouver Jack Harkness. Il ôta son manteau noir sous lequel éclatait le rouge d'une veste ajustée qui rendait grâce à sa minceur et sa jeunesse. Il avait tout d'un dandy évanescent, se riant de tout pour arriver à ses fins.

oOoOo

Ianto redescendit des loggias, mécontent de sa rencontre avec les Hallets qui le replongeait dans un épisode de sa vie achevé. Cependant avoir vu Lisa venait de lui apprendre que ses sentiments envers elle n'avaient plus la même acuité. Il avait changé, muri sans doute. Lisa ne lui inspirait plus la même tendresse. Un autre qu'elle emplissait ses pensées, il était tout dévoué à son maître maintenant. Il apprenait de plus en plus à apprécier cet homme qui attirait tous les regards par sa seule présence.

Cela ne tenait pas seulement à sa beauté éclatante qu'il ne pouvait nier, mais à ce charisme qui l'auréolait comme un voile de séduction. Cela tenait aussi à sa conversation, cet homme était un conteur-né, qui adorait captiver son auditoire, le tenir suspendu à ses lèvres comme un sortilège. C'était aussi un homme complexe qui était aussi capable de jouer comme un enfant avec son fils que de parler science avec Owen et Toshiko ou de lancer une plaisanterie. Il aimait la chair et ne s'en cachait pas, il aimait la liberté que sa vie lui apportait et cela se voyait.

Jones n'était pas idiot, il savait que le Lord s'était entiché de lui, l'entourant d'attentions, de regards, d'allusions. Seulement… seulement, il ne pensait pas être capable de le toucher comme il le désirait. Cela lui était encore trop difficile mais il sentait peu à peu fondre la gangue de glace dans laquelle il avait enfermé son cœur au contact de Jack. Il passa ses doigts sur ses lèvres, en un geste qu'il avait répété si souvent de manière inconsciente. Son baiser lui brûlait encore les lèvres par l'étrange douceur qui enserrait son cœur. Il arriva enfin aux portes de la salle de cérémonie qui s'ouvrait sous la poussée d'une foule affamée de Lords. Il croisa les bras et se prépara à attendre son maitre, le dos contre le mur, dans une attitude nonchalante.

Son regard fut immédiatement attiré par Jack Harkness au sourire irradiant de charme. Il était entouré de trois hommes qui devisaient avec lui. Il alla à leur rencontre, un sourire entier sur les lèvres qui se figea en rencontrant le visage d'un homme qu'il aurait préféré effacer de sa mémoire. Son sourire s'évanouit et il serra la main de cet homme qu'il exécrait par-dessus tout.

oOoOo

Jack accompagné de ses relations eut la joie de voir Jones se diriger vers eux, un sourire éclatant qui se transforma en une expression égarée, fugace avant de prendre un masque d'impassibilité que Jack commençait à abhorrer, l'empêchant de lire ses pensées. Il les salua sans rien dire. Il trouvait qu'il avait tout du ciel londonien, aussi prompt à changer. A tel point que les habitants, habitués avaient un proverbe « si cela ne vous convient pas, attendez une minute ». Jack lui présenta ses compagnons, Ianto leur serra la main avec politesse. John Hart se para d'un sourire qui fit frémir Harkness par ce qu'il sous-entendait. Ils échangèrent un regard avec lequel il lui fit comprendre de ne pas tenter de séduire son précepteur. John éclata d'un rire puissant et prit Ianto sous le bras, l'entraînant vers la sortie. Tennyson, Harkness et Lord Schalke, qui se joignait à eux les suivirent. Jack ne parvint pas à comprendre ce que son rival murmurait à l'oreille basse d'Ianto dont le dos raide tentait de se détacher du corps de Hart qui se serrait contre lui.

L'attelage de Tennyson les attendait et ils s'entassèrent gentiment dans l'habitacle. Tennyson devisait avec allégresse, salivant d'avance sur le repas que lui concoctait son maître-queue renommé. Le plaisir naissait de l'anticipation, disait-il enjoué. Il savait qu'il allait régaler ses convives, commençant à décrire les mets qu'il attendait avec impatience et délectation. John Hart était assis auprès de Jack et couvait d'un regard intense Ianto Jones, coincé entre l'abondante bedaine de Tennyson et le corps sec et osseux de Schalke. Il tentait de se faire le plus petit possible pour ne pas déranger les deux éminents Lords. Il baissait le regard sur ses genoux, incapable de soutenir le regard bouillant de Hart.

Harkness jacassait, tentant de divertir ses amis et d'attirer le regard de John sur lui. Il n'aimait pas le regard affamé qu'il posait sur le pauvre jeune homme, un masque de prédateur. Il lui semblait que John avait découvert l'intérêt qu'il portait au bibliothécaire et que leur compétition se réveillait. Cela avait toujours été ainsi entre eux. John voulait ce que Jack possédait en amour. Il se mordit les lèvres, cette fois, il semblait qu'il désirait ce qu'il n'avait pas encore.

Il regarda Ianto, celui-ci était sombre, son visage était crispé, ses mains blanches serrées l'une contre l'autre entre ses genoux, comme pour les empêcher de trembler. Jack ne comprenait pas ce qu'il avait, il n'arrivait pas à capter son regard qu'il tenait obstinément baissé. Jack soupira intérieurement. Tout à sa joie de retrouver Londres, il en oubliait que le jeune homme était encore convalescent. Sans doute que l'atmosphère de la ville lui était pénible. Il se demanda s'il avait eu raison de l'entraîner ici. Ianto devait certainement être embarrassé par les regards sans équivoque de Hart. Se retrouver entre deux hommes de leurs conditions qui ne cachaient en rien leurs inclinaison devait certainement le troubler. Bien sûr, il devait avoir l'habitude maintenant avec lui-même, mais la présence de Hart pouvait être embarrassante. Il se morigéna de l'avoir mis dans cette situation aux prises avec un tel séducteur.

Ils arrivèrent enfin à la maison de ville de Tennyson dont les grilles ouvragées les attendaient ainsi que les voitures d'invités. Il semblait y avoir beaucoup de convives pour un repas intime. Tennyson avait la même manie que son père, il aimait s'entourer de monde, de jeunesse. En sa qualité d'hôte accueillant, il ne manquait jamais de compagnie distrayante. Son épouse vint leur souhaitait souhaiter la bienvenue sur le perron, aussi rubiconde et arrondie que son mari. Elle était joviale avec la retenue correspondant à sa position. Tennyson les entraîna vers la salle à manger où des plats et cinq nouvelles têtes les attendaient. Mrs Tennyson les fit asseoir autour de la table, intercalant comme cela se fait dans les hautes sphères un homme et une femme. Ianto en sa qualité de secrétaire fut remisé en bout de table. La fille de Tennyson s'assit auprès d'Hart qui lui jeta un regard incendiaire qui la fit rougir jusqu'au bout de ses nattes enfantines.

Jack était en galante compagnie, mais son regard cherchait à percer le mystère de son secrétaire qui ne desserrait pas les dents. Cela l'agaçait. Il tenta de se détendre et de profiter du repas délicieux qui leur était servi. Mais le visage renfermé de Ianto le troublait. Qu'avait-il donc ? Serait-ce sa blessure qui le faisait souffrir ? Il ne se plaignait jamais, Owen avait souvent râlé car il ne disait jamais ce qu'il ressentait. Un véritable oursin, à l'image de ceux proposé en entrée, qui tentait de ne rien exprimer. Jack était souvent d'accord avec son médecin. Jones était une tête de mule, opiniâtre, dur à la tache, mais il commençait à pouvoir lire sur son visage. Et ce qu'il y lisait ne lui plaisait guère, un intense dégoût et une lueur de panique dès que ses yeux se posaient sur Hart. Ils paraissaient se connaître et cela lui déplaisait.

Le repas se passa dans une joyeuse atmosphère, John Hart rivalisait d'adresse avec Jack pour amuser leurs hôtes. Après les oursins à la mode, le cuisinier leur offrit des croquants de poisson à la grecque, une sorte de friture de poisson plus noble que celle servie dans les tavernes du port qui offrit à Hart de quoi brocarder son hôte. Le plat de poisson fut suivi d'une selle d'agneau au thym frais avec des petites pommes de terre que tous trouvèrent succulentes.

Les fromages furent à l'envi, avant que le maître-queux pénètre dans l'arène pour apporter lui-même le dessert, un magnifique fraisier qu'il découpa avec habileté pour servir chacun des invités. Le silence se fit pour respecter l'onctuosité de la merveille. En quelques minutes, ce fut terminé, la componction de bon ton ne résista pas à la gourmandise qui brillait dans leurs yeux. Le cuisinier se régala de cette réaction qui lui était la plus douce des récompenses. Les chaises s'écartèrent de la table alors que chacun digérait le repas qui les avait comblé d'aise. A son habitude, Lord Tennyson déclama quelques vers de son père.

"...Les ruisseaux vont cesser de couler

le vent cessera de souffler

les nuages cesseront de planer

le cœur cessera de battre car tout meurt un jour..."

Un silence embarrassé s'abattit sur l'assemblée, Ianto Jones baissa la tête d'un air sinistre. Le poème évoquait trop bien les sentiments qui s'agitaient en lui à ce moment-là. La voix de l'hôtesse retentit joyeusement.

- Bien, si ces messieurs veulent prendre un café, cela sera servi au fumoir. Enfin, une fois que mon époux aura terminé de déclamer les œuvres de son père.

- Mon amie, vous savez que ces messieurs aiment la bonne poésie.

- Pourquoi dans ce cas, ne pas écouter quelque chose de plus gai. Dit-elle en souriant. Ces vers sont anciens et peu propice à un repas aussi joyeux.

- Vous avez raison ma mie, mes amis, allons au fumoir, j'ai quelque chose à vous y montrer.

Jack et Schalke suivirent Lord Tennyson qui les emmena vers une pièce, non loin du boudoir où se retira Lady Tennyson, accompagnée des membres féminins de l'assemblée. Dans le tourbillon qui suivit la sortie de table, John Hart attrapa Ianto par le bras et l'entraîna dans une pièce tendue de soie grège qui se révéla être la salle de musique, insonorisée et couvertes de livres dédiés à la musique et à une collection d'instruments anciens et exotiques.
- Enfin seuls, Gueule d'Ange fit Hart, en posant ses mains sur les épaules du jeune homme et ravageant d'un baiser sauvage les lèvres qui se serrèrent.


Rhea01  (08.11.2010 à 23:09)

Partie Trois

Chapitre deux : où Ianto est dans de beaux draps...

 

Ianto se crispa, tendu comme un arc alors que les mains de l'homme glissaient sur son corps. Il était révulsé. Il tenta de s'échapper à l'emprise de Hart, mais il avait une force colossale et était déterminé.

- Gueule d'Ange, si tu savais combien je suis surpris de te voir auprès d'Harkness. Remplis-tu le même ouvrage qu'avec moi ? Ce que ton odeur, ton corps ont pu me manquer. Le savoir entre ses mains... cela me rend fou de jalousie.

Il posa une main sur son entrejambe et exerça des mouvements qui laissèrent le jeune homme de marbre. Il grimaça sous la pression douloureuse. Tout lui revenait en plein face. Jamais il ne pourrait fuir assez loin pour échapper à ce déshonneur, cette relation qu'il abhorrait. Il le tenta de le repousser, l'autre le serra plus fort, moqueur.

- Non, lui dit-il fermement.

- Allons, fais-moi ce que tu fais à Harkness, exigea Hart avec un sourire diabolique.

- Non, je ne lui fais rien.

- Je ne te crois pas, toi si doux, si obéissant, je ne peux croire qu'il ne te touche pas, pas avec les regards dont il te couve.

- Je te le jure. Je ne suis pas comme ça, articula Ianto, plus blanc qu'un revenant.

- Si, car je sais combien tu es doué. Tu te rappelles, le collège... Tu as toujours été brillant dans toutes les matières, même la nuit.

Il le jeta à genoux tout en le maintenant fermement. Il dégrafa son pantalon, saisi par l'urgence de la chair palpitante de son sexe qu'il agita devant le visage de Ianto, qui se détourna écœuré.

- Fais ce que tu sais si bien faire, Gueule d'Ange, dit Hart, lui saisissant le visage de force, tu sais ce que tu dois faire pour me satisfaire. Fais-le ou je révèle tout à Jack. Je n'hésiterais pas, je te le jure... après cela, je ne suis pas sûr qu'il continue à t'employer, tu le sais comme moi.

- Non... gémit Ianto alors que sa résistance s'affaiblissait.

Il le tenait, il l'avait toujours tenu, lié par ce secret qu'ils partageaient.

- Vas-y ! ordonna son tourmenteur, ton entêtement ne fait que m'exciter. Fais-le ou je me mets en colère et tu sais ce que je peux faire quand je suis hors de moi !

Ianto leva une main hésitante avec une grimace de dégoût et toucha son membre. Il était révulsé, il ne voulait pas le satisfaire mais il ne pouvait souffrir que Jack comprenne ce qu'il avait subi, que l'autre lui dise ce qu'il avait fait. Il ouvrit la bouche, frémissant de haine, les yeux pleins de larmes alors que Hart le contemplait avec un sourire concupiscent, savourant à l'avance leurs ébats. Le risque d'être surpris dans cette maison étrangère, avivait les sensations qu'il goûtait puissamment, savourant à l'avance la gâterie qu'il exigeait de Jones.

Une main inconnue frappa à la porte, sauvant Ianto du sort qu'il avait pourtant accepté. John rangea ses attributs à la vitesse de l'éclair et se cacha les jambes derrière un fauteuil à haut dossier. Ianto tremblait, suffoquait presque mais aurait embrassé volontiers celui qui venait d'interrompre cette turpitude.

Il essuya ses larmes d'un revers de manche et se releva à temps pour voir entrer Jack Harkness. Celui-ci s'inquiétait de leur absence et voulait poser une question à son bibliothécaire. Immédiatement, il comprit que quelque chose n'allait pas dans cette pièce. Hart grimaçait d'un air frustré et Ianto paraissait bouleversé, évitant son regard interrogateur. Il ne voulait pas qu'il y lise quelque chose, il en aurait mis sa main à couper. Toute son attitude était étrange, tendue, ambigüe.

- Ianto, Lord Tennyson a besoin de ton expertise pour un ouvrage. Hart, viens également, je sais combien tu aimes fumer.

- mais bien sûr, rien ne vaut un bon cigare, j'en conviens, dit-il d'un air amusé, regardant Jones, qui plaqua un masque figé sur ses traits altérés.

Il frôla le jeune homme en passant, et lui souffla des mots que Jack ne put surprendre " n'oublies pas que tu m'appartiens"

Le Lord le regarda s'éloigner avec la morgue si caractéristique du personnage. Il maîtrisait chacun de ses gestes à la perfection. Ianto semblait s'être transformé en statue de sel. Tout cela lui était insupportable, il ne voulait qu'une chose, sortir de cette pièce qui lui était odieuse, de cette maison, de Londres et oublier Hart. Pourtant il savait qu'il allait nécessairement devoir subir les questions de Jack, la fin de ce difficile après-midi et la suite de leurs obligations avant de pouvoir s'isoler pour lécher ses plaies en paix.

- Ianto, tu es blanc comme un linge, est-ce ta blessure qui te fait souffrir ? Tu me parais malade, demanda Jack avec douceur, ne désirant pas brusquer son gallois plus que de raison.

- non... oui, ma tête me lance, bafouilla-t-il se raccrochant au mensonge pour cacher son désarroi. J'ai froid.

- assieds-toi, je t'en prie, fit Jack plein de commisération et d'inquiétude, l'entraînant doucement vers le fauteuil, nous pouvons rentrer si tu veux, Tennyson ne nous en voudra pas. Tu estimeras son manuscrit un autre jour. D'ailleurs, nous devrions nous éclipser, Adam nous attend.

Ianto acquiesça incapable de s'exprimer.

- très bien, reste ici, je vais présenter mes devoirs à Tennyson et son épouse et nous partons.

Le jeune homme hocha la tête à nouveau, serrant ses mains l'une contre l'autre soulagé qu'il ne l'interroge pas davantage.

Jack se dirigea vers la porte avant de revenir sur ses pas, scrutant son secrétaire défait.

- John est-il un de tes amis ? demanda-t-il à brûle-pourpoint. Ianto esquiva son regard interrogateur. Il a l'air de beaucoup t'apprécier, mais méfie-toi de lui, ce n'est pas un homme à qui on peut faire confiance.

- je le sais, je le connais depuis longtemps, éluda Jones, d'un geste vague. Il me montrait la veste qu'il portait, elle est de la main de mon père. Il me disait qu'ils se languissaient de moi ...

- bien, bien, dit Jack, incapable de le croire pour une raison inconnue, la sécheresse du ton sans doute. Tu as décidé d'aller leur rendre visite de toute manière.

- oui.

La réponse laconique ne satisfit guère le lord qui sortit rapidement, Ianto allait devoir s'expliquer sur sa relation à Hart. Il sentait que sa jalousie s'éveillait quand il le voyait ainsi aussi pensif. John Hart était un adversaire puissant et si le jeune homme avait des sentiments pour lui, il ne savait pas s'il allait pouvoir l'accepter. Il regagna le fumoir présenter ses excuses, le laissant seul.

Ianto ne put rester assis dans cette pièce qui lui paraissait souillée malgré la délicatesse de sa décoration, toute féminine. Elle devait certainement servir aux exercices de la jeune fille de la maison. Il sortit à son tour et gagna le vestibule immense, surchargé d'ornementations prétentieuses. Il n'arrivait pas à reprendre souffle dans cet environnement trop lourd, qui le rendait nauséeux. Il ouvrit précipitamment la porte d'entrée sous le regard interloqué du majordome empesé. Il quitta la maison pour prendre l'air sur le perron.

Le soleil tiède de ce mois de mai londonien qui jouait à cache-cache avec les arbres de la propriété lui réchauffa la peau, mais son cœur resta glacé par la scène humiliante que Hart lui avait imposée. Il sentit cependant se soulever un peu de son amertume en observant le spectacle de la nature en pleine ville. Le vert sombre des arbres du parc lui rappelait les bois de Blackwood où il aimerait se réfugier. La danse langoureuse des feuilles qui semblaient se chuchoter d'étranges secrets apaisa son esprit, lui permettant de recomposer son être défait.

Il descendit du perron pour s'assoir sur l'un des bancs qui offraient leurs dossiers aux promeneurs. Il se sentait mieux à l'extérieur, la nature même maîtrisée par un jardinier expert avait toujours eu cet effet régénérateur, consolateur sur ses nerfs. Il ne pensait plus, concentré par sa contemplation. Il respirait enfin.

 


Rhea01  (13.11.2010 à 16:40)

Des pas crissèrent derrière lui, il ne se retourna pas, supposant son maître venait le retrouver après avoir fait ses adieux à la famille Tennyson. Son ventre se contracta lorsqu'une voix honnie souffla dans son cou et qu'une main ferme se posait sur son épaule.

- Tu es à moi ! Je ne souffrirais pas que tu lui appartiennes. Ce soir, je veux que tu viennes chez moi. 8 h. Tu seras là ou bien je lui dis tout.

- Non... murmura Ianto, déchiré. Tu n'oserais pas ...

- Qui m'en empêchera ? Je te connais Ianto, mieux que toi-même. Tu viendras.

Ianto prit sur lui pour ne pas le frapper. Il savait qu'il irait en prison s'il portait la main sur un fils de Lord. Cependant l'envie si forte dut se lire sur son visage, car Hart éclata de rire en martyrisant son omoplate, pétrissant sa chair.

- Garde cette fougue pour tout à l'heure, tu en auras besoin ! Mon adresse… N'oublie pas, si tu ne veux pas que je dévoile ton sale petit secret, tu viendras.

Ianto arracha son bras de l'emprise de John d'un mouvement brutal et se leva, fourrant la carte qu'il venait de lui donner dans sa poche. Le navigateur sourit narquois.

- Tu as été à moi, tu es toujours à moi, dit-il en emboitant le pas au jeune homme.

Ianto se figea et baissa la tête, continuant sa marche sans voir la direction qu'il prenait. Il ne souhaitait rien tant que s'éloigner de l'homme qu'il haïssait tant.

- Ce soir, 8h, tu viens ou bien ton maître saura tout de toi. Viens et on renouera avec le passé.

Jones déglutit, la menace était claire, il n'hésiterait pas à parler à Jack s'il n'avait pas ce qu'il voulait. Il le connaissait, il était capable de tout. Il se tourna vers lui et le brava du regard. Ce désir qu'il lisait clairement dans son regard, cette volonté de le faire plier sous lui, tout cela le replongea dans des souvenirs humiliants.

Il ravala les larmes qui menaçaient de déborder et lui offrit un visage fier. Il le tenait, certes, mais il ne le supplierait pas. C'était fini ce temps-là, où il l'implorait de changer d'avis. Il se redressa bravement. Ses yeux lançaient des éclairs de haine, si puissants que tout autre que John eût été foudroyé. Il émit un rire moqueur.

- N'oublie pas qui tu es, lui asséna-t-il, ma chose, mon esclave.

Jones baissa à nouveau la tête, murmurant sa réponse la mort dans l'âme, lui assurant qu'il viendrait au rendez-vous qu'il venait de lui signifier d'un ton si dur.

- Tu ne le regretteras pas... Si tu savais ce que tu m'as manqué, Ianto Jones, c'est le ciel qui t'envoie.

- Ou l'enfer...murmura le jeune homme désespéré.

En une seule après-midi il était passé de Charybde en Scylla. Après avoir compris que son amour pour la jeune Lisa Hallet n'était qu'une simple amourette, l'expression d'un cœur avide de tendresse, il retombait sur celui qui avait détourné sa jeunesse.

Il serra les poings, il n'avait qu'une seule envie, celle de le frapper, de lui faire rendre gorge pour tout ce qu'il lui avait fait subir. John éclata de rire en le voyant s'enflammer. Il savait que la menace de tout révéler à Lord Harkness suffirait à le tenir en laisse et de goûter à nouveau à la douceur de sa peau. Son intimité se raidit à nouveau en pensant à ses mains qui s'étaient enfin posé sur lui. Sans l'arrivée de Jack qui cherchait son bibliothécaire, il serait soulagé à cet instant. Mais il se promettait de profiter de la soirée.

Ianto le fusillait du regard, le visage fermé, dur. Il rêverait de l'étrangler, seul le destin d'un assassin ne lui plaisait guère et quant à le provoquer en duel, autant se suicider tout de suite, il n'avait pas le talent nécessaire. Il le tenait, il pouvait le manipuler à sa guise et cela le faisait jubiler, ce pouvoir sur lui était ce qu'il préférait le plus.

Au collège, cela avait été la même pitoyable histoire, il le tenait, il savait que le jeune garçon n'aurait jamais osé se se rebeller contre lui, de peur que tous ses secrets ne soient révélés. Il l'avait tenu sous son joug tout du long, le transformant peu à peu en sa chose. La fin de cette période d'étude avait été une bonne chose pour Ianto, cela l'avait libéré de sa domination. Il avait réappris à vivre pour lui seul après avoir été son esclave si longtemps.

L'annonce du départ du Jeune John pour un périple autour de la terre, sur les traces de Darwin l'avait véritablement soulagé, de tous ses tourmenteurs, John avait été le plus vorace et le moins soumis au qu'en dira-t-on. Les autres se récrieraient si une personne les accusait d'avoir eu un goût quelconque pour les hommes, alors que John s'en glorifiait tout comme Jack Harkness. Mais ils étaient différents. L'un avait besoin d'aimer, l'autre de dominer dans ses relations.

Ianto Jones de plus, était l'employé de son rival, quelle plus belle opportunité que de lui souffler le jeune homme sous les yeux?  Il voyait combien il l'appréciait, il l'avait compris au premier regard. Mais c'était lui, Hart, qui allait gagner, comme toujours. Il posséderait le corps de ce jeune homme, avant Jack. La compétition, s'annonçait féroce et le prix exquis, bien que rétif.

Ianto se mordait les lèvres, il ne voyait pas comment échapper à ce piège qui menaçait de l'engloutir. D'un coté, John qui le menaçait, l'enlaçant de son bras musculeux, de l'autre Jack, qui semblait apprécier sa présence. Ce qu'il aimerait qu'il le délivre de ce chausse-trappe.

- Hart ! jeta une voix qui fit frémir le jeune homme tourmenté par le maelström d'émotions qu'il ressentait. Que lui veux-tu ?

John relâcha l'épaule qu'il malaxait en entendant Harkness s'approcher d'eux, le regard suspicieux et un rien jaloux. Il se campa face à Jones qui baissa le regard sur ses pieds, horriblement gêné.

Harkness venait d'arriver et surprenait un échange de regards courroucés et amusés, qui ne lui dit rien qui vaille. Il connaissait John, il savait que celui-ci pouvait se monter fort désagréable. Il se douta qu'il avait fait des propositions à Ianto, le jeune homme était beau, tout à fait dans ses gout, mince, fin, aux grands yeux clairs et aux cheveux sombres. Il avait toujours privilégié ce genre-là, ne faisant une exception que pour lui. Il sentait tout de même que quelque chose n'allait pas. Une sensation curieuse, une jalousie sous-jacente. Et même si Ianto ne lui appartenait pas, il n'aimait guère ce regard de propriétaire que John dardait sur son précieux secrétaire. Il n'aimait absolument pas cela.

- Rien de plus que toi, Jack, minauda John avec un grand sourire qui fit plisser ses yeux. Tu as toujours eu du goût dans tes conquêtes, celui-ci est véritablement gâté par les charmes dont la Nature a bien voulu le doter. Teint frais, peau lisse, corps joliment tourné. Quel dommage que ce visage sombre ! Un sourire lui siérait tellement mieux.

- John, il suffit ! jeta Harkness, se plantant devant les deux hommes, sourcils froncés, Ianto est mon secrétaire et il ne doit ce poste qu'à ses compétences, pas à son physique.

- Allons, ne me dis pas que tu n'y as pas pensé, dit Hart en sondant le regard de Jack d'un air amusé, connaissant Harkness, il était sûr qu'il nourrissait en son sein des pensées tout aussi équivoques que les siennes.

Jack prit le parti d'en rire afin d'apaiser les tensions naissantes et changea de sujet pour ne pas accabler davantage le jeune homme embarrassé.

- nous partons, dit-il enfin, Lord Tennyson nous prête son attelage pour nous rendre à notre prochain rendez-vous. Je vous salue, Hart, cela faisait trop longtemps que je n'avais eu de tes nouvelles. Il faudra que tu viennes nous rendre visite à l'occasion à Blackwood, toi qui aimes la chasse, tu serais gâté.

- C'est une invitation que je serais ravi d'honorer, je t'assure. En attendant cette réunion amicale, puis-je me joindre à vous pour me rendre en centre-ville ? Un de mes amis doit me rendre visite ce soir et j'aimerais faire quelques emplettes pour faire de cette rencontre un moment inoubliable.

- Bien évidemment, dit Jack en haussant les épaules, levant les yeux au ciel d'un bleu pur, inconscient du regard soudain implorant de Ianto. Allons-y.

 


Rhea01  (13.11.2010 à 16:45)

La calèche se balançait joyeusement sur les pavés de la rue, engendrant un bruit reposant tandis que Jack discutait plaisamment avec John Hart, assis près de Ianto Jones qui observait la foule qui remplissait les artères de la ville, un sang hétéroclite qui brassait toutes les ethnies de l'Empire. Les gens regardaient l'attelage aux armes de Tennyson avec envie.

Le poète, son père, était connu, bien que peu apprécié. Ses élégies trop conventionnelles n'étaient plus au goût du peuple qui lui préférait dorénavant Robert Bridges, dont les bluettes légères avaient le charme de l'Angleterre, exaltant l'amour du pays. Ianto ignorait les deux hommes qui devisaient de leurs relations communes. Il n'osait les regarder de peur que son visage le trahisse. Il n'était pourtant pas si bon acteur. Jack avait compris depuis longtemps que la présence de Hart lui était insupportable. Il affectait trop ostensiblement de ne pas les regarder, de ne pas les écouter.

Serait-il jaloux, se demanda-t-il soudainement, serait-ce possible qu'il se sente négligé alors qu'il discutait, souriait, en un mot flirtait avec son ancien amant ? Voila certainement la raison d'une telle figure ! La jalousie. Jack s'en réjouit et rapprocha son genou de ceux du jeune homme, comme par inadvertance pour découvrir s'il avait raison. S'il lui souriait, il aurait gagné.

Ianto ne tourna même pas la tête vers lui. Il ne se donna même pas la peine de dédaigner l'avance d'un roulement d'yeux que Jack trouvait toujours si délicieusement attrayant. John, les yeux pétillants posa sa main sur la cuisse du jeune homme sous les yeux de Jack, souriant d'un air propriétaire. Ianto sursauta, tourna les yeux vers lui et se renfrogna, repoussant l'invite.

- hum, il me semble que ton charmant secrétaire reste insensible à mon charme, Jack.

- Cela ne m'étonne pas, tu es trop peu subtil. Tu avances comme si tu étais sûr de ton fait, sûr qu'il te tombe dans tes bras. Je peux t'assurer que celui-ci est d'une autre trempe que les gandins que tu côtoies habituellement. Tu as vu comme il repousse mes caresses alors que je suis bien plus séduisant que toi ?

- Cela doit venir de ton âge ! répondit Hart lestement, tu résistes si bien au désastre du temps.

- Mieux que toi avec ce front si large, je ne me souvenais pas que c'était si étendu, fit perfidement Jack, cela doit être une prouesse pour toi de continuer à séduire ! Tu n'es pourtant pas beaucoup plus âgé que Ianto.

John grimaça sous la réflexion, ô combien acide.

- J'aime les défis, répondit-il finalement en haussant les épaules. D'ailleurs, toi aussi, n'est-ce pas ?

- Tu sais que je n'aime pas jouer avec toi.

- Pourquoi pas ?

- Tu triches, s'exclama Harkness, le rire dans la gorge.

- Autant que toi… fit Hart, le renvoyant à certaines joutes entre eux.

- Où veux-tu en venir ? demanda enfin Jack.

- Le premier d'entre nous qui embrasse Jones a gagné !

Le jeune homme qui les avait abandonnés à leurs fadaises, eut un haut-le-corps. Il était l'enjeu d'un pari ! Pourquoi ?

- Non, répondit Jack en croissant les bras, l'œil soudain sévère, Jones n'est pas un prix. C'est à lui de choisir ce qu'il désire ! Laisse-le tranquille !

- Tu n'es pas amusant du tout, Jack, bouda Hart. Tu es devenu bien différent du Harkness que je connaissais. Ta retraite au bout du monde ne te vaut rien.

- Et tu es bien trop semblable à toi-même. Je refuse le pari.

- Oh très bien, très bien, Harkness, dit l'homme bougon. Il frappa trois coups contre le plafond de la calèche.

- Cocher ! Je descends ici. Jeta-t-il alors que l'attelage s'arrêtait. Harkness, Jones, à plus tard. Il me tarde de vous revoir, vous serez moins réticents à jouer la fois prochaine !

- Assez, Hart ! dit Jack d'un ton qui ne souffrait pas de réplique, il me semble que tu as trop bu pendant le repas. Nous nous reverrons plus tard.

- Je l'espère ! Non, je le veux. Cette seule pensée attise mon désir, dit-il en fixant Ianto qui le regardait avec une aversion non dissimulée. Celui-ci comprit immédiatement le sous-entendu.

Il descendit de la calèche et salua avec préciosité les deux hommes. Jones ne répondit pas, ne lui souhaita pas bon après-midi. Il ne sembla se détendre qu'une fois Hart parti. Il n'osait pas penser à ce qu'il aurait à faire dans la soirée. Il s'y refusait. Il esquissa un sourire pâle à Jack qui l'observait d'un air mystérieux.

- Tu m'en veux de t'avoir défendu, n'est-ce pas ? demanda le Lord alors que la calèche reprenait son course au son monotone.

- Je ne comprends pas. J'aurais pu répondre par moi-même.

- Je le pense bien, Ianto, mais si je ne t'ai pas laissé le temps de répondre, c'est parce que je le connais bien. Il n'a pas de scrupule, il aime pousser ses victimes jusque dans leurs derniers retranchements pour les entraîner dans un duel, dont aucun n'est sorti indemne. Il aime cela, écraser par les mots ou l'épée, qu'importe s'il est le vainqueur.

- Je comprends mieux.

- Et puis, j'ai déjà gagné ce pari, dit Jack en se repoussant dans le siège moelleux d'un air suffisant, avant même qu'il ne le formule. C'est ainsi !

Ianto roula des yeux, exactement de la manière qu'il aimait, réagissant à la pique. Harkness ne lui laissait décidément aucun répit.

- Vous ne doutez jamais de rien, n'est-ce pas ?

- Non, pourquoi le devrais-je ? Je suis le vainqueur de toutes nos joutes sur n'importe quel terrain. Il a seulement des difficultés à l'admettre comme tu l'auras remarqué. Entre nous, il y a une certaine rivalité, ce que je veux, il le désire. Il souhaite toujours se montrer meilleur que moi. Mais à ce petit jeu, j'ai une longueur d'avance.

- Le grand âge ? demanda innocemment Ianto souhaitant changer de sujet.

- Ouch ! Jones, ceci est mesquin. Ce n'est pas parce que j'ai presque le double de ton âge que je suis un vieillard croulant sous le poids des années.

- Quel âge avez-vous exactement demanda le jeune homme, personne n'a pu m'éclairer à ce sujet.

- Suffisamment pour avoir l'impression d'avoir vécu plusieurs vies, répondit Jack, les yeux dans le vague.

- J'ai compris cela, bien que vous ne m'ayez toujours pas raconté d'où vous venez exactement. Miss Tyler l'ignore, elle m'a avoué vous avoir rencontré à Londres avec le docteur sans savoir quelle est votre origine.

- Comment Jones ? s'écria Jack, tu poses des questions sur moi, à mes compagnons de longues dates. Veux-tu que je te présente quelques uns de mes amants et maîtresses. Ils pourraient certainement t'éclairer sur mon passé ou mes préférences, avec force détails !

- Y en a-t-il certains que vous rencontrez encore ? demanda soudain Ianto sans réussir à retenir sa question.

- Bien sûr, j'ai des besoins à combler, fit Jack en riant, sans se rendre compte que Jones changeait de couleur. Certains d'entre eux sont des amis tout à fait convenables, d'autres sont seulement utiles.

- Ah, fit seulement Ianto en se tournant vers la fenêtre, le cœur à nouveau serré. Il les remit à observer le va et vient de la foule de Piccadilly Circus. Jack sourit finement, il avait cru sentir une once de jalousie dans le son de sa voix. Il avait raison, apprivoiser son Gallois, jour après jour était le plus sûr moyen d'amener le jeune homme à se rapprocher de lui, de la manière dont il le souhaitait.

Il laissa le silence les envelopper peu à peu, le roulis des roues les bercer doucement.

- ça c'est étrange ! laissa échapper Ianto en regardant Jack stupéfait, puis la foule à nouveau, cherchant quelqu'un du regard. Non, j'ai dû me tromper.

- Qu'as-tu vu ? demanda Jack, profitant de l'exclamation de Ianto pour se rapprocher de lui, posant sa main près de sa cuisse.

- Je ne sais pas… j'ai dû avoir une hallucination. J'ai cru voir… j'ai cru vous voir là-bas !

- Allons Jones, tu as encore mal à la tête ? Je croyais que ta blessure allait mieux. A moins que ce soit ma présence affolante qui te retourne la tête ?

Jones cligna des yeux, soudain terriblement conscient de la présence de Jack à ses côtés. Il sentait la chaleur de son bras contre sa cuisse, trop proche et pourtant si agréable. Il s'écarta avec une grimace.

- Sans doute, sans doute, dit-il, cela doit venir de vous, vous me subjuguez tant par votre seule présence !

- Te voila bien persifleur, Ianto Jones ! Tu as certainement passé trop de temps avec Owen.

- Évidement, il voulait de l'aide pour ses recherches. Il m'a d'ailleurs demandé de lui trouver certains ouvrages. Et nous avons longuement parlé.

- Ça pour cela, Owen peut se montrer beau parleur !

- Pas autant qu'un certain Lord de ma connaissance, répondit Ianto avec un mince sourire. La joute oratoire lui faisait du bien, elle lui permettait de se recentrer dans le présent.

- Que veux-tu ? C'est ma nature ! dit Jack en souriant à son tour, son cœur battant de joie de le voir s'égayer un peu.

- C'est juste que je ne suis pas vraiment habitué, dans ma famille, nous ne sommes pas vraiment de très grands parleurs.

- Je l'avais remarqué. Trop souvent, il faut t'arracher les mots de la bouche. J'ai une manière plus agréable de le faire, mais j'aurais besoin de ta permission.

- Non, monsieur. C'est moi qui ai besoin de la vôtre, j'aimerais aller voir mon père ce soir.

- Bien sûr, je te libère pour ce soir. A moins que tu ne souhaites me voir t'accompagner ?

- Non, monsieur, dit précipitamment Jones d'un ton apeuré, vous n'avez rien à faire dans les bas quartiers.

- J'aimerais beaucoup rencontrer ta famille, les remercier de t'avoir si bien élevé. Jack souriant à pleines dents, amusé par sa réaction, poussa son avantage. Tu as une sœur, n'est-ce pas ? J'aimerais savoir si elle te ressemble un peu.

- Non, pas du tout, nous sommes assez différents

- Hum, j'aime la différence, cela ajoute toujours du piment.

Jones roula des yeux, cette fois involontairement. Il détourna la tête afin qu'il ne lise pas dans son regard le mensonge. La visite à ses parents n'était qu'un prétexte pour cacher la visite qu'il devait à John Hart. Il fallait que le lord abandonne l'idée de l'accompagner.

- très bien, fit Jack conciliant, tu ne veux pas que je rencontre ta famille, je comprends. Encore que c'est dommage, je suis sûr qu'ils m'apprécieraient.

- Oh, j'en doute fort ! Mon père a des idées très arrêtés sur les lords et comment ils doivent se comporter dans la société. Vous ne correspondez en rien à l'image qu'il s'en fait. Ma mère ne dirait rien, comme à son habitude. Ma sœur cependant vous trouverait merveilleusement intéressant.

- Bien, au moins j'ai la chance d'être au goût de la jeune génération des Jones. C'est toujours ça.

Ianto ne répondit pas. Seule une légère coloration sur ses pommettes trahit ses pensées à la grande joie de Harkness.

- mais j'ai un rendez-vous moi-même, dit Jack avec délectation. Je dois retrouver l'auteur de mes petites lettres. Nous avons tant à échanger.

Jack guetta la réaction de Ianto du coin de l'œil. Le sang semblait s'être retiré de son visage détourné et sa mâchoire se serra. En lui interdisant de prendre connaissance de ces poulets, Jack avait attisé sa curiosité et son ressentiment. Il n'aimait pas être mis à l'écart finalement. Encore un peu de patience, Jack, se dit-il avec suffisance, continue de souffler ainsi le chaud et le froid et il te suppliera de le prendre dans tes bras.

Ianto le regarda comme s'il venait de lire ses pensées présomptueuses. Il lui jeta un regard si mélancolique, si amer que cela tua dans l'œuf toutes velléités de plaisanteries. Le jeune homme paraissait décidément déchiré entre ses sentiments. Il eut finalement un peu pitié et l'adjura d'aller prendre un peu de repos auprès de sa famille.

Le fiacre s'arrêta dans un concert de hennissements, la voix du cocher retentit du dehors, interrompant leur discussion. Ils étaient arrivés à l'adresse de Adam Smith au moment où sonnait l'heure de leur rendez-vous.


Rhea01  (13.11.2010 à 16:49)

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