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Blackwood Manor

Série : Torchwood
Création : 29.09.2010 à 22h17
Auteur : Rhea01 
Statut : Terminée

« Univers Alternatif, toute l'équipe de Torchwood au grand complet au temps de la Reine Victoria. Ou les aventures de Lord Harkness et Ianto Jones, précepteur et bibliothécaire. » Rhea01 

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Partie Quatre

Chapitre sept : une bombe et un duo improbable

 

Ianto arriva enfin à la maison de Durham Street. La calèche de Lord Harkness était prête à partir dans l'allée gravillonnée, l'effervescence des départs contaminait l'humeur des chevaux qui piaffaient d'impatience. Ianto sauta de sa monture, ses muscles lui semblaient être devenus de plomb, tétanisés par l'angoisse et la fatigue d'une chevauchée trop longue. Son arrivée ne passa pas inaperçue, Rhys sortit pour l'accueillir. Il lui demanda aussitôt où se trouvait Owen.

- Dans le salon, Maître Ianto, il se prépare à partir.

- Il faut que je lui parle maintenant !

- Que se passe-t-il ? demanda Rhys, surpris par son ton.

- Jack a des ennuis, mais vous êtes aussi en grand danger. Il faut faire sortir tout le monde d'ici le plus rapidement possible, une bombe a été cachée dans la maison. Je ne sais pas où exactement !

- Ianto, mais d'où viens-tu ? s'écria Owen en sortant à son tour.

- Il faut faire sortir tout le monde maintenant. Il y a une bombe dans la maison.

- Une bombe ? Mais Ianto que racontes-tu ? fit le médecin dubitatif, tu as abusé du vin pour tenir des propos si incohérents ?

Ianto s'empourpra sous le soupçon mais il entra dans la maison et ordonna à tout le monde de sortir. Il n'était pas encore midi et le ruffian avait dit que la maison exploserait dès midi sonné.

- Écoutez, je n'ai pas de preuve mais je sais qu'il y a une bombe ici. Il faut faire sortir tout le monde. A-t-on reçu un colis aujourd'hui? Quelque chose sortant de l'ordinaire est-il arrivé ici ?

Rhys et Owen secouèrent la tête s'inquiétant visiblement pour leur ami qui semblait avoir perdu la sienne. Il avait fait sortir tout le monde, les quatre domestiques qui formaient l'essentiel de la maisonnée à cette époque de l'année attendaient dans la cour que quelqu'un leur explique ce qu'il se passait.

- Ewen, où est-il demanda-t-il soudain, les yeux exorbités.

- Je ne sais pas, il disparait souvent ces temps-ci dit Rhys d'un air concerné.

- Ianto, dit soudain Owen, qui était resté à réfléchir près de l'attelage, nous avons reçu quelque chose d'inhabituel, un carton à chapeau provenant d'un certain Saxon qui félicitait Toshiko pour son mariage. C'est Ewen qui l'a déposé ici. Crois-tu que cela pourrait être ce que tu cherches ?

- J'y vais, fit le Gallois en se précipitant dans la maison avant que les deux autres ne puissent l'en empêcher.

La maison était silencieuse, seuls se faisaient entendre les tictacs des horloges. Il se précipita dans la bibliothèque où par habitude il faisait déposer le courrier. Le carton à chapeau était posé en évidence sur le bureau de Jack. Il s'approcha du carton emballé avec soin et colla son oreille contre le paquet. Il entendit le cliquetis d'une pendule. Il n'osa l'ouvrir pour vérifier. Il regarda l'heure sur l'horloge de la bibliothèque, il était presque l'heure. Il ouvrit la fenêtre puis prit le paquet pour le jeter par la fenêtre. Il maîtrisait ses gestes mais il ne pouvait empêcher ses mains de trembler.

Il jeta le parquet au-dehors dans le parc au moment où sonnait midi à l'église toute proche. Il n'eut pas le temps de se jeter hors de portée du souffle de la déflagration. Le monde sembla exploser autour de lui alors qu'il était repoussé en arrière avec violence. Sa tête frappa contre le rebord du bureau. La douleur explosa dans son crâne aussi violemment que la bombe qui venait de détruire les fenêtres Est de la maison. Owen entra rapidement dans le bureau et jura en voyant le jeune homme recroquevillé sur le sol, des éclats de verre fichés dans les vêtements, une blessure saignant à l'arrière du crâne.

- Rhys, par ici. Il faut l'emmener dans sa chambre. Il a besoin de soin. Ianto, Ianto, mon ami, reviens à toi. Mes sels !

Le majordome lui donna ce qu'il lui demandait et Ianto revint à la conscience, il papillonna des yeux, le visage blanc comme neige.

- Jack, murmura-t-il, Jack...

- Eh bien, Ianto, cela te servira de leçon pour vouloir jouer les héros, le sermonna Owen en le voyant revenir à lui.

- Owen ? La bombe... Elle a explosée. Personne n'est blessé ?

- Non, tout va bien, à part toi ! Comment as-tu fait cela ?

Ianto se laissa relever. Il tremblait de tous ses membres, sans pouvoir se reprendre. Le jeune homme sombra dans l'inconscience avant d'avoir pu délivrer son message, dans les bras du médecin qui jura à nouveau.

- On ne va pas pouvoir en tirer grand chose dans cet état. Que t'a-t-il dit ?

Rhys lui répéta les paroles que Ianto lui avait tenues dans la cour. Owen ne comprit rien de plus que le majordome.

- Jack est en danger ? Je ne comprends pas... Que se passe-t-il enfin ?

Owen et Rhys le portèrent dans sa chambre, sa bravoure venait de leur sauver la vie mais il en payait encore une fois le prix. Owen lui banda le crâne, la blessure lui paraissait légère mais puisqu'il ne reprenait pas conscience, il ne pouvait jurer qu'il n'y aurait aucune séquelle.

- c'est tout de même un comble qu'il tombe toujours sur la tête, lui qui est un homme de lettres. Il faut sans cesse qu'il blesse son instrument de travail, tenta-t-il de plaisanter, afin de soulever l'inquiétude qui assombrissait le visage de Rhys.

- Il a parlé de Lord Jack, apparemment, il est dans une situation critique.

- Sans lui, nous aussi, nous aurions été dans une situation critique, rétorqua Owen en le recouvrant d'une couverture, mais c'est étrange...

- Quoi ? Que se passe-t-il ? S'alarma Rhys en s'approchant à son tour du lit d'où montèrent des ronflements sonores.

- Hé bien, je crois qu'il dort.

- Non... sourit Rhys, il doit être vraiment épuisé.

- je crois bien... regarde ces cernes. On croirait qu'il n'a pas dormi depuis plusieurs jours.

- Faut avouer que Lord Jack lui donne sans doute de l'ouvrage supplémentaire.

Owen leva un sourcil interrogateur. Rhys rougit furieusement, se mordant la langue sur le secret de polichinelle qu'il venait de laisser échapper.

- Non... s'amusa Owen, tu veux dire qu'ils ont enfin passé le cap de se tourner autour ?

- Je ne peux rien affirmer, mais le jour du duel, j'ai vu le Lord sortir de sa chambre avec un air tout à fait satisfait. Peut-être que je me trompe... mais j'ai pensé qu'il avait réussi à le mettre dans son lit.

- Cela ne m'étonne guère de Jack, mais pour Ianto, je pensais qu'il y aurait plus de difficulté.

- ben, maintenant que vous me le rappelez, je sais qu'avant de partir à l'opéra, ils ne se croisaient plus qu'à peine. Je ne vous raconte pas dans quelle humeur cela mettait Lord Jack.

- Ils ne se parlaient plus ? demanda Owen intrigué.

- Oui, et pourtant, en sortant de l'opéra, ils étaient à nouveau très proches.

- Je sais que Jack nourrit un sentiment très fort pour Ianto. Il n'a cessé de le poursuivre de ses assiduités depuis qu'il est arrivé à Blackwood. Sans doute sont-ils arrivés à un nouveau développement de leur relation ?

- En tout cas, cela reste bien silencieux, fit Rhys à nouveau rouge.

- Eh bien Rhys, je ne savais pas que tu espionnais ce que pouvait faire Jack dans le secret de sa chambre.

- Il n'a jamais été très discret, Maître Harper, rétorqua le solide Gallois. Mais là, c'est plutôt calme, ce qui est rarissime, voir inhabituel avec Lord Jack. Mais Master Jones, il est secret. Je ne sais pas tout mais je sais que Lord Jack a provoqué John Hart pour rétablir son honneur et lui offert une maison et sa liberté et pourtant il est toujours ici. Ça, ça veut dire quelque chose.

- C'est donc, que selon toi, il est attiré par notre ami.

- Serait-ce impossible ?

Owen éclata de rire, ce qui fit bouger le dormeur.

- Tu as raison, mon bon Rhys, ce n'est pas impossible que leurs sentiments soient réciproques.

- Mais je crains tout de même le passé de Monsieur Jones, dit Rhys en fronçant des yeux alors qu'ils laissaient Ianto à son sommeil récupérateur.

- Son passé ?

- Lord Jack ne vous a pas raconté ?

- Dans les grandes lignes. Il m'a appris que Hart considérait le pauvre Ianto comme sa chose et qu'il en avait usé comme bon lui semblait.

- Son passé, dit Rhys sombrement, cela doit certainement le retenir quelque part. Jamais je n'ai vu Lord Jack être aussi doux et attentif à quelqu'un.

- Il l'épargne sûrement. Jack a eu pitié de lui, il veut certainement lui laisser le temps.

- Oui, à tel point qu'il était parti sans lui hier matin et que Jones ne semblait pas prêt à le lui pardonner.

- à ce point ?

- il en a cassé sa tasse en découvrant la petite lettre que Jack lui avait laissée la veille.

- Jack n'a jamais eu de grands talents pour rédiger une lettre. Mais je n'imaginais pas Jones aussi nerveux.

- Oh, je crois qu'il commence à révéler son caractère, dit Rhys, je pense que nous avons sous-estimé le jeune homme.

- Eh bien, que de péripéties dans cette maison lorsque je ne suis pas dans les parages ! Jack ne m'en avait pas parlé.

- C'est Lord Jack, il ne nous dit pas tout. Surtout pas à moi...

- Mon pauvre Rhys, devoir supporter un tel maître !

- Je ne m'en plains pas, dit le majordome en haussant les épaules. Il y a des maîtres qui sont bien pires dans bien d'autres manières.

- Bien dit ! Laissons-le se reposer.

- Je me demande tout de même ce qu'il voulait nous dire à propos du Lord, fit Rhys en fronçant des sourcils. Nous devrions peut-être le réveiller.

- Vu le choc qu'il a reçu et ses ronflements, je doute qu'il s'éveille même si un orchestre tout entier jouait du Beethoven dans la chambre.

- De toute manière nous n'avons pas d'orchestre sous la main ! fit Rhys, la seule qui pourrait le réveiller, ce pourrait être ma jolie Gwen.

- C'est vrai qu'elle aurait l'organe suffisant.

- Jack, Jack, murmura Ianto dans son sommeil.

- Encore qu'il préférerait Jack, ricana Owen, avec un baiser comme dans les contes de fée. Je me demande tout de même où il se trouve à la fin.

- Ianto n'a pas eu le temps de le dire. Il était bien trop préoccupé par le paquet contenant la bombe.

Un des domestiques que Ianto avait fait sortir plus tôt vint les rejoindre alors qu'ils fermaient la porte de sa chambre.

- Maître Harper, il y a la police à la porte, ils souhaiteraient des explications à propos de l'explosion.

- Ghosh ! Comme si j'avais le temps de m'occuper de la police en ce moment.

- Ils ont tout de même le droit de savoir ce qu'il s'est passé dans le parc, fit le majordome, voulez-vous que je m'en charge ?

- Non, c'est bon, je te remercie, je vais bien trouver une explication pour ce souci...

 


Rhea01  (04.01.2011 à 17:01)

Owen descendit rapidement les escaliers. Les policemen attendaient à l'entrée. Deux bobbies en capelines noires, casqués d'un improbable couvre-chef aux insignes brillantes. Owen les salua et commença à parler avec eux.

- Que me vaut le plaisir de votre visite, messieurs ?

- Nous sommes du poste de police de Westminster. Mon nom est Wilfried Mott et lui c'est Alonso Frame, nous avons été avertis d'une explosion dans votre domaine, Monsieur, dit poliment le plus âgé des deux, un robuste sergent avec de magnifiques bacchantes poivre et sel qui lui mangeaient un visage couvert de taches de rousseur, d'où émergeaient des yeux d'un bleu perçant. Notre chef nous a demandé d'enquêter là-dessus. Avec le riche voisinage que vous avez, il s'inquiète qu'il s'agisse de comploteurs.

- Oui, je comprends, dit Owen, feignant le repentir, mais en fait, il s'agit d'une fausse alerte. C'est ma faute. J'ai fait une expérience qui a mal tournée. J'ai tout jeté dans le jardin. Imaginez la combinaison de deux éléments aussi instables que le nitrosulfure et le salpêtre, cela ne supporte pas le moindre changement de température. Les aléas de la chimie, vous comprenez ?

- Monsieur, vous êtes... demanda le plus jeune, une espèce de escogriffe brun, au visage poupin rasé de près, il brandissait un calepin notant tout ce qui se disait.

- Owen Harper, je suis le médecin de Lord Jack Harkness, seigneur de Blackwood.

- Médecin, hein ? Et vous faites souvent des expériences de chimie. Ce n'est pourtant pas votre domaine, reprit le plus vieux en braquant un regard interrogateur sur le médecin.

- Il est parfois nécessaire pour un médecin de pratiquer la rechercher expérimentale. Je suis actuellement sur la piste d'un remède qui pourrait changer le cours de l'histoire. Cela passe parfois par des échecs, ajouta-t-il avec un petit sourire.

Les deux policemen se regardèrent, ils ne comprenaient rien à ce que le médecin leur racontait. Mais ils avaient entendu comme tout le quartier à vrai dire l'explosion qui avait secoué les fondations de la maison.

- Pourrions-nous voir ce que votre expérience a généré ?

- Bien sûr, bien sûr maugréa Owen, en les conduisant vers le bureau de Jack.

Les deux hommes restèrent stupéfaits devant les dégâts qui jonchaient le sol.

- Plutôt puissante votre expérience, Maître Harper, dit le plus jeune, vous avez entièrement soufflé les fenêtres.

- Oui, malheureusement, ce sont les risques du métier.

- C'est du sang que je vois là, fit Mott en s'approchant du bureau et touchant du doigt une tache.

- Mon... assistant a été légèrement blessé durant cette expérience. Il se repose dans sa chambre. Vous souhaitez le voir ? demanda-t-il hâtivement, jugeant que le fait de les avoir amenés dans la bibliothèque dévastée n'était pas une si riche idée.

- Je veux bien, dit Alonso avec une nuance de soupçon dans la voix, j'aimerais qu'il me confirme ce que vous me dites.

- Il dort pour le moment, mais je lui demanderai de passer vous voir dès qu'il se sentira mieux, fit Owen en sentant la situation lui échapper totalement.

Il sentait les regards suspicieux des deux policiers se poser sur lui. Il n'aimait pas ce qu'il y lisait, il passait pour coupable à leurs yeux.

- Si cela ne vous dérange pas, nous aimerions le voir maintenant, même s'il dort.

Le plus âgé jaugeait sévèrement le médecin qu'il trouvait trop fébrile pour être honnête et de plus depuis quand faisait-on de la chimie dans un bureau ? L'homme lui cachait quelque chose à coup sûr !

- Très bien, renâcla Owen, j'espère que vous ne le réveillerez pas.

- Je suis sûr qu'il ne nous en voudra pas de le secouer un peu, dit Mott, histoire de s'assurer qu'il est toujours en vie après vos expérimentations.

- Vous savez, c'est très dangereux de faire des expériences en ville, reprit Alonso, d'un ton réprobateur.

- Je le sais bien, j'ai mis le feu à ma propre demeure il y a un an.

- Oh, je suis désolé... dit le plus âgé, d'un ton acerbe, mais ce n'est pas une raison pour faire exploser la maison de votre maître.

- Je sais, dit Owen en baissant la tête. Je vous conduis auprès de Ianto Jones, vous allez pouvoir vérifier qu'il est toujours en vie.

Les deux policiers ne relevèrent pas l'ironie du ton du médecin. Ils lui firent signe de les précéder. Owen remonta dans les étages, se demandant bien comment expliquer la blessure à la tête du jeune homme et son sommeil profond. Lui-même ne pouvait guère expliquer ce qu'il arrivait à Ianto. A peine était-il tombé au sol qu'il dormait. Il devait vraiment être épuisé par sa course. Et Jack qui n'était toujours pas là, que faisait-il enfin ?

La veille, il était parti avant même qu'il ne se réveille et Rhys venait de lui apprendre que les deux hommes ne devaient pas voyager ensemble. Se seraient-ils querellés ? Mais comment Ianto était-il au courant pour la bombe dans le carton à chapeau ? Le médecin soupira, alors que les policiers le serraient de près, comme s'ils avaient déjà leur coupable.

Ils entrèrent dans la chambre de Ianto qui ronflait comme un sonneur. Un seul coup d'œil sur le bandage qui lui enserrait la tête fit froncer les sourcils épais de Mott.

- Que lui est-il arrivé ?

- Il s'est assommé en tombant sur le bureau et depuis il dort. Vous voyez, je ne vous ai pas menti.

- Sans doute, Maître Harper, mais votre histoire est curieuse, avouez-le.

- Peut-être mais c'est la vérité...

- Pour moi, j'ai tout de même l'impression qu'il s'agissait d'une bombe, qu'en penses-tu, Mott ? dit le brun.

- Eh bien, il n'y a pas de laboratoire dans le bureau, il n'y a rien qui fasse penser à une expérimentation quelconque, fit le dénommé Mott, d'ailleurs Alonso, je pense que tu as senti la même chose que moi ?

- Une odeur de cordite, en effet, dit le plus jeune, Alonso, continuant le numéro de duettiste qui semblait les amuser au grand dam d'Owen qui les voyait démonter un par un ses arguments.

- Très bien, Maître Harper, fit le plus vieux des bobbies, cessez de vous jouer de nous et expliquez-nous pourquoi une bombe a explosé dans cette maison.

- Je l'ignore, fit Owen en jouant carte sur table, il valait mieux pour lui de dire la vérité, Ianto Jones est arrivé un peu avant midi en clamant qu'il y avait une bombe dans l'hôtel. Il a fait sortir tout le monde avant de se précipiter sur un carton à chapeau et l'a jeté dehors. La bombe qu'elle contenait a explosé peu de temps après. Et il a été blessé par le souffle de l'explosion.

- Tu vois, Alonso, là, je vois qu'il dit la vérité.

- Tout à fait d'accord, Mott, ce n'est pas plus simple ainsi, Maître Harper, vous ne trouvez pas ?

- En effet, dit le médecin en grimaçant.

- Vous savez sans doute qui vous a envoyé un tel artefact ?

- Il portait le nom d'Harold Saxon, mais cet homme est au-dessus de tout soupçon. Il s'agit du Conseiller de la Reine. Je pense que celui qui nous a envoyé cette bombe a usurpé son nom. Pour le reste, je l'ignore, je vous ai dit que Jones est arrivé juste à temps pour nous parler de la bombe. J'ignore qui aurait avantage à faire exploser la maison de ville de Lord Harkness.

- Des ennemis de Lord Harkness ? demanda Alonso, les yeux perçants.

- Jack a certainement des ennemis, comme nombre de personnes dans sa position. Mais aucun ne chercherait à le tuer de cette manière.

- Beaucoup d'ennemis, cela ne doit pas être facile à vivre, dites-moi.

- En effet, fit Owen d'un ton sec. Mais j'avoue que je ne comprends guère pourquoi chercher à faire exploser sa maison ou brûler son manoir. Il n'était même pas présent.

- Son manoir a brûlé ? demanda Mott l'air de ne pas y toucher. Et Owen se mordit la langue de l'avoir laissé courir.

- Je crois, Mott, qu'il y a un ennemi qui en veut sérieusement à Lord Harkness.

- Je le crois aussi, d'ailleurs, nous devrions rencontrer le Lord. peut-être pourra-t-il nous en apprendre plus ?

- Tout à fait !

- Le seul souci, Messieurs, c'est que je ne sais pas exactement où se trouve Jack Harkness. Il est parti hier matin, suivi de cet homme pour Blackwood afin de s'assurer que tout le monde allait bien là-bas et lancer une enquête.

- Peut-être que si vous nous disiez tout ce que vous savez, cela vous allégerait la conscience ?

Owen darda un regard noir sur le vieux briscard qui en avait vu d'autres et les enjoignit à descendre dans le salon. Il demanda à Rhys de leur servir à boire et commença à raconter ce qu'il savait. Les deux hommes l'écoutèrent patiemment parler de Suzie Harkness, de l'incendie de Blackwood manor et de l'enlèvement de Steven, notant fébrilement sur leurs carnets de note.

A la minute où ils étaient entrés dans l'hôtel d'Harkness, ils avaient subodoré qu'il y avait quelques histoires autour de cette maison. L'après-midi se changea en soir alors qu'ils étaient toujours dans le salon à s'entretenir avec Owen. Contrairement à beaucoup de collègues à Scotland Yard, ils avaient l'amour de la vérité et souhaitaient faire la lumière sur cette affaire. Owen en parlant avec eux, s'était convaincu qu'ils n'allaient pas abandonner cette affaire en bons chiens policiers.

Ils avaient visiblement envie de connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire rocambolesque. Ils le questionnèrent sur Suzie Harkness et souhaitèrent en savoir plus sur l'enlèvement du jeune garçon. A l'évocation du nom de Nox, Owen les vit échanger un regard qui l'alarma.

- Nox, hein ? C'est une vieille connaissance, cela fait des années qu'il a la main sur toute la ville. A chaque fois que nous avons essayé de l'arrêter, il a bénéficié d'aides incroyables. Il influence jusqu'aux plus hautes sphères de l'état, si vous voulez mon avis, dit Alonso, on ne sait même pas à quoi il ressemble.

- Je l'ignore également fit Owen, enfin, je vous ai raconté tout ce que je savais. A présent, je ne sais rien d'autre de plus.

- hé bien, nous allons prendre votre plainte et allons tenter d'en découvrir le mystérieux expéditeur. Dites à votre ami de venir nous voir quand il ira mieux.

Un bruit de cavalcade les alerta alors qu'Owen les reconduisait à l'entrée. Ils virent descendre Ianto Jones poursuivi par Rhys qui arriva à le rattraper avant qu'il ne tombe dans les escaliers à cause de sa précipitation.

- Owen, Owen, Jack a été enlevé par Nox, il le retient prisonnier dans une usine désaffectée de Canary Warf !

- Doucement, fit le médecin en le saisissant par le bras, doucement mon ami. Mais pourquoi ne l'as-tu pas dit tout à l'heure ?

- Quand ?

- Avant que la bombe explose et que tu t'assommes.

- Je n'en ai pas eu le temps, je m'excuse.

- Tu t'excuseras plus tard… pour le moment, je veux que tu t'assois et que tu racontes à ces deux gentils policiers ce qui se passe. Je suis moi-même intrigué par ce que tu annonces.

- Jack a été enlevé, cela ne te fait-il rien ?

- Ce n'est pas que cela ne m'émeut pas, mais comprends-moi, le manoir a brûlé il y a presque une semaine, j'arrive ici et j'apprends énormément de choses sur ton compte. Puis nous manquons tous d'exploser à cause d'une bombe. Alors au résumé des derniers événements de la maison Blackwood, un enlèvement n'est pas aussi angoissant qu'un feu ou une explosion.

- C'est du Lord dont nous parlons. Il a besoin d'aide, les hommes qui l'ont enlevé sont tout à fait déterminés. Ils ont assassiné toutes les personnes qui se trouvaient à l'auberge. Ils ne vont certainement pas nous envoyer une demande de rançon.

- D'ailleurs, je pense que cela n'était pas dans leur plan au vu de la puissance de la bombe que nous évoquons, fit Noble en se caressant la moustache.

Ianto le regarda un peu hagard, le bandage d'Owen avait glissé de son crâne et ses mèches lui ombraient le visage, ne cachant en rien l'angoisse qu'il éprouvait pour Jack. Owen présenta Jones aux deux policiers.

- Je comprends que tu sois un peu plus serein que moi, dit Ianto après les présentations, mais je suis désolé, la situation dans laquelle se trouve Lord Jack est inquiétante.

Ianto résuma brièvement les événements de la nuit passée aux quatre hommes qui l'écoutèrent silencieusement. Les deux policiers prirent maintes notes et lui posèrent quelques brèves questions, notamment la localisation du massacre et celle où se trouvait le Lord.

- Canary Warf, une ancienne tannerie qui a servi d'entrepôt. J'avais l'habitude d'y jouer enfant, répondit le jeune homme agité.

Owen le regardait circonspect, le coup au crâne, loin de l'assommer, semblait lui avoir donné une énergie supplémentaire.

- Comment va ton crâne, lui demanda-t-il alors que Ianto retirait le bandage qui ne cessait de glisser.

- Un peu douloureux, j'ai surtout une belle bosse. Mais tu ne seras pas étonné si je te dis que j'ai le crâne solide.

- Une vraie tête de bois galloise !

- Tout à fait, grimaça Ianto. Messieurs, que fait-on pour le Lord ? Mes informations sont justes, et il risque d'avoir besoin d'aide.

- C'est une histoire bien complexe que vous nous racontez, dit Alonso, voyons si j'ai bien compris.

- Vous n'avez guère le temps de nous interroger sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Jack Harkness doit être secouru rapidement. Déjà que mon évanouissement nous a fait perdre un temps précieux...

- Ne te mortifie pas Ianto, dit Owen, tu ne pouvais pas savoir et tu avais besoin de sommeil surtout après nous avoir sauvé la vie.

- Ce n'est pas une raison, glapit Ianto qui s'en voulait terriblement.

- Bien, reprit Alonso, sans se préoccuper de l'interruption. Vous affirmez que Lord Harkness a été enlevé par un homme, nommé Nox, qui tient les Bas-Fonds. Cet homme serait acoquiné avec l'épouse de Harkness pour le faire disparaître afin de disposer de sa fortune. Est-ce bien cela ?

- oui, c'est ce que je suppose.

- Elle aurait également enlevé son fils Steven, reprit Mott, d'un ton inquisiteur.

- oui, nous le supposons, dit Owen, agacé de voir les policiers reprendre leurs numéros de duettistes. A quoi cela vous sert de récapituler l'affaire de cette manière ? Comme l'a dit Ianto, Jack a été capturé par des brigands à la solde de Nox et nous ne savons que trop bien quel sort sera le sien si nous ne faisons rien.

- Oh, pour cela vous pouvez compter sur nous, nous allons mettre sur pied une opération pour le délivrer.

- J'y compte bien, mais quand ? demanda Owen alors que ses yeux se plissaient durement.

- Eh bien fit Alonso , d'un ton las, le temps que nous rentrions au poste, puis que nous remettons nos rapports au chef de brigade et que nous mettions en branle une opération, cela devrait prendre… quelques heures, quelques jours même. Notre bureaucratie peut avoir quelques lourdeurs, soyez-en sûr que nous le savons.

Ianto se passa la main dans les cheveux, grinçant des dents de rage, à l'idée que Jack resterait entre les mains de ses ennemis encore si longtemps.

- Nous ne pouvons absolument rien faire ? demanda-t-il doucement, son ton aux antipodes de l'orage qui couvait dans ses yeux.

- Pas si vous voulez le concours de la police, répondit Mott en le soupesant du regard. Tout ce que je peux vous dire, c'est que toute initiative personnelle ne pourra aboutir sans nous.

Ianto s'éloigna en direction de la fenêtre, ses poings se serraient avec force. Il se sentait si impuissant. Jack était prisonnier et soumis à un sort certainement peu enviable et il restait là à faire la conversation à deux policiers qui bien que paraissant intelligents ne pouvaient pas les aider.

- Mais... reprit Noble, nous cherchons à capturer Nox depuis des années. Notre investigation sur l'explosion dans votre demeure n'est pas innocente, vous savez. En fait, une personne très influente nous a demandé de mener une enquête discrète sur Lord Harkness. Il s'inquiétait du fait que sa vie soit menacée.

- Elle l'est belle et bien, et en ce moment-même, s'écria Ianto, maîtrisant à peine ses accents déchirants.

- Master Jones, je suis d'accord avec vous, mais nous ne pouvons nous jeter tête baissée dans ce qui pourrait être un piège.

- Je doute fort qu'il s'agisse d'un piège, pas avec la façon dont Ianto a eu ses informations. dit Owen, de plus avec cette bombe, ils s'assuraient qu'aucune aide n'arrive à Jack. Cependant j'aimerais connaître le nom de votre informateur.

- Il se fait appeler le Docteur, mais nous pensons qu'il s'agit d'un surnom.

- S'il s'agit de l'ami dont Jack nous a déjà parlé... j'ignore son nom également, dit Owen, tandis que Ianto se rapprochait d'eux, intrigué par le tour que prenait la conversation.

- Il vous a demandé d'enquêter sur Jack, demanda-t-il, sans pouvoir tenir sa langue.

- En effet, il s'inquiète des agissements d'un homme qu'il aurait connu il y a des années.

- Ce fameux Nox?

- Effectivement, fit Alonso, il nous a demandé de jeter un œil sur son ami. Et je comprends que son inquiétude n'était pas aussi vaine que je le pensais au prime abord.

- Alors que faisons-nous, demanda Ianto qui brûlait de récupérer Jack en un seul morceau s'il le pouvait.

- Eh bien, comme je l'expliquais, il ne faut pas s'attendre à ce que la police vous aide, du moins aussi rapidement que vous le souhaiteriez, Master Jones.

- Je comprends, mais... on ne peut pas simplement attendre que Jack se fasse torturer ou dieu sait quoi sans rien faire.

- Ianto, il faut que tu te calmes, lui dit Owen, d'un ton sec. Écoute ce qu'ils ont à nous dire, enfin.

- D'accord, fit le Gallois buté, je vous écoute mais...

- Je comprends, Ianto, dit Owen en l'accompagnant vers le sofa. Écoutons-les, tu veux bien ?

Le jeune homme se laissa entraîner par le médecin. Il ne supportait pas de devoir rester enfermé sans savoir ce qu'il se passait pour son maître. Mais si les deux policiers avaient une idée pour le délivrer, cela valait sans doute le temps de les écouter. Pourtant il ne pouvait que regretter que l'aiguille de l'horloge avançât si vite. Que devenait Jack pendant ce temps ?

Les deux policiers se regardèrent comprenant l'angoisse que leurs hôtes éprouvaient.

- Bien, Alonso vous a avoué que nous sommes envoyés par le Docteur. Nous ne le connaissons pas, mais il a des amis un peu partout dans la capitale. Il a toujours gardé un œil sur le Lord et certains de ses compagnons d'après ce que nous avons compris. Il s'avère que certains ont disparus dernièrement et qu'il s'inquiète pour Lord Harkness.

- C'est un peu tard pour s'inquiéter, jeta Ianto qui les regardait sombrement.

- Je sais, dit le plus jeune, mais nous sommes là, c'est déjà quelque chose, non ?

- Que proposez-vous, dit-il amèrement, la police ne peut nous aider, c'est bien ce que vous vouliez nous dire.

- La police ne peut rien pour le moment, dit Mott, mais d'autres le peuvent. Il nous faudrait quelques heures pour réunir des hommes dévoués au Docteur et finalement délivrer votre ami.

- Enfin, vous nous proposez une solution !

- Si vous pouviez rester tranquille et silencieux ne serait-ce qu'un instant, nous aurions pu nous exprimer, dit Mott en fronçant des sourcils.

L'attitude de Ianto le dérangeait, il le sentait dans un état de nerfs dangereux.

- Veuillez m'excuser, dit le secrétaire en accusant le coup, je ne voulais pas interférer.

- Dans quelques heures, nous pourrons intervenir, je vous l'assure, dit Alonso, juste le temps de réunir quelques hommes.

- Faites au plus vite ! dit seulement Ianto en se servant un verre, sous le regard anxieux d'Owen qui ne l'avait jamais vu dans un tel état.

- Très bien, à l'aube, nous pourrons capturer toute la bande avant qu'elle ne s'attende à nous voir.

- J'espère que Jack tiendra jusque là, dit sombrement Ianto.

- Il a déjà vécu pareilles situations, je te l'assure, dit Owen, il t'attendra.

- Je suis si inquiet, dit Ianto en baissant la tête, venir jusqu'ici pour attendre avant d'aller le délivrer, je n'en peux plus.

Owen vint lui serrer le bras.

- Je suis désolé, mon ami, mais si cela peut te réconforter, tu nous as sauvé la vie ce midi, sans toi, nous étions bons pour goûter la soupe du Seigneur.

- Je croyais que tu étais athée.

- Disons plutôt anticlérical, mais avoir failli rencontrer notre créateur a attaqué légèrement mon scepticisme habituel. Cela ouvre de nouvelles perspectives, notamment celle de tisser des liens d'amitié avec lui. Ne t'inquiète pas, nous arriverons à temps pour le sauver.

- Que ton nouvel ami t'entende…

- Amen.

Les policiers les quittèrent peu après, il leur fallait battre le rappel de toutes les bonnes volontés qui pourraient les aider à délivrer Jack. Owen insista en vain auprès de Ianto pour qu'il prenne du repos, mais le Gallois résista arguant qu'il avait bien assez dormi durant la journée. Il préféra passer la soirée dans le bureau de Jack, à classer ses documents pour s'occuper les mains et l'esprit. Il ne supportait pas l'idée de ce que pouvait subir Jack dans cet entrepôt.

Savoir où il se trouvait, sans pouvoir l'aider le troublait. Il sentait qu'il ne tenait que par les nerfs mais ne pouvait se résoudre à aller se coucher comme Owen lui avait suggéré. Il n'aurait pas pu dormir, il le savait. Il avisa une veste qui était accrochée au porte-manteau du bureau. Sans même s'en rendre compte, il la prit et en respira l'étoffe. Cachée dans les mailles du fin tissu, il discernait l'odeur captivante du Lord. Il réprima les larmes qu'il sentait monter alors que le doux parfum le ramenait à une période encore proche où Jack était près de lui. Il alla s'asseoir en face de la fenêtre, dans l'attente de l'aube qui les délivrerait, Jack de ses ennemis et Ianto de son angoisse, en triturant le tissu comme un orphelin sa peluche.


Rhea01  (04.01.2011 à 17:10)

Partie Quatre

Chapitre huit : où Jack apprend de douloureuses vérités.

Attention chapitre contenant plusieurs scènes susceptibles d'heurter la sensibilité

 

A cette heure du jour, le quartier de Canary Wharf n'était pas tellement différent du souvenir que Ianto en conservait. Les murs bruns de lèpre honteuse soutenaient les fabriques et les habitations des ouvriers qui s'y épuisaient. Il avançait à cheval alors qu'un brouillard dense tombait, étouffait les bruits et rendait tout ce qui l'environnait fantomatique. Il jeta un coup d'œil à la petite équipe qui l'entourait, Owen, Rhys et Adam. Il savait que les policiers Mott et Frame n'étaient pas loin avec les renforts qu'ils avaient rameutés. Ils devaient se montrer prudents.

Les rares personnes qui comme eux osaient affronter la brume se faisaient discrètes comme des ombres issues d'un autre monde. Ianto détaillait ici un faciès tourmenté comme une trogne de troll dans une encoignure chantournée, là une prostituée aux allures d'elfe malicieux qui les observait d'un œil étonné.

L'air humide rendait les contours de ce quartier flou et le nimbait d'une aura fantastique. Il ne manquait que le hurlement de loup pour se croire dans un monde étranger, une résurgence de l'ancien monde féerique. Ce fut à cet instant qu'il entendit soudain un hurlement déchirant qui lui fit battre le cœur brutalement. Il reconnut la voix de Jack Harkness dans cet hurlement primal. Il tira rudement sur les rênes de son cheval qui s'arrêta aussitôt. Harper tourna vers lui son visage inquiet. Il avait lui aussi reconnu cette voix. Le cri enfla de nouveau, faisant grimacer les trois hommes.

Rhys les regarda d'un air malheureux. C'était Jack et il se faisait assurément torturer. Les renforts n'étaient pas encore en place mais ils ne s'attardèrent pas dans la rue. Owen était déterminé à ne pas attendre. L'air renfrogné de Ianto lui confirma que le jeune homme le suivrait quoiqu'il fasse pour intervenir. Ils sautèrent au sol rapidement. Owen sortit ses armes des fontes de sa selle, pistolets d'arçon et une canne-épée qu'il accrocha à sa ceinture.

Il vit Ianto sortir le revolver que Jack lui avait confié, celui-là même avec lequel il avait tué un homme. La manière dont il fit claquer le barillet de son arme fit comprendre à son ami qu'il était véritablement déterminé à en découdre. Ses yeux habituellement clairs étaient voilés par une colère sourde qui les rendait plus profonds. Adam qui les avait accompagnés jusqu'ici prit les chevaux par les longes. Il se prépara à attendre les policiers qui les avaient assurés de leur présence quelques heures avant.

Un nouveau cri, un puissant NON ! les fouailla. Ianto et Owen foncèrent en direction de la source de l'atroce son, réverbéré dans les ruelles à leur gauche. Rhys les suivit après avoir décroché de sa selle un lourd gourdin qu'il soupesa d'un air féroce. Ianto prit la tête de la course, les guidant à travers le dédale de ruelle qu'il connaissait depuis l'enfance.

oOoOo

Jack hurla à nouveau alors que les lanières du fouet fouaillaient ses chairs palpitantes. Il ferma les yeux, se mordit les lèvres. Il avait résisté autant qu'il avait pu supporter la douleur qui enflammait ses chairs. Mais chaque homme avait ses limites, lui comme les autres. Il s'était évanoui à plusieurs reprises, à chaque fois réveillé par des seaux d'eau glacée et des rires vicieux.

Nox, l'homme qui s'acharnait ainsi sur lui semblait prendre plaisir à le frapper encore et encore, à voir peu à peu la peau de Jack se déchirer sous la morsure des lanières trempées de sang. Il l'avait fait battre par ses hommes pendant la nuit. Mais à présent, il se mettait lui-même à l'ouvrage sous les yeux horrifiés de la délicate Martha qui pleurait silencieusement. Couvert de sueur, il se rejeta en arrière pour le cingler à nouveau.

Le fouet s'enroula autour d'une des jambes de Jack, arrachant étoffe et peau. Jack étouffa un nouveau cri, sa gorge le brûlait, sa voix se brisait. Mais il ne suppliait pas, il ne répondait pas à la question inlassablement posée par Saxon. Où se trouvait le Docteur ? Il avait répondu au départ avec son humour et sa gouaille habituelle malgré les coups, malgré la douleur. Nox était alors passé au fouet, le flagellant jusqu'à ce qu'il hurle de douleur.

Un coin de l'esprit de Jack non obscurci par l'infâme souffrance ne pouvait s'empêcher d'observer et analyser l'être qui lui faisait face. Il était fou, cela ne faisait nul doute. Il aimait trop le sang et son odeur. Il était plus petit que lui, blond et soigné dans un costume trois pièces rayé gris qui attestait de son rang d'homme de qualité. Il se tenait à distance de lui comme si son sang pouvait le salir, une grimace de plaisir vissée à son visage suant.

Il voulait savoir de toute force où se trouvait le Docteur, son Docteur, son ami dont il ignorait totalement la localisation. Cependant alors qu'il se faisait torturer par Nox, il espérait qu'ils ne se rencontreraient jamais. Il ne souhaitait pas que le Docteur subisse ce sort atroce. Espérant détruire sa résistance, Nox s'en était pris à Alec qui gisait évanoui face contre terre. Il n'avait pu supporter la torture qu'il lui avait infligée, le jeu auquel Nox s'était prêté. Jack l'enviait presque. Il en venait à ne plus espérer que quelqu'un vienne à son secours. Il ne désirait qu'une chose : s'évanouir, mourir, avoir enfin la paix. Sa dernière étincelle d'espoir prit le visage de son jeune secrétaire.

- Ianto articulèrent ses lèvres sans bruit, j'aurais tant aimé te sentir encore une fois dans mes bras, tes lèvres brûlantes contre les miennes... je te désire si fort...

Il hurla soudain de douleur et de surprise. Il avait tout oublié de son tourmenteur pour sa Némésis sentimentale. Le maître fouetteur n'avait pas apprécié le voir oublier la situation dans laquelle il se trouvait.

- Cher Jack Harkness, dit-il, épargnez-nous cette peine. J'ai le bras qui me fait mal à force de vous frapper. Combien de temps encore pensez-vous pouvoir résister ? Encore une minute, une heure, plus d'une heure ? J'ai tout mon temps et je vois que vous souffrez et que votre endurance a atteint ses limites. Qu'attendez-vous pour me dire où se trouve notre ami commun ? Où se trouve le divin, le merveilleux, l'inoubliable Docteur ?

Il ponctua chacun de ses mots d'un claquement de mèches devant le visage de Jack. Celui-ci malgré ses jambes tremblantes le défia du regard. Il aurait aimé pouvoir lui arracher l'instrument des mains et l'utiliser d'une toute autre manière. Si seulement il le relâchait, il lui montrerait qu'on ne faisait pas crier Lord Harkness impunément. Crier de plaisir, cela, il l'acceptait volontiers, mais de cette manière, cela lui mit en rage. Et curieusement cette fureur lui redonna des forces. Il concentra toute sa haine sur l'odieux personnage qui le regardait goguenard.

- Alors Lord Harkness, dit-il avec une politesse moqueuse, une véritable pointe d'acide dans un bonbon aux fruits.

Jack se méfia instinctivement de ce ton qui augurait trop souvent le pire.

- Parlez, cher Lord, je sais que vous allez tout me dire. Personne ne résiste à mes soins particuliers. Bien que vous soyez particulièrement endurant !

- Ravi que cela vous plaise, cracha Jack.

- Oh, vous retrouvez l'usage de la parole. J'ai craint un instant vous avoir fait avaler votre langue si acérée. Répondez !

- Je ne peux vous dire ce que j'ignore. Je vous l'ai déjà dit, je n'ai pas vu le Docteur depuis 17 ans. J'ignore et j'ignorerai toujours où il se trouve.

- Cette jeune Martha, dit le Maître en montrant la jeune fille qui soutenait la tête d'Alec McNeil, elle l'a rencontré et vécu avec lui toute l'année dernière. Je l'ai retrouvée et attachée à mes services.

Il éclata d'un rire dément qui arracha des frissons à Jack et fit sursauter Martha. L'épuisement se lisait sur ses traits fins, le désespoir également. Elle enfouit son visage dans la chemise maculée de sang de McNeil.

- Vous êtes un monstre !

- Tout comme ce cher Docteur, il prend des jeunes gens près de lui et les façonne à son image. Qui croyez-vous qu'il soit ? C'est un monstre lui aussi. Vous auriez vécu si tranquillement sans lui.

- Jamais, voyager avec le Docteur fut une expérience magnifique, unique. Vous ne pourriez imaginer.

- Je l'imagine très bien, dit le Maître, avec un ton soudain rêveur, lui et moi étions des amis si proches, presque des frères avant d'être séparés par certaines incompréhensions. Il n'a jamais aimé utiliser nos talents pour nous hisser au-dessus des autres. J'ai toujours aimé être supérieur, dominer, gouverner. Lui-même rêvait de soigner le monde, ce monde malade de ses guerres, de ses haines.

- Vous êtes fou !

- Lui aussi dans ce cas, car croire que le monde serait mieux sans guerre, est une erreur. Le monde évolue avec les guerres. Sans elles, il ne se renouvellerait jamais. Nous n'aurions jamais connu toutes ces découvertes sans la volonté de l'homme de se détruire. Et cela le Docteur ne le supporte pas. Il a toujours tenté de sauver la paix, quelque en soit le prix, empêcher que des cendres de la guerre se lève un nouvel ordre mondial.

- Quelle folie !

- Nouvel ordre mondial que je gouvernerai, bien évidemment, continua Nox sans se soucier de l'interruption, j'en ai les moyens et la volonté. Seul le Docteur pourrait contrecarrer mes plans. C'est pourquoi j'ai fait rechercher ses compagnons. Alec tout d'abord, puis Martha, qu'il a abandonné, seule et sans famille. Puis j'ai appris par un petit oiseau, que le protégé de la Reine était lui aussi un de ses anciens amis et qu'il connaissait la belle Rose, celle qui a brisé le cœur de notre cher ami. Cela m'a réjoui au-delà des mots, si je pouvais vous réunir les uns et les autres au même endroit. Je suis sûr que ce bon Docteur viendrait à votre secours. Il est de cette trempe, celle de venir en aide aux plus faibles que lui !

- Comment vous, le conseiller privé de la Reine, pouvait être le seigneur du monde souterrain ? demanda Jack, gagnant du temps, remarquant que tant qu'il parlait, il ne le battait pas, vous n'avez donc aucune loyauté ?

- Ma loyauté ? rit le conseiller royal, elle va déjà à moi-même ! Et puis je préfère qu'on me soit fidèle plutôt que l'inverse. Ton frère pour cela, est extraordinaire. Quelle chance de l'avoir découvert ! Je l'ai élevé comme mon fils, mon digne successeur. Sa loyauté envers moi n'a d'égale que la haine envers toi. Il y est fidèle, c'est le moins que l'on puisse dire. Ton abandon, ta trahison hante ses jours et ses nuits. Il ne passe pas un seul moment sans penser à sa vengeance. Et il la tient maintenant. Tu es en notre pouvoir et une fois que tu m'auras tout dit sur le Docteur, je te laisserai à lui. Il pourra accomplir cette vengeance à laquelle il aspire tant.

Jack lui jeta un regard blessé, pris de remords pour son jeune frère et de dégoût pour cet homme abject. Il sentait la culpabilité et le désespoir s'agiter en lui comme deux serpents de fiel. Jamais il ne pourrait sortir de là en vie. Il laissa retomber son visage sur son torse, épuisé. Saxon ricana et recommença le ballet de son fouet comme pour le réveiller. Jack se redressa alors que la haine jaillissait de lui comme un volcan en furie. Il était d'une nature audacieuse mais prompte à pardonner. Cependant, lorsqu'il se prenait de détestation pour une personne, il ne revenait jamais en arrière. Il lui dédia un sourire pervers en relevant la tête.

- Continuez comme cela, je suis sûr que vous vous épuiserez avant moi. La torture ne m'a pas brisé la première fois quand... Gray m'a fait capturer au Bengale. Cela ne marchera pas davantage, tout Maître que vous soyez. Je n'ai absolument rien à vous apprendre !

- Vous souffrez pour rien alors.

- Sans doute, mais je préférerai mourir plutôt que vous apprendre quoique ce soit sur le Docteur. Vous perdez votre temps.

- Pas tant que cela, grimaça Saxon en souriant, il y avait bien longtemps que je n'avais pas rencontré une telle force de caractère. Le Docteur sait choisir ses compagnons, c'est une force chez lui. Mais ce n'est pas grave, Harkness, si la torture ne fonctionne pas, nous allons procéder tout à fait différemment.

 


Rhea01  (05.01.2011 à 17:30)

Harold Saxon se dirigea vers la porte et jeta quelques mots aux gardes placés là par ses soins. Il revint vers Jack avec une lueur malsaine dans les yeux. Jack retint un frémissement, cet homme était véritablement un monstre et il eut peur de ce que son visage narquois pouvait dissimuler.

Saxon continua de s'amuser avec son fouet, claquant la mèche à quelques pouces du visage de Martha qui se retint de crier. Il fouetta Alec qui ne sortit pas de son inconscience. Jack eut peur qu'il ne soit passé de vie à trépas sous les épreuves. Mais il vit se soulever faiblement sa poitrine. Martha le soutenait, caressant son visage malmené. Il admira le courage de la jeune fille qui luttait contre la peur.

Ils n'attendirent pas longtemps. Gray arriva, accompagné de Suzie et Steven qu'elle tenait par la main. Jack eut un haut le cœur. Que venait faire son fils ici ? Le sourire mauvais d'Harold et les yeux haineux de Gray lui firent présager le pire.

- Bien, Harkness, je pense que vous connaissez tout le monde ici ? Nous avons les moyens de vous faire parler. Oh, j'ai toujours rêvé de dire cela, lança-t-il à ses deux sbires en riant.

L'un regardait Jack avec un air affamé tandis que l'autre fronçait des sourcils interrogateurs en serrant la main de Steven. Jack frissonna, qu'allait-il inventer ?

Quelqu'un frappa discrètement à la porte qui s'ouvrit. Jack crut reconnaître une crinière rousse, suivi d'un visage qu'il connaissait bien. Mais cela ne se pouvait, se dit-il quelqu'un de sa suite ne pouvait pas l'avoir trahi de cette manière. Pourtant, il lui semblait avoir reconnu Ewen, le gamin qui le servait depuis presque deux ans et en lequel il avait toute confiance. Le jeune homme n'eut pas le courage d'affronter son maître qui le regardait avec des yeux fous. Il baissa les yeux alors que sa compagne s'approchait de Nox et lui murmurait à l'oreille.

Jack crut comprendre que tout ne se passait pas aussi bien qu'il le pensait à voir la manière dont son visage se décomposa avant de se ressaisir d'une manière impressionnante.

- Gray, occupe-toi de lui ! Nous avons des visiteurs, je me dois de les accueillir. Agis comme bon te semble, jeta-t-il avec un sourire moqueur, mon cher fils.

- Oui, père, dit le jeune homme en savourant la peur qu'il lisait sur le visage de son frère.

Il les quitta sans autre forme de procès emportant Martha avec lui, tirant sur la laisse qui la maintenait asservie comme une esclave. Elle n'eut pas d'autre choix que de le suivre. Steven reconnut son père et lui sourit malgré cette situation angoissante, malgré les liens qui lui enserraient les mains au-dessus de sa tête. Le sourire confiant de l'enfant lui apporta un peu de réconfort, bien qu'il le vît ouvrir de larges yeux en voyant le sang couler des multiples blessures. Suzie le tenait fermement par la main, l'empêchant de se précipiter sur son père. Gray l'observait, le dévorait du regard comme un rapace sa proie déjà moribonde.

- Jack, si tu savais depuis combien de temps j'attends ce moment, le moment où je te tiendrai dans ma main et que je te ferai payer tout le mal que tu m'as fait. Tu m'as abandonné !

- Gray, nous n'étions que des enfants et c'était la guerre. Je suis désolé, pardonne-moi. J'aurais dû te protéger, je te tenais par la main, nous fuyons, tu étais si petit... je suis si désolé, j'ai lâché ta main.

- Tu l'as lâchée et je me suis retrouvé tout seul au milieu des ruines de notre maison. J'ai tout perdu ce jour-là.

- J'ai essayé de te retrouver, dit Jack en suivant du regard Gray qui marchait de long en large, visiblement revivant les mauvais souvenirs, j'ai essayé mais tu avais disparu et Adina, tu te souviens d'Adina ? m'a dit que tu étais mort. Je n'étais qu'un gamin. Je ne savais pas quoi faire. Je t'ai pleuré si fort... Je ne savais pas que tu étais vivant.

- Tu aurais dû continuer à me chercher, asséna le jeune homme d'un ton ulcéré, je n'ai jamais cessé de te chercher et je t'ai retrouvé...

- Pourquoi alors n'es-tu jamais venu me voir ? demanda Jack d'un air malheureux, j'aurais été heureux de t'accueillir près de moi. J'aurais été moins seul.

- Non, Jack, ce que je veux, c'est ta vie, tout ce que tu possèdes et j'ai trouvé le moyen de l'avoir. Suzie m'a déjà aidé, elle continuera, dit-il avec une insupportable outrecuidance, elle me le doit et c'est grâce à moi qu'elle t'a donné ce fils.

Il arracha Steven à la main de sa mère et le plaqua contre lui, sortant un poignard qu'il posa sur la peau tendre du cou de l'enfant, trop surpris pour se défendre.

- Quel dommage ! il est si jeune, d'un âge si tendre comme moi au même âge.

- Père, s'écria le jeune garçon, les yeux remplis de larmes et de peur, comprenant tout le mal que cet homme voulait lui faire.

- Silence enfant !

- Ne lui fais pas de mal, supplia Jack, je suis coupable mais ne fais pas de mal à mon fils. Je t'en prie. Fais de moi tout ce que tu voudras mais ne fais pas porter à Steven la responsabilité de ma faute.

Jack tentait d'argumenter pour sauver la vie de son fils. Il lisait dans son regard une telle férocité qu'il avait réellement peur qu'il prenne la vie de son fils pour se venger de lui. Un coup d'œil à Suzie, ravagée derrière Gray, lui apprit qu'il n'était pas le seul à le craindre. Son épouse ouvrait de grands yeux tandis que Gray se balançait sur lui-même, secouant Steven comme une vulgaire poupée de son. Il tira sur ses liens qui tremblèrent sous le choc, sous la rage qu'il mettait à vouloir se libérer.

- Pourtant Jack, j'y suis obligé, pour expier ta faute, il faut que j'arrache la moindre trace de ton passage sur cette terre. Ton domaine, ton nom, tes amis, et maintenant ton fils. Tu ne veux pas donner au Maître ce qu'il te demande, soit... Steven payera pour tes fautes, comme tes amis... tu sais la bombe a explosé à Durham Street. Il ne reste plus rien de toi, qu'une ombre dans mes pas... je pourrai enfin vivre quand tu seras mort. Mais tu souffriras avant que je ne te tue. Je t'ai promis que tu aspirerais à la mort avant que tout cela ne soit fini.

- Attends, attends Gray, ne fais pas cela, je t'en prie, ne tue pas mon fils pour te venger de moi, tue-moi plutôt...

- Ce ne serait pas juste, dit pensivement Gray, j'ai vécu comme un chien toute mon enfance, esclave parmi les esclaves, un orphelin de la guerre qui n'avait pas le choix pour survivre que de faire ce qu'on m'ordonnait de faire. Je suis miséricordieux, il ne subira pas ce sort. N'aie crainte, je ferai vite...

- NON ! hurla Jack alors qu'un autre non explosait derrière l'homme qui se penchait sur l'enfant à présent terrorisé.

Suzie venait de comprendre le plan de Gray et s'insurgeait contre cette aberration. Il était dévoré par la haine, elle le savait et le comprenait. Mais c'était son enfant qui était en danger et même si elle ne s'y était pas pleinement attachée, elle ne pouvait supporter de le voir se faire assassiner sous ses yeux.

Elle sauta sur Gray, furie d'une louve acculée et tenta de lui arracher l'arme. Gray repoussa Steven vers Jack, le gamin bondit vers son père et enfouit son visage contre sa veste maculée de sang.

Gray repoussa la femme qui s'accrochait à lui vainement et la poignarda froidement. L'arme pénétra dans la poitrine de Suzie qui ouvrit de grands yeux, surprise par la douleur et la soudaineté de l'action. Elle glissa au sol avec un bruit mat, les mains toujours serrées sur l'arme qui l'avait transpercée. Les mains couvertes du sang de sa complice, Gray la rejeta sur le dos d'un coup de pied. Il se pencha en secouant la tête devant le corps de la femme qui gémissait et se tortillait pour lui échapper. Il émit un bruit de désapprobation et récupéra son arme, écartant les mains faiblissantes de Suzie qui tentait de le repousser. Il esquissa un sourire feint.

- Ma pauvre Suzie, l'amour maternel te vient décidément bien tard et mal à propos car cela ne change rien à ma décision. Quoi ! Tu croyais que j'allais garder ce bâtard auprès de moi, une fois que tu serais devenue ma femme ? C'est bien dommage, car grâce à toi, j'aurais pu obtenir la fortune d'Harkness qui a renié notre nom.

- Je n'ai rien renié, clama Jack, considérablement ébranlé par le meurtre de son épouse, je n'étais qu'un gamin, j'ignore mon nom de naissance, seulement mon prénom.

- Tu l'ignores dit Gray avec un rire surpris, jamais tu ne t'es posé de question sur qui nous sommes ?

- Tous les jours, autant que de penser à toi, à ce que tu aurais pu devenir...

Jack tentait de le faire parler, de le pousser à redevenir humain. Il était horrifié de voir son petit frère, si doux être devenu cet homme rongé par la folie. Il sentait Steven se presser contre lui, il aurait tant aimé poser une main consolatrice sur sa tête et le tirer de cette situation. Heureusement que l'enfant n'avait pu voir sa mère se faire assassiner. Mais il devait certainement entendre son agonie, le son âpre de sa respiration laborieuse.

- Ce que j'aurais pu devenir, hurla l'homme d'un ton colérique, dominant son aîné qu'il foudroya du regard. Tu ne sais rien... tu m'as enterré alors que j'étais vivant. Tu m'as oublié comme tu as oublié le nom de notre père.

- Qui ? demanda Harkness en tremblant de le savoir.

La quête de son nom, son identité l'avait toujours préoccupé. Il ignorait d'où il venait et avait dû se forger une identité pour simplement survivre.

Gray sourit amèrement.

- Je peux le dire à un homme qui va mourir. Nox m'a élevé, recueilli, donné son nom. Mais celui de notre père, je le portais quand je l'ai suivi dans ses activités illicites...je ne pouvais le porter au grand jour, un vieux nom… que tu as trahi en l'oubliant. Mais cela n'a plus d'importance maintenant, car tu vas mourir. Viens voir ton oncle, Steven, j'ai quelque chose à te montrer.

- Père, s'écria le gamin en relevant la tête, je reste avec vous...

- Gray, laisse-le vivre, laisse-le partir, je t'en supplie.

- Je ne le peux pas, dit tristement Gray, tu mérites de disparaître ainsi que toute ta lignée. Steven ici !

Il prit de force le bras de Steven et l'attira à lui. L'enfant hurla de peur et chercha à lui échapper en battant des pieds et des bras contre la poigne adulte qui le martyrisait.

Il lui mordit la main cruellement en désespoir de cause. Et Gray le frappa comme on frappe un chien pour s'en faire obéir, sans plus d'émotion. Steven se recroquevilla sous le coup, cessant de se battre pour jeter à son père un regard où celui-ci vit la panique rivaliser avec la haine, une rébellion qui le faisait affronter son bourreau sans supplier.

- Gray, ne fais pas cela, ce n'est qu'un enfant.

- Tu disais toi-même que ce n'était pas ton fils mais celui de celui-là, dit il en jetant un coup de pied à Alec toujours évanoui. Alors tu as décidé de le reconnaître ? Que c'est noble de ta part, mais cela lui coûtera malheureusement la vie.

- Jamais ! cracha une voix rauque derrière lui, les surprenant tous les trois.

Jack entendit le cliquetis d'un chien qu'on rabattait suivi d'une détonation sèche qui lui fit cligner des yeux. Il lui sembla que toute la scène se déroulait dans de l'eau, tant celle-ci lui paraissait lente, torturante. Gray relâcha le jeune garçon qui recula, les yeux égarés avant de tomber aux pieds de son père. Le jeune homme avança de quelques pas, hébété par ce qui lui arrivait, par cette balle qui venait de le frapper en pleine poitrine. Il se tourna éberlué vers Suzie qui reposa le Derringer fumant, qu'elle avait toujours tenu cachée en son sein.

Gray regarda Suzie, puis Jack, un air stupide peint sur son visage. Jack le regardait avec des larmes dans les yeux, incapable d'affronter sans désespoir son regard perdu, mourant. Il cracha du sang, ses poumons se remplissaient de liquide. Ils se contractaient de plus en plus difficilement pour amener l'air à son cœur qui ralentissait. Il s'approcha de son frère, des émotions contradictoires jouaient sur son visage, l'incompréhension, l'amour et la haine. La lumière de ses yeux s'éteignait peu à peu. Il s'effondra aux pieds de Jack. Leurs yeux s'accrochèrent l'un à l'autre, alors qu'ils étaient incapables de parler. Sa poitrine se souleva à peine une dernière fois puis redescendit pour ne plus remonter.

Jack laissa ses larmes couler librement. Gray était mort.

Steven regarda le corps immobile avec des yeux ronds. Il regarda Suzie puis son père qui baissait la tête. Le sang et les larmes baignèrent le visage de son frère brouillant ses traits enfin apaisés. Il se mordit les lèvres et attrapa le poignard que Gray avait lâché et courut délivrer son père en coupant les liens qui le retenaient à la muraille. Jack s'effondra sur le corps de son frère. Ses membres lui faisaient mal, ses plaies à vif le faisaient souffrir mais il n'en avait cure. Son frère gisait près de lui. Il approcha ses mains tremblantes du visage de Gray et essuya son sang dans une caresse. De lourds sanglots le secouaient. Il ferma les yeux vitreux de Gray en pleurant comme un enfant. Il l'avait retrouvé, pour finalement le perdre.

Il releva enfin la tête douloureusement, il tremblait à genoux près du corps. Ses yeux brouillés s'accrochèrent au visage troublé de Steven qui venait d'ôter les liens d'Alec. Jack ouvrit les bras et le jeune garçon vint s'y réfugier. Leurs larmes se mêlèrent, alors que leurs cœurs battaient au même rythme. Jack lui caressait la tête, heureux de le retrouver vivant et en bonne santé, du moins physiquement. Cependant il était partagé entre le désespoir d'avoir perdu son frère sous ses yeux et la joie de serrer entre ses bras son fils.

Il se releva et caressa la tête de Steven dans un geste autant destiné à réconforter l'enfant qu'à lui même s'assurer de sa présence. L'enfant semblait indemne, malgré les évènements. Il lui prit la main et l'entraîna auprès de Suzie qui serrait convulsivement l'arme avec laquelle elle avait sauvé son fils. Jack s'agenouilla à ses côtés et lui prit la main. La femme ouvrit les yeux, elle respirait faiblement et cherchait Steven d'un regard terne. Jack fit signe d'approcher au petit garçon, celui-ci vint lui prendre la main qui lâcha l'arme. Elle laissa échapper une larme qui roula de sa joue jusqu'au sol. Jack l'embrassa doucement, permettant au garçon de faire de même.

- Je… je suis désolée, Jack, mais je ne savais pas qu'il allait s'en prendre à Steven. Je ne pensais pas... je suis une horrible personne. Je vous ai fait du mal à tous les deux. Mon fils, ton fils… protège-le, Jack. Je t'en prie, pardonne-moi.

- Suzie, Suzie, je regrette moi aussi, je n'ai pas été un bon époux pour toi, mais tu m'as donné un fils et tu viens de lui sauver la vie. Je te pardonne.

- Il faut que vous vous échappiez d'ici, dit Suzie, réprimant un râle, Nox va vous tuer si vous restez ici. Il ne supportera pas la mort de son fils. Il s'en prendra à vous.

- Nous t'emmenons avec nous, déclara Jack à travers ses pleurs face au repentir tardif de celle qui était toujours son épouse.

- Non, fit-elle, catégorique, avant de se déchirer la gorge sur une toux rauque, non… je sais que c'est fini. Je meurs, c'est ainsi. Jack, emmène Steven, sauve-le. Il a déjà trop vu de morts aujourd'hui, je ne veux pas qu'il me voit ainsi. Adieu mon fils, je n'aurais pas été une mère pour toi. Mais Jack sera un bon père. Pense à moi de temps en temps...

- Maman ! s'écria le jeune garçon en serrant sa tête contre lui.

Il pleurait alors que Suzie respirait de plus en plus difficilement. Elle glissa dans la mort tout doucement, accompagnée du pardon de son époux et des pleurs de son fils. Ses traits s'amollirent, s'adoucirent alors que sa respiration cessa pour ne plus reprendre.

Jack embrassa son épouse défunte doucement puis serra son fils contre lui en l'emmenant vers Alec qui gisait toujours évanoui au sol. Il tentait de lui faire reprendre conscience lorsqu'il entendit un vacarme ahurissant dans les couloirs, des cris de douleurs, des bruits de bataille féroces, des armes qui se déchargeaient. Il sourit en serrant Steven contre lui, pauvre petit oiseau apeuré qui retenait ses larmes, les renforts arrivaient. Ses attentions finirent par faire ouvrir les yeux de l'homme qui avait accompagné son martyr. Ils allaient pouvoir sortir d'ici finalement.

- Jack ? marmonna Alec avant de grimacer en sentant son corps l'élancer, comment as-tu fait pour te libérer ?

- Je t'expliquerai, nous devons sortir d'ici. Crois-tu pouvoir te lever ?

- Je ne sais pas… j'ai le bras cassé, et j'ai mal partout.

- Je vais t'aider, dit Jack en le soulevant avec précaution.

L'homme était couvert d'ecchymoses, il avait été battu tout comme lui, mais il avait eu la chance de sombrer dans l'inconscience avant que cela n'empire. Jack rassembla les dernières forces qui le soutenaient pour l'aider à se relever. Ils vacillèrent tous les deux, mais ils arrivèrent à rester debout en s'appuyant l'un sur l'autre. Alec jeta un coup d'œil aux deux corps qui reposaient non loin l'un de l'autre.

Jack surprit son regard dans lequel il lut des questions auxquelles il ne souhaitait pas répondre pour le moment. Il endurcit son cœur, il fallait qu'ils sortent de cette pièce. Les bruits de lutte s'intensifièrent. Du grenier à sel où ils avaient été enfermés, il entendit des pas se rapprocher d'eux.


Rhea01  (05.01.2011 à 17:33)

oOoOo

Owen et Ianto s'étaient précipités vers l'ancienne tannerie comme des furies en entendant la voix puissante de Jack rebondir en écho jusqu'à eux. Cinq hommes montaient une garde nonchalante près de l'entrée, assurés que personne ne viendrait les déranger. Ces hommes jouaient aux cartes et aux dés joyeusement, sans surveiller outre mesure les abords. Ils se sentaient en sécurité. Seul un insensé pouvait vouloir attaquer le roi des Bas-Fonds dans son antre. C'était comme si les deux amis découvraient le quartier général des principaux criminels de Londres. Rhys les rattrapa alors qu'ils surveillaient les abords de l'ancienne tannerie depuis l'angle d'un mur à demi-éboulé. Il vint les prévenir que les renforts étaient prêts. Il leur murmura qu'il y avait un certain nombre de policiers, plutôt énervés. L'un d'entre eux s'était fait tuer le matin même par un truand, ajoutant à leur devoir, la colère et la revanche.

Ils entendirent une détonation, sèche qui fit relever la tête des joueurs, les faisant se taire et écouter. Ianto n'écouta que son cœur serré d'angoisse et il bondit vers l'entrée. Owen le suivit de près. L'adrénaline leur brûlait les veines alors qu'ils se jetaient tous trois sur les gardes. Malgré leur nombre supérieur, ils les maîtrisèrent facilement, Rhys armé de son gourdin en assomma deux aisément, avant de faire goûter de son gourdin à un troisième qui tentait de fuir. Ianto fit regretter à sa victime de ne pas avoir cherché un autre emploi moins douloureux pour ses dents. Owen avec sa précision toute chirurgicale éclata une rotule d'un coup de pied qui poussa l'homme à se courber en deux, position plus aisée pour l'estourbir pour le compte. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, les cinq malfrats mordirent la poussière. Ils n'avaient pas eu le temps de donner l'alerte.

Les trois hommes abandonnèrent les corps des gardes et entrèrent dans la vieille tannerie, un immense bâtiment composé d'une enfilade de pièces qui communiquaient par des couloirs dissimulés. Il subsistait de l'ancienne tannerie la ligne de travail abandonnée, avec ses chaînes qui cliquetaient au moindre souffle de vent. Elle courait à travers la première salle où des trous profonds dans le sol contenaient les cuves dans lesquelles les peaux étaient préparées au tannage.

Une odeur d'alun et de produits chimiques prenait à la gorge malgré l'air qui circulait librement. Des planches jetées par-dessus ces cuves, vidées de leur contenu formaient des ponts, un chemin de bois providentiel. Owen traversa rapidement sur la pointe des pieds, Ianto marqua un temps d'arrêt et le suivit aussitôt. Rhys les regarda d'un air malheureux, pris d'un irrépressible vertige. Il ne pouvait se résoudre à passer sur ces planches. Il avait peur que son poids ne les fasse céder. Il resta aux portes à attendre que les renforts arrivent.

- Allez-y, je vous les envoie dès qu'ils arrivent. Soyez prudents.

- Toi aussi Rhys, lui fit Owen avec un petit sourire, comprenant l'effroi du majordome.

Les deux hommes partirent en éclaireur poussés par la loyauté envers Jack. Rhys se rongea les sangs, il ne supportait pas de les voir s'exposer sans lui pour les couvrir. C'est avec soulagement qu'il vit apparaître la bouille ronde d'Alonso Frame. Il leur montra le chemin où Ianto et Owen avaient disparu. Il se mordit les lèvres, incapable de les laisser prendre tous les risques sans lui. Il avisa un petit renfoncement qui cachait une porte dissimulée. Il brandit son arme et partit à la découverte des couloirs intérieurs tandis que l'escouade de policiers suivait Alonso. Wilfried Mott l'accompagna, il ne se voyait pas traverser les planches de bois aussi souplement que la jeunesse.

Ianto ne desserrait pas les dents, angoissé par le cri et le coup de feu qui les avaient lancés dans cette opération inédite. Il calquait son attitude sur le médecin dont les souvenirs de son passage à l'armée ressurgissaient. Celui-ci faisait attention en avançant, vérifiant l'entrée et les angles cachés en pénétrant dans la seconde pièce. Celle-ci avait bénéficié d'un aménagement plus moderne. Des étagères couvraient l'ensemble des murs, remplies de butins.

Owen ouvrit des yeux grands comme des soucoupes en découvrant l'or qui brillait, les pierres précieuses qui roulaient dans les cases de cette nouvelle caverne d'Ali Baba. Il fut surpris par le tir de Ianto, suivi d'un hurlement de douleur. Un homme, caché entre deux étagères s'effondra au sol en lâchant son arme avec laquelle il visait Owen. Celui-ci n'eut pas le temps de remercier son ami qu'une armada de truands affluait dans la pièce. Ils obéissaient aux ordres et protégeaient le passage vers une autre pièce.

En un instant, Owen et Ianto furent aux prises avec les voleurs. Ils se mirent dos à dos pour combattre les hommes qui se ruaient sur eux. Ianto tira à trois reprises puis se servit de son arme comme d'un casse-tête avant qu'il lui fût arraché. Il se mit en garde dans une pose de boxe très classique. Owen tira également, jusqu'à ce que ses armes soient déchargées avant de se servir de sa canne-épée qui se révéla très acérée.

Ianto frappait sans prêter attention aux coups qui lui étaient rendus, un uppercut plus sévère que les autres le jeta au sol où il rampa pour s'écarter des pieds de la meute qui s'acharna sur le seul médecin encore debout. Il tâtonna jusqu'à tomber sur un sabre de cavalerie plus adéquat que ses poings pour se défendre. Il hurla et se jeta à nouveau dans la bataille. Il attaqua, coup de taille, de côté, utilisant le coté plat pour assommer ses adversaires. Il fit sonner sa lame parmi les cris de bataille et de douleurs.

Owen parvint à se dégager et se rapprocher de Ianto pour se protéger l'un l'autre. Ils tinrent bon, soutenus par la rumeur des renforts policiers qui venaient à leur rescousse. Malheureusement, ceux-ci rabattaient vers eux les autres voleurs qui bénéficièrent ainsi, eux aussi, de soutien. Les deux amis allaient succomber sous le nombre quand tel le dieu Mars, Rhys sauta au milieu de cette mêlée et s'employa à dégager ses amis, à grands coups de gourdin qui mirent à mal les bandits.

Au bout de quelques minutes qui semblèrent des heures au pauvre Ianto épuisé, ils vinrent à bout des hommes qui restaient avec l'aide des policiers menés par Frame.

Ianto s'appuya contre une des parois du mur et souffla. Ses jambes tremblaient alors qu'il contemplait le carnage. Une vingtaine d'hommes gémissaient au sol, serrant telle ou telle partie de leur anatomie. Owen commença à traiter les blessures les plus sérieuses, auxquelles il avait lui-même contribué. Rhys surveillait d'un air féroce ses moindres gestes, brandissant sa matraque dès que l'un d'eux faisait un geste hostile.

- Où est Jack Harkness ? interrogea Frame, un des hommes qui lui paraissait le moins atteint.

- Avec Nox, fit l'homme se tenant un bras, le Maître lui montre comment il peut faire craquer un homme. Il l'a fait gueuler en tout cas...

- Où sont-ils ? demanda Ianto en se redressant.

Il se retrouva au sol sans comprendre. L'adrénaline quittait son corps et le laissait aussi faible qu'un enfant. Et la fatigue revenait. En un clin d'œil, Owen fut près de lui, soutenant sa tête dodelinante.

- Alors Ianto, que t'arrive-t-il ? dit-il en lui prenant le pouls.

- Ce n'est rien qu'un peu de faiblesse, je crois que je suis mort de faim.

- Très bien, je t'avais dit de manger ! Trouvons Nox et Jack. Je suis sûr que Rhys sera ravi de te préparer ton repas préféré pour nous remonter.

- J'espère qu'il se lavera les mains avant, dit Ianto avec un faible fantôme de sourire.

- Tu te lèves ou bien je te fais évacuer ?

- Non, je veux trouver Jack.

- Comme je te comprends... Allez Ianto, allons-y ! Toi, là, dis-nous où se trouve Harkness, jeta le médecin en détaillant l'homme qui avait parlé le premier.

- Vous le trouverez dans le grenier à sel avec le Maître et son fils. Enfin, si vous avez de la chance, il sera p'tre encore en vie.

Le sourire narquois du voleur lui valut un coup de poing de la part de Rhys qui n'avait pas aimé le sous-entendu. Owen le réprimanda mais sourit de connivence.

- Je sais où se trouve le grenier à sel, dit Ianto après avoir rechargé son arme, je vous guide.

Il partit en trombe, la perspective de revoir Jack lui avait redonné des forces, il se sentait pousser des ailes en empruntant les couloirs sombres qui menaient au grenier. Il monta les escaliers quatre à quatre, mettant de la distance entre lui et ses amis. Un cri perçant l'alerta juste à temps pour éviter de se faire poignarder par une furie rousse. Il bondit en arrière avant d'être rattrapé par Rhys qui le suivait de près. Le majordome le remit debout et se précipita pour maîtriser une jeune fille qui se démenait comme un diable dans de l'eau bénite. Elle cracha, griffa, tenta de planter son couteau dans le gras du ventre de Rhys. Elle se calma lorsque l'homme lui attrapa le bras et le remonta haut derrière son dos. La douleur lui bloqua la respiration. Elle gémit. Ewen surgit en hurlant.

- Non ... Ivy, ne lui faites pas de mal... je ferai tout ce que vous voudrez mais ne lui faites pas de mal.

- Oh arrête de gémir, Ewen, dit Ivy d'un air goguenard, faudrait p'tre que tu choisisses ton camp. Nox va te tuer ! Tu as trahi ton maître, assume. T'as vraiment pas de couilles !

- Ivy, Ivy, murmura Ewen en se tordant les mains, ses yeux suppliants allaient de la jeune fille à Rhys.

- Ewen... il va falloir que tu t'expliques, dit Owen qui, d'un regard avait néanmoins compris la situation. Pour le moment, je n'ai pas le temps de statuer sur ton sort. Rhys, descends-moi ces deux-là en bas. J'aurai deux mots à leur dire tout à l'heure.

- Bien, Maître Harper, fit le majordome. Je reviens tout de suite.

Il descendit les escaliers sans attendre la réponse d'Owen. Ianto, étonné de la présence d'Ewen dans ce lieu, reprit la montée. Le grenier à sel se trouvait à sa droite au premier étage. Tout au fond, il savait qu'il y avait un accès au séchoir qui se trouvait sous les combles. Il savait qu'il n'était plus très loin de Jack, son cœur battait si fort dans la cage de son thorax qu'il lui semblait voir s'échapper.

Il entendit le son d'une conversation, une détonation et le bruit d'une porte qui se claquait suivi d'un hurlement strident qui lui brisa le cœur. Il courut jusqu'à la porte du grenier à sel et l'ouvrit à la volée.


Rhea01  (05.01.2011 à 17:35)

Chapitre neuf : où Jack se trouve face à un dilemme.

Avertissemement, ce chapitre contient des scènes qui peuvent heurter la sensibilité des lecteurs.

Un peu plus tôt...

Jack soutenait Alec qui papillonnait des yeux. Il était si faible. Jack eut peur de clore à nouveau les yeux d'un autre proche. L'homme battit des paupières. Il était épuisé, son regard bleu profond pâli par les épreuves se lia à celui de Jack. Il avait l'air désorienté mais un mince sourire apparut sur ses lèvres en se découvrant dans les bras de Jack.

- Nous sommes sauvés ? balbutia-t-il.

- Pas encore, souffla Jack en posant sa tête contre la sienne, nous sommes encore enfermés et je ne sais pas où nous sommes exactement.

- Je sais comment on sort, s'exclama le petit bonhomme, qui suivait la conversation. On va pouvoir sortir.

L'enfant alla à la porte avant que son père ne l'y autorise. Alec sollicitait toute son attention, tirant sur son bras.

- Jack, je regrette, j'ai cru que Saxon était un homme de confiance, je t'ai trahi. C'est ma faute si toi et Steven vous vous retrouvez dans une telle situation.

- Mon ami, dit Jack, ceux qui sont à blâmer sont ceux qui t'ont manipulé et nous ont fait enlever. Peux-tu marcher ?

- Je le crois, dit Alec, je m'appuierai sur toi pour sortir.

- Steven, attends-nous, demanda Jack à son fils, le colonel McNeil ne va pas aussi vite que toi.

- Mais père, maugréa le jeune garçon, en ouvrant la porte... c'est ouvert !

Steven poussa la porte au moment où un autre l'ouvrait. Il tomba dans les bras d'Harold Saxon dans l'embrasure de la porte. Celui-ci comprit en un instant la situation. Son regard accrocha le corps de Gray, étendu sur le sol sans vie. Le sang sembla se retirer de son visage et sa prise sur l'épaule de Steven se raffermit comme des griffes acérées.

- Tu as tué mon fils ! rugit-il, celui que j'ai élevé, celui que j'ai choisi. Le frère que tu as abandonné !

Le chagrin et la rage formaient un masque hideux sur son visage et sa voix vira dans les aigus. Jack ouvrit de grands yeux, songeant à Steven qu'il tenait contre lui, comme Gray tout à l'heure. Sans lâcher Alec qui se cramponnait à lui, Jack tenta de parlementer. Mais Saxon ignora ses paroles.

- Harkness, tu interviens dans mes plans, tu gênes, tu interfères. Je te hais, je te maudis ! Tu as tué mon fils, tes hommes sont en train d'arrêter les miens, mais ils ne trouveront de toi qu'un cadavre.

Saxon tira, la déflagration déchira les oreilles de Steven qui était près de lui. Il gémit, mort de peur pour son père. Alec le poussa et ils tombèrent sur le sol. La balle s'écrasa derrière eux sur le mur. Jack gémit sous le poids d'Alec et ignora la douleur qui bondissait en lui, hurlant dans ses veines. Il s'angoissait tant pour son fils.

Nox jura et visa à nouveau mais un bruit de bataille dans l'escalier qui menait jusqu'au grenier à sel ne lui permit pas de tirer à nouveau. Il jura et emporta Steven avec lui.

- Celui-ci payera pour toi, jeta-t-il par-dessus son épaule.

Jack jura désespérément et repoussa Alec avec douceur, ses bras tremblaient et sa vision s'obscurcissait sous la terreur et la haine.

- Vas-y, dit celui-ci en se rejetant en arrière, va, sauve ton fils.

- Je le dois, je suis désolé...

- Vas-y, Jack, je survivrai.

Jack se rua dans l'entrée et heurta violemment Ianto qui arrivait en courant, alerté par les hurlements perçants de Steven. Jack roulait des yeux égarés, les mains tremblantes, la tête bourdonnante de ce qu'il pouvait arriver à Steven. Il mit quelques instants pour reconnaître Ianto et Owen qui venaient à la rescousse.

- Steven ? demanda le jeune homme.

- Nox vient de l'emmener ! s'écria Jack d'une voix pleine d'autorité malgré son état, c'est lui qui l'a fait enlever ! Ianto avec moi ! Owen, occupe-toi d'Alec.

- Jack, tu n'es pas en état de courir dans les couloirs, le contredit le médecin en le retenant par le bras, tu saignes.

- Occupe-toi d'Alec, il a besoin de soins

- Va retrouver ton fils, murmura Alec, alors qu'il se sentait prêt à s'évanouir.

- Jack, ne fais pas cela ! dit Owen alors que le Lord disparaissait, suivant Ianto qui le précédait dans la poursuite de Nox.

Il titubait de fatigue et de chagrin, il sentait le sang couler le long de son dos et de ses membres, une sensation désagréable, insupportable. L'épuisement et l'état de ses blessures le ralentissaient, le faisaient souffrir mais chacun des cris de Steven qui continuait à hurler de peur faisait frémir son cœur.

Ianto n'avait pas attendu que Jack lui donnât l'ordre de suivre Nox. Il courait déjà à travers les couloirs, guidé par le son de la voix de Steven. Il arriva à l'échelle qui montait vers le séchoir. Il n'attendit pas que Jack qu'il entendait ahaner derrière lui arrivât à sa hauteur, il grimpa les échelons.

Il déboucha soudain devant Nox qui s'attendait à voir le visage haï de Jack. Il releva son arme avec un mauvais sourire.

- Mais que vois-je ? Le mignon d'Harkness ? Son petit chien fidèle ... lâche ton arme et avance.

Le jeune homme ne bougea pas, entendant les pas de Jack qui se rapprochaient de l'échelle. Nox menaça Steven du canon de son colt et Ianto déposa son arme sur le sol.

- Avance ! hurla Nox, qui semblait avoir perdu tout sens commun. Nous allons jouer à un petit jeu. Qui penses-tu que Jack préfère ? Toi ou son propre fils ? Il m'a arraché mon fils, son propre frère. Je l'ai adopté, élevé alors qu'il avait été abandonné. J'ai tout fait pour lui. Tout cela, c'était pour lui offrir ce qu'il méritait. Harkness a tout détruit et pour cela il va payer. Ici, le mignon ! Approche-toi ! Je ne sais pas comment tu as échappé à la mort à l'auberge, mais cette fois-ci, elle sera là pour toi. Steven, approche-toi ou je le tue. C'est ton précepteur, n'est-ce pas ? Tu ne voudrais pas que je fasse du mal à ton professeur ? Approche-toi ! Monte !

Nox lui montra le rebord de la large baie ouverte à tous les vents tout en continuant de viser le précepteur. Steven n'osa pas regarder le vide. Tout ce qu'il voyait, c'était Nox qui braquait son arme sur son professeur. Il retenait ses larmes tandis que Ianto tentait de lui envoyer son soutien à travers son regard. Le vide derrière lui l'attirait, il avait peur de mourir, il avait peur que Maître Jones meurt. Il tremblait alors que le vent qui soufflait dans le séchoir devait de plus en plus violent.

Nox hocha son revolver et fit signe à Ianto de monter à son tour. Celui-ci le foudroya du regard et exécuta son ordre. Il lui semblait que l'homme était prêt à tout. Il jeta un coup d'œil vers le sol et esquissa un mince sourire qui échappa à Nox, pris dans sa folie.

 


Rhea01  (06.01.2011 à 18:27)

Jack montait péniblement l'échelle sans savoir qu'il était ardemment attendu par le maître des lieux. Il avait l'esprit obnubilé par le sort de son fils. Il vit immédiatement Steven et Ianto en équilibre sur le parapet. Nox se tenait près d'eux, son arme braquée sur eux.

- Nox, arrêtez ! s'écria-t-il posant une main sur le mur, essoufflé par la courte montée.

L'homme tourna vers lui un visage hagard où se lisaient la haine, le désespoir et une douleur sans nom.

- Pourquoi ? s'enquit-il d'une voix éraillée, les yeux fous.

- Parce que Ianto ou Steven n'ont pas à payer pour mes erreurs. Faites-les descendre.

- Pourtant à cause de toi, je n'ai plus rien…. Ni fils, ni organisation. La police vient d'arrêter chacun de mes hommes. La Reine ne me fera plus confiance désormais, moi qui avais un grand dessein pour l'Empire.

- Celui où vous seriez empereur à la place de Victoria, dit Jack. C'est de la haute trahison.

- J'ai fait cela pour mon fils, tu l'as abandonné mais je lui ai donné une vie meilleure. Il le mérite, il le méritait, reprit-il avec une voix brisée, tu l'as tué.

- Non, Suzie a tiré pour défendre Steven ! fit Jack. Gray voulait le tuer pour me faire connaître la douleur de la perte, l'abandon de l'espoir. Je sais ce que c'est. J'ai passé plus de 20 ans à pleurer sa mort, alors qu'il était vivant. Pourquoi l'avoir dressé contre moi ? Pourquoi ?

- Parce que tu étais la seule raison pour lui de vivre, sa haine envers toi était tout ce qui le soutenait, dit Harold d'une voix doucereuse, te voir souffrir devrait apaiser son âme.

- Harold, je compatis à ta perte, mais ne fais pas cela, lâche ton arme, laisse-les descendre. Ne leur fais pas de mal, je t'en prie.

Son ton se fit suppliant, alors qu'il voyait l'homme qui l'aimait aux côtés de son enfant. Les personnes qu'il aimait le plus au monde étaient aux mains d'un homme qui avait perdu tout sens commun. Il s'effondra sur le sol poussiéreux, les forces qui l'avaient soutenu jusqu'ici venaient à lui manquer. Il rampa vers Harold Saxon, prêt à s'avilir en le suppliant pour qu'il ne les tue pas sous ses yeux. Harold ricana alors que Ianto faisait un mouvement pour se précipiter vers lui.

- Toi, le giton, tu ne bouges pas ! lui ordonna Nox.

- Laisse-les, gémit Jack, se traînant sur le sol, brisé par ses émotions. Ne les tue pas.

- Choisis celui qui vivra, asséna Nox, ou je les tue tous les deux.

Il rechargea son arme sous les yeux suppliants de Jack. Il ne pouvait choisir, son cœur ne pouvait choisir entre les deux, la promesse d'une vie et la promesse d'un amour. Il se trouvait face à un dilemme terrifiant dans lequel son esprit s'engagea néanmoins. Il ne pouvait pas laisser son cœur choisir, mais sa raison lui dictait un nom.

Il regarda Ianto avec un air si triste, si désolé que le jeune homme sentit son cœur se briser. Il lui fit cependant un léger sourire, et articula silencieusement « confiance ». Harkness fronça les sourcils, sans comprendre ce qu'il venait de murmurer. Un adieu sans doute auquel il ne voulait pas penser.

Le bref échange avait échappé à Nox qui fit claquer son arme.

- Alors Harkness, ton choix ? Tu résistes encore, vais-je devoir choisir pour toi ? Le Docteur ne t'a jamais appris à faire la part de choses et choisir entre deux options celle qui serait la moins mauvaise ?

- Le Docteur ne ferait jamais cela, fit Jack en baissant la tête.

- Si ! Il me l'a fait à moi… il m'a poussé à choisir entre lui et moi… entre sa façon de vivre sa vie et mon désir de pouvoir. Je suis né pour gouverner, pas pour courir les routes pour éviter les conflits. Nous nous sommes séparés à cause de cela. Je préfère que les hommes me craignent plutôt qu'ils m'aiment, cela dure plus longtemps.

- Pourtant, vous continuez de l'aimer. A cause de cela, vous le cherchez si férocement.

- Non, je veux le dominer, l'écraser et prendre le contrôle de tout ce qu'il fait. je sais qu'il a, un peu partout, des réseaux d'hommes à sa solde. Je suis sûr que je peux les utiliser pour moi.

- Alors c'est pour cela que vous vouliez le voir, fit Jack.

Il voulait gagner du temps alors que le soleil se levait enfin, rampant pour attraper le revolver que Ianto avait déposé. Jack voulait prendre l'opportunité. Il pouvait sans doute s'en emparer sans que Nox ne s'en aperçoive.

- Oui… et c'était l'occasion pour Gray d'en finir avec toi, une bonne fois pour toutes. Après cela, il aurait été apaisé et il aurait fait un bon prince.

- Je suis désolé…

- Je me contrefiche de tes regrets, tu as tué mon fils. Tu ne veux choisir pas entre les deux. Les deux vont donc mourir.

Jack serra les dents, ses blessures le faisaient souffrir, sa main était glissante sur l'arme qu'il avait enfin récupérée. Il releva la tête, il fallait qu'il choisisse. Il devait choisir son fils pour le sauver. Mais alors même que les deux étaient menacés, il ne pouvait se résoudre à prononcer le nom de Steven. Ianto Jones… pardonne-moi, gémit-il intérieurement.

Le soleil qui se levait éclairait le visage de son secrétaire, l'auréolant d'une lumière qui lui donnait l'air d'un glorieux archange, peint par un Michel-Ange moderne. La lumière découpait sa silhouette jusqu'à Jack, saisi par la beauté du jeune homme et ravagé par son choix. Il le vit lui sourire une nouvelle fois et saisir la main de Steven pour la serrer brièvement.

Nox braqua son arme sur le professeur et son élève. Jack ne choisissait pas, fort bien. Il pouvait les tuer tous les deux. Il savait qu'il ferait mouche à tous les coups comme au tir au pigeon, malgré l'éclat intense du soleil. Ianto se tourna vers Jack pour lui sourire à nouveau si doucement que son sourire se ficha dans son cœur et le creva. Saxon leva son arme et visa.

Ianto hocha la tête, puis sauta dans le vide, repoussant Steven en arrière. L'enfant hurla alors qu'il l'envoyait rouler vers un coin du séchoir. Nox jura, l'homme lui volait sa vengeance. Jack se redressa, l'horreur fouailla son corps et mobilisa ses dernières forces. Il leva le bras pour viser, le corps frémissant de haine.

- Non, maudit mignon ! Il aura préféré sauter plutôt que de te laisser choisir. Comme c'est attendrissant ! Il a voulu t'éviter de voir le sang de ton fils. Étrange garçon…

Il se retourna en entendant le déclic de l'arme de Jack. Ils se faisaient face, l'un à terre sur un bras tremblant, l'autre le dominant de sa hauteur, tous les deux prêts à tirer. Les armes claquèrent dans le silence du séchoir, les déflagrations retentirent dans un écho terrifiant. Un choc lourd sur le sol se fit alors entendre.

 


Rhea01  (06.01.2011 à 18:31)

oOoOo

L'échelle de bois grinça sous le poids des hommes qui grimpaient jusqu'ici. Owen déboucha dans la pièce qui ouvrait à tous les vents et jura en se précipitant sur les deux corps au sol. Les deux ennemis gisaient sur le sol, si proches que leurs sangs se mêlaient, imbibant la poussière qui se transformait lentement en une boue rouge et chaude.

Owen était suivi de Rhys et d'un groupe d'hommes, dont certains portaient l'uniforme des bobbies. Il s'approcha des corps avec précaution. Jack bougea légèrement, Owen se jeta sur lui. Rhys se précipita dans le coin où gisait le jeune garçon.

- Jack, tu es vivant ? Dans quel état es-tu ! Que t'ont-ils fait ?

- Ianto, Ianto, dit Jack en s'accrochant à son ami, les larmes coulaient à flot de ses yeux. Il a sauté du muret, il s'est écrasé au sol… Ianto.

- Comment, Jack ? demanda Owen qui ne comprenait pas ce qu'il tentait d'articuler.

Jack leva le bras en direction du muret fatal en gémissant. Il ne comprenait pas pourquoi Ianto avait sauté. Avait-il compris qu'il avait choisi son fils plutôt que lui ? Avait-il sauté pour qu'il n'ait pas à choisir ? Jack étouffait sous le désespoir qu'il ressentait. Son fils était sauvé mais son amour était mort. Owen qui ne comprenait pas son subit chagrin, prit ses larmes pour du soulagement, celui d'être sauvé.

- Steven ! Master Steven, s'écria Rhys en soulevant l'enfant dans ses bras. Vous n'avez rien ?

- Maître Jones, dit le garçon en refoulant ses pleurs, il a sauté. Il ne voulait pas que Père choisisse entre nous. Il a sauté...

- Non, s'écria Owen qui comprenait enfin.

Rhys posa l'enfant qui vola vers son père pour tout lui raconter. Rhys se pencha par-dessus le parapet, voulant vérifier ses dires. Jack ferma les yeux en sentant son fils s'abattre sur lui et le serrer de toutes ses petites forces. Leurs larmes se mélangèrent. Jack, dans un effort laborieux leva la main pour toucher la joue de Steven, laissant une marque sanglante. La peur, la douleur se diluèrent en lui, alors qu'il sentait les brumes d'une syncope bienfaitrice envahirent le champ de sa conscience.

- Je ne vois rien, Monsieur Harper, dit Rhys enfin après avoir scruté l'ombre. Il n'y a rien qu'un filet pourri.

- Je suis là ! cria une voix qu'ils reconnurent immédiatement, vers l'angle du mur.

Jack releva la tête. Rhys courut vers la source de l'appel et tendit la main par-dessus le parapet. Le visage souriant de Ianto Jones apparut et le cœur de Jack manqua un battement sous l'effet du soulagement et des sentiments qu'il ressentait. Il retomba en arrière, la vue marbrée de taches sombres. Ianto sauta souplement par-dessus le muret et courut près de lui. Il s'agenouilla pour supporter sa tête. Il lui prit la main et la serra fortement.

- Je vous avais dit de me faire confiance.

- J'ai compris autre chose… dit Jack en dévorant son visage du regard. J'ai cru que tu me disais adieu. Je t'ai cru perdu, je t'…

Il gémit sous le toucher un peu brutal d'Owen.

- Steven, Ianto, écartez-vous, laissez-lui un peu d'air et accessoirement un peu de place pour je puisse m'occuper de lui.

- Vas-y, Owen, occupe-toi de lui, dit Ianto en s'écartant mais je ne le quitte plus des yeux.

- Là, il ne risque pas de s'envoler, tu sais. Raconte-moi, Jack, ce qu'il s'est passé.

Jack parla brièvement, racontant son enlèvement succinctement ainsi que le décès de Gray et Suzie. Il sentait que son débit ralentissait, les sirènes de l'inconscience le rattrapaient. Mais avant de s'évanouir complètement, il voulait savoir comment Ianto s'y était pris pour s'échapper. Il se ressaisit en serrant la main de Ianto.

- Mon magicien, dit-il, d'une voix faible.

- Jack, tu ne devrais pas continuer de t'agiter ainsi, le prévint Owen, mais continue de nous parler.

- Je veux savoir comment tu as fait, magicien.

- Houdini m'a tout appris, répondit Ianto d'un ton joyeux.

- Tu aimes être attaché ? demanda Jack, d'un ton faible mais néanmoins narquois, je te le déconseille, cela fait un mal de chien. Je vais avoir besoin d'un câlin, mais raconte-moi.

- Raconte-lui, Ianto, essayons de le garder conscient le plus longtemps possible.

Ianto s'exécuta en surveillant anxieusement les gestes du médecin qui détaillait ce qu'il trouvait comme blessure. Jack continuait de le fixer, épuisé par son discours et sa petite plaisanterie.

- Une fois sur le parapet, j'ai vu que le filet était toujours en place, on avait l'habitude de sauter dedans quand on était enfant, finit-il par lui apprendre. Alors quand j'ai vu que Jack ne pouvait pas choisir comme le lui ordonnait Nox, j'ai sauté.

- Le filet pouvait très bien être pourri ou bien troué, dit Owen étonné, tu devrais être mort à l'heure qu'il est.

- Peut-être, dit Ianto en haussant les épaules sous le regard de plus en plus trouble de Jack, mais que pouvais-je bien faire d'autre ?

- Je te le concède.

- Comment va-t-il ?

- Il n'est pas très vaillant, il a été battu, il a très certainement des côtes cassées, le sang vient principalement des marques là, il a été durement fouetté.

- Pauvre Jack.

- Je l'ai eu ? demanda Jack qui sentait un brouillard de plus en plus profond l'envahir.

- Qui ?

- Nox… dit-il en roulant les yeux.

- En plein dans l'œil comme le premier Harold Saxon de l'histoire. C'en est fini de lui.

- Paix à son âme et à celle des hommes qui ont fini leur triste vie ici, dit Rhys.

- Amen, dit Owen, il faudra que je pense à mettre un cierge.

- Vraiment Owen, dit Ianto, je ne te savais pas aussi croyant.

- Je le deviens, je suis sûr qu'il y a un démiurge là-haut qui nous guette et nous met face à des épreuves.

- Comme Job…

- Qui ? demanda Owen, peu au fait des figures bibliques.

- Peu importe, dit Ianto, en souriant, Toshiko t'expliquera.

- Très bien, vous avez la civière, on va le descendre.

- Non…murmura Jack, je suis entré ici debout, je sors debout, hors de question que je sorte les pieds devant. Je suis vivant contrairement à tous leurs plans. Je sors debout ! C'est ainsi.

Personne ne put le faire changer d'avis. Il n'en démordit pas. Owen le soutint d'un côté et Ianto de l'autre. Il était dans un état pitoyable mais trouva cependant la force de sourire à son fils et aux hommes qui avait aidés à sa libération.

- ça va, tu te sens bien ? demanda Owen, tu n'as pas la tête qui tourne ?

- ça va, ne me materne pas ainsi Owen, je suis encore solide. Et puis cela doit être le soulagement et la présence de Ianto à mes côtés.

Il serra plus fort le jeune homme, reposant presque entièrement sur lui. Il frotta la tête contre la sienne, désireux cependant d'un autre contact. Tout son corps le faisait souffrir mais il se sentait véritablement soulagé. Il chancela et Ianto le tint plus serré. Le regard inquiet qu'il lui jeta le frappa. Il lui décocha un tel sourire que Ianto sentit ses jambes flageoler sous lui.

- Il va falloir que tu m'expliques comment tu as fait pour me retrouver et comment vous avez rassemblé autant de monde pour moi.

- Vous avez des amis puissants, dit Ianto.

Il soupira et raffermit sa prise sur la taille de son maître, l'entraînant vers l'échelle. Son poids le faisait grimacer mais il ne l'aurait lâché pour rien au monde. Il le soutiendrait jusqu'au bout de la Terre. Cela ne faisait que deux jours qu'ils s'étaient séparés mais cela lui semblait une éternité.

- Lorsque vous avez été enlevé, j'ai pu interroger un des hommes que vous avez abattu. Il m'a appris que vous étiez emmené à la tannerie de Copper et qu'une bombe allait exploser à Durham Street.

- Ah oui, la bombe, dit Jack, recru de fatigue, elle n'a pas explosé, c'est bien.

- Si, elle a explosé, il faudra d'ailleurs que vous remplaciez les fenêtres de la bibliothèque.

- Personne n'a été blessé ?

- Non, dit Ianto en détournant le regard.

- A part Ianto, non, personne de blessé, dit Owen en intervenant dans leur conversation.

- Ianto ! Encore une fois, pesta Jack, et où cette fois ?

- La tête, c'est une habitude chez lui, dit Owen en se mordant les lèvres de rire en voyant la réaction des deux hommes. Cependant, nous l'avons échappé belle.

- Suzie m'a dit que Gray et Nox ont décidé de tuer tous mes amis, cela m'a torturé de ne pas savoir si vous étiez vivants ou non...Ianto est arrivé à temps, n'est-ce pas ?

- Oui, mais que te voulaient ces hommes ? demanda Owen en arrivant à l'échelle.

- Je vous l'expliquerai à la maison, cela risque d'être long.

- Comment fait-on pour redescendre, dit Owen, nous n'allons jamais pouvoir le faire tous les trois.

- Je vais le porter sur mon dos, dit Ianto, c'est la seule solution.

- J'ai des doutes, dit Jack, je suis beaucoup plus lourd que toi.

- Certes, mais je ne suis pas aussi épuisé que vous. Montez sur mon dos.

- Si tu me le demandes gentiment, fit Jack en vacillant sur ses pieds.

Il sentait son esprit encore dans les brumes, mais la présence de ses amis le rassérénait.

- Je vous en prie, Jack, murmura Ianto à son oreille, le souffle chaud embrasa la peau sensible du Lord.

Jack s'exécuta se tenant au cou du jeune homme qui se courba sous son poids. Owen l'aida à prendre place sur son dos. Il enserra de ses jambes sa taille mince. Leurs cœurs battaient la chamade, chantant une musique qui n'appartenait qu'à eux, les plongeant dans un monde intime. Ianto posa les mains sur le postérieur de Jack pour l'aider à se mettre en selle.

Jack ne put s'empêcher de faire remarquer que son pantalon était déchiré.

- Je te dis cela simplement pour information.

- Alors espérez que mes mains protègeront votre vertu.

- A mon âge, je me contrefous de ce que les gens peuvent penser ou voir. Mais laisse tes mains en place, je sens de l'air froid.

- Très amusant, fit Ianto entre ses dents, caressant de ses doigts la peau tiède et élastique de son maître.

Jack se tortilla avec un rire léger, soufflant à son oreille.

- Ianto Jones, ce n'est ni le lieu, ni l'heure de se laisser aller à de telles excentricités. Tu as une échelle à descendre avec un précieux chargement.

- Je ne l'oublie pas, Monsieur, mais essayez de ne pas vous agiter, je vous en prie. Songez à tous ceux qui nous suivent avec une vue imprenable sur votre postérieur.

- Qu'ils apprécient la vue, dit Jack en souriant, s'accrochant de toutes ses forces au cou de son ami.

- Très bien, nous descendons. Accrochez-vous, je vous prie.

Ianto descendit lentement l'échelle de bois, anxieux de sentir le poids de Jack glisser contre son dos. Il se hâtait lentement, posant ses pieds avec précaution. Il entendait la rumeur des hommes qui le suivaient. Il sentait la chaleur de son corps contre le sien, il lui semblait qu'il avait la fièvre au corps. Il continuait à lui parler pour le maintenir conscient. Il lui raconta la manière dont il avait retrouvé sa trace, les deux policiers qui étaient venus à leur aide. Jack s'accrochait à son corps et à sa voix, bercé par les mouvements de Ianto.

Le mouvement s'arrêta, Ianto venait de poser le pied sur le sol. Il laissa le Lord glisser de son dos presque à regret. Il avait apprécié le contact plus que de raison. Son cœur s'agitait dans sa poitrine, secoué par des émotions démentielles. Il se plaça sur le côté pour le soutenir.

- J'ai cru devenir fou en vous voyant enlevé, murmura-t-il.

- Moi aussi, dit Jack en le regardant dans les yeux.

Mille sentiments s'exprimèrent à travers le long regard qu'ils échangèrent, l'amour, l'envie, le regret...

Ianto détourna son visage du sien, trop proche, si proche qu'il sentait son haleine enfiévrée. Il était si heureux de l'avoir retrouvé vivant, blessé mais vivant. Et ce sourire qui étirait ses lèvres lui était si enivrant, ses yeux si captivants qu'il ne put résister à l'envie de s'y plonger, malgré le trouble qu'il lisait dans son regard captif. Il fut surpris d'y découvrir une flamme brûler, la même flamme qui brûlait son esprit.

Jack se serra contre lui, résistant à l'envie urgente qu'il avait de l'embrasser, de le faire partager sa joie de le savoir en vie. Le courage qu'il avait eu de se jeter dans le vide pour lui éviter le choix dramatique l'avait surpris. L'ardeur avec laquelle il le dévisageait allait le rendre fou. Il ne pouvait détourner ses yeux de ce visage ouvert, criant de vérité. Il ne pouvait pas...

Le baiser le prit par surprise. Il ne s'attendait pas à ce que le jeune homme lui ravisse ses lèvres ainsi.

Sa bouche tendre se posa sur la sienne comme un fruit chaud et mûr. Une douceur inconnue se lova autour du cœur de Ianto qui ouvrit de grands yeux en le sentant lui répondre ardemment. Ils avaient besoin de partager une émotion qui les irradiait littéralement.

Jack sourit en découvrant sa réaction, il sentait son cœur battre le ressac. Il plongea sur ses lèvres qui l'envoûtaient tant. Il quémanda du bout d'une langue joueuse un chemin qui s'ouvrit immédiatement. Ianto hésita tout d'abord avant de lui répondre farouchement. Le baiser trop vite échangé dans l'auberge leur avait laissé des regrets. Les yeux fermés, ils se goûtèrent l'un l'autre, ils se buvaient littéralement, se découvrant, comme isolés dans une bulle de tendresse.

Un bref toussotement les avertit qu'ils n'étaient pas aussi seuls qu'ils auraient aimé l'être. D'autant que Jack, rendu à la vie par ce puissant échange, aurait diablement aimé poursuivre ses investigations sous le veston serré de Ianto. Owen se tenait devant eux, cachant de sa mince stature les retrouvailles du lord et de son secrétaire aux yeux des policiers qui descendaient l'escalier.

Il les protégeait mais Ianto comprit que leur enlacement pouvait prêter à la critique. Mais Jack n'en avait cure, il conserva sa prise sur le jeune homme. Il ne tenait pas sur ses jambes et aurait aimé s'asseoir. Ianto frissonna, alors que son désir pour cet homme incroyable venait de toucher le zénith. Son cœur battait douloureusement à cause de cet homme trop beau, trop solaire. Owen renifla, même s'il avait été le témoin de leur attirance mutuelle, il n'aimait guère se trouver devant cette situation embarrassante.

- Si nous sortions, Messieurs ? demanda-t-il, je n'ai pas l'intention de passer ma journée ici. Et malgré ta fougue, Jack, tu as besoin de soins.

Il reprit le bras de Jack sur son épaule et Ianto fit de même pour sortir le Lord de son lieu d'enfermement.

Ils sortirent de la tannerie à présent silencieuse, abandonnant le champ de bataille, poussant les prisonniers devant eux. Les hommes de Nox comprenant que tout était perdu s'étaient rendus et allaient retrouver les geôles qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Les policiers qui étaient venus à l'appel d'Alonso Frame et Mott les entassèrent dans leurs voitures.

Jack sortit de l'ancienne tannerie debout comme il l'avait souhaité, se raccrochant à Ianto pour ne pas vaciller.

Il leva la tête vers le soleil de juin qui l'éclaboussait de lumière. Il ferma les yeux pour savourer ces premiers rayons auréolés de liberté. Il se sentait vivant, douloureusement vivant. Ses blessures se rappelaient à lui alors qu'il marchait laborieusement. L'épuisement et la perte de sang alliés à la douleur et au soulagement furent soudain trop intenses pour ses nerfs qui cédèrent alors que tout danger était écarté. Il lui sembla glisser dans un sommeil profond, accompagné seulement par des détails insignifiants, le son des sabots des chevaux qui claquaient sur les pavés, l'odeur de Ianto qui le serrait contre lui, le sauvant d'une chute qui eût été humiliante.

- J'aurais sûrement dû accepter la civière, se dit le Lord en perdant connaissance.

Il ne sut jamais si ces paroles avaient été prononcées à voix haute, il sombra accompagné par le rire sourd du jeune brun.

Owen fit avancer la calèche pour le faire emporter à l'hôtel particulier. Alec, hâve et tremblant, les attendait déjà dans l'habitacle, en compagnie de Steven et de Martha qui jetait des regards affolés autour d'elle. Rhys, près des chevaux maintenait sous le poids de son regard Ewen qui n'en menait pas large. Le colonel darda un regard inquiet sur le corps inanimé de Jack. Owen répondit machinalement à la question muette alors qu'ils le portaient à la calèche.

- Jack a besoin de soins immédiats et de repos. C'était une folie d'avoir voulu marcher. Ianto, aide-moi à le monter. J'imagine que tu ne veux pas le quitter.

- Maintenant moins que jamais, je le suivrai partout désormais.

- C'est visiblement tout ce qu'il te demande, dit Owen narquois, à la manière dont il te serrait.

- Je le sais, dit Ianto en riant à son tour, malgré la présence agaçante d'Alec.

Son soulagement de voir son maître libéré était cependant teinté d'inquiétude, celle de le savoir gravement diminué et fiévreux.

Il s'en ouvrit à Owen qui tenta de le rassurer.

- N'aie crainte, Jack en a vu d'autres. Ce n'est pas deux jours de captivité qui vont l'abattre. Il est fort et sait qu'il est attendu. Il va se battre pour revenir vers nous. Ne t'angoisse plus Ianto, nous l'avons récupéré, c'est le principal. J'en saurai plus à la maison, une fois que j'aurai soigné ses blessures.

- Comment va Steven, demanda Ianto en observant le gamin qui parlait gentiment avec Alec et Martha qui s'apaisait peu à peu.

- Compte tenu de ses mésaventures, il va bien. Pauvre gamin, être témoin de la mort de sa propre mère, terrifiant, mais c'est toi qui jugera le mieux comment il encaisse cela. C'est toi le professeur après tout.

- En effet, fit Ianto en s'asseyant pour installer la tête de son maître sur ses genoux, encore que cela me fera bizarre d'enseigner à nouveau.

- Les vacances sont terminées, se moqua Owen, allongeant les jambes de Jack sur la banquette. Cher Ianto, il est temps de reprendre son travail. Encore que j'ai cru comprendre que Jack ne t'a pas laissé inoccupé.

Ianto le regarda sans comprendre, fronçant les sourcils. Alec les regarda interloqué, il avait l'étrange sensation d'être transparent.

- Rhys est aussi bavard que son épouse, l'ignorais-tu ?

- Il y a beaucoup de choses que j'ignorais de Rhys en réalité, dit le jeune homme alors que celui-ci faisait claquer son fouet et préparant les chevaux pour le trajet du retour. Je le voyais comme une bonne pâte, toujours prêt et d'une remarquable discrétion, peu fondée en réalité.

- Rhys ne parle jamais qu'à bon escient, il a jugé qu'il était important pour moi de savoir ce que tu as traversé.

Ianto gémit intérieurement. Voilà exactement ce qu'il refusait, que chacun discute de sa situation. Il se mordit les lèvres. Owen s'esclaffa et posa sa main sur son épaule.

- N'aie crainte, je ne gloserai pas sur ton passé. Je suis simplement soulagé que tout soit éclairci, surtout pour Jack, tu comptes beaucoup pour lui.

- Pour moi aussi, murmura Ianto en caressant le visage de Jack.

Alec réprima un sursaut de jalousie. Il lisait sur le visage de cet homme qui tenait Jack évanoui tendrement enlacé, des sentiments qu'il n'était pas loin de ressentir.

Il avait partagé la captivité de Jack comme un cauchemar auquel il avait pu échapper par l'inconscience. Entre les passages à tabac, Jack avait tenté de lui insuffler du courage. Ils avaient parlé, partagé leurs douleurs et leurs espoirs, même dans ce grenier à sel maudit. Il repoussa les souvenirs douloureux pour continuer à suivre la conversation qui portait toujours sur Rhys. Martha se rapprocha de lui, intimidée par tout ce monde.

- Explique-moi, Owen, qui est Rhys finalement. Jamais je n'ai vu un majordome savoir se battre à ce point ?

- Rhys n'est pas un homme ordinaire, dit Owen en riant, déjà supporter Gwen, année après années depuis 15 ans de mariage aurait fait vieillir n'importe quel homme, mais pas Rhys. Il se trouve heureux ainsi. Il s'est littéralement épanoui sous son égide. Enfin, Rhys est un ancien sergent, que Jack a rencontré aux Indes. Il lui a sauvé la vie alors qu'il était impliqué dans une histoire de trafic de viande. Il aurait dû avoir la tête tranchée. Jack a intercédé en sa faveur. Je le soupçonne d'avoir surtout cédé à Gwen qui avait déjà jeté son dévolu sur le pauvre homme. Enfin Rhys fut si soulagé de ne pas se voir retrancher une partie nécessaire à sa vie, qu'il se mit de lui-même au service de Jack. C'était quelque temps avant que Jack ne parte au Japon et n'adopte Toshiko. Il a amplement déployé ses talents de protecteur. Avec Jack, il avait souvent du travail. Il n'est devenu majordome qu'après son mariage. Une fonction qu'il occupe fort à propos. Mais il est toujours prompt à défendre le Lord ou ses amis.

- J'ai vu ses talents de lutteur, dit Ianto en repensant à la manière dont il avait cassé tête, bras, jambe pour les tirer du guêpier dans lequel ils s'étaient fourrés. Sans lui, ils n'auraient sûrement pas pu délivrer Jack.

- Allons-y, fit Owen, en frappant au plafond de la calèche pour indiquer à Rhys qu'ils étaient prêts à partir. A moins que tu ne désires rendre visite à ta famille.

- Il est un peu tôt pour cela. Seul mon père doit être levé. Je n'ai pas envie de me montrer devant lui dans un tel état. Il en ferait des gorges chaudes.

- Heureusement qu'il n'a pas vu la récompense dont t'a gratifié Jack. Son cœur aurait lâché. Sait-il que son fils est attiré par les hommes ?

Ianto rougit et baissa la tête. Alec releva la sienne, avide d'en savoir plus sur le jeune secrétaire, dont Jack n'avait cessé de lui parler.

Ianto se reprit aussitôt et répondit avec mordant.

- Pas par les hommes, un seul ! Un seul me plait suffisamment pour que je m'oublie.

- Hé bien, Jack t'aura bel et bien fait tourner la tête. Mais ce n'est que justice depuis que tu es arrivé à Blackwood, je ne le reconnais plus. Il s'est assagi, on croirait que la raison vient de l'attraper à moins que ce ne soit l'amour.

- Je..

Une jolie teinte coquelicot empourpra le visage du jeune homme.

- Ah, je me moque, Ianto. Je suis heureux pour toi. Mais il n'y aura qu'un mariage, dit-il en agitant le doigt, le mien. La société est bien loin d'accepter l'amour que peuvent se porter deux hommes.

- Nous n'en sommes pas là, dit Ianto, avant de se mordre la langue.

- Oh, pas encore dépassé le stade du baiser, comme c'est charmant ! dit Owen en se moquant de plus belle.

Alec ne disait rien, mais il apprenait des choses intéressantes alors qu'il était ignoré par les deux hommes qui continuaient de converser. Il s'en voulait d'avoir fait confiance à Saxon, de lui avoir tout raconté sur sa rencontre avec le Docteur et le fait que Jack le connaissait. Rien ne serait jamais arrivé sans cela. Jack n'aurait pas subi cette torture, ni vu son frère mourir. Alec restait silencieux, épuisé par sa blessure et par ses erreurs. Il aurait tant voulu serrer dans ses bras l'homme qu'il avait connu si aimant.

Il avait reconnu le docteur Harper, qui n'avait guère changé en six ans. L'autre, il ne l'avait vu que brièvement et de loin à l'opéra. Il lui avait paru être un amateur éclairé, discret et attiré par le Lord. Il avait compris à ce moment que le cœur de Jack avait trouvé un nouvel objet pour son affection. Il en avait eu la confirmation pendant leur captivité, les rares périodes de repos de Jack étaient remplies du souvenir de ce jeune homme. Il avait espéré et avait eu raison de le faire. Alec se laissa bercer par le mouvement de la calèche qui l'emportait vers la maison de Durham Street.

Fin de la partie 4

A suivre


Rhea01  (06.01.2011 à 18:39)

Partie Cinq

Chapitre un : où tout revient à la normale ?

La maison de Harkness attendait le retour du Lord et de ses compagnons. Rhys avait fait préparer des bandages, de la charpie, des lits, bref tout ce qu'il fallait. Il s'était attendu à ce que la délivrance de Jack ne fut pas aisée. Owen le remercia pour sa prévoyance, car à peine arrivés, cela lui permit d'opérer tout de suite. Il fit monter Alec et Jack dans les étages, préoccupé par leurs blessures. Rhys était blessé également, son bras semblait le faire souffrir mais il voulait qu'Owen s'occupât de Jack tout d'abord. Celui-ci n'avait toujours pas repris conscience. Il y avait une multitude de petites plaies qui lui couvraient le corps. Certaines croûteuses, d'autres purulentes, certaines suintaient encore de sang, encore fraîches. Il avait un œil poché et des marques sur le visage, là où il avait été frappé.

- Hé bien, mon pauvre ami, tu as été drôlement corrigé. Je croyais que tu détestais le fouet, dit Owen en l'auscultant, à la recherche de blessures internes.

Ianto l'aida à déshabiller le Lord pour qu'il puisse nettoyer ses plaies. Il frémit en voyant l'état de son corps marbré d'ecchymoses sombres et de coups de fouets. Mais mis à part la blessure à sa cuisse, il n'était pas trop gravement touché. Cependant la fièvre qui montait inquiétait Owen. Jack restait inconscient, reposant comme un mort sur son lit.

- Il va lui falloir du repos, dit Owen, en lui faisant boire une décoction amère. J'ai peur que la malaria ne profite de sa faiblesse pour refaire une poussée.

- Il est toujours atteint par cette maladie, dit Ianto en fronçant des sourcils.

- Oui, nous ne connaissons pas de remède efficace. Certaines plantes indiennes pourraient le soulager. J'ai tenté de composer un extrait pour en faire un élixir, un médicament.  Toutes mes notes ont brûlé à Blackwood. Il me faudrait des plants frais pour le soulager. Laissons-le se reposer. Viens m'aider avec Alec.

- Penses-tu qu'il est prudent de le laisser seul ? demanda le jeune homme d'un ton inquiet.

Owen lui jeta un coup d'œil acéré. Il comprenait qu'il s'inquiète mais il pouvait tout de même lui faire confiance.

- Nous n'allons pas en avoir pour très longtemps, dit-il, ensuite tu pourras rester tout le temps que tu souhaites auprès de lui. J'ai besoin de ton aide, Ianto.

Le jeune homme hocha la tête sans répondre et suivit Owen dans la suite de sa visite médicale.

Rhys avait fait installer Alec dans l'une des nombreuses chambres de Durham Street, en face de la chambre de Jack. L'homme reposait sur un lit ferme et regardait par la fenêtre le vent léger qui agitait les arbres du parc. Il avait un air inquiet et épuisé qui tirait les traits de son visage. Il se tourna immédiatement vers les deux hommes qui venaient d'entrer dans sa chambre, les harcelant de questions.

- Comment va-t-il ? Ses blessures sont-elles graves ? Que se passe-t-il ?

- Monsieur McNeil, je vous demande instamment de vous calmer, dit Owen avec un tel visage qu'Alec jugea plus prudent de s'exécuter. Je n'ai pas besoin de vous interroger pour savoir que vous demandez des nouvelles de Jack.

- En effet, comment va-t-il ?

- Cessez de vous agiter, il faut que je vous soigne. Ensuite, nous parlerons.

- Jack est toujours inconscient, répondit néanmoins Ianto, ne souhaitant pas angoisser davantage l'homme qui s'inquiétait au moins autant que lui. Il a besoin de repos, tout comme vous.

- Bien dit, Ianto, fit Owen en grimaçant, allons Alec, montrez-moi vos blessures.

- Je n'ai presque rien comparé à Jack, dit Alec en soulevant ses draps.

Il dévoila un corps sec, musclé, sculpté par le désert et strié par d'anciennes blessures cicatrisées. Un réseau de traces qui racontait l'héroïsme de cet homme. Il se montrait sans fausse pudeur, sans gêne aucune aux regards de ses deux soignants. Ianto rougit en pensant aux mains de Jack qui avaient sûrement suivies cet entrelacs de cicatrices, ces nœuds que formaient ses muscles, les creux de sa chair. Alec s'en aperçut et crut que le jeune homme s'émouvait de sa beauté, si semblable et pourtant si différente de Jack Harkness.

Il avait été battu lui aussi et des marques colorées jaunes, noires, vertes parfois marbraient ses flancs et ses cuisses. Owen promena ses doigts plats et fins sur son corps à la recherche de fractures ou de blessures internes. Il allait bien, sans doute mieux que Jack, mis à part ce bras cassé se dit Ianto avec ironie alors qu'Owen réduisait la fracture sous les jurons d'Alec. Il lui banda le bras de manière serrée avant de lui donner une dose de laudanum pour qu'il dorme. Alec refusa de la prendre malgré la douleur qui lui tirait les traits.

- Je me sens bien, donc si je puis me rendre utile, je vais aller veiller Jack.

Ianto se raidit en entendant cela. Owen se mit à rire en voyant son visage. Il ordonna à Alec de boire.

- Tant que vous êtes mon patient, vous ne sortez pas de votre lit sans que je vous le dise. Vous avez besoin de vous reposer. Votre organisme a été affaibli par votre captivité. Cessez de faire l'enfant et reposez-vous. Vous n'êtes pas en état de rester au chevet de Jack avec votre bras. Ianto va s'en charger. Ne vous inquiétez pas pour lui.

Alec maugréa, arguant qu'il se sentait très bien. Mais il ne résista pas aux ordres d'Owen. Il se recoucha et le médecin le borda lui assurant qu'il était en sécurité à présent.

Il détailla du regard le jeune homme qui aidait le médecin. Mince, le visage honnête et juvénile, sa première impression qu'il était attiré par Jack lui avait été confirmée par la manière dont il l'avait maintenu dans la calèche, empêchant sa tête de rouler d'une main légère. Il en avait ressenti de la jalousie. Jack était comme la flamme d'une bougie, il subjuguait par sa seule présence. Ils s'étaient séparés sur un tel quiproquo, sur des mots qui l'avaient poignardé en profondeur. Il n'avait cessé d'y penser, à lui, à Suzie, à ce fils… Des mots si durs qu'ils les avaient séparés inexorablement.

Pourtant il ne s'était jamais résolu à l'oublier. Il était si rare de trouver son semblable dans ce monde qu'il avait l'intention de se battre pour le retrouver. Ianto ne lui paraissait pas un rival si formidable finalement. Il ferait tout pour que Jack lui revienne. Eux deux seuls pouvaient se comprendre. Ils partageaient l'un et l'autre tant de points communs  que l'amour entre eux ne demanderait qu'à refleurir. Il esquissa un douloureux sourire qui frappa Ianto en plein cœur.

Il lisait dans les yeux sombres de cet homme une nouvelle détermination qui lui fit froid dans le dos. Il sentait comme une sourde inquiétude lui parcourir l'échine alors que  ce visage étranger s'apaisait sous l'effet de la drogue. Serait-ce possible qu'il éprouve encore pour Jack des sentiments, même six ans après ? Serait-ce possible que les sentiments ne soient pas affectés par le temps ? Cela le remplissait d'angoisse et il ne savait pas comment réagir à cela. La jalousie releva sa tête hideuse.

Il contempla longuement Alec avant de suivre Owen, il leur restait encore du travail à abattre.

- Mon cher Ianto, tu es passé de précepteur à bibliothécaire et maintenant tu es mon assistant. Tu as l'art de changer de carrière.

- Vivre auprès de Lord Jack oblige à être polyvalent et réactif.

- Oui, nous étions au calme à Blackwood, finalement. Ce voyage à Londres a réveillé de vieux démons. J'imagine que s'il n'avait pas fait rechercher Suzie, il n'aurait pas été capturé.

- Peut-être, dit Ianto en se rembrunissant, ce voyage à Londres a été riche en émotions, à bien des égards.

- Oui, enfin, j'ai l'impression que cela t'a fait du bien malgré tout. Tu me parais moins... comment dire, moins timoré.

- Je n'ai jamais été timoré.

- Timide si tu préfères, on dirait bien que tu as réglé pas mal de choses de ton côté.

- En effet, dit simplement Ianto.

- Il me semble également que tu t'es bien rapproché de Jack, fit Owen l'air de ne pas y toucher. Vous aviez l'air de bien vous entendre, tout à l'heure. Je n'aurais jamais pensé à porter Jack ainsi.

- Il refusait de s'allonger sur une civière, lui rappela Ianto et il était trop faible pour descendre seul.

- Bien sûr ! Et ce baiser langoureux était le fruit de mon imagination.

Ianto rougit mais ne répondit pas. Owen s'amusa de son embarras, il lui décocha un coup dans les côtes.

- Allons, ne sois pas si gêné. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure que vous êtes attirés l'un vers l'autre. Lorsqu'il ira mieux, vous devriez vous parler et faire ce dont vous avez envie. Tu as la bénédiction de son ami et médecin.

- Je n'en demande pas tant, dit Ianto d'un ton sec, nous verrons en temps voulu.

Owen, loin de s'émouvoir de son ton acerbe, sourit et l'entraîna à l'office où Rhys grimaçant de douleur faisait face à Ewen complètement effondré.

- Rhys, pourquoi n'avoir rien dit ? demanda Owen en se précipitant vers lui, c'est la chose la plus stupide à faire.

- Ce n'est rien, ce n'est rien, répéta l'imposant majordome, qui souffrait néanmoins.

Owen lui ôta sa veste et dégagea la blessure, une belle estafilade qui courait le long de son dos. Une blessure en traître.

- Qui a fait cela ?

- La fiancée de ce drôle-là, elle avait des couteaux cachés sous son jupon et elle a tenté de s'enfuir quand je l'ai descendue. Une vraie furie ! Et toi, un vrai serpent ! ajouta-t-il en crucifiant du regard le jeune garçon qui n'en menait pas large.

- Je ne savais pas qu'elle répèterait tout ce que je lui disais, pleura Ewen, sous le regard soudain glacé de Ianto.

Ewen avait l'air totalement désemparé sous le regard des trois adultes qui le dévisageaient durement. Ianto soupira et le fit asseoir pour parler tandis qu'Owen s'occupait de l'épaule de Rhys. Le gamin avait les larmes aux yeux et reniflait, il eut un mouvement de recul lorsque le jeune homme s'approcha de lui. Celui-ci l'interrogea d'un ton doux.

- Ewen, calme-toi, Rhys va se remettre, mais j'ai besoin de savoir ce qu'il s'est passé.

- Maître Jones... j'ai fait une terrible erreur. J'ai trahi la confiance de Lord Harkness, j'ai raconté tout ce que je savais à Ivy. Je ne savais pas ... je croyais qu'elle s'intéressait à moi. Elle était si attentive quand je lui parlais de ma vie ici.

- De quoi lui as-tu parlé ?

- Un peu de tout, je lui ai parlé de Steven, de vous, de Lord Harkness et des investigations dont il avait eu connaissance, de votre relation.

- Nous n'avons pas de relation, dit Ianto d'un ton dur sous le regard goguenard de son ami qui murmura "je te l'avais bien dit". Mais je comprends mieux comment Nox a pu enlever Lord Jack avec toutes les informations que tu as données à ton amie.

- Ce n'est plus mon amie, pleurnicha le gamin, qui s'en voulait terriblement d'avoir causé du tort à son maître.

- Je me demande comment on va pouvoir te punir d'avoir fait confiance à une fille comme ça.

- J'ai une idée dit Rhys les yeux noirs, il va me falloir du temps pour récupérer l'usage de mon bras, pendant ce temps-là, ce jeune drôle va devoir s'occuper de mes tâches à ma place.

- Il va être vite épuisé, tu t'occupes de tout dans la maison de Jack, dit Owen en montrant les dents, amusé par le tour que prenait l'affaire.

- C'est ça ou j'en parle à Gwen. Elle est capable de faire tout le trajet pour régler cette affaire.

- Non, pas à Dame Gwen, s'écria Ewen effrayé, elle risque de me renvoyer.

- Sans doute pas, mais elle va te mener la vie dure si elle apprend que c'est de ta faute que Blackwood a brûlé.

- Non ! Je ferai ce que vous voudrez mais ne dites rien à Dame Gwen.

- Tu sais que j'y suis obligé, dit Rhys impitoyable elle me tuerait si je ne lui racontais pas ce qu'il s'est passé et pourquoi Lord Jack est dans cet état.

- Non ... murmura le pauvre Ewen complètement bouleversé, je ferai toutes vos corvées mais ne lui dites rien.

- Très bien, je ne lui dirai pas jusqu'où tu étais impliqué dans ce complot contre le Lord, cependant, il va falloir que tu travailles dur pour que je te pardonne.

- Je ferai toutes vos corvées, je vous aiderai à vous laver, vous habiller, je ferai tout ce que vous voulez.

- Très bien Ewen, tu vas commencer maintenant, dit Rhys, tu vas nettoyer la cuisine et préparer à déjeuner et crois-moi, il faudra que ce soit parfait.

- Oh, fit Owen brusquement, j'ai promis à Ianto qu'il mangerait le plat qu'il préfère. Ianto, de quoi s'agit-il ?

Le jeune secrétaire regarda du coin de l'œil le domestique qui refoulait ses larmes et tâchait de prendre un air contrit.

- J'apprécierais une tarte aux fruits pour le dîner. Pourrais-tu me faire cela ?

- Oui, Maître Jones, je m'y attelle tout de suite.

- Tutut, fit Rhys, d'abord, corvée de vaisselle.

Le jeune garçon baissa la tête et acquiesça. Owen et Ianto le regardèrent se rendre dans l'arrière-cuisine pour nettoyer les plats du petit-déjeuner.

- Que devient son amie ? demanda Ianto sourdement.

- Elle est retournée en prison, apparemment, elle est spécialiste dans l'art de manipuler les garçons. Elle va devoir payer sa dette.

- L'amour peut faire faire de drôles de choses, Rhys. Ne soyez pas trop dur avec lui, dit Ianto, je pense qu'il a compris la leçon.

- Oui, mais j'entends bien qu'elle s'imprime en lui.

 


Rhea01  (02.02.2011 à 22:53)

Le médecin et Ianto finirent leur tour en regagnant le salon où se trouvait Wilfried Mott, Alonso Frame et la jeune Martha en compagnie d'un thé que le diligent Rhys avait fait servir.

- Alors comment vont vos blessés ? demanda le plus âgé, installé dans le sofa au côté du jeune homme qui avait une jolie estafilade sur la joue.

- Aussi bien que possible, répondit Owen en se servant un thé et en proposant un à Ianto, qui accepta de bon cœur. Lord Harkness souffre d'une fièvre et de légères blessures. Mr Alec McNeil est mal en point également, mais je pense qu'une fois que son bras sera guéri, il ne devrait pas souffrir de séquelles trop importantes.

- Vous nous en voyez ravis, dit Mott, lorsqu'ils seront remis, nous devrions fêter cela dignement.

- Vous avez toujours aimé les célébrations, dit Frame avec un regard affectueux sur son vieil ami.

- Bien sûr, c'est ce qui fait le sel de l'existence, les bonnes choses, la vie, en somme.

- Je vous remercie de ce que vous avez fait pour le Lord, jamais nous n'aurions pu le sauver par nous-même, dit Ianto en leur serrant la main, vous avez mon entière gratitude.

- Eh bien, il faut également remercier le Docteur, c'est lui qui nous avait demandé de garder un œil sur le Lord et ses amis, Mc Neil et cette jolie jeune fille.

- Je vous remercie également, dit Martha qui avait gardé le silence jusqu'à présent.

- Alors qu'allez-vous faire mademoiselle ? s'enquit Alonso en rougissant.

- Je ne le sais pas, je ne connais personne ici et le Maî ... Nox m'a capturée dès que j'ai mis un pied en Angleterre.

- Où deviez-vous aller, demanda Ianto en souriant pour apaiser les peurs qui rongeaient encore la jeune fille.

- Je devais me rendre à Lloyd, chez Dame Rose Tyler, il paraît qu'elle a besoin d'aide pour son activité de nourrice.

Owen et Ianto échangèrent un regard amusé qui surprit Mott.

- Vous connaissez cette Dame Tyler ?

- Oui, c'est même des plus vieilles amies de Jack. Elle-même a été la compagne du Docteur il y a bien longtemps.

- Alonso ? demanda Mott d'un ton sec.

- Oui, je cherche, fit le jeune homme en compulsant son carnet, je sais que je l'ai noté quelque part. Oui, ici, le Docteur nous a demandés de la faire protéger. Un certain Elton Pope est dans son village et la surveille de près. A son dernier rapport, il disait que personne de particulier n'a approché la demeure.

- Hum, j'avais cru que nous l'avions oubliée.

- Mais non, dit Frame amusé par la tête de son ami.

- Bien, Mademoiselle, dit Owen en hochant la tête, en tant qu'ami de Rose Tyler, je vous invite à rester près de nous. Je suis sûr que Jack aura des questions à vous poser sur vos voyages avec le Docteur.

- J'en serai ravie dit la jeune fille, en attendant puis-je vous aider en quoi que ce soit ? J'ai vu que votre majordome avait été blessé. Je puis certainement lui venir en aide.

- En tant qu'invitée, vous pourriez vous reposer et profiter de votre liberté, dit Owen, en plissant des yeux, nous pouvons mettre une chambre à votre disposition.

- Je préfère me rendre utile, cela fait si longtemps que je n'ai pas fait quelque chose que j'ai moi-même décidé. J'étais prisonnière de Nox depuis six mois, c'était si long.

- Je comprends dit Owen, faites ce qui bon vous semble alors.

- Je vous en remercie.

La jeune femme se leva et sans faire plus de façon gagna l'office. Elle aimait se rendre utile et savait exactement par où commencer, d'autant que le Gallois qui officiait comme majordome semblait l'avoir appréciée.

Les hommes continuèrent de parler, Alonso et Wilfried expliquèrent à Owen ce qu'ils allaient mettre en place pour couvrir l'opération de libération de Jack.

- N'ayez crainte, les journalistes seront heureux d'avoir une belle histoire à raconter. Des criminels emprisonnés, un complot démantelé, cela va faire couler beaucoup d'encre, croyez-moi, dit Mott en prenant son congé.

- J'en suis certain, dit Owen en lui serrant la main.

Alonso but rapidement la fin de son thé avant de serrer la main d'Owen et de lui souhaiter du courage. Il se tourna vers Ianto Jones et sourit.

- Profitez bien du Lord, j'ai cru voir que vous en étiez bien proche. Je ne voulais pas vous surprendre, murmura Alonso en remarquant son embarras, mais un homme aussi magnifique, vous devriez être fier d'attirer ainsi son affection. J'en suis jaloux.

- Vous ne devriez pas, dit Ianto, sans savoir réellement que répondre à cela.

Alonso sourit finement et chuchota à son oreille.

- Ne le perdez pas de vue, ou bien je me ferai un plaisir de vous remplacer.

- Alonso, que fais-tu à la fin ? Nous devons partir, nous avons un gros rapport à rédiger. Messieurs.

Ianto répondit qu'à peine, soufflé par la remarque d'Alonso. Cela le confondait que leur affection mutuelle fut aussi transparente. Il ne savait pas comment réagir à ce type de réflexion auxquelles il allait cependant devoir s'habituer. Jack attirait les regards et les coups de cœur alors même qu'il était blessé. Une fois qu'il allait être remis sur pied, il allait à nouveau faire des ravages dans le cœur des hommes et des femmes sensibles à sa beauté. Ianto le savait et devait apprendre à s'endurcir pour ne pas souffrir de l'affection que son Lord semblait toujours attirer.

Owen revint vers lui en souriant.

- Alors que te voulait ce jeune homme en t'approchant de si près ?

- M'annoncer qu'il trouvait Jack Harkness à son goût.

- Mon pauvre ami, il va falloir t'habituer, dit Owen en riant, Jack a toujours suscité ce genre de réaction. Mais n'aie crainte, il n'a de yeux que pour toi.

- Il me l'a déjà dit.

- Oh, eh bien… crois-le maintenant !

- Owen, puis-je le veiller maintenant ? Je prendrai mon repas dans sa chambre. Enfin, si tu n'y vois pas d'inconvénient.

- Je n'en ai pas, mais tu devrais te reposer toi aussi.

- Je vais bien, Owen, ne t'inquiète pas. Je m'en fais que pour lui, maintenant.

- Il va se remettre, et pour sa fièvre, je vais me faire livrer les herbes qu'il me faut pour faire son remède.

- J'espère que cela fonctionnera, dit Ianto en baissant la tête, il ne mérite pas de souffrir plus longtemps.

- Pour l'heure, il ne souffre pas, il est encore inconscient. Mais je ne te retiens pas plus longtemps, je te vois bouillir.

Ianto ne releva pas, mais son sourire fut une réponse éclatante pour le médecin qui le regarda monter aux étages aussi rapidement qu'il lui était humainement possible. Owen esquissa un sourire, il était heureux pour ses amis. Jack méritait d'avoir quelqu'un à ses côtés pour le soutenir et l'aimer. Finalement, quelque chose de bon était sorti de toute cette affaire. Suzie ne serait plus un danger pour lui tout comme Nox. Il lui tardait de comprendre cependant qui était le jeune homme retrouvé mort auprès de Suzie. Certaines questions restaient toujours en suspens, elles attendraient pourtant le retour à la conscience de Jack.

Owen se secoua et prit ses affaires pour rendre une visite à son herboriste favori. Il savait qu'il pourrait y trouver les herbes qui fallait pour soigner Jack.

 


Rhea01  (02.02.2011 à 22:55)

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