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Série : The Vampire Diaries
Création : 10.03.2015 à 22h09
Auteur : Sherwood
Statut : Terminée
« "Aujourd’hui Alaric Saltzman était l’aide-soignant d’un vampire malade dont l’insolence était son seul moyen d’expression, vivant dans une maison qui faisait mille fois son studio, à Mystic Falls » Sherwood
Cette fanfic compte déjà 14 paragraphes
CHAPITRE 11

Alaric gara rapidement sa voiture dans un crissement de pneu, entra en trombe dans la pension et grimpa quatre à quatre les escaliers qui menaient à la chambre de Damon. La porte de cette dernière était ouverte, révélant trois personnes affutées autour d’un même lit. La vieille femme qu’il supposa être Yvonne demeurait immobile dans un coin, Stefan pleurait silencieusement et madame Flowers semblait être sur le point de s’évanouir. Puis les yeux d’Alaric se posèrent sur la silhouette qui se tortillait violement dans les draps. Jamais il n’avait vu Damon dans un état pareil. Ce n’était plus un homme désormais, ce n’était plus qu’un squelette qui gisait dans sa propre sueur. On pouvait voir la folie dans son regard fiévreux, ses lèvres tremblaient ainsi que tout le reste de son corps, du moins ce qu’il en restait. Alaric eut soudain un haut-le-cœur en remarquant que le pauvre vampire s’était lui-même mordu à plusieurs reprises dans ses avant-bras à cause de la douleur. Tout d’un coup, le dos de Damon s’arqua dans un angle inquiétant et celui-ci poussa un cri déchirant à s’en rompre les cordes vocales. Ce fut comme un choc pour Alaric. Il cligna des yeux et se reprit. Damon avait besoin de lui, tout de suite. Même s’il doutait que l’adolescent avait conscience de son environnement. Il s’approcha du bord du lit et d’un geste automatique, enleva les draps, la couette, exposant un Damon torse nu qui se tordait dans tous les sens afin d’échapper en vain à la douleur qui le terrassait depuis sa naissance. Il allait ordonner aux autres de partir quand Damon entra ses ongles dans sa peau, déchiquetant chaque parcelle de son corps brûlant.
-Damon ! Arrête ! S’écria le professeur en se jetant sur le vampire malade.
Il mit instinctivement un genoux contre son torse, bloqua ses bras au-dessus de sa tête et posa son front contre le tient.
-Calme-toi Damon…Je suis là…Je suis là, mon pote…Je ne pars pas…Chuuut…Tout va bien mon grand…Je suis là…Détends-toi…
Il ne cessa de répéter inlassablement ces mots rassurants à l’oreille du jeune homme complètement fou de douleur. Yvonne, madame Flowers et Stefan assistèrent à la scène avec horreur. Soudain, une voix s’exclama derrière eux :
-Que diable se passe-t-il ici ?!
-Monsieur Salvatore ? Vous ne devriez-vous pas être en Europe ? S’étonna Yvonne.
-Mon vol a été retardé. Vous ! Que faites-vous là ?! S’écria-t-il en pointant Alaric du doigt.
Celui-ci ne lui répondit pas, se concentrant uniquement sur Damon qui commençait à ne plus lutter contre lui. Giuseppe aperçut enfin son fils et son visage vira au blanc.
-Bien mon grand, c’est ça…Voilà…Fit Alaric en se retirant lentement du jeune homme.
Même si ce dernier, aveuglé par la douleur, ne semblait pas le voir, il semblait l’entendre. Alors il continua à lui murmurer des paroles tendres, tout en reculant.
-Maintenant mon pote, tu te souviens de ce qu’on fait maintenant ?
Alaric failli craquer quand Damon leva une main faible et tremblante vers lui.
-Oui. C’est ça. Dit-il en lâchant vivement les larmes qui lui montaient.
Il mit ensuite la main du vampire sur son torse avant de faire de même sur le sien. Ils se tenaient là, chacun, une main posée sur la poitrine de l’autre, dans un moment complètement détaché du temps.
-Très bien mon grand. Maintenant, on respire. Voilà, comme ça. Respire comme moi. Calle-toi sur ma respiration. C’est ça…On inspire…On expire…On inspire…On expire…
Damon finit par se détendre petit à petit et sa respiration se calma peu à peu, devenant aussi régulière que celle du professeur. Giuseppe fut hypnotisé par ce qu’il voyait. Personne. Personne n’avait jamais su calmer son fils quand il avait une telle crise. Personne. Personne n’avait su lui donner ce bonheur de voir son aîné apaisé, serein et endormi, respirant calmement, comme quelqu’un de normal. Quand il fut assuré que le jeune homme dormait profondément, Alaric se retira prudemment du lit. Après avoir déposé un baiser affectueux sur son front, il se retourna vers Stefan.
-Il va bien maintenant.
Puis sans attendre, il sortit de la chambre. A présent, le besoin urgent de prendre l’air oppressa sa poitrine. Il courut à la terrasse où le vent frais de la nuit frappa son visage de plein fouet. Il en profita pour prendre une grande respiration et s’éclaircir l’esprit. Quelques minutes plus tard, il fut rejoint par Giuseppe. Celui-ci avait deux verres de bourbon dans les mains. Il lui en tendit un et les deux hommes burent un moment en silence. Enfin, le vieux vampire prit la parole :
-Je suis désolé. Je suppose que j’ai défoulé ma colère sur la mauvaise personne.
Alaric se tourna vers lui, les sourcils froncés, lui assistant à en dire plus.
-Vous savez, je ne veux que le bien pour mon fils. Tout ça…Tout ce qu’il lui arrive, c’est tellement injuste. Si là, maintenant, je pouvais prendre sa place, je le ferai sans la moindre hésitation.
-Je ne vous comprends pas, monsieur Salvatore. Si vous ne voulez que le bien pour votre fils, pourquoi m’avoir évincé en sachant que j’étais ce qu’il y a de meilleur pour lui ?
-J’imagine que j’étais jaloux.
Alaric faillit s’étouffer dans sa boisson, surpris par cette déclaration.
-Jaloux de quoi ? Toussa-t-il.
-De votre relation. Après des décennies passées avec mon fils, ce dernier ne vient même pas me voir quand il ne va pas bien.
-Sauf votre respect monsieur, on ne peut pas vraiment le lui reprocher. Vous vous êtes vu avec lui ? Vous faites à peine attention à lui et lorsque vous lui adressez la parole, c’est seulement pour lui faire des reproches !
Giuseppe poussa un long soupire avant de répondre d’une voix brisée :
-Je ne peux pas le…le regarder. A chaque fois que je le vois, je…je vois la plus grande erreur de ma vie. C’est ma faute s’il subit ce qu’il subit aujourd’hui ! Et à chaque fois que je le regarde…Je me prends cette culpabilité en pleine figure !
-Comme vous venez de le dire, ce n’est pas de sa faute ! Lui, tout ce qu’il veut c’est un père. Un père qui soit là pour lui. Ecoutez Giuseppe, on ne peut pas changer le passé. Ce qui est fait est fait. En revanche, rien n’est perdu pour votre avenir à tous les deux. Maintenant, c’est à vous de jouer.
Giuseppe leva des yeux humides vers le professeur, ému ses dires.
-Vous pensez qu’il me pardonnera ? Demanda-t-il d’une voix tremblante.
Alaric mit une main sur son épaule et répondit :
-J’en suis sûr.
Un petit sourire sur les lèvres, Giuseppe allait retrouver son aîné quand il se retourna :
-J’espère que je vous verrai demain et les autres jours, monsieur Saltzman.
-Comptez sur moi. Affirma Alaric d’un hochement de tête.
Un dernier regard et le vampire s’élança vers la chambre de son fils. Quand il entrouvrit la porte, il vit que la pièce était plongée dans le noir. Il s’approcha alors silencieusement vers le lit où Damon dormait paisiblement. On pouvait cependant voir les séquelles de la crise sur chaque parcelle de son corps usé. Il laissa enfin les larmes couler le long de ses joues et s’assit auprès lui. Celui-ci bougea un peu en sentant la main tendre de son père dans sa chevelure emmêlée. Puis après un certain temps, il battit faiblement des paupières.
-Pape ?
Cette fois, s’en était trop pour Giuseppe. Il éclata en sanglot tout en caressant le visage de son fils. Celui-ci se redressa péniblement et posa une main sur son épaule.
-Pape ?! Qu’est-ce qu’il ne va pas ?
-Je suis tellement désolé…fiston…tellement désolé…Toi et Stefan, vous êtes tout ce que j’ai…Je n’ai jamais voulu…te faire du mal…Pardonne-moi…
Pris au dépourvu, Damon ne savait pas quoi faire. Finalement, il passa ses bras faibles et désarticulés autour de son père et enfouit sa tête contre son cou.
-Ça va, papa. Je te pardonne. Ti perdono, pape. Ti perdono…
L’aube se pointa tout en douceur sur le père et le fils, pleurant dans les bras l’un de l’autre, les assurant de sa chaude lumière un avenir meilleur. Le lendemain, Damon hurla de joie en apercevant Alaric en train de préparer le petit-déjeuner. Le professeur, surpris par l’arrivée tonitruante du jeune homme, dit dans un rire à la fois amusé et gêné :
-Moi aussi je suis content de te voir, mon pote.
Ils restèrent un moment dans une étreinte affectueuse jusqu’à l’entrée du jeune Salvatore.
-Oh, ne faites pas attention à moi. Fit Stefan en se servant une poche de sang.
Puis ce fut le tour de Giuseppe. Il se dirigea tout de suite vers son aîné pour lui déposer un baiser sur le front.
-Tu vas mieux ?
-Ouais, papa. Ça va. Répondit Damon, rayonnant de bonheur.
Soudain, comme si le jeune homme se rappelait subitement de quelque chose, il se tourna vivement vers son professeur.
-Au fait Ric, tu ne me dois pas une explication ?
-A propos de quoi ?!
-Tu peux me dire comment Elena s’est retrouvé devant le pas de ma porte le jour où tu allais quitter la ville ? Je t’écoute Alaric Saltzman !
Alaric éclata alors de rire. Et oui, tout était revenu comme avant.
CHAPITRE 12

Cela allait faire presque un an qu’Alaric s’occupait jour et nuit de Damon. Elena venait régulièrement à la pension. Elle n’avait rien dit à l’extérieur à propos de la disparition soudaine du plus âgé des Salvatore. L’année touchait à sa fin et la remise de diplôme était prévue dans deux semaines. Bref, tout se passait bien jusqu’à ce jour. Le jour où Damon s’était évanoui dans l’escalier. Elena, qui était présente, avait entendu le bruit de quelque chose de lourd dévaler les marches à une vitesse folle. Elle s’était précipité vers le rez-de-chaussée où le corps désarticulé de Damon gisait tel un pantin coupé de ses fils. Son cri avait alerté Alaric qui avait déboulé dans l’entrée, les yeux écarquillés d’horreur.
-Il faut faire quelque chose !!! Paniqua la jeune fille, prise de sanglots incontrôlables.
Le professeur n’attendit pas plus longtemps et se jeta auprès de l’adolescent qui demeurait inconscient. Prudemment, en faisant bien attention à ne casser aucun membre, il le retourna sur le dos et se pencha vers sa poitrine. Il respirait, c’était déjà ça.
-Alaric !!! Hurla soudain Elena en voyant Damon se tordre violement, crachant des litres de sang sur le sol.
-C’est rien, Elena. Ça arrive de temps en temps.
-De temps en temps ?!
Alaric ne fit pas attention à elle et se leva, le corps du gamin dans ses bras.
-D’accord Damon, je vais t’allonger sur le canapé.
Ainsi, en installant confortablement le vampire parmi les cousins, il remarqua d’horribles bleus et ecchymoses partout sur sa peau. Il s’empara d’un de ses poignets et le lâcha vivement quand Damon poussa un cri déchirant.
-Merde. C’est cassé.
-Quoi ?! Bredouilla Elena, debout, les bras croisés.
-Tous ses os sont cassés ! S’écria-t-il à la fois en colère et mort de peur.
Jamais Damon ne lui avait fait un coup pareil.
-Mais il va guérir, non ? Je veux dire, c’est un vampire. Il va forcément guérir ! Ric !
-Je ne sais pas, Elena ! Je ne sais pas !
Il se leva d’un coup et courut à la cave chercher des poches de sang. Evidemment, ni Giuseppe, ni Stefan, ni même madame Flowers n’étaient à la maison. Il devait se débrouiller tout seul avec une jeune humaine complètement paniquée. Lorsqu’il revint, il vit cette dernière tenir la main d’un Damon conscient.
-Hey mon pote, tiens. Dit-il en approchant une poche de ses lèvres.
Il aida l’adolescent à boire en lui tenant la tête mais même ce mouvement lui faisait terriblement souffrir. Une fois les poches entamées, le vampire jeta son regard sur l’un de ses bras dont la peau avait viré au bleu noirâtre à cause des multiples fractures.
-Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? Demanda-t-il d’une voix pâteuse.
-Tu es tombé dans les escaliers. Répondit Elena.
-Encore ?
-Non, cette fois tu t’es évanoui. Dit Alaric, visiblement très inquiet.
Ce qui était rare vue qu’il connaissait absolument tout de la condition de Damon. Et ces évanouissements soudains étaient nouveaux.
-Ah. Fit Damon.
-Ecoute, tu dois te reposer. On va te laisser dormir.
Comme il ne répondit rien, Alaric et Elena s’extirpèrent en silence. Le soir venu, madame Flowers fut affolée en apercevant l’état de son jeune maître.
-Ça va…Nana…Je vais bien…Marmonna Damon d’une voix rauque.
Giuseppe, lui, se passa une main sur le visage, complètement abattu.
-Il guérit. Il ira bien. Le rassura Alaric, une main posée sur son épaule.
Quant à Stefan, son teint était devenu brusquement pâle. Il n’osa même pas s’approcher de son frère. Mais tout cela n’était rien comparé à ce qu’il allait suivre. Car tout ceci, n’était que le commencement. Les jours suivants, Damon avait perdu la motricité de ses bras et jambes. Il ne se déplaçait plus qu’en fauteuil roulant. C’était un véritable coup dur pour l’adolescent qui voyait sa dignité bafouée devant la jeune fille qui lui plaisait.
-Arrête de faire cette tête ! Je te trouve sexy moi dans ce fauteuil. Plaisanta-t-elle en s’assoyant sur ses genoux, une main autour de sa nuque.
Elle l’embrassa ensuite sur la joue, ce qui fut pour lui le plus grand des remèdes. Le lendemain, il avait perdu la vue. Nouveau coup dur. Désormais, il pouvait à peine lever le petit doigt sans l’aide d’Alaric. Celui-ci était là pour lui à tout moment. Elena était touchée par l’amitié que partageaient les deux hommes. Leur lien était incroyable et surtout enviable par tous. Hormis le fait également qu’il ne pouvait manger ni se laver sans son aide, Damon avait également besoin d’Alaric pour simplement tourner la tête. Un soir, Giuseppe prenait un café sur la terrasse arrière en compagnie du professeur.
-Son état ne s’améliore pas. Dit-il d’un ton grave.
-Je sais. Répondit Alaric, accablé.
-Quelque chose ne va pas.
-J’y pensais aussi.
-Il faut faire quelque chose.
-En effet.
-Vous pensez à quoi ?
Alaric se redressa sur sa chaise avant de répondre :
-Qetsiyah.
-Quoi Qetsiyah ?!
-C’est le nom de cette sorcière qui a maudit Damon à la naissance, non ?
-Heu…Oui, mais…
-Elle bien être encore en vie quelque part.
-J’imagine, oui…
-J’irai la trouver.
-Je vous demande pardon ?! S’écria vivement Giuseppe en se levant promptement de son siège.
-Ecoutez, c’est le seul moyen d’aider Damon.
-Au combien même elle vous écouterait, jamais elle n’acceptera votre demande !
-Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir ! Non ?
Giuseppe fit à présent les cent pas, se caressant la barbe d’un geste machinal. Puis il s’arrêta et se tourna vers Alaric :
-Mais comment ferais-je pendant votre absence ? Damon a besoin de vous !
-Il y a Elena et Stefan. Ils m’ont observé. Ils savent quoi faire.
-Mais si jamais…
-Vous voulez que votre fils vive ou non ?! L’interrompit brusquement Alaric, excédé.
-Oui ! Evidemment !
-Bien. Je pars dès ce soir. Je vais prévenir Damon.
Sans attente, il se dirigea vers la chambre du jeune homme. Ce dernier était allongé dans son lit, les yeux fermés, se concentrant sur sa respiration.
-Damon ? Chuchota-t-il.
Le vampire ouvrit lentement les yeux et sourit en reconnaissant son professeur. Depuis qu’il était devenu aveugle, il avait développé des capacités à connaître son environnement par le son. Stefan par exemple, avait une fâcheuse habitude à traîner des pieds. Son père, poussait toujours un soupire frustré avant d’entrer dans sa chambre et madame Flowers se déplaçait aussi vite que lui permettait son grand âge. Quant à Alaric, il n’avait rien qui lui indiquait que c’était lui. Il le savait, tout simplement.
-Hey mon grand, fit celui-ci en s’installant à son chevet, comment tu te sens ?
-Pire qu’hier et mieux que demain…Répliqua Damon.
Alaric prit alors une grande respiration.
-Qu’est-ce qu’il se passe Ric ? Demanda l’ado d’un ton grave.
-Je dois partir.
-Quoi ?! Pourquoi ? S’écria-t-il faiblement.
-Damon, je peux plus te regarder dans cet état. Personne dans cette maison. Je vais donc chercher un moyen d’arranger ça.
-Alors tu pars la retrouver ?
-Oui.
-Et si jamais j’ai besoin de toi ? Murmura-t-il en laissant sa main frôler la sienne.
Pour une fois, Alaric remerciait le ciel que Damon ne puisse le voir. Ainsi, il ne voyait les larmes qui coulaient abondamment sur ses joues. Tremblant d’émotion, il s’empara délicatement de la main du jeune homme et la serra tendrement.
-Je serais toujours là, mon pote. Ne l’oublie pas.
-Ouais…
Alaric finit par se lever puis, après une dernière étreinte, partit sans se retourner.
CHAPITRE 13

D’après ses recherches, Qetsiyah avait élu domicile à la Nouvelle Orléans. Alaric n’avait pas attendu plus longtemps et avait rapidement foncé. Pendant qu’il roulait en direction de la ville, une boule d’angoisse s’était creusée au creux de son estomac. Il venait d’appeler chez les Salvatore et les nouvelles n’étaient pas bonnes. Damon n’avait pas d’appétit, refusant les poches de sang une à une. Le professeur savait bien que son départ avait quelque chose avoir avec ça. Mais il devait retrouver la sorcière et sauver Damon. Alors qu’il arrivait aux frontières de la Nouvelle Orléans, il passa un dernier appel. Ce fut Elena qui décrocha.
-Comment il va ? Demanda-t-il aussitôt.
-On vient de le coucher. Il est faible mais il tient le coup. Répondit la jeune fille d’une petite voix.
-Très bien. J’arrive bientôt. Je fais vite et je reviens, d’accord ?
-D’accord. Et Alaric ?
-Oui ?
-Et si…ça ne marche pas ?
-Ne dis pas ça. Ça va marcher. Bonne nuit Elena.
Sur ce, il raccrocha. Il n’avait absolument pas besoin de l’entendre s’inquiéter. Il le faisait déjà suffisamment. Au manoir, Elena demeura septique devant son portable. Alaric venait pratiquement de lui raccrocher au nez. Elle savait qu’il était à bout mais elle ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose n’allait pas. Un bruit derrière elle l’alerta. Elle se retourna et aperçut Stefan sortant de la chambre de son frère. Il s’approcha d’elle sur la pointe des pieds et murmura :
-Il vient d’avoir une crise.
-Encore ?!
-Ouais. Je pense qu’il…Je sais que c’est beaucoup te demander mais je pense qu’il a besoin de toi. Dit-il en la suppliant du regard.
Elle posa une main douce sur son épaule et lui sourit avant d’entrer à son tour dans la chambre. Damon gisait dans son lit, les draps entortillés sur son corps brûlant. On pouvait voir de la sueur et des larmes s’écouler sur son visage. Elle s’approcha prudemment de lui et s’allongea à ses côtés.
-Salut…Dit-il d’une voix rauque, les yeux dans le vague.
-Salut. Répondit-elle, essayant de garder le sourire aux lèvres.
Même s’il ne pouvait pas la voir, elle avait l’impression qu’il savait quand elle souriait ou pas.
-Comment tu te sens ?
-Pathétique…
-Ne dis pas ça ! Dit-elle dans un faux éclat de rire.
Ça marchait. Damon se mit à sourire malgré la douleur.
-Tu devais me détester…Je veux dire…à l’époque…Murmura-t-il.
-Et bien, c’est vrai que je ne t’appréciais pas trop. Tu étais un véritable fouteur de troubles avant ! Un vrai gamin ! Plus arrogant que toi, il n’y avait pas ! Plaisanta-t-elle en prenant la main dans la sienne.
-Ouais…
-Mais j’imagine que c’était pour cacher la douleur. Je me trompe ?
Damon ne lui répondit pas tout de suite. Il demeura un instant silencieux avant d’ouvrir à nouveau la bouche :
-C’était le seul moyen que…j’avais trouvé pour me protéger….
-Alors quand tu étais souvent absent c’était parce que tu étais…malade ? Non parce que tu séchais les cours ?
-C’était vraiment la réputation que j’avais ? Rétorqua-t-il dans un rire.
-Ouais.
-Je n’imagine même pas ce que tu dois penser de moi maintenant…
A ce moment, elle releva légèrement la tête et dit :
-Je t’aime maintenant. Juste comme tu es.
Damon se tourna faiblement vers elle, ému. Il aurait aimé pouvoir lui répondre. N’importe quoi mais lui répondre. Seulement, la fatigue l’emportait déjà. Elena perçut sa détresse. Elle décida alors de prendre les choses en main. Elle se pencha un peu en avant et s’approcha de son visage. Elle pouvait sentir la maladie émaner de lui, comme une fumée âcre qui s’encrait dans tous les pores de sa peau. Mais elle l’aimait. Pour ce qu’il était. Elle se pencha un peu plus et déposa délicatement ses lèvres douces sur les siennes. C’était un baiser tendre et innocent. Cependant, le bonheur que tous deux ressentaient à cet instant était immense. Lorsqu’elle se retira, elle vit qu’il pleurait. Mais aussi qu’il souriait.
-Je t’aime aussi…Susurra-t-il avant de se laisser gagner par la fatigue.
Pendant ce temps, à la Nouvelle Orléans, Alaric venait d’entrer dans un bar local. Le jazz et le blues résonnaient joyeusement pendant que les clients enfilaient les verres les uns après les autres. Alaric ne savait pas du tout à quoi ressemble la sorcière. Il devait donc une nouvelle fois se fier à son instinct. Il prit place au bar où une jolie blonde remplissait une pinte de bière derrière le comptoir.
-Bonjour à toi étranger. Le salua-t-elle d’un grand sourire.
-Bonjour à vous…Camille ? Fit-il en plissant les yeux afin de lire son nom sur son badge.
-C’est français. Mais je préfère que les gens m’appellent Cami. Et vous ?
-Alaric. Mais les gens m’appellent Ric.
-Et bien, Ric, je vous sers un verre pendant que vous me racontez la raison de votre venue à la Nouvelle Orléans ? Demanda-t-elle en affichant une mine amicale.
-Volontiers.
Alors qu’elle lui offrait un verre de bourbon, il ajouta :
-Si je suis ici c’est pour trouver quelqu’un qui pourrait résoudre mes problèmes.
-Oh, mais quels problèmes peuvent bien secouer un homme comme vous ? Rétorqua-t-elle d’un ton amusé.
-En fait, mon…fils est grièvement malade. Son état s’est empiré depuis et cette personne pourrait m’aider à trouver une solution.
-Je suis navrée pour votre fils. Peut-être que je connais la personne qui pourra vous aider ?
-Peut-être. Son nom est Qetsiyah.
Un grand sourire se dessina sur les lèvres de Cami.
-Décidément Ric, nous ne sommes pas les seuls qui n’assumons pas notre véritable prénom. Elle se fait appeler Tessa. D’ailleurs, elle est assise derrière vous. Dit-elle en pointant une jeune femme à la peau mate et aux longs cheveux noirs, plongée dans la lecture d’un magazine.
L’estomac d’Alaric se retourna. Comment une femme aussi belle pouvait être aussi cruelle ? Il n’avait désormais qu’une seule envie : se jeter sur elle et lui faire payer pour tout ce qu’elle a fait à Damon. Il se mit ensuite à penser aux cris de l’adolescent, à ses pleurs, à ses supplications pour que la douleur s’arrête. Il prit une grande respiration, fit un signe de tête à Cami et partit rejoindre la fameuse Tessa.
-Damon Salvatore. Dit-il froidement alors que la sorcière ne le regardait même pas.
-Pardon ? Fit-elle en levant la tête.
-Damon Salvatore. Répéta-t-il.
Puis les épaules de Qetsiyah s’affaissèrent et une lueur traversa son regard.
-C’est Giuseppe qui vous envoie ? Demanda-t-elle sèchement.
-Non. Je suis venu pour Damon.
-Son fils est toujours en vie ?! S’exclama d’un rire moqueur.
Sentant la colère monter en lui, Alaric essaya de garder son calme et continua :
-Oui. Et aujourd’hui son état s’est dégradé. Il peut à peine bouger. Je vous en prie, dites-moi ce qu’il faut faire.
-Et vous, vous êtes qui ?
-Alaric Saltzman. Je m’occupe de lui.
-Malheureusement, je ne peux rien pour vous. Dit-elle dans un faux soupire, reprenant sa lecture.
-Pourquoi ?! S’emporta-t-il, les poings fermés.
Cette fois, lorsqu’elle releva la tête, son visage était ferme et grave.
-Parce qu’il est temps pour Damon de mourir.
-Je…ne comprends pas. Balbutia le professeur, perdu.
-Je dois vous faire un dessin ? Le fils de Giuseppe se meurt ! Je lui donne deux trois jours, pas plus. Répondit-elle en replongeant dans son magazine, comme si de rien n’était.
-Espèce de garce ! Hurla-t-il subitement, faisant sursauter le bar entier.
Il allait s’en prendre à la sorcière quand la main de Cami se posa sur son épaule.
-Aller Ric, venez.
Il la suivit aveuglément, complètement sonné. Une fois dehors, il laissa l’émotion le submerger. Cami tenta de le consoler au mieux mais rien ne pouvait soulager le trou qui naissait au fond de lui. Soudain, il agrippa la jeune femme et entre deux sanglots, souffla :
-Comment vais-je lui dire ? Comment vais-je lui dire qu’il va mourir ?
CHAPITRE 14

Il n’arrivait pas à ouvrir la porte. Ses mains tremblaient trop. Il prit une grande respiration à s’en déchirer les poumons et essaya de se détendre. Mais c’était impossible car une fois qu’il aura ouvert cette porte, il entrera dans sa chambre et lui annoncera qu’il allait mourir. Alors il devait attendre encore un peu. Ça valait la peine d’attendre un peu. Donc il attendit. Il ne sut combien de temps mais lorsqu’il leva les yeux vers la fenêtre, il vit que le soleil s’était couché. Et ses mains tremblaient toujours autant en ouvrant la porte. Damon était allongé sur son lit, le corps couvert d’une fine couverture. Alaric remarqua avec soulagement qu’il avait retrouvé la vue. Même si cela ne changeait en rien le diagnostic, c’était toujours mieux pour lui.
-Hey, mon pote. Le salua-t-il en prenant place sur le lit.
Quand Damon vit Alaric, il concentra toutes ses forces dans son bras et le leva afin de prendre sa main dans la sienne. Il la serra avec tout l’amour et l’amitié qu’il pouvait lui donner, les yeux embués de larmes. Emu lui aussi, Alaric serra sa main en retour, caressant tendrement ses phalanges.
-Aller, balance. Dit-il Damon d’une voix rauque.
-Elle…Elle a dit que tu allais mourir. Répondit-il dans un souffle brisé.
Le jeune homme ferma les yeux, sans pour autant enlever l’étreinte de sa main sur celle de Saltzman. Il se passa un moment avant qu’il ne les rouvre, un air déterminé sur le visage.
-Je dois aller à la remise diplôme de Stefan.
Alaric secoua aussitôt la tête.
-Non Damon, tu es trop faible. Je suis désolé, mais c’est impossible.
-Tu peux pas me faire ça Ric…
Apercevant la détresse de l’adolescent, Alaric passa une main sur son front pour la passer ensuite dans ses cheveux.
-Je suis vraiment navré, Damon.
-Stefan a besoin de moi. Dit le vampire d’une voix brisée.
-Je sais Damon, je sais.
Il s’approcha lentement de lui et délicatement, en prenant soin de ne pas le blesser, le prit dans ses bras. Damon se détendit complètement, enfouissant son nez dans le torse de son professeur, concentrant sa respiration sur la sienne.
-Ne le dis à personne. Résonna la voix grave du vampire contre lui.
Alaric soupira. Il ne sentait pas la force de cacher une tel secret à Giuseppe, Elena et surtout à Stefan. Mais c’était la moindre des choses qu’il pouvait faire à Damon. Ce dernier s’écarta lentement de lui, une main fragile sur son bras.
-Je ferai tout ce que tu veux. Je t’obéirai sans rien dire. Je boirai des poches de sang toutes les heures, je me reposerai aussi longtemps qu’il le faudra mais par pitié, laisse-moi aller à la remise de diplôme de mon petit frère.
Dis comme ça, Alaric ne pouvait refuser. Il hocha alors la tête. Soulagé, Damon se laissa aller, abandonnant tout le poids de son corps contre le sien. Ils demeurèrent ainsi, immobile, dans les bras l’un de l’autre. Le lendemain, Damon fit comme il avait dit. Il ne rouspéta pas quand Alaric lui ordonna d’aller se coucher, ne râla pas quand il le fit assoir dans son fauteuil roulant et but poche de sang par poche de sang. Giuseppe crut à une amélioration de l’état de son fils. Il en profita pour passer du temps et discuter avec lui, apprendre à le connaître. Ce qui était très dur pour Damon qui savait que dans quelques jours, il allait mourir. Quand le fameux jour de la remise des diplômes arriva, Damon était près. Chaque mouvement était pour lui un effort considérable mais il fit tout ce qu’il put pour le cacher car cette journée était celle de Stefan. Seulement celle de Stefan. Ce dernier ne savait même pas qu’il venait.
-Dépêche-toi Stefan ! On va être en retard. S’écria Giuseppe en ouvrant la porte.
-Oui j’arrive !
L’adolescent sauta en bas des escaliers, embrassa tendrement madame Flowers, s’empara de sa coiffe et se dirigea vers Damon qui était enfoncé dans le canapé.
-A tout à l’heure, frangin ! Fit-il en ébouriffant ses cheveux.
Il l’embrassa une dernière fois et courut rejoindre son père dans la voiture. Une fois que les deux étaient partis, Alaric se tourna vers le vampire.
-Tu te souviens de ce qu’on a dit ? Si j’estime que tu es trop faible, tu restes ici. Lui dit-il d’un ton ferme.
-Oui. Répondit Damon en levant les yeux au ciel.
Puis, prudemment, prenant appui sur les accoudoirs, avec lenteur, il se leva. Comme il arrivait à rester debout, il décida de mettre un pas devant l’autre. Ses pas étaient lents, incertains et maladroits mais il marchait. Soudain il manqua de tomber et Alaric le rattrapa.
-D’accord. T’y va avec une canne, c’est mon dernier mot.
Soulagé qu’il lui permette tout de même d’assister à la remise de diplôme, Damon ne protesta pas et accepta la béquille qu’il lui tendait.
-Parfait. On y va ?
-On y va…
Sur le trajet, le jeune homme ne pouvait s’empêcher d’être stressé. Il allait revoir tous ses anciens camarades de classes ainsi que la ville entière pour la première fois depuis sa disparition il y a deux ans.
-Hey, ça va ? Demanda Alaric, inquiet.
Damon hocha la tête, silencieux. Le professeur imaginait bien à quel point cela pouvait être difficile pour quelqu’un qui n’était pas sorti de chez lui depuis deux longues années. Ils arrivèrent enfin devant le lycée. Alaric sortit du véhicule et alla aider Damon. Quand celui-ci posa sa canne sur le bitume, une vague d’émotion s’empara de lui. Il pouvait déjà remarquer les regards intrigués, surpris, bouche bée et décontenancés des étudiants. En revanche, ce à quoi il ne s’attendait pas était l’étreinte affectueuse d’Elena qui lui avait sauté au cou.
-Damon ! Tu es venu !
Pour parfaire le spectacle, elle l’embrassa avec passion, devant les mines ahuries de ses copines. Lorsqu’elle se sépara de lui, un triste sourire se dessina sur les lèvres du vampire. Elle ne méritait pas une mort de plus autour d’elle. D’abord ses parents puis sa tante et maintenant lui.
-Venez les enfants, la remise va commencer. Fit la voix d’Alaric derrière eux.
Quand ils arrivèrent sur l’immense pelouse aménagée pour l’occasion, toutes les têtes se tournèrent vers eux. Damon s’arma de courage et s’avança dans l’allée, boitant lentement vers son siège. Il pouvait entendre des murmures et sentir des doigts pointés vers lui sur son passage. Mais il s’en fichait. Il était là pour Stefan.
-Damon ? S’écria Giuseppe en le voyant.
-Salut papa. Répondit son aîné en s’asseyant à côté de lui, comme si de rien n’était.
La joie illumina le visage du vieil homme qui passa une main paternelle autour des épaules de son fils. Puis la cérémonie commença. Un à un, les élèves défilèrent, prenant leurs diplômes, adressant quelques mots, saluant la famille. Caroline, la copine de Stefan, fit un long discours sur sa future carrière d’actrice, puis Elena grimpa à son tour sur l’estrade. Elle rayonnait, souriante sous le soleil scintillant de l’été. Elle lui adressa au loin un clin d’œil plein de malice en acceptant le bout de papier qui décidait de son avenir. Damon lui répondit, souriant comme si tout allait bien. Mais rien n’allait bien. Alaric remarqua que son visage était devenu subitement blême, et ses yeux reflétaient à présent une fièvre maladive. Il nota également que le jeune homme essayait de cacher les tremblements de ses doigts en les enfonçant dans ses poches. Il poussa alors un soupire déchirant. C’était pour bientôt. Il le savait. Et Damon le savait aussi. Enfin, ce fut au tour de Stefan. Il s’avança, droit et fière, plus heureux que jamais. Après avoir accepté son diplôme, il s’approcha du micro afin de dire quelques mots. C’est là qu’il aperçut Damon dans la foule. Des larmes naquirent aussitôt dans le brun de ses yeux, bouleversé. Ce fut d’une voix tremblante d’émotions qu’il déclara :
-C’est un honneur pour moi aujourd’hui de recevoir le fruit de mon travail. Je tiens particulièrement à remercier mon frère sans qui je ne serai jamais devenu l’homme que je suis aujourd’hui. Merci.
Et il quitta l’estrade. Damon dut faire un effort surhumain pour ne pas se laisser envahir par les larmes. Il réussit enfin de compte à garder un visage sérieux, malgré la tempête qui se déchaînait au fond de lui. Quand la cérémonie fut terminée, Stefan se précipita vers sa famille et serra fortement son frère dans ses bras.
-Tu es venu…
-Je n’allais quand même pas manquer ta remise de diplôme, petit frère !
Il s’écarta et empoigna tendrement Stefan par le cou.
-Hey, tu es grand maintenant. Tu n’as plus besoin de moi. Ajouta-t-il.
-J’aurais toujours besoin de toi.
-Non, Stefan…Souffla Damon de manière à ce qu’il ne l’entende pas.
Puis il se tourna vers Ric et, les yeux humides d’émotions, le remercia silencieusement du regard avant d’empoigner à nouveau sa béquille.
Damon Salvatore s’est éteint dans la nuit. Il avait 173 ans. Il n’avait pas souffert. Du moins, c’est qu’Alaric avait espéré en le découvrant le lendemain matin. Une chose était sûre, le jeune homme avait changé sa vie autant qu’il avait changé la sienne. Ce fut donc sans aucun regret que le vampire avait quitté cette vie, enfin paisible.

FIN