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Série : Torchwood
Création : 19.12.2010 à 17h38
Auteur : evalyre
Statut : Terminée
« A la suite de "Contre tous principes". Ma version de TW 4 » evalyre
Cette fanfic compte déjà 26 paragraphes
***
Ianto attendait une réaction de la part de celui qui se nommait John Barrowman, mais certainement pas de le voir franchement éclater de rire, la seconde de surprise passée.
– Ah ben ça alors! Ça pour une surprise!
Il vint spontanément prendre la main de Ianto en déclarant joyeusement:
– Alors Gaz! Tu es censé tourner un film en ce moment! Non?
Ianto crut bon de répliquer:
– Heu... Je suis navré, mais je m'appelle Ianto Jones, monsieur.
– Mais oui! Je sais bien! Fit John Barrowman désinvolte, sans prendre la remarque du jeune homme au sérieux.
Il se tourna vers Jack, vaguement intrigué:
– Et voici un parfait exemplaire du Capitaine Jack Harkness!
Les yeux du-dit Capitaine et de Ianto se croisèrent, surpris autant l'un que l'autre.
– C'est exact, M.Barrowman. Mais comment connaissez-vous mon nom?
Sans se départir de son grand sourire, ni de sa curiosité manifeste, l'autre homme répondit:
– Allons bon! Je ne sais pas comment tu as fait pour trouver un homme pareil, mais c'est plus que surprenant! C'est même plus qu'épatant! Je ne sais pas qui vous êtes, Monsieur, mais dans un concours de sosie, vous seriez champion!
Il se tourna vers Ianto et lui frappa sur l'épaule dans un geste de franche camaraderie.
– C'est au cours de ton tournage que tu l'as trouvé? Je comprends! La mise en scène est plus que bluffante, j'avoue! Cependant, vous m'excuserez, messieurs, mais j'ai un concert à préparer et... C'est la pause pipi. Ok?
Et il s'éclipsa aussitôt.
– Impossible de vous confondre, murmura Ianto très sérieux.
– Comment ça?
– Il est pire que toi...
Jack admira franchement l'esprit de répartie de son coéquipier dans une situation aussi déroutante. L'attitude clairement amicale du personnage envers Ianto prouvait l'existence d'un double du jeune homme. Pourtant, ce qui surprenait le plus Jack, c'était de voir que les noms du Capitaine Harkness et de Ianto Jones ne lui étaient pas inconnus. Il lui fallait résoudre cette énigme s'ils voulaient retourner à la base. Et, à priori, le seul à détenir certaines réponses restait l'homme qui se soulageait à quelques mètres de là.
***
– Bon! Ok! On rentre!
Rupesh soupira en reprenant le volant de sa voiture. D'abord, les analyses du Royal Court Theatre n'avaient strictement rien donné. Ensuite, Loïs peinait à recouper les informations sur les effluves électriques. Et comble de malchance, il lui faudrait revenir dans la capitale pour réserver son billet au Royal Albert Hall.
Contrariée, perdue dans ses pensées, sa coéquipière passait ses nerfs sur le détecteur alien qui grésillait faiblement.
Le jeune médecin n'osa rien dire. La disparition de Ianto et de leur Capitaine restait inquiétante. Mais en voyant la tête de Gwen, si des aliens étaient derrière tout ça, ils passeraient bientôt un mauvais quart d'heure.
Le trafic se fit plus dense et le jeune homme engagea patiemment son véhicule sur Wandsworth Bridge. Le détecteur émit aussitôt un sifflement continu qui fit bondir Gwen.
– Mais qu'est-ce que tu as fait! S'exclama Rupesh, pris par la surprise.
– Mais rien! C'est un signal! Il y a quelque chose! Ne bouge pas d'ici! Décréta Gwen, descendant de voiture.
– Hé! Tu es folle! On est en pleine circulation, là!
La jeune femme semblait ne rien voir d'autre que l'objet bizarre dans les mains. A la manière d'un sourcier, elle tenta d'obtenir un signal significatif.
Rupesh descendit aussitôt de voiture pour tenter de la raisonner. Comme la file devant avançait, il courut vers Gwen au milieu des klaxons et des cris de protestation.
– Gwen! Enfin! Je ne peux pas laisser la voiture là-bas! Et le fait que tu aies trouvé quelque chose ne change rien au problème!
– C'est dans l'air. Pas dans l'eau! L'émetteur s'affaiblit quand je le dirige vers la Tamise.
– Gwen! Tenta à nouveau Rupesh, pas du tout rassuré par l'attitude d'un conducteur coincé derrière sa voiture et qui maintenant sortait du véhicule, en avançant dangereusement vers lui.
– Ho! C'est pas le pont des soupirs, par ici! Alors vous allez remonter en voiture et démarrer illico presto! Y en a qui bossent quand même!
Très calmement, Gwen déclara, avec son aplomb habituel:
– Institut Torchwood, Monsieur. Nous venons de découvrir une possible fuite de produits toxiques pouvant mettre en péril la moitié de l'Angleterre. Alors si vous pouviez nous laisser faire nos dernières vérifications, nous vous en serions reconnaissants.
Soufflé, autant par la sortie que par l'objet bizarre qui s'agitait dans ses mains, le perturbateur resta quelques instants indécis, puis alla lui-même tenter de calmer les autres automobilistes en arrêt contraint. Sans plus s'en préoccuper, Gwen continua ses analyses. Décidément, Rupesh ne pouvait s'empêcher de l'admirer.
***
– Alors Messieurs! Quelle est la suite du programme? déclara John Barrowman en sortant des toilettes.
– Je veux savoir comment vous connaissez mon nom.
Avec un grand sourire, l'autre prit un air vaguement moqueur.
– Vous vous fichez de moi, hein?
– John! Hé! On t'attend pour la mise en place des danseurs!
– Ok! J'arrive! Lança John Barrowman à la cantonade.
Il se tourna vers Jack et Ianto.
– Écoutez, là, je n'ai pas le temps. Il faut que j'y retourne. En tout cas, habillé comme ça, vous ne passerez pas inaperçus! Ajouta-t-il, prêt à quitter la loge.
Jack montra Ianto:
– Et si cet homme n'est pas Ianto Jones, quel serait son nom?
Avec un magnifique sourire, le chanteur affirma gentiment:
– Franchement, je n'ai pas le temps...
– M. Barrowman! Nous sommes arrivés de Cardiff hier soir. Et nous cherchons à comprendre pourquoi notre réalité a disparu.
Jack se tourna vers son amant, plutôt surpris par sa répartie.
– Quoi? C'est vrai, non? Lui rétorqua Ianto avec un air d'évidence.
Jack s'adressa à John Barrowman à peine étonné mais visiblement pressé:
– Il a raison. Je suis effectivement le Capitaine Jack Harkness, de l'Institut Torchwood. Notre base a disparu. Et nous voulons comprendre d'où vient ma ressemblance avec vous...
Cette fois, l'homme éclata sincèrement de rire.
– Dommage! Je suis pressé, vraiment! Notre conversation aurait été très intéressante!
Avant qu'il ne quitte vraiment la loge, Ianto lança:
– Vous êtes pourtant le seul, je pense, à pouvoir nous donner les réponses que l'on attend.
Quand John Barrowman quitta la pièce, Jack empêcha Ianto de le suivre.
– Laisse tomber, Ianto... Et repasse-moi ton super k-way, ajouta-t-il, enlevant son manteau avec un soupir de résignation.
– On ne va pas lâcher ce type comme ça!
– Tu plaisantes? On retourne tranquillement dans la salle. Pour le moment,mieux vaut rester discret.
"Mille fois pardon pour ce long retard... Je suis restée longtemps bloquée. Ma foi...
D'ailleurs un grand merci à FanDrWho à qui on doit l'idée de ce qui va suivre et sans qui la suite n'existerait pas...
Je me suis remise à écrire et vous promets de vous poster de quoi vous satisfaire un peu plus... Enfin, j'espère!^^ Bisous à ma super bêta Chris, of course! "
******************************************************
– Loïs! Loïs? Tu m'entends?
– Hé! Ne crie pas! Je ne suis pas sourde, même si le réseau ne fonctionne pas bien!
– Excuse-moi... Écoute, je t'envoie les données du détecteur. Il me faut des résultats au plus vite. En fait, nous allons rester encore un peu, pour voir.
– Tu as trouvé la source du signal?
– Non, pas exactement. Mais le détecteur ne réagit qu'aux abords du pont.
– Le pont?
– Quoi? Tu as quelque chose?
Loïs tapota rapidement sur l'ordi de la base.
– Écoute Gwen, je te rappelle au plus vite. Mais il semble que plus de la moitié des pics historiques soient liés à des lieux de passage. Comme des ponts, des passerelles...
– Qu'est-ce que tu veux dire? Intervint Rupesh plutôt perdu.
– Je vous rappelle! Promis! Je vérifie juste mon hypothèse... Ah! Gwen! Je vous envoie les résultats des analyses dès qu'il sont prêts!
Et la communication fut rompue.
– Les ponts? Mais bien sûr! Rupesh! En voiture!
– Ah? Et où va-t-on cette fois?
– On tente le Albert Bridge. Il faut vérifier l'hypothèse de Loïs.
Avant d'embarquer, Gwen prit soin de remercier le conducteur qui avait géré la pagaille du trafic avec efficacité. Charmé, il proposa ses services pour Albert Bridge sous l'œil amusé de Rupesh.
***
Durant tout le reste de l'après-midi, Ianto se garda de déranger son chef dans ce qui ressemblait à une profonde réflexion. Il en profita pour observer attentivement les lieux et les personnes qui entouraient le chanteur, essayant de leur attribuer des liens entre eux et de mémoriser leurs noms. Cela pouvait toujours servir.
Lorsque l'artiste décréta la fin des répétions, la scène et la salle se vidèrent peu à peu.
Jack se leva seulement à cet instant, faisant signe à Ianto de le suivre discrètement.
– On retourne le voir? Interrogea le jeune homme, plutôt surpris.
– Non. Inutile.
– Et pourtant, nous n'avons pas le choix.
– Exact! Surtout qu'avec l'attroupement de fans au-dehors, nous ne risquons pas de sortir d'ici sans nous faire remarquer.
– Bien! Alors? Quelle est la suite?
Le sourire entendu de Jack lui indiqua que ce dernier avait déjà une petite idée.
– Pour l'instant, nous armer de patience.
Ianto poussa un soupir. Parfois, le mystère dont son amant s'entourait, l'agaçait franchement.
– Fort heureusement, nous sommes chanceux: nous avons tous les conforts sous la main... fit Jack avec un clin d'œil, en poussant la porte des toilettes pour hommes.
Ianto le suivit en souriant. Sur ce point, Jack n'avait pas tout à fait tort. Et il connaissait quelques façons très confortables de passer le temps.
***
– Gwen! Tu as déjà fait les relevés 3 fois! On va finir par attirer la police si on continue de bloquer les ponts comme ça!
Le jeune femme n'écoutait pas réellement les sages conseils de son coéquipier un brin agacé.
– Loïs! Tu es certaine qu'il n'y a rien?
– Non, Gwen. Rien de rien. Seuls les relevés sur Wandsworth Bridge correspondent aux données historiques.
– Nous devrions rentrer, suggéra Rupesh, résistant vaillamment contre la pluie qui tombait depuis déjà un peu trop longtemps à son goût.
Il était bon pour un rhume. Manquait plus que ça!
– Bon, d'accord, entendit-il prononcer près de lui.
Avec un soupir de soulagement non dissimulé, il se glissa sur le siège de sa voiture et lança le chauffage à fond dans l'espoir de sécher avant l'arrivée à la base.
Gwen ne semblait même pas se rendre compte qu'elle dégoulinait. Préoccupée, perdue dans ses pensées, elle resta silencieuse jusqu'à leur retour à Cardiff. Tout juste si elle approuva Rupesh quand il proposa de commander des pizzas. Seule Loïs apprécia le geste en avouant mourir de faim.
Peu après, Gwen mangea distraitement tout en étudiant les archives mises à jour par la jeune informaticienne. Rupesh échangea un coup d'œil entendu avec cette dernière. Parfois, ils se posaient des questions quant à la relation plutôt trouble entre le trio des anciens. Ianto et Jack ne se cachaient pas, certes, mais Gwen semblait particulièrement attachée à Jack, qui le lui rendait plutôt. Et cela pouvait parfois porter à confusion. En tout cas, Gwen ne dormirait pas, tant que les deux autres ne seraient pas rentrés sains et saufs. Et quand l'ex-policière était déterminée...
Rupesh rangea la cuisine après le repas. Il pouvait faire une croix sur une soirée télé.
***
Ianto et Jack profitèrent de l'effervescence de début de spectacle pour se glisser dans les coulisses. Ianto utilisa même deux ou trois fois ses déductions de l'après-midi pour justifier tranquillement leur présence auprès de quelques techniciens intrigués.
A présent, ils attendaient dans un recoin sombre que la vedette monte en scène. Les danseurs se préparaient autour d'eux, les musiciens prenaient place et l'on entendait le brouhaha du public s'installant dans la salle.
Les deux hommes pourraient suivre plus ou moins l'évolution du spectacle sans trop se faire remarquer.
– Tu peux me rappeler ce qu'on fait ici? Chuchota Ianto à son voisin attentif.
– Nous sommes aux premières loges.
– Jack... Tu crois que cela va nous avancer à quelque chose?
– Il ne veux pas jouer notre jeu... Alors, nous allons jouer le sien.
– Quoi? Mais...
– Chut! Le voilà!
En effet, le rideau levé, la musique s'éleva et le chanteur, moulé dans un costume scintillant gris se plaça derrière le rideau. On lui tendit un micro pour chanter. L'ovation du public qui l'attendait le fit sourire.
Une fois la chanson terminée, il se précipita sur scène avec ses quatre danseurs pour enchaîner sur une chanson endiablée qui mit le feu aux poudres d'une audience déjà acquise à sa cause.
Jack cessa un instant son observation pour jeter un coup d'œil à son voisin qui retenait un fou rire.
– Quoi! Quoi?
– Oh! Rien... Je n'aurais jamais osé t'imaginer dans ce genre de tenue... Terriblement sexy...
– Tu plaisantes j'espère! A chaque fois que je le regarde, je me dis qu'il faut des lunettes de soleil pour ne pas être aveuglé.
– Tu dis ça, parce que tu es jaloux.
– Ne dis pas n'importe quoi...
– Tu entends le public? Il l'adore. Et il faut le reconnaître, il a du talent.
– Ianto, tu oublies qu'il est « moi » d'une certaine façon. Et que nous devons surtout trouver le moyen de rentrer. Et puis, je ne suis pas jaloux. A mon avis, notre ressemblance t'aveugle.
– Si tu le dis... conclut Ianto avec le sourire de celui à qui on ne la fait plus. Il connaissait son Jack Harkness par cœur.
Ianto se doutait que le succès visible de son incroyable sosie l'agaçait prodigieusement.
Musique kitsch, blagues limites, allusions coquines et danseuses à paillettes, même si Ianto trouvait le cocktail « too much », il profita du spectacle avec un esprit bienveillant. Le bonhomme, généreux, avait du punch, de la voix et un capital sympathie indéniable. Tout cela agrémenté, pour lui, du physique de l'homme dont il était raide dingue. Le spectacle valait son pesant de cacahuètes. Surtout des coulisses.
– Bon! Quoique je fasse, tu restes là, Ianto, lui glissa Jack alors que le show touchait déjà à sa fin.
– Comment ça? Mais...
Jack enleva son k-way de camouflage et s'empressa de reprendre son manteau.
– Décidément, je préfère comme ça, affirma-t-il, l'air satisfait, en rajustant le col de sa chemise.
– Qu'est-ce que tu comptes faire? L'interrogea Ianto, un peu inquiet de la réponse.
Jack eut l'un de ses sourires diaboliques.
– Ce monde ne veut pas de nous, alors je vais un peu forcer les choses.
– Et tu penses t'y prendre comment?
Jack ajusta les manches de sa chemise et lui fit un clin d'œil. Autour d'eux, les danseurs revenaient dans les coulisses à la fin d'une chanson. Sur scène, John Barrowman parlait de sa dernière comédie musicale.
– M'inviter...
Ianto n'eut pas le temps de protester ou de le retenir. Jack sortait déjà du recoin où ils se tenaient, pour avancer vers la scène d'un pas décidé.
Absolument effaré, le jeune homme remarqua à peine les regards extrêmement surpris des techniciens et des danseurs que Jack récolta sur son passage.
– Il est fou! Finit par murmurer Ianto à peine revenu à la réalité.
Jack marcha tout droit vers le chanteur, récoltant, contre toute attente, une salve d'acclamations d'un public d'abord étonné, puis debout, en délire.
John Barrowman, stupéfait mais beau joueur et show-man professionnel, accepta, en éclatant de rire, de serrer chaleureusement la main de Jack, devant un public presque hystérique, applaudissant frénétiquement, au grand désarroi de Ianto en coulisses.
Le chanteur reprit difficilement son sérieux. Le culot de son sosie lui plaisait. Et le public était conquis. Quoi de plus important?
Bras dessus, bras dessous, les deux hommes souriaient à un parterre d'ombres debout, en délire.
– Messieurs-dames, voici une surprise inattendue pour vous, comme pour moi! Contre toute attente, je vous présente le Capitaine Jack Harkness!
Le public applaudit de plus belle.
Jack en profita pour récupérer le micro de John Barrowman fixé sur sa poitrine, pour dire:
– Salut, John! Sacré spectacle, hein?
Le chanteur éclata de rire et lança à son public:
– Au secours! J'ai plus qu'à me mettre au chômage!
Sous les rires de ses spectateurs, il s'éloigna légèrement de Jack pour l'observer attentivement. Puis, faussement bouleversé, il prit son public à témoin:
– Maman! Tu ne m'as jamais dit que j'avais un jumeau! C'est mon agent qui va être content!
Puis il s'adressa à Jack:
– Je suppose qu'on ne saura pas ton nom, Capitaine...
Amusé par l'attitude détendue de son sosie, Jack lui reprit le micro:
– Exact! Je suis le Capitaine Jack Harkness, et je le resterais. Et si nous sommes jumeaux, je pense avoir plus de sex-appeal que toi, John.
Au milieu de l'éclat de rire général, Jack lança dans un clin d'œil charmeur:
– Oh! Et puis, je vais te laisser finir on spectacle, mon cher.
Sur ce, il salua le public conquis et retourna en coulisse où il fut reçu par Ianto encore sous le choc:
– Tu as perdu l'esprit!
Sur scène, John racontait encore ce qu'il ressentait, riant sincèrement du tour qu'on venait de lui jouer.
Les danseurs et techniciens, quant à eux, observaient Jack et Ianto du coin de l'œil, ébahis, mais souriants.
– A présent, John Barrowman sera obligé de considérer sérieusement notre problème. Et puis, comme ça, nous n'avons plus à nous cacher. Je suis assez satisfait de mon calcul, en fait...
– Et tu étais obligé de...
– De quoi?
– De le prendre dans tes bras?
Les lèvres de Jack se retroussèrent dans un sourire.
– Qui est jaloux, là?
Il éclata de rire lorsque Ianto, déconfit, leva les yeux au ciel.
***
Rupesh apporta les mugs de café à ses deux équipières concentrées sur leurs écrans. Gwen le remercia vaguement, particulièrement contrariée de ne pouvoir rentrer et profiter de son mari en exclusivité, mais plus encore, inquiète d'ignorer ce qui était arrivé à Jack et Ianto.
Andy lui avait fourni tous les renseignements que la police possédait concernant les conséquences les plus étranges de l'orage sur Londres. Quelques crises cardiaques, certaines pertes de mémoires dues au choc émotionnel et une disparition inexpliquée. Mais rien de vraiment flippant, selon ses propres dires. Donc, rien d'utilisable.
Le café, trop fort, surprit Gwen perdue dans ses pensées moroses.
– Allez! On fait une pause! Décréta-t-elle en se massant les yeux. A force d'avoir le nez dessus, on ne verra plus rien... On fait le point dans une heure, ça vous va?
Loïs enfila aussitôt son manteau.
– Je rentre voir si Snoopy n'a rien cassé, et je reviens, Ok?
Gwen acquiesça.
– Je reste ici, pour le cas où... Eh! Oh! Rupesh!
L'interpelé se retourna alors qu'il s'apprêtait à partir, lui aussi.
– Je pense que tu devrais dormir un peu... House est naturellement irascible, lui... Mais je ne tiens pas à ce que tu le deviennes parce que toi, tu ne dors pas... D'accord?
– Mais, enfin...
– Va t'asseoir sur le canapé, et ne pense plus à rien. Je ne te donne pas cinq minutes...
Vaincu par la douceur de sa partenaire, Rupesh obéit plutôt à contrecœur. Mais il devait le reconnaître, il tombait de sommeil. Au volant, il serait devenu un véritable danger ambulant et il n'y tenait pas.
Gwen partit nettoyer les tasses et la cafetière. A son retour, Rupesh dormait déjà à poings fermés. Elle déplia une couverture et l'en couvrit gentiment. Elle s'installa ensuite sur une chaise, face aux ordis, les genoux relevés sur la poitrine. Elle songea à toutes ces situations que lui rappelait la disparition inexpliquée de Jack et Ianto. Elle connaissait tant d'explications plausibles. Sans compter ce qu'elle ignorait encore... Un vrai casse-tête...
Quelques minutes plus tard, malgré son angoisse, ses paupières se firent lourdes et elle s'endormit.
Lorsque Loïs revint, elle fut surprise que l'alarme de la porte ne réveille ni Rupesh, ni Gwen.
Elle partit se préparer un thé. Et quand elle retourna dans la salle centrale, Gwen se réveilla en sursaut. Réalisant qu'elle s'était assoupie, elle s'excusa aussitôt.
– Oh! Non! Ne t'excuse surtout pas. Je me demande même souvent comment tu fais pour ne pas dormir plus. Jeune maman, épouse et membre de l'équipe Torchwood. Comment tu fais?
– Honnêtement, je ne sais pas, fit Gwen en souriant. Quoique le simple fait d'être à Torchwood a plutôt tendance à compliquer la vie de tous, tu ne trouves pas?
Loïs répondit par un sourire.
– Quoique ce soit toujours très excitant, finit-elle par lâcher, les yeux pétillants. On réveille Rupesh?
– Non, laisse-le dormir... On va tenter de faire le point seules pour l'instant. Je crois qu'il a besoin de rattraper quelques nuits passées avec son médecin préféré...
Loïs acquiesça en souriant.
– Bien... Récapitulons ce que l'on sait de la situation. A mon avis, quelque chose nous échappe.
– Absolument. On reprend tout depuis le début. Et l'on va trouver ce que c'est, c'est moi qui te le dis! Conclut Gwen, étalant quelques documents sur une table.
Déterminées, elles se mirent au travail. Le temps ne comptait plus. L'important, à présent, était de retrouver les deux disparus.
***
Ianto sortit de la salle de bain avec la curieuse impression d'être en vacances. Des vacances qu'il n'avait jamais prises depuis qu'il était à Torchwood Cardiff. Jack, affalé sur le lit, en pantalon et t-shirt, regardait les informations télévisées du jour.
– Une chose est certaine, les nouvelles sont les mêmes ici que pour nous. Mêmes dirigeants, mêmes situations géo-politiques, mêmes stars du showbiz.
– On était obligés d'accepter son invitation?
Jack regarda Ianto, presque surpris par sa question.
– Ianto... Qu'est-ce qui te tracasse?
– Rien... Hormis le fait que tu as lourdement insisté pour avoir un seul lit auprès d'un triste réceptionniste plutôt buté.
Jack se releva sur les coudes et sourit, acceptant l'évitement de son amant.
– Je peux te prouver que cela a parfois certains avantages.
Ianto arrangea soigneusement ses affaires en souriant.
– Je n'en doute pas...
Jack éteignit la télé et s'assit confortablement contre l'oreiller.
– Allez, dis-moi ce qui ne va pas... Depuis que l'on a quitté le Brighton Centre, tu es bizarre. C'est le rendez-vous de demain qui t'inquiète?
– Oui... Enfin... Non...
Ianto se tourna vers Jack, l'air un peu désemparé.
– Je me demande si ce type pourra vraiment nous aider... Vu la situation actuelle, j'en doute, tu vois...
Jack poussa un soupir et tendit le bras pour inviter le jeune homme à le rejoindre. Ianto accepta de s'installer à ses côtés.
– On va se sortir de là, d'accord? Aller chez ce type, demain nous permettra de mieux le connaître, mieux le cerner. Je suis convaincu qu'il peut nous apporter quelques réponses sans le vouloir.
– Hm... si tu le dis...
– Ma parole! Mais j'ai comme l'impression que la situation ne t'amusait que si ce type se tenait loin de nous, ajouta Jack en le bousculant gentiment. Tu ne vas pas vraiment être jaloux quand même...
– Non. Mais je te connais... Et ce John Barrowman me semble tout à fait de la même trempe que toi. Si tu vois ce que je veux dire.
– Ianto! Tu ne vas quand même pas croire que je puisse flirter avec mon double!
Le regard presque glacial, emprunt de tristesse que lui jeta Ianto, fit s'évanouir son sourire.
Le problème, c'est qu'au fond de lui, Jack savait que Ianto avait raison de se méfier. Même le Docteur lui avait dit qu'il serait le seul être dans l'univers qu'il serait vraiment heureux de rencontrer.
Cette ressemblance physique extraordinaire le fascinait. Et maintenant, la personnalité et l'assurance du personnage lui plaisait infiniment. C'était indéniable.
Lorsqu'à la fin du concert, John Barrowman les avait interpelés pour les inviter tout naturellement chez lui le lendemain, Jack avait été aussi satisfait de voir son plan prendre forme que très curieux de découvrir d'autres facettes de l'homme séducteur.
– Oh! Écoute Ianto! Tu es avec moi! Qu'est-ce qui peut te faire croire que je vais vouloir aller ailleurs, hm?
– Jack, arrête! Tu es pitoyable, répliqua Ianto dans un soupir résigné.
Le Capitaine protesta en se rapprochant de son amant boudeur.
– Non! Et ne m'oblige pas à citer les noms de ceux avec qui tu as ouvertement flirté devant moi...
Jack soupira, presque agacé.
– On ne va pas remettre cette conversation sur le tapis... Tu sais comment je suis et pourquoi j'ai fait ça...
Il prit tendrement le visage de Ianto pour le tourner vers lui, soudain très doux.
– Et moi, je pourrais aussi croire que tu n'es pas allergique à son charme... Hein?
– Et même si c'était le cas, ce n'est pas avec lui que je partage actuellement un lit deux places contre la morale du patron.
– Exact... Alors pourquoi ne me croirais-tu pas lorsque je fais la même réponse?
– Tu sais quoi?
– Non...
– On va arrêter de parler, hein. Cette discussion ne mènera à pas grand chose.
D'une main, Jack rapprocha le visage de Ianto du sien en soupirant, soulagé:
– J'ai cru que l'on y arriverait jamais...
Ianto accepta et rendit, avec bonheur, un baiser vorace. Dans son océan de doutes, au moins, ça c'était certain: la passion qu'il vouait à cet homme et le désir que cet être avait continuellement pour lui. Seulement, il était peut-être encore trop jeune pour prendre du recul et se montrer moins jaloux. Jack séduisait comme il l'avait séduit. Pouvait-il blâmer les malheureuses victimes du Capitaine charmeur? Mais pour Ianto, l'amour devenait exclusif. Et là, en cet instant, il aurait bien voulu y croire pour de bon. Jack l'aimait. A sa manière. Mystérieuse et inattendue. Parfois cela le faisait souffrir, mais n'était-ce pas aussi pour ça, qu'il l'aimait tant?
***
***
Le trajet vers Londres s'était fait dans un grand silence. Non pas que Ianto et Jack étaient fâchés. Mais Ianto restait préoccupé par leur situation et se demandait ce que pourrait bien leur apporter John Barrowman.
De son côté, Jack élaborait des plans plus ou moins foireux pour les sortir de cette bizarrerie déjà moins amusante, particulièrement aux yeux de son jeune collègue. Il cherchait surtout comment convaincre ce John Barrowman de les aider. Sur ce point, il restait confiant. Le bonhomme avait plutôt facilement accepté les faits. Et les inviter tous les deux chez lui montrait une certaine curiosité plutôt intéressante à exploiter.
Jack gara le SUV là où, deux nuits plus tôt, ils avaient épié le couple, rentrant du concert.
– Bien! Tu es prêt? Lança-t-il à son voisin.
– Du moment que tu ne lui tombes pas dans les bras, ça ira.
Jack rit à la remarque ironique de Ianto. Son sourire franc et serein démentaient l'acidité de la répartie. Jack apprécia le calme de son amant. D'un bras, il lui entoura les épaules tandis qu'ils se dirigeaient vers l'entrée, vêtus comme à leur habitude.
– Si je te promets que je ne le ferai pas, tu ne me croirais pas de toute façons, affirma-t-il en pressant la sonnette.
Puis, se penchant rapidement vers Ianto, il souffla:
– Mais je te le promets quand même.
Ianto se contenta de sourire. Il aimait leurs mini joutes verbales et le fait de se comprendre à mi-mots. Enfin... Qu'est-ce qu'il n'aimait pas chez Jack?
De l'autre côté de la porte, ils purent entendre quelques aboiements et un homme déclarer:
– Non! C'est bon! J'y vais!
Et celui que Ianto et Jack reconnurent comme le compagnon du chanteur resta complètement ébahi quand il ouvrit la porte. A ses pieds, deux chiens s'agitaient furieusement, essayant de défendre leur territoire en danger. L'homme se reprit et les rappela à l'ordre.
– Waouh! John m'avait prévenu, mais j'avoue que ça fait un sacré choc! C'est fabuleux! C'est...
Il tendit soudain la main à Ianto avec un grand sourire:
– Scott Gill, je suis le partenaire de John.
– Heu... Ianto Jones, balbutia le gallois, n'osant s'avouer perturbé par le charme tranquille dudit compagnon.
– Hé, oui... je sais, déclara ce dernier avec un sourire chaleureux qui fit rougir Ianto malgré lui.
– M. Gill, Capitaine Jack Harkness. Enchanté de vous rencontrer, intervint Jack, préférant ne pas remarquer le trouble de son amant.
– La ressemblance est bluffante! J'avoue! Soupira Scott en serrant la main du Capitaine. Mais je vous en prie, entrez donc... John va arriver...
Scott intima à ses deux chiens de se calmer, tandis que les deux visiteurs pénétraient dans le hall où ils se figèrent aussitôt.
Jack se retrouva immédiatement l'arme au poing, les sourcils froncés, face à un dalek tranquillement posté à l'entrée. Mais un dalek à priori désactivé.
– Vous allez devoir m'expliquer cette mauvaise blague!
– Oh! Oui! Le dalek! C'est John qui a tenu à l'avoir ici. Moi, je m'y suis fait... C'est, disons, décoratif...
Ianto, derrière Jack toujours en joue, répéta ironiquement le dernier mot à mi-voix. Il n'avait pas l'air d'apprécier énormément les goûts de leurs hôtes.
Scott appela son partenaire et invita les deux hommes à le suivre. Discrètement, Jack évalua rapidement, avec son bracelet, que le dalek n'était qu'une épave sans danger. Il rangea son arme et glissa à un Ianto un peu inquiet:
– Bizarre, j'ai comme l'impression de l'avoir croisé celui-là.
– Qu'est-ce qu'un dalek, vrai ou faux, vient faire dans ce monde où Torchwood et l'Unit n'existent pas? Demanda le jeune homme discrètement.
Jack eut tout juste le temps de secouer la tête, impuissant à donner une réponse: son double fit son apparition, tout sourire, en jeans, t-shirt et veste de survet. Dans les bras, un Jack Russel plutôt affectueux.
– Hé! Bonjour vous deux! Désolé de ne pas vous avoir accueillis. Je donnais son bain à Captain Jack.
Le chien, comprenant qu'on parlait de lui, léchouilla le visage de son maître, hilare.
Ianto se tourna vers son patron tout aussi intrigué que lui.
– « Captain Jack », forcément...
Jack haussa les épaules, incapable de fournir la moindre explication logique.
– Je vous en prie, asseyez-vous! Tu as vu, Scott! C'est étonnant, hein?
– A qui le dis-tu! Même les chiens ne s'y retrouvent pas!
En effet, les deux autres animaux, après quelques tergiversations vinrent s'installer sagement aux pieds de Jack.
John s'installa à son tour, Captain Jack sur les genoux.
– Voulez-vous boire quelque chose? Un café peut-être? Lança-t-il avec un clin d'œil à Ianto dérouté.
– Eh bien, oui, tiens, pourquoi pas! Affirma Jack, prenant largement sa place sur un canapé fort confortable.
– Et vous, M. Jones? Demanda Scott, hésitant à peine sur le nom de Ianto.
– Un café, ce sera parfait, merci.
– Ok! J'y vais! Lança Scott en s'éclipsant.
– Alors, Messieurs! Avant toute chose, je dois vous dire qu'un de mes amis passera dans une heure. Je tiens à ce qu'il vous voit. Vous êtes la nouvelle curiosité du moment...
– Eh bien, nous n'y voyons aucun inconvénient, déclara Jack après avoir rapidement consulté son voisin du regard.
– Vous avez fait sensation, hier! Votre apparition sur scène va forcément avoir des conséquences.
– C'était le but...
John Barrowman devint très sérieux, malgré un sourire avenant:
– Dites-moi ce que vous voulez? Vraiment...
– Mais rien. Si ce n'est que votre aide.
– D'accord! Et en quoi consisterait-elle?
– Quelques réponses à nos questions. C'est tout.
Scott revint à ce moment-là avec un plateau de café chaud. Il fit un clin d'œil à Ianto confus, en déclarant gentiment:
– Bien sûr, il n'est pas aussi bon que celui de Ianto Jones.
Son mari éclata de rire tandis qu'il prenait place à ses côtés.
– Bon! Allez! Posez-moi vos questions.
Jack se servit en café, le temps de réfléchir. Comment faire concevoir à ces deux types, la possibilité d'un autre monde?
– Vous êtes chanteur et présentateur d'émissions télévisées, n'est -ce pas?
John rigola avant de dire:
– Ok. Ce sont des questions faciles, ça devrait le faire. Vous voulez vraiment jouer les idiots, hein? Mais bon... Ça me va. Oui, je suis tout ça... Et aussi acteur.
Ianto intervint aussitôt, intéressé:
– Acteur? De théâtre?
Cette fois, ce fut Scott qui rit doucement.
– Enfin messieurs... Pourquoi ce genre de question? Vous en connaissez forcément la réponse!
– Tu as parfaitement raison, Scott, approuva John amusé.
– Justement non, M. Gill, déclara Ianto, se demandant pourquoi il avait soudainement si chaud devant le regard si bleu et bienveillant de son interlocuteur .
Il se tourna vers John Barrowman.
– Aucune fiche sur internet vous concernant n'était complète.
Sa sincérité visible ébranla quelque peu le chanteur.
– Oui, je suis acteur, au cinéma. Mais plus spécialement dans une série qui a... Comment dire... un certain succès et rend certains fans... très bizarres...
Jack et Ianto ne comprirent absolument pas le sous-entendu visible de John Barrowman passablement malicieux.
– D'accord... reprit Jack, très calme. Croyez-vous aux mondes parallèles, M. Barrowman?
Jack observait son double avec acuité, les mains jointes devant lui.
– Pourquoi pas... oui...
– Et qui est « Gaz »? Le surnom que vous avez attribué à Ianto.
– Gareth David-Lloyd. Il travaille avec moi, sur la série. Je l'appelle Gaz.
– Et je lui ressemble au point que vous m'ayez pris pour lui? Interrogea Ianto intrigué.
– Oh que oui! De la même manière que ces deux-là se ressemblent! Affirma Scott en montrant Jack et John.
Il se tourna aussitôt vers son compagnon.
– John! C'est presque angoissant! Non?
– J'avoue être dérouté... c'est vrai... surtout la voix... Dites, pourquoi votre question sur le monde parallèle? Vous n'allez quand même pas me faire gober que vous êtes « moi » dans un espace-temps différent!
– Espace-temps différent, peut-être pas... soupira Jack. Mais quelque chose s'est produit. Nous sommes coincés ici et nous cherchons un moyen de repartir.
– Waouh! C'est que vous le tenez bien, le personnage! Vous me feriez presque peur!
Mais Jack n'avait aucune envie de plaisanter. Et il lui semblait que John étaient sur le point de perdre son humour.
– En parlant de « peur », qu'est-ce qu'un dalek fait ici? Et où l'avez-vous trouvé?
Cette fois, son double se montra légèrement agacé en laissant Captain Jack partir batifoler dans le reste de la maison.
– Vous ne pourriez pas redescendre sur terre, là? J'ai compris: vous voulez être mon sosie; Et même un sacré bon sosie. Et monsieur... Jones, celui de Gareth? Ok. Mais la plaisanterie a assez duré, vous ne croyez pas? Avancez vos conditions. Si vous êtes raisonnables, je m'arrangerais pour que vous n'ayez rien à regretter.
– C'est bien là le problème, M. Barrowman, plaida Jack. Je SUIS le Capitaine Jack Harkness et je ne porte pas d'autres noms. Du moins, pas depuis 1941... Enfin, pas tout à fait... Mais ce serait trop long à expliquer...
Visiblement très amusé, Scott compléta:
– Et vous, vous êtes Ianto Jones, l'homme de confiance de l'équipe Torchwood.
Ianto hocha la tête, les oreilles brûlantes. Pas possible, il fallait qu'il se calme!
– C'est exact. Et je n'ai pas d'autres noms que le mien...
– Bon! Ok! Et vous êtes aussi de grands malades. Ces personnages vous sont montés au cerveau, voilà ce que je crois. Vous avez joué sur une extraordinaire ressemblance, soit.. Mais à bien vous observer, Ianto a pris du double menton et Jack, une ride au front, non?
– Lorsque je vous ai parlé de monde parallèle, vous aviez admis leur existence, commença Jack.
John Barrowman, passablement énervé, secoua la tête:
– Dites-moi ce que je dois faire pour vous autoriser à utiliser le nom de Jack et de Ianto. Ensuite seulement vous pourrez me raconter ce que vous voudrez à propos de faille, d'aliens, de Torchwood, de Tardis, du Docteur et du reste. Ok?
Cette fois, la réelle stupéfaction de leurs deux invités perturba quelque peu John et Scott.
Ce fut Ianto qui retrouva la parole le premier.
– Mais comment pouvez-vous connaître tout cela! Torchwood n'existe même pas pour vous!
– Bien sûr que non, ça n'existe pas! Déclara calmement John.
Jack renchérit tout aussi calmement:
– Eh bien, c'est cela que nous tentons de comprendre. Quelque-chose dans l'espace-temps s'est déréglé. Car vous connaissez Torchwood, les daleks et le Docteur, mais ils n'existent pas ; et nous, nous venons de Cardiff, nous travaillons pour l'institut Torchwood, je connais le Docteur et j'ai déjà été tué par un dalek, mais, ici, tout cela n'existe plus. Même Ianto n'a plus de sœur, et je n'ai plus d'équipe... Alors, il vous faudra le comprendre et l'accepter... Nous ne voulons que retourner dans notre monde. Peu importe ce qu'il est pour le vôtre. Nous n'y avons pas notre place...
La sonnerie de l'entrée vint interrompre la plaidoirie de Jack qui avait légèrement fait vaciller Scott et John par sa calme sincérité.
Scott se leva aussitôt, posant la main sur le genoux de John afin de l'inciter à rester assis.
– Ce doit être mon ami... Il a fait vite, énonça ce dernier avec un sourire presque canaille.
Jack et Ianto entendirent un éclat de voix bizarrement familière.
Comme s'il n'y tenait plus, John se leva tout de même pour saluer le nouvel arrivant, comme on retrouve un bon vieux camarade de blagues.
– Hé! Salut, vieux! Ravi de te revoir!
– Ouaip! Moi aussi! Alors? Il paraît que tu as un scoop? Montre-moi ça!
– Tu n'as pas vu le bon spectacle, Binny! Viens voir!
Lorsque John Barrowman revint dans le salon tenant l'invité par les épaules, Jack et Ianto reçurent un tel choc que le gallois en perdit sa langue, et l'immortel Capitaine en renversa son café sur la chemise, sursautant à peine sous la brûlure.
– Ah ouais! Effectivement! C'est bluffant! S'étonna le susnommé « Binny ».
– Binny, je te présente donc Jack et Ianto. Messieurs, voici Burn Gorman. Mais je crois que je n'ai pas besoin de vous le présenter...
Jack murmura un vague « enchanté », essayant de tamponner comme il le pouvait la grosse trace de café sur sa chemise.
– Oh! Je suis navré... Venez, je vous indique la salle de bain pour que vous puissiez nettoyer...
Avec l'air d'un gosse prêt à fomenter une grosse bêtise, John déclara:
– Et je vous donne une de mes chemises, pour vous changer...
– Nous avons tout ce qu'il faut dans la voiture, si...
– Oh! Mais non! Mais non! Je suis certain que vous apprécierez que ce soit propre et repassé... Et puis, je suis sûr que la taille conviendra...
Le nouveau venu s'esclaffa, entraînant à sa suite son ami, content de sa sortie.
De son côté, Jack n'osa pas regarder Ianto. Il sourit intérieurement. Son précieux majordome devait se sentir vexé. Depuis qu'il avait Ianto à ses côtés, il n'avait jamais trouvé ses vêtements aussi propres et repassés. Dans toutes les situations. Parfois, il se demandait même si le jeune homme n'avait pas ses propres pouvoirs surnaturels. Il accepta cependant l'offre de John et suivit Scott qui lui indiqua la salle de bain.
***
Ianto le rattrapa assez vite, presque affolé:
– Comment, « Lui », peut-il être vivant! Jack! Il faut partir! Je commence à ne plus rien comprendre...
Jack posa une main apaisante sur son épaule.
– Retourne dans le salon. Essaie de savoir qui est ce type. Notre Owen est mort...
– Tu imagines! Si lui aussi a un double ici, toujours vivant... Alors, Tosh aussi serait...
Jack lui prit gentiment le visage bouleversé entre les mains.
– Ianto, ce n'est pas notre monde. Hélas pour Tosh et Owen... nous n'y pouvons rien. Hé! Ça va? Ça va aller?
Ianto poussa un grand soupir, essayant de refouler sa panique et sa peine.
– Je vais me changer. Et je reviens aussitôt, d'accord? Je te promets que l'on va rentrer dans notre monde, retrouver nos aliens, notre base, Janet et les autres weevils...
L'humour des derniers mots réussirent à dérider Ianto.
Jack l'embrassa rapidement, attendri par son amant perdu.
– Ok... va te changer, je te ferai un rapport...
– Parfait!
Jack lui lança un clin d'œil avant de s'éclipser dans la salle de bain.
***
Ianto revint sur ses pas, mais s'arrêta en entendant John Barrowman et ledit Burn Gorman riant comme des bossus.
– Quoi? Ils se prennent vraiment pour les personnages? Ils sont dingues! Alors, moi, je suis le pauvre Owen, mort dans la centrale nucléaire, hein?
– Tout à fait! Tu n'auras qu'à leur demander! Ils sont fous, je te dis! A croire que la série tape sur le système de certains esprits, disons, un peu faibles...
– Ben, c'est dangereux ça! Se prendre pour Jack ou Ianto, encore, mais tu imagines ceux qui se prendraient pour un weevil ou un cyberman?
Les deux hommes en pleuraient de rire.
– Quand je pense qu'au départ, je les prenais pour de simples sosies...
– Avoue que la ressemblance est presque terrifiante, John, intervint la voix calme de Scott.
– Oh! Mais s'ils se prennent pour les personnages, il va falloir qu'on leur explique que Jack et Ianto sont fictifs. Ou alors,on les enferme à l'asile, affirma Burn, parfaitement calme non sans une note de malice.
– Ils parlent de mondes parallèles. Pourquoi ne serait-ce pas possible?
– Oh! Non, Scott! Voyons, sois sérieux une minute!
Mort de rire à nouveau, Burn lança:
– Brrr... je ne voudrais pas avoir affaire à Jack l'éventreur, alors...
– La réalité est parfois bien assez affreuse comme cela pour y ajouter les personnages de fiction... J'ai incarné Jack Harkness à l'écran au point de parfois m'amuser à croire en son existence. Et tu es bien placé pour le savoir, Scott.
– Oui! JB a raison... Ces types ne sont que d'excellents sosies un peu siphonnés. Tu enlèves le maquillage et les costumes, et il n'y aura plus rien.
Atterré, Ianto préféra se montrer. Il craignait d'avoir un peu trop bien compris la situation.
– Oh! M. Jones! J'allais oublier votre ami. Je vais lui chercher la chemise, déclara Scott en s'esquivant.
Au lieu de se montrer embarrassés à la pensée que Ianto ait pu entendre la conversation, JB et Burn le regardaient avec des yeux curieux et amusés.
– Alors, tea-boy! Quel est le problème? Lança Burn en souriant?
Ianto frissonna. La même voix, la même gouaille, les mêmes mots et la même étincelle d'insolence. Ce Burn Gorman était un double parfait de Owen.
– Vous... Hm... Vous êtes acteur, vous aussi?
– Bingo! Vous ne saviez pas, c'est ça?
Ianto n'eut pas le temps de répondre, Scott refaisait son apparition dans le salon, l'air perturbé.
– Hé! Quelque chose ne va pas? S'inquiéta son compagnon, en allant vers lui.
– Je... Je peux te parler une minute? Seul à seul.
– Bien entendu... (s'adressant à ses invités) Vous m'excusez...
John suivit son mari dans le couloir.
– Ce... Ce n'est pas un sosie, murmura Scott, encore sous le choc.
– Bien sûr que non! Ils jouent un rôle, c'est tout.
– Non! Je veux dire... Ce type est plus qu'un sosie. C'est... c'est... C'est toi!
– Allons bon! Tu as bien vu comment il est! Je suis certain que l'on peut trouver un truc qui n'est pas comme moi! Une ressemblance pareille est impossible. A moins qu'on m'ait cloné.... Et là, ce serait une chouette nouvelle. Mais bon...
– John! Je ne plaisante pas! Fit Scott à mi-voix, obligeant son partenaire à se retourner, tout en soulevant veste et t-shirt.
John éclata de rire.
– Hé! On a des invités!
Scott arrêta le t-shirt à mi-hauteur dans le dos de John, révélant une légère marque de naissance. Il bredouilla:
– Il a la même, John.
– Quoi?
– La marque de naissance. Ce type... Ce type a exactement la même...
– C'est impossible! Et si c'était le cas, personne ne sait ça! Elle est assez discrète pour que les gens m'ayant vu sur certaines photos ne puissent pas le savoir... Tu as rêvé.
– Non! Quand je suis entré dans la salle de bain, tout à l'heure, il était torse nu, et je l'ai vue! Il a la même. Au même endroit... John! Qu'est-ce que ça veut dire?
Son compagnon lui posa la main sur l'épaule:
– Ok. On va les interroger... Mais dis-moi à quoi tu penses?
– Je... Je ne sais pas... Et s'ils disaient la vérité? Hm? Si...
John entoura de ses mains le visage bouleversé de Scott.
– Ecoute, on va les cuisiner et les mettre face à leurs contradictions. Il y aura forcément une faille dans leur jolie mise en scène, fais-moi confiance. Et puis, les deux personnages n'existent pas. Ok! Si cela doit tourner au vinaigre, j'appellerais la police. Ne t'inquiète pas. Au pire, ils finiront en cellule de dégrisement. Hein?
Scott haussa les épaules, loin d'être convaincu, puis suivit John dans le salon.
Burn et Ianto étaient debout de part et d'autre de la pièce. Dans un silence de plomb. Une vraie guerre froide. Scott et John s'avancèrent au beau milieu des pays neutres.
– Bien! Nous avons quelques questions à poser à notre tour, jeune homme.
– A qui le dites-vous, chuchota Ianto, à peine audible.
– D'abord, installez-vous, fit John, montrant le canapé à ses invités.
Burn Gorman s'installa dans un fauteuil qui semblait lui être acquis. Ianto reprit la place occupée auparavant.
– Je vous écoute, affirma-t-il très calmement.
Cependant, il n'en menait pas large. Cette histoire de fiction le travaillait. Et puis, après, qu'était la fiction pour ce monde? Et s'il était « fictif », il se sentait bougrement vivant. Durant le bref instant où l'autre et lui s'étaient retrouvés seuls, Burn Gorman l'avait scruté, passé au scanner de ses yeux perçants. Décidément, il lui rappelait un peu trop bien l'ancien médecin de Torchwood. Mais si son pauvre co-équipier était bien mort, celui-là, était bel et bien vivant.
– Bon! Reprenons! Vous disiez ne pas nous connaître, n'est-ce pas? Au point de ne pas savoir que nous sommes acteurs...
Ianto approuva d'un signe de tête.
– Et de mon côté, je vous affirme que ce n'est pas possible. Qu'avez-vous à répondre à cela?
Le jeune gallois, embarrassé, fut « sauvé » par le retour de Jack, riant sous les coups de langue d'un Captain Jack ravi d'être dans ses bras.
Enjoué, Burn Gorman déclara:
– Eh bien! Captain Jack vous a adopté, dites donc!
– C'est qu'entre Capitaines, on se comprend, affirma Jack prenant le temps de reprendre sa place aux côtés de Ianto, le chien couché sur ses genoux.
– J'ai entendu votre dernière question, M. Barrowman. Mon ami et moi n'avons rien d'autre à répondre que la vérité. Notre incroyable ressemblance nous a fait faire des recherches sur vous, vous pouvez le comprendre. Et rien n'indiquait que vous étiez acteurs. Mais pourquoi est-ce si important pour vous?
John se leva en riant.
– Laissez tomber! Je renonce à vous faire entendre raison. Je vais chercher mon portable.
– Bonne idée! De cette façon, vous serez obligés de revenir à la « réalité », hm? Compléta Burn, légèrement moqueur.
Et John Barrowman quitta la pièce avec un « soyez sages » amusé.
Scott, silencieux, détaillait les deux hommes avec une expression de curiosité mêlée de crainte.
Tout à son observation, il sursauta lorsque Jack le remercia pour la chemise. Une chemise bleu-ciel, d'ailleurs. Ianto trouvait la coïncidence étrange.
D'un geste, Scott fit comprendre que ce n'était rien.
– Je me suis permis de rincer la mienne et de l'étendre. Cela ne vous dérange pas, j'espère?
– Absolument pas, chuchota son interlocuteur visiblement perturbé.
Sur ce, John revint presque courant, un ordinateur sous le bras. Il s'assit d'autorité entre ses deux visiteurs.
– Voilà, voilà! La vérité va vous être révélée! Déclara-t-il solennel.
– On pourrait commencer par ton nom sur google!
Burn s'amusait beaucoup.
– Ok! Dans tous les cas, j'ai fait une vérification ce matin, et je n'ai pas de virus informatique, moi!
Jack et Ianto se rapprochèrent, espérant presque que John ait raison.
Au moins, ils trouveraient une vraie base sur laquelle poser leur réalité.
***
Burn Gorman s'inquiéta du silence que gardait son ami en train de tapoter sur son clavier avec de plus en plus de vigueur. Mais surtout, avec une expression déconcertée qui en disait long. Comprenant ce qui arrivait, Scott partit se poster à la fenêtre afin de dissimuler son inquiétude. N'y tenant plus, Burn finit par intervenir:
– Alors?
Jack répondit calmement:
– Alors! C'est exactement le problème que nous rencontrons. Certaines pages sont floues ou inaccessibles. Les informations sont à priori incomplètes pour vous aussi.
– John! Tu as... Hm... essayé mon nom?
– Tu penses bien que oui! Voilà un moment que je tente d'obtenir un résultat quelconque. Mais rien de concluant. Impossible d'avoir quoique ce soit sur la série. Rien!
– Et... As-tu essayé avec David?
John tapa le nom de David Tennant, et même de Matt Smith.
– Non. Rien en rapport avec Ten ou le dernier Doctor. C'est à n'y rien comprendre! A croire que les mots se sont évaporés d'internet. Incroyable!
Pris d'une idée soudaine, Burn Gorman sortit un téléphone de sa poche et ouvrit quelques pages internet.
Bredouille, il constata à son tour que les pages le concernant n'existaient plus. Le mot même de Torchwood n'évoquait plus rien et le Docteur restait celui des années 60.
– Mais qu'est-ce que c'est que ce bins! Grommela-t-il mécontent, tandis que John Barrowman essayait de trouver une quelconque solution internet.
Ianto en profita pour avancer une question qui le taraudait depuis quelques minutes.
– Puisque vous constatez que nous disions la vérité, j'aimerais savoir ce que vous entendez par le terme de « fiction ». Vous parliez tout à l'heure comme si nous n'étions que des personnages d'un film.
– Mais vous n'êtes QUE des personnages! S'exclama John Barrowman, refermant le portable et en se levant.
Son attitude trahissait maintenant une vive inquiétude.
– Il va falloir que vous nous expliquiez ce que vous entendez par là, M. Barrowman, déclara posément Jack, notant un début de panique chez ses 3 interlocuteurs.
Scott intervint alors, la voix blanche, les yeux rivés sur la rue.
– John, Binny, venez voir...
– Une attaque de weevils? Lança Burn crânement, mais pas forcément convaincu par sa blague.
John, qui avait déjà rejoint son compagnon, secoua la tête et murmura:
– C'est forcément du tunning...
– Quoi? Bougonna Burn, se décidant à les rejoindre.
Il se retrouva face à un SUV noir, garé près de la maison. Rien de bien extraordinaire. Pourtant, à bien y regarder, sur les ailes avant, était gravé le mot « Torchwood ». De plus, les lumières sur le toit étaient plus que bluffantes de réalisme.
– Même la plaque d'immatriculation est identique, affirma Scott, déstabilisé.
Cette fois, John Barrowman, intrigué, se retourna vers ces deux invités.
– Pousser le fanatisme à ce point, ok, mais je suis curieux de voir comment fonctionne votre véhicule à l'intérieur! Montrez-moi vos fameux ordinateurs de bord!
Il prit d'autorité Jack par le bras, et les autres les suivirent dans la rues.
– Je ne vois pas ce qui pourrait vous intéresser dans le SUV, mais si ça vous amuse...
Jack lança les clefs à Ianto.
– Je te laisse l'honneur de la visite?
Ianto ouvrit donc la voiture aux deux visiteurs. Scott se tint à l'écart. Jack vint lui tenir compagnie.
Burn et John allaient de surprise en surprise. Le véhicule, tout équipé d'ordinateurs high-tech, de machines plus ou moins bizarres, qui fonctionnaient et ne cessaient de les surprendre.
– Je crois que vous avez compris, M. Gill, affirma calmement Jack en se plaçant à ses côtés.
– Je ne sais pas si je dois y croire. C'est tout... murmura Scott, regardant les deux autres s'affairer autour de la voiture.
– Alors soyez gentil, dites-moi pourquoi ces deux-là font ces têtes d'ahuris...
Scott osa regarder Jack. Malgré son air amusé, il parut sincère:
– Vous ne me croiriez pas...
– Si je vous disais ce que j'ai déjà vu dans ma vie... Vous ne me croiriez pas...
Scott sourit à son tour.
– M'étonnerait! Je connais plutôt bien votre vie, Capitaine.
– Ok. Dites-moi...
– Je ne sais pas comment ni pourquoi, Capitaine Jack Harkness, mais vous sortez tout droit d'une série télévisée de science-fiction dans laquelle John vous incarne.
Jack prit le temps de réfléchir, puis ajouta:
– D'où la ressemblance... Et comment s'appelle cette série?
– Torchwood.
***
– Eh! Scott! Viens donc voir! C'est dingue! Tout fonctionne!
Laissant Jack à sa méditation, Scott s'éloigna en ajoutant très vite:
– Je préfèrerais n'avoir rien dit...
Pensif, Jack se pencha pour prendre Captain Jack quémandeur et tout joyeux dans les bras. Tout collait. Enfin, presque tout... C'était plus que plausible. Mais incroyable.
Il s'approcha du SUV et fit signe à Ianto.
– Ok! Ianto! Je pense que ces messieurs ont eu leur démonstration. M. Barrowman, retournons dans votre salon. Nous avons à discuter tranquillement.
Ils remontèrent donc tous vers la maison. Burn et John tout excités par ce qu'ils venaient de découvrir, Scott déjà rentré, Ianto et Jack fermant la marche.
– Je n'ai pas eu le temps de te le dire, tout à l'heure, ils ont parlé de nous comme des personnages fictifs. Ça n'a pas de sens, glissa Ianto à Jack.
– Détrompe-toi. Ça peut tout expliquer, bien au contraire... Seulement, ça pose un problème.
– Ah oui? Et lequel?
– Comment serions-nous arrivés là? Et surtout, comment allons-nous repartir?
– Hm... Rassurant, merci.
– De rien! Mais au moins on sait pourquoi celui-là s'appelle Captain Jack, fit Jack en lui mettant le chien sous le nez.
– Mouais...
– Allez, ne t'inquiète pas. On est venus, on pourra repartir, ok?
Ianto esquissa un petit sourire brave et hocha la tête.
– Ok.
– Non Non Non Non Non! Impossible! Vous vous rendez compte que vous êtes de grands malades!
Burn Gorman venait d'interrompre le petit discours de Jack sur la possibilité d'appartenir à une fiction.
– Ya des limites quand même, oh! Je suis acteur! Pas bonne poire!
– Monsieur... hm... Gorman... Essayez de comprendre, intervint Ianto, pour nous non plus, ce n'est pas évident...
Une idée plutôt désagréable lui traversant l'esprit, déstabilisé, l'acteur déclara:
– Et puis, d'abord, si vous étiez le personnage de la série, vous ne seriez pas ici vous!
Comprenant le sous-entendu, John préféra intervenir.
– Binny, s'il te plaît...
– Quoi? Enfin, John, c'est vrai! Il est sensé mourir dans la saison 3, fit ce dernier en montrant Ianto soudain blanc comme un linge.
Jack fixa l'acteur avec des yeux noirs. John Barrowman baissa les siens et Scott tenta de rassurer le jeune homme.
– Je suis désolé, M. Jones, il... il n'a pas voulu dire ça.
Ianto déglutit péniblement, essayant de prendre la parole. Mais celui qui incarnait Owen Harper s'interposa à nouveau:
– Mais enfin! La fiction dans le réel! Quelle idée! Dans l'univers de Torchwood, oui, ça pourrait arriver! Quoique sorti d'un cerveau de scénariste plutôt torturé, mais bon, passons... Mais dans notre réalité, les gars, NOTRE réalité! Et je le répète: Ianto Jones, vous mourrez à la fin de la saison 3. Après tout, Owen est bien mort, saison 2, et on en n'a pas fait tout un pataquès... Soit dit en passant, les fans vous regrettent peut-être plus qu'Owen ou Tosh, parce que vous vous faites le chef...
Cette fois, John Barrowman se leva pour faire face à son ami.
– Ecoute, qui que ce soit, tu ne devrais pas lui parler comme ça, Binny. Je pense que les mots ont dépassé ta pensée, et que tu devrais t'excuser...
– Tu rigoles!
– Pas le moins du monde... Je sais que la situation nous dépasse un peu, mais laissons leur au moins le bénéfice du doute. J'avoue que ça expliquerait pas mal de choses...
La voix de Ianto, très calme, se fit entendre:
– Heu... Vous pourriez me dire comment je... comment je... je dois mourir?
D'un regard, John empêcha Burn de faire une réflexion à sa sauce. Ce fut Scott qui expliqua:
– Binny a raison. Dans la saison 3, pour nous, vous avez voulu affronter les 456 seul. Et ils ont répliqué en diffusant un virus dans le bâtiment. Vous êtes mort sur le coup. Avec Jack.
Ne pouvant soutenir le regard interrogateur de Ianto, Jack baissa la tête, ému et embarrassé.
Ianto s'exclama :
– Les 456! Aucun problème! Le Docteur nous a aidé, et il a remis ceux qui restaient aux Autorités compétentes.
John intervint en souriant:
– Ah ça, non. Ce n'est pas possible. Les 456 ont été tués par le Capitaine Harkness. N'est-ce pas, Jack?
Interpelé aussi directement, ce dernier hocha la tête:
– Je sais... Pourtant, Ianto a raison. Nous sommes parvenus à décoder leurs ondes émettrices et éliminé leurs émissaires. Effectivement en grande partie, grâce au Docteur.
– Je suis désolé, mais ce n'est pas le scénario original, fanfaronna Burn Gorman, ravi de prendre les visiteurs en défaut.
– Et puis pourquoi est-ce que je discute avec des personnages de série, moi! Conclut-il passablement agacé.
Préoccupé, Jack jeta un coup d'œil à Ianto pensif. Il devait maintenant raconter ce qu'il savait. Ce que le Docteur avait changé. Comment réagirait le jeune homme, sauvé par l'intervention de son ami?
– Ce que vous racontez a été empêché par le Docteur. Il m'a expliqué comment j'ai perdu mon petit-fils et mon équipe. Il m'a aidé pour empêcher la destruction de la base ainsi que la mort de Steven.
John, visiblement très ému déclara:
– Je suis content que VOTRE réalité soit plus clémente que notre fiction, Capitaine. Je n'arrivais pas à me remettre de la fin de la base et de l'équipe.
– A ce propos, tiens! Le Docteur aurait quand même pu remonter un peu plus loin afin d'empêcher votre frère, Gray, de tuer Tosh et donc, moi. Enfin, Owen... Hm?
– Binny, arrête!
A cet instant, Burn Gorman avait tout de la tête à la fois en colère et désemparée de Owen Harper. Jack cacha son émotion comme il le put pour déclarer:
– Je l'aurais voulu aussi. Du fond du cœur. Mais il est des évènements immuables dans le temps... Même si cela doit passer par la perte de deux amis très chers.
– Moui... ça c'est un racontar de scénariste pour expliquer comment se débarrasser d'un personnage.
Burn accepta de se taire devant le regard impérieux de John et l'émotion sincère de Jack.
John demanda alors:
– Et comment allez-vous nous prouver que vous êtes la créature de notre série télé?
– Oh! Moi j'ai bien une idée... Mais si vous mentez, Capitaine, l'action n'est pas réversible.
L'air désinvolte et taquin de Burn Gorman fit sourire Jack.
– C'est vrai. Vous pouvez me tuer... Si je pouvais l'éviter, voyez-vous... Car je suis éternel, pas immortel.
– Bien joué Capitaine! Lança Burn, beau joueur.
– Votre bracelet, suggéra Scott. Si tout marche dans le SUV, votre manipulateur de vortex aussi...
Jack hocha la tête et appuya sur quelques boutons. Les lumières s'allumèrent soudain et presque aussitôt, le bracelet diffusa une image hologramme: le plan de la maison.
Jack prit un ton professionnel quoique légèrement amusé:
– En blanc, les pièces éclairées. En bleu, celles qui ne le sont pas. En vert, les pièces où j'ai bloqué l'interrupteur.
Les deux acteurs se regardèrent, puis, l'œil rieur, John s'exclama:
– Ok! Je vais voir!
– Hé! Tu crois que je vais te laisser raconter n'importe quoi? Je viens aussi!
– Opération vérification, code 3! Scott! Une bleue! Je propose les toilettes du premier. Binny! Une blanche! La cuisine me semble une bonne idée.
– Non non! Je viens voir la verte avec toi! Intervint Burn Gorman en suivant John et Scott hilares.
Ianto se retenait de rire. Lorsqu'il se retrouva seul avec Jack (même les chiens avaient déserté le salon, ravis de l'animation ) il soupira:
– Tu aurais pu trouver un truc plus impressionnant. Genre une voiture qui démarre toute seule.
Jack sourit:
– Ah! Tu trouves? Pour de l'improvisation, j'estime que je m'en suis pas trop mal tiré.
– Jack Harkness, modèle de modestie...
Jack referma son bracelet en souriant.
– Yep!
Il s'approcha dangereusement de Ianto amusé, avec un air canaille que le jeune gallois lui connaissait si bien.
– Quelque chose à redire?
Ianto se contenta de secouer la tête, l'air ravi. Jack enroula un bras autour de la taille de son amant avec un petit sourire satisfait.
– Hm... ça m'a manqué, murmura-t-il en lui volant un baiser très doux.
– Quoi donc? Répondit Ianto faussement innocent, laissant une main baladeuse se faufiler dans le dos, sous sa chemise, plutôt agréablement surpris de cet accès de tendresse.
– Toi... Pour moi seul...
Ianto rit en glissant à son tour une main dans le dos de Jack. Il lui rendit son baiser.
– Ah oui? Cela doit faire environ 3 heures et 36 minutes, au bas mot...
– Une réclamation, Ianto Jones et son chronomètre?
– Absolument aucune, Capitaine.
Ianto l'embrassa avec gourmandise.
– Jaloux, Capitaine? Ajouta-t-il, amusé.
– Hm... grogna Jack, tandis que le retour des 3 autres devenait inévitable.
– Avec 3 beaux gars dans cette pièce, et certains regards sur toi, n'ai-je pas raison de me méfier?
Les chiens devancèrent joyeusement les maîtres qui commentaient bruyamment leurs découvertes. Ils se séparèrent. Ianto prit spontanément Captain Jack tout joyeux, dans ses bras, lui offrant ses caresses. Tout sourire, il affirma:
– Que l'on soit réels ou non, il n'y a qu'un seul Capitaine Jack!
Touché malgré lui, Jack ébaucha un sourire et fit face à ses trois interlocuteurs. Burn Gorman prit la parole le premier.
– Soit vous êtes le plus grand fumiste de la Terre...
– Soit vous êtes ce que vous dites. Bien que je ne comprenne pas comment ce serait possible, compléta John Barrowman impressionné.
Scott vint vers Jack, la main tendue.
– Laissez-moi vérifier encore autre chose.
Jack croisa le regard faussement sévère de Ianto lorsque Scott vint toucher le manteau.
– Vous permettez? Demanda-t-il.
Jack le laissa lui enlever et Ianto ne put s'empêcher de lui glisser:
– Et que dois-je dire, moi? Hm?
Scott manipula le manteau un petit moment.
– C'est un véritable manteau, John. En laine.
– Bien sûr qu'il est authentique. Et alors? Interrogea Jack.
– Vous êtes au moins deux personnes différentes, affirma Burn de plus en plus impressionné.
– Ah oui?
– Je suis allergique à la laine, expliqua John très sérieux. Sur le plateau, les costumiers sont obligés de reproduire ce manteau dans un autre tissu.
– Bien! Mais cela ne prouve pas ce que nous sommes, intervint Ianto, un Captain Jack tout émoustillé entre ses bras.
– Non, c'est exact. Mais cela prouve que vous êtes une personne distincte de moi.
– Parfait! S'exclama Jack, récupérant son manteau avec bonheur. Partons du principe que nous ne faisons pas partie du même monde...
– C'est le moins qu'on puisse dire, ricana Burn en s'asseyant à nouveau. Oh! Juste une question... Vous deux, enfin... Vous êtes vraiment ensemble? Je dis ça parce que j'ai cru voir que... Tout à l'heure...
Ianto allait protester lorsque Jack l'enlaça gentiment en demandant, amusé:
– Cela vous pose-t-il un problème, Monsieur Gorman?
Ce dernier prit un air outré, tournant les yeux vers John et son compagnon avec la tête d'un gardon sorti de l'eau.
– Comment peut-on me poser cette question? Bégaya-t-il devant ses deux amis hilares.
John vint le prendre par les épaules.
– Ayez pitié de lui, Capitaine.
Jack sourit puis déclara très posément:
– J'ai toujours eu pitié de Owen Harper...
Cette fois, c'est Ianto qui retint un fou rire.
La remarque amusée, mâtinée d'une grande tendresse fit revenir les cinq hommes à leur réalité.
Jack frappa dans ses mains et affirma:
– Ok! Partons donc du principe que nous sommes les répliques de votre fiction. Monsieur Barrowman, vous devez certainement avoir des traces écrites de votre personnage.
– Les scripts! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt! Fit l'acteur, se ruant vers la porte.
Il se retourna presque aussitôt:
– Oh! Et puis, vous pouvez m'appeler John. Nous serions comme qui dirait... jumeaux.
Jack rit doucement alors que son collègue déclarait:
– Je n'ose pas dire ce qui vient de me passer par la tête.
Ianto vint le soutenir, l'œil pétillant:
– Je crois que nous avons pensé à la même chose, Monsieur Gorman.
– Ok! Appelez-moi Binny. On n'est pas jumeaux, mais même en jouant Owen, j'ai toujours eu du respect pour Ianto Jones. Je pense que les scénaristes n'ont pas assez exploité son personnage.
John revint, les bras chargés de livres et de magazines en tout genre.
– Impensable! Certains livres ont disparus et le script n'a plus que des pages blanches.
– Tu rigoles!
Binny se jeta sur ce que son ami déposa sur la table du salon.
Scott, plus proche du matériel vidéo, prit le temps de vérifier les dvds de la série.
Quelques minutes plus tard, ils devaient tous se rendre à l'évidence: les dvds s'enrayaient et de nombreuses pages manquaient. Une seule conclusion possible : il y avait un problème. La série que connaissaient John et Burn, disparaissait.
Jack analysa chaque élément avec son bracelet, essayant d'y ajouter les nouvelles données.
– Non, je suis navré. Toujours rien.
– Mais c'est à ne plus rien comprendre, soupira Burn, laissant tomber un livre vierge sur les autres.
– J'ai une petite idée, déclara Jack. Mais elle suppose que nous partions. Et vite.
Préoccupé, John Borrowman observait le tas de scripts vides. Scott venait de sortir les chiens surexcités.
– Expliquez toujours, Capitaine, fit Burn Gorman un peu assommé par la situation.
– Si nous sommes les personnages de votre fiction, le fait que nous soyons passés dans votre réalité pourrait annuler cette réalité.
John releva la tête:
– C'est à dire?
– Nous sommes là. Dans votre réalité. Si les deux univers sont en train de se superposer: nous existons. Et...
– Et il est logique que nous disparaissions de votre réalité en tant que personnages, compléta Ianto. – Et comme vous êtes le personnage principal de la série, la série complète disparaît de notre réalité, ajouta John en hochant la tête.
– Ça veut dire quoi? Que c'est comme si nous n'avions jamais fait la série? Interrogea Burn, incrédule.
– Exact. Puisque nous sommes réels, votre fiction n'existe plus, ajouta Jack, pensif.
– Logique, compléta John. Bon! Alors! Que pourrions-nous faire?
– Il faut que nous retournions dans notre monde le plus vite possible. Vos carrières ont déjà changé. Qui sait ce qui pourrait arriver à présent.
Scott revenu avec les chiens, avait entendu les derniers mots de Jack. Il s'installa sur le bras du fauteuil où était assis son mari. John passa d'ailleurs un bras câlin autour de sa taille.
– Comment allons-nous nous y prendre? Demanda-t-il.
Ianto intervint alors:
– Si je peux me permettre, il faudrait peut-être déjà savoir comment nous sommes arrivés ici... Non?
Jack sourit. Sacré Ianto! Le pragmatisme et l'ordre chevillés au corps. Et souvent, dans ces cas-là, il avait raison. Seulement, dans cette situation, la réponse risquait d'être difficile à trouver...
***
La base était très silencieuse. Cependant, trois de ses occupants habituels s'y trouvaient encore. Loïs, étalée sur son clavier. L'écran affichait des messages improbables. Rupesh, affalé sur le canapé, recouvert de paperasse en tout genre. Gwen, à moitié allongée sur un bureau, sous une pile de livres effondrés sur elle ou tombés au sol.
Myfawny vint faire un petit tour de colonne d'eau sans réveiller personne. Il était près de 3 heures du matin et l'équipe Torchwood ( enfin, ce qui en restait) s'était écroulée, vaincue par la fatigue.
Le fait de rester bredouilles dans leurs recherches n'arrangeait rien. En tout cas, rien qui puisse expliquer ce qu'étaient devenus leurs collègues. Gwen suggérait un passage dans un autre monde. Le problème? Elle n'avait aucune idée de comment les sortir de là...
***
A peu près à la même heure, occupé à trouver le sommeil, c'est approximativement ce que Ianto se demandait. Bon prince, John Barrowman leur avait offert la chambre d'ami. La soirée avait été studieuse et pleine d'émotion. L'acteur admirait sincèrement le Capitaine Jack Harkness. Et Burn Gorman avait fait beaucoup pour accepter les faits. Sans le vouloir, il avait surtout tenté de savoir quelles relations Owen avait réellement entretenu avec ses collègues.
Le temps avait filé en discussions et réflexions diverses. Puis, leurs hôtes tombant de fatigue, la décision d'aller se coucher avait été prise.
Burn Gorman avait appelé sa femme pour s'excuser, puisqu'il dormait chez ses amis. Et John avait proposé une chambre à ses deux invités.
Mais Ianto n'avait pas sommeil. Il était sous le toit d'un homme étrange. A la fois si semblable et si différent de son Jack, justement endormi comme un bienheureux, à ses côtés.
Il se demandait encore comment ils avaient pu passer de leur monde à celui-ci. Un monde où il n'était pas seulement pure fiction, mais aussi sacrifié sur l'autel de Torchwood, comme Tosh, comme Owen. La réflexion de Burn Gorman le rongeait. Mort dans les bras de Jack. Certes. Comment? Et qu'avait-il dit en mourant? Ensuite, comment avait réagi sa sœur? Gwen? Jack?
Un frisson désagréable lui parcourut l'échine. Se tournant vers Jack, il l'observa un moment.
– Tu savais, hein? Le Docteur te l'avait dit, n'est-ce pas?
Il tendit la main pour la poser doucement sur la poitrine de son amant.
– Mourir si jeune... Comme Tosh, comme Owen... Tu resterais seul, avec Gwen.
Il eut un petit rire amer.
– Quoiqu'elle ne s'en plaindrait pas. T'avoir pour elle seule... Peut-être en rêve-t-elle...
Il soupira.
– Jack... Je veux retourner dans notre monde. Celui où ton Docteur a permis que je sois encore bien vivant, à tes côtés.
Ianto se remit sur le dos. John Barrowman avait beau ressembler à Jack comme un clone, et se monter aussi charmant que charmeur, Ianto lui préférait le mystère de son Capitaine. Et puis, élément non négligeable, quoique séducteur, l'acteur était un cœur pris. Et pas par n'importe qui.
L'amour qui unissait leurs deux hôtes semblait évident, simple, sincère. Et en un sens, le jeune homme les enviait. John et Scott était un couple et s'affichaient comme tel. Avec une vie simple et normale à laquelle, parfois, le jeune gallois aspirait. Il eut un petit pincement de cœur en s'imaginant en couple normal avec Jack. Puis il sourit dans le noir. Mais comment avoir une vie normale avec Jack? Rien que de se retrouver sous le toit d'un acteur incarnant Jack sur petit écran ne pouvait être normal. Il soupira.
Pour s'occuper l'esprit, il se repassa tous les évènements qui l'avaient amené à se retrouver, victime d'une insomnie dans un monde où un certain Gareth-David Lloyd incarnait Ianto Jones dans une série télé nommée Torchwood.
Il se remémora la base silencieuse, trois jours auparavant. Jack l'invitant pour une soirée surprise, leur arrivée à Londres pour le spectacle, les autographes... l'affiche... A cet instant-là, le changement devait déjà avoir eu lieu. Mais quand? Pourquoi? Et puis, y avait-il eu d'autres bouleversements? Qui cela avait-il affecté? Toute la population? Bon sang! Quelque chose lui échappait.
Il se redressa soudain dans son lit. Mais oui! Comment n'y avaient-ils pas pensé plus tôt?
Trop occupés à se raconter leurs anecdotes, Jack et John n'avaient pas songé à reprendre point par point le fil des évènements afin de trouver quand, et surtout comment ils avaient été transportés dans ce monde. Ianto prit doucement le portable sorti du SUV et l'alluma pour faire quelques recherches. Cette fois, le réseau internet accepta de lui fournir des indications fiables.
Satisfait, avec encore moins envie de dormir, il appela son voisin. Un grognement vague lui répondit:
– Hm? Qu'est-ce que tu as?
– Je crois avoir une idée de comment repartir.
Cette fois, Jack se redressa dans le lit, presque bien éveillé.
– Qu'est-ce que tu racontes?
– Tu te souviens, l'averse, l'autre soir, sur Londres?
– Mm...
– Il y en a eu une ici. Aussi surprenante et aussi violente que la nôtre. Si tant est qu'elles soient différentes...
– Bon... Et alors?
– C'est bizarre. Des pics anormaux d'électricité statique ont été notés ce jour-là. Particulièrement sur Londres.
Jack se rapprocha de Ianto avec l'air coquin, même endormi.
– Ça, c'est parce que nous y étions...
Ianto repoussa une main dangereusement proche d'une partie de son anatomie plutôt sensible aux suggestions.
– Les relevés les plus importants ont été effectués dans des lieux très spécifiques.
– Ah bon?
– Et nous étions sur Wandsworth Bridge à l'heure exacte du pic le plus élevé.
– De l'électricité statique? Fit Jack qui montrait de la bonne volonté à tout autre chose.
– Pourquoi pas... dit calmement Ianto.
– Pour changer de monde?
– On a vu plus tordu, je sais. Mais ça se tient... Avoue-le.
– On aurait changé de monde avant le spectacle?
– Je ne vois pas d'autre explication.
– Alors pourquoi ne nous a-t-on pas remarqués au Royal Court Theatre? Puisqu'à priori, nous sommes, disons-le, célèbres...
Ianto haussa les épaules, un peu découragé. Jack vint se coller à lui gentiment.
– Même si cela pose d'autres questions, ta suggestion me semble pertinente, agent Jones. Maintenant, je te propose de me dire quelle idée tu as eu pour repartir... Ensuite, je connais un excellent moyen de faire dormir un homme qui n'a pas sommeil.
Ianto rit volontiers, puis ferma l'ordinateur, pensif.
– Ce n'est qu'une idée, hein...
Jack l'embrassa dans le cou avec tendresse.
– Hm... Mais encore?
– Si nous jouons le jeu de la fiction jusqu'au bout...
– Moui... approuva Jack en lui mordillant tendrement le lobe de l'oreille.
– Et bien... je me demandais qui nous avait créés.
Jack interrompit ses préliminaires, à la fois surpris et pensif. Ianto continua:
– Il pourra peut-être nous renvoyer chez nous, d'une manière ou d'une autre, et tout redeviendrait comme avant, pour John et Burn.
Les yeux de Jack scintillèrent dans la pénombre.
– C'est brillant, Ianto Jones!
Ianto s'apprêta à se lever; Jack le retint in extremis.
– Hep-là! Où vas-tu?
– Internet refusant de coopérer sur le sujet, je vais bien trouver une quelconque manière de connaître le nom du créateur de nos personnages...
Jack l'obligea à réintégrer le dessous de couette avec une tendresse persuasive.
– Non, non, non... Ne réveille personne! On a dit: « Dodo! ». On aura le temps, quand il fera jour, de trouver une solution... Pour l'instant, je dois tenir ma promesse...
– Ah oui? Laquelle? Demanda Ianto, se laissant faire en souriant.
– Je dois t'aider à trouver le sommeil.
Ianto sourit tout contre les lèvres taquines de son amant. Après tout, le sexe était une manière bien agréable d'occuper une insomnie. Il fut pourtant pris d'un scrupule tandis qu'une main douce se baladait vers son bas-ventre. Il l'arrêta, presque gêné.
– Jack... Peut-être pas ici... On... On pourrait nous entendre.
Jack sourit, amusé. Sa main s'empara du membre viril de son amant et ses yeux pétillèrent.
– Ah oui? Alors on va essayer de ne pas crier. Ce sera difficile, hm?
Ianto frissonna sous la caresse tendrement experte.
– On... va... essayer... oui... balbutia-t-il quand la main diabolique prit un rythme de croisière très agréable.
– On est d'accord, chuchota Jack, s'emparant de la bouche de son amant avec avidité.
***
Jack se réveilla finalement assez tôt. Il remonta la couette sur le corps de Ianto épuisé et partit prendre une douche. Peu après, il rejoignit la cuisine, attiré par une bonne odeur de toasts grillés. Scott préparait du bacon et trois bols se trouvaient sur la table. Son hôte le salua d'un grand sourire.
– Oh! Bonjour Capitaine! Avez-vous passé une bonne nuit?
Jack sourit. Pas étonnant qu'il ne soit pas tellement soucieux de rentrer avec un tel accueil. Il réfréna sa malice habituelle devant un homme aussi charmant.
– Très bonne, merci.
– Je vois que vous avez trouvé de quoi vous changer, fit remarquer Scott en désignant sa chemise bleu foncé.
– Oh! C'est vrai... J'ai un majordome exceptionnel.
Scott sourit en retirant les tranches de bacon du feu.
– Vous m'en direz tant! Allez! Installez-vous. Tout est prêt. Servez-vous en café. John est parti promener les chiens.
Jack obéit avec plaisir. Depuis combien de temps n'avait-il pas pris un petit-déjeuner comme en famille? Longtemps... Peut-être jamais.
– Dites-moi, Scott, êtes-vous certain que je ne sois pas John vous faisant une blague?
Scott s'installa face à lui et l'observa un court instant, à la fois très grave et plein de tendresse.
– Vous n'êtes pas John. John est un enfant. Un adorable chenapan... Mais vous... vos yeux... Ils ont l'air si vieux... Ils vous trahissent.
Jack se contenta de hocher la tête. Il comprenait parfaitement.
– Il... Il a de la chance de vous avoir, murmura-t-il presque malgré lui.
Scott sourit, amusé.
– Une avance, Capitaine Harkness?
Jack rit tandis que Scott ajoutait:
– Moi aussi j'ai de la chance... Et puis, vous, vous avez Ianto. Non?
Jack eut un sourire un peu crispé et but de son café pour se donner contenance. Scott se montra bienveillant.
– Je comprends... J'aime profondément John. Et je sais que c'est réciproque. Mais, parfois, croyez-moi, on aime à l'entendre, Capitaine.
Tout aussitôt, Scott se releva, tout guilleret.
– Oh! Le jus d'orange! Voulez-vous du jus d'orange? J'ai oublié de le faire!
Jack le remercia pour son tact, puis joua le jeu:
– Ne vous inquiétez pas, je survivrais...
Sur cette réplique, déclenchant l'hilarité des deux hommes, Burn Gorman fit son apparition.
Quand il vit Jack, il se plaça juste devant lui, les yeux dans les yeux. Jack soutint son regard inquisiteur non sans un léger sourire.
– Pas possible! J'ai presque failli croire que je rêvais! Vous êtes bien là... Bien réel.
– Je le crains, Burn, répondit tranquillement Jack, amusé.
– Ok, ok! On va faire avec...
Le jeune acteur se tourna vers Scott en s'exclamant:
– Mon cher ami, il va falloir que tu prépares moins bien tes petit-déjeuners! Sinon, je vais prendre l'habitude de squatter ici.
– Ne me dis pas que Sarah ne peut pas faire aussi bien!
– Non... Mais avec deux aliens au milieu, c'est pas toujours facile!
Le ton enjoué de l'acteur prenant place à table fit remonter en Jack les bons souvenirs de Owen malicieux. Pour ne pas se laisser submerger par la nostalgie, il demanda:
– Vous avez deux enfants?
– Oui. Max et Nell. Et croyez-moi, parfois, on se peut se demander si les gosses viennent bien de notre planète.
Ils éclatèrent de rire. Captain Jack entra dans la pièce et vint aussitôt fureter autour de Scott finissant la préparation du jus d'orange. John Barrowman fit son entrée, en survêtement, devancé par trois chiens quémandant de l'affection à qui voulait bien en donner.
– Ah! Vous voilà levés! Avez-vous bien dormi, Capitaine?
Jack sourit. Tout de même, la ressemblance était plus que troublante.
– Parfaitement bien! Merci.
– Bien! Et toi, Binny?
– Impeccable. Et le petit-déjeuner est à la hauteur. Que demander de plus?
John éclata de rire tout en administrant caresses et affections à ses trois zébulons.
– J'ai appelé mon manager. Il m'a fallu batailler sec, mais le concert est annulé cet après-midi. J'ai dit que c'était un cas de force majeur et que je lui expliquerai tout plus tard.
– Eh bien, si tu y arrives, compléta Burn avec un petit sourire. Je suis pas encore certain de digérer le tout, moi.
– Nous pouvions trouver une solution sans vous empêcher de faire votre travail, intervint Jack.
John rit doucement.
– Ma foi! Je ne crois pas qu'il me sera donné de vous rencontrer à nouveau, Capitaine.
– Effectivement...
– Alors, si je peux en profiter...
A cet instant, un énorme vacarme retentit depuis l'entrée et un Captain Jack effrayé se faufila sous la table de la cuisine.
Surpris, les trois hommes se retrouvèrent devant une sorte d'amas de ferraille informe, à la place qu'occupait le dalek. Captain Jack, prudent, essayait de s'en approcher, la truffe plutôt curieuse.
– Incroyable! Même le dalek subit des dégradations!
– Non, John, ce n'est pas incroyable. C'est parfaitement logique, murmura Scott.
– C'est logique, mais inquiétant. Nous devons trouver une solution, quelle qu'elle soit, affirma Jack, plutôt perplexe.
Ils retournèrent s'installer à la cuisine, silencieux, la réalité ayant repris ses droits sur les plaisanteries.
– Ah! Ianto! J'allais justement évoquer ton idée, auprès de nos amis, annonça Jack à l'arrivée de son amant, tiré à quatre épingles, comme à son habitude.
Mais Jack savait que la pâleur et les yeux brillants du jeune homme trahissaient une certaine fatigue. Il sourit, malgré lui. Heureusement, son remède pour dormir s'était avéré très efficace.
Ianto salua poliment l'assemblée et flatta la croupe de Captain Jack fort sociable.
Burn Gorman, en train de faire une tournée, la cafetière à la main, le salua d'un joyeux :
– Oh! Ianto Jones! Bonjour! Je te sers un petit café?
La réplique eut pour effet de relancer une certaine bonne humeur dans le groupe.
Servi par « Owen », (une fois n'était pas coutume), installé devant toasts et jus d'orange frais, Ianto apprécia un petit-déjeuner simple et fort agréable.
– Je disais donc... Ianto a relevé un élément troublant qui aurait favorisé notre passage dans votre monde.
– Ah oui? Lequel? Fit John, intéressé.
– Il semblerait que l'averse violente et soudaine qui s'est abattu le soir de votre concert au Royal Albert Hall, ait pu avoir lieu chez nous, comme chez vous. L'électricité saturée dans l'air a dû favoriser notre arrivée dans ce monde.
– Seulement, juste après, nous sommes allés au théâtre, compléta Ianto. Et les gens ne nous ont pas remarqués.
– Ah oui?
– Ce n'est qu'au bar que la serveuse a réagi. Et que les petits jeunes nous ont dévisagés.
Burn hocha la tête.
– Ok. Où était ce bar?
– A quelques mètres du RAH.
John secoua la tête.
– Et si... -Je sais que ce serait absurde- mais n'est-ce pas ma présence au RAH qui a confirmé votre basculement dans notre monde?
Le visage de Burn s'illumina.
– Mais oui! Vous étiez déjà passé dans notre monde en allant au théâtre. Mais seule la proximité de John, et la mienne peut-être aussi -oui, j'étais au concert- vous a comme matérialisés dans notre monde.
Jack y réfléchissait sérieusement.
– Effectivement... La coïncidence est intéressante à exploiter.
Ianto attendit ce silence pour demander:
– Nous voudrions savoir qui est notre créateur.
– Comment ça? Interrogea Burn, surpris.
– Eh bien, oui, si nous sommes vos personnages de fiction, celui qui nous a donné le vie dans ce monde, pourrait nous aider à nous renvoyer dans le nôtre.
John et Scott se regardèrent un instant, puis ce dernier déclara:
– C'est une idée. Ça pourrait marcher...
– Moui... Sauf que Russel est à l'autre bout du pays, et je doute qu'il puisse se déplacer rapidement jusqu'ici. En plus, si j'appelle pour lui raconter ce qu'il se passe, il ne me croira pas, compléta John sincèrement navré.
Burn quant à lui, éclata de rire.
– Ça c'est pas faux! Avec toutes les conneries que tu peux sortir sur un tournage...
– Et vous-même, Burn, vous ne seriez pas cru? Demanda Ianto se doutant presque de la réponse.
– Lui! S'exclama John en souriant. Quand il le veut, il peut vous faire croire qu'il est médecin dans une organisation ultra secrète qui chasse les aliens...
Les deux comédiens éclatèrent de rire.
– Mais, à mon avis, moi, il me croirait, affirma enfin Scott, très calme.
– Possible... Mais comment vas-tu lui prouver que ce n'est pas moi qui te demande de lui faire une farce? Hm? Fit son compagnon malicieux, ramassant les restes du petit-déjeuner.
– De toute façon, peu importe qui appellera ce monsieur. Il lui faudra des preuves, intervint Jack. J'imagine parfaitement que beaucoup de personnes auraient du mal à concevoir et comprendre une telle situation.
– Absolument! Même nous! Ajouta Burn en souriant.
– Mais tu as une idée, Jack, n'est-ce pas? Fit Ianto qui connaissait bien le regard lumineux que son chef avait à ce moment-là.
– Possible. En utilisant les ondes numériques et la fréquence de l'appel, je pourrais peut-être agir à distance. Il faudra seulement se montrer très convaincant.
– Mais que faites-vous de cette puissance électrique qui aurait permis votre passage dans ce monde? Demanda Burn, pensif. Peut-être vous sera-t-elle nécessaire pour repartir.
– Eh bien, rien ne prouve que ce soit la cause et non la conséquence de notre arrivée. En y réfléchissant bien, la proximité entre vous et moi, John, a pu suffire pour bousculer les réalités.
– Non non non! Intervint Burn. Dans notre monde, vous n'êtes pas réels. Il est donc impossible que vous ayez cohabité avant de déclencher l'orage.
Ianto hocha la tête.
– C'est assez rare pour être noté, mais je suis d'accord avec vous.
Burn lui sourit, amusé. La situation, même incongrue, ne lui déplaisait pas.
– L'énergie de l'orage a forcément déclenché l'ouverture d'un passage à ce monde-ci.
Jack soupira, les mains sur les hanches.
– De toute manière, énergie ou pas, il va falloir tenter l'option du créateur. C'est la seule idée réalisable et plausible que nous avons. Il faut que l'on parvienne à le convaincre.
– Bon, et une fois convaincu, que pourra-t-il faire? Demanda Burn.
Ianto, qui aidait machinalement ses hôtes à débarrasser la table, déclara, avec son petit sourire en coin.
– Ecrire.
***
« – C'est pas possible! Il le fait exprès, ton patron! »
Embarrassée, Gwen tentait de calmer son mari qui fulminait à l'autre bout du fil. Elle était surtout honteuse d'avoir été réveillée par son téléphone. De s'être endormie, comme ça, ne lui ressemblait pas. D'un autre côté, depuis Ewen, elle n'avait plus vraiment fait de nuits complètes. Loïs avait raison, le bébé plus Torchwood, ça faisait beaucoup. Et voilà qu'au moment où elle avait fait garder son bébé pour profiter de son mari, ses coéquipiers avaient disparus.
– Crois-moi, ils ont vraiment intérêt à être dans la merde, parce que je suis capable de venir m'expliquer avec eux dès qu'ils reviennent. Si tu vois ce que je veux dire...
Gwen retint un fou rire et tenta de raisonner son fougueux gallois de mari.
– Comment va Ewen?
– Eh ben, à priori, ta mère est ravie. Tu penses... Moi je le suis moins, mais tu t'en fous, hein?
– On fait ce qu'on peut, tu le sais bien, déclara gravement Gwen en voyant Rupesh émerger péniblement de sa paperasse l'œil hagard et Loïs, contrariée, essayer d'arranger les bugs d'ordinateur qu'elle avait commis sans le vouloir.
– Quand je rentre, je m'occupe exclusivement de toi, mon chéri, prononça-t-elle, enjôleuse.
– Je... Wouahou! Ok... Tu as... 12 heures. Pas une de plus. Après, je ne me contrôlerai plus...
Gwen rit et salua son mari, l'assurant de son amour avant de raccrocher.
– Je vais préparer une tournée de café, annonça-t-elle à ses collègues pas plus opérationnels qu'elle. Et surtout, pas plus avancés sur le problème qui les occupait...
***